‹ La ligue et Henri IVChapitre 8 sur 50 · Vrchivcs do Simuueas, Lul. U 68''^,i · texte numérisé non relu

Vrchivcs do Simuueas, Lul. U 68''^,i

lorte, dévouée à sa loi. Les catholiques exaltaient ses vertus en maintes épitaphes. «La tête de Marie, qui avoit esté l'espouse d'un roy des François, femme d'un esprit admirable, d'une hcauté parfaicte, rcposoit là; elle avoit enduré la prison sous une haslarde pendant vingt ans, et victime innocente elle tomboit immolée. »

Philippe fut frappé de cet événement lugubre : «Faictes-en mon compliment de condoléance au roy de France, écrit-il à son ambassadeur, ainsi qu'au duc de Guise, avec lequel je partage la douleur de ceste perte. C'est un procédé inouy ; une vengeance inique exercée envers une catholique si pure, envers la personne d'une royne souveraine et subjecte de Dieu seul ^ ? » Dans la solennelle et lugubre impression que produisait la mort de Marie Sluart, le roi d'Espagne hâtait l'armement de l'immense armada. Les envoyés de l'union écossaise le pressaient. Ce mouvement contre l'AnglcIerrc se mêlait aux desseins de la ligue en France, qui voulait partout restaurer l'unité catholique. Le parti huguenot jetait déjà ses quolibets sur ces lenteurs : dans une dépêche de l'amljassadeur Mendoça, on rapporte les jeux de mots que font les Français à l'occasion de l'activité du brave amiral Drackc contre Cadix et des lenteurs de l'Espagne : « La quenouille d'Elisabeth vaut mieux que l'épée de Philippe'. » A mesure pourtant qu'ils apprenaient les armements formidables de l'Espagne, les Anglais manifestaient de tristes appréhensions. Les notes secrètes arrivées de Madrid portaient à des nombres indéfinis les navires qui armaient dans tous les ports : « flotte du Portugal : dix galbons, le premier de 1000 tonneaux, principal vaisseau de la flotte (qu'on appelle ordinairement navire capitainesse), avec î)0 pièces d'artillerie; l' Admirai-général, de 1050 tonneaux, portait aussi 50 pièces; Saint-Louis, Saint-Philippe, Saint- Bernard, Saint-Christophe; ensemble deux grands vaisseaux

1 San-Loron7.o,3l mars 1587. —Archives de Simanca?, cot. AÔG'««. aArdiivcs de Siuiuiicas, cot. AàG'-^,

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nommés Zabres; Augusfa et Julia. La flolle tic Biscaye estoit de 10 navires : la Capitainesse; la Conception, Zchelina, la ManucMe, Grangrin, etc.; plus, 4 pataclies. La flotte de Caslillc comptoit 14 ^^WiQWà: Saint-3acques-le-Grand , l'Ascension, la Trinité, Saint-Medele, Celedonius, etc., avec 2 pataches. La flotte d'Andalousie, 11 navires : Saint-Jean de Gargare, la Duchesse, l'Âmirale, etc. L'armée de Cuipuscoa, 13 navires : Sainte- Barbe, Don-elle, la Pinasse, etc. La flotte des Indes, 10 vaisseaux : la Rata, la Juliane, Saint-Nicolas-Prodaucli, etc. La flotte sous la conduite de Lopez de Médina avoit 22 navires : le Grand Faucon blanc, Samson, le Petit Saint-Pierre, le Corbeau volant, hdi, la Pologne blanche, etc. Et puis la Gironne, la Xapolitaine, la Patronne, le Crucifix, Saint-André l'Ecossois, et autres; « tous navires de 20 à 50 pièces de canon, munis de forts équipages, quelques-uns ayant plus de sept cents hommes commandés par des capilaines experts et courageux.

Elisabeth, craintive devant une si grande puissance, jusqu'alors en froideur avec la France, se tourna tout à coup vers elle; elle espérait séparer les intérêts de Henri III de la cause espagnole, et isoler Philippe II qui, déjà d'accord avec la ligue, avait assuré le port de Dunkerque à sa llollc Les avances d'Elisabeth sont constatées dans une dépêche de l'ambassadeur de France, M. de l'Aubespine : « La royne d'Angleterre me manda l'aller trouver à Corydon oii elle estoit allée prendre l'air, ce que je fis samedy, G de ce mois; et estant descendu à une hostcllerie pour disner, les seigneurs de son conseil vinrent me prier de disner avec eux au chasteau, et me firent de l'honneur plus qu'ils n'avoient jamais faict, et incontinent après le disner je fus trouver laditte dame; elle me reçut en présence de toute sa cour et me dict qu'elle estoit bien aise de sçavoir l'occasion du passage du sieur de Grillon ; qu'elle s'estonnoit pourquoy il ne passoit pas par terre, et se fit apporter une carte pour voir le chemin de Dieppe à Bologne, et me dict qu'elle lui presteroit toute faveur, adjoutant que si vostre majesté avoit alfaire de ses forces, argent et nui-

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nilions, elle les luy bailleroit. Je luy dis que je la remerciois, que vostre majesté n'avoit que faire des forces de ses voisins. Elle me parla ensuite d'une quantité de nouvelles qui luy sont escrites de Paris ; des navires anglois arrestés en France et des ports fermes. J'ai commis quatre des principaux de mon conseil, ajouta-t-elle, pour traiter de cela avec vous et faire justice ùFadvenir à vos subjects. Et comme elle désiroit infmimentme parler de la mort de la royne d'Ecosse et moi au contraire desirois m'en aller sans entrer en cela, elle ne se put tenir d'appeler le sieur de Walsingham pour me dire qu'il me menast en la chambre du conseil, et me prenant par le bras en riant, (lit: Voici nostre homme qui m'a voulut faire tuer^; et me voyant sourire, elle dit que c'estoit chose qu'elle n'avoit jamais crue; qu'elle m'avoit tousjours tenu pour gentilhomme d'honneur qui l'aimoit et à qui ellevoudroit fier sa vie; qu'il falloit excuser la colère des princes et le temps ; qu'elle vouloit céder la première, afin que vous eussiez occasion de l'aimer. Je lui respondis : Madame, je suis icy venu pour traiter des allaires du roy mon maistre, et non pour autre chose; je ne ferai jamais rien de contraire à la dignité de ma charge ni à mon honneur ; puisque vous m'estimez innocent, ce m'est un grand contentement; toutefois je vous supplie me permettre de renvoyer d'Estrappes vers sa majesté afin que le faict soit mieux esclaircy. Elle me respondit que d'Estrappes pouvoit aller librement quand il voudroit. Puis elle me dit ces mots : Je me suis enquise de lui et ai sçu qu'il est homme de loy et qu'il veut suivre le parlement de Paris; je suis marrye que je luy ai esté cause de ce mal, car il m'en voudra toute sa vie ; vous luy direz que je n'espère jamais avoir à plaider un procès à Paris où il se puisse venger du tort que je luy ai laict. Je pensois prendre congé d'elle sans entrer à parler de la royne d'Escosse ; mais comme j'estois debout, elle me prit par la •main et me retira en un coin de sa chambre et me dict, que

' M. de l'Aubc.^i'iiic élail dans la eunjiinlion de Marie Sluarl. <

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depuis que je iic l'avois vue il lui estuil advenu le plus yrand malheur que jamais elle eust reçu, qui esloit la mort de sa cousine germaine, de laquelle elle juruit Dieu avec beaucoup de sermens qu'elle estoit innocente ; que véritablement elle avoit signée la commission, mais que c'estoit pour conteiiler ses subjects, et qu'elle n'avoit jamais eu intention de la l'aire mourir : cette mort-là luy touclieroit au cœur toute sa vie pour plusieurs raisons, principalement pour vostre res[iect, sire, de la royne vostre mère, de feu vostre Irère qu'elle avoit tant aimé, et me pria de rechef de faire tous les ofiices près vostre majesté pour restreindre avec elle plus d'amitié (juc jamais, réitérant ses propos qu'elle vous aimoit, honoroit et dcsiroit vostre bien, grandeur et sanlé plus qu'à soy-raesme ; qu'elle vous otï'roit ses gens, argent et navires contre vos ennemis. « — Il y a trois princes en la chreslienté, madame, lui dis-je, le roy mon maistre, le roy catholique et voire majesté. Sous ces trois la chrestienté se remue ; vous ne pouvez, madame, avoir la guerre et querelle avec les deux, sans vostre grand mal. En toute cesle response, je ne touchai rien de la mort de la royne d'Escosse. Elle continua : Quant à vous, M. l'ambassadeur, je vous traiterai en sorte que vous partirez d'icy le plus content que jamais ambassadeur sortist de ce royaume ^» Et dans une autre dépèche, M. de l'Aubespine ajoutait : « Il me semble que toute espérance qu'ils avoient icy de négocier avec le roy catholique soit rompue, qui est cause qu'ils désirent fort de conserver l'amité de vostre majesté, et la renouer plus forte que devant, dont je m'aperçois assez par les caresses et recherches que ils me font maintenant. »

Pendant ce temps, ï armada sortie des ports d'Espagne et du Portugal essuya une tempête violente qui la dispersa, triste présage de ses destinées. La Hotte, une fois ralliée, reprit la

1 Londres, 13 mai 1587. — « Dcspcse-he de M. dr r.Vuljcs|iiiie-Cliàte.iiiiieul', amltas.-adeur en Analelerre, au roi lleaiilil.» — M.-.s. de Uélluuie, vol. col. 8880, loi. IG.

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mer, et arriva le 29 juillet en vue de Coriiouailles, déployant ses mille banderoles. Elisabeth apprit cette nouvelle avec elïroi; voyant la saison avancée, elle n'attendait pas les forces espagnoles, et rapparition de cette immense flotte émut profondément les chefs du conseil : lord Howard, amiral, et Dracke, vice-amiral, rassemblèrent avec activité leur escadre dans le port de Plymouth, et se mirent à la poursuite de l'Invincible, qui manœuvrait pour aller joindre les navires du duc de Parme. « Geste elt'royable armada avoit le vent à souhait ; les Espagnols arrivèrent le 6"' d'août sur le soir devant le port de Calais, et mouillèrent l'ancre, attendant le secours du duc de Parme fort proche de là. La flotte angloise jeta les ancres vers la costc de Calais, et se trouvoit en nombre de cent quarante voiles. Le lendemain, les chefs ayant résolu d'attaquer les Espagnols, trouvèrent bon de garnir quelques navires avec feux artificiels, et contraindre les ennemis à lever l'ancre. Suivant cela, furent préparés six navires, et sur les deux heures après minuict, on y mit le feu et furent lancés sur la flotte espagnole, ce qui donna l'alarme si chaude que, coupant les câbles, elle se retira en désordre. Alors il y eut quehiues charges assez roides et force coups de canon laschés de part et d'autre ; IVn-- 7nnda esprouva des pertes, et une partie du trésor fut enlevée.» Ainsi le duc de Médina, qui commandait les Espagnols, n'avait point engagé de combat sérieux ; toute la flotte appareilla et gagna le large avec un vent très favorable. Le 10 et le 11 septembre elle était parvenue entre l'Angleterre et l'Ecosse, car l'intention de l'amiral était de faire le tour des îles britanniques par la mer du Nord. « Les Anglois virent qu'il y avoit plus de péril que de proht à la suivre, surtout à cause que ccste mer septentrionale est subjecte à se tourmenter et esmouvoir d'estrange sorte; ils se retirèrent pour la pluspart et rentrèrent dans leurs ports. » Ce fut sagement avisé : ils échappèrent à cette tempête épouvantable qui engloutit dans une seule nuit la flotte du grand roi, et avec elle ses projets de conquête. Les côtes de l'Ecosse, de l'Irlande, du Danemarck ,^ de

la Norwécc fLirrnt couverlcs de dt'bris de ce triste naufrage si lutal à, l'Espagne; plus de cent vingt vaisseaux périrent, et avec eux les meilleures troupes, les marins les plus expérimentés. Un seul capitano aborda en Espagne queUiuc temps après le duc de Médina ; ce fut le brave amiral Récaldo, monté sur un vaisseau percé de toutes parts, les mâts brisés par la mitraille, presque tout son équipage blessé, hors de service « tellement, que de jour en jour on en jettoit cinq ou six hors le bord. » La gigantesque entreprise de Philippe II, ce projet qui pouvait assurer l'unité catholique et la grandeur immense de son pouvoir, échouait ainsi par un de ces coups de fortune qui arrivent aux conquérants, à Xercès, à Tamerlan, à Napoléon. Le roi en reçut la triste nouvelle avec un calme religieux : « J'avois envoyé mon armée pour punir l'orgueil et l'insolence des Anglois, et non pour combattre la fureur des vents et la violence d'une mer irritée. Je rends grâce au ciel de ce qu'il m'est encore resté des vaisseaux après une si furieuse tempête. » Paroles de dignité et de résignation catholique qui sauvaient l'honneur espagnol! Dans cette forte et patriotique résistance de l'Angleterre, l'active vieillesse d'Elisabeth avait trouvé appui chez un peuple tout neuf, que la réforme avait jeté dans le mouvement politique. De la défaite de ïannada date la iniissance régulière des états-généraux de Hollande, que nous verrons grandir si démesurément dans la première moitié du xvii<^ siècle. La Hollande va prendre place dans la balance de l'Europe : elle fournit ses braves flottes et des subsides ; elle prépare ses colonies et leur émancipation ; elle a surtout ses écrivains, ses pamphlets de liberté, ses plumes acérées et critiques. Sa naissance, ses progrès, ses développements, sa destinée inouïe sont un pas vers le temps des révolutions politiques. Elle seconde surtout l'esprit calviniste contre l'unité catholique en France.

Ainsi la grande journée des barricades, ce triomphe du système municipal et du catholicisme, avait donné partout une grande impulsion ; les opinions à ménagements politiques

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avaitMit disparu comme pouvoii'; elles restaient comme influence de pamphlets et d'esprit : les hommes de science et de lumières, qui s'étaient placés à la tète des idées de transaction, se vengeaient de la nullité à laquelle ils étaient réduits par une multitude d'écrits tantôt sérieux, tantôt spirituels et moqueurs. Un de ces écrits s'adressait à Henri III lui-même, pour l'exhorter à en finir avec le parti de la ligue, dont il devait secouer le .loug : « Grand prince, que ne crois-tu loi-même? Tu n'as nul si fidèle conseiller. Qui t'a pu persuader que ces gens qui ne désirent que ta mort, qui îi'ont pour but que ta, couronne, mettront has les armes conjurées contre toy, parce que tu feras le mauvais contre ceux de la religion? Us t'ont chassé hors de Paris, ce que jamais les estrangers ne firent à les ancestres : celuy qui a entrepris de te faire fuir aujourd'hui, entreprendra bien de le faire mourir demain. Tu crains la ligue! donne une paix raisonnable à tes subjects ; fais-les contenter de la raison, et n'aye peur que les autres ne s'y réduisent; ils sont trop foibles pour résister contre toy en une mauvaise cause. Tu as encore crainte; et de qui, bon Dieu 1 du roy d'Espagne? Monstre-lui les tableaux de ton père et de ton ayeul, il tremblrra jusques au fond de Castille. On te persuade que le plus fort parti est celui des catholiques, et qu'il faut que tu t'en rendes le chef pour osier ce litre au duc de Guise. On te le persuade, mais on te trompe. Il ne faut pas que les partis le reçoivent et que lu ailles à eux ; il faut qu'ils viennent à loy et que lu les reçoives. Estre roy c'est ton parti ; il ne t'en faut point d'autre ; ils doivent tous céder à celuy-là. Il y a bien des degrés pour monter à une couronne, il n'y en a point pour en descendre.» Souvent encore les politiques attaquaient par de rudes sarcasmes les plus zélés catholiques. Un pamphlet intitulé : la Bihliothèque de madame de Montpensier, l'ardente ligueuse , contient les plus amères satires sur la cour de Henri III et les adliérents de la sainle-union. Dans ces litres de livres, que la pud(!ur ne permet pas toujours de citer, on trouve : « les Querelles amoureuses du comte de Soissons, avec les Observances

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de madame de Roiissoy. — Le Combat civil de messire de Nevers trouvé dans une serviette. — Continuation du chant lugubre des Pages sur rinégalité du fouet de Monsieur, à la troupe de leurs maistresses. — Le Jouet du Cocuage, par Combault, premier maistre d'hostel du roy, avec une Lamentation de n'y estre plus employé, par le mesme. — Le Foutiquet des demoiselles, de l'invention du petit La Roche, clicvaucheur ordinaire de la paix. — Les Couches avant le terme de la liile du président de Neuilly, mises en rimes spirituelles, par M. Rose, évesque de Senlis. — Le Trébucbet des filles de la cour. — L'Histoire mémorable et ouys du roy Hérode (Henry III), par le vicomte de Larchant. — Complaincte et Lamentation des Poulets du duc d'Espernon sur la blessure du sieur d'Escoubliércs. » Les huguenots, placés dans une position plus nette et plus libre que le tiers-parti parlementaire, attaquaient avec toutes violences le catholicisme et l'union sainte qui en était l'expression; on ne peut se faire une idée des exagérations bizarres qu'on jetait contre le clergé, les prêtres et les frères prédicateurs, qui ébranlaient les balles de leurs vives pai'oles. Parmi les pamphlets que l'école genevoise et hollandaise publiait à cette époque, il en est un curieux sous le titre du Cahiuct (ht roij de France. L'auteur suppute les millions de concubines que le clergé de France entretient grassement du fruit de ses simonies; et ce calcul bizarre, offert à la crédulité passionnée des partis, porte à trois fois la population du royaume, les filles de joie, concubines des moines.

En face de telles haines le parti catholique ne restait point oisif : il attaquait à son tour, avec non moins d'acharnement, les huguenots et les politiques, « association monstrueuse d'hommes sans foi, sans conscience, dévoués à l'enfer et à ses démons noirs et puants. » Il était essentiel de bien préciser l'état des opinions au moment de la grande assemblée qui venait d'être assignée à Blois ; car une des conditions imposées par l'acte d'union entre le roi et la ligue était la convocation des états- généraux; le catholicisme, si jinissant dans l'opi-

jiion publique, devait avoir majorité dans ces étals, cl faire ratifier, par la solennelle représentation des provinces, les deux principes qu'il avait posés dans son manifeste : 1° la proscription de l'hérésie; 2° la réforme des abus. La ligue était un grand contrat d'union et d'assurance mutuelle avec son gouvernement et ses ramifications dans chaque province ; elle agissait par une seule pensée et sous une seule direction ; la plupart des villes municipales étaient entrées dans ses intérêts ; elle avait ses cahiers de doléance, ses ordres, ses volontés. Quand la majorité est ainsi organisée , il est difficile que les choix d'élections ne lui appartiennent. Dès le commencement d'août, le duc de Guise et le conseil de l'union sainte curent l'assurance que les étals de Blois seraient entièrement à leur disposition. Ce brave duc de Guise sentait l'importance de s'assurer la majorité. Immédiatement après les arrangements de Chartres, il s'était hâté de se rendre auprès du roi, et là ils agissaient de concert avec tous les membres de l'association catholique pour dominer le conseil et les élections. Le duc de Guise écrivait à Bernardino de Mendoça, l'ambassadeur d'Espagne : « Aux recherches que l'on iaict de nostre amitié, nous présageons un grand changement en mieux et du tout à nostre intention. L'on remet aux estais de donner la forme et à la prendre d'eux; c'est pourquoyj'ay recommandé par toutes les provinces de pourvoir que les députés soient si bien triés et choisis dans les trois ordres, que tous concertent l'assurance de nostre religion, la manutention des gens de biens, la recherche et punition des méchants, le règlement des affaires et la descharge du pauvre peuple, et le tout avec telle prudence et dextérité, que nous puissions retenir le roy es boiuics volontés et conceptions qu'il montre avoir '. » Le 28 août, il écrivait encore : « Les pratiques et les menées qui se font par tous les endroicts de ce royaume pour la desputalion de ces estais

' Lcllrc (lu diu' (lo Gui^c à lierriirdiiiô de Meiiiloi;:!, le G août 1588.

. — Ai'i'lii\(':< de Siiii;iii'';i>, A 'id', i

nous donnent siibjecl do nous tenir sur nos gardes et avoir plus que jamais l'œil ouvert à nostre conservation ; et si par accident il se trouve quelques provinces où les hérétiques et leurs fauteurs ayent eu le pouvoir d'y faire nommer des députés à leur desvotion, je m'assure que la meilleure et plus saine partie sera pour les bons catholiques'. » Le duc de Guise, maître du conseil, s'en félicite auprès du roi d'Espagne : « Assurez sa majesté catholique de la totale puissance qu'elle a sur moy et sur tout ce qui m'appartient, m'estant entièrement dévoué à l'accomplissement de ses volontés avec une très lidèle et très parliiicte obéissance; j'espère que Dieu me conservera pour son service, et j'y veille avec mes amis et serviteurs, desquels je me fais accompagner du plus grand nombre que je puis, sans y rien épargner. L'assistance dont il plaist à sa majesté catholique m'assurer, est après Dieu mon principal et plus certain recours, et un sacré refuge pour lous ceux qui sont persécutés pour le nom et honneur de Dieu et de la saincte église. Au reste, ajoutait-il, quant à nus nouvelles, je vous dirai que le roy mon maistre presse fort la tenue des estats-généraux , et montre y avoir beaucoup de volonté. Je pense y avoir tellement pourvu, que le plus grand nombre desdicis députés sera pour nous et à nostre desvotion. »

Le roi d'Espagne qui ne partage pas la sécurité du duc de Guise semble pressentir les dangers toujours plus menaçants que court le chef de l'opinion catholique, et les troubles probables qui auront lieu aux états. Dans une dépêche de sa main, écrite à don Bernardino Mendoça, le roi dit: «il ne faut cesser de répéter à Mucius (le duc de Guise), dont j'ay reçu le billet, que la (junta) réunion de Blois va être la cause de troubles et de révolution ; qu'il fasse donc tous ses préparatifs pour sa sûreté, et qu'il ne néglige rien pour elle-. « A cela le duc de Guise répond le 21 septembre : c( Je ne manque

1 Arulilvcs de Simaiica?, en(. B OP'*.

2 Ari-liivL's du Simancu?, col. A Gr^'\

d'adverlissemens de toute part qu'on veut attenter à ma vie ; j'y ay, grâce à Dieu, bien pourvu, tant par amas que j'ay faict i'un bon nombi e de mes amis, que ayant pratique, par présens et argent, une partie de ceux desquels on se veut servir en ceste exécution ; que si Ton commence, j'achèverai plus rudement que je n'ay faict à Paris ; qu'on y prenne garde ^» Les choses en étaient ainsi lors de la convocation des états de Blois. De part et d'autre on agissait pour obtenir des députés dans le sens de sa propre opinion. Les huguenots étaient tout à lait mis hors de cause ; la querelle politique était entière entre le liers-parti royaliste et les catholiques de la ligue, représentés, l'un par Henri III, et l'autre par le duc de Guise. Si l'on obtenait des étals dans le sens de la première opinion, la royauté secouait la ligue ; dans l'hypothèse contraire, le parti catholique triomphait puissant et dominateur.

Henri III s'était rendu à Blois longtemps avant l'arrivée des députés, afin de préparer les esprits et de dominer l'assemblée. A mesure que les choix étaient connus du conseil, le roi pouvait se convaincre que la ligue avait triomphé. Prescjuc sur tous les points, les villes, les bourgs, les bailliages, sauf la genlilhommcrie, avaient député des membres de la sainteunion ; quand une grande émotion agite les masses, les élections arrivent sous l'impression d'une idée , d'un intérêt. Paris comme toujours s'était distingué par sa couleur prononcée, et à la tète de sa députation, elle avait placé le prévôt Marcel ou Marteau, récemment élu parle parti dominant. Le roi eut la certitude, aux approches des états, qu'une forte résolution serait prise, et il se décida tout à coup à changer son conseil. Était-ce mécontentement de ce que ce conseil n'avait pas eu assez d'habileté pour lutter contre l'influence de la ligue? Était-ce soupçon de trahison? \oulait-il faire une concession aux députés, en choisissant parmi eux ses secrétaires d'état? «Je me fusse grandement cslonné, dit Pas-

^ Arrhivcs (le Siiiiaiicas, col. 1! Gl-'-. <

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quier, si ces changemens se fussent motivés par la nouvelle réconciliation faicte entre luy et ses subjecls. 11 a pris la route de Blois où il a assigné tous les desputés des estais ; et soudain qu'il y est arrivé, il a renvoyé M. de Chiverny, son chancelier en sa maison, et le seigneur de Bellièvre, l'un des premiers conseillers en son conseil d'estat, sans rendre la raison poarquoy. Le semblable il a lait des seigneurs de Yilleroy, Pinarl, Brùlart, secrétaires d'état; du sieur de Combault , premier maistre d'iiostel ; et des sieurs de la Grange-le- Roy et Molant, trésoriers de l'espargne; et par une eslrange métamorphose, a choisi pour garde des sceaux M. de Montholon qui estoit simple advocat consultant en la cour de parlement ; pour secrétaire d'estat les sieurs de Beaulieu, Ruzé et Revolt ; celui-là qui l'avoit autrefois suivi, mais s'esloit retiré de son service en sa maison il y avoit douze ou treize ans; cestuy-ci homme très sage qui conduisoit les affaires de M. d'Espernon et estoit sur le point de se retirer en son pays. Quelques-uns estimaient que ces mutations avaient été faites pour gagner la bonne grâce des desputés, estimant qu'ils ne seront marrys de ce nouveau changement. Tant y a que c'est un coup de maistre, dont on ne sauroit rendre la raison. Mais quelque chose qu'il en soit, M. de Guise, plein d'entendement, se fait acci-oire et que ceste assemblée et ces changemens ne sont faicts que pour se venger de luy. C'est pourquoy délibérant de parer aux coups, il a fait une contre-mine et establi de telle façon les affaires par toutes les provinces que la plus grande partie des desputés sont pour lui ; et depuis qu'il est arrivé en la ville de Blois, tous ses serviteurs et amis le sont venus trouver en flotte avec M. le cardinal de Guise son frère».» Ce changement du conseil était accompli au moment où les députés arrivaient de tous côtés à Blois. Jamais ils n'avaient été plus nombreux et mieux choisis dans les trois ordres. Le conseil chercha vainement à les prati(iuer, à

* EbT. pAsyLiti:, liv. Mil, kll. 1",

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les faire prononcer contre l'union catholique et municipale ; tous restèrent fidèles au mandat qu'ils avaient reçu des villes dont ils étaient les sincères représentants, car l'union formait la base de leurs cahiers. Les états se montrèrent, le 1*'' octobre, avec leur caractère de pompes religieuses : « 11 y eut en une procession beaucoup de magnificence et apparence de desvotion. Tous les princes, princesses, seigneurs, dames qui estoient à la cour, et en général tout le peuple, tant forains que des lieux, y assistèrent. Ils portèrent en grande pompe le sacrement, par les rues, lesquelles pour cet effect furent tapissées et drapées. Sa majesté semblablement y assista avec des dcsputés des trois cstats, marchant en leur ordre et rang. Arrivés en ceste ordonnance à Nostre-Dame-des-Aydes, l'archevesque de Bourges célébra la messe et Févesque d'Évreux fit le sermon. Le dimanche neufvième, le roy, les seigneurs et tous les desputés des trois estais firent ensemblement la communion au couvent des Cordeliers appelé Sainct-François, afin de confirmer l'union et correspondance qui dcvoit estre entre eux tous, en la perfection de leur entreprise, de laipielle par le moyen de ceste union et grande intelligence, tous infailliblement espéroient grand fruict\ »

Les premières opérations politiques de l'assemblée deBlois portèrent sur les présidences des trois ordres ; il était essentiel de constater par les choix que le parti catlioli(iue et de la sainte-union était en complète majorité dans les états. Ce but fut atteint par les élections, « car fut nommé pour président des ecclésiastiques en l'absence de MM. les cardinaux de Bourbon et de Guyse, l'archevesque de Bourges, l'un des plus fervents de la saincte-union ; furent semblablement eslus, MM.lo comte de Brissac et de Maigude pour présidents de la nol)l('sse. Pour le tiers-estat fut eslu le prevost des marchands de Paris.» La ligue, ainsi maîtresse des délibérations, constatait sa force et son esprit. Le seizième jour d'octobre, quand tout fut prêt

1 Mémoires de la Ihjuc, toni, ii, p^'S- i>22-523. «

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pour Fouvei'lui'O des états, le roi vint en personne avec les conseillers de la couronne pour écouter les doléances et demander appui : « Messieurs, c'est la restauration démon eslat, par la réformation générale de toutes les parties d'iceluy, que j'ai autant recherchée, et plus, que la conservation de ma propre vie ; joignez-vous donc à ceste très instante requeste que je luy en fais , luy demandant qu'il renforce de plus en plus la constante volonté qu'il a déjà enracinée pour ce regard en mon cœur. La tenue des estats-généraux est un remède pour guérir, avec les bons conseils des subjects, les maladies que le long espace de temps et la négligente observation des ordonnances du royaume y ont laissé prendre pied, et pour ralfcrmir la légitime auctorité du souverain. Je n'ai point de remords de conscience pour brigues ou menées que j'aye faictes. Et je vous en appelle tous à tesmoin pour me faire rougir comme le mériteroit quiconque auroitusé d'unesi indigne façon, » et le roi legarda le duc de Guise : « Je suis voslre roy donné de Dieu et suis seul qui le puis véritablementet légitimement dire. Les tesmoignages sontassez notoiresde quel zèle et bon pied j'ai tousjours marché à l'extirpation de l'hérésie et des hérétiques; se trouvera-l-il donc des esprits si peu capables de, la vérité qui puissent croire que nul soit plus enllammé à vouloir leur totale extirpation, ne s'en estant rendu de plus certains etfccts que les miens? » Le roi récita ces paroles avec aigreur ; puis se calmant, il rappela les règlements à faire, la restauration et réformalion du royaume; enfin il attaqua hautement le parti du duc de Guise : « Par mon sainct esdict d'union, toutes autres ligues que sous mon auctorité ne se doivent souirrir,et quand il n'y seroit assez clairement porté, ni Dieu, ni le devoir ne le permettent, car toutes ligues et pratiques sont devoirs de roy, et en toute monarchie bien ordonnée crime de lèze-majesté. Je vous prie, par le nom des vrais François, amateurs de leur prince légitime, par la charité que vous portez à \'ostre patrie, par vos femmes, vos enfants, que vous vaquiez aux soins du public, que vous vous unissiez cl ralliez à moy pour

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combattre les désordres et la corruption de cet estât. Et moi je vous adjournerai à comparoistre au dernier jour devant le Juge des juges, là où les intentions et les passions se verront à descouvert, là où les masques des artifices et dissimulations seront levés ; vous y recevriez la punition de vostre désobéissance envers vostre roy et de vostre peu de générosité et loyauté envers Testât. » Il y avait de la tristesse et de la majesté dans les paroles de Henri III remuant les sympathies catholiques ; mais quelle confiance pouvait-il inspirer? quel gage avait-il donné à la sainte cause ? Fallait-il livrer les forces de la ligue et son autorité aux mignons de cour, à d'Épernon, exilé un moment, privé de ses honneurs, et qui néanmoins conservait en secret toutes les affections du monarque?

Les royales pensées lurent développées par M. de Montholon :« Messieurs du clergé, dit- il, remiVliez aux injustes provisions, à ces incapables admissions aux charges ecclésiastiques, à l'ambition, à Favarice, au mespris du droit divin, à la corruption et dépravation des monastères, de leurs règles et discipline. Messieurs de la noblesse , vous devez l'obéissance au roy, vous devez tenir main-t'oite à justice, à l'exemple de vos prédécesseurs. Desputés du tiers-état, vostre principal maniement est la police et justice. Les juges tiennent le premier rang en ce royaume, pour estre la justice, fondement et stabiliment de toute monarchie. Les lois ne sont plus exécutées ; il semble qu'à ceste heure, elles ne sont autre chose que papiers escrits ; vous remettrez l'église du Dieu en son ancienne resplendeur; toute bénédiction environnera ceste monarchie sous fauctorité de nostre roy très chrestien. »

Aux paroles, Henri III joignit les actes. Son conseil avait jugé (jue pour empêcher le développement de toute ligue clandestine du duc de Guise, le roi devait renouveler le seiment de l'union. En se mettant à la tèhi de l'opinion catholique, le roi faisait de la ligue une question personnelle ; il ne s'agissait ]ilus que d'une seule chose, à savoir si ou le préférerait pour chef, lui couveit de la i)ourpre royale, au duc de Guise uvec

sa laveur toute populaire. Dans cette première cl solennelle séance, Fédit d'union fut donc lu à haute voix par le gardedes-sceaux; puis, rarclievêque de Bourges commença une longue harangue: «Exécutez heureusement, sire, la charge que Dieu vous a donnée; restaurez le genre humain quasi perdu en vostre l'oyaume; vostre majesté dès ses jeunes ans a esté touchée de l'esprit de sapience de Dieu comme Salomon, pour régir et gouverner vos peuples, et ainsi que le jeune aigle, avez porté le foudre du haut Dieu jusque sur le front des ennemis de sa divine majesté et de la vostre, les chassant jusques aux extrémités de vostre royaume. Sous un si grand roy nous allons voir Taudace des hérétiques réprimée; les villes se verront libres sans arquebousiers ni tambours ; justice et paix s'entr'embrasseront ; par une mesme union de religion sous un mesme Dieu et roy, sera commencé le règne du Christ, idée et exemplaire de ce royaume céleste auquel nous aspirons tous. » Henri III répondit aux états : « Messieurs, vous avez ouy la teneur de mon édict et entendu la qualité d'iceluy, et la grandeur et dignité du serment que vous allez présentement rendre; et puisque je vois vos justes désirs tous conformes aux miens, je jurerai comme je jure devant Dieu en bonne et saine conscience, l'observation de ce mien édict, tant que Dieu me donnera la vie icy bas. » Ce qui fut fait avec grand applaudissement et acclamations de tous criant : Vive le roi! Et le greffier des états dressa procès-verbal de cette noble et belle cérémonie, dans laquelle le roi adoptait la constitution de la ligue, la charte populaire. Ce jour-là les rois sont appelés amis du peuple, restaurateurs de la liberté, et presque toujours ils périssent à l'œuvre. Les cris de vive le roi! annoncent souvent l'exil et l'échafaud.

L'acte d'union adopté par Henri III sendjlait de nature à pacifier les questions vives et puissantes qui s'agitaient autour de l'autorité royale. Les états étaient donc constitués; ils allaient délibérer librement et solennellement. Les députés se divisaient en deux fractions distinctes; tous étaient calho-

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liqucs fervents; tous avaient signé l'acte d'union; il ii'y avait pas de huguenots; mais on y comptait des royalistes et des partisans de la maison de Lorraine. C'était une querelle de personne, et, faut-il le dire, le parti du duc de Guise était en majorité, car le brave chef de guerre du catholicisme avait donné des gages ; et qu'espérait-on de Henri de Valois, si mobile d'opinions et de conduite? Aussi les amis du duc de Guisej lui conseillaient de profiter de sa position brillante, de sa haute faveur pour s'élever avec prudence au poste immense auquel il aspirait. Il reste dans un manuscrit contemporain les avis f|ui lui furent adressés par un des chefs de la ligue : « Puisque vous estes maintenant retourné à Blois, il faut premièrement vous installer cà la cour; il vous sera facile ensuite d'y appeler tel (le vos serviteurs que vous voudrez. Pour bien vous mettre h la cour, trois choses vous sont nécessaires : la faveur du roy, un estât, et que les courtisans dépendent do l'alfectiou qu'ils vous porteront. La faveur du roy vous sera continuée, voire augmentée, si vous le sçavez maintenir entre Tamour et la crainte, c'est-à-dire s'il demeure en l'opinion (ju'il a déjà, que vous avez tant de puissance qu'il n'est pas en son pouvoir de vous desfaire. Quant à Testât, le plus ample pouvoir que vous pouvez obtenir et au plus tost que vous le pourrez avoir, c'est le meilleur. Tel pouvoir que l'on vous donne, ne le méprisez point et ne le mesurez pas au comptant de vos lettres, mais eslargissez-le jusqu'où s'estcndra vostrc puissance, et souvenez-vous que Charles- Martel combattit et eut beaucoup de peine pour parvenir à estre maire du palais, et qu'enfin ledict Martel ayant obtenu la dignité qu'il dcmandoit, icelle dignité luy servit d'eschelle pour monter à la grandeur à laquelle il parvint. Prenez donc Testât que Ton vous baillera, et pour le nom de connestable, il faut tascher que les desputés des estats requièrent qu'il vous soit donné. Je souhaiterois que vous montrassiez aimer ceux que le roy aime, non en esclave, mais avec la dignité de vostre rang. Quant à la roynemère, vous avez aperçu jusqu'icy que tost Ou tard elle vient à

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bout de co qu'elle dL^sire du roy; voilfi pourquoy vous devez continuer à l'honorer comme vous faictes. » Ces conseils laissaient pénétrer les desseins futurs de la grande race de Lorraine; il s'agissait d'entraîner les états dans ces nouvelles voies politiques à un changement de dynastie après la mort de Henri III au profit des Guise.

Une première question fut posée dans rassemblée , par le bureau du tiers-état ; on demanda «si on besogneroit par résolution ou par supplication envers le roy, c'est-à-dire s'il faudroit qu'il passast bon gré mal gré par tout ce qui seroit par eux arresté, ou bien que l'on usast d'humbles rcmonstranccs envers luy pour en arrester, puis après, ce qu'il trouveroit le meilleur, ainsi que d'ancienneté on l'avoit tousjours observé. Il s'y est trouvé du pour et du contre*. » Si l'opinion du tiersétat avait dominé dans l'assemblée , elle eût entraîné la plus sérieuse des innovations dans le système monarchique ; les états changeaient leur droit de remontrances ou d'avis en une égale coopération au pouvoir législatif, véritable souveraineté parlementaire. Le clergé demandait à son tour le concile de Trente, la grande charte de l'église catholique. Il régnait dans les bureaux, comme au sein de l'assemblée, une liberté d'ex- ]iressions, qui trouvait popularité dans les masses. «En une harangue Hiicte en la chambre des députés du clergé, il est advenu à celui qui portoit la parole d'appeler la journée des Barricades , l'heureuse et saincte journée des Tabernacles , ce qui n'est point braver le roy à petit semblant et dont il a esté adverty. Le semblable se trouva presque en la noblesse'^.» Rien ne retentit plus profondément dans les entrailles de cette bourgeoisie que les mesures populaires contre les huguenots : « La proposition a esté générale entre les trois estais de demander une guerre immortelle et sans respit encontre les hérétiques. Je vous raconte chose vraie, continue Pasquier;

* Est. PASQriEn, liv. xm, Iclt. 3.

' Est. PAsgi'iER, liv. XMi. IcU. 3,

M LA LIOIF,

commo costc rcqueste a esté l'aictc en troupe, il y a eu mi de la compagnie qui a esté si imprudent de dire tout haut qu(i toutes ces belles paroles du roy n'estoient que vent. Et à l'instant le l'oy a esté sommé par nostre prevost des marchands de lui rendre response cathégoricjue. Le roy sagement a faict seml)lant de n'avoir entendu le premier, bien qu'il ait esté ony par chascun ; et quant au second, il a respondu qu'il les eslimoit tous si bons François qu'ils ne s'en voudroient retourner sans avoir premièrement mis lin à un si bon œuvre qu'ils avoient encommencé. Trois jours après il les a faict rappeler ■ en sa chambre et leur a entériné leur reqneste. »

Ces mouvements d'opposition dans les états si aigrement jugés et appréciés par Pasquier, l'écrivain du tiers- parti parlementaire, tenaient surtout à ce que le roi Henri 111, quels que fussent d'ailleurs ses actes, n'inspirait pas une entière confiance aux députés. Son expression, moqueuse et rarement réfléchie, poursuivait de sarcasme et de plaisanterie l'esprit de la ligue qui se prononçait si vivement; on savait que les prodigalités du trésor s'appliquaient spécialement aux royalistes, à ceux que les pamphlets catholiques désignaient sous le nom de mignons, favoris, courtisans. Pendant la durée de ces états, il circula des brochures, éci'its, remontrances sous ces divers titres : « Advertissemcnt aux trois estais de la France sur l'entretenement de la paix. — La descouverture des deniers salés, desdiée au roy et à MM. des estais de Blois : advis très utile et nécessaire i)our le recouvrement de notables sommes de finances, sur les partisans du sel. —Bon advis et nécessaire remontrance pour le soulagement des pauvres du tiers-estat. » Les pamphlets s'attaquaient surtout au duc (lEpernonetaux politiques, que l'éloquent curé Lincestre dénonçait par des allégories vives et pieuses. Dans toutes leurs formes extérieures, les états conservaient les témoignages de gratitude envers le roi : Marteau, au nom des commîmes et du tiers-état, adressait en ces termes des remerciments à Henri III :« Sire, vosiru bonté et clémence nous promel ce que

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