CHAPITRE m
flenri. III est ÏQvaé de s'anéantir lui-méuiti (1587).
La sombre, mais belle histoire, qui finit en 1572 a été justement intitulée Les Guerres de religion. L'histoire misérable que nous faisons maintenant devrait s'appeler Les Intrigues sous prétexte de religion.
Les catholiques peuvent là-dessus s'en fier au pape lui-même. Sixte-Quint avait en dégoût la grande tartuferie à laquelle on l'associait. Ce bon père, tout occupé de sa petite affaire romaine, d'arrêter et de faire pendre les bandits de son désert, regardait de loin sans plaisir la sotte pièce de la Ligue. Il voyait de mauvais œil ce que ses fils les ligueurs et ses fUs les Espagnols s'obstinaient à faire pour lui* Il leur donnait à
la rigueur des parchemins et des bulles, point d'argent^ se disant trop pauvre. «Si j'en avais, disail-ii ironiquement aux ligueurs, je n'aurais garde d'en donner pour la guerre; je suis un homme de paix. »
C'était un rusé paysan qui n'était pas dupe.
11 voyait qu'il n'y avait guère de vérité dans tout cela, qu'on ne travaillait pas pour lui, et que, s'il y avait succès, ce serait la grandeur de l'Espagne, dont il dépendrait plus encore.
L'Espagne marchant sur l'Europe, menaçante malgré sa fatigue et son appauvrissement ; l'Es-^ pagne, aidée d'une force immense d'illusion et de terreur, poussée par l'armée du mensonge, unie si intimement à la réaction fanatique qu'elle n'avait paa même besoin de la ménager, voilà ce qu'on voyait venu*.
Force fatale, qui, quoi qu'elle fil, parfois insultant le pape, parfois massacrant des moines (comme on vit en Portugal), n'en semblait pas moins catholique et la catholicité elle-même.
On a vu les sournoises, maladroites et impuissantes tentatives des Jésuites en 4578 et 1583, pour agir sans Philippe 11 par des épées d'aventuriers. Ils retombent toujours à l'Espagne; ils sont à sa discrétion.
On \a voir de plus en plus la . sottise de la Ligue, qui voudrait être par elle-même, le chi-
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mérique roman de Guise, qui vainement se fi- . gure quHl se servira de Philippe IL l\ ne fait rien que se perdre. La Ligue n'a de force sérieuse que par sa base espagnole.
La Ligue fut-elle une chose française et nationale? Les Français du seizième siècle (après le Gargantua et pendant qu'écrit Montaigne!) sont-ils véritablement si fanatiques et si sots? Les actes soi-disant populaires qu'entasse M. Capefigue auront peine à me le faire croire. Son procédé n'est pas habile. 11 prend, copie tout ce qu'il trouve aux Archives de la ^ille, convocations de la milice, ordres d'armer les bourgeois, programmes de fêtes^ publiques, et ii appelle tout cela des actes du peuple, les élans municipaux de la bonne ville de Paris, l'action des confréries, des halles, etc., ëte. Lisez avec attention; vous teéorinaissez des actes officiels, émanés de l'autorité.
Ce qui d'avance m'avait mis tout d'abord en défiance sur cette prétendue popularité de la Ligue pendant vmgt années , c'est la longueur du temps même. La France n'est pas si longtemps folle. Une pièce qui traîne ainsi^ qui n'aboutit pas promptement, qui recommence sans cesse pour avoir de fréquents entr'actes et laisser la scène vide, n'est pas une pièce française. Il y fallait une patience qui
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n'est pas de celte nation, on l'aurait sifflée cent fois si le véritable auteur, le clergé, n'eût été là, avec sa forte police de boutiquiers ruinés, de mendiants à bâtons, et son arrière-garde espagnole.
Dès 1586, dans les dépêches d'un agent Irèsclaivoyant, vivement intéressé à la chose, l'ambassadeur de Savoie, je trouve cet aveu curieux : « La lÂgue a dégoûté tout le monde. » (Archives diplomatiques de Turin, 27 mai 1586, portef. 5.)
Qui dit la Savoie dît l'Espagne: Philippe II venait de donner sa fille au jeune duc de Savoie. C'est Faveu des intéressés, de ceux qui comptaient se servir de la Ligue pour démembrer la France, qui travaillaient dans ce but, qui pratiquaient Marseille et Lyon. (Ihiderriy 27 avril 1587.)
Si la Ligue avait eu en France les fortes et vastes racines nationales qu'on suppose, Guise n'eût pas eu besoin d'attendre toujours Philippe II. Quoiqu'il tirât du clergé, quoiqu'il tirât de ses biens qu'il était obligé de vendre, il tendait toujours la main à l'Espagne ; il en recevait Paumône, et, la lutte s'engageant, il en soUicitait les troupes.
Il savait très-bien que la Ligue, en campagne, n'aurait pu tenir devant le Roi, uni au roi de Navarre. On le vit en 1589.
Dans les villes même, si faciles à terroriser (nous l'avons vu tant de fois), la Ligue eût eu le dessous si elle n'eût sans cesse employé le moyen suprême, à ssiyoiv le peuple^ son peuple d'asBommeurs, celui qui mangeait à midi la soupe des couvents et touchait le soir l'argent espagnol. C'est par ces bandes qu'elle Ht les élections de la milice en 1588.
L'étranger, toujours l'étranger. Voilà ce que tout Français un peu clairvoyant voyait à travers la Ligue.
Allez donc, sots érudits, rapprocher les temps de la Ligue de ceux de la Convention I Comparez, je vous prie, les défenseurs et sauveurs du territoire avec ceux qui livraient la France.
Cette misérable France, si loin de ses pre* miers élans spontanés, nationaux, si loin d'É^ tienne Marcel et des vrais États généraux, qu'avait-elle pour se défendre, au seizième siècle, devant la puissance espagnole ? Hélas, rien que la royauté.
Cette royauté funeste, cruellement dépensière et folle, elle est encore le point central où il faut bien ici se rallier.
Cruel abaissement des temps I Dans le précé-^ dent volume, nous stigmatisions justement le sauvage fou Charles IX et l'homme femme Henri III. Nous voici réduits maintenant, par la Ligue> ce
monstre d'hypocrisie, à regreltei* Cbarle» IX, à favoriser Henri III.
« Suis-je bien moi? » disait ce juif dans les cachots de l'Inquisition. c< Mais non I je ne suis point moi ! » L'histoire en dit autant ici, et se méconnaît elle-^même.
On aurait cru que la furie de ce Charles, tombant aujourd'hui à droite pour tomber demain à gauche, était le pire gouvernement. On l'eût cru, on se fût trompé. Il y avait encore alors un peu d'ordre financier, quelque obstacle aux vaines dépenses. Barrière détruite, abaissée, à Tavénement d'Henri III. Donc ce sera celui-ci qui marquera le fond du fond? Son Épernon et son Joyeuse sont le pire gouvernement. Mais non, nous n'y sommes pas ; voici les grands réformateurs qui vont guérir tous les abus, les Lorrains et les ligueurs, défenseurs irréprochables des franchises nationales. Que nous apportent ceux-ci? et quel serait leur succès s'ils venaient à bout de leur œuvre? Ils ne vivraient pas un quart d'heure sans subir deux conditions : un démembrement féodal^ qui mettrait la France en pièces ; et la tête de ce monstre serait le tyran étranger.
Nous voilà donc à ce point de défendre Épernon, Joyeuse. Dans la faiblesse actuelle du petit roi de Navarre, en attendant qu'il grossisse et
soit Henri IV, ces deux drôles/ contre les Lorrains et le parli espagnol, se trouvent les gardiens de la nationalité. Confessons cet avilissement et cette extrême misère. La France, dans ce moment, périrait sans la royauté, qui elle-même n'existe que dans ces deux tristes vizirs.
S'ils avaient été d'accord, le trône, à Fétat vermoulu, eût eu encore quelque force. D'Épernon était un homme de résolution; il voyait très-bien dans Paris combien l'œuvre de la Ligue était chose artificielle; toujours il demanda au roi de lui permettre d'agir. La Ligue entraînait les foules par ruse et terreur; mais fort aisément la terreur aurait été reportée de l'autre côté. Ce ne fut, comme on va voir, que par une panique habile qu'on réunit un m(h ment le peuple pour les Barricades. Si Ton eût pris les devants, les vrais ligueurs, pour une action sérieuse, n'auraient pas été nombreux.
Epernon était une épée. Mais le manche qui le tenait? Une pauvre chose pourrie, la volonté d'Henri TH, qui n'en était pas seulement à garder son secret une heure. 11 ne pouvait rien retenir : c'était son infirmité. Catéchisé par Epernon, et louant son énergie, il s'en allait rapporter tout à son gouverneur Villequier et à
la vieille Catherine, qui le faisaient savoir aux Guises.
Si Joyeuse n'était pas un traître, c'était du moins un jeune fou. Sa marotte était de supplanter Guise. 11 était suivi en effet de tout ce qu'il y avait de cerveaux vides dans la jeune noblesse : loyaux étourdis qui n'aimaient ni les replis italiens du fameux héros catholique, pelit-fîls des Borgia, ni l'austérité empesée, la roideur des calvinistes. Joyeuse était leur grand homme; ils admiraient sa grandeur à jeter l'or par les fenêtres. Il ressemblait à Henri I1I« Le souci de celui-ci n'était ni la Ligue ni l'Espagne : c'était la rivalité d'Épernon et de Joyeuse.
Cependant, qu'il le voulût ou non, il penchait vers ce dernier, pour la raison toute simple que Catherine, Villequier, d'O, c'est-à-dire le vieil intérieur, étaient aussi du côté catholique, et ne lui deînandaient aucun acte d'énergie, de résolution, mais seulement de rester tranquille et d'aller où il allait (au gouffre de l'Espagne et des Guises). Avec Épernon, il eût fallu se botter, monter à cheval, s'appuyer du Tiers parti et même du roi de Navarre, faire le coup de pistolet, peut-être livrer un combat désespéré dans Paris.
La fermentation y était grande, facile à entretenir dans l'état d'extrême malaise où étaient
les populations. La peste peu auparavant avait horriblement sévi, et, dit-on, tué trente mille hommes. Cette malheureuse ville en deuil était triste, aigrie, crédule. Le service de Marie Stuart que Ton fit à Notre-Dame exalta fort les esprits. Le printemps permit de faire des processions nombreuses, qui, en même temps, étaient des revues de la faction. Les Guises y faisaient venir de Picardie, de Thiérache, de Champagne, même de Lorraine, de pauvres diables, hommes et femmes, dont la misère exaltait la dévotion. Les pèlerins, en habits blancs avec des croix, hurlaient des chants dans tous les patois de la France ou en mauvais allemand. Ce spectacle portait au cerveau. Beaucoup avaient peur; d'autres s'animaient, devenaient furieux. D'ardents agents de la Ligue, emportant de Paris ces torches , les secouaient par toute la France. Dans les confessionnaux, on disait aux femmes tremblantes : « N'ayez peur; la sainte Union a quatre-vingt mille hommes armés ; nous serons heureux dans trois mois; il n'y aura qu'une religion. »
Un fait montre où Ton en était. Le conseil de l'Union, tenu aux Jésuites, avait décidé que Boulogne serait livrée à l'Espagne. Le roi, averti, empêcha la chose. Loin d'êlre déconcerté, deux: ans de suite on revint à la même entreprise^
L'homme qui devait livrer Boulogne fut ameiid ^n triomphe sous le nez du roi, caressé d'hôtel en hôtel, Paris le vit; le Louvre Tendnra j il ne se trouva pas un Français pour mettre la main sur le traître. Tellement la longueur des maui;: avait énervé les meilleurs l Tellement l'étincelle nalioujale et le sens de la Patrie, déjà si vifs au temps de la Pucelle, s'étaient plus d'un siècle après misérablement affaiblis !
Que la petite minorité protestante, réduite du cinquième au dixième de la population fran^ çaise, fût tentée d'appeler au secours pour ne pas être égorgée, on le comprend à la rigueur, Mais que cette majorité qui se prétendait énorme, qui se disait la nation, anienât l'étranger en France, c'est là. ce qui avait droit d'étonner et indigner. Et quel étranger encore? Non tel petit prince allemand, non quelques bandes de reîtres, mais l'épouvantable géant qui venait d'engloutir l'empire portugais, les Indes orientales, ayant les occidentales!
N'avait-on pas sujet de croire qu'un tel roi retiendrait pour toujours ce qu'on lui mettrait dans les mains?
Attendre le secours d'Espagne, c'était la politique des Jésuites, celle des Guises et des hauts ligueurs. Mais leurs bas associés, ceux qui travaillaient la boue de Paris, avaient haie de
jouer des mains. 11 leur tardait de jooir de ce qu'on leur avait promis. Les modérés qu'il fallait égorger, c'étaient principalement ceux que l'on désirait piller. Il y avait de bons coups à faire chez H. le chancelier, chez M. le premier président, etc., etc. Pour en venir au pillage, il fallait surprendre le roi, l'enfermer, le tuer ou le tondre, lui faire suivre sa vocation et en faire un capucin. Trois fois de suite en SIX mois, on crut mettre la main sur lui. Trois fois, il fut averti, se tint sur ses gardes. Nous possédons le récit de l'intrépide Poulain, qui, chaque soir au Conseil de la Ligue, où on pouvait le poignarder, apprenait ce qu'on ferait le lendemain contre le roi. On a suspecté cette pièce. Mais elle est tout à fait d'accord avec tous les documents qu'on a publiés depuis.
Comment servir Henri III? Il se trahissait lui-même. Son entourage lui fit croire que Poulain était payé par les huguenots. Il l'envoya faire ses révélations à un Yilleroy, ami de Guise, et qui le tenait au courant de tout.
L'orage semblait devoir écraser le roi de Navarre? Il faut regarder la carie, voir l'étroite et misérable petite bande de terrain où il se trouve acculé, ayant par derrière l'Espagne, par devant la grande France catholique, Henri III uni à la
Ligue, qui allait, bon grè mal gré, marcher contre lui.
Il est vrai que tous les protestants d'Europe s'étaient émus, cotisés, le roi de Danemark en tête, pour payer une armée allemande qui ferait une diversion. Les ligueurs dirent à l'instant que c'était Henri III lui-même qui appelait les Allemands. S'il ne combattait pas l'invasion, tout, le monde le jugeait traître. S'il la combattait, il se fermait tout retour du côté des pror lestants, il se brouillait à jamais avec l'Allemagne et la Suisse protestante; il appartenait dès lors à la Ligue, qui le traînait la chaîne au cou*
11 lui fallut bien pourtant, devant l'émeute permanente, prendre ce dernier parti. La Ligue donnait des troupes à Guise; le roi se mit à la tête des siennes, et il fallut que d'Épernon avec lui combattît les Allemands au profit de la Ligue.
Comment l'armée de Navarre joindrait-elle celle d'Allemagne à travers toute la France? Grand problème. Loin d'avancer à sa rencontre, le Béarnais reculait devant une grosse armée royale que menait Joyeuse. Plus d'une fois il se trouva près de périr, entre deux rivières et deux grands corps ennemis. Son vrai sauveur fut Joyeuse et son incapacité. Cet intrépide étourdi, suivi d^un
nionde de grands seigneurs à tête lion mpins légère, avait obtenu carte blanche du roi et la permission de donner bataille. Inquiet de son crédit baissé, il voulait se relever par quelque succès éclatant qui le mît au dessus de Guise et lui conciliât la Ligue. En attendant, sur sa route, il faisait le bon catholique, en massacrant tout ; il avait juré , disait-il , de faire mourir quiconque sauverait un seul huguenot. Toute son inquiétude, c'était d'être joint trop tôt par le maréchal Matignon, un Normand fort entendu, qu'on lui envoyait pour tuteur et qui tâchait de le rejoindre.
Joyeuse trouve l'ennemi à Centras, et ne perd pas une minute pour se faire battre à plate couture, disperser, détruire et tuer (20 octobre 1587).
La petite armée protestante/ outre- sa supériorité morale de troupe aguerrie, se montra une armée moderne comme art et habileté.
L'artillerie, bien placée et bien commandée, fit du premier coup un dégât immense dans les rangs serrés de Joyeuse, et la sienne, plus forte, n'eut aucun effet. Des pelotons d'arquebusiers, marchant devant le roi de Navarre et les deux Condé, leur préparèrent la besogne. Ils rompirent les catholiques, renversèrent les brillants escadrons. El alors, Tinfanterie protestante sur-
venant 9 un grand massacre (Commença; deux mille morts restèrent sur la place^ parmi lesquels ce beau monde de seigneurs et le fanfaron Joyeuse.
Point de victoire plus complète. La chambre où dîna le roi de Navarre était pleine de drapeaux ; tout le monde ivre de joie^ lui calme autant qu'auparavant, modéré et bon pour les prisonniers jusqu'à rendre à quelques-uns leurs enseignes pour les consoler. Les ministres étaient stupéfaits de voir un bomme si modeste. D'autres, observateurs sérieux, entrevirent l'abîme insondable d'indiffé-. rence à toute chose qui, sous cette surface aimable, se trouvait en effet chez lui.
Nulle autre prise que les femmes; pour quelques jours , à la Rochelle, éloignée de sa mal-tresse, la fameuse Gorisande, il lui avait fallu la fille d'un magistrat de la ville. Les minis« très avant la bataille lui rappelèi^ait ce péché; sans disputer, il en fit une sorte de satisfaction, d'amende honorable abrégée. Puis le lendemain de la bataille, il laissa tout, et s'en alla, avec sa brassa de drapeaux, chez sa Gorisande d'Audouin.
Il est vrai que tout le monde le quittait. Ghacun avait hâte d'aller reposer chez soi. Et cette armée allemande qui venait tout exprès pour eux, qui allait la diriger? Un seul des chefs protestants y
avait songé, et, par une course intrépide de deux cents lieues en pays ennemi, était parvenu à la joindre. C'était le fils de Coligny.
Abandonnée à elle-même, l'armée étrangère allait comme un grand vaisseau sans pilote ou comme un homme ivre, sans savoir ce qu'elle faisait; le soldat menait ses chefs.
Les Allemands avaient trouvé en Champagne leur vainqueur, le vin, le raisin, la vendange; leur voyage était devenu une sorte de bacchanale. Puis le camp fut un hôpital ; on laissa des hommes sur tous les chemins.
La nouvelle de Centras, qui leur vint le 28 octobre, les avait encouragés. Mais ce qui leur porta un coup terrible à ne pas s'en relever, ce fut de voir que le roi, que d'Épernon, qu'on leur avait dit amis, vinrent à eux comme ennemis. D'Épernon leur ferme la route. 11 les arrête, les démoralise, les corrompt, décide les Suisses qu'ils avaient à les quitter, à se joindre aux Suisses du roi.
Henri III se trouva ainsi avoir deux fois servi la Ligue et s'être porté deux coups« Par la défaite de Joyeuse il se trouvait ruiné dans sa force principale, et par le^ succès d'Épernon il brisait les Allemands, qui eussent été contre la Ligue ses meilleurs auxiliaires*
Ceux-ci, n'espérant plus rien, indisciplinés.
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sans ordre, ne se gardant même plus^ offraient à Guise une belle prise. Par deux fois, il tomba sur eux, et eut deux petits avantages que la Ligue porla jusqu'au ciel. Le roi, au contraire, qui avait fait le grand coup, en décourageant les Allemands, fut partout proclamé traître, coupable, dûment convaincu de les avoir fait échapper.
La Ligue crut dès lors n'avoir plus rien à ménager avec un homme mort, qui venait par complaisance de s'exterminer. A ce roi crevé, on put sans danger donner le dernier coup de pied. Le parti, assemblé à Nancy, lui fît la demande de s'unir mieux à la Ligué (il venait de se perdre pour elle), de subir le concile de Trente et la domination du pape, d'accepter l'Inquisition, de donner des places aux ligueurs, de vendre les biens protestants pour entretenir en Lorraine une armée catholique , de taxer les convertis au tiers de leurs revenus, enfin de ue faire grâce à auoun pinsonnier.
Condition atroce. On avait soin d'ajouter que, si un prisonnier, pour sauver sa vie, voulait se faire catholique, il ne le pouvait qu!en cédant la totalité de ses Mens.
Étaitrce tout? Non, on exigeait que le roi, de plus, éloignât de lui ceux qu'on lui désignerait*
Cela voulait dire Ëperoon, quelques seigneurs qui lui restaient encore fidèles, sa garde, les quarante-cinq de son antichambre?
C'était lui demander sa vie.
On sentait quC; poussé jusque-là^ il disputerait; qu'acculé dans le désespoir, il essayerait quelque chose, s'obstinerait à vouloir vivre, — et, par ce crime, mériterait sa déposition.
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