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le lendemain de ce fameux coup de force, soit obligé de se faire protéger près de la reine Elisabeth par le premier des politiques^ M. de Montmorency.
L'Europe entière est politique. Dans Télection de Pologne, où Ton va donner la couronne au premier conseiller de la Saint-Barthélémy, trois sortes de personnes travaillent pour lui, le pape, le Turc et les protestants d'Allemagne.
Les astrologues assurent à Catherine de Hédicis que ses fils seront tous rois. Et la chose en effet devient vraisemblable. Pendant que le duc d'Anjou va être élu en Pologne, la reine mère reprend en Angleterre l'affaire du mariage d'Alençon, et continue en Allemagne la n^ociation pour faire Charles IX empereur; tout cela, après le massacre, sans même imaginer qu'un si petit événement puisse changer les choses. Cette bonne mère ne s'occupe que de la galante entrevue entre Alençon et Elisabeth. Elle voudrait que les amants se vissent entre les deux pays, « en pleine mer, par un^eau jour. »
Le dialogue entre les reines est piquant et curieuxi « Je me soucie peu de l'amiral et des siens, dit Elisabeth. Je m'étonne seulement que le roi de France veuille changer le Décalogue et que l'homicide ne soit plus péché. » A ces
paroles aigres-douces, la reine mère Tépond pla»cidement que, si Elisabeth n'est pas contente de ce qu'on. a tué quelques prOj|;estanls/ elle lui permet en revanche d'égorger tous les.cathor liques (7 septembre 1572)*; . j .. ; » »
Donc tout s'arrangetià merveille pour Ijsi girandeur de la maison de France^ Dieu la bénit visiblement. Par élection, mariage, appel des peuples libres j^ elle va régner sur JiEurope^ dô l'Irlande jusqu'à la Vistule* . ' ?
Notre ambassadeur à Madrid écrit plein d'en^ thousiasme (17 juillet 1573) : «Mon maître, par force ou raisons, vous vous fevez maître du monde. » . , i
Voilai les succès du dehors» Voyons maintenant ceux du dedans. « : p
La Rochelle, Nîmes, Montauban, Sancerre, se mirent en défense avec quelques pays de mon-j tagnes. Mais généralement le coup sétobla, pour un moment du moins, assommer les ptoteât&nts. Une trentaine de mille hommes qu^ils avaient perdus n'auraient pas dû abattre un parti qui faisait alors le cinquième de la France, il y eut panique et vertige. Ils s'enfuirent par toutes les routes. Ceux qui restèrent dans les villos à la discrétion de leurs ennemis sfe laissèrent mener par troupeaux aux églises catholiques. Chose notable, qui marquait l'affais-
sèment du parti, ils ne résistèrent guère qaé là où ils pouvaient (jombattre. On ne vit plus,* comme jadis, des hommes désarmés, întrépi^ deô, demander et bmer la mort. Il y eut toujours des héros;' et nombreux, mais peu de martyrs.
Du re^te , il né s'agit "pas des protestants seuls. Ce cruel événement eut une influence générale. La mort avait frappé la France. Elle avait faufché la tête et la fleur, atteint les entrailles. . • • '
On lui coupa la tête, je veux dire le génie.
On tua la philosophie, Ramus. On tua Tart^ Jean Goujon , et le grand musicien Goudhnel jeté au Rhône. La jurisprudence avait péri en Dumoulin, mort d'angoissé et de persécution, peu avant le massacre. Et la loi elle-même décède peu après en Lhôpital , qui mourut de douleur.
C'est l'opération par en haut. Mais, en bas, dans les profondeurs, la France ne fut pas moins atteinte, et à l'endroit vital, la morale de la nation, sa franchise, sa sincérité.
C'est, je crois, de ce temps qu'en français sans doute a voulu dire peu1>-être.
Un parti immense se trouva tout à coup formé, le parti de la peur, industrieusement hypocrite. On commença à s'apercevoir qtf en effet la Ré-
forme avait tel principe insoutenable. On fouilla^ on creusa sa théorie de la Grâce, inconciliable, disait-on, avec la liberté catholique. Au nom de la liberté, on subit les jésuites et Rome,, on appela l'Inquisition. L'Espagne vint bientôt pour défendre la liberté.
Les femmes épouvantées se précipitent aux églises, usent les pieds des saints de baisers, les arrosent de larmes, étreignent la Vierge protectrice. Elles maudissent ces temples vides qui ne protègent pas leurs croyants.
Donc, la France se convertissait au grand galop, et tout souriait à la cour. Et Catherine écrivait peu après : « Maintenant que nous sommes délivrés... »
Elle avait cru sage d'écrire partout que le massacre était un accident, que le roi avait été obligé de se défendre contre les protestants et de c< se préserver de la cruauté de Coligny. »
Mais en même temps on assurait verbalement, surtout en Espagne, que la chose était tramée et préméditée de longtemps.
Laquelle des deux versions soutiendrait-on?
Charles IX, enivré d'éloges et des félicitations de Rome, était tenté de réclamer la gloire de celle longue préméditation. Il disait follement que non-seulement il avait fait tuer Coligny, mais qu'il aurait voulu le poignarder de sa
main. « Un jour, dit-il , je l'avais fait venir au Louvre tout exprès. .. Je le menais de salle en salle. Et, mordieu ! c'élâit fait, n'était que je m'avisai de me retourner et de le regarder. El j'ap^çus ses cheveux blancs. »
Tout cela applaudi. Si véritablement ce sage roi, deux ans durant, avec tant de patience, avait dissimulé, trompant les protestants, trompant les catholiques, Rome et l'Espagne, trompant même sa mère, ses secrétaires d'Etal, tous sesagents diplomatiques, et leur faisant écrire et dire tout le contraire de sa pensée... Oh ! si vraiment il avait fait cela, il fallait avouer que l'étonnant jeune homme avait dépassé tous les vieux, mis dans l'ombre les plus ingénieux coups d'Etat que l'histoire ait contés jamais !
Quelle avait donc été l'injustice des catholiques à son égard 1 Et combien durent-ils regretter d'avoir dit que ce bon roi perdrait son droit d'aînesse au profit de son frère ! Pendant qu'où l'injuriait, immuable, dans son cœur profond, il tissait sans se déranger ce filet sans pareil qui prit les ennemis de la foi.
Aussi, point d'hymne, point d'ode qui égale l'effusion de Panigarola au lendemain de l'événement. Son cœur s^épanche à flots devant le peuple ; nul mot n'y suffit. Les cris viennent et l'abondance des larmes»
Une pièce tellement soutenne, un râle si bien joué! les Italiens juraient qu'un Français tiY eût jamais réussi, qu'on voyait ^bieii là l'origine maternelle de Charles IX. Bon sang Afe peut mentir. Et on devait même dire 'que lièB ittdi-' leures pièces italiennes en ce genrep ëôinme les Vêpres siciliennes» les noces rouges de Piccinino , . le banquet fraternel où Gésat Borgia traita ses capitaines;, étaient fort au-dessous de la Saint -Barthélémy. La seule dmbrê qu'on y trouvât, c'est que Charles IX n'avait tué que les protestants, au lieu qu'il eût fallu aussi tuer les catholiques, y faire passer les Guises. C'est ce qui fait que Gabriel Naudé, dans son livre au cardinal Bagni, note la Saint-Barthélémy comme un coup d'État a incomplet . »
IjCS Guises furent très-perfides pour Charles IX et très-inconsistants. Le jeune Henri de Guise, qui, désavoué par lui le dimanche, l'avait forcé le lundi à se dire auteur du massacre, dès qu'il l'eut dit, en fut jaloux ; et il voulait lui ôter 'honneur de la chose, écrivait « que ce n'était qu'une colère soudaine que le roi avait eue de la conspiration. »
L'oncle d'Henri de Guise, le' cardinal de Lorraine, disait tout le contraire à Rome. Il allait criant que c'était le roiy le roi seul qui dès hng^ temps avait tout préparé. Et il faisait écrire, en ce
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seng, à la gloire de 'Charles* IX, l'ingénieux ouvrage<jde Capiliipi. * : /> '
En réalité, la Saint-^Bdrthélerny, voulue tant de fois et par feint de gens, avait surpris tout le monde, surtout le cardinal* Il était épouvanté de son propre succès; €e' pauvre homme, aussi brave que le Panurge de Rabelais, remua cie et terre pour bien établir que toute la responsabilité revenait à Charles IX. ïl n'y eut sorte d'honneur qli'il ne lui en fît, usurpant les fonctions de l'ambààsadeui^ de France qui ne disait mot, haranguant lé pape a^ nom du roi, glorifiant son maître datis une belle inscription en lettres d'or, s'àrtrangeatït pour que la cour de Rome, ivre de cet événement , le rapportât uniquement à la gloire du roi très-chrétien.
Il y eut des fêtes à Rome et une fianche gaieté. Le pape chanta le Te Deum^ et envoya à son fils Charles IX la rose d'or. Le légat, arrivé à Lyon, trouva au pont du Rhône une bande à genoux. On lui dit que c'étaient les braves qui avaient fait la grande besogne. Il sourit, et de bon cœur bénit ces pauvres assassins.
Le duc d'Albe, au contraire, loin de louer la Saint-Bapthélemy, se montra insolemment ingrat pour révénementqui» le sauvait. Son maître, Philippe II, resta sombre, sournois, visiblement jaloux..
Ni l'un ni l'autre ne voulaient croire à la sagesse de Charles IX, ni lui laisser Thonneur du coup. Le duc d'Albe dit avec mépris : « Chose furieuse, l^ère et non pensée. » Puis Téloge de TamiraL Enfin il s'emporta à dire : c< J'aimerais mieux avoir les deux mains coupées que de Pavoir fait. »
Noire ambassadeur à Madrid, ne pouvant vaincre l'incrédulité de Philippe II, trouva moyen de le mettre à la raison. Il lui fit venir un moine, le général des Cordeliers, qui avait été en France, et qui dit en furie au roi d'Espagne : « En vérité, je ne sais pas comment la colère de Dieu ne tombe pas sur ceux qui veulent obscurcir l'honneur que viennent de mériter Leurs Majestés très-chrétiennes. » ,
Philippe II, à mesure qu'il vit que la voix du sang s'élevait partout, se rangea à l'avis du moine , changea brusquement de langage , et soutint qu'en effet Charles IX avait prémédité l'épouvantable trahison. Ce qui, par un chassé croisé fort ridicule, amena la cour de France à nier en Espagne la préméditation.
Dans des dépêches furieuses, Charles IX accuse amèrement le roi catholique, « ingrat et peu soigneux de Dieu, qui ne veut que faire ses affaires, se tirer d'embarras, et le laisser
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en cette danse... » (Saint-GoarJ , 17 mars 1573, dans Groen, IV, app., p. 31-33.)
On voit bien qu'au premier moment les rois, et spécialement Philippe II, avaient été surpris , éblouis , humiliés de l'audace du jeune roi de France , de la vigueur du coup, qui contrastait tellement avec leurs tergiversations.
Lorsque le pape Pie Y excommunia Elisabeth, le banquier Ridolfi [de Londres proposait à Philippe d'exécuter la sentence par l'invasion ou l'assassinat. Marie Stuart y consentait. Mais Madrid hésita; on bavarda un an, et davantage; on consulta le duc d'Âlbe, qui trouva la chose difficile. Philippe n'osa point.
Elisabeth n'osa pas davantage. Voyant que Marie tramait sa mort, elle eût voulu la faire périr. Aux Anglais qui demandaient Fexécution de la reine d'Ecosse, elle répondait non. Cependant, le 7 septembre, douze jours après la Saint-Barthélémy, elle parut décidée. Elle ordonna aux Écossais ses partisans de deman* der qu'on la leur livrât « pour la tuer quatre heures après. » Accepté, pourvu toutefois qu'on la tue « en présence des ambassadeurs d'Angleterre. » Le ministre d'Elisabeth, Gécil, disait qu'avec ces Écossais on n'en finirait pas, qu'il fallait la tuer en Angleterre même. Bref, il en fut comme en Espagne ; on jasa, et rien ne se fit. i
Ni à Elisabeth; ni à Philippe II, la volonté ne manquait; mais l'âudace. Et^ pour dire bas-sement la*- chose par -un mot * de ShakspeâfrO; ils regardaient le melirire cdiime* le' diat rè^ garde u»' hm » inoroeau, èligtaanlî ' les ^eux, sans y risquer là patte. i .
Charles IX, au conti^ire, avait' l'attitude d'un homme qui a oséfcé 'qu'il voulait/la tête haute et dédaigneuse; Et^, comme'' on ne sàvdit pas qu'il avait bfeé malgré lui, 'on ie ' prenait sur sa part)le. L'honneur n'empêchait j!ds 'qu'on iie sentît le respect craintif que donne une grabde audace. - ■ i • '
On avait pris une telle opinion du Tils 'et de k' mère; ' que, celle-ci insistant ]pi^ès d'Elisabeth pour le mariage et Ffentrevue, la ' reine d'^Angletërre laissa voir quelque peur qulellc ne viiit à Douvres. Elle dit qu'une telle dame/ après une telle chose, pour peu qu'elle amenât du mokide, ferait craindre que le mariage ne fût une invasion.
Ce qui est curieux, c'est que, tant folle que fût la chose, Noaillesy évêque d'Acqs, l'un des sages du temps, et ' très-intime confident de Catherine, t'avait conseillée dès le commencement, en 4571. Il écrivait à la reine mère qu'il était à désirer tjue le prince français, au débarqué en Angleterre, se saisît d^une place ^ se consti-
tuant chef des catholiques qui se fussent ralliés à lui. Auquel cas, au lieu d'épouser Elisabeth, il l'eût tuée, pour épouser Marie Stuart.
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