‹ La Ligue et Henri IVChapitre 4 sur 37 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Fin de Charles IX. 1573-1574.

« Huit jours après le massacre, il vint grande multitude de corbeaux s'appuyer sur le pavillon du Louvre. Leur bruit fit sortir pour les voir, et les dames firent part au roi de leur épouvantement.

« La même nuit, le roi, deux heures après être couché, saute en place, fait lever ceux de sa chambre, et envoie quérir son beau-frère, entre autres, pour ouïr dans l'air un bruit de grand éclat, et un concert de voix criantes, gémissantes et hurlantes, tout semblable à celui qu'on entendait les nuits des massacres.

Ces sons furent si distincts, que le roi, croyant un désordre nouveau, fit appeler des gardes

pour courir en la ville él empêcher le meurtre. Mais, ayant rapporté que la ville était en paix et Tair seul en trouble, lui aussi demeura troublé, principalement parce que le bruit dura sept jours, toujours à la même heure. »

Ce fait était souvent conté par Henri IV, le soir, quand les portes étaient fermées, à ses plus privés serviteurs. Une sorte de frissonnement lui restait de Charles IX. Quand il en faisait ces récits, il disait : c< Voyez vous-mêmes si mes cheveux n'en dressent pas? » Et ils dressaient en effet, si nous en croyons d'Aubigné.

Pendant un an, le Béarnais était resté dans la nécessité terrible de vivre avec Charles IX et de s'ammer avec lui. Il lui avait fallu le suivre dans ses folles courses de nuit, dans ses parties de plaisir à la Grève, à Montfaucon. Ce tragique camarade, qui n'aimait guère qu'à frapper, forcer, briser portes et meubles, jeter tout par les fenêtres, pouvait se retourner sur lui. Il ne parlait que de tuer. On a vu qu'un jour il pensait à tuer Guise, une fois Henri d'Anjou. Une autre fois, averti qu'un la Mole dirigeait son frère Alençon dans les intrigues, il le chercha pour l'étrangler. Il finit, avec tout cela, par ne tuer que lui-même.

Le jour où on le mena au Parlement pour lui faire avouer et signer la Saint-Barthélémy,

son visage^ dit Petrucci, était tellement altéré^ qu'il parât horrible. Il était long, maigre, voûté, pftle, les yeux jaunâtres, bilieux et menaçants, le cou un peu de travers (Gastelnau). Ajoutez par moments un petit sourire convulsif oii TœiK &aL parfait désaccord avec une bouche crispée, prenait dans son obliquité un demi-clignement loustic. — Trait cruel que le dessin du Panthéon et le beau buste du Louvre ont osé à peine indiquer.

Le soir de ce jour maudit^ il fit venir Marie Touchet, et elle conçut un enfant. Digne fruit d^un tel moment, intrigant, brouillon et pervers.

L'Ëurc^ savait parfaitement que le roi était fou. Mais elle ignorait à quel point Fêtait le conseil de France. Nous le savons maintenant par les lettres de Catherine et les dépêches officielles. Ils avaient si peu de conscience de Thor* reur qu'ils inspiraient, qu'ils prenaient au sérieux tout ce qu'on leur proposait pour les isoler de l'Espagne. La reine mère, qui a été tellement exagérée par la manie du paradoxe, et dont la facilité, la finesse, la grâce italienne, pouvait imposer en effet, apparaît dans ses lettres follement chimérique. Elle croit qu'Elisabeth, au milieu d'un peuple qui ne parle plus de nous qu'avec exécration, peut ou veut épou-

ser son fils. Elle croit que les princes allemands veulent vraiment pour empereur le roi de la Saint-Barlhélemy. Elle suppute ridiculement que la royauté de Pologne, « que son fils va avoir pour trois millions, en rapportera vingt par an à la France, » etc. (Lettre ms., 50 mai 1575.)

Il est évidait que Catherine, Gondi, Birague, révêque Morvilliers, enfin tout ce beau conseil, ayant anéanti en eux tout sens de moralité, jusqu'à ne pouvoir plus même la deviner chez les autres, avaient perdu entièrement la boussole de l'opinion. Ils négocient toujours, comme s'il n'y eût pas eu de Saint-Barthélémy. Ils voguent avec confiance sur la mer des affaires humaines, cil leur vaisseau tout à l'heure va faire honteusement le plongeon.

Croird-t-on que le premier envoyé qu'on dépêche à l'Allemagne frémissante, c'est justement ce Gondi, ce vénéneux Italien, qui surprit au fou qui régnait son consentement au massacre?

Une seule chose, nous l'avons dit, était sage au point de vue catholique : adhérer franchement à VEspagne, «'unir à elle, accabler partout le protestantisme.

Hors de là, pure vanité, pure folie, pure impuissance.

.Le naufrage de la royauté était infaillible.

Nous allons la voir en vain s'aheurter à la Rochelle, qu'elle ne pourra pas prendre. Nous allons la voir dans deux ans, brisée par le tiers parti. Quatre ans après le massacre, entre ce parti et le catholique se fera une espèce de démembrement de la France (1576).

Mesurons donc la profondeur où celle-ci a reçu le coup de la Saint-^Barlhélemy. L'événement l'a placée entre deux alternatives :

Unie et subordonnée à l'Espagne, suicidée.

Ou bien ,

Flottant à part, divisée, impuissante, suicidée.

Seulement, au premier cas, le catholicisme vivait par la mort de la France.

Je l'avoue, entre ces fous graves qui nous mènent sagement au naufrage, je regarde plus volontiers le tragique fou Charlœ IX. Celui-ci, au moins, par son trouble, annonce un pressentiment de la catastrophe imminente.

Il était profondément seul. Quelle que fût l'adresse de sa mère à le tromper là-dessus, il voyait bien que ses gens n'étaient pas à lui. Dans sa santé déclinante, il alternait de séjour entre une tombe et un désert, entre le Louvre et Fontainebleau. Fontainebleau commençait à être fort négligé; on né le réparait plus. Les jardins étaient en désordre; le lac même et la belle source furent bientôt à demi comblés. Le Louvre,

plus triste encore. Les salles, cours, fossés, jardinets, et même encore les Tuileries, racontaient la lugubre histoire. Les cadavres enlevés s'y voyaient toujours ; les marbres, toujours lavés, s'obstinaient à rester rouges.

Que disaient ces noirs corbeaux dans leur bruyant concile du Louvre? On ne l'entendait que trop. Us disaient que la Saint-Barthélémy n'était qu'un commencement, qu'ils avaient pris appétit sur les princes et sur les rois, que dis-je? sur les royaumes. Ils flairaient de près les Valois, ils odoraient de loin les carnages de la Ligue et le siège de Paris, saluaient la joyeuse époque du triomphe de la mort.

Le siège de la Rochelle montra combien profondément les deux partis étaient malades; il révéla à la fois la discorde des protestants, la dissolution des catholiques.

La pauvre petite France réformée, échappée au couteau, ne pouvant se fier à nulle promesse, nulle parole royale après Tévénement de Paris, entrait les yeux fermés dans une lutte sans espoir. Elle voyait en face la royauté des massacreurs qui lui lançait tout le royaume, entraînant et Charles IX et la grande masse catholique, même les réformés convertis. Navarre, Condé eux-mêmes furent menés contre la Rochelle, avec leurs régiments des gardes, leurs cinq

cents gentilshommes, et firent les braves à la tranchée.

Nul secours du dehors» Les luthériens d'Allemagne ne firent rien pour nos calvinistes. Elisabeth ne les secourut pas, pas plus qu'elle n^aidait le prince d'Orange. C'est ce qu'affirme expressément l'homme le plus instruit des affaires du temps, duPlessis-Mornay. LesavantM. Groen établit la même chose pour les Pays-Bas (t. V, p. 532).

Pourquoi? pour trois raisons : Éli&aheth était reine bien plus que protestante, et haïssait toute révolte. Puis Elisabeth était pape, et n'aimait point du tout l'Église démocratique; elle avait peur, horreur des puritains, qu'elle voyait maîtres en Ecosse et qu'elle pressentait en Angleterre. Troisièmement, elle suivait Vimptdsion du commerce anglais^ qui détestait les Espagnols, mais trouvait bon de gagner avec eux. Elle avait hâte de renouer avec Philippe II, avec qui en effet elle s'allia le 1" mai 1573. m

Elle négociait partout, mais elle restait close dans son île, attentive à l'Ecosse, à la ruine du parti de Marie Stuart, Elle abandonna la Rochelle, fermant seulement les yeux sur une tentative de nos réfugiés qui, sous Monlgommery, avec des navires loués aux Anglais, entreprirent d'y jeter des secours. Mais, à la

première viie de la flotte du roi, leurs équipages anglais les emmenèrent au large. Montgommery s'obstina, approcha et faillit périr.

Tellement divisés en Europe, les protestants Pétaient même en France, et jusque d^ms les murs de la Rochelle. Dans les intervalles des attaques, ils disputaient entre eux. On avait fait la. faute insigne de laisser entrer dans la ville le bonhomme la Noue, fort crédule, et qui ne prêchait que la paix. Un parti se forma pour lui donner le commandement militaire, qu'il accepta avec la permission du roi. Heureusement la ville avait pour maire un homme du peuple de grande énergie, un Jacques Henri, formé par l'Amiral, et qui adhéra fermement au parti fanatiqae, décidé à combattre et résister jusqu'à la mort. Les fanatiques sauvèrent la ville, la maintinrent libre et république; une ville vainquit la royauté.

Cette prodigieuse résistance, avec celle de la petite Sancerre, est un des plus grands faits de notre histoire. Un peuple se battit comme un seul homme. On voyait, à la marée basse, les femmes et les ministres, jusqu'aux enfants, les pieds dans l'eau, qui marchaient sous le feu, incendiant les vaisseaux qu'on coulait pour fermer le port, attaquant intrépidement les redoutes des catholiques.

Ceux-ci avaient eu tout ITiiver pour préparer le siège. Ils avaient à loisir bâti des forts et des redoutes autour du port et de la ville. Dès lors, quoi de plus simple que d'affamer une ville sans secours, de démolir toutes ses défenses avec rénorme artillerie qu'on avait amenée? C'était l'avis de Biron, de tous les militaires. Deux choses s'y opposaient. Le siège était conduit par le duc d'Anjou : c'était un siège de prince qu'il fallaii emporter par de brillants faits d'armes. Tout ce qu'il y avait de princes et de seigneurs en France, Montpensier et Nevers, surtout les Guises, étaient là, et chacun voulait se signaler. On donna coup sur coup des assauts furieux.

On essaya des mines si mal conduites, qu'on s'écrasait soi-nf}ême.

On s'accusa alors. On prétendit que Navarre et Condé, Alençon, avertissaient les assiégés, s'entendaient avec eux. On n'était pas bien loin de tirer l'épée les uns contre les autres, Alençon devait, on l'assure, pendant une sortie et de concert avec les assiégés, attaquer le quartier de son frère le duc d'Anjou. Le principal obstacle fut le scrupule des ministres de la Rochelle, qui refusaient d'entrer dans ce guet-apens fratricide. Les assiégés perdirent treize cents hommes, et les assiégeants vingt-deux mille, des princes et nombre de seigneurs, l'argent du parti catholi-

que, bien plus, l'élan de la Saint-Barthélémy. Tout vint s'amortir, s'enterrer dans les fossés de la Rochelle.

Les assiégeants avaient la fièvre, et ils étaient tellement baissés de cœur, qu'à toute attaque ils s'enfuyaient. Les Rochelais s'amusèrent à leur lancer des goujats en chemise, armés de ferrailles ronillées.

Le duc d'Anjou fut trop heureux de voir arriver la députation polonaise qui lui apprenait son élection et devait l'emmener. On traita à la hâte. La Rochelle, Nîmes et Monlauban restèrent trois républiques, se gardant et se gouvernant. Le prêche y subsistait, ainsi que chez tous les seigneurs qui n'avaient point abjuré. Partout ailleurs, liberté de conscience (6 juillet 1573).

Nous avons dit comment la cour de France avait acheté son succès de Pologne. L'ambassadeur Montluc jura que le duc d'Anjou et Charles IX n'étaient pour rien dans la Saint -Barthélémy, et promit expressément la liberté religieuse non-seulement pour la Pologne, mais pour la France même. La crainte universelle qu'on avait de voir la maison d'Autriche fairc arriver un archiduc à cette couronne réunit tout le monde pour le duc d'Anjou. Le Turc le recommanda ; le pape et les luthériens d'Allemagne agirent pour lui également. Montluc,

prenant vingt masques, se montrait protestant pour gagner les riches Palatins, et il captait la petite noblesse par des discours démocratiques, des appels à la liberté. Il n'y eut jamais pareille effronterie. Le tout démenti, et l'ambassadeur désavoué, quand les Polonais eurent élu et furent arrivés à Paris.

Curieuse dérision de la fortune. Voilà cette cour, après ce long si^e inutile, cet échec de cinq mois, ses forces épuisées et son impuissance constatée, la voilà qui grandit devant l'Europe, accrue d'une couronne, de ce choix glorieux, de celte lointaine royauté d'Orient.

L'imberbe duc d'Anjou trône royalement à côté de son frère entre les longues moustaches, les fourrures de ses Palatins. Les Guises séchaient de jalousie. Ils avaient fait tout ce qu'ils avaient pu pour empêcher la paix de la Roichelle ; le bon cardinal de Lorraine disait paternement qu'il connaissait bien le duc d'Anjou, c< s^ étant mesU de sa conscience^ et que le duc avoit juré d'exterminer tous ceux qui avoient été huguenots. » (Lettre ms. de Catherine, 20 mai 4573.)

Ces lettres de la reine mère sont bien étranges. La plus vaine, la plus folle ambition y paraît. On. y voit d'une part la pauvreté extrême où Ton est et la peine qu'on a d'emprunter de l'ar-

genl; d'autre part, elle commence tout, elle a envie de tout; il lui faut tous les trônes.

En Lorraine, où elle fait la conduite au jeune roi de Pologne, nous la voyons mener de front je ne sais combien d'autres affaires plus ou moins chimériques.

Elle intrigue, chemin faisant, pour le mariage d'Alençon avec Elisabeth, fait par écrit sa cour au banquier Ridolfi, très-influent à Londres, lui fait faire des présents, et aussi à un \ellutelli, autre intrigant, qui s'occupe du mariage. Elle travaille l'Empire pour Charles IX. Elle abouche son fils Anjou avec le frère du prince d'Orange.

Qui mettra-t-elle aux Pays-Bas, Anjou ou Alençon? Elle aimerait bien mieux le premier. Anjou dit, en passant le Rhin , à Louis de Nassau, qu'il ne fait qu'un tour en Pologne, mais qu'il va revenir et lui mener toute la noblesse de France pour éreinter le duc d'Albe.

Quoi de plus fou dans les romans? Cependant il fallait savoir si, de cette folie, on ne tirerait pas avantage. Depuis deux ans, Guillaume d'Orange était prié, poussé par son frère, le bouillant Louis, pour se lier à Charles IX. Ce grand homme, esprit net et ferme, mais cruellement traîné par la fortune, n'avançait qu'avec répugnance, convaincu qu'il ne gagnerait que

honte et malheur à toucher cette main sanglante. Cependant il avançait. L'épouvantable siège d'Harlem, l'effort désespéré et inutile qu'il fit pour la secourir, le brisa ; il céda en disant qu'il ne céderait pas : « Non, écrit-il, nous ne vendrons pas le pays pour cent mille écus. » Cependant il le fit, nommant Charles IX protecteur de Hollande et maître de tout ce qu'il prendrait aux Pays-Bas (mai 1573).

Et, cette honte bue, l'argent ne vient pas.

Harlem succombe (12 juillet), horrible catastrophe ; deux mille Français, entre autres, passés au fil de répée. L'histoire n'a rien gardé de plus amer que le dernier cri de Louis de Nassau à Charles IX avant cette catastrophe. Il y confesse la honte d'avoir voulu le faire Empereur, mais il lui révèle durement la situation de la France. Cette pièce terrible de franchise biffe tous les sots mémoires du temps : « Maintenant, dit-il à Charies IX, vous touchez la ruine, votre Etat baye de tous côtés, lézardé comme une vieille masure qu'on raccommode tous les jours de quelque pilotis et qu'on n'empêche pas de tomber... Où sont vos noblesses? où sont vos soldats?... Ce trône est à qui veut le prendre. » (Groen, IV, Appendice, p. 81 .)

Maintenant, comment en novembre trouva-t-on enfin les cent mille écus? C'est que Catherine^

qui faisait alors la conduile à son bien-aimé roi de Polpgne, imagina de le substituer à Alençon, qu'elle n'aimait pas, dans celte future royauté des Pays-Bais. Si la France était pauvre, la reine mère avait une fortune personnelle, et ce fut elle peut-être qui paya.

L'affaire tourna fort mal. Cet odieux argent ne servît en rien les Nassau. Avec ces trois cent mille francs et cent mille encore qu'on donna en mai, Louis se fit tuer, battre, détruire (15 avril 1574).

Guillaume le Taciturne eut cruellement à regretter d'avoir cherché appui en Charles IX, d'avoir eu foi dans ce néant.

Charles survécut un mois à Louis de Nassau.

Mais, avant de mourir, il avait eu le temps de voir combien ses avertissements étaient véridiques.

Ija levée du siège de la Rochelle n'était qu'un commencement de la grande expiation. Charles IX, malade à Villers-Cotlerets, y vit arriver une redoutable procession des protestants du Midi; le Languedoc d'abord arriva, puis le Dauphiné, la Provence. Ces grandes provinces n'entraient pas dans l'arrangement qu'une ville avait

fait sans les consulter. Elles demandaient des garanties, deux places de sûreté par province^ avec des Juges protestants, et le culte libre par tout le royaume. Elles demandaient surtout la pu-

Dition du massacre^ la réhabilitation des morts de la Saint-Barthélémy.

La reine mère trouva la demande insolente.

« Vous n'en demanderiez pas tant, dit-elle, si Condé était encore dans Paris avec cinquante mille hommes. » Ceux-ci avaient avec eux bien autre chose que Condé. Ils avaient l'opinion, n'étant plus la voix d'un parti, mais celle de la justice même et des catholiques modérés, qui^ dès lors, étaient avec eux.

« On examinera, » dit-elle. Et cependant elle envoie Biron pour surprendre la Rochelle. Le maire (c'était encore Jacques Henri, l'homme de l'Amiral) surprit les traîtres lui-même, les fit pendre, et la cour en resta couverte de confusion.

Il était constaté que nulle paix n'était sûre. Maintenant que fallait-il faire? J'adresse cette question non à M. Capefigue, mais aux nôtres qui, trop docilement, ont suivi cette inipulsion-

Dans l'ouvrage d'un savant jeune homme que j'aimais et estinaais (Démocratie de la lÂgue^ par Labitte, 1841), je lis ces cruelles paroles : « On a maintenant le secret de la démocratie hypo^ crite du protestantisme, c'était tout simplement une arme contre la royauté, une cuirasse pour la noblesse, » etc.

Sauf Sismondi, tous nos historiens ont traité le protestantisme avec grande sévérité.

M. de Bonald, au contraire, très-bien éclairé par sa haine, a vu que, quelques formes qu'ait pu prendre le protestantisme dans les phases diverses que lui imposait la persécution, son essence est la liberté, la démocratie^ le principe antimonar chique.

Faut-il répéter ce que nous avons dit :

que, quarante ans durant, parmi lès martyrs du protestantisme, on ne découvre que trois nobles ?

Les nobles y entièrent en foule, mais sous Henri II seul«nent. Et même encore en 1572, où tant de nobles périrent, les listes nominales des morts témoignent qu'il périt infiniment plus de marchands, de gens de robe, d'artisans et de bourgeois. .

Le besoin que nous avons de rapprochements et de comparaisons, a conduit souvent à vouloir retrouver le fédéralisme de 95 dans les tentatives que firent en 1573 les malheureux échappés aux poignards des assassins.

Judicieuse assimilation. Les deux faits sont exactement ccmtraires :

La résistance protestante, bien loin de couvrir le retom' à la royauté^ qui fut la pensée secrète d'une grande partie des Girondins, fut dirigée

contre le roi, en haine de la royauté, devenue le synonyme du massacre et du guet-apens.

La résistance protestante n'est pas, comme la girondine, exclusivement urbaine et la ligue des grandes villes. Elle réserve expressément les droits des électeurs du plat pays.

Pardonnons à ceux qui cherchèrent quelque moyen de résister. N'accablons pas des vieilles injures de la Ligue une minorité héroïque dont la lutte fut un miracle.

Toute son histoire est en ce mot : Le protestantisme, né peuple, essentiellement industriel pendant quarante ans, ne se montre dans les temps qui suivent que par ses hommes d'épée (les seuls qui puissent résister); mais, au siècle de Louis XIV, sùnimmense majorité est peuple encore, industrielle, et la Révocation de l'édit de Nantes fut précisément l'exil de l'industrie française.

Que vois-je au seizième siècle? Q^e le protestantisme seul nom donne la République, dont la Ligue tout à l'heure fera la conti*efaçon, la grotesque caricaturé.

Je dis qu'il donne la République, Tidée et la chose et le mot.

Le mot. C'est, sous son influence, que répu^ blicpie, chose publique, mot appliqué jusque-là à tous les gouvernements, va devenir le nom propre du gouvernement collectif.

-» 85 — [iunzA^iA]

La ehose. Le 16 décembre 1573, le génie du Languedoc, exercé depuis deux cents ans dans les États de ce pays , trace d'une main ferme et habile le plan d'une constitution républicaine, non pour s'isoler de la Fimicey mais, au contraire, pour la gagner et Tenvelopper tout entière. États provinciaux tous les trois mois, États généraux tous les six mois. Garantie pour les catholiques, qui payeront sans résistance la contribution générale de guerre.

Aux termes du premier règlement fait à Nîmes par une assemblée mixte de protestants et de catholiques, le conseil de chaque province comptera deux bourgeois pour un noble (Popelinière, janvier 1575). La double représentation du Tiers-état, tant discutée plus tard, en 1788, est ici accordée d'emblée. Voilà la Révolution anticipée, en fait, de trois cents ans.

Mais , à côté du fait , il faut la théorie , ridée. C'est par leur action mutuelle que se fait la force; il y faut et Fâme et le corps.

Cette âme éclate en 1573, par un livre de génie.

Petit livre, d'érudition immense, improvisé cependant le lendemain du massacre, échappé d'un cœur ému et grandi sous les poignards, qui, dans son danger personnel, a reçu la lumière de Dieu.

Gaule et France, Franco-GaUia, c'est le titre de ce livre, qui, de Genève, envahit toute l'Europe, est traduit en toutes, langues. Nul succès n'a été si grand jusqu'au Contrat sodal^^

L'auteur, Hotman, était devenu protestant à la Grève en voyant mourir Dubourg. Protestan* tisme d'humanité, de raison pi d'examien, qu'il appliqua d'abord contre le droit romain, cetto machine de tyrannie, puis poutre la tyrannie même.

Ce n'est pas que ce grand homme méconnaisse le droit romain. Loin de là, il dit lui* même qu'on peut en tirer des trésors. Mais il doute fort sagement qu'à deux mille, ans de distance la loi de l'Euipire 4;onvtenne h un monde tellement changé.

Hotman, comme Jean- Jacques Rousseau, arrivant tard et le dernier des grands hommes de son siècle, vint merveilleusement prépayé.

Pour lui, rillustre Cujas, illuminant la droit romain, lui donnant sa valeur historique , avait fait sentir qu'il, fut le drxût de tel âge , de telles mœurs, et non le droit du genre humain.

Pour Hotman, le grand Dumoulin a préparé l'unité des coutumes nationales, attaqué les deux vieilles forteresses qui stérilisaieint la: terre de leur ombre, droit papal et droit féodal, reven-

diqué rimmortelle légitimité de la propriété libre contre l'usurpation du fief.

Hotman connut-il le petit livre brûlant de la Boétie^ le Contr'un^ écrit dès longtemps en 1549, mais imprimé seulement en 1578? Nul doute qu'il n'en courût des copies.

Le livre de la Boétie fut intitulé Le Contr^un. Celui d'Hotman aurait pu s'intituler Le Pour tous.

Il déclare que le droit appartient à la majorité des citoyens.

Il suit la France gauloise, germaine, carlo- Tingienne, capétienne, et montre qu'à toute époque elle a eu (plus ou moins, mais enfin a toujours eu) un gouvernement collectif.

Qu'il se trompe sur tels détails, comme le dit M. Thierry, qu'il s'exagère la part de l'élection, de la délibération publique, dans ces époques obscures, il n'en a pas moins raison au total. Les chefs gaulois, mérovingiens, ont consulté leuTC guerriers ; les empereurs carlovingîens ont consulte leurs grands, et spécialement leurs évêques ; les capétiens leurs pairs, etc.

11 se moque avec juste raison et du petit conseil privé, et deâ parlements de juges, qui voudraient donner le change, et se faire prendre pour héritiers des grands parlements nationaux.

Livre profond, vrai, lumineux, qui donna ridentité de la liberté barbare avec la liberté moderne, relia les races et les temps, restitua l'unité et Tâme, la conscience historique de la France et du monde.

Du reste, comme démolition de la royauté, toutes les théories de républiques ne valaient pas Charles IX. Spectacle étrange, prodigieux, scandale pour le ciel et la terre. L'âme furieuse du fou, comme un misérable clavier frémissant au hasard, était à la première main audacieuse qui jouait dessus. Son frère Anjou Tentraina à vouloir étrangler la Mole, le favori d*Alençon. Il l'entraîna à tout briser chez un gentilhomme qui refusait d'épouser une fille salie par Anjou. Trois rois (France, Pologne et Navarre), avec leur valetaille, firent le sac et le pillage nocturne de cette maison.

Le jour, c'étaient des chasses folles. Charles IX s'y blessa encore en janvier. S'il ne chassait, il sonnait tout le jour du cor de chasse, jusqu'à déchirer ses poumons et vomir le sang. Alors il fallait s'aliter. Tout le monde s'arrangeait en vue de sa mort prochaine.

A en croire la Vie de Catherine, compilée récemment sur les dépèches des ambassadeurs

de Florence et les papiers des Médicis, la France adorait la reine mère. Si les documents français n'établissaient le contraire, le bon sens y suffirait. Sa réputation de mensonge, et l'impossibilité de traiter avec elle, sa fortune personnelle dans une telle pauvreté publique, son maquignonnage de femmes (elle en envoie une à la Noue pour le mettre en son filet), tout l'avilissait, la rendait odieuse. Son fils Alençon, haï d'elle, le lui rendait à merveille. On dit qu'il avait voulu s'entendre avec Henri de Navarre pour l'étrangler de leurs mains.

(V. aussi NevCTs,'!, 177.)

On avait horreur de voir que, par la mort dé Charles IX, elle serait régente encore. Les Bourbons, les Montmorency, suivis des maréchaux et de tous les grands seigneurs, vinrent dire qu'il fallait un lieutenant général, Alençon, avec les États généraux.

Celte immonde Jézabel avait opéré un miracle, l'unanimité. Le plus austère des protestants, Mornay, jusque-là contraire aux alliances politiques, se dément et se résigne à celle des catholiques. Les plus violents catholiques, un Coconas, qui avait racheté des protestants pour les torturer, se démentent, et, pour alliés, acceptent des protestants.

Au moment de l'exécution, Alençon eut peur,

hésita ; et son confident la Mole alla tout dire à Catherine.

Il faut la voir là dans son 1 astre. Elle avait en main la bête sauvage; elle la met en fuiie en lui faisant croire que c'est à sa vie qu'on en veut. Il était alors alité; elle le tire de son lit, et le fait partir la nuit de SaintrGermain pour se sauver à Paris. Enveloppé par sa mère, né sachant rien que par elle, Charles IX disait furieux : « Ne pouvaient-ils attendre au moins quelques jours ma mort si prochaine? »

Catherine, qui, toute sa vie, avait paru comme de glace, et qui peut-être, avant la Saint-Barthélemy, n'avait pas fait d'acte féroce (sauf le meurtre de Lignerolles) , étala dans cette circonstance une cruauté inattendue. Elle fit une grande tragédie de ses craintes pour son fils. On avait trouvé chez la Mole je ne sais quelle poupée de cire, destinée à une opération de nécromancie. Elle prétendit que cette image était celle du roi, qu'on devait la percer d'aiguilles, pour que son cœur, sentant les coups, languît et se desséchât. Elle fit infliger à la Mole une effroyable torture qui le fit parler dans ce sens. La torture n'était guère moindre pour le malade lui-même, qui, déjà tellement troublé, se sentait comme mourir sous d'invisibles piqûres.

Elle avait mis à la Bastille l'aîné des Montmo-

rency. Elle n'osait le faire mourir tant que vi* yait son frère Damyille, gouyerneur du Languedoc. Pour y pourvoir, elle envoya à Damville un Sarra Marlinengo t un de ses bravi italiens , assassins de profession. En Poitou, la Noue résistant aux femmes qu'elle avait essayées d'abord ^ «lie lui dépêcha un homme, homme, il est vrai , trop connu, Maurevert, le tueur du roi.

Ces misérables tentatives, dont elle n'eut que la honte, ne l'auraient pas tirée d'affaire sans deux circonstances. Damville, qui régnait paisiblement en Languedoc, se soucia peu de compromettre cette royauté, ne bougea pas. D'autre part, le nord de la France ne s'émut pas davantage. Le pays de sapiencey la politique Normandie, montra peu de disposition à rentrer dans la carrière aventureuse des guerres de religion. Plusieurs villes reçurent aisément les proies* tants, mais plus aisément encore les abandonnèrent. La seule forte résistance fut celle de Montgommery, qui tint dans Domfront. Catherine le prit par rase, lui faisant dire par un de ses parents que, s'il capitulait, il ne serait remis qu'au roi, qui le laisserait aller quelques jours après. Quand elle l'eut, elle jura qu'elle n'avait rien promis, qu'elle ne pouvait se dessaisir de l'homme qui avait tué Henri II; elle joua Tin-

consalable veuve, comme dans Tépitaphe hypocrite qu'on voit sous 3on urne (au Louvre). Ce mari qu'elle n'aimait point, et mort depuis tant d'années, lui redevint cher tout à coup. Elle fit montre de sa vendetta; le sensible cœur de cette Àrtémise n'eut point de soulagement qu'elle n'eût vu elle-même en Grève le supplice de Montgommery.

Catherine trouva encore secours dans la faiblesse du duc d'Alençon et du roi de Navarre, qui désavouèrent leurs partisans, et signèrent un acte craintif d'obéissance et de fidélité. Ils auraient voulu échapper, et Mai^uerite de Valois se chargeait d'en sauver un; mais ils se connaissaient trop bien ; chacun d'eux était sûr que le premier qui serait libre ne se soucierait plus de l'autre et le laisserait au filet. La reine mère, qui les avait avilis par leur déclaration, pour les mettre plus bas encore, les fit interroger par le président de Thou. Humiliation singulière pour la couronne de Navarre. Mais le jeune Henri, qui, après tout, sentait qu'il ne risquait guèie, répondit assez fermement. Le décapiter, ou l'empoisonner, <5'eût été faire plaisir aux Guises, les grandir. D'ailleurs, tout tremblait, la reine mère n'était sûre de rien ; son fils bienaimé était en Pologne, et Charles IX était mourant.

On s'en tint à couper la tète à ]a Mole et à GoGonas, plus tard à Montgommery.

Le 1** mai y Catherine écrivait que son fils était guéri. Le 20 mai il était mort.

L'historien de Thou , qui était jeune alors, mais qui a été informé de plusieurs circon* stances secrètes par son père, le très-servile instrument de Catherine, le président Christophe de Thou, affirme trois choses :

Premièrement, que Charles IX vendait envoyer la reine mère en Pologne j rejoindre le duc d'Anjou. Il comprenait qu'elle avait tout fait pour ce fils hien-aimé, surtout la Saint-Barthélémy. Il voyait très-bien que le conseiller de cet acte, Retz, son ancien gouverneur, n'était nullement sûr pour lui, et n'agissait désormais que pour son frère^ le futur roi. La reine mère lui demandant une grâce nouvelle pour Retz, il répondit sèchement : « Qu'il n'était déjà que trop récompensé. » Cette défaveur fut peut-être la raison réelle qui fit partir Retz pour l'Allemagne. Quand Catherine conduisit Anjou et laissa le roi à Yillers-Cotterets, elle témoigne par ses lettres qu'il était irrité contre elle, et elle travaille à l'apaiser. (Cath., Lettres mss. de nov. 73.)

Deuxièmement, de Thou afiirme que tout le monde croyait Charles IX empoisonné. Par qui ? par les Italiens, par sa mère et Retz? ou bien

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par les Guises? Récemment encore, il avait failli tuer Henri de Guise, qui avait tiré Tép^ dans le Louvre pour une querelle, et Henri n'avait échappé qu'en demandant . grâce à genoux. Plusieurs pensaient que le roi pouvait être tenté de fermer sur les Guises les portes du Louvre, et d'en faire, avec ses gardes, une seconde Saint-Barthélémy.

De Thou, en dernier lieu, assure qm les tOr ehes livides qu'on lui trouva dans te corps firent croire à l'empoisonnement. Bien entendu que Catherine, dans une lettre ostensible, maletnelle et trempée de larmes, dément expressément ce bruit.

Je crois, en réalité, que les Italiens étaient fort impatients de sa mort, qu'au milieu de tant de n^ociations avec la maison d'Orange et les prolestants d'Allemagne, Charles IX eût pu, un matin, par un revirement subit, leur échapper,, s'en aller droit à la Bastille, s'entendre avec Montmorency.

Mais je crois en même temps que Charles IX, qui prenait lui-même tout moyen possible de s'exterminer, leur épargna cette peine.

Alité souvent dans les derniers mois, les exercices violents lui manquant, il se jeta dans une autre voie de mort, dans les JQuisr sances de femmes, les uns disent avec Marie

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Touchet, les autres ayéc la jeune reine, qui loi avait donné une fille^ et pouvait lui donner uu fils.

Tout près de la mort, il dit cependant qu'il était charmé, pour lui, pour la France, de ne pas laisser de postérité.

Et une autre parole de sens : Qu'on ne connaissait pas son frère Anjou, qu'il ne répondrait nullement à Fattente publique, qu'on saurait, dès qu'il serait roi, quel homme c'était.

II ne se fiait point à sa mère. Et ce ne fut pas à elle qu'il fit sa dernière prière. Il se souvint alors de la seule personne qui lui eût donné un sentiment élevé et tendre, et dit à un de ses officiers : de le recommander à mademoiselle Touchet.

Les catholiques assurèrent qu'il avait fait une très-belle fin catholique. (Lettre ms. de MoriU bn à Granvelle.) Les protestants, les politiques (Lestoile, entre autres, qui recueille les bruits de Paris), disent au contraire qu'il eut une fin très-repentante, qu'il adressa à sa nourrice protestante les regrets les plus pathétiques sur la Saint-Barthélémy.

Qui put le savoir au juste? la reine mère tenait le Louvre^ et l'on n'en sut rien que par elle.

De Thou dit qu'en lui témoignant une confiance absolue, le mourant dissimula ses vérita-

bles sentiments, qu'il l'eût éloigné des affaires^ mais que, dans cette fin hâtive, il n'avait qu'elle à qui il pût laisser le gouvernement et le maintien de l'ordre public.

Quelque soin qu'on prît de l'enloureF, de le tromper, il avait senti sans nul doute la grande et universelle malédiction qui devait le poursuivre à jamais. Il avait, par le massacre, dispersé par toute la terre des missionnaires de haine éternelle. Sa folle vanterie de préméditation avait été prise au sérieux et des prolestants et des catholiques. Rome dans ses éloges exaltés, Genève dans ses furieuses satires, étaient d'accord là-dessus. Un cri unanime, lui vivant, commençait déjà contre sa mémoire, cri horriblement strident, aigre, aigu à son oreille.

Cri de haine, mais cri de risée. Il avait servi Philippe II. Pour lui le profit, pour Charles la honte. Le duc d'Albe en parlait avec le dernier mépris. Le duc de l'Infantado avait dit naïvement : c< Mais pourriez-vous bien me dire si ces gens-là qu'on a tués n'étaient pourtant pas des chrétiens? »

Les redoutables paroles de Louis de Nassau, d'un mourant à un mourant, qui lui furent portées à Paris par le martyr Chastelier, et qui lui furent certainement articulées mot pour mot par ce héros fanatique, durent lui traverser le

cœur d'une lame fine et pénétrante, plus qu'aucun stylet d'Italie.

Il lui dénonçait la ruine de la royauté, du royaume : « La France est à qui veut la prendre. »

Seulement, il était sensible que la vieille qui succédait (sous l'homme-femme Henri III) épuiserait tous les degrés de l'opprobre, que par eux la France boirait la honte comme l'eau.

Nous voyons dans ses lettres cette grande reine politique tout occupée d'acheter pour son fils un collier de femme, par accommodement toutefois, devant prendre les perles une à une à mesure qu'il viendra de l'argent.

Cet argent vient si peu, qu'en mai elle implore Rouen pour en tirer un petit don de quarante mille francs. En juin, elle implore Venise pour obtenir un emprunt des marchands; mais, comme ils ne veulent prêter, elle prie le duc de Ferrare de l'appuyer de son crédit, celui de la France ne suffisant pas.

A l'arrivée d'Henri III, quand elle alla le recevoir, toute la cour était si pauvre, que les seigneurs, en plein hiver, mirent leurs manteaux en gage à Lyon, et, sans un prêt de cinq mille francs que . lui fit un domestique , la reine mère et ses filles y auraient engagé leurs jupes. ; .

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