Chapitre I, p. 5. — Un massacre dont chacun avait hai
reur, — Charles IX lui-même craignit Teiïet de la tête de
Coligny arrivant à Rome. Il ordonna au gouverneur de Lyon
) de Tarrêter au passage. Pour le clergé, il lui a fallu plus
de temps pour apprécier les choses. Ce n'est que soixante ans après qu'on a inventé des prélats contraires a la Saint- Barthélémy. Le premier, un jacobin \)reton, Mallet, dans son histoire de son or^re, ima^tna, affirma qu'uu saint homme, directeur «de Calheriqje ;de Médicis et de Diane de Poitiers, l'évêque de Lisieux, Hennuyer, avait empêché le massacre dans cette ville. Le jésuite Maimbourg a reproduit ce récit. Malheureusement les registres de la ville de Lisieux
établissent tout h contraire. Ce fut le magistrat qui empé-* cha refUision du sang, et nulleimnt Tévêque, alors absent, et d'ailleurs ardent persécuteur. La chose est disculce à fond par Louis Du Bois. (Rech. sur la Normandie.)
Chapitre II, p. 43. — Charles IX ne se fiait point à sa mère. — Les archives diplomatiques de la maison de Savoie m'ont été fort libéralement ouvertes à Turin, en juillet 1854. J'y ai trouvé les précieuses dépêches que l'envoyé du duc, à Paris, écrivait à son maître presque jour par jour. Elles commencent à la Saint-Barthélémy. Il m'importait de contrôler les pièces espagnoles par cette correspondance de Savoie, qui, quoique également catholique, n'en a pas moins son point de vue à part. J'en donnerai deux spécimens, des années 1573-1575 et 1586-1589. Voici le premier :
1575, 12 avril, te Roy se fâcha lundi merveilleuseoient contre la royne sa mère, jusques k lui reprocher que elle estoit cause de tout ce désordre, de fasson que sur collère il print opinion de se aller promener pour cinq ou six jcwrs hors la court à la chasse aux environs de Melun, là où il coucha mardy passé. Quoy voyant la royne. sa mère le renvoya rappeler et raccointer par la royne sa femme. — 31 mars 1574. Le roi de Pologne partant a machiné par sa mère que Guise resteroit près de Charles IX contre le duc d*Âlençon. Charles IX dit à Alençon : « Cadet, Ton te veut sortir de cuisine. » Et il lui conseilla de s'appuyer de Montmorency (qui le rapprocha des huguenots). Un parti vient menacer Guise à Saint-Germain. Tout se sauve. Âlençon s*excuse à Charles IX» qui, dès lors, s'en défie, et les huguenots aussi se défient du duc d' Alençon. — La reine pleure. On la sait maléficiée pour qu'elle ne puisse avoir enfaot. — 20 mai 1574. Elisabeth déplore le malheur de la pauvre France, qui, ayant déjà tant d'ennemis, etc. La reine mère se met contre ses enfants, le roi contre son frère sur si légère dffîance. Éloquent et touchant. — 31 décembre 1574. Mort du cardinal de Lorraine. La reine en prit une telle appréhension, que, le jour devant qu*il trépassa, le roy présent, elle s'imaginoit de veoir devant elle monseigneur le cardinal qui Tappeloit et qui la convioit de venir avec lui. -^ 7 janvier 1 575. Les huguenots pratiquent Alençon. L'envoyé de Savoy e n'en parle pas, dit-il, car on dit que la grandeur de Votre Altesse est que la France soit en troubles, pendant quoy elle fait ses affaires. — 5 septembre 1575.
Leurs Majestés ont quitté le Louvre pour Thôtel de Guise; le Louvre n'a pas de jardin, et la reine, qui aime à se promener, alloit au jardin des Tuileries. Mais, comme on se doute de la guçrre plus que jamais, elle a pris opinion qu'on pourroit lui jouer mauvais tour ou au roi. — 18 décembre 1575. Sa Majesté continue toujours aux dévotions, allant tous les matins visiter divers monastères, Tautrejour, à une abbaye près Gorbeil, assez mal accompagnée, et heust avis de quelques cbevaux qui le tirent retirer plus vite que le pas et retourner en cette ville. — La reine, sa fenune, ne se rend guère mdns superstitieuse, car elle porte dessus elle tout plein de reliqueries pour des vœux qu'elle a fet. — 23 novembre 1575. C'est pitié de le vpoir (Henri III). S'il n'étoit marié, on le feroit d'église, n se laisse fort posséder des Jésuites, etc. (Archives diploma^ tique$ de Turin. Dépêches manuscritei de rambassadeur de Savoie à Paris.)
Chapitre V. — Sur les sottisen de Catherine. — Il est singulier de voir combien elle restait Italienne, hors du point de vue de la France. Son orthographe suffirait pour montrer qu'elle s'était bien moins francisée qu'on ne Ta cru : « En priant Dieu vous donner cet que vous désires... corne je dit bas Boiuvin...» {Lettres mss. 27 mars 157G.) Sa petite politique italienne eut le résultat d'isoler parfaitement la royauté, refoulant les protestants vers Elisabeth, les catholiques vers Philippe II. Son conseil à Henri III « de se faire fort, » d'imiter Louis XI, etc., est plus que puéril, dans son épuisement financier et l'embarras d'une guerre qu'elle a provoquée étourdiment, malgré les conseils de Montluc, des Vénitiens. Puis elle crie tout à coup au roi : « Sans la paix, je vous tiens perdu. » {Lettres mss, des 28 sept. i514 et 11 déc. 1575.) -^ La lettre inepte du 5 juin 1572 que j'ai ciièe (Guerres de relig., p. 399) est ms. dans Bréquigntjy t. XXÎIII.
Chapitre IX. — Le Jésii^ etc. — Je n'attends pas, comme d'autres, 1586 et le procès de Marie Stuart pour parler de la série des conspirations jésuitiques; je les prends à l'origine, à la mission de Campian, à la première arrivée de Ballard en Angleterre, 1580. Le procès de Ballard et de
BabingtoQ (State trials) montre parfaitement qu'il faut re« monter très-haut, avant l'assassinat du prince d'Orange. Tout cela est d'une pièce. Les événements mHilaires alternent avec les conspirations : un jour Tépée, un jour le couteau. — Le curieux, c*est l'émulation des deux polices, qui se débauchent leurs agents Tune à l'autre. — Quant aux tentatives de descente, le moment intéressant est celui où Guise, entravé par l'Espagne, essaye de se lier, sans elle et contre elle^ aux catholiques anglais; très-bien exposé pjar M. Mignet, Marie Stuart, II, p. 235.
Chapitre VIII, p. 106. — Don Juan, Philippe IL — MM. Mignet et Ranke, très-favorables à don Juan, ont rapproche, résumé d*une manière lumineuse tout ce qu'on en a dit. — Pour Philippe II, ils ne me paraissent pas sentir assez qile, quoique lent et médiocre, ce fut de plus en plus un demi-fou. Je pense surtout à ses rêves sur la couronne impériale, celles de Pologne, de Danemark, ses expéditions à contre- temps en Barbarie (Cf. Groen et Charrière, III, 556.) Ce n'étaient pas seulement Granvelle ou Spinoza qui tâchaient de le retenir, mais le duc d'AIbe qui, en 1569, lui expose l'énormité de Tentreprise sur l'Angleterre. (Gonzalès, Documents, IV, 517, 521.) Plus tard, au fort de ses embarras, le duc d'AIbe frémit de le voir se lancer dans la guerre des Turcs. « Il est poussé par les prêtres, » ditril (ap. Gachard) , — tenté du diable (ap. Charrière). — Quant aux fameuses apostilles de Philippe II sur les dépêches» elles n^étaient pas de lui. a J'ai la preuve, dit Gachard (I, p. Lxn), que c'était le secrétaire Çayas qui ordinairement en rédigeait la minute. » — Pour la ruine de l'Espagne, cf. Bankc, sur les fînances, et Weiss, dans son excellent livre sur h décadence espagnole. — La statue de Philippe II à Bruxelles se voit au mur latéral de Sainte-Gudule.
Aux chapitres XII et XllI , j'ai suivi fréquemment de Thou
pour rintérieur de Paris. Les siens y avaient de fortes raci^ nés, et purent savoir beaucoup, étant au Palais, et i la cour, et dans les rues; son père le président était colonel de quartier. -^ Personne n'a ))ien compris qu'aux Barricades Guise était traîné par l'Espagne, qui le risqua, comme un brûlot, pour pouvoir faire partir TArmada.
Chapitre XFV. — V Armada, p. 232. — De Thou, si complet ici, doit être comparé aux Anglais; il donne la part importante que les Hollaifidais eurent à la chose. Les Mémoires de la Ligue contiennenties dépositions des Espagnols naufragés, t, II, p . 452. Nos archives possèdent trois curieuses ballades anglaises, avec gravures; on y voit les grils, fouets, etc., qu'apportaient les Espagnols. (Arc/iii;^^(/eSim(}Nca^,B,6,76.)