‹ La ligue et les papesChapitre 10 sur 32 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

(18 JoiU^t. - 23 déoMnbrtt 1589.)

« Plof 00 f'tppUqiM à HwQân les maoYaises bumein qnl Innillent le eorpf do roytQme, plus elles tafnentent par ée ocoYeam aoeldeuts, ei l'on voit U miia û$ Dieo toqjours étendae Jor ce piys. > Lettre do Léfat, 7 oetobre 1588.

« Le soQl et vril dini ar b eourir pov \ê due de Goise, serait d'être attaqué et toé dans le eabloet da Rol.\

Lettre de Meodo», 9 iodt 1688.

Un Tê Dêum pour remercier Dieu de la conclusion de la paix fut chanté en Téglise Notre Dame de Paris. La Reine mère et la Reine sa belle-fille, les cardinaux de Bourbon et deYendômC; le duc de Guise, les ambassadeurs étrangers, les

conseillers au Parlement etc y assistèrent au milieu d'une

foule nombreuse. Après la cérémonie, les articles de Taccord farent publiés à son de trompe pendant que retentissaient les détonations de rarlillerie (1). Les Jours suivante

(i) Arcb. du Vatican l. c, t. XXIY, f« 9. Lettre du 18]uiUet 1!$88*

SOO U LIGUE

les habitants vinrent, selon l'ordre donné, apposer leurs signatures au bas des articles.

Le 23 juillet les deux Reines partirent pouf Manies, où Henri III les reçut k une lieue de la ville avec des marques de tendre attachement. Deux jours après, Catherine de Hédicis revint à Paris et le Roi retourna à Chartres, oii sa femme le suivit.

Les personnesles plus dévouées] au duc de Guise, l'arche' véque de Lyon, M. de la Chastre et seize bourgeois avateot suivi leurs Majestésàunejournéede distance, afin de présenter leurs respects au Roi. Le monarqne leur Gt un excellent accueil, puis il leur dît un peu malicieusement que » le duc de Guise avait fermé l'oreille à des conseils de violence contre sa personne (1). «Les éciievins de Paris vinrent également demander d'élire un capitaine du Guet dont ils payeraient les appointements et prier Sa Majesté de vouloir bien retouroer dans sa capitale « afin de consoler le peuple à moitié désespéré. » Tout le monde adressa la même prière, mais la réponse fut toujours faite en termes vagues (2). On espérait cependant obtenir cette faveur, grâce à l'influence de la Reine mère, aux démarches du duc de Guise et à l'intervention, — toutefois peu empressée, — du Légat (3). Bien plus, on croyait possible de tenir ^ Paris, ou du.moins à Orléans, les États généraux du royaume. Le duc de Guise et ses partisans le désiraient beaucoup, car l'opinion de ces deux villes devait leur assurer une situation prépondérante (4).

Le Roi ayant fait exprimer au Nonce devenu, on le sait, cardinal et Légat (4 août) son désir de le voir, Morosini

(1) H. J. de Croza ht Guims, les Vahh, t. H, p. 331. Lettre da À juillet Itns.

(2) ■ Havendo S. H. rtsposto con parole moite général!. • Arch. dn 'alican l. e., L XXIV, f 9.

(3) ■ lo aacora sono stato ricercalo a farc in qucsla conformité quesla istanza al fte, ma perche non varrei che per qualche nuovo acciitotle 3 cose mutassero Taccia, et io potessi inirare in sospetto di essere stalo linislro et consultorc dl qualche inganno, bo preso tempo a pensare opra. » Arch. du Valican, ib. f° 10.

(4) Arch. du Vatican, l. c, t. XXVII, f« 131. LeUre du 18 juillet 1S88.

$e rendit à Gbârtres, où le 31 juillet il entra solennellement au milieu d'une foule accourue, pour recevoir sa bénédiction* Le lendemain l*"' août, Catherine de Médicis revint également avec les cardinaux de Bourbon, de Vendôme et le duc de Guise. Celui-ci avait hésité « mais, en présence de Tinsis* tance du Roi, avait-il dit à Mendoza, il y aurait honte pour lui ne pas venir, puisque la paix étaif conclue ; » il était donc résolu de « s*exposer aux dangers qui pourraient résulter de sa confiance^ plustôt qu'aux soupçons qui révéleraient sa faiblesse. » D'ailleurs il comptait sur Tappui de Villeroy et sur celui de la reine, a excellente chétienne qui chaque Dimanche s'approchait des Sacrements (1). » Aux exhortations du Pape n'avait-il pas manifesté le désir de rester « (idële àla mémoire de son père qui lui avait laissé pour instruction de vouer sa vie comme lui à Dieu, au Roy son souverain et au pays (2)?»

Dès leur arrivée à Chartres les augustes voyageurs se rendirent au logement du Roi. Henri III vint à la rencontre de sa mèrejusqu'au milieu de la salle et, « selon l'usage du pays, » embrassa les deux cardinaux. Comme le duc de Guise avait mis un genou en terre, le Roi « dont le cœur est bon et doux » le releva et l'embrassa deux fois avec une grande tendresse. Toute la cour en fut ravie et le Légat écrivit alors: « Plaise à Dieu que l'on commence à aller de bien en mieux, car si Tunion se fait dans les esprits, on peut espérer un peu d'allégement aux malheurs de ce royaume (3). » Mais l'union se faisait-elle dans les esprits ?

Le duc de Guise partagea le lendemain le souper royal, et, malgré Tironie d'Henri III lui demandant de boire aux « bons baricadeux » de Paris, il s'entretint familièrement avec lui en tête-à-téte, pendant plus d'une heure (4). Le

(1) Sur la Reine Louise, femme d'Henri in, voir un travail du comte de BaiUon dans le Correspondant. 25 septembre, 10 et 15 octobre 1880, reproduit en un volume en 1884, et VEtiule historique ntr Louise de ^nce, par Edouard Meaune, Paris, t88î.

(2) Arch. du Vatican, l. c, t. XXII, 1*> 303.

(3) Arch. du Vatican i. c, t XXIV, f<» 16. Lettre du i^ août 1588.

(4) Arch. du Xatican, L c, fo 19. Lettre du 2 août 1588.

lendemain* il entra dans la chambre et assista au conseil. « Arrivé avec de sinistres pensées, il put constater un grand changement en sa faveur. Pour l'expliquer « il fallait, dit-il, admettre ou une extrême dissimulation plus grande que les esprits français ne la peuvent couvrir, ou bien une merveilleuse mutation de volontés et comme un monde nouveau. »

Le Légat eut le premier août un long entretien avec la Roi. Il félicita d*abord Sa Majesté d'avoir rétabli la paix entre les catholiques et Texhorta, pour éviter de grands inconvénients, à la maintenir sincèrement et de bon cœur en la faisant respecter par tout le monde. Le premier point k obtenir était la destruction de Thérésie (1). Le Roi approuva, car son désir de réunir les catholiques Tavait seul décidé, dit-il, h oublier le passé et ce qu'il « devoit k son honneur »

— a Pourquoi donc, dit alors Morosini, Sa Majesté paratt-elle donner un démenti à ses paroles et contredire ses actes en appelant à la cour le Comte de Soissons? Ce prince a-t-il seulement demandé au Pape son absolution du crime d'hérésie?

— Mais le comte n'est pas un hérétique, » repartit Henri III : du reste il lui avait dit de se retirer h Noyant terre de son Domaine pour attendre l'absolution que M. de Yolcob, chargé de se rendre à Rome, devait précisément solliciter du Souverain Pontife (2).

Le Légat parla encore du concile de Trente, mais il le savait, et il l'écrivait à Rome, tous les partis étaient opposés à la publication des décrets sur la discipline; c Le jour même ou il avait quitté Paris, les députés du Clergé n'étaient^ ils pas venus au Parlement pours'opposer à un acte contraire, disaient-ils, aux libertés de l'Église gallicane (3)? « Cette opposition du clergé, observa Morosini, découvrejustementlebesoin d'une réforme et doit être un motif de plusponrse hâter.—

(i) Arch. du Vatican, /. c, t. XXIV, f*» 15.

ii) M. de Volcob n'était pas l'envoyé du Conseil, mais celui personnel du Roi, de la Reine M6re et du secrétaire d'Etal Villeroy, dont l'influence avait fait décider son départ,

(3) Arch. du VaUcan. UtUre etc., t. XXVII, t» 144; Lettre du U août

J'ai toujours désiré recevoir le concile, répondit le Roi malgré certaines dispositions très préjudiciables à mon auto-* rite, — Mais il n'y en a aucune, répliqua aussitôt le Légat, veuillez m'indiquer les points incriminés. — Je ne sais, reprit le monarque, mais je le demanderai, car je veux être bien informé. » — L'affaire sera donc renvoyée aux États genoux, écrivait Morosini, et ce sera fâcheux, car tous les prêtres du bas clergé s'y opposeront. »

On parla aussi des intentions du Souverain Pontife à l'égard du roi de Navarre; Sixte V jugeait alors très nécessaire de ne point l'attaquer sans avoir de nouveau sollicité sa réconciliation avec l'Église et avec le Roi (1); pour atteindre ce but il était très disposé à accepter le concours de Montmorency alors en bons rapports avec le Saint-Siège (2), Montmorency en effet écrivait à Rome au cardinal de Montalto: « Je vous supplie de croire que vous n'avez serviteur qui vous soit plus acquis que moi, ni duquel vous puissiez disposer avec autant de liberté, ainsi que j'espère de vous le faire paraître par quelques signalés services, si le moyen m'en est donné, ce dont je ne perdrai point les occasions, h II écrivait encore au Souverain Pontife : « J'assisterai les États (d'Avignon) et les subjets de Votre Sainteté de mes forces, de mes moyens et de ma personne, même s'il est besoin jusqu'à y mettre ma vie pour les conserver et défendre, ne désirant rien tant que de lui pouvoir rendre preuve de ma fidélité et de mon affection irèshamble par quelque signalé service (3). »

(i) « Sopra riduttione del Navarre^ N. S. giudiea per ogni modo neceisario, prinm chc scgii faccia la gucrra, di essortarlo alla reconciliatione COQ S. ChiesA et alla recogniiione del suo Ro coinc soprano signorc, et ebe io gli scriva questo da parte di S* Boaliludino. » Arch. du Vatican, ' «.. t. XXVII, ^ 158.

(S) Arcb. do VaUcan, /. c, t. XXVII. f» 35.

(8) Moplmorency avait écrit le â8 juin : a Le service trôs humble que je doy et ay voué à V. S. et au S. Siège, m'a faict rechercher le» expédieoi d*en pouvoir rendre tesmoignage par quelques dignes efifectz. n il diiait avec « quel artiflce et difUculté » il avait ooneervé les estais du S. Siège en France « ayant à faire à gens sur lesquelz. pour n*ôtre de son goaversement, il n'avait aucune autorité, et ne pouvait user que de prières. » Sans réussir complètement il avait pu obtenir de Lesdiguières

Grâce à sa grande position dans le Languedoc le duc de Montmorency pouvait donner, soit au roi de Navarre, soit au roi de France, un concours précieux, mais U n'était pas sûr de s'accorder jamais aVec le duc de Guise.

Après les troubles de Paris, Montmorency, si, comme on le croit, il est désigné dans la correspondance de Mendoza par le pseudonyme de Furio, avait écrit au duc une lettre «issez vive au sujet de laquelle ce dernier se proposait dans sa réponse de le prendre de fort haut. Henri III ne Tavait-il pas nommé lieutenant général, charge nouvelle qui lui assurait le premier rang militaire, et au comble de la fortune, bien va par le Pape, soutenu par le Roi, ne pouvait-il rabaisser la hautaine fierté d'un Montmorency (1)?

Cette nomination du duc de Guise avait, il est vrai, éveillé plus d'une susceptibilité et on parlait de démarches faites par le duc de Nevers auprès des maréchaux. Premiers sujets du roi de France, les maréchaux devenaient donc les subordonnés d'un prince lorrain, et le duc de Nevers, récemment nommé, à sa grande joie, chef d'une armée en Poitou, était prêt, disait-on, à se retirer dans ses terres, si le roi ne rapportait son ordonnance. Loin d'être aux ordres du duc de

une Irève pour les états d'Avignon jusqu'au 15 août « époque où la cueillelte sera enlièremenl faicle. j» Arch. du Vatican Lettere^ l^XXVII, f» 4fô«

Le môme jour, Montmorency écrivait au cardinal de Montalto; i^. f» S05. Le 11 juillet, le Pape lui adresait un bref; le 17 août, Montmorency en remerciait le cardinal de Montalto, lô., f«513. Le 9 septembre enfin U assurait le Pape qu'il ne « manquerait jamais de fidélité ny d'aflfection ny de zèle et de dévotion à la religion catholique, apostolique et romaine. » /6. ^ 517.

(1) Le brevet de lieutenant général lui fut remis le 15 août 1588. Le duc devait, disait-on, venir le faire enregistrer au Parlement: « On espère qu'après cela le roi viendra facilement à Paris, ce qui est très désiré par la cour et par les habitants de la ville qui éprouvent de son absence de très notables dommages. » Arch. du VaUcan, /. c, t XXIV, fo 38. 10 août 1588.

Le duc de Guise écrivit le 18 août au Pape : « Je remercie de restimc qu*U plaisl à V. S. faire de moy. Mon but n'est que de bien faire et de servir fidèlement mon Roy employant ma vie pour son estât et prlnci' paiement pour la défense de noslre sainte Religion. » Arch. du Vatican, /. c, t. XXII, fo 311.

MORT DES GUISE tOK

Guise, le duc de Nevers aurait voulu le surveiller, car c'était, à ses yeux, une folie d'envoyer une armée au loin lorsqu'on laissait « le cœur du royaume exposéaux coups de ceux dont le bras se levait pour frapper. x)Le duc de Guise le comprit et et se déclara prêt à toujours céder le pas au duc de Nevers. Si le triomphe du prince lorrain éveillait la jalousie, la défaite du ducd*Epernbn n'allait-elle pas faire courir un danger? Blessé lui aussi dans son orgueil, humilié dans son pouvoir, mais puissant encore par sa position, d'Epernon aurait pu créer des embarras et il était d'une sage prévoyance de le retenir pour l'empêcher de se précipiter à des extrémités. Les Ligueurs ne disaient-ils pas déjà qu'il livrerait Metz au duc Casimir, Boulogne à la reine d'Angleterre, Angouléme au roi de Navarre, Saluées au duc de Savoie, tandis qu'avec Tappui de Montmorency, il occuperait la Provence, formant ainsi au Sud, à l'Est et au Nord un immense réseau pour envelopper les Guise, maîtres seulement du cours de la Seine? Mais les Ligueurs exagéraient ces bruits, s*ils ne les inventaient. La soumission de d'Epernou était complète, disait-on au Légat : il ne rêvait aucune redoutable alliance et son plus cruel déplaisir était de reconnaître, à n'en pouvoir douter, qu'il avait perdu les bonnes grâces du Roi. Ce monarque en effet lui avait fait demander sa démission de gentilhomme de la Chambre; or ce n'était pas une complaisance pour les Ligueurs, puisqu'ils n'avaient pas exigé ce sacrifice.

Le Souverain Pontife craignant alors de la part du roi trop de rigueur, ordonna au Légat de lui représenter le danger qu'il y aurait à jeter d'Epernon dans le désespoir, et par suite à le pousser dans les bras du roi de Navarre. « Il était nécessaire, répondit Henri III, de lui enlever tous ses gouvernements, sauf un, pour lui et un^our son frère. » En vain Morosini pria le roi de laisser encore une autre charge à son ancien ami, le monarque garda le silence, mais le Légat crut comprendre que, si le duc de Guise n'y trouvait à redire, on lui abandonnerait Ângoulême et la Saintonge.

Morosini, fidèle à ses* instructions, parla dans le même sens au duc de Guise. Le duc répondit qu'il n'avait aucune

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haioe contre d'Epernon et voulait se contenter de ce qui serait utile à la Couronne. 11 promit d'en entretenir de noaveau le Roi, car il lui avait déjà exprimé ses sentioients (1).

Le 10 août le duc d'Ëpernon venait d'être victime d*uii guet-apens. Entre huit et neuf henre&du matin, dix hommes, armés de pistolets et revêtus de cuirasses^ avaient, sous la conduite du Maire d'Angoulême, envahi son hôtel et tué un de ses domestiques Raphaël Gierolimi. Un autre avait pu sonner la cloche pour avertir d'Ëpernon alors dans son cabinet avec M. de Marivault et Tabbé del Bene {i). Soixante personnes, survenues pour appuyer le Maire, furent contenues par les gens de h maison, et refoulées Tépée à la main, jusque dans Tétage supérieur ; malheureusement elles entrèrent dans la pièce oii étaient conservées les armes et s'y barricadèrent; d'Epernon aidé de ses amis, les attaqua bravement. « Dieu nous donna cent mains », écrivit M. de Marivault. Le Maire fuC tué et les autres se rendirent. Cependant au dehors le siège continua pendant quarante heures et M. de Beaurepaire, honoré et brave gentilhomme, y fut tué. « Telles sont, écrivait le duc d'Epernon, les belles œuvres des Catholiques (3). »

Pendant qu'à Angoulème des exaltés se signalaient par c^ prouesses, d'autres à Paris, voulaient empêcher la réconciliation à TËglise du Comte de Soissons. Le roi tenait beaucoup

(1) Arch. du Valican, /. c, t. XXVII, f* 140; iSaout.

(i) Son père était un italien, venu en France sous Henri II; le nom doit donc s'écrire del Bene, cl ainsi le Irouve-t-on dans les documents, cependant il signait d'Bbcne, parce qu'il adopta la France comme patrie.

(3) Le 21 août 1558. Arch, curieuses d^ l'hist. de Fmnce par Cimberet Danjou, t. XIl, p. 25. Le cardinal Légat envoya à Rome une traduction de la lettre de d'Epernon. Arch. du Vatican, /. c, L XXIV, f» 101.

Le duc de Guise jura qu'il n'était pour rien dans rattenlat. (A. Desjârdins Negoc, Diplom., t. IV. p. 812.) a Ou dit, écrit TEstoille {Mémoires et Journaux, t. 111,26 août) (fuc rcntreprise est conduite sous main pourla Ligue par Catherine de Médicis et Villeroy. » Cavrlana écrit : « O'Epcrnon a dit au Roi que le Maire d'Angouléme avant de mourir avait avoiK^ que le mouvement était l'œuvre de Villeroy. » Desjardins /. c, t. ïVi p. 814. Hist. de la vie du duc d*Epernon, p. 100. Sixte V en apprcnani ces ftiits dit : « Costoro s'inviluppano ne si quieleranno sinrhe la tragcdia non sia finila. » Teinpesti sloria di Sisto Quinto, t. U, p. 00.

MOUT des GtlSE 207

k ce qu*elle eut lieu avant Touverture des Etats, car il faut nécessairement, disait le cardinal de Vendôme» que nous nous y trouvions tous » et en conséquence le prélat avait écrit à Rome pour excuser son frère (1) « entraîné par le roi de Navarre à prendre les armes, sans toutefois avoir jamais eu vo* Ion té de favoriser Thérésie^puisqu'au milieu même des troupes protestantes, il avait fait dire la messe et accompli tous les autres exercices de la religion. Dieu, lui ayant fait la grâce de reconnaître sa faute » le prince était venu à la cour et le temps lui avait manqué pour demander comme il aurait du le faire, Tabsolution de Sa Sainteté (â). » Le cardinal avait prié le Pape de vouloir bien recevoir le gentilhomme envoyé par son frère pour implorer ses bonnes grâces, mais sans attendre le résultat de se^ démarches, le Roi donna des lettres d'abolition pour le prince de Gonti et le comte de Soissons; le 30 août elles furent présentées au parlement, mais pas enregistrées, car soixante « catholiques zélés (3) » firent le même jour requête pour s'opposer à la vérification de lettres, contraires, disaient-ils, à Tédit d'union et h la vérité, car on déclarait t bon catholique » un prince traitre ^ son Roi, dont les mains étaient encore teintes du sang de M. de Joyeuse.

Le cardinal de Vendôme et la princesse de Cpndé firent grand bruit de cette démarche et ne parlèrent de rien moins que de mettre à mort les opposants. Un échevin de Paris, inquiet de ces dispositions, vint prier le légat de prendre leur défense, car s'ils s'étaient émus, disait-il, c'était parzële pour la religion, dans la crainte qu'un jour on ne vint à absoudre le Roi de Navarre, comme on avait absous le comte de Soissons; Morosini calma Téchevin et chercha aussi à apaile cardinal de Vendôme dont l'indignation était si extrême

(i) Arcb. du VaUcan, /. c, t. XXV, f» 24.

(i) Arch. du VaUcan, /. c, t. XXII, f« 1019; IcUre du 31 août. Dlfférenies lettres concernant ceUc alTalre sont dans le t. XXV, f* 319, 2il, et dios un volume coté 7. M., où sont toutes les pièces.

(3) t CatboUci zelanti et uniU di questo regno. » Une traducUon italienne de la requête est aux arch. du Vatican Lettere, t. XXIV, ^ I5i. Journal hiitorique de Pierre Fayet, p. 46.

que le Roi, redoutant un éclat, pria le Légat d^intervenir. Celui-ci ne put s'empêcher de reprocher au Roi d'avoir devancé par ses lettres patentes le jugement de Rome, et le monarque visiblement contrarié, rejetta tout sur les exigences du cardinal de Vendôme : il paraissait en avoir peur.

« Le Roi n'a pas à complaire aux autres, lui répondit Morosini, mais à envisager seulement son devoir (i). » L'affaire suivit son cours, et le Souverain Pontife « certain qu'à l'avenir ces princes se montreraient d'autant plus ardents à le servir et à protéger les catholiques, qu'il avaient pu dans le pas^ offenser l'un et nuire aux autres », permit au Légat de les absoudre (2).

Le duc de Guise se préoccupait beaucoup du résultat des élections aux États généraux. Il avait d'abord redouté [cette assemblée et cherché sous main à dissuader le monarque de la convoquer ; à présent il aurait voulu en retarder l'ouverture, afin d'avoir le temps de se préparer.

Mais il ne put agir si secrètement que le Roi ne le sut, et de fut un motif de plus pour Henri III de presser la réunion; il espérait d'ailleurs s'appuyer sur l'autorité des Etats pour forcer le duc de Guise à rendre les places occupées par

(1) Arch. du Vatican, /. c, l. XXVII, f© 141, Lettre du 9 septembre

(2) Arch. du Vatican, /. c, t. XXÏV, f> 183. Lettre du 12 septembre. La formule fut trouvée n molto rigorosa et austcra, poiche l'astringeva a dire et confessare cose che non crano mai cascate nelPanimo di questo Pnncipe. » On demanda à Morosini de supprimer quelques mots; naturellement celui-ci refusa Le 13 octobre, le comte de Soissons fut absous. Ib, t. XXIV, fo311. Lettre du 15 octobre. Le Prince de Condé, sourd- -muet, ne fut pas absous ; Morosini s'en amij^eait car, disait-il, on doit néanmoins désirer le salut de son âme. Ib. t. XXVII, f» 211. Lettre du 7 novembre. Le 12 novembre, le comte de Soissons remercia le Pape et promit de rester toute sa vie catholique. Ib, t. XXII, f^ 1063.

les Ligueurs. Ceux-ci le comprenant répandirent le bruit que partout on se remuait pour faire nommer des députés en faveur des princes suspects et pour faire requérir par le peuple, « sous couleur de son soulagement, » une paix générale avec les hérétiques. Le duc de Guise, résolu à soutenir la lutte, envoya en toutes les provinces « des personnes confidents » pour recommander de « bien trier et choisir les députés. »

De leur côté le cardinal de Vendôme et ses amis s'agitèrent beaucoup pour faire élire leurs partisans, et le maréchal d'Aumont, engagé dans leur parti, déclara hautement que, si on voulait agir contre eux, ils se feraient droit les armes à la main. Le légat voyant ainsi Torage se préparer, suggéra au Roi ridée de défendre aux princes de venir aux Etats avec une escorte plus nombreuse qu'à Tordinaire.

Les lettres closes pour faire procéder à la nomination des députés furent expédiées le 7 août aux lieutenants généraux des sénéchaussées ; l'élection se fit suivant les pays, à des jours différents (1).

« 11 n'y a rien à espérer des Etats, » disaient les protestants mécontents de n'avoir pas été convoqués : à leurs yeux « les élections n'étaient pas libres, car il fallait prendre pour députés ceux désignés par les gouverneurs des provinces et pour tout mandat ils avaient celui transmis par les autorités. On n'envoie pas en telles assemblées pour proposer et délibérer, disaient-ils, mais pour accorder et faire autoriser ce que telles gens ont arrêté pour parvenir à leur but. » Si les protestants parlaient ainsi, le duc de Guise ne cachait pas ses espérances : selon lui « les gens de bien (lisez ses partisans) se promettaient un merveilleux fruit des Etats. » — « Je m'asseure, écrivait-il à l'ambassadeur d'Espagne, que la meilleure et la plus saine partie des députés sera pour les bons catholiques et qu'elle emportera les autres. Je pense y avoir tellement pourveu que

(1) Le 13 août dans la Prévôté de Paris : le procès-verbal de Télection est pubUé dans la Bibliothèque de V École des Chartes 1845-1846, p. 4â3, le S7 août à AbbeviUe» le 3 septembre à Paris, etc. Areb. du Vatican, /. c, t XXYU, fo 144.

U UGOE 14

le plus grand nombre sera à notre dévotion (1). » Le due de Guise l'avait bien prévu. Les 134 députés du clergé furent presque tous ligueurs; les 180 députés de la noblesse étaient un peu divisés de sentiments, mais sur 191 députés du Tiers, il y en eut plus de ISO dévoués à la sainte Union. On ne se séparait pas encore du sentiment monarchique et le 28 août Iggg — pour ne citer qu'un exemple — les habitants de Corbie, en plein pays ligueur, juraient « de promouvoir Tadvancement et conservation de la religion catholique, nous unissans à cette cause, disaient-ils, avec Sa Majesté, comme chef de ladite Union : » ils promettaient de « se défendre et conserver sous Tautorité et commandement du Roi contre l'oppression et viol des hérétiques (2). »

Henri III devait se rendre le 25 à Blois, mais comme son départ dispersait le Conseil chargé d'ordonner la dépense pour les armées, il retarda son voyage ; car si un commandant des troupes était nommé, l'argent manquait. Le duc de Nevers, voyant la difficulté de s'en procurer, avait proposé d'entreprendre une Croisade contre les hérétiques. Pour lui il s'engagerait à servir pendant trois ans avec cent gentilshommes entretenus k ses frais, et à débourser dès à présent cinquante mille écus. Tous les princes et gens de la noblesse ne feraientils pas de même? Le duc de Nevers le pensait. L'avis fut tenu pour bon et déjà on parlait de demander à Rome, des indulgences en faveur des croisés. Mais bientôt cette ardeur s'éteignit (3).

(1) M. de Bouille Histoire des ducs de Guise, t. III, p. 292, 293. « Tay mandé mes amis de toutes partz, écrivait-il, et je me promets de n'eslre point le plus foyble. »

(2) Monuments inédits de ^Histoire du Tiers état, t. III, p. 616.

(3) a La proposta al principio fu tenuta per buona... ma poi s'è raffreddalo questo pensiero. » Arch. du Vatican, /. c, t. XXFV, f'51; 15 août. — Un projet de Bulle fut dressé et la minute en fut corrigée parle Pape, mais le Roi cessa de la demander, craignant sll en parlait avant les États que ceux-ci fussent c bien aises d'avoir ce subjet de fèrc moins en autre chose et la missent à compte pour plus par aventure qu'il n'en pourra sorUr, qui ne seroit à-propos pour poursuivre la guerre. » Lettre du Roi 27 novembre 1558, Bibl nat. ms, Dupuy n« 29, f<» 41.

MORT DES 6UISE 311

Le Roi, très désirenx de réunir de l'argent, chargea le sieur Marcel de solliciter le don ordinaire de 500,000 écus fournis par le clergé et le cardinal de Bourbon écrivit au Légat pour lui recommander cette affaire (1). Ce don était la seule ressource actuelle pour faire la guerre et finalement toutes les difficultés portaient sur ce point, car les recettes royales extrêmement réduites, ne suffisaient pas à Tentretien de la cour. Néanmoins on persista dans la pensée d'entretenir deux années, Tune en Dauphiné où les hérétiques faisaient de grands progrès, l'autre en Poitou (3).

Le l*' septembre, Henri III accompagné de la Reine, des ducs de Guise et de Nemours, arriva enfin à Blois où le Légat était depuis la veille. On se préparait à recevoir les députés, lorsqu'un événement vint surprendre les esprits.

Le 8 septembre au matin le Roi, sans prévenir personne, fit enlever le sceau au Chancelier en lui donnant l'ordre de se retirer de la Coiir et de ne plus se mêler de ses affaires. La même injonction fut portée aux trois Secrétaires d'Etat. Le Roi se disait « content de leurs services, mais désirait qu'ils allassent chez eux, et obéissent sans chercher la raison de leur changement, n

Le titre de Chancelier, titre inamissible, ne pouvant dès lOrs être enlevé, les sceaux furent simplement remis à M. de Montholon, ancien avocat au Parlement de Paris, très versé dans la science du droit, estimé pour la fermeté de son caractère et son intégrité. Les nouveaux Secrétaires d'Etat furent M. Migeon et M. de Revol, tous deux très catholiques, disait le Légat, bons, intelligents et exercés aux affaires (3). Migeon s'étant excusé, fut remplacé par Ruzé-Beaulieu. D'autres changements furent annoncés.

Cet éclat fit beaucoup parler : toute la Cour étonnée du renvoi, surtout de celui de Villeroy, si en faveur et si habile

(1) Arch. du VaUcan, / c, t. XXIV, P> 52.

(î) Arch. du VaUcan, /. c, l. XXIV, f« 140.

(3) Arch. du Vatican, Uttere, l. XXIV, f» 153, « tenuU molto caUolIci etbooni, inteUigenti et praUchi. » Revol, précédemment chargé d*uBe d'une mission en Savoie, avait été homme d'affaires du duc d'Épemon.

dans les affaires (1), fut dans Tinquiétude, car beaucoup craignirent de subir le même sort. Villeroy, plus surpris que tout le monde, fut profondément humilié d'entendre un commis lui signifier sa destitution avec Tordre de renvoyer les papiers d'État dont il était le dépositaire. Le Roi n'ayant indiqué aucuif motif pour un changement si subit, chacun à son point de vue donna son avis. Peu de personnes approuvèrent et leducde Guise auquel leRoi, n'avait rien communiqué — preuve évidente, disait le Duc^ du peu de confiance qu on avait en lui, — parut médiocrement satisfait (2).

La Reine mère n'ayant pas non plus été consultée, se montra très mécontente (3) car la plupart des Secrétaires congédiés avaient été nommées par elle pendant la minorité des Rois ses fils. « On m'a affirmé néanmoins, écrivait le Légat (4) qu'à son départ de Chartres le Roi avait communiqué à sa mère ce dessein, dont l'origine remonterait au lendemain de la révolte de Paris, le 12 mai, lorsque le Roi se plaignit de rencontrer autour de lui peu de discrétion pour ne pas dire peu de fidélité. »

Catherine revit son fils : « Vous avez fait, lui dit-elle, de grands changements dans votre ministère, — C'est vrai, répondit le Roi : je les ai faits parce que le Chancelier s'entendait avec les fournisseurs, Bellièvre était un hugnenot, Villeroy un glorieux voulant avoir seul la confiance royale,

(1) a La risoluUone presa dal Re...ha messo la corle tutta in gransospetto et discorsi. » Arch. du Vatican, /. c, t. XXIV, f» 153. « Di che la corte tutta ha presa gran meraviglia et specialmente di M. de Villeroy, per il gran favore et auttorita ch'haveva presso S. M. et per la maniera dolcc et dexterita grande che usava nel trattare il servitio del suo Re. » làid.

[i) Arch. du Vatican. Lellere, t. XXVII f» 153, « ogniuno ragioni seconde il suo proprio seuso ; pochi sono quelli che lodino questo fatlo del quale Mgr di Guisa si mostra poco sodisfatlo. »

(3) « Lei mostra al meno in apparenza di ritentirsi assai. » Ib,

(4) <f Con tutto ci6 mi viene affirmato, che, nel partire di Sciartres, eommunicô il Re alla Reglna madré questo suo pensiero, che behbe origine neiranimo suo, sin quando usci di Parigi, per la rivolta di questa citlà, parendole all'hora di havere scoperto in questi poca secretezza per non dire fedelta. Tulto il reste délia corte mostra anco dispiacere et molli sono intrati in timoré che non succéda a loro quello medesimo che è successo a questi. » Arch. du Vatican, t. XXVII, f» 154.

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Brulart une nullité, Pinart un avide coquin qui vendrait son père et sa mère pour de l'argent,.. (1)'» expressions de colère contre d'anciens serviteurs qu'un Roi a toujours tort de se permettre. Le Chancelier de Cheverny s'est demandé dans ses Mémoires si le Roi ne cherchait pas ainsi à être plus libre vis-à-vis des Etats qui ne manqueraient pas de reprocher aux ministres les grandes levées de deniers, inutilement employés. Voulait-il aussi dans sa défiance contre sa mère sacrifier ceux qui la tenaient au courant des affaires et dans son amour pour d'Épernon, écarter ceux qui l'attaquaient?

Le changement étant arrivé le jour même oii le Légat se rendait à son audience ordinaire, Morosini profita de l'occasion pour demander au roi si le bruit répandu était vrai. — « Oui, très vrai, » répondit Henri III, et alors le légat reprit : « Tous les actes de Sa Majesté doivent assurément être dictés par la prudence et exécutés en connaissance de cause ; néanmoins mon dévouement pour son service et pour le bien général du royaume, m'incline à lui représenter la gravité de cette résolution. Sa Majesté, en effet, se prive en même temps de toutes les personnes au courant de ses affaires, pour introduire au gouvernement des hommes nouveaux; fussent-ils les meilleurs du monde, ils ont à apprendre encore le moyen de bien servir et il leur faudra du temps pour arriver à cette perfection que les précédents, par leurs qualités, — ils sont tous des hommes supérieurs^ — et par leur longue expérience, avaient déjà acquise. » Le Légat ayant exprimé la pensée qu'avec leur connaissance des plus intimes projets et des points faibles du royaume, les Secrétaires ainsi renvoyés pourraient faire beaucoup de mal, si, dominés par leur ressentiment, ils s*unisssaient aux ennemis du Roi : — « Je ne les crois pas d'un naturel si mauvais, interrompit Henri III, tous sont riches et voudront certainement jouir en paix des grands biens acquis à mon service. Je veux au surplus apprendre du Pape à me faire obéir et craindre de chacun.

(i) Lettre de Mendoza à Philippe II, 24 octobre, dans J. de Croze, Us GuUct t. II, p. 372. • '

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