‹ La ligue et les papesChapitre 11 sur 32 · LA L16UB · texte numérisé non relu

LA L16UB

Mon ambassadeur à Rome m'écrit justement, par ordre de Sa Sainteté, que je dois me faire obéir de mes ministres et de mes sujets. » D'ailleurs il avait trente-sept ans, « ne voulait plus de compagnon, » et entendait dorénavant s'appliquer sans relâche au gouvernement du royaume afin de voir si, en le dirigeant lui-même, à son gré, il pourrait arriver à un meilleur résultat. « Au surplus^ ajouta lé monarque, si je ne les avais pas renvoyés, les États eussent demandé leuréloignement, car ils avaient mis en avant mille combinaisons dont le royaume a eu beaucoup à souffrir et le peuple beaucoup à se plaindre (1). »

Le Légat approuva le roi de suivre les conseils du Souverain Pontife, mais, « assurément, répliqua-t-il, le p«îpe ne lui donnait pas le conseil de se priver d'un seul coup, en ce moment si critique, de tous ses ministres. Il y avait là un très grand péril et il convenait du moins de les traiter honorablement pour ne pas les jeter dans les rangs ennemis, comme M. du Ferier, devenu après sa disgrâce chancelier du roi de Navarre. » Le roi était très disposé à agir comme le Légat le lui conseillait, mais il affirma encore sa résolution d'avoir près de lui des hommes nouveaux pour le servir à son gré, et non des personnes, comme ses anciens secrétaires, pour le servir à leur guise. Après ces paroles, Henri 111 remercia le Légat de ses bons offices, pour retenir d'accord, avec l'abbé del Bene le duc d'Epernon dans les limites delà fidélité : lui-même, n'épargnerait rien pour amener ce résultat. Mais lorsque Miron vint presser d'Epernon de restituer Metz et Boulogne, celui-ci refusa nettement d'abandonner ses gouvernements; il demanda même de lui envoyer par écrit le pouvoir accordé seulement de vive voix, de commander à Angoulême. Henri III, très embarassé, consulta plusieurs fois à ce sujet la reine, le cardinal de Gondi et l'archevêque de Lyon. Morosini s'en préoccupa car il craignait toujours de voir d'Epernon s'allier avec Montmorency et le roi de Navarre. Mais le roi ne partageait pas

(1) Arch. du Vatican, L c, t. XXVII, fo 156.

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ces craiotes : il connaissait son ancien favori, disait*il, et pour éviter de perdre les quatre cent mille écus prSlevés par lui sur la recette du sel, il n'abandonnerait passpn parti (1).

Les démarches faites parle Légat auprès 4^ Roi et du duc de Guise pour ménager leur union et retenir d'Epernon et son frère sur la pente où, pour le malheur du royaume, ils pouvaient se laisser entraîner, obtinrenI*à R\)i{ie un complet assentiment. Le cardinal de Montalto éerrvit a Morosini pour lui marquer Tintention de Sixte V de le voir continuer ses bons offices (19 septembre).

Le Souverain Pontife chargea également le cardinal de Gondi de porter ses recommandations au Roi et au duc de Guise; au roi, le cardinal exprima Taffection que lui portait le pape et son désir de l'aider à détruire l'hérésie (2), à une condition toutefois, c'était de continuer l'entreprise jusqu'au bout. Le roi, très content chargea le cardinal de le remercier : « il ne dépendra pas de moi, dit-il, qu'il n'en soit ainsi. » Aussi Gondi écrivit : « Si tout le monde marchait du même pied, on pourrait espérer voir Dieu prendre pitié de ce royaume et lui épargner le malheur d'être, comme il l'est depuis trente ans, ravagé par l'hérésie (3). »

Le cardinal exprima encore au roi le désir de Sa Sainteté de le voir témoigner estime et affection aux princes lorrains. « Ils doivent, dit Gondi, vous rendre honneur, respect et obéissance; Sa Sainteté l'entend bien ainsi, car, en groupant autour de vous tous les catholiques et tous les gens de bien, vous seriez plus fort et mieux servi. — Mon plus grand désir, répondit Henri III, et pour le réaliser, je ferai mon possible, serait de réunir ensemble tous les catholiques, les princes

(1) Arch. du Vatican. Uitere, t. XXYII, (^ 168.

(2) Arch. du Vatican, /. c, t. XXV i^ 59. Lettre du cardinal de Gondi . Î8 sept. 1588.

(d) « Mi ha poi assicurato che non mancara daUa Maesta sua ne dalla sua resolutione che la volonta di vostra Beatitudine non sia intieramente eseguiia el che se ogni altro caminera dell'istesso piede che Ella è per tare, che si promette tanto délia gratia di Dio, che havra pieta di questo Regno et lo purgara daU* infelicita deirheresie, che lo infestano da trent'aoïii in cpia. » Arch. du Vatican leitere, t. XXV, f« 50.

surtout. La convocation des Etats n*a pas d'autre but, et j'espère cimefl^r l'union en réglant les autres affaires du royaume (1). » v |

Le cardinalf ^mmuniqua également au duc de Guise « Tordre du Pape de lui rappeler son devoir de servir, d'aider et assister |p;Fid dans ses bonnes entreprises et surtout pour anéantir 0^|sre dâ^ le royaume et deleserviren bon et loyal sujêl,;£;une çoiPuiikdifférente serait désagréable [discaro] à Sa»âiinteté. Leduc assura à son interlocuteur qu'il « lui seraitlrès facile d'obéir, car il avait toujours cherché l'honneur de Dieu et par la destruction de l'hérésie le repos public. Plus on irait, plus on reconnaîtrait son intention (3). » Ainsi si toute défiance n'était pas disparue, les rapports semblaient meilleurs et le cardinal de Gondi attribuait une partie de cet heureux résultat aux bons offices de la Reine mère et à ceux du Légat (3).

(1) « Sua Maesta mostro di noa desiderare alcuna cosa piu che di unire insicmc tutti li cattolici et i principi massimamente et chc in ciô si affatichercbbc quanto piu gli fusse possit)ile, anzi pcr queslo effetlo haveva falto convocare li suoi Stali gcnerali ; sperando che per mezzo di essi possa seguire un gran frutto non solo per la detta unione ma pergli altri ncgotii del regno. » (Lettre du cardinal de Gondi, S8 sept. 1588. Arcb. du VaUcan, /. c, t. XXV, fo eo.

(2) Ârch. du Vatican, Lettere, Lettre de Gondi du 28 septembre, t. XXV, P» 62.

(3) « lo non voglio anche lasciar di dire a V. Santita li buonî, grandi et conlinui oflicii chc fa la Rcginà madré del Re pcr pacificarc ogni cosa, et certo chc io non havrei mai credulo, senza vedere la falica ch'Ella si prendc, ctiamdio sopra le forze dcU'eta sua, che tutto è poi pochissimo in compara tione délia sua grandissima affectione et del benc che Ella spera doveme riuscire. lonon debbo tacere alla S. V quanto l'Ul. Legalo, che a Lei é piaciuto di conccdere a queslo rcgno, habbi giovato et giovi quotidianamenle in qucsti negoli, pcrcioche rapprcscntandovi la persona di V. B. egll lo fa con tal maniera et con taie auttorita, che conUcne ciascuno se non del tutto ne' suoi debili termini, almeno opéra che se ne discossano molto meno che non farcbbono s'egli non fosse qua. Égli è huomo di grandissima prudenza ma poi di forza molto maggiore, havendo ciascuno posto molta fede et credenza nella bonta et sincerita sua. » Ardi* du Vatican, /. c, t. XXV, f» 00. Lettre du 28 septembre.

Le chapeau de cardinal et la Croix de Légat furent remis à Morosini le 25 septembre en présence de trente Evoques et du Roi. Arch. dn Vatican, /. c, t. XXIV, f^ 494.

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Maintenir unis le Roi et le duc de Guise, empêcher d'Epernon et son frère de se précipiter dans une résolution fatale, telle était donc la politique du Souverain Pontife. Hais si le cardinal de Gondi voyait les affaires prendre une bonne tournure (i), le Légat au contraire était découragé. « Plus on s^applique, écrivait-il, à résoudre les mauvaises humeurs qui travaillent le corps du royaume, plus elles augmentent chaque jour par de nouveaux accidents : Non est abbreviata manus Det(2). »

Malgré la défense de ne pas venir aux États avec une suite plus nombreuse que lors d'une visite ordinaire à la cour, le duc de Montpensier, le prince de Dombes son fils, le prince de Conti et le comte Soissons, arrivèrent avec un grand cortège, formé en majeure partie de gentilshommes huguenots. Le duc de Guise dénonça au Roi cette infraction à ses ordres et lui demanda la permission de se faire également accompagner par quelques amis. Henri III n'osa le lui refuser : « Je ne trouve point mal, répondit-il, que vous fassiez venir vos amis pour vous garder (3). » Parler ainsi, agir ainsi, c'était rassembler sous ses yeux les éléments de la guerre civile. Le Légat en fut effrayé et, comme précédemment il avait voulu opposer une barrière aux passions des partis, une fois ce premier obstacle renversé, il lutta encore, sollicita et obtint du Roi la déclaration que nul, sans permission, ne prit logement dans la ville même de Blois.

(1) « lo vedo tutte cose in buona dispositione et prego Dio che voglia continuarle in questo buon'essere et condurle al desiderato fine. N

(2) Arch du Vatican, /. c, t. XXIV, f<» 245. Lettre du 7 octobre.

(3) Arch. du Vatican, /. c, t XXYU, f> 158. Lettre du 12 septembre.

Cependant depuis le renvoi des Secrétaires d'État le dac de Guise se montrait ordinairement préoccupé (1). On rapportait cette parole de madame de S. Cannât, sœur de M. de Vins, le commandant des ligueurs en Provence : « Puisqu'ils sont si près l'un de l'autre, vous entendrez dire au premier jour que l'un ou l'autre aura tué son compagnon. »« Le Roi est allé aujourd'hui à la chasse au cerf, écrivait Morosini le 12 septembre, le duc de Guise Ta accompagné plus d'une lieue hors la ville, puis est retourné chez lui,carses amis l'ont supplié de se défier des taillis et des bois {i). Deux cents cavaliers devaient aussi le surprendre : le Roi, averti par le duc, envoya aussitôt battre tout le pays, mais bien entendu on ne trouva personne (3). De son côté M. de Cheverny disait à M. de Thou : « Le duc de Guise abuse de la patience du Roi ; » mais autour de lui on se rassurait un peu en pensant que dans la ville deBlois près de sept cents familles lui étaient dévouées et que par conséquent il pouvait disposer de forces supérieures à celles du Roi ; on savait en outre qu'à Orléans et à Chartres il y avait des troupes prêtes à marcher immédiatement à son secours; à vrai dire le duc plaisantait de ces avertissements, mais ils se multiplièrent. Tantôt l'ambassadeur d'Espagne, par l'entreprise d'un habitant de Paris leur ami commun, le suppliait de veiller sur lui ; tantôt la Reine mère qui « aimait le duc de Guivse comme tous les princes de la maison de Lorraine » le faisait prévenir que l'on tramait contre sa personne de sinistres projets; l'ambassadeur d'Espagne écrivait alors à Philippe II : « Il ne faut pas s'exagérer le péril, car le duc de Guise sera suivi de forces supérieures à celles de ses ennemis, mais le seul et vrai danger à courir pour lui serait d'être

(1) « s. Exe. si mostradi continuo molto pensosa » ibid.

(% « Essendo stato averti to et prcgato* da suoi amici a guardarsi da macchioni et boschi. » Arch. du Vatican, /. c, t. XXIV, f« 185.

Dès le 5 janvier 1587 le médecin Gavriana, agent du Grand Duc de Florence eu France, écrivait : « Âpprestatevi a udire da qui innanzi cose orrende e se non si viene ad omicidii e assassinimenU parUcolan di qualche grande, sara un miracolo. » A. Desjardins, Négoc. diphm.i t. IV, p. 670.

(3) Arch, du Vatican, /. c, t. XXIV, ^ 220.

attaqué et tué dans le cabinet du Roi par une dizaine d'hommes apostés. i>

Quelles que fussent les craintes de son entourage, le duc de Guise ne parut pas les éprouver. « Il reste à poursuivre Texécution de Tédit, écrivait-il au Pape (1), sans quoi tout ce qu'on a procuré avec tant de peine et de hazards viendra à néant et ne s'en pourra tirer aucun profit », mais il avait grand espoir dans le « saint zèle du Roi son maître, lequel, disait-il, je n'oublieray d'assister et conforter par tout le très humble et très fidèle service ». Il déclarait « n'avoir jamais eu onques autre intention, ny but, que de bien faire et de servir fidèlement son Roy (2). »

Telles étaient les paroles publiques, mais en secret quels sentiments s'agitaient dans l'âme et quels étaient les projets? Car le duc écrivait à l'ambassadeur Mendoza : « J'ai pratiqué par présents et argent ceux dont on veut se servir eu ceste exécution que, si l'on commence, j'achèverai plus rudement que je n*ai fait à Paris (3). »

Le Légat, tenu au courant de tout, avait donc sujet de s'alarmer des bruits répandus : <c Le désaccord entre le Roi et le duc de Guise va toujours croissant, écrivait-il, le duc est averti d'être sur ses gardes et on lui affirme que le Roi a résolu de le faire mourir (4). » À l'appui de ces assertions on remarquait que le Roi voyait souvent M. d'O, l'auteur, du conseil pernicieux — c'est le mot du Légat, — de faire entrer

(1) Arch. du Vatican, /. c, t. XXII, fo3I9. Lettre du 13 septembre.

(2) Arch. du Vatican, /. c, t. XXIÎ, f»3il ; Lettre au cardinal Sfondrato, ib., 1^317. Guise écrivait au Pape le 13 elle 26 septembre : t M. le Légat sera tesmoin^ oculaire de tout ce qui s'y passera (aux États) et je luy en donnerai à toutes heures advis pour en informer V. S., la suppliant très humblement que s'il y avait quelques deffaults (ce que je n'espère), ne les vouloir imputer à aucun manquement de mon devoir, ainsz de s'en remectre sur ce que luy en fera entendre mon dit S' le Légat qui est sur les lieux, et pourra trop mieux que nul autre remarquer noz actions et de quel pied et intention un chacun s'employera en cette guerre. » Arch. du Vatican, LeUerCy t. XXII, f« 319 et 334. Le duc Guise dans une lettre au cardinal de Montalto du 1 octobre dit brièvement les mêmes choses. M., t. XXV, ^ 449.

(3) M. de Croze, /. c, t. II, p. 112. Lettre du 21 septembre.

(4) Arch. du Vatican, /. c, t. XXVII, f» 163. Lettre du 26 septembre 1S88.

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le 12 mai les Suisses dans Paris : évidemment, concluait-on, il devait persuader au Roi d'agir contre le duc de Guise. Od remarquait également que le prévôt de l'hôtel et Mgr de la Guiche réunissaient des hommes : or ces hommes devaient entrer, par les portes du jardin, arrêter le duc dans le château et le jeter par la fenêtre. Ces bruits eurent tant de consistance que les amis du prince prièrent le Légat de trouver un prétexte pour l'éloigner de Blois. Mais cette démarche n'aurait-elle pas augmenté la méfiance du Roi, Tinquiétude de tous? Morosini le pensa, il crut néanmoins devoir k deux reprises différentes représenter au monarque la gravité de la situation. « Si le duc de Guise venait k être assassiné dans votre château, sous vos yeux, lui dit-il, ce serait pour vous une honte et pour le royaume un danger, car les catholiques seraient au désespoir et l'autorité du Roi s'en trouverait considérablement amoindrie... — Je ferai pour protéger le duc tout ce qui sera en mon pouvoir, reprit aussitôt Henri III, et j'aurai de sa vie le même soin que de la mienne. — Vous devriez le dire au duc de Guise », insinua le Légat, et le Roi de répondre : « Le duc n'a aucune raison de soupçonner mes intentions et je serais content s'il avait pour moi les mêmes bons sentiments que j'ai pour lui. — Tout le monde ne le croit peut-être pas, repartit Morosini, et beaucoup trouvent mauvais que le Roi fasse venir dans son cabinet, les uns après les autres, les députés attachés au duc de Guise pour les exhorter k abandonner sa direction. Le duc le sait et il se défie. N'aurait-il pas mieux valu le gagner en l'employant k votre service? — Il sera content de moi, répondit le Roi ; ce matin même je l'ai entretenu longtemps avec beaucoup de franchise et Tai trouvé plus gai qu'k l'ordinaire. »

Le Légat parla dans le même sens k la Reine mère et fit avertir le chef des ligueurs de ne point se laisser entraîner par ceux qui, dans un intérêt personnel, voudraient éveiller en lui des soupçons; en effet, ajouta-t-il dans sa dépêche, <( je crains beaucoup le ressentiment de Villeroy et de Bellièvre : ils ne pardonnent pas leur renvoi et peuvent exciter le duc à se séparer du monarque dans l'espérance peut-être, si on avait

besoin d'eux^ de revenir au pouvoir et de se venger ainsi de Tinjure reçue. » Le moment toutefois ne paraissait pas prochain, car les États ne pouvaient les appuyer. Mais les États se réuniraient-ils? on croyait du moins à un retard.

Beaucoup de députés cependant étaient déjà arrivés à Blois et, deux fois en une semaine, ils s'étaient réunis pour parler de Télection des Présidents des trois ordres. Le Roi, comme nous venons de le dire, les appela tous successivement et déclara à chacun qu'il voulait la paix, mais entendait régner seul (1). A rencontre de cette déclaration, plusieurs députés auraient voulu interdire rentrée des séances aux princes et même au Roi ; c'eut été singulier : mais le vent était à la discorde et on dut faire doubler les postes des gardes car une simple querelle à propos d'un homme ivre avait déjà dégénéré en une lutte de parti!

Henri 111 et Catherine de Médicis, inquiets de la marche des événements, cherchaient des conseils et volontiers ils sollicitaient ceux du Légat. Un jour, Morosini se promenait avec la Reine mère dans les jardins du château, lorsque le Roi survint accompagné d'un nombreux cortège de seigneurs. Le Légat se retirait, comme tout le monde, pour laisser ensemble Catherine et son fils, lorsque Leurs Majestés l'appelèrent^ le mirent entre eux et le Roi commença de lui parler : « Plusieurs fois, dit-il, le Légat l'avait exhorté au nom du Pape à essayer de ramener à sa cause le maréchal de Montmorency. Désireux de correspondre à ce désir, il envoyait à Rome Jérôme Gondi afin d'exposer au Pape ce qu'il comptait faire pour gagner ce seigneur et le persuader de quitter le parti du roi de Navarre (2). — « Sa Sainteté, répliqua Morosini sera très heureuse de cette bonne disposition et le choix de

(1) « Dice che non vuol compagno. n L. de Cavriana 24 septembre, Negoc, dipl., t. IV, p. 824.

[fj Le duc de Montmorency restait très catholique dans ses rapports avec le Pape et les États du Pape. Le 12 septembre il rappelait ses efforts pour ma'mtenir la trêve dans le Comtat d'Avignon, marquait « son extrême déplaisir » des a courses faites sur les États » par les'protes- Umts du Daupbiné et de la principauté d'Orange. Arch. dû Vatican, /. c, t. XXII, ^ ^jz. Il écrit la même chose au cardinal de Montalto, t6., f> S39.

Gondi, personnage très dévoué au Saint-Siège, est excellent. »

Fidèle aux recommandations du Pape de ménager Tanion des catholiques autour du trône, le Légat profita de roccasiop pour parler du duc de Guise et s'efforça d'exciter à son endroit la confiance du monarque. Ne pourrait-on au moins éviter ce qui pourrait amener la défiance? — « Je cherche à donner aa duc toute satisfaction, répliqua Henri III, et je ne saurais faire davantage; cependant si vous me demandiez quelque chose pour lui, je l'accorderais volontiers. — Le Roi n'a certes pas besoin de mes avis, dit Morosini; mais il serait d'abord très à-propos d'avoir réellement dans le cœur cette bonne volonté et ensuite de la témoigner par des actes. Or le duc de Guise est chargé de dettes et cependant il continue à dépenser plus que ses revenus (1). Sa Majesté, si généreuse avec les autres, pourrait donc l'être envers lui afin de lui prouver sa bienveillance. — Volontiers et je veux le faire, répliqua le Roi, mais à présent cela m'est impossible, car je suis très à court d'argent, je verrai à m'en procurer. » Le même jour en effet Henri III envoya M. d'O dire au duc de Guise qu'il lui assignait sur les revenus de la prochaine année un don de 200,000 écus. Le duc refusa : « Le Roi, dit-il, a pour le moment trop besoin d'argent; j'accepterai lorsque les affaires seront en bonne voie. » Le duc de Guise en parla depuis très franchement et les deux princes parurent satisfaits l'un de l'autre (2).

Le Pape connut la démarche du Légat et le 31 octobre il lui fit transmettre l'expression de sa complète approbation (3).

— Le 12 décembre il proteste encore de son dévouement en remerciant le Pape d'un bref, ib,, f^ 543. Il parle de son fils, âgé de 13 à 14 ans, que « je nourris, dit-il, et fay instruire en ceste dévotion » d'exécuter les ordres du Saint-Siège. là,

(1) Cavriana écrivait le 18 mai 1587, « le duc de Guise a 700,000 écus de dettes et a à peine 100,000 écus de revenus. » A. Desjardins, Négoc. dipl., t. IV, p. 680.

(2) Arch. du Vatican, /. c, t. XXVII, f^ 173. Lettre du 8 octobre.

(3) « L'ufflcio fatto da V. S. 111. a favore del Guisa nel donalivo offertoli da sua Maesta d'onde è nata maggior confidenza,Nostro Signorc lo lauda grandemente. >» LeUre du cardinal de Montalto, dans TempesU, /. c, t. U, p. 247.

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Mais aaprës du Roi, coioQme auprès du duc de Guise, écrivait Morosini, il se rencontrait des courtisans empressés à nourrir les défiances et habiles à semer la discorde.

Un jour le duc de Guise vint se plaindre des troubles excités par les officiers royaux dans les villes concédées aux ligueurs et des défections provoquées jusque parmi les gentilshommes de sa suite. Le Boi répondit alors fort dignement que les villes occupées par les ligueurs n'en étaient pas moins sous son autorité, et que les gentilshommes, quoique serviteurs de la maison de Guise, restaient vassaux de la Couronne.

Cet échange de paroles, voisines de Taigreur, montrait peut-être qu'on avait médiocrement profité de la cérémonie du 3 octobre, ou tous les députés des États, réunis avec le Roi et les princes avaient assisté à une grande procession et avaient communié, afin de demandera Dieu la grâce de donner la paix au royaume (1). Cependant le Roi exprima son désir de voir le Pape accorder le chapeau de Cardinal à Tarchevèque de Lyon, intime conseiller du duc de Guise (3). De

(1) Le Roi exhorta tout le monde à jeûner le mercredi, vendredi et samedi suivants, afin de se préparer à la Communion générale du dimanche 9. Arch. du Vatican, Lettere, t. XXIV, f* 223. Le cardinal de Gondi demanda au Pape une indulgence plénière, elle fut accordée : « Concedendo indulgenza plenaria a quelli che pregano il Sr Dio per l'inliero stabilimento dcUa religione caltolica et degli affari di questo regno et che piaccia a sua divina Maesta queila desiderala proie concedere al re et inspîrare quesli Stati generali di resolvere quaiche buon consiglio per bendisporre gli animi di principi Christian! a quelle che piu riguarda il servitio di Dio et deUa sua chiesa. » Lettre du cardinal de Montallo 28 sept. 1588. Arch. du Vatican, /. c, t. XXV, ^ 62.

(2) Arch. du Vatican, /. c, t. XXVI, f- 333. L'archevêque avait de violents ennemis. Un an après à Tarrivée du cardinal Caetani on remit un mémoire où les accusations étaient formulées. Sa sœur, disait-on, le suit partout. C'est vrai, disait Caetani, il Taime tendrement, mais elle est laide et vieille et Tarchevéque ne donne lieu à aucui^soupçon. L'archevêque est très zélé, mais il s'occupe plus des affaires publiques que de son diocèse. (Arch. du Vatican, /. c, t. XXVII, f* 348, 30 janvier 1590.) En même temps quH demandait le chapeau pour Mgr d'Espinac, Henri III le sollicitait pour le marquis de Salnt-Sorlin, frère utérin du duc de Guise, alors très jeune. {10., t. XXVII, ^ 199; 15 nov. 1588.) Catherine le demanda au Pape le 16 (/6., f» 365) et au cardinal de Montalto (i6., t. XXVI, f* 20). Le dacde Guise recommanda au Pape son Arère, malgré sa jeunesse (t6., t. XXU, fo 353).

son côté le duc promit d'avoir à l'égard des princes de h maison de Bourbon d'affectueux procédés, et la princesse de Gondé par réciprocité, engagea sa parole que ses fils auraient pour lui toutes sortes de tendres sentiments. Catherine de MédiciSy ravie de ces accords, pouvait donc répéter au Légat ce que le cardinal de Gondi avait écrit : « tout est en très bons termes », d'autant meilleurs en effet que le Roi de Navarre semblait inquiet et dans la gêne. « Sans doute vous avez vendu vos bois, et ils ont produit quelque mille pistolfô, écrivait-il avec sa verve béarnaise au baron d'Entraigues, apportez-moi tout ce que vous pourrez, car de ma vie je ne fus en pareille desconvenue, et je ne sais quand, ni d'oii, si jamais je pourray vous les rendre. Mais je vous promets force honneur et gloire. Argent n'est pas patûre pour des gentilshommes comme vous et moy (1). » En fait cependant le Rpi de Navarre tenait la campagne sans rencontrer aucun obstacle aussi Henri III pressait-il le duc de Neversde se rendre eo Poitou (2).

Pour achever d'améliorer la situation des catholiques, Morosini chercha à réconcilier ce seigneur avec le duc de Guise. Le duc de Nevers jouissait alors de toute l'amitié du Roi, et il ne cachait pas dans ses conversations son mécontentement contre le prince lorrain ; le duc de Guise, énumérait aussi facilement tous les griefs dont il croyait avoir k se plaindre. Le Pape témoigna à Morosini combien ses démarches lui étaient agréables. « N. S. approuve les bons offices que vous avez faits pour les réconcilier, écrivait le secrétaire d'État, vous devez continuer, parce que la discorde entre ces deux seigneurs ne peut causer que du mal (3). »

Le duc de Guise, sans dissimuler son peu de confiance,

(1) Lettres missives^ t. II, p. 398. Lettre du 25 octobre.

(2) Bibl. nat. ms., f. fr. 3407, fo 8, 13, 28. Henri III presse le duc de Nevers; f^ 36 lui marque sa joie de le voir se rendre à Tannée. Lettre du 4 novembre.

(3) Cité parTempesti, /. c, t. II, p. 251. Le Légat avait demandé au Roi la permission de s*entremettre pour amener cette réconciliation. Arch. du Vatican, /. c, t. XXVU, f» 178.

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promit de s'en rapporter à la décision du Légat, et Morosini dut, avec le consentement du Roi, rédiger les articles de la réconciliation. Quelques jours après, le mercredi 22 octobre, le duc de Nevers, après avoir reçu la bénédiction du Légat, se rendit à Tarmée avec MM. de la Chastre et de Lavardin (1). 11 devait prendre Montaigu, assiéger la Garnache, mais sans argent, il devint mécontent et bientôt ne songea qu'à revenir (2);

£n même temps, les princes de la maison de Bourbon ne cachaient pas leur déplaisir de voir la princesse de Gondé devenir mère d'un fils, désormais le plus proche héritier du Irône après le Roi de Navarre et le cardinal de Bourbon ; ils avaient même été tellement mortifiés de cette naissance, qu'ils n'avaient pas craint de jeter à leur jeune cousin le soupçon de bâtardise (3).

Le dissentiment survenu entre les princes de Bourbon et Téloignement du duc de Nevers rendaient plus forte la position du âuc de Guise. Le prince lorrain allait dominer ces États généraux, dont le pape voyait avec regret la réunion. Sixte V la trouvait inopportune, pouvant faire perdre le temps au Roi pour le donner aux huguenots. » Les États, selon lui, risquaient de créer des obstacles sans apporter un appui.

Sur ces entrefaites,, un événement arrivé aux frontières du Royaume vint surprendre, et pendant longtemps agiter les esprits. 11 faut en parler, avant de suivre les États dans leurs délibération^.

(i) Arch. du Vatican /. c, t. XXIV, f*> 223.

(2) Bibl aat. nu. f. fir. 3407 f* 51, prise de Montaigu, ^ di. « II me suffira de me retirer avec honneur hors de cette périlleuse charge. »

(3) Arch. du Vatican, /. c, t. XXVII, f« 163. Lettre du 26 sept.

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Le 2B septembre 1B88, l'agent de France à Turin, en annonçant au Roi la trêve conclue entre Lesdiguières, le chef des protestants dans le Dauphiné^ et les habitants du marquisat de Saluées (Saluzzo) ne lui cachait pas le déplaisir éprouvé à cette occasion par le duc de Savoie Charles- Emmanuel (1).

Le 27 septembre, J. delà Hitte (2), « commandant pour le service de S. M. de là des monts, en Fabsence de M. de la Vallette » arrivait à Carmagnole et le 28 envoyait à Turin le trésorier Bertrand, pour expliquer les différents élevés entre les employés du roi dans le marquisat et ceux du duc de Savoie. Le 30, ce dernier agent fut averti de la marche vers Savigliano, de quelques cornettes de chevau-légers destinés, disait-on, à empêcher l'entrée de Lesdiguières en Piémont. De nouvelles troupes sortirent encore de Turin dans la nuit du 1 au 2 o^ tobre, et le duc de Savoie, à la tète de 2000 hommes, occupa Carmagnole ou il publia une proclamation au nom du roi de France.

Quelle était la pensée du duc en agissant ainsi? Voulait-il profiter des embarras où se trouvait notre pays pour reprendre un territoire ravi, disait-il, à son commandement, ou bien, comme ce motif n'était pas avouable, lui convenait-il

(1) Fils d'Emmanuel-PhilU)ert et de .Marguerite de France, né en ISGâ, succède à son père en 1580, épouse CaUierine fiUe de Philippe II et dlsabelle de France.

(2) Jacques du Cos, seigneur de la Hitte. Son nom dans les dépêches est toujours écrit la Fitte. Cette transmutation de lettres est le résultat de la prononciation gutturale usitée dans TArmagnac, pays dont U famille est originaire, où l'on prononce par exemple la henno pour io fenno (la femme) comme on écrit dans les autres contrées du midi. La famille ayant gardé l'orthographe conforme à la prononciation nous Tavons mise ici. (Voir les archives particulières de M. le comte Odet de la Hitte qui contiennent de nombreuses pièces sur ce Jacques du Cos.)

d'expliqaer son inrasion par une prétendue négligence de H. de la fiitte à défendre contre les protestants le marquisat de Saluces? Le duc vo&laitle mystère et pendant huit jours, il retint les courriers de France, mais il écrivit immédiatement à Rome. La nouvelle n'y était point complètement inattendue. En effet quelques jours auparavant, lé duc de Savoie avait parlé k Tambassadeur d'Espagne de son désir d'occuper le marquisat ; l'ambassadeur l'avait détourné de cette pensée, mais il l'avait communiquée au Nonce résident à Turin lequel & son tour en avait instruit l'ambassadeur d'Espagne à Rome. Celui-ci, frappé de la complication que cet événement pouvait amener dans les affaires, avait prié Sa Sainteté d'empèeber le duc de Savoie d'entrer en campagne, et Sixte Y avait répondu qu'il le lui avait déjà dit. Ainsi, de longue main, le duc avait médité ce coup, et le roi d'Espagne comme le Souverain Pontife, avaient pu indirectement avoir connaissance de ces projets (1).

Quelle en pouvait être la légalité?

Le marquisat de Saluces était un ancien fief du Dauphiné, et les marquis en recevaient l'investiture des Dauphins de Viennois, auxquels ils rendaient hommage, et prêtaient serment de fidélité. Les rois de France, devenus possesseurs du Dauphiné, avaient naturellement succédé aux droits des Dauphins. Aussi, lorsqu'on 1536, le marquis de Saluces, au mépris de ses devoirs de vassal, eut trahi la France, et passé au service de Charles-Quint, avec l'armée qu'il avait reçue du Roi, François I'% appliquant les coutumes des Fiefs, s'était saisi de son domaine. Plus tard, les frères du marquis ainsi dépossédé avaient transporté aux rois de France les droits qu'ils pouvaient encore conserver sur le pays. Le duc de Savoie, de son côté, invoquait pour revendiquer Saluces diverses investitures que les marquis, lors de leurs démêlés

(1) Le 21 jnUlet 1985, S. Gouard avait déjà écrit de Rome au Roi : « que T. M. ouvre bien les yeux sur le marquisat de Saluces^lequel on dit icy estre tant en désordre pour les compéteoces qui sont à cause du gou* vemement entre les S' de la Mante et de la Fitte. » Bibl. nat., ms., f. 16045, f« 120.

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avec pes Dauphins leurs seigneurs directs, avaient prisés des ducs de Savoie.

Après avoir occupé Garmagnola, Charles-Emmanuel écrivit au cardinal de Montalto (29 septembre) qu*il avait aequis la preuve de projets formés par les hérétiques du Dauphiné pour s'emparer de certaines villes de ses états et des places principales du marquisat de Saluées, que le sieur de la Hiue avait des intelligences avec Lesdiguières pour livrer aux hérétiques Garmagnola et Cental, et que Pignerole même était menacé; aussi, pour obvier à ces inconvénients, il avait été forcé d'agir comme il l'avait fait, mais if entendait tenir ces villes au nom du roi de- France et pour son service. Cette simple occupation dans le but d'assurer en ces pays l'exercice de la religion catholique devait faciliter beaucoup l'entreprise contre Genève, et en parlant ainsi le duc de Savoie entendait se faire bien venir du Souverain Pontife. 11 affirmait son désintéressement, mais n'était-il pas obligé de protéger son peuple et d'assurer la tranquillité de toute l'Italie? 11 espérait donc que cet acte ne serait pas désagréable au Roi de France, au Pape et aux cardinaux. Puis comme on pouvait lui faire remarquer que les hérétiques étaient encore fort loin, Charles-Emmanuel pria le cardinal de Montalto de vouloir bien rappeler le sens de sa démarche à tous ceux dont les interprétations mauvaises chercheraient à égarer l'opinion.

Que fit alors le Pape? Vis-à-vis du duc de Savoie, il condamna l'occupation, et le Nonce à Turin eut l'ordre de presser le duc de donnner toute satisfaction au roi; vis à vis du cardinal de Joyeuse, et du marquis de Pisany, il chercha à excuser l'occupation en accusant la négligence des Français: « le roi, dit-il, ne pourvoyait pas à ses affaires : il n'avait pu empêcher Lesdiguières de s'emparer de Château-Dauphin, dans le Dauphiné (le 26 septembre) et d'Entragues dans le Comtat-Venaissin. » Sixte V insista sur cette considération que, dans l'état actuel des choses, il valait mieux laisser occuper ces villes par le catholique Charles-Emmanuel que de les exposer à tomber entre les mains du protestant Lesdi-

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guières. « Le duc aurait dû au moins prévenir le roi, dit le cardinal de Joyeuse, et sans doute Sa Sainteté lui adressera des reproches. » Sixte-Quint promit de le faire et ajouta : « Si le Roi envoie un capitaine, vraiment catholique, occuper les villes, le duc devra les rendre, et si le duc alors ne le veut pas, il lui faudra faire du pis qu'on pourra et moi-même j'employerai contreluilesarmesspirituelleset temporelles (1). » En attendant, le Souverain pontife refusa de laisser publier à Rome un écrit sur les droits allégués par le prince italien et prévint ragent du duc que, s'il le faisait imprimer, il lui ordonnerait aussitôt de partir. Le conseil donné par le pape an roi était donc de dissimuler et de croire à la bonne foi du duc de Savoie. Etait-ce possible ?

La nouvelle de Toccupation du marquisat de Saluées avait douloureusement retenti dans le cœur de plus d'un soldat français. Henri III avait été si ému en l'apprenant, le 7 octobre au soir qu'il n'avait point voulu communier le lendemain comme il avait dessein de le faire (3). « Jamais dans la vie, il n'avait appris une nouvelle plus désagréable, car, à l'affront reçu d'un prince, son parent, son confident, son inférieur, se joignait la perte de son honneur, et de celui de l'état. Il devenait donc nécessaire de sauvegarder sa dignité et de pourvoir à la sûreté de ses sujets » (3).

Le duc de Guise écrivit au pape le 15 octobre : « J'ay un extrême regret de la distraction du marquisat de Saluées, tant pour estre françois, très fidèle serviteur du roy mon souverain seigneur et désireux de la grandeur de la couronne, que pour les inconvénients qui s'en ensuivent de toute nécessité, si promptement Votre Sainteté, qui est le Père commun des princes crestiens auquel ils jurent l'obédience, et juste conservateur de leurs droits, n'y pourveoit de sa pleine auto-

Ci) Bibl. nat. ms. Dupuy, n» 29, f» 3. Lettre de Joyeuse du A octobre. Dans ce voluxne sont des copies de lettres concernant Taffaire du marqoisst de Salaces.

(2) àrcb. du Vatican, Utiere etc., t. XXIV, f« 275. Lettre du 8 octobre 1^88

(3) Arch. du Vatican, /. c, t. XXIV, (^ 299, G. de Brémond d'Ars Jean de Vivpnne, p. 288-297;

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rite et puissante (1). » -* « Ce sera la ruine de la religioii catholique en France, fit-il dire au Légat, puisqu'assurémeot le roi, sur le point de se déclarer contre les hugenots, allait, pour faire la guerre au duc de Savoie, conclure la paix avea les hérétiques (2). » Il pria donc Tambassadeur d'Espagne Mendoza d'amener le duc de Savoie à céder sa conquête, criant bien haut que si le roi ne voulait déclarer la guerre, lui, duc de Guise, la ferait tout seul (3). Le duc, en parlant ainsi, exprimait les sentiments de toute la noblesse. Blessée, comme l'avait été le roi dans les sentiments d'honneur national, elle demandait à tourner contre Tagresseur toutes les armes de France. Beaucoup de seigneurs offraient de servir à leurs frais, car on ne pouvait, suivant eux, entreprendre une guerre plus juste et plus facile. Si le roi n'agissait pas, il serait déshonoré (4).

Henri III cependant aurait voulu éviter la guerre. Au$si lorsque le 11 octobre, il reçut une lettre oii le duc de Savoie lui promettait de restituer les places occupées, dès que les circonstances le permettraient, il remercia son cousin et le 26 octobre, il fit partir pour Turin Jean d'Angennes, sieur de Poigny. Les instructions remises le 23 lui prescrivaient d'offrir au duc de Savoie le remboursement des dépeoses faites par lui dans cette entreprise et d'exiger la rémise des places entre les mains de M. de Nemours, dont les sentiments catholiques devaient tranquilliser (8). Ce langage, ew-

(i)Arch. du Vatican, /. c, t.XXU,^ 337.

(2) Arch. du Vatican, /. c., t. XXVII, r« 176. Dans une lettre do SO octobre 1588, le duc de Guise écrivait au Pape « son indicible regret que la guerre contre les hérétiques ne soit poursuivie avec plus de chaleur, puisque la résolution du Roy y est fermée. V. S. croira s*il luy plaisl que le déffault ne vient de moy, ny des miens, et que si ma vie pouvoit servir à y donner quelque plus prompt avancement je ne l'espargneray, non plus que j'ay faict jusques icy. » Arch. du Vatican, /. c, t. XXU, f*340.

(3) Arch. du VaUcan, /. c, t. XXIV, ^ 384. Lettre du 7 nov. 1588.

(4) Arch. du Vatican, /. c, t. XXVII, f^ 104. Lettre du U octobre 1588.

(5) Le Roi fit partk Jérôme Gondi pour Rome et le cardinal Pierre Gondi écrivait au pape le 28 octobre 1588 pour le prier d'avoir confiance en Jérôme comme en lui-môme, arch. du Vat, /• c, U XXVI, f^ 69.

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seillé par le Légat, pouvait sembler modeste, mais le duc de Guise, qui trouvait la conduite du duc de Savoie incompréhensible, le désapprouva (l).MorosiBi insista néanmoins. «Ma dignité, disait Henri III, m'aurait interdit de faire cette avance, si le respect de la religion et le désir de conserver la paix entre les princes catholiques n'avait dominé toute autre considération, i II était du reste résolu, si on ne lui donnait pas raison, à l'obtenir à quelque prix que ce fût, et il diargea le cardinal de Joyeuse de le déclarer au pape en lui exprimant ses regrets de remplacer ainsi, bien involontairement, la guerre contre les hérétiques par une guerre contre un prince catholique (7 novembre).

Le Pape regrettait qu'on poussât le roi à la vengeance. « Le mauvais monde, disait-il, pouvait seul l'entraîner dans cette voie, » et, si on lui exprimait la conviction que tous les Français, même ceux entretenus par le roi d'Espagne, étaient prêts à marcher contre le duc de Savoie, il voyait là un aveuglement si grand qu'il soupçonnait un secret artifice. La pensée du pape au sujet du marquisat de Saluées supposait, il est vrai, bien du désintéressement de la part du duc de Savoie ! Sixte-Q^int, dans une lettre au duc de Guise, (14 novembre) mit en avant les plus graves considérations pour maintenir, en gardant le statu quo, l'étroite union de tons les catholiques. Le cardinal de Montalto ne pouvait croire que le duc de Savoie eut occupé Saluées pour le ravir à la couronne de France, et il exposa au légat la politique de neutralijé adoptée par le Saint-Siège.

Le 10 novembre, René de Lucinge, sieur des Alimes, ambassadeur extraordinaire du duc de Savoie, arriva à Blois \vec douze chevaux et le même jour se rendit à l'audience du roi. La personne destinée à venir en France ayant été indisposée, M. des Alimes avait été envoyé à sa place, afin de donner toutes les satisfactions possibles. L'intention du duc son maître n'avait été nullement d'ofTenser Sa Majesté, car il voulait être toujours son très dévoué serviteur; mais il

(1) Arch. du Vat., /. c, t; XXVII, r>124.

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