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LA U6UE

avait été forte d'agir, afin de ne paîs laisser tomber le pays entre les rioains des hérétiques. Le duc gardera là province aussi bien que la Vallette ou tout autre capitaine, et le roi de France y sera obéi eonime le véritable souverain (1).

Henri III, blessé de ne pas entendre M. des Alimes parler de restitution, ahnonça en peu de moLs la mission confiée à M. de Poigny, « il sera alors facile de voir si le duc avait oui ou non son amitié à cœiir » (2); Le roi consentit à attendre pet)dant dix jours une réponse que M. des Alimes envoya chercher par un coifrrifer exprès.

Avec Catherine de Médicis, l'envoyé du duc de Savoie s'ouvrit davantage. (3) Ne pouvait-il point la regarder égaleipent comme la mère du duc son maître, devenu le mari de sa nièce ? Il la pria donc d'intervenir pour continuer les bons rapports entre les deux princes, car le duc sera toujours prêt à remettre les forteresses entre les mains de gouverneurs catholiques et il acceptera ceux désignés par la reine. Catherine répondit qu'elle aimait le duc de Savoie, et qu'il lui déplaisait de le voir entrer eD ces difficultés avec le roi son fils, parceque le duc pourrait se trouver bientôt, si on n'y portait remède, en c^ triste état où elle avait \u son père. (4)

Pour donner plus de poids aux paroles du Roi et de sa mère, les députés aux états-généraux firent une démarche

(1) « QneUo che haveva fatto nel marchesato di Salazzo, non era per oftenderla in modo alcuno — volendo essere perpetuamente suo devolissimo servilore, — ma ch'era stato tirato per la barba et spcnto dalla nécessita di non lasciar cadere qucilo stato con pericolo del sac in mano d'Ugonotti, con i quali sapeva, che di lunga mano la Valetta teneva sécréta intelligenza, che la guardaria a sua Maesta cosi bcne, corne haveria fatto la Valetta o qualsi voglia altro, et la îaria ubedire corne vero signore, con altre simili parole. » Arch. du Vatican, /. c, t. XXIV> fo 404. Lettre du 13 nov. 1588.

(2) « Il Re mostrando di restar malissimo sodisfatto che Tambasciatore non havesse fatla alcuna parola di. reslitutione, succintamentc rispose ch*egli haveva mandato mons*" de Pugni al Duca suo cugino» et che staria a vedere se lui haveva cara o no la sua amicitia. » Arch, du Vatican, /. c, t. XXIV, f« 404.

(3) a Con la serenissima Regina tnadre, il sadetto Ambasciatore si slargo d'avantaggio i ibid. .

(4) Arch. du Vatican, /. c, t. XXIV, fo 405,

OTBOHIB

MORT DBS GtJISB 233

«gniflcative, Le 16 novembre, Tarchevêque de Bourges vint, au nom du clergé, parler de la perte immense, du dommage et de rignominie causée au Roi et à la France, par la prise de Saluées : il exhorta très vivement (1) Henri III, à ressentir, sans abandonner pour cela la guerre contre les hérétirfues, ce coup porté à son honneur et au royaume. Il termina en oITrant avec les prières du clergé, tout l'argent dont celui-ci pourrait disposer. M. de Brissac, prit ensuite la parole au nom de la noblesse (2). « Le roi, dit-il en soulevant d'unanimes applaudissements, ne peut ni ne doit supporter cette injure, et pour recouvrer un état acquis à la France au prix du sang de leurs aïeux, tous les gentilshommes sont prêts à mourir, d Enfin un membre du tiers-état insista et pria le Roi d'entreprendre cette expédition nécessaire, juste, facile : tous les députés voulaient la guerre et offraient de l'argent (3).

Henri III, avait écouté les discours avec beaucoup d'attention. Sa première pensée, en apprenant la perte de Saluées avait été, dit-il, d'en tirer une juste vengeance, car descendant des Rois qui avaient toujours agrandi l'état il était d'autant plus tenu de le conserver intact. Aussi, sans abandonner aucunement la guerre contre, les huguenots, il était très disposé à venger cette injure et, lorsqu'il en serait temps, il serait le premier à monter à cheval. Il pria les États de se tenir prêts à l'aider, et en les remerciant de leur affection, il leur parla avec tant de dignité et d'émotion que beaucoup de députés eurent les larmes aux yeux. Un cri de Vive le roi ! sorti de toutes les poitrines, accueillit ses dernières paroles (4). On alla môme si loin dans un sens belliqueux, que, peu s'en fallut, dit le duc de Guise, qu'on

(i) Arch. du Vatican, /. c, t. XXIV, f» 4Î5. Lettc du 16 novembre. 9) Arch. du Vatican, /. c, l. XXIV, fo 416, 425.

(3) « Li stati si lasciano medesimamente intendere di voler tutt insieme dimaDdare a sua Mta chegli debba fare la guerra et offerirsi di irovare denari. » ib.

(4) « Con moite aUre parole piene di maesta et di risentimento, le qoali cavorno a moiti U lagrime, mettendo S. M. fine al ragionamento ^ U stati cominciarno a gridare : Viva U rel. » t6. Le 16 novembre 18».

signât la paix avec le roi de Navarre po«r faire la gaerre au duc de Savoie.

Ainsi le vent était aux combats, et H. de la Valette, en envoyant au Louvre quatre enseignes prises dans une rencontre avec les troupes du duc, ne fit qu'accroître Tenthottsiasme.

Morosini chercha à modérer ces ardeurs et le prévôt des Marchands de Paris, gagné par Tambassadeur d*Espagne, s'efforça d'empêcher une déclaration de guerre. II put même ramener à des dispositions plus pacifiques Tordre du clergé qui s'était laissé entraîner par l'ardeur des députés de la noblesse. (1) Le duc de Savoie en sut gré au représentant du Saint-Siège, (2) mais l'agitation toutefois, resta toujours très vive à la cour et deux longues dépêches de Turin, du 9 novembre ou M. de Poigny rendait compte de ses entretiens avec le duc de Savoie n'étaient point faites pour la calmer. Il était allé trouver le duc à Savigliano, le 8 novembre, mais n'avait pu obtenir la restitution de Carmagnole et de Cental, ni même l'abandon du siège de Ravel. M. de Poigny parlait aussi d'une lettre où le Pape aurait exhorté le duc à poursuivre son honorable entreprise, etpeut-être à tenter davantage (3). Henri III

(1) a Le prévôt des Marchands (la Chapelle-Marteau) s*est admirablement comporté en cette occasion, écrit Mendoza à Philippe II; U a suivi mes conseils; il a montré que le duc de Savoie serait secouru par le roi d'Espagne et qu'une guerre avec l'Espagne serait désastreuse pour la cause catholique ; il a entraîné à son opinion le tiers État et le clergé mais la noblesse resta frémissante. >• Lettre citée par M. de Groze, /. c, t. II, p. 3T7.

(2) Arch du Vatican, /. c, t. XXIV, f» 438. Lettre du duc de Savoie, 12 nov.

(3) « Esso Duca di Savoia gii haveva letto una lettera che N. S. scriveva a S. Altezza, nella quale lo essortava a proseguire le sue honorate imprese, et due o tre volte lonomkiava per Âltezza, con altre parole che volevano dire che da la S. S. non solo fossero lodate le attionl del sujette

fut très blessé en entendant cette communication, mais il jugea la chose impossiUe. Le Légat, en effet, instruit par le cardinal de Gondi de la circonstance confirmée par une dépêche du IS novembre oii le duc de Savoie prétendait avoir tout exécuté par ordre du Pape, fut indigné, car il avait précisément entre les mains une lettre où le cardinal de Montalto déclarait la résolution du Souverain Pontife de faire restituer k ses frais le marquisat, si le roi de France éloignait les hérétiques. Il n'avait pas vu la lettre écrite au duc de Savoie, mais il fallait d'abord savoir, disait-il, si elle était de Sa Sainteté et ensuite eq connaître les termes. Le cardinal de Gondi fit la même remarque. Cependant le roi resta vivement impressionné et le légat redoutait des complications, car la guerre, c'était la ruine certaine du duc de Savoie et un tort irrémédiable causé k la religion (1). Sixte-Quint connut les bruits répandus sur sa prétendue approbation et il les démentit formellement. « Jamais le duc de Savoie ne lui avait demandé conseil, et, s'il le lui avait demandé, il n'aurait pu approuver sa conduite. »

Si le duc de Savoie invoquait à tort l'appui du Pape, les assertions de son ambassadeur au sujet d'une approbation du roi d'Espagne, n'étaient pas non plus exactes. Philippe II avait pu laisser faire, pour se donner le plaisir de se venger ainsi de l'alliance du roi de France avec la reine d'Angleterre, mais à Blois, Mendoza blâma l'occupation et engagea la parole du Roi son maître que ni lui, ni aucun de ses ministres n*avaient été complices du duc de Savoie; à Turin, l'ambassadeur d'Espagne assurait n'avoir jamais rien su de l'entreprise, et il l'avait blâmée autant ou plus que personne au monde (2). Philippe II offrait

8ig. Daca in quelk) marcbesato, ma spinto anco a fare davantaggio. Et che il Re era rimasto di cio molto scandaiizzato. m Arch. du Vatican,/, c, l. XXVn. fo 226. Lettre 23 nov.

Les dépêches de Poigny sont en copie à ta Bibl. nat. ms. Dnpuy, n» 29, P> 87.

(i) Arch. du Vatican, /. c, t. XXVII, f» 226. Lettre du 23 nov.

(2) LeUre de Cavriana 15 novembre 1588. A. Desjardins, Négoe. dUpl* l. IV, p. 836.

tftêm'e d'envtfyeK des troupes potir appuyer la réclamation d'Henri' m, mais ce langage était maladroit, car, pourquoi, disait-on, une intervention des Espagnols, comme si le roi de France ne pouvait disposer, ni d'une arquebuse, ni d'une épée !

Tandis que plus d'un esprit voyait dans la diversion d'une guerre étrangère le moyen de délivrer le royaume de ses dissensions intestines, le Souverain Pontife voulant à tout prix l'éviter s'efforça de tout calmer; le 20 novembre le Légat vit à ce sujet Henri III (1).

Au fond Sixte Y était persuadé, que, ni les catholiques du duc de Guise, ni les protestants du roi de Navarre, ne voudraient sérieusement aider le monarque. — « Mais, lui repartit un Jour le cardinal de Joyeuse auquel il exprimait cette pensée, aucun catholique certainement ne refusera de marcher pour une aussi juste querelle. — Vraiment, dit alors le Pape en riant, vous croyez que le Maréchal de Montmorency marchera très volontiers contre un Prince son parent dont il attend aide et soutien ! — J'ai parlé des bons catholiques, fit observer le cardmal, et en tout cas le Maréchal de Montmorency, ayant plus à perdre en France qu'à gagner en Savoie, son intérêt et celui de ses enfants lui dicteront une conduite différente de celle supposée en ce moment par sa Sainteté. — Oui, continua Sixte V, en gardant le même air incrédule, le duc de Guise marchera lui aussi contre le gendre du roi d'Espagne I — Mais oui, très Saint-Père, il marchera de très bon cœur, je puis vous en donner l'assurance, répondit le Cardinal un peu piqué, et le Pape prenant un ton de plus en plus ironique se prit à dire : — Je ne sais pas apparement en quels termes le duc de Guise est avec le roi d'Espagne, j'ignore sans doute que, lors des événements de Paris, le roi d'Espagne lui fit donner quarante mille écus, je ne sais pas que maintenant encore le duc de Guise ne danse ni plus haut, ni plus bas, que le roi d'Espagne ne veut, et en vérité, il semble que je n'aie point de Nonces,

(1) Arch. du Vatican, /. c. , t. XXVII, f\né.

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00 que mes Nonces ne fassent attention k rien, ne m'avertissent de rien. Et le duc de Mayenne^ marchera- t-il lui aussi contre le duc de Savoie ? Le duc de Savaie ne savait-il pas Mayenne à Lyon, près de lui^ quand il Vest emparé du Marquisat ? Sa présence Ta t-il arrëlé ? que vous en semble? et, que fait donc le duc de Mayenne en restant à Lyon si longtemps? quel mystère cache cette immobilité.? — Je croyais répliqua le Cardinal, que le duc de Mayenne attendait à Lyon Tachèvement des préparatifs destinés à Tarmée du Dauphiné, mais maintenant il semble à entendre Votre Sainteté que son séjour dans cette ville cache un autre dessein. — Je ne prétends pas le savoir, interrompit Sixte V, mais je suis ainsi d'une nature mauvaise : je soupçonne aussitôt et même plustôt le mal que le bien... Dieu veuille qu*un de ces jours nous ne recevions point de fâcheuses nouvelles ! » Sa Sainteté n'ajouta rien de plus et revint à dire sa pensée, que sans faire la guerre au duc de Savoie, celui-ci pourrait de bon gré rendre les places. — « Mais^ dit le Cardinal, on ne peut laisser le duc de Savoie se conduire ainsi, car tout le monde Timitera, le roi d'Espagne en Languedoc, le duc de Parme en Picardie, l'Anglais en Normandie ou en Bretagne, les Allemands du côté de Metz. Si le pape était à la place du roi attendrait-il tranquillement? — Non, répondit Sixte V ». Le Cardinal insista et adressant au Pape une nouvelle interrogation : « sile Roi, dit-il^ vous demandait avis, en conscience lui conseilleriez vous d'attendre ? — Non, répondit de nouveau le Pape. — Votre Sainteté, reprit Joyeuse, ne doit donc pas trouver mauvais que le Roi agisse comme elle agirait et comme elle lui conseillerait d'agir. — Non, dit encore Sa Sainteté, je ne le trouve point mauvais. »

Le Cardinal pria alorà le Pape d'exhorter le duc de Savoie à faire droit aux réclamations du Roi de France, mais Sixte V répondit qu'il ne le pouvait point, car le duc persuadé que les hérétiques allaient envahir ses États et s'établir en Italie, accuserait le Pape, si plus tard ce malheur advenait, — « Votre Sainteté, reprit le cardinal de Joyeuse, pourrait au moins écrire dé rémettre les places à des gouverneurs

catholiques nommés par le Roi. — Je ne pois tous refuser cette démarche, dit alors le Souverain Pontife, et j'écrirai dans ce sens (1). »

Le Roi ne crut point aux insinuations émises par le Pape et à ses yeux, Montmorency, Mayenne, Guise, n'étaieat point encore, « si ennemis de leur patrie et de la gloire d'être descendus de si bons français, qu'ils voulussent servir au duc de Savoie de ministres et de complices dans son usorpation. M

Horosini n'avait-il pu vaincre les sentiments du Roi, oa fut-il trop prompt à se reconnaitre vaincu? je ne sais, mais son langage fut blâmé à Rome, d'où le Cardinal de Montalto lui écrivait, le 8 novembre, que dans les affaires de Salaces il ne devait pas parler comme un vénitien mais comme un Cardinal. Morosini répondit le 5 décembre : « je ne saurais faire cette distinction, car j'ai toujours cru les intérêts da Saint-Siège tellement unis à ceux de la République, que pour être bon vénitien il fallait désirer la grandeur de l'Église. » Il demanda donc ce qu'il fallait entendre par ces paroles (2). Toutefois, comme s'il le devinait, il assura au Cardinal de Montalto qu'aucune de ses expressions ne pouvait laisser croire à une approbation donnée par le Pape aux actes du duc de Savoie. Mais les événements ayant pris une direction différente de celle désirée, Sixte Y accusait son Légat d'un résultat que celui-ci n'avait pas eu le pouvoir d'empêcher. Morosini s'en affligea extrêmement (3) et ne jugeant pas la Cour de Rome suffisamment informée de TËtat des esprits, il écrivit au Secrétaire d'État avec un accent blessé : « J'assure que les choses sont plus enflammées que vous ne vous le persuadez. »

Elles l'étaient beaucoup en effet, car l'ambassadeur de

(i) Aubery, Vie du cardinal de Joyeuse, Paris 1654. Preuves p. 223.

Jérôme Gondi fut chargé d'engager le Pape à obtenir du duc de Savoie la reddition de Saluées.

' (2) Arch. du Vatican, /. c, t. XXVII, f» 228. Lettre du 5 décembre.

(3) « Mi duole in estremo d'intendere che N. S. non resli di me sodlsfaUo in diversl particolari. »

Savoie vesait de commiuiiqaer à Morosini Tordre donné par le Roi au duc de Mayenne d'entrer en Bresse et de se porter en avant.

Morosini vit de nouveau Henri III et le supplia de ne point ainsi commencer la guerre, mais aucun ordre n'avait été donné et voici ce qai était arrivé. Sachant que le duc de Savoie réunissait de Tartillerie k Bourg et avait 8,000 soldats sur la frontière, le conseil avait ordonné une levée de Suisses^ et le duc de Guise avait offert au colonel Pfyffer et à Bassompierre dix mille écus pour les enrôler (2). Quant à Targent on pouvait se procurer dès le lendemain cinq cent mille écus, puisque le banquier Zamet et les trésoriers parlaient d'en avancer treize cent mille, somme que les Etats acceptaient de payer en quatre ou cinq ans. « Le cœur ne me faillira pas, dit Henri III à la fin de son explication, et les ressources ne manqueront pas au royaume : la justice est de mon côté. » Morosini ne le contesta pas, mais, d'accord avec le Pape, il exhorta le Roi à combattre les hérétiques de préférence aux catholiques, et comme le Légat se recria un jour sur la trêve avec les Huguenots en Dauphiné qui devait être nécessairement conclue pour ne pas les avoir en flanc pendant qu'on opérerait en Piémont, le duc de Guise lui répondit par ce mot qui peignait la situation en indiquant la faute commise par le duc de Savoie : « Je n'y vois pas de remède. » Il alla plus loin : « quand méme^ dit-il, le duc de Savoie restituerait les places occupées, il faudrait lui faire la guerre pour laver Voffense reçue », mais le Conseil fut d'un avis contraire, estimant que dans ce cas il vaudrait mieux tout oublier et renouer fes anciens rapports d'amitié. Le Pape pressentit ce dénouement pacifique et aux affirmations de Jérôme Gondi sur les préparatifs de guerre, il répondit : « ce n'est que du tonnerre sans foudre et des nuées sans pluie. »

Le duc de Guise prenait au contraire les événements au ^rieux et suppliait le Pape de « balancer également » avec ^ les idées mises en avant pour tout apayser, les raisons du

&) Arch. du Vatican, /. c, t. XXVU, f» 236. Lettre du S déeembre.

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Roi son souverain' seigneur, les justes ressentiments *d*uii puissant État, la. valeur et le courage de Tune Ae^ premières nations du monde, plus nourrie et accoutumée aux conquêtes et à Taccroissement des limites de la monarchie qu*à la diminution, n*estimant la pouvoir souiTrir de qui que ce soit, sans encourir un très grand blâme et dédioir de Tancienne réputation et générosité françoise » (1).

« Si le roi d^Espagne soutient le duc de Savoie que ferat-on ? demandèrent une fois au duc de Guise les Conseillers d^Henri III — « Philippe II ne le soutiendra pas, répliquat'il, mais s*il le faisait, je montrerai au roi de France le moyen de faire perdre en peu de mois au monarque espagnol tous les Pays-Bas. » Du reste, dit-il encore en s'animant :

(1) Arch. du Vatican, /. c, t. XXII, fo 362; 10 décembre 1588.

he duc de Guise marquait au Pape son appréhension que c le remuement de Saluées » arrivé pendant la tenue des États ne « fust un sujet trop plus que suffisant de traverser les saintes résolutions que Ton prenait de faire une guerre irréconcyliable aux hérétiques, pour traiter une trêve avec eux et convertir les armes ailleurs, dont s'ensuivrait la désertion et ruyne de nostre sainte religion, estant une maxime d'Estat que les frontières gardées, le dedans se peut toujours remettre. » Et alors le duc donnait un libre cours à ses sentiments : « Estant ce que je suis, très voué et affectionné à la manutention du service de Dieu et do Samt-Siège Jusques au dernier soupir de ma vye, je tiendrayla main à la continuation et poursuite de cetie sainte entreprize, mais aussi étant né françois, je reconnois par le droit de ma naissance, par la fidélité de mes progéniteurs et la myenne particulière, par les bienfaits des Roys mes souverains, et par l'amour de ma patrie, estre très obligé à la défence de mon prince et de la couronne, et pour tous les respectz du monde je n'y voudrois manquer, Parmy ces difificultez très importantes 'et quy attirent de très dangereux événemens, le recours et le remède gist et repoze en la prudence et autoryté de V. S., laqueUe y peut apporter un tel accomodement, que le Roy Monseigneur soit satisfait par la restitution de ses places, quy soient mizes entre les mains de si bons caUioliques et gens d'honneur (pie, ny pour la religion, ny pour le devoir d'obéissance, on n'en puisse douter, Monsieur le duc de Savoye demeure son bon parent et la guerre contre les hérétiques soit avancée avec toute ferveur, dont la grâce sera deue à Y. S. et son nom à jamais bény et glorifié par tous les eattioliques. » Arch. du Vatican, /. c, t. XXO, f" 361. Lettre du 10 décembre 1588.

Il semblé diflicile d'après ces lettres d'admettre le jugement des historiens qui écrivent : « On peut dire que la dernière pensée du duc de Guise a été d'en^ôcher la défense du sol. français, p

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c Si le Roi ne veut pas faire la guerre, je me retirerai chez moi, afin de ne pas être complice de sa honte ! » Mais le Roi était aussi exaspéré et en ce moment le monarque et le Prince paraissaient en fort bons termes, car on attribuait généralement à l'influence du duc la disgrâce de M. de Senaille chef des finances, et de son frère le médecin Miron, autrefois admis très avant dans Tintimité royale. (8 décembre) (1).

Etait-ce aussi à l'influence du duc de Guise qu'il fallait aUribuer le renvoi de l'ambassadeur de Savoie? Toujours est-il que le vendredi, 16 décembre, le secrétaire d'État Revol, se rendit au logement de l'ambassadeur à Blois, afin de lui faire observer qu'on lui avait assigné pour résidence comme à ses autres collègues le village de Saint-Dié à trois lieues de la ville. Il n'avait donc qu'à y retourner, afin qu'on ne parut point accorder à l'un une faveur refusée aux autres. L'ambassadeur représenta qu'il n'avait ni chevaux, ni voitures, ni rien de ce qu'il fallait pour aller et venir ; son séjour à Blois ne nuisait à personne et si Sa Majesté voulait lui faire quitter la ville, ce n'était pas sans doute par égard pour les autres ambassadeurs, mais afin peut-être de le faire sortir de France. Si telle était Tintention du Roi, on n'avait qu'à lui envoyer un passeport, il obéirait promptement, car il n'avait été envoyé à Blois par le Duc son maître que pour y passer peu de jours. Cependant avant de partir il priait Sa Majesté de vouloir bien lui donner audience (2).

M. deRevol rapporta cette conversation au Roi. Henri III, un peu ému (3)^ ordonna aussitôt de lui délivrer un passeport, et il le lui fit porter sans ajouter un mot sur son départ, disant seulement que pour obtenir une audience^ il fallait lui apporter la nouvelle de la restitution de Saluées (4). Le Roi

(i) Arch. du Valican, /. c, t. XXVII, fo 233. LeUre du 8 décembre.

(2) Arch. du VaUcan, l. c, t. XXIV, f^ 541. Lettre du 19 décembre.

(3) ir Gon qualche alteratione. » ib,

(A) Plusieurs fois l'ambassadeur demanda à être reçu, mais en vain. Le duc de Savoie refusait alors d'accepter M. de Nemours comme gouverneur de Saluées, combinaison qui, au jugement de tout le monde, spécialement de l'ambassadeur d'Espagne, aurait du lever toutes difficultés.

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