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prescrivit en même temps à son ambassadeur de quitter Turin, mais dès le 9 novembre M. de Poigny avait pris congé du duc et il revint « les mains dans les poches » , sans avoir rien fait (1). Henri III manifesta aussi Tintebtion de se rendre à Lyon après la clôture des États et fit marcher des troupes de ce côté. Ne savait-il pas que le duc de Savoie était à Ghambéry, qu'il entretenait des relations dans la Provence surtout à Marseille, et à Arles, qu'Alphonse Ornano enfin arrivait à Blois demander du secours ?
Ainsi tout se compliquait. Mais comme Sixte V l'avait deviné, Forage le plus menaçant n'était pas du cdté de Sahices où une convention secrète entre le Roi et le grand duc de Toscane devait bientôt arrêter le conflit (2) ; en France toot était troublé, et il faut à présent revenir en arrière ponr signaler quelle fut l'attitude, et quelles furent les résolutions des États avant le drame du 23 Décembre.
Le dimanche lt5 octobre, après avoir récité les prières des quarante heures à la chapelle du château, le Roi, accompagné des deux Reines, des cardinaux de Bourbon, de Vendôme, de Guise, de Lenoncourt, de Gondi et de tous les seigneurs de la cour, se rendit à trois heures de Taprès midi dans la grande salle « ornée de très précieux draps d'or et de soie » où les députés étaient réunis pour faire Touverture des États généraux.
Henri III parla avec beaucoup d'éloquence, et chacun fut
(i) Nous traduisons ainsi le proverbe italien cité dans le proverbe : c Con le pive in sacco. » IL de Poigny fût d*abord arrêté à la Palisse par douze hommes masqués à cheval et conduit en Bourgogne. Arch. du Vatican, /. c, t. XXIV. f- 668.
(2) La convention Ait signée le 23 février 1589. Le Roi engagea le marquisat au grand duc de Toscane pour 800.000 écus. Il devait le rendre au Roi lorsqu'il payerait cette somme etc. Lettre de RuceUai. À Desjarpins, Négoc, dipl.y t. IV, p. 881.
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dans radmiratioD (1). Il déclara sa résolution de poursuivre la guerre contre les hérétiques et repoussant les accusations portées contre le gouvernement d*avoir influencé les élections des Députés: « Je n'ai point de remords pour les brigues ou menées, dit-il, et je vous en appelle tous à témoin pour m'en foire rougir, comme le mériterait quiconque aurait d'une si indigne façon violé Tentière liberté » (S). Le Roi se plaignit ensuite de la division des catholiques, et rompant en visière avec ses adversaires, il s'écria : « Aucuns grands de mon royaume ont fait ligues et associations; témoignant ma bonté accoustumée, je veux bien mettre pour ce regard tout le passé sous le pied ; mais toutes autres ligues que sous mon autorité ne se doivent souffrir, et je déclare, dès à présent pour l'avenir, atteints et convaincus de crime de lèse majesté ceux qui ne s'en départiront, ou y tremperont sans mon aveu. x> Ce fier langage surprit tout le monde.
Après la séance le duc et le cardinal de Guise, vivement impressionnés par les paroles du roi, se rendirent chez le cardinal de Bourbon pour le prier d'obtenir la suppression du passage, ou l'allusion contre eux était si transparente. Henri consentit à l'accorder ; c'était un acte de faiblesse après un acte d'autorité ; mais il avait posé le principe et prononcé le texte avec lequel plus tard, au S3 décembre, il justifiera sa conduite.
Le duc de Guise, désireux de reprendre tout l'avantage, fit réclamer un nouveau serment à ï'édit d'Union, comme à la loi fondamentale du royaume. Les députés de la noblesse furent très opposés k cette démarche, le clergé et les députés des villes au contraire s'y associèrent. Henri III ne voulait pas paraître céder à une pression et comme il avait déjà prêté le serment d'observer Tédit, il ne voyait pas pourquoi il serait forcé de le renouveler (3); mais le duc de Guise attachait de
(i) « Con molta eloquenza et con attenzione et meraviglia d*ogniuno parlé. »
(î) Mayer. États généraux, t. XIV, p. 354 et suiv. La Haye, 1789; et l'Histoire det États généraux p^r M. Georges Picot, t III, passim.
(3)- Arch. du Vatican, /. c, t. XXIV, p. 315.
importance à cette formalité : « Je suis en très beau chemin et avec certaine espérance de faire ordonner aux Etats Tentretenement de i'édit, » écrivait-il le 9 octobre et quatre jours après : « J*ai si bien manié nos États que je les ai fait résoudre de requérir la confirmation de Tédit de TUnion et son serment par le roi comme loi fondamentale » (13 oct.)
Les députés du clergé et du Tiers-État menacèrent en effet de quitter Blois, si le serment n^était pas prêté, et alors le Roi, bien qu'ayant pour lui presque toute la noblesse, prit le parti afin de prévenir tout désordre, de condescendre à leur requête, et promit de leur donner satisfaction dans deux jours : il q*était plus le maitre, toutefois il fut nécessaire de réserver les droits de la noblesse opposée à Tédit, des articles relatifs au service dans la guerre contre les huguenots paraissant emporter la destruction de ses privilèges (1), Henri III prêta serment le 18 octobre et tous les membres des États, levant avec lui la main, jurèrent de l'observer ; (2) puis, le monarque parla de la nécessité de s'occuper des intérêts du royaume, promit et fit promettre à tous les députés de ne pas quitter Blois avant d'avoir achevé les affaires. La journée se termina à la satisfaction générale par le chant du Te Deum et le peuple n'épargna pas ses acclamations.
Du haut d'un balcon d'où il découvrait la salle, sans être vu de personne, le légat avait tout observé. « Il serait très à propos, écrivit-il, que le Pape témoignât à l'ambassadeur do Roi son plaisir et son approbation d'un édit si avantageux à la religion catholique; cette approbation du souverain Pontife fortifierait immanquablement le monarque dans la résolution d'anéantir l'hérésie (3). «
• Une fois ces premières difficultés passées, il en survint d'autres suscitées par des questions de préséance entre les
(1) Arch. du Vatican, /. c, t. XXFV, f» 316. Lettre du 23 octobre 1588.
(2) Papiers des Pot de Rhodes^ p. 112. Le Roi écrivait au duc de Nevers le 21 octobre qu'U voulait conserver l'affection de ses sujets que « les intérêts des particuliers ont esloigné » de lui. Bibl. nat^ tns.f. fr, 3407, p. 27.
(3) Arch. du VaUcan, /. c, t. XXIY, f» 349. Lettre du 25 octobre.
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capitaines des Gardes du Roi, entre les ducs de Nemours et de Nevers, entre les cardinaux et les pairs de France, mais la prudence et Tautorité du Roi parvinrent à les apaiser (1).
Les trois ordres se réunirent d'abord séparément, deux fois par jour, pour examiner les mandats des députés venus des provinces et arrêter les demandes à présenter.
Ils rédigèrent ensuite une déclaration contre le roi de Navarre (4 nov.) et Henri III, informé par Tarchevéque d'Embrun, en témoigna son contentement (2), seulement pour éviter, delà part de. la reine d'Angleterre et des protestants d'Allemagne, l'accusation de procéder dans ces circonstances hors des voies légales, sans citation par exemple, car c'était là la principale objection présentée contre la Bulle de Sixte V, le Roi jugea nécessaire d'envoyer d'abord vers le Prince pour « l'avertir de son devoir ; » (t s'il refuse, disaitil, il sera sans excuse. Les États pourraient donc envoyer un député de chaque ordre, j'en enverrai un, et, tous ensemble allant en poste seront promptement de retour. »
L'archevêque d'Embrun communiqua cette pensée aux Députés, mais il refusèrent (5 nov.) d'envoyer vers le roi hérétique et réclamèrent l'exécution immédiate de la Déclaration en. suppliant le monarque « de ficher, selon l'énergique expression d'un orateur, l'ancre de son État sur Dieu seul (3). »
(i) « Tutte furono sopite dairautorita et pnidenza di sua Maesta chris- Uanissima », ibid.
Le duc de Guise dans une lettre au Pape, 28 oct. disait : « Nos Estalz ayant esté ouvertz par une si sainclc protestation à l'honneur de Dieu j'espère que la suite et la fin tendront à mesme but et se clorront avec un très heureux succès, en quoy je n'espargneray aucun office, ny chose qui soit en mon pouvoir, non plus que mes moyens en la guerre contre les hérétiques. » Arch. du Vatican, /. c, t. XXII, f<» 340.
(2) «Hebbe in risposta che questo molto U piaceva. » Arch. du Vatican, '• c., t. XXVII, fo 207. Lettre du 7 novembre. On devait déclarer le roi ^ Navarre hérétique et notoirement relaps, coupable de lèse-majesté, inhabile à succéder à la couronne, privé de ses prérogatives de Prince, tlne traduction italienne avait été envoyée à Rome. Arch. du Vatican, /. c, l. XXIV, P 390. — Supplément au Traité dogmat et hist, des Èdits, par ^ prêtre de Toratoire (le P. Bordes). — Paris 1703, p. 230.
(3) Arch. du Vatican, /. c, t. XXVII, f» 208, Lettre du 7 novembre et t. XXIV, P» 405, Lettre du 13 nov.
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L'archevêque d'Embrun revint donc exprioier la volonté très arrêtée des trois Ordres de ne pas traiter avec le roi de Navarre, car on ne pouvait, disaient-ils, communiquer avec un excommunié. Henri III n'admit pas ce prétexte, et en se rappelant les paroles dites précédemment par ordre de Sixte y, il se fit fort d'obtenir à cet égard la permission nécessaire. Cette réponse causa une grande émotion et plusieurs députés influons (2) vinrent supplier le légat de ne point l'accorder. Morosini fort embarassé ne savait plus comment se gouverner (3) car si une lettre récente, paraissait indiquer chez le Saint-Père un changement d'idées, il se rappelait que le 22 août, comme nous l'avons dit, le Pape avait jugé très nécessaire d'inviter le roi de Navarre à se réconcilier avec l'Église et que des Avis envoyés postérieurement avaient appuyé sur ce point (4). Beaucoup de personnes estimaient aussi très raisonnable d'avertir le Prince avant de rien entreprendre, car s'il était possible de gagner cette âme au catholicisme, disaient-ils, combien d'autres se convertiraient après lui (5). Plusieurs au contraire disaient qu'en devenant catholique, le roi de Navarre pourrait au fond ne pas changer d'opinion, et garder ainsi le venin dans son cœur, pour choisir l'occasion propice de le répandre. Ce serait la ruine du royaume, et la perte de la religion.
Morosini était en cette perplexité, lorsque le roi lui fit exprimer le désir de causer avec lui ; mais il voulut que la rencontre parut un effet du hasard et non concertée d'avance (8) ;
(i) « Diversi signorî principal! nei StaU. »
(2) « n che me tiene in tanta confusione, che io non &o corne dovermi govemare, » Arch. du VaUcan, /. c, t. XXVn, P 210.
(3) tt N. S. giadicava per ogni modo necessario, che Navarro fosse invitato aUa reconcUiatione con la santa Ghiesa, in conformita di quello che si contiene anco nei Ricordi mandatemi da S. S., et, in questa ultima cifra, V. S. 111. mi dice che S. S. nei proposito di esso Navarro ha^ scritto qneUo che deve un Padre commune. » Arch. du Vatican, /. c./ t. XXVII, P> 209; 7 novembre 1588.
(4) • Pare anco che sii stimato da molti huomini molto ragionevole che U sodetto Navarro sia ammonito. » Arch. du Vatican, /. c, t XXVII, f» 210.
(5) t Mi fece intendere che desiderava di parlarmi, ma che paresse che questo fossea caso, et non perconcerto. » Arch. du Vatican, ^c, t. XXVn, f» 202. Lettre du 13 novembre.
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or eomne ce jour là, (13 novembre) le Roi ne pouvait à cause de la pluie, faire de Texercice dans les jardins, il lui fit dire de se promener dans la galerie récemment cédée aux Pères capucins. Morosini y alla : le Roi et la Reine mère, accompagnés de la cour, entendaient alors la messe dans la chapelle des Pères. Après h cérémonie, ils entrèrent dans la galerie ou se trouvait le légat,^ tandis que les autres personnes restèrent dehors. Après quelques mots sur le projet d'arranger cette galerie, le Roi exposa ce qui s'était passé à TAssemblée des États, et lui demanda la permission de traiter directement avec le Prince excommunié. « Si le but que nous poursuivons, dit-il, est d'anéantir l'hérésie, nous devons souhaiter de l'atteindre par la douceur plutôt que par la force. Le voie des armes serait du reste plus longue, plus difficile, plus coûteuse, et, outre le sang répandu, elle entraînerait la ruine des peuples et mille excès. » Le Légat ne rétracta aucune de ses paroles précédentes (2), mais fit remarquer la différence des situations : « Si les Etats avaient solli-r cité cette démarche, il aurait accordé la permission, mais à présent paraissait-il prudent d'aller contre leur très formelle volonté, car donner au Roi la permission de traiter avec le roi de Navarre, serait compromettre vis à vis d'eux, la dignité du Saint-Père. »
Morosini saisit cette occasion pour répéter à son interlocuteur ses observations sur les difficultés au milieu desquelles le Roi se trouvait engagé ; (3) elles venaient principalement de ce qu*il avait perdu Taffection de ses sujets, il fallait donc la regagner, et comme il avait déjà commencé à le faire en jurant Tédit d'Union, il ne fallait pas la perdre en se mettant en rapport contre la volonté des États avec le roi de Navarre ;
(2) « lo risposi a S. M. che era verissimo le havevo detto per nome di S. s. che era a proposito prima che farc la guerra al Navarre di essortario a ritoraare alla fede cattoUca et aUa obedienza di S. M. » Arch. du Vatican, /. c, t XXVII, f» 210.
(3)« Che io ricordavo aUa M. S. queUo che tante volte le havevo d^to, che 1 8Uoi travagU sono causati principalmente per havere Ella perso Tamore et la buona volunta de* snoi snddiU. »
ce serait s'exposer à ne jamais la recouvrer. Morosini supplia Henri III de se conformer en une chose si juste aux demandes des Députés et à ne pas vouloir, par égard pour autrui, se remettre en péril.
Après une assez longue discussion, le Roi finit par direaa Légat que son conseil était bon.
A. Rome on crut à la faiblesse de Morosini et on le btama au sujet de cette négociation avec le roi de Navarre, comine on l'avait blâmé au sujet des affaires de Saluces. Le légat ressentit vivement cette iraprobation et fatigué, dégoûté par ces tracas, ii supplia le grand duc de Toscane d'obtenir du Pape son rappel de France (1).
Au lieu d'un rapprocbeioent vers le roi de Navarre on parlait de nouveau d'une alliance avec le roi d'Espagne. Le Roi désireux d'en causer avec le Légat lui avait donné rendez-vous le 7 novembre au matin dans la partie de sesjardins abandonnée au couvent des Capucins. Henri III et sa mère mirent le légat entre eux et commencèrent à lui parler, mais comme les cardinaux de Bourbon, de Vendôme et de Lenoncourt, ainsi que le duc de Guise, n'étaient pas loin, le Roi, craignant d'être entendu, changea la conversation en plaisanteries et se dirigeant vers un autre jardin commanda aux Gardes de n'y laisser entrer personne. Les portes furent fermées, et après quelques paroles bienveillantes, Henri 111 exprima au Légat sa confiance en son jugement et son désir, vu son expérience des affaires, de prendre son avis sur un sujet très important. Il le mit au courant d'une conversation récente entre l'ambassadeur d'Espagne et la Reine mère et lui demanda ce qu'il en pensait (2).
« Une bonneentente entre sa Majestéetle roi Catholique serait des plus utiles pour toute la chrétienté et pour la France en larticulier, répondit Morosini ; leurs dissensions ont prolongé
(1} A Desjardins, Ntgoc. diphm., l. IV, p. 873.
[i) Arch. du Valican, L XXVII, î" 202; 7 novembre. Un mémoire remis )ar l'ambassadeur d'Espagne k la Reine roëre sur l'alliance des deui lois de France et d'Ëspagac est à la date du 39 octobre aux Arcb. dn mican, i. c, t. XXVU. P>19t.
les guerres de Flandre et de France, leur union au contraire doit ruiner les hérétiques, aussi le Pape la désirait extrêmement et rien ne pouvait lui causer plus de plaisir. » Henri III manifesta les mêmes sentiments et pria le Légat de lui indiquer le moyen de réussir. « Il est nécessaire, répondit Morosini, de s'y engager de bon cœur, en toute sincérité et vérité.» Le Roi témoigna sa résolution d'agir ainsi, mais ne fallait-il pas s'assurer si du coté des Espagnols on procéderait de même? — « Le meilleur moyen de s'en assurer, répartit le Légat, est d'y intéresser l'autorité du Souverain Pontife, car il fera exécuter les conventions établies. »
Henri III accepta avec grand plaisir, car dès le principe cette intervention lui était venue à la pensée.
Le jour suivant, le Roi fit appeler l'ambassadeur d'Espagne, et comme il logeait avec ses collègues à quatre lieues de Blois, Morosini l'invita à déjeuner, afin qu'il lui fut plus commode de se rendre à l'audience. L'ambassadeur vint donc chez le Légat, le mit de son côté au courant de tout, et après avoir vu le Roi, revint le trouver : « Si le diable n'y met obstacle, dit-il, l'accord sera conclu. » Morosini reçut aussitôt l'invitation de se rendre au château ^: lorsqu'il parut, le Roi et la Reine mère écoutaient lire une dépêche écrite par le secrétaire d'État à l'agent français en Espagne. Sans faire interrompre la lecture, leurs Majestés s'avancèrent vers le Légat et lui racontèrent leur entretien avec l'ambassadeur espagnol. Le Roi trouva de plus en plus excellente la proposition de mettre le Souverain Pontife juge de la question, mais il recommanda le plus grand secret.
Si les États s'étaient montrés si rigoureux envers le Roi de Navarre, ils l'étaient également vis à vis du Pape et du roi de France.
Le 23octobre Morosini écrivait : « jusqu'à présent les Etats marchent très bien pour conserver et étendre la religion ca-