‹ La ligue et les papesChapitre 14 sur 32 · S0 LA U6UB · texte numérisé non relu

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tholique. » Mais il ne pouvait entendre sans un amer déplaisir des paroles oh perçaient des préventions déplorables : « après rhérésie, disait-on, le plus grand fléau de ce roiaume a été l'étranger italien, il a butiné et butine cruellement toute laFraiH ce ; il se rit de notre ruine et s'en agrandit, il a déjà fait dépiter une partie du peuple et fera révolter le reste ; si on ne le cbasse bientôt, il sera chassé par faveur et sédition populaire. » Avec de telles idées contre le Pape, fausses de tout point, on ne peut s'étonner de voir les esprits soulevés contre la réception du Concile de Trente.

Les députés des trois ordres s'étaient cependant engagés séparément à le recevoir (1) mais ils parurent oublier leurs promesses ; le clergé était très divisé à ce sujet, et sans refuser la publication, une partie aurait voulu examiner auparavant les points réputés préjudiciables aux libertés de rÉglise gallicane. — Le Roi, disait au contraire le Légat, devait de sa propre autorité, et sans attendre les Etats, publier le Concile; le Souverain Pontife accordera ensuite tout ce qui sera juste, et comme un des points sur lesquels le clergé était le plus unanime était de refuser au Pape le droit de concéder, sans le consentement du clergé, la vente des biens ecclésiastiques, ce qui était un non sens, puisque le Pape chef de l'Eglise est naturellement l'administrateur de ces biens, Morosini fit tout au monde pour écarter cette question (2).

Fidèle à ses instructions, le Légat pressa la publication du Concile et le roi réunit plusieurs Prélats ou docteurs pour leur exprimer son désir de donner satisfaction au Souverain Pontife, mais Topposition ne s'apaisa point. Les Prélats approuvaient les décrets en général, mais l'intérêt privé avait l'art de rencontrer dans chacun d'eux d'insurmontables difficultés. Ainsi les chapitres ne voulaient pas perdre leurs privilèges d'être exemptés de la juridiction episcopale, et comme il y avait à Blois plus de quatre-vingts chanoines et

(1) Arch. du Vatican, L c, t. XXVII, f» 168; Lettre du 7 septembre.

(2) Arch. du Vatican, i, c, t. XWII, P 178; Lettre du 15 octobre.

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seulement vingt Ëvèques, la partie n'était pas égale. Beaucoup d'Évéques étaient même disposés à s'unir aux chanoines pour demander au Pape la continuation des exemptions. Ainsi encore les ecclésiastiques pourvus de plusieurs bénéfices, repoussaient les décrets contre le cumul ; d'autres, sans présenter aucune objection spéciale, se retranchaient derrière la vague formule des <c libertés de l'Eglise gallicane. »

Vainement les archevêques de Bourges/ d'Embrun, d'Aix et l'évèque de Glermont, établirent que le Concile devait être reçu sans aucune condition, vainement tous les docteurs de la Sorbonne prirent le 15 novembre à l'unanimité des conclusions en ce sens, confirmées le 1 décembre, on ne put rallier les suffrages et il se rencontra encoi*e de nombreux opposants (1).

Mgr Despeisses fut au nombre des plus ardents (2) et le Légat dut s'en plaindre au Roi. Mgr de Rambouillet, évéque du Bfans, quoique bon Prélat, écrivait Morosini, bien qu'il eût été, dit-OD, au moment de devenir schismatique et que ses diocésains le regardassent comme hérétique, soutint avec beaucoup de vivacité la supériorité du Concile sur le Pape (3).

La noblesse en général se montra très récalcitrante, parce qu'elle trouvait son profit dans les abus au sujet des bénéfices ecclésiastiques. Les Parlements et les Conseillers du Roi mirent en avant leurs difficultés ordinaires au sujet de la prééminence de l'autorité royale ; le Tiers Etat dont Morofini disait c( lorsqu'il s'agit de la dignité et autorité du Saint Siège il surpasse tous les autres ordres en dévouement et en affection, » le Tier&-Etat fut seul disposé à accepter sans

(1) Arch. du YaUcan, /. c, t. XII, f» 109.

(2) « Fa i piu scelerati officii che si possi imaginare; ma io non manco di reprimerlo per queUi migUor modi che posso. » Arch. du^Yatican, /. c, t. XXVII, P> 900. Lettre du 13 novembre 1588.

(3) b Con tutto che egU sia stimato un buon Prelato nondimeno parla COQ grande disavantaggio di cotesta santa Sede et sostenta vivamente <^e U Concilio sia sopra il Papa et débilita quanto pu6 la antorita di N. S. et il 8ig. cardinale di Guisa mi ha dette che, gia alcuni anni, ad instigatione di questo Prelato, in regno fù a grande pericolo di farsi scismatico; mi ha anco detto U sign. cardinale Gondi che tutti i popoli del suo vescovado la tengono per heretico. »

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conditions ia publication du Concile. Les membres du Clergé le lui reprochèrent vivement, car, selon eux« les séculiers n'avaient pas le droit de se mêler de ces questions, ce à quoi les membres du Tiers répondirent « qu'étant chrétiens et catholiques, fils de TËglise apostolique et romaine, ils devaient désirer et pouvaient demander d'être gouvernés, comme les autres catholiques de la chrétienté, par leurs Prélats. »

Après une longue discussion, les députés demandèrent aa Roi de publier le Concile, mais seulement dans deux années afin d'y préparer les esprits. En tout cas on le priait de le recevoir « sans préjudice des libertés de l'Eglise gallicane, exemptions et privilèges des Chapitres, collèges et monastères. »

Le Légat ne put s'empêcher de trouver inoui d'admettre le Concile et de poser des conditions à l'acceptation « cela ne s'était jamais vu dans l'Église de Dieu, » et il repéta au Roi qu'il fallait publier le Concile sans conditions, sauf à demaDder ensuite au Pape les réserves désirées^ parce que Sa Sainteté s'empresserait d'accorder plus encore qu'on aurait voula réserver.

Henri III réunit le cardinal deGondi, le garde des Sceaux, l'archevêque de Lyon et le Procureur général pour leur exprimer son désir de publier le Concile. Le procureur général souleva comme à son ordinaire une multitude d'objections: jamais la Sorbonne et le clergé de France n'avaient reconoo la prééminence du Pape sur le Concile, jamais un concile n'avait été publié en France et Morosini répliqua avec une bonhomie malicieuse : « Si les Français nient en paroles le pouvoir du Pape, ils ne le nient pas en fait, car aucun pays ne demande au Souverain Pontife plus de faveurs et plus de dispenses, et pourquoi les demander, si le Pape n'est pas audessus du Concile? » Ces saillies de bon sens n'éclairaient pas l'esprit du Procureur général, mais le Hoi sentit la justesse de l'observation et pria le légat d'en conférer avec le Garde des Sceaux. Celui-ci dans son entretien avec Morosini résuma à son point de vue toute la question. « Il y a, dit-il, dans les actes du Concile trois points : la Foi, les coutumes, la

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discipliDC. Le Roi accepte les deux premiers. Mais pour la discipline quatre points contraires à nos libertés peuvent être relevés ; Toujours les procès sur la possession du temporel des Églises ont été portés devant les Parlements ; — jamais les clercs mariés n'ont joui d'aucune immunité ecclésiastique pour se soustraire aux tribunaux laïques; — toujours on a pu appeler comme d'abus des jugements ecclésiastiques; -^ jamais les Évëques n*ont exercé de juridiction sur les laies, ni ne les ont contraints à des peines temporelles. En un mot, coocluait le Garde des sceaux, le concile de Trente a beaucoup étendu Tautorité ecclésiastique. » Le lendemain de ce débat le Garde des Sceaux et le Procureur du Roi vinrent proposer au Légat d'insérer dans l'acte de réception du Concile la formule : « Sauf les droits appartenant au Roi, à TEtat et à l'Eglise gallicane. » Morosini ne Taccepta pas, alors Henri III lui lit passer par le cardinal de Gondi un billet sur lequel il avait écrit : « Je recevrai le concile tout en conservant les droits du roi et du royaume » et il crut avoir fait une grande concession en supprimant les mots : « Eglise gallicane. » Cette seconde formule fut rejetée comme la première. « Si le Roi, dit Sixte V, veut faire avec Dieu des réserves, il verra où cela le conduira, car les paroles des Conciles généraux ne sont-elles pas la parole de Dieu ? » Henri 111 chargea son confesseur de prier le Pape d'user, en ces temps troublés, de beaucoup de ménagement, car, voulutil commander au Parlement de publier le Concile sans restriction, il ne serait pas obéi. Puisque les trois ordres deman- ^ient des réserves, ne serait-il pas à propos d'envoyer à Rome quelqu'un pour s'entendre sur ce point avec le Souverain Pontife 1 Morosini avait toujours la même réponse : « Le Roi doit publier le concile et si ses peuples et son Pariement ne veulent pas lui obéir, il aura du moins rempli son devoir, n — « Le Légat s'échauffe beaucoup trop à ce ftujet, dit un jour Henri III ; le Pape ne le prend pas ainsi et son intention n'est pas d'imposer la publication. » Cette assertion parut étrange à Morosini et il se contenta de répondre : u pour agir comme je le fais, j'ai des ordres* » Du

reste, esprit pratique et par conséquent porté aux transictions, Morosini écrivit au cardinal secrétaire d'Etat : « Le concile ne peut être reçu sans conditions, car les Etats s'y opposent et le Clergé lui-même soulève plus de difficultés qoe les autres ordres ; il serait périlleux de menacer une Assemblée des trois Etats : mieux vaut garder le silence (1) » c'est souvent en effet le seul refuge de la dignité.

Morosini ne cessait de recommander à tous la charité» la paix et de ne point se laisser emporter par les passions de parti, il n'était point écouté, car des deux cAtés, il existait an sein des Etats une intolérance extrême. En voici un trait.

L'évêque du Mans ayant soutenu dans un discours, prononcé le 13 novembre en présence des États, que si Thérésle devait être haïe, les hérétiques devaient être aimés et ramenés par l'instruction et le bon exemple plutôt que contraints par l'épée et la force, beaucoup d'auditeurs crièrent au scandale et le soir même un docteur de la Sorbonne démontra a contrario dans son sermon, que les hérétiques devaient être poursuivis par tous les moyens. Ce ne fut pas assez. Le jour suivant à la réunion des Etats, le Président ayant demandé, comme à l'ordinaire, aux Promoteurs du clergé s'ils avaient quelque chose à dire, ceux-ci répliquèrent que, leur ordre comme celui de la noblesse, avait été très mal édifié par la mauvaise doctrine de l'évêque du Mans, contraire aux délibérations contre les Huguenots précédemment acceptées par les Etats. L'évêque de Ghàlons commençait par justifier son collègue alors absent, lorsque l'évêque du Mans survint et voulut repousser les accusations portées contre lui, mais toute l'assemblée mécontente frappa des mains, des pieds et ne lui laissa plus prononcer une seule parole (2).

Si les députés aux États généraux étaient ainsi peu empressés à remplir les vœux du Pape au sujet de l'acceptation du Concile de Trente^ la plus grande partie d'entre eux

(!) Arch. du Vatican, /. c, t. XXVII, fo 103. Lettre du » novembre 1588 et t. XXVII, f»213. Lettre du 13 novembre. (â) Arch. du VaUcan, l. c, t. XXIV, ^ 416; 15 novembre 1588.

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étaient également très mal disposés envers le Roi et les esprits sagaces attendaient peu de profit de leur réunion (1).

Les Prédicateurs « au grand scandale des gens de bien » ne cessaient leurs impertinences et médisances contre le rao- Barque (2). Le Légat s'en affligeait, car c'était un scandale, et il demandait au Pape un ordre clair et formel pour lui tracer son devoir.

A chaque moment de mauvais symptômes apparaissaient. Le Tiers Etat ne voulait pas voir ses Doléances examinées au Conseil et pour justifier sa défiance, il disait les Conseillers suspects ou intéressés. Il désirait la formation d'un Comité, spécialement chargé de faire exécuter les résolutions prises par l'Assemblée et si le Roi voulait s'y opposer, il parlait de se dégager par cela même des serments de fidélité (3).

Henri III entendit avec une vive émotion formuler de telles demandes : « c'était, dit-il, annihiler l'autorité royale, ruiner la monarchie » (4) et rencontrant un jour le Légat dans ses jardins il s'écria : « Je préférerais mourir plutôt que d'abaisser ainsi ma dignité. » (8) — « Plaise à Dieu, écrivit alors Morosini, plaise à Dieu que la sagesse et l'habileté du Roi suffisent à aplanir les difficultés chaque jour plus nombreuses I »

Ces difficultés étaient grandes en effet et les Conseillers du Roi auraient bien voulu les surmonter. Le Roi

(1) Lettre de Cavriana 15 nov. 1588. A. Desjardins, L c, t. IV, p. 834.

(t) « I predicatori ancora non desistono dalle loro solite impertinenze et maledicenze contro Sua Haesta, con non minore sua alteratione cbe scandalo di tutti i buoni, cbe provedono i mali frutti cbe sono per nascere da queste zizanie, et pero io non manco di fare ogni buon ufOcio, tcdo cbe si prôdicbi la parola di Dio, la carita et la pace et si lascino le detrattioni et passioni da banda. » Àrcb. du Vatican, LeUere, t. XXIV^ ^ 406> « Du 12 mai au 23 décembre 1588, le clergé n'interrompit pas un seul Jour son enseignement forcené. » Labitte, l c, p. 118.

(3) Arcb. du Vatican, /. c, t. XXIV, p. 384; 7 novembre 1588.

(4) « Le quali demande sono state udite da Sua Haesta con grandissimo commotione et alteratione d'animo, poicbe tuUe pareno dirette à la depressione et rouma di questa monarcbia et deU'autorita regia. » Arcb. da Vatican, /. c, t. XXIY, f« 384.

(5) « Mi disse avanti bieri ne' suoi giardini cb'eleggeria piutosto d morire cbe di lasciare scemare et denigrare la sua dignita. » Arcb. du Vatican, /.c, t. XXIV, p. 285.

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voulait que les Diéputés présentassent leurs pétitions avec leurs réponses sur les moyens de soutenir la guerre contre les hérétiques et les envahisseurs du royaume, car il craignait, s'il accordait d'avance les demandes des États, de se voir ensuite refuser Targent, et de leur côté, les Etats hésitaient à donner de l'argent, dans la crainte de se voir aussitôt après congédiés sans obtenir leurs demandes. Ainsi le Roi et les'Députés, pleins de défiance les uns vis-à-vis des autres, jouaient au plus fin et comme il n'y avait guère moyen de tout décider en même temps, on redoutait de voir les affaires traîner en longueur, et ces délais amener de plus grands inconvénients.

Les Etats s'occupèrent néaninoins de rédiger leurs cahiers (1) et le roi leur communiqua les comptes des revenus et dépenses ordinaires ou extraordinaires du royaume (10 nov.) Il était nécessaire de les connaître afin de trouver le moyen de pourvoir aux services, à l'entretien de la cour et aux charges de la guerre réclamée par les États eux-mêmes (3); comment après cela le Tiers-Etat demanda-t-il l'annulation de tous les impôts établis depuis 1S76, et comment les deux autres ordres appuyèrent-ils sa motion? Le Roi la combattit : « Chef du royaume, il ressentait plus que personne, ditil, la peine d'en voir les habitants si accablés, mais comme il se contenterait actuellement de 5.000.000 d'écus d'or au lieu de 9.600.000, prélevés les années précédentes, le royaume allait se trouver aliégéchaque année de 4.600.000 écus. » Cette réponse cependant ne satisfit pas les députés et tous avec insistance réclamèrent le dégrèvement : une fois leurs demandes admises, ils ne seraient pas embarrassés pour trouver l'argent nécessaire (3). Vainement le roi demanda au duc de Guise et à l'archevêque de Lyon d'intervenir, il fut

(1) Cf. H. Chevalier Éiude sur les cahiers des Étais Généraux de Bloù 1576-1588. — Paris 1877; et surtout Histoire des ÉtaU Généraux par N. Georges Picot t. III et Recueil de Pièces originales par M. de Guyencourt, t. IV, p. 134.

(2) Arch. du Vatican, /. c, t. XXIV, f^ 405.

(3) Arch. du Vatican, /. c, t. XXTV, f« 478.

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impossible de ramener les députés ; ils se montèrent la tète et un soir, h une heure avancée, ils vinrent en tumulte déclarer an Roi que si le lendemain matin toutes les impositions établies depuis 1576 n'étaient pas retirées, ils partiraient. « De deux maux choisissant alors le moindre, » le Roi céda et supprima les impositions (38 nov. et 3 décembre). « J*ai accordé tout ce que les États ont désiré de moi pour le soulagement de mon peuple, » écrivait le 5 décembre le faible monarque ; mais cette demande des États faite d*une manière si étrange le froissa extrêmement (i). Il y vit la main des Guise : cependant le Duc et le Cardinal avaient voulu calmer les députés et modifier leurs projets ; mais le Roi ne croyait pas à la sincérité de leurs démarches.

La question financière était liée à une question militaire, assez compliquée. Des lettres venues très récemment d'Angleterre annonçaient en effet la prochaine convocation du Parlement pour délibérer sur les affaires d'Espagne, or la Reine Elisabeth envoyait un fils de don Antoine de Portugal au roi de Fez pour l'excitera attaquer Philippe II ; elle faisait partir deux mille fantassins pour l'Irlande afin de repousser les 1 .SOO Espagnols débarqués dans cette lie, et les marins anglais se préparaient à faire la course sur les côtes de la péninsule. L'ambassadeur d'Angleterre disait encore partout que des sommes importantes avaient été envoyées de Londres en Allemagne pour lever des troupes, or on se demandait si ces troupes, comme celles réunies en 1587, n'étaient pas destinées au roi de Navarre et s1l en était ainsi, ne fallait-il pas que le roi de France se préparât à les combattre? Henri HI envoya donc l'archevêque de Lyon et M. de Rambouillet pour assistera la séance où l'on devait établir les ressources pour faire face à Tentretien de la cour et aux dépenses de la guerre, conduite par le duc de Nevers. Des objections furent présentées et bien que les paroles fussent Nies, cette opposition causa encore au Roi un grand déplai-

(i)« Qucsla instanza fatta ancora con sinislro modo ha diguslalaet aUerala assai S. M. » Arch. du Vatican, /. c, t. XXIV, P» 443; 26 nov. 1588.

sir. Le clergé chercha immédiatement à réunir de l'argeot et pria le roi de demander au Pape de réduire doréoavaul k un tiers les Ânnates, payées iors de la nomination aux béoé^ fices, de réduire aussi de 15 o/o a 3 o/o le droit d'expédition prélevé par le protecteur d'une Église. Les États de leur côlé ordonnèrent la vente de certaines portions du domaine, puis pour assurer une réserve, ils proposèrent d'ajouter cent sous de gabelle sur chaque minot de sel, ce qui devait procurer par an 2.400.000 écus d'or. C'était à peu près le chilTre (2.S00.000, moitié de la somme indiquée par le Roi) que les États promirent de donner pour l'entretien de la cour. Us s'engagèrent également à faire face aux besoins de la guerre et à payer en huit ans toutes les dettes de la couronne.

Telles étaient les espérances et sans doute les illusions*

Pendant que les députés travaillaient à trouver de ^a^ genty le Prévôt des marchands et le Président de Nully leur annonçaient qu'à Paris l'on faisait contre eux des cabales : mille ou douze cents hommes étaient allés à l'hôtel de ville et au Parlement se plaindre au Prévôt qui, disait-on, retenait l'argent des renies pour l'employer ailleurs (1).

Les députés abandonnèrent la demande imprudemment réclamée par eux d'une Chambre pour connaître de l'exécution des cahiers; néanmoins « les difficultés qui se décou* vrent chaque jour des pratiques de cette assemblée, écrivait Gondi, travaillent grandement le Roi et tous ceux qui aiment l'Etat; » les défiances augmentaient et « la crainte de voir de nouveaux accidents tenait tous les gens d'honneur en grande peine (2). »

Comment y échapper f l'Ëvéque de Tournai suggérait deux moyens et était heureux de les voir approuvés par le

(I) Bibl. nat., ms. f. fr. 3407, P> 55. LeUrc de Potier de Gesvrcs. More- 8lnl parle de 400 hommes armés, qui menaçaient de déposer le Prévôl, s'U ne faisait payer les rentes, seule ressource de beaucoup de gens. On craignait une nouvelle émeute. Arch. du Vatican, /. c, t. XXIV, f» 400. LeUre du 2 décembre 1588.

(S) Bibl. nat., ms, f. ft. 3407, f» 97.

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Pape. *> Il^audrait, disait-ii, une alliance de tous les Prineas cofltre les Turcs ; il faudrait surtout que le clergé et le peuple catholique réformassent leur vie pour apaiser ainsi la colère de Dieu irritée par nos péchés. Les prières des Evoques et des Prêtres ont une grande vertu et jls devraient exciter le peuple à la pénitence pour arriver h Texpiation (1). » C'est toujours la pensée de l'Ëglise et dans les moments de trouble sa pratique séculaire.

« Avant peu nous verrons quel est le plus fort du Roi ou du duc de Guise » écrivait Cavriana le 15 novembre (2). Or le duc avait conscience de sa force et se vantait « d'avoir si .bien pourvu à tout que ses ennemis n'avaient rien su entreprendre ». Au contraire l'agent du duc d'Épernon réclamait rinterventîon du Légat pour réconcilier son maître avec la maison de Guise (3)» et Montmorency envoyait un secrétaire déclarer qu'il étoit prêt à souscrire TUnion et à rompre avec les hérétiques, si Sa Majesté lui laissait le gouvernement du Languedoc (4) ; Morosini enfin ne cessait d'être en éveil pour arrêter tout ce qui pourrait troubler l'accord survenu^entre le Roi et les Ligueurs (5). Mais le duc de Guise avait des dettes nombreuses et pour les payer il réclamait de l'argent au roi d'Espagne ; afin d'appuyer sa demande il racontait comment on avait voulu « traverser les propositions des États, » comment aussi il s'y était opposé et avait à présent dans l'assemblée « tant de crédit qu'il l'avait fait jusqu'ici passer par où il lui avait plu ». Le Prince n'avait

(1) Arch. du Vatican, L c, t. XXV, fo663.

(2) ft Noi vedremo fra pochidi chi^puo piu U Re o il duca di Guisa. »» A. Desjardins, JVéflroc. diplom.t t. IV, p. 840.

(3) Arch. du VaUcan, /. c, t. XXVII, f»S«6.

(4) Ibid.^ U XXIV, t* 489.

(5) Ibid., t. XXIV, fo 460.

pu cependant faire accepter une déclaration pour interdire à tout hérétique, pendant cinq ans après son absolution, Tadmission aux charges et dignités, ni faire déclarer Huguenots et rebelles au Roi les ducs d*Épernon et de la Valette (1), mais s*il y avait eu ainsi échec dans le résultat, il y avait eu audace dans la proposition et elle avait atteint Henri III.

Leiluc de Guise ne semblait pas s*en douter et se plaignait au Légat du peu de confiance du Roi à son égard et de sa lenteur à exécuter les résolutions prises, signe certain dao secret désir de les éluder (19 décembre). Morosini effrayé de ces confidences, car il savait le roi irrité par des attaques oii il sentait instinctivement la main de Guise, exhorta le monarque à contenter le Prince : « Indiquez moi un moyen, » repartit Henri III. Et le Légat aussitôt de répondre: « Il y en a trois : Le premier qui est le nécessaire est de lui montrer la sincérité de votre affection ; le second est de ne pas prêter Toreille aux propos tenus contre lui, le troisième serait, puisque le duc est pauvre et chargé de dettes, de lui donner le moyen de conserver son rang en l'employant toujours à quelque affaire selon son goût et sa profession. » — t Parlez en avec la Reine-mère, dit le Roi : elle n'est pas encore guérie, mais elle vous recevra avec plaisir; » Catherine de Médicis avait eu en efTet de la fièvre et un rhume dont elle était très fatiguée. Sans perdre une minute, Morosini vint la trouver. Elle loua le zèle du Légat, sa prudence, et promit dès quelle verrait son fils de lui parler à cœur ouvert.

Cette maladie inquiétait le Légat et déjà les propos circulaient : « Si la Reine vient à mourir, disait on, le duc et le Cardinal de Guise ne seront plus en sûreté à la Cour, car le Roi, gagné par leurs ennemis, tenterait sans doute quelque chose contre eux ». Et on ajoutait : <c Alphonse Ornano est venu de la part du duc de Mayenne, avertir le Roi de se méfier de son frère résolu de se porter contre lui aux der-

(1) Arch. du Vatican, /. c, l. XXIV, f» 455; lettre du 21 novembre «388. cf. Advis à feu M, de Guises par l'archevêque de Lyon après la Journée des Barricades, pour indiquer « de quelle façon ce courageux prince doibt se gouverner. » Bibl. nal., ms. f. fr. 3975, f« 214.

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Dières extrémités (1). » II y avait là une méprise : Mayenne en exprimant son dévoaement au Roi avait seulement dit que, <c si des membres de sa famille voulaient se révolter contre lui, il marcherait contre eux (2) ». Mais Henri III répéta toujours le propos, car à ses yeux il justifiait ses actes : Le duc de Guise le sut et le 22 décembre il s'emporta jusqu'à dire que « si les Etats généraux n'étaient pas en ce moment réunis, il aurait tué ceux qui autour de Sa Majesté ne cessaient de le desservir. » Ces menaces, jointes aux bruits presque publics d'un projet d'enlèvement du Roi pour le conduire à Paris et l'enfermer dans un monastère, vinrent rendre la situation plus tendue. L'archevêque de Lyon effrayé présenta au Duc de Guise des observations sur la vivacité de ses propos vis-à-vis du Roi : ce Je le connais, » répliqua le duc, « il le faut avoir par bravade, car c'est un roi qui veut qu'on lui fasse peur (3). » Mais la bravade était parfois trop forte ! ainsi on racontait que dans un diner donné le 17 décembre, veille du départ de Madame de Montpensier pour Paris, le cardinal de Guise, avait porté la santé du duc son frère comme roi de France, puis avait ajouté : « il sera mis dans un monastère, où assurément il ferait un beau moine.

— Oui, mon frère, aurait répliqué alors M."* de Montpensier, vous lui tiendrez la tête, et moi avec ces ciseaux

— et elle tira de leur gaine ceux, qu'à la mode des dames françaises^ elle portait toujours à la ceinture, — avec ces ciseaux, je veux lui tailler la couronne ». — Le lendemain matin un acteur fameux Venetianelli, dit leMagnifichino, présent au repas avait informé le roi de ce qui s'était passé (4).

D*un autre côté et plus que jamais le duc de Guise était

(i) M. de Groze, /. c, t. Il, p. 38B.

(2) c Sarei anche ito contre il mio medesimo sanguc, se 1 miei havessero havula mira di Tare alcuna cosa contro di lui. Et questo è quelle cbe io gli mandai à dire per Alfonso Corso et non queUo cbe quel miserabUe ha pubblicato che i miei frateUi insidiassero la vita di lui. » Tempesli, /. c, t. II, p. 199.

(3) Mémoiret'Joumaux de P. de rEstoille, t. III, p. 237.

(4) YenetianeUi fbt adjudant de la chambre du Roi et Henri III se plaisait souvent à lui vo'u* débiter des scènes comiques.

averti de se tenir sur ses gardes. Le Légat lui-même en* voyait le SI décembre, son capitaine d'armes Galeotto UfTeducci lui dire de quitter Blois, oii sa personne n'était plus en sûreté (1). Le duc alors chez Tarchevéque de Lyon dans le bourg de la Rose, quitta un instant rArchevéque pour demander k UfTeducci quelle était la communication da Légat. UfTeducci lui en fit part, et le duc^ en le chargeant de beaucoup remercier Morosini, ajouta : « la Reine-mère et et Madame de Nemours m'ont donné le même conseil et, de France comme de l'étranger, j-'ai reçu un grand nombre de lettres anonymes écrites en ce sens. Je serais très disposé à partir, car je sais le danger de rester à Bloîs, mais l'archevêque de Lyon m'en dissuade. Partir avant la fin très prochaine des États, serait, selon lui, me faire déclarer rebelle et me porter un grand préjudice. J'espère donc me bien garder et passer ainsi les dix jours qui nous séparent du départ des députés. D*ailleurs les gardes du Roi sont presque tous de mon parti, leurs capitaines sont sous ma main et j'ai les clefs de la chambre et du cabinet du Roi». UfTeducci rapporta cette réponse à Morosini : « Plaise à Dieu, s'écria le Légat, qu'il en soit comme le pense le duc de Guise » ! mais (( ces craintes lui faisaient faire du mauvais sang » et les prédications-insolentes dont les chaires des Eglises de Paris retentissaient contre le Roi, les dénonciations faites dans cette ville contre les royalistes, les troubles qui s'en suivaient, n'étalent pas de nature à apaiser les esprits. Cependant le Roi profondément blessé et toujours impénétrable dans ses desseins, sans livrer avant Theure h homme vivant sa pensée prit sa résolution.

Pendant la nuit du 22 au 23 décembre. Madame de Nemours (2), mère du duc de Guise, fit avertir son fils qu'on

({) Bibl. Barberini à Rome ms. LX — 31 P> 83. Récit écrit, je crois, par Uffbduccl lui-mômc.

(2) Madame de Nemours était de la famille d'Esté. Sœur du duc de Ferrare, Alphonse, elle fut mariée en prcmiôres noces au duc François de Guise, père du duc et du cardinal assassinés; elle épousa en secondes noces le duc de Nemours dont elle eut le duc Henri, Madame Catherine de Montpensier et le marquis de S. Sorlin.

voulait le frapper le jour suivant dans le cabinet du Roi. Le duc répondit : « Mère, je ne puis croire telle chose de la part du Roi, m'ayant promis ce qu'il m'a promis, ni qu'un acte si bas puisse entrer dans un cœur de roi. Ne voyez-vous pas combien cela gâterait la sincère et bonne tranquillité dans laquelle j'ai vécu et je vis encore (4). »

Le 22 décembre au soir, Henri III avait annoncé son départ le lendemain pour la chasse et ordonné à seize des gentilshommes de sa garde de se trouver dans son cabinet le matin h sept heures.

Le duc de Guise, levé h son ordinaire, sortit k six heures de son appartement pour aller entendre la messe. La porte de la chapelle du château étant fermée, il fit sa prière au dehors et remonta h la salle du conseil oh il se promena pendant plus d'une demi heure. II paraissait soucieux (2), Henri III était avec ses gentilshommes : « il faut, leur dit-il, que dans la matinée le duc de Guise ou moi soit mort. » tous s'offrirent de tuerie duc; les mesures furent prises et alors Guise fut invité h venir parler au Roi dans son cabinet. On sait le reste, et comment, assailli de tous cotés, victime évidemment de son ambition et de ses agissements de rebelle, victime en dernier lieu de sa trop grande confiance, ou du moins de sa résolution de paraître trop confiant, Henri de Guise après une lutte terrible tomba percé de coups ; il avait trente huit ans. C'était le vendredi 23 Décembre, à huit heures du matin.

Peu d'instants après un gentilhomme entra dans la salle oii le duc gisait étendu, il s'approcha de lui, lui dit qu'il n'était pas de ceux qui l'avaient attaqué et le pria, puisqu'il était encore en vie, de recommander son âme à Dieu. Guise put soulever ses mains au ciel et il rendit l'âme avec un très profond soupir (3).

(1) « Kelazione di quel ch'ô successo in Blés dallî XXIlî dl Décembre flel IMWfm alll 25 dcl detto. » Arch. du Vatican Franda, vol. II, f» 15».

(2) « Molto malinconio. »

(3) Le corps du duc de Guîse resta par ordre du roi dans Tantichambre ' où II était encore le 25 au soir, sur une table, avec les mômes vôlementâ

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Au moment oii le duc de Guise était frappé, le cardiatl de Guise fut arrêté ainsi que le duc d'Elbeuf et ]e duc de Nemours, le prince de Joinville, la duchesse de Nemours; rarchevëque de Lyon, Brissac, de Laval-Bois-Dauphin et plusieurs autres gentilshommes, amis du feu prince lorrain, eurent le même sort. Le grand prévôt de THôlel, M. de Richelieu, descendu avec cinquante archers h la salle oii le Tierft-État était réunj, appela le prévôt des Marchands de Paris, le président de NuUi, son gendre, et plusieurs autres personnes en leur ordonnant de le suivre comme accusés de complicité dans un assassinat contre le Roi. Ils voulurent demeurer, mais le grand prévôt les menaça s*ils ne marchaient de les massacrer immédiatement, et ils sortirent.

Le Légat était dans sa chambre occupé à écrire, quand on vint l'avertir que les gardes avaient pris les armes et que les portes du château étaient fermées. Comme il n'y avait là rien de trop insolite, il ne se troubla pas d'abord, cependant il envoya s'informer du motif. Le bruit courait que dans le cabinet du roi un individu avait tiré Tépée contre lui, mais au même moment la duchesse de Nemours fit demander au légat de venir au secours de ses fils, en péril de mort. — « Je ne puis exprimer», écrit le Légat, « quel coup ce mot me porta au cœur. » Morosini courut au château, la porte était fermée et le capitaine des gardes lui refusa l'entrée car il avait l'ordre du Roi de ne laisser, pénétrer âme qui vive (1) : trois fois le Légat insista, disant presque des inju' res, a-t-il écrit, ce fut en vain. Le cardinal deGondi parut; Henri IH, dit-il, avait su l'insistance du Légat pour entrer, mais très occupé, il ne pouvait le recevoir et se faisait excuser. Gondi annonça de sa part la mort du duc de Guise,

couvert d*un drap « di rasa. ^ M. de Nemours ayant prié la Reine-mère, par amour de Dieu de se souvenir de ses fils; la reine lui répondit qu'eUe ne pouvait rien, mais demanderait cependant le corps ; le Roi fit répondre qu*U l'avait, mais qu*ll en avait besoin, ce qui signifie, disait-on, qo'U veut en faire queiqu'autre démonstration. Arch. du Vatican Francia, U U, f» I1S5.

(1) n Rispose egli che teneva commissione dal Re di non lasciar libero U passo a persona vivcnte » TempesU, /. c, t. II, p. 136.

en exposant les raisons qui l'avaient rendue nécessaire (1). « Je pleure le malheur du Prince, » repartit Morosini, <c et je prie Dieu que sa mort n'attire pas sur le royaume de plus {^nds malheurs. » Le lendemain matin le cardinal de Guise fut exécuté dans sa prison par les archers du grand Prévôt.

Après avoir fait frapper le duc de Guise, le Roi descendit dans l'appartement de la Reine sa mère : « Je suis enfin roi de France, lui dit-il, M. de Guise est mort ! — Mais vous allez perdre le royaume, s'écria Catherine; en avez-vous prévenu le cardinal Légat ?» Et le roi de répliquer: « Advienne que pourra, je suis vengé! (i) »

(I) « Yeane a darmi contezza a nome dcl Re deirinfausta morte del duca di Guîsa, soggiuungendo che Sua Maesta havea cio fatto per moUe che à lai parevano nècessarie ragioni. » Tempesti, /. c„ L II, p.S47. *

(3) c Le disse che gia era Re di Francia, per haver morto il duca di Guisa, et che iei li risposecheanzi havcvamesso U regno in perditione. » Areh. du Vatican Francia, t. il, t» 156. Un biUct écrit en entier de la main du Roi et adressé au Légat commence par ces mot3 : « A présent je suis Roi.. » TempesU, /. c, t. II, p. 133.

Cavriana a raconté la visite du Roi à sa mère : c Tétais présent et très près, dlt-il, ii entra dans sa chambre et lui dit : « Bonjour Madame, je vous prie de me pardonner. M. de Guise est mort, on n'en parlera plus. Je Ta! fait tuer et l'ai frappé avant qu*il ait rempli son dessein de me frapper. Je ne pouvais plus tolérer son insolence. « A. Desjardins, /. c, t. IV, p. 8i2, 849.

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