MORT D'HENRI III
(25 décembre 1688. - 1«' août 1588.)
« Si la gttorre ponnit Mn revenir les morls à la vio* je ne consoflleroii Jamais la paix, mais les morts ne revivront pas et la guerre expose les êurvivanti k périr. » l4 Légat M^rotiwi êu inc it Moffencé.
t Je veux mourir dans la Religfon eatbollifiie; que Dtett ait pitié de mol et ttic pardonne mes p6chési »
Dernières paroles tl^ Henri III.
Le 26 décembre le légàt Morosini écrivait de Blols: « Depuis la mort du cardinal et du duc de Guise, «^ qu'ils soient dans la gloire I — il n'est arrivé ici aucun mouve* ment(l). »
L'exécution eut peu d'approbateurs, t Les gens sages la condamnèrent comme une injustice, du moins comme une imprudence ; le peuple l'appela une barbarie et nomma le Roi un tyran, digne de malédictions ; les louanges furent pour le
(1) Archives du Vatican, l. c, t. XXIV, ^ S»9; 26 décembre 18».
duc de Guise dont le nom tout à l'heure sera inscrit parmi ceux des martyrs. »
Si l'ambassadeur de Venise Mocenigo vit en cette mort no acte de haute sagesse et dimpérieuse nécessité (1), Tambnssadeur d'Espagne craignit pour sa vie et comme si toute sa politique eut été frappée du même coup, il demanda k soo Souverain s'il ne fallait pas se retirer dans la crainte de recevoir une insulte trop sanglante (2). Selon lui en effet, les conseillers du Roi ne devaient reculer devant rien pour être hostiles à Philippe II et leur prochaine alliance avec les hérétiques était certaine. A ses yeux la Ligue était perdue : « Le duc d'Aumale avait peu d'expérience, et si Mayenne, la Chastre, seuls capables de la relever, venaient eux aussi à mourir, si on ne frappait les Huguenots et les Politiques, la situation deviendrait grave. » Mendoza rejeta en partie sur le duc de Guise la responsabilité de cet échec c facile à prévoir, car, dit-il, il se figurait avec naïveté que montrer de la peur serait une faute, en sorte qu'au bout du compte, il a été se faire tuer. » L'ambassadeur accusa aussi lesvilles dont « Timprévoyance avait été extrême ; en effet il ne suffisait pas d'écrire un pacte d'Union, il aurait fallu se créer des ressources, et voila comment tout ce beau feu de la Ligue s'en est allé en fumée. »
Au milieu du trouble général, seul le Roi parut calme et quelques moments après l'assassinat, lorsqu'à l'heure accoutumée, il se rendit à la messe, son visage ne trahit aucune émotion. Il dut toutefois expliquer sa conduite. « Vous direz à Sa Sainteté, écrivait-il au marquis de Pisany, son ambassadeur à Rome, que ses saintes et paternelles admonitions et l'exemple de sa Justice, m'ont osté tout scrupule qui me pouvait retenir d'user de ce moyen... Le feu duc de Guise pensait m'ôter la couronne et la vie : il y allait du repos de
(1) M. de Mas-Latrie a publié sa dépêche dans son Rapport sur Us archv)es de Venise, 1867.
(3) Il demanda son passeport pour le Havre : on ne le lui donna pas et on lui assigna un logement près de Blols, où il se rendit : Archives du Vatican, Utiere, t. XXIY, f* 029; 15 janvier 4589.
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mes sujets » (1). Puis il se plaignit à son anobassadeur des M intenUoDs coupables, des pernicieuses intrigues » des catholiques ; afin d'affaiblir l'irritation prévue du Pape et de son neveu le cardinal de Montalto, le Roi eut la pensée de donner à ce dernier une partie des bénéfices possédés par le cardinal de Guise ; « Vous pouvez lui en toucher quelque mot n écrivit-il à son ambassadeur. Enfin dans un postscript tum il ajouta : « J'ai oublié de dire que ce matin je m'étais décliargé du cardinal de Guise » Cet oubli était le point important, car si le droit public du xvi* siècle pauvait à la rigueur accorder au Roi une action contre le duc de Guise/ il ne lui en donnait aucune contre le cardinal.
Dans ses lettres à ses autres représentants, Henri III, moins gêné qu'avec celui près du Saint-Siège, accusa hautement le duc deGuise dont <c l'ambition et l'insolence passaient toute borne : les événements de Paris avaient comblé la mesure et s'il avait attendu jusqu'alors, c'était pour éviter de &ire éclater la guerre entre les catholiques : La personne royale n'était pas seule en jeu : le royaume était en péril, et le Roi avait dû pourvoir par la mort du duc au repos de ses sujets. Il se serait estimé coupable devant Dieu sll ne l'avait pas fait [%) ». Une circulaire aux villes du Royaume exprima nettement la même idée : a Nous avons pensé être nécessaire de le prévenir et garantir nostre vie par la perte de la sienne et chastiment de ses démérites (3). »
Henri III voulut développer lui-même ce thème au Légat ; malgré ses démarches, Horosini n'avait pu encore obtenir une audience, il fut appelé et reçu le 26 décembre dans le jardin des Capucins.
« Si le Légat, lui dit le Roi, n'avait point vu de ses propres yeux le mépris, et les mauvais procédés (4) du duc et du
(1) Hubner, SixU-Quint, t. II, p. ^08.
(2) Hubner, /. c, t. II, p. 316; — i6 décembre 1588.
(3) Monum. inédits de Vhitloire du TUrs Étal, t. IV, p. 4:^7; 2i décembre 1588.
(4) « Il sprezzo et mal Irattamento cbe facevano di lui il Duca et il Cardinale. ».
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cardinal de Guise, il s'étendrait plus longuement sur leurs projets, mais comme il le savait instruit, puisque souvent ii s'était employé auprès d'eux pour les dissuader d'agir, il m voulait rien ajouter; il rappelait seulement leurs propos sur sa lâcheté et sa nullité, lorsqu'ils avaient parlé de lui doBDer une couronne de moine dans un couvent. Le Légat n'ignonit donc pas les desseins des deux frères : comment dans les États le duc de Gaise s'opposait à tout ce qui pouvait servir la cause royale (1), et, afin de discréditer le Roi, le pressait de consentir à des actes indignes, injustes (9) ; plus que jamais il agitait le peuple, cherchait k foire perdre au mooa^ que l'affection de ses sujets, à rabaisser son autorité et il es était venu au point de corrompre ses gardes et jusque daos son cabinet de séduire ses valets de chambre. Le Roi n'avait pu se préserver du danger, que par la mort de son rival et h nécessité de sauver sa vie, lui avait dicté sa résolution; le ciel était son témoin : pendant six jours il avait hésité, mais Dieu Tavait fait naitrcTRoi^ et à ce titre entendait qu'il fut obéi. Il se rappelait d'ailleurs les conseils donnés parle Pape au duc de Luxembourg, renouvelés récemment au cardinal de Joyeuse et à Pisany, sur la nécessité de châtier ses ennemis (3) : il avait donc frappé les Guise, sans . attendre d'être frappé par eux. Assurément il eut mieux aimé exécuter cet acte par la voie ordinaire de la justice, puisque plusieurs accusations de lèse majesté pouvaient être relevées et une seule devait les faire condamner à mort, mais ils avaient pris un tel pied et acquis tant d'influence, que, sans tout
(1) « A tuttc le cosc di suo scrvitio. »
(â} u Si coDcitava pcr farlo al suo dispetto a conscoUrc a cose iodepe et inglusle. » Archives du Vallcan, Letiere, t. XXVII, f*» 250. — Une partie est dans lo P. TempesU, /. c, t II, p. 134.
(3) Dans une dépêche de Pisany à Henri III du 17 sept 1586 on lit : « Les barons de Rome, nous dit le Pape, avaient voulu faire les mauvais ils se sont bientôt résolus à devenir sages, prévoyant quil leur aUaitde la tête pour la résolution à laquelle ils nous vo)'aient. Ce roèmê moyen serait propre au remède des affaires du Hoi. » Et Pisany ajoutaU : c C'était conseil que Sa Sainteté envoyait à Y. M. à Tendroit des plot grands qui voudraient altérer son Ëlat et ne voudraient pat obéir à ses ois et commandements. » (M. Hubner), l c, t. II, p. 180.
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bouleverser, il eut été impossible par ce moyen d'arriver a» but. »
Ainsi cherchant à s*étourdir par ce torrent de paroles» le Roi voulait se justifier, mais il ne put convaincre son. interlocuteur (1). — « Ma charge d'ambassadeur du Souverain Pontife, mon caractère de prêtre, mon afTection pour Sa Majesté, répondit Horosini, me font éprouver la plus vive douleur et je ne puis m*empècher de voir en cet acte une très grande faute. Cette faute, je le crains, attirera de grands maux sur le Royaume et sur le Roi, mais à quoi bon revenir sur le passé ? pour apaiser la colère de Dieu, il faut faire pénitence et obtenir de Sa Sainteté l'absolution du péché commis, car non seulement Sa Majesté, mais les exécuteurs de ses ordres contre le Cardinal, ses conseillers et ses approbateurs, ont d'après la bulle m Cena Dommiy encouru les censures » .
Henri 111 ne le croyait pas ; « Les rois de France, dit-il, ont le privilège de ne pouvoir être excommuniés. -— Je ne confiais pas ce privilège, répondit Morosini, et cette manière de s^excuser ne me parait pas un bon moyen pour apaiser la colère de Dieu. Sa Majesté devrait imiter le roi David : quand après la mort d'Urie, le Prophète vint l'avertir de son péché, il confessa aussitôt son erreur, demanda son pardon etrofatinl. — Tout prince cependant, répliqua le Roi, peut en cas de crime de lèse-majesté et surtout pour défendreas vie, agir contre les ecclésiastiques... — ]^éme dans ce cas, observa le Légat, il n^est pas permis d'arrêter les ecclésias- (iqnes, et pour les affaires de conscience il ne faut pas disputer, mais s'humilier, seul moyen d'obtenir son pardon (2). Pour commencer une vraie pénitence, il faut interrompre le péché et conserver par conséquent la vie aux prisonniers particulièrement au cardinal de Bourbon et à rÀrchevèque de Lyon, ipp» Il ne leur sera rien fait, dit le Roi, mais je veux les garder près de moi pour les empêcher de mal agir ».
(i) Archives do VaUcan, UUere, t. XXVII, ^ 310. (2) Arehivet da VaUcan, LeHere, t. XXVII, ^ »0. Lettre du 3i décembre IW, dans Tempesti, /. c, t. II, p. 135, 136.
Morosini ne poursuivit pas ce sujet, mais cooseilU à Henri III de continuer la guerre contre les hérétiques, et de ne pas aller à l'Eglise (1). Néanmoins le 1*^ jour de Tannée 1589, Henri III, toujours calme, se présenta à la table de communion en présence des chevaliers de l'Ordre et des autres seigneurs de la Cour. Mais cet acte de dévoUoo accompli publiquement huit jours après l'événement du 23 causa une pénible impression. Gomme le Liégat, disait-OD, en était peu édifié (2), Henri III envoya vers lui le surlendemain M. de Revol pour expliquer sa conduite. « Le Roi, dit le secrétaire d'Etat, s'étonnait de ces bruits, car il pensait n'avoir encouru aucune censure pour un acte de justice (3). Il ne se croyait pas non plus obligé de rendre compte de ses actions au Légat ; toutefois afin de le convaincre qu'il n'avait commis aucun acte repréhensible, il lai envoyait le bref concédé un an auparavant par le Souvemio Pontife, bref en vertu duquel il pouvait, eut-il encouru des censures, être absous par son confesseur (4) ; or l'absolution ayant été donnée, il lui était donc permis de recevoir le très saint Sacrement ; il existait d'ailleurs en dehors de cette pièice de nombreux privilèges, en vertu desquels le Roi pourrait sans aucun scrupule, s^ler toujours à l'Eglise et communier ». Morosini, sans discuter, répondit seulement à M. de Revol : « Je ne puis vous dire autre chose, sinon que je rendrai compte de tout k Sa Sainteté. J'exécuterai ensuite ses ordres (5). »
(1) Les Capucins avaient refusé de dire la messe devant le Roi.
(3) « Esscndo penetrato a le orecchie del Re ch*io restava mal sodisfatto. » Arch. du Vatican, le/fo/r, t. XXIV, f* 601 ; Lettre du 3 janvier 1580, dans Tcmpesti, /• c, t. II, p. 158.
(3) « Per la ^usUtia che ha Tatta. »
(4| Le bref est daté du MjuiUet 1587. Archives du VaUcan, /. c, t. XXIV, (^ 603. Le Pape sur les prières du Roi, lui pemietlait de choisir pour confesseur un prôlrc séculier ou régulier qui, en lui donnant une salutaire pénitence, eut pouvoir de Tabsoudre en confession de quelque péché, crime, délit si grave qu*il fut, même de ceux réservés au siège apostolique el désignés dans la Bulle in cœna Domini ainsi que de toutes sentences et censures ecclésiastiques. Le bref a été publié dans les Privilèges de la couronne de Francs par Tardif, Paris IfRKi, p. iSl .
(5) Arch. du Vatican, Mlerr.l XXIV, fo eS\. Lettre du 3 janvier 185f»
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Du moment oii le Légat ne prenait aucune initiative, il n'avait plus en effet qu'à attendre. Fallait-il excommunier le Roi, c'est à dire, courir le risque d'exciter sa fureur ou de compromettre l'autorité du Pape par un acte qui dans l'état des esprits ne produirait aucun effet? Fallait-il ne pas excommunier, c'est-à-dire ménager le Roi, mais se faire accuser à Rome par le Pape, et en France par les catholiques, de mollesse et de tiédeur? Morosini adopta ce dernier parti, afin de ne rien précipiter, de ne rien briser et de remettre au Saint-Siège la décision.
Toutefois le Roi n'était pas aussi persuadé qu'il voulait bien le dire de l'efficacité du bref, car il écrivit au cardinal de Joyeuse alors à Rome, d'examiner avec l'ambassadeur s*il serait besoin « pour le regard dudit cardinal » de recevoir l'absolution de Sa Sainteté, mais il recommanda de « s'y conduire de façon à empêcher toute prétention à s'attribuer sur les rois de France une plus grande puissance que par le passé. »
Pendant que le Roi était si calme et discutait des expressions théologiques, il ne semblait pas se douter qu*à Rome on était indigné et que la France était en feu. .
Au milieu de ces circonstances et comme pour augmenter les difficultés, la Reine mère vint à mourir (5 janvier 1589). Le samedi, 17 Décembre, Catherine de Médicis, revenant de TofBce à dix heures du soir, avait été prise d'une fièvre et d'un rhume dont elle avait éprouvé beaucoup de fatigue. Le lendemain il y eût une amélioration, cependant à cause de son grand âge (70 ans) chacun fut dans l'inquiétude. « Si ce qu'à Dieu ne plaise, écrivait le Légat, sa mort arrivait, oa pourrait justement craindre que les affaires du royaume en souffrissent beaucoup. )> On adressa au ciel des prières pour son rétablissement, et si la Reine était délivrée de cette indisr position, elle aurait encore, disait-on, pour quinze ans de vie.
Mais le dimanche, l'^janvier, Catherine, malgré Tavisdes médecins, voulut entendre la messe dans la chapelle du château et visiter ensuite le cardinal de Bourbon dans les appartements où il était retenu prisonnier. Le cardinal avait demandé à la voir. Après avoir rappelé Tinsistance de la Reine pour faire venir le cardinal et le duc de Guise aui États généraux, il ne put s'empêcher de s'écrier : « Votre parole, Madame, nous a ainsi tous conduits h la boucherie! > Catherine très affligée de ce reproche, sortit en pleurant, sans pouvoir répondre un mot.
A cet ébranlement moral se joignit une impression physique. La journée était froide : Catherine, déjà très affaiblie par la fièvre, prit un coup d'air. Le 3 janvier Morosini écrivit: « La sérénissime Reine mère a de nouveau un peu de fièvre (1). » Le 4, il ajouta : « elle a une très grande fièvre, et quoique les médecins l'appellent une fièvre de rhume sans danger, toutefois l'âge avancé de la malade et sa rechute inspirent de grandes craintes (2). »
Le 6 janvier veille de la fête de TEpiphanie, Catherine reçut avec la plus grande dévotion tous les sacrements de l'Église et une heure et demie après midi, picurée par le Roi et toute la cour, elle rendit l'âme à son créateur (3). « H manquait ce seul coup, écrivit Morosini, pour mettre le comble aux malheurs de cet infortuné royaume contre lequel on voit tellement la colère de Dieu déchainée^ que l'on peut craindre une grande ruine. »
Les funérailles furent splendides (4). Le Légat y avait été naturellement invité, mais il n'y parut pas, « afin de ne point
(i) Arch. du Vilicàn, /. c, t. XXIV, fo OOl.
(i) Archives du Vatican, Letlete. t. XXIV, ^ 609.
(3) « Dopo havcre ricevuli con grandissima dcvolionc tutti sacramcnli delta Cliiesa. » Arch. du Vatican, Leilere, t. XXIV. f* 613. Lettre du 5 janvier 1389. A. Desjardins, Négoc, dipL, t. IV. p, Soi.
(À) Son médecin Cavrianadit qu'elle est morte « di un malc di coslalo, lequale crapassato a un altro detto peripneumonia... e amcnduelcirearono l*apopiessia,|e89cndo montala la matcria d'ambedueloro al capo. *
Le corps de la Reine fut ouvert par ordre du Uoi et on trouva io poumon attaqué, le sang répanlu dins la cervelle avec un abcès dans