MORT 0*HENRI III
qu*estoquer Tun l'autre » (1) mais le souverain Pontife voulut exprimer publiquement ses plaintes. Les amis du Roi firent tout au monde pour Ten dissuader et le Cardinal S. Croce essaya même de justifier Henri III, mais le Pape persistant dans son dessein prit la parole dans un consistoire tenu le 9 janvier (2). « Nous devons vous exposer le sujet d'une affreuse douleur, vraiment affreuse en effet car lé crime et le sacrilège est affreux et inoui. On a tué le Cardinal de Guise, oa a tué un Cardinal, oui on a tué un Cardinal prêtre archevêque de Reims, sans procès, sans jugement, sans loi, sans pouvoir légitime, par des mains laïques, sans prévenir le Saint-Siège dont il était membre, comme si Nous, u'éUons plus de ce monde, comme si le Saint-Siège n'existait plus et qu'il n'y eut plus de Dieu, ni au ciel, ni sur la terre » et le Pape développant sa pensée stigmatisa cet acte d'un pouvoir laïc tuant un Cardinal sans la permission et Tautorilé du Siège apostolique. 11 évita de nommer le duc de Guise afin de ne pas s'immiscer dans les affaires politiques et s'occupa seulement de son frère. « Qu'on ne dise pas qu'il avait tramé des complots ou insulté le Roi, ce n'est ni vrai, ni vraisemblable, car peu de jours auparavant, le Roi le recommandait pour la Légation d'Avignon ».
Mais eut*il conspiré, la préijipitation mise en cette affaire ne serait pas davantage justifiée. Le Pape rappela alors les privilèges des cardinaux et la nécessité pour le Roi de demander pardon du péché, et bien que l'ambassadeur du Roi lui eut la veille demandé l'absolution de son maitre il l'avait refusée, car pour faire cette demande il faut avoir un pouvoir spécial. « Quelques cardinaux, ajouta-t-il, ont voulu devant nous excuser ce crime, mais nous ferons justice et si on nous oppose qu'il pourra en résulter des malheurs, nous répondrons qu'en agissant selon, le droit, nous ne craignons rien.»
Le Souverain Pontife s'était arrêté deux fois vaincu par la douleur, deux fois il avait repris avec énergie son exposé.
Il) Cimber et Danjou. Ai^ch. euneuses, t. XII p. 160. (% Acta eonsistwialia ab anno 1570 ad 158K> à JuU Ànl, Sanctorw, Card. S. Séverine deseripta, BU)1. Dftt. nu, f. latin 12.t{63, f*516, 521.
ST8 u ixatE
Lorsqu'il eat terminé le cardinal de Joycasc voulat dire quelques mots : « Taisez^-vous^ » lui dit le Pape et comme le cardinal insista t « Taisez-vous reprit-il et comment osez vous parler ? » Sixte V exigea que le cardinal s'excusât, sous peine d*étre exclu du consistoire et le 16 janvier Joyeuse demanda pardon.
Le Pape défendit au marquis de Pisany de paraître aux Chapelles, lui retira ses audiences ordinaires et s'emporta jusqu'à appeler le légat Morosini « le seorétaire du roi de France ; » dans son allocution il Tavait appelé son confident» le jour même du consistoire, en présence du cardinal Golonni, il Taccusa de trahison et devant Tambassadeur de Venise il établit presque sa connivence dans les meurtres de Blois(l). Les reproches allaient lui être directement adressés. « H n'y a aucun bien à espérer de cet attentat et on peut en attendre de grands maux, écrivait le cardinal de Montalto ; comment donc lorsqu'un cardinal a été assassiné en votre présence, vous Légat a latere, n'avez-vous pas publié l'interdit, dussiez-vous cent fois mourir? » (î) et le secrétaire d'Etat ajouta avec dureté : « Votre Légation n'a produit aucun bien, mais beaucoup de mal (3). » Toutefois le cardinal de Montalto après avoir transmis officiellement ces reproches au nom du Pape joignit à sa dépêche une lettre particulière pour adoucir les termes dont il s'était servi.
Sixte V était vif, emporté même, Morosini le savait, mais il ressentit néanmoins très vivement la désapprobation du Souverain Pontife (4) : il demanda de venir à Rome pour justifier ses actes, car il avait servi avec fidélité et loyauté. « On aurait pu montrer plus de prudence ou de capacité, mais non plus de zèle, car il avait cherché toujours l'honneur de Dieu et le service du Saint-Siège, Il avait exécuté in.mé-
(1) Hubner, /. c, l. II, p. 218 cl l. III, p. 270; Desjardins, Nég. dipl.f i. V, p. 30.
(2) Arch. du VaUcan Francia, t. II, f» 137.
(4) a Mi dolgo in estrcmo che N. Sl^nore si mostrc ma! soddisiktto di me. » Afch. du Vatican, lettere del Nunzh, t. XXVII, ^ «60.