MORT D*HENR
diatefflent tous les ordres donnés et n'avait rien à se repro^ cher car il avait fait de son mieux. i» Ainsi il avait chargé le cardinal de Gondi de dire de sa part au Roi qu'il était excommunié et devait demander l'absolution au Pape (1), it avait parlé de même au garde des Sceaux et à Tabbé de Senlis, confesseur du Roi, mais disait-il, « je ne puis forcer le Roi de France à faire ce qu'il ne veut pas faire. » — « Sa Majesté, lui avait dit Tabbé de Senlis, nourrit contre les religieux une haine qui durera toute sa vie et peut lui inspirer une résolution fâcheuse. Pour l'amour de Dieu que Sa Ma^ jesté ne s'aigrisse point davantage* car je sais très bien ce que je dis. » Or le Légat instruit de ces dispositions^ avait cru plus utile de ne pas affronter l'orage* Il aurait fallu, lui disait-on, prononcer l'interdit sur le royaume, mais c'eut été tout perdre, répliquait-il, et mieux valait s'en remettre au jugement du Pape.
Sixte V était d'autant plus contrarié qu'après avoir nommé Morosini son Légat, malgré l'opposition du Sacré-Collège > il aurait voulu le voir justifier sa confiance par un acte éner* gique. Après le blame dont il était frappé, Morosini demanda à ne plus rester en France et supplia le grand duc de Toscane d'intervenir auprès du Pape pour obtenir son rappel; quel crédit pouvait désormais lui rester? S'il avait été si impuissant lorsque le Roi et la cour lui en attribuaient, il obtiendrait beaucoup moins encore lorsqu'on apprendrait qu'il avait perdu l'estime du Souverain Pontife. Il voulait d'ailleurs venir se justifier de « calomnies répandues par les partis dont il ne servait pas les passions malheureusement acceptées en ce moment à Rome, où son silence comme ses lettres avaient également déplu. »
Après avoir été trop réservé au gré du Pape, Morosini voulut parler et sollicita du Roi une audience immédiate. On eut voulu la remettre à un autre jour, car Henri III allait partir pour Amboise, mais sans même renouveler sa demande, le Légat força la consigne et entrant dans la chambre où se
trouvait sa Majesté il lui rappela qu'Elle n'avait adressé aucune excuse au sujet de la mort du cardinal de Guise ni mis en liberté le cardinal de Bourbon etrÂrcbevéquede Lvoq* Le Roi promit de bien traiter les deux prélats.
Au milieu de ces tristesses, les États généraux terminèrent leurs séances*
Le coup d^Etat du 23 Décembre avait répandu la terreur parmi les députés peu de jours auparavant si exigents, à présent pleins de soumission. Plusieurs d*entre eux étaient partis afin d^éviter « les mauvaises rencontres, » mais la majorité attendit la conclusion des affaires ; le roi ordonna de reprendre les séances et de lui présenter les cahiers le S janvier.
Un incident qui avait son importance se produisit, lorsque le Légat profitant de Tentrevue oii il porta au Roi ses compliments de condoléance sur la mort de sa mère, s*expUqua sur la politique. « Votre Majesté, dit-il. m'avait chargé d*assurer au Souverain Pontife qu'elle s'efforcerait plus que jamais de chasser les hérétiques du Royaume. Je l'ai annoncé et maintenant je crains d'avoir à écrire tout le contraire, car le Roi ne veut pas exécuter sa promesse, c'est à dire déclarer le roi de Navarre incapable de succéder au trAne, il reçoit un de ses gentilshommes et rappelle les troupes du duc de Nevers envoyées contre lui. Ainsi se confirme raccusation portée contre Sa Majesté d'avoir des sentiments peu catholiques. » Le Légat parla à Henri III de ses devoirs de Roi très chrétien ; il devait au Pape, si irrité par les derniers événements, aux catholiques de France, à toute la Chrétienté et à lui-même, (car c'était son intérêt,) de publier la déclaration des Etats contre le Roi de Navarre, seul moyen d'enlever à ce prince ses partisans. Il le supplia en outre de ne jamais traiter avec lui sans le consentement du Souverain Pontife : car si on en venait à cette extrémité, il sortirait à l'insti^nt de France sans même prendre congé.
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Henri 111 répondit en confirmant toutes ses paroles précé*dentés : m les effets prouveront assez la fermeté de ma réso- ItttioB, » dit-il, et il parla du rappel de Mgr de Nevers comme d'une mesure rendue nécessaire par les événements d'Orléans (dont nous allons parler,) mais ne modifiant en rien la situation. Sans doute il n'avait pas publié le nouvel acte contre le roi de Navarre, mais Tédit de pacification, écartant tout hérétique de la succession à la Couronne, suffisait, et une déclaration plus directe pourrait empêcher à jamais un retour an catholicisme, résultat contraire aux désirs du Pape de chercher par tous les moyens possibles k ramener ce Prince à l'obéissance de l'Eglise.
Henri III nia ensuite la présence k la cour d'un envoyé du roi de Navarre : « si cela était vrai, je vous le l'avouerais certainement, dit-il a Morosini, sinon comme au Légat du Saint-Siège, du moins comme à mon ami ; jamais je ne ferai la paix avec le roi de Navarre avant son retour à l'Église. »
Morosini remercia le Roi de lui donner cette assurance et insista sur la déclaration des Etats généraux dont le but était d'enlever à Navarre tout espoir d'arriver à la Couronne, « Je veux vous parler franchement en confidence, répondit alors le Roi, et vous demande de garder le secret, car le sujet est très important : sachez donc que depuis la mort du duc de Guise, le cardinal de Vendôme et ses frères se croyent déjà devenus roi de France ! ainsi le Cardinal veut ajouter à l'article sur l'exclusion du roi de Navarre une clause pour réserver le droit de succession des autres Princes de la Maison de Bourbon. Si la succession à cette couronne doit appartenir aux princes de Vendôme, je ne veux pas combattre leur droit, mais je ne veux pas non plus l'appprouver, Bi le faire confirmer par les Etats généraux, car, une fois CBtte assurance reçue, ils pourraient bien attenter à mes jours >. — « Si cette clause déplaît au Roi on pourrait la supprimer, répliqua le Nonce, et publier le reste de la déclaration ». Henri III répondit : « il est impossible de le faire ^ns la crainte d'irriter ces Princes. Si au contraire on ne pvie de rien, personne ne peut se plaindre », puis il ex-r
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prima sa pensée d'employer contre le roi de Navarre d'autres mesures, par exemple de réunir à la couronne tous aei biens comme ceux d*un rebelle et d'un hérétique*
Ainsi le pauvre monarque restait hésitant, craintif, et c'est k ce roi, à demi détrAné, que les députés des États avant de se retirer adressèrent leurs derniers vœux. Le 11 janvier, l'Archevêque de Bourses au nom du Clergé, prononça en présence du Roi « un long et savant discours » pour l'exhorter ' h nommer de « bons et exemplaires Prélats, d k publier les articles du Concile de Trente, pour les dogmes comme pour la discipline, k rétablir l'ancien usage des Conciles provinciaux, k fiUre la guerre contre les hérétiques et la paix avec les catholiques. L'archevêque biàma la vénalité des charges de judicature, parla contre les financiers, loua la générosité du monarque, mais l'exhorta k dégrever les peuples et k ne pas faire de largesses excessives k des particuliers (1). Le comte de Brissac parla ensuite au nom de la noblesse, et chacun eAt des éloges pour la précision et l'élégance ordinaire de son langage (2). Brissac trouva tour k tour un mot flatteur pour le Roi, la Reine-mère de glorieuse mémoire et la Reioe régnante ; il recommanda les intérêts de la noblesse et paria très chaleureusement contre les hérétiques dont la destruction était, selon lui, nécessaire au salut du royaume* « La clémence royale peut descendre sur les ennemis du Roi, dit-il mais elle ne doit pas s'adresser aux ennemis de Dieu. » Son discours, terminé par les cris unanimes de vive le Itoil fut « vraiment digne d'un chevalier chrétien (3) ».
Comme le jour finissait, le Roi se leva et remit au lendemain la suite de l'audience. M. de Bernart, avocat de Dijon et député de la Bourgogne, y prit la parole au nom du Tiers et rappelant l'obligation contractée par chaque député, vis à vis de sa province, d'exposer en toute liberté devant les États
(i) Arch. du Vatican, Lettet^e, t. XXIV, ^ 823.
(il « Il quale per la brevila del dire et per la sua poUteiza ordiaarii fu lodato in extreroo. » 76.
(3) a Con molti pariicoJarl degni veramente d'un cavaliero christiantssimo. »
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ce qu'à ses yeux était utile au Royaume, il supplia énei^-' quement le Roi, (en se teoaot toujours à genoux,) de détruire rbérésie, cause principale des malheurs de la France, de réformer les abus du clergé et de réprimer les excès de la noblesse contre le pauvre peuple; il demanda au Monarque de pourvoir aux désordres introduits dans les ofBces de judicature et de finances, d'épargner au Tiers État les malheurs dus à répression des gens d'armes et au paiement de charges intolérables. Puis en terminant il sollicita la permission pour les députés de se retirer chez eux (1). — « Je désire rendre au royaume son ancienne splendeur, répondit Henri Ht, et soulager les peuples dans les malheurs présents. »
Cependant aucun subside n'avait encore été accordé ; le 31 décembre, le roi en avait demandé^ il en réclama encore le 12 janvier, mais les députés ne se pressèrent pas ; or comme « c'est par Favîs des États, et non autrement, que les subsides peuvent être votés; » ils se sentaient nécessaires. Le Roi pour se venger du clergé auquel il attribuait celte opposition, voulut s'immiscer dans l'administration des biens d'Église et fit observer qu'un tiers de ces biens étant destiné aux ecclésiastiques, un autre tiers aux pauvres et le dernier tiers à l'entretien du culte, il avait le projet de nommer des commissaires pour faire la répartition de ces deux derniers tiers, dont une partie lui paraissait avoir été distraite de sa destination. Ce désir de contrôle inusité ne cachait-il pas une pensée d'usurpation? Les députés du clergé le crurent et firent observer au Roi que plus d'une raison les portait à voir dans son extrême sollicitude un prétexte pour s'emparer dos biens de l'Église en France, comme Henri VIII s'en était emparé en Angleterre.
Henri III fut piqué, mais dissimula. II répondit aux députés qu'il avait vu leurs cahiers, mais la multiplicité et l'importance des affaires l'empêchant de les expédier avant nn mois, il les priait de laisser à Blois une commission de
(t) Arch. du VaUcan, Lettere, U XXIV, f»655; 16 janvier im. Dépêche dans Tempesti, /. c,^ t. Il, p. 168 et 169.
douze membres pour être les témoins de sa bonne volonté, puis il congédia l'assemblée. (15 janvier) (1).
Aussi bien désormais l'intérêt avec le péril était ailleurs : il était surtout à Paris.
La nouvelle de « l'événement horrible » (2) était arrivée le 24 décembre à sept heures du soir et avait produit une extrême agitation. La capitale devint aussitôt le centre d'un vaste mouvement anti-royaliste qui à Orléans, Abbeville, Amiens, Dijoif, Toulouse et dans toutes les villes dévouées à la Ligue, éclata soudain. Mais à Paris se firent « les premières et les plus grandes extravagances. »
Les chaînes furent tirées dans les rues, les portraits du Roi déchirés, des royalistes, prêtres, religieux, officiers, conduits à la Bastille. Leur vie devait répondre de celle du Prévôt des marchands et des échevins prisonniers à Blois : leur arrestation devait déconcerter leurs amis et paralyser une résistance possible (3). Au son du tambour, on demanda et on recueillit de l'argent pour enrôler des soldats, et dix mille écus furent promis à qui livrerait la tête du monarque. Madame de Montpensier, sœur des infortunés Princes, les cheveux au vent (4) parcourait la ville en demandant vengeance et les prédicateurs pour exciter le peuple racontaient ou même exagéraient les détails de Téxécution ; à leurs récits
(1) Arch. du VaUcan, Uilet^A. XXIV, ^ 685.
(2) « La nuova di quest horribUe accidente. »
(3) a Incarc'crati alcuni dependcnti dal Rc ncUa BasUglia, cosi per assicurarsi con cssi deUa vita del Prevoslo doi mercanU et suoi collegtu. corne per impedire U favore et eonslgUo che potessero dare a sooi adbercnU. » Arch. du Vatican, /. c, t. XXIY, f> 577.
Une note porte à 800 le nombre des adhérents.
(4) « Tutta scapigliata andava per Parigi accompagnata de gnn nomero dl gente piangendo vendetta dei fratelli. » là.