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MORT D*HENRI

enfiaDOmés les auditeurs pleuraient, s'indignaient et juraient tous de mourir plustôt que de jamais accepter le Roi (1). Ceux mêmes dont ce n'était pas Topinion le firent, car ils craignaient la fureur du peuple.

La duchesse de Guise alarmée fit appeler plusieurs de ces prédicateurs qui « vomissaient contre Henri de Valois » une c( Iliade d*injureset de vilenies (2) »; en présence des magistrats de la ville, elle leur reprocha d'avoir été la principale cause de la mort du duc son mari, et les suppliant dé ne pas causer encore la ruine de ses fils, elle leur demanda de garder le silence sur le passé « afin de ne pas mêler son sang dans les événements présents. »

C'est au Pape que la duchesse de Guise demandait justice pour son mari « expugnateur de Thérésie,.. affectionné serviteur de Dieu et de son Eglise (3). »

Dès le 25 Décembre, un comité de quarante personnes fut chargé d'organiser la résistance, mais beaucoup de noms portés sur la liste le furent d'office, sans Fagrément des titulaires, car en temps de troubles, on conduit le peuple avec des noms et lorsqu'ils ne se présentent pas, on les prend. Le duc d'Aumale, mis h. la tête du Conseil, fit garder la ville, signa les passeports et eut le gouvernement.

Il dénonça aussitôt au Pape « le meurtre inhumainement commis » et il le supplia de considérer « comment par sinistres et abominables moyens, l'on voulait se défaire des plus zélés enfans de l'Eglise de Dieu et plus entiers protecteurs de la religion catholique (4). » Il lui demanda de « ne point permettre que, du temps de son Pontificat, la persécution des

(i) « Sono talmcntc commossi, chc prima vogUono tutti morirc chc mai piu acceltarc il Re. » Lettre du P. Félix de Bertinoro. Arch. du Vatican, Francia, t. II, ^ 353 ; 28 janvier 1539.

(2) Fayet (Journal historique p. 60.) entendit Guinchestrc appeler le roi « traistre, meschant et vilain Herodes » et nommer « les deux, massacrés saincts marUrs. « Voir de la Démocratie chez les Préd'cateurs de ^ Ligue par Ch. Labittc. Passim.

(3) Arch. du VaUcan, /. c, t. XXIV, f* 371. Lettre du 16 février 1580.

(4) /6. t. XXIV, f» 577 et 635. Lettre du 31 décembre 1583 et du 13 janvier 1389. BU)1. nat. ms. f. U\ 3936, f- 29.

plus zëlés catholiques commençai à être autorisée de la jus* tice, ou des justiciers de ce royaume de France, desnommé très chrétien {\). »

Les Échevins de Paris marchèrent sur les traces du dae d*Aumale et pour mettre leur conscience en règle ils sollicitèrent un avis des Docteurs de Sorbonne. Le peuple n*était-il pas, par le fait même des événements de Blois, délié du serment de fidélité prêté à Henri 111? Le peuple ne pouvait-il en sûreté de conscience, réunir des armes et de l'argent poor défendre la religion catholique contre les coupables actions d'un Roi parjure ? Telles étaient les demandes et le 7 janvier, soixante dix docteurs repondirent affirmativement aux deox questions posées.

Le Roi connut cette délibération et s'en plaignit ans docteurs présents à Bloîs; puis réunissant vingt évêques et douze théologiens il fit examiner la consultation. On refusa d'abord de croire à son authenticité, car il y avait dans l'Université des hommes judicieux, et on offrit d'aller s'informer à Paris de la vérité d'un acte « téméraire et impertinent, arraché par la peur. » Henri IFI indigné parla de révoquer tous les privilèges accordés à la Faculté par les Rois ses prédécesseurs.

Les Echevins de Paris après avoir consulté la Sorbonne, adressèrent au Pape une semblable requête (13 janvier) et lai

(1) Le duc pria encore le Pape « d'adviscr aux moyens que Dieu luy a pu départir pour le secours de ce pauvre peuple affligé et qui ne se contient en Tobéissancc sinon par la créance qu'il a en Tauthorité des sacremens, par le moyen desquels il prend mesme de Dieu assurance. Nous n'avons rien de faiblesse en nous, sinon que nos "plus grands ennemis se meslent entre nous, prenant mesme visage de cathoiiqaes, pour ouvertement pratiquer la ruyne de notre reUgion et parceqoe ta plus poignante injure est commise à notre maison que V. S. a pir cidevant tant honoré d'une démonstration de dilectlon et reconnaissance particulière,., je supplie très humblement Y. S. de prendre en bonne part cette mienne lettre et qu'tt lui plaise de favoriser nos déstrs et les vœux que nous faisons. » Il dénotait l'arrestation des dépotés « contre la foy publique, mesme entre les payons, voire entre les pyrites religicucment gardée» traînés au château pour estre comme Ton dit exécolés à mort. » Arch, du Vatican, Gallia Sixio, V, t. I, f»e3 ; 31 déc. 1598.

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demandèrent en outre de publier avec un Jubilé pour les catholiques la guerre « contre Tagresseur de la Religion et de la liberté ».

En attendant, le duc d'Aumale voulut obtenir du Parlement une déclaration pour enlever tonte autorité au Roi. Accompagné d'une foule de peuple il vint pour dicter cet arrêt ; mais le Président Achille de Harlay se leva aussitôt : R les Conseillers tiennent tous leurs pouvoirs du Roi, dit-il; ils ne peuvent, ni ne doivent accomplir un acte contraire à Tobéissance et à la fidélité. » Le Duc se retira, mais ses gens se dédommagèrent en allant dans deux Eglises briser les panneaux aux armes royales appendus aux portes (i) a Sot peuple, beste à plusieurs testes ! » s'écrie L'Estoille en racontant un fait analogue. Mais on voulut faire expier au premier Président son acte d'indépendance. Le 16 janvier, un bourgeois, appelé le capitaine Olivier, vint au Palais, accompagné d'une centaine de gardes et l'épée nue d'une main, le pistolet de l'autre, présenter une requête des habitants de Paris. Ils exigeaient la mort de l'hérétique du Belloy « principal auteur de toutes les séditions du royaume, » ensuite Punion réelle du Parlement avec les habitants, enfin l'enregistrement de l'impdt mis sur les maisons pour la contribution de la guerre (2). Si le Président ne l'accordait pas il lui arriverait malheur. Harlay répondit : « Le Roi a commis à d*autres juges l'examen de la cause de du Belloy, le Parlement n'a donc plus à s'en mêler (3). Les conseillers sont prêts à exécuter pour s'unir avec le peuple tout ce qui n'est pas contraire à l'honneur de Dieu et au service du Roi et si Ton veut établir l'impôt sur les maisons, il faut commencer par le répartir également sur tous les habitants. » Furieux

(1) Arch. du Vatican, Lettere, t. XXXiX, ^ 40; iS janvier !î»9; chez iiiron le médecin du Roi, le capitaine Olivier fil donner dix coups de couteau sur le portrait du Roi. ( P. Fayel Journal, p. 50.)

13) Arch. du \SiWcsin, Lettere, t. XXIV, f* 609; 24 janvier 1589.

(3; Du Belloy aurait été lapidé par le peuple pendant que l'on le con- (iuisait à la Bastille, si un P. Jésuite ne Teut sauvé en disant que c'était un liomme érudit « dl gran lellerc » et en donnant espoir de le convertir. Arch. du Vatican. /. c, t. XXIV, I^ 713; 30 janvier 15».

de cette réponse, le capitaine Olivier s'écria qu'il « avait toujours connu le Président pour un homme de peu de cooscience, pour un politique, ajouia-t-il avec mépris» et aussitôt il le fit arrêter. Vainement dans la foule on criait qu'il ne fallait point porter la main sur la première magistrature de France, Olivier fit conduire à la Bastille, les mains attachées derrière le dos, soixante conseillers au Parlement. Le peuple regarda passer : quelques uns applaudirent, la grande majorité garda le silence.

Le lendemain on plaida comme à l'ordinaire à la grande Chambre et Brisson nommé premier Président tint l'audience. « Brisson n'aimait pas cependant la Révolution et avait les fleurs de lis escrites au cœur » ; il protesta secrètement par devant notaire qu'il avait agi par force, « et ce pour sauver sa vie et s'accomoder aux désirs et vouloirs du peuple quoiqu'ils soient injustes, déraisonnables et contre le devoir de subje^t » ; caractère qui croyait garder son honnêteté, parcequ'il était faible! Partout du reste il y avait dans Paris révolté contre le roi un mélange inouï d'excès démagogiques et de simulacres de piété avec des processions fréquentes, ici de six cents écoliers de onze à douze ans, pieds nus en chemise, là des capitaines et dizainiers de la ville, une autre fois de moines en costumes guerriers etc. (1).

Le 26 janvier le Parlement décida que l'on, prêterait serment « pour l'entretènement de l'Union » et le 31 il rendit un arrêt pour procéder contre les auteurs des assassinats du 23 décembre.

Les échevins, désireux d'organiser sérieusement la résistance demandèrent l'appui du duc de Nevers (2) et envoyèrent

(1) Sur les dizainiers et quartcniers de Paris voir les Recherches de M. Georges Picot daus les Mém. de la Soc. de Ihist. de Pans,L I, p. f3J-

(2) Bibl. nat. ms. f. fr. 3977, f- 17; 8 janvier 1580. Henri IIÏ pour s'attacher le duc de Nevers le nomma gouverneur de la Champagne à la place du duc de Guise, /^., f* 30. Les échevins lui écrivirent encore le 21 février et Mainneville le 11 mars pour le presser de venir, /6..^ 81, 123, mais le duc fit la sourde orcUle, aussi le 3 mai les échevins de Paris ' écrivirent aux catholiques de la ville de Nevers « de ne pas se laisser séduire par. les artifices du Duc. » M., f* 149.

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M. de Bassompierre avec cent mille écus pour lever en Allemagne quatre mille retires.

Ils décidèrent en outre la levée d*un impôt volontaire annuel et pour exciter la générosité ils firent entendre que « si les ofTres faites par les habitants étaient notoirement trop basses,^chacun serait taxé raisonnablement et contraint par toutes sortes de bonnes voies » à payer davantage (1). Les jurés des paroisses, accompagnés de quatre bourgeois, firent donc c< la visite des maisons » : dix mille écus firent prélevés sur les biens de la Reine-mère et six mille sur ceux de la Reine femme du Roi (2). «Lorsque nous n'aurons plus d'argent, dirent les capitaines, nous prendrons les vases des Églises ; » avec ces dispositions on craignit de voir le peuple piller le trésor de St-Denis; déjà les capitaines s'étaient emparés du Louvre et avaient forcé les portes des appartements de la garde-robe du Roi, en ayant soin toutefois d'en dresser inventaire.

Le Conseil avait expédié aussi trois courriers, l'un au duc de Lorraine pour lui demander le concours de son fils aine (3), le second au duc de Mayenne pour l'exciter à venger son frère, le troisième au duc de Parme pour réclamer son appui. Le duc de Mayenne fut le premier à venir.

Il était à Lyon lorsque l'écuyer duducde Guise, M. de Rossieux, arrivé en grande hâte, vingt-quatre heures avant le cou- Ci) Arch. du Vatican, Lettere, t. XXII, ^ 683. On demanda des dons volontaires pour payer la milice et établir des f ateliers publics de travail pour des gens sans ressource. »

(3) Chez l'ambassadeur de Toscane Guicciardini on prit ses chevaux, son argent, ses bijoux pour 1.200 écus. Il avait cependant un passeport signé par le duc d'Aumale. Arch. du VaUcan, t. XXIV, ^ 753; il janvier 1380.

(3) Le duc de Lorraine s'étdit déclaré pour la Ligue au lendemain de la journée des Barricades, et le 7 janvier 1380, les Kchcvins de Paris écrivirent à M»* de Montpensier qui se rendait en Lorraine de prier le duc de les assister, car « le malheuftïux acte commis à Blois est achcmyncment à la ruync conspiréc contre les catholiques et plusieurs gens de bien de ce royaume. » Lettres et instructions de Charles III duc de Lorraine, par H. Lepage p. 00, 61.

La lettre de condoléance du duc à la duchesse de Guise du 4 février 1589, fut regardée comme « un peu tardive » /6id., p. 98.

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rierport^ur, dit-on, de Tordre de l'arrêter, lui anDonçaTévéneinent de Blois : il se retira immédiatement sur Dijon, car Lyon était royaliste et ses habitants allaient prêter serment de ne reconnaître qu'Henri III pour leur souverain. (11 janvier 1889) (1).

Le duc de Mayenne ne pouvait avoir la même autorité que le duc de Guise. A la tête d'une poignée de Français, il avait combattu contre les Turcs à Lépante et s'y était si bien comporté que Venise avait inscrit son nom parmi ceux de son Patriciat; mais égal en vaillance à son frère, il n'exe^ çaii pas une égale séduction. Plusieurs fois il avait désapprouvé ses desseins, maison apprenant sa mort il se jeta en avant, car, dit-il : « mieux valait mourir l'épée au poing que périr par trahison de la main d'un lâche (2). »

De Dijon le duc de Mayenne défendit de payer au roi les tailles (3) et il supplia le Pape de venger la mort de ses frères: « Us avaient comme lui pris les armes, avec le conseil et l'autorité du Saint-Siège, pour la conservation de la religion catholique » et il fallait k présent leur donner aide et assistance, car, disait-il, « nous sommes enfants de l'Église et vos très humbles serviteurs; que ce coup si horrible et qu'aucun prétexte ne peut plus couvrir, fasse voir clair à V. S. rintention de ceux qui cherchent en notre ruine celle de tous les catholiques. » Mayenne vint à Orléans oh le clergé et le peuple le reçurent en procession. Il arriva ensuite à PariS) avec six cents chevaux et quelques enseignes d'infanterie, mais sa présence à quinze lieues de Blois y avait fait craindre une attaque. « Il avance, avait dit le Roi, il faut monter à cheval et mettre en lieu sûr le cardinal de Bourbon, car on veut le délivrer pour le créer Roi ». Le cardinal et

(1) Noies et documents pour servir à Vhisioire de Lyon sùus Ëenri îîl, par Antoine Péricaud, 1843, p. 131.

(â) La cotrespondance du duc de Mayenne publiée par MM. E. Henry et Ch. Loriquet (2 vol. l\einis 1860-186i) comprend 456 lettres du il nov. tï(00 au 22 mai lS9i. « Elle montre dans le duc une ambition personnelle, tempérée par un patriotisme véritable. Il n*est pas le très humble serviteur des étrangers. »

(3) Blbl. nat. 3977, f« 37; 19 janvier 1580.

tous les prisonniers furent donc conduits en barque (31 janvier) au château d'Amboise dont M. de MonpeKat, seigneur de LognaCy un des quarante-cinq de la Garde, fut nommé gouverneur (1). Le duc de Nemours avait dû être compris parmi les personnes transférées à Âmboise, mais- la veille du jour fixé pour le départ il put s*évader. Habillé en valet de cuisine, il sortit de sa chambre, traversa les corridors, descendit l'escalier, puis passant sans être arrêté au milieu de trois corps de garde, il alla droit à l'hôtel où se trouvaient ses chevaux et sortit de la ville. Le lendemain seulement on s*aperçut de son absence, mai» on ignora au preniier moment de quel côté il avait dirigé ses pas. C'était vers Paris, où il arriva en même temps que le duc de Mayenne le 2 février au soir, h la lueur des torches, au milieu des acclamations des Bourgeois. Le matin il est vrai, il leur avait fait remettre huit toille écus d'or.

Cette évasion du duc de Nemours était un triomphe pour la Ligue, un échec pour le Roi, car en gardant ce Prince prisonnier, Henri III pouvait par Tcspoir de le rendre à la liberté arranger plus facilement les affaires. Il lui écrivit aussitôt une lettre pour l'assurer que son dessein n'avait paa été de lui faire aucun mal, mais de le garder seulement près de lui, afin de l'empêcher d'être circonvenu par ses ennemis. Il l'exhorta à se retirer à Montargis en lui promettant de ne pas l'inquiéler et de l'aimer toujours (2). Il écrivit dans le. même sens k la mère du duc, Madame de Nemours, qu'il avait fait mettre en liberté. Madame de Nemours se rendit aussitôt à Oriéans et de ft passa k Paris pour essayer d'amener une réconciliation entre le monarque et ses fils, a Si cette démarche ne produit aucun effet, écrivit le Légat, la situation du Roi est désespérée, car tous les jours on apprend la révolte de quelque ville. » Or le duc de Mayenne ne voulut écouter, ni sa mère, ni le duc de Nevers, chargé de lui offrir les conditions les plus avantageuses; on ne pouvait selon lui

(1) Ardu du VaUcan, Lettere, t. XXIV, fo m, 3i janvier. •

(2) /*., t. XXIV, f^ 721.

se fier au Roi et au surplus la première condition d'un accord était la délivrance préalable de tous les prisonniers. Madame de Nemours fut réduite à communiquer cetle réponse (i mars) par l'entremise d'Hercule Rondinelli l'ambassadeur du doc de Ferrare.

En présence des difficultés qu'il ne savait envisager d'ao ferme regard, le Roi se disait souvent l'homme le plus malheureux de la terre, content si quelqu'un voulait lui ôter h vie. Cependant il fit un effort. Instruit par H. de la Guiche de la mauvaise tournure des affaires, il rappela le duc de Nevers avec ses troupes et envoya à Lyon trente mille écns pour lever 6.000 Suisses au nom des colonels déjà en France, afin d'éviter de convoquer une diète, selon l'usage quand ou choisissait de nouveaux chefs : il accepta aussi trois mille fantassins et quinze cents chevaux offerts par le duc d'Êpe^ non (i), et oubliant la disgrâce de son ancien favori, il lui écrivit en faisant allusion à la mort du duc de Guise : « Il n'y a plus rien près de moi qui puisse empêcher les eflTets de ma bonne volonté. » Il eut désiré employer le duc de Nevers, mais tout en restant fidèle au monarque, ce seigneur, peu satisfait de ce qu'il voyait, se retira chez lui sans vouloir accepter de commandement (2).

Le Roi enfin somma le duc d'Aumale de sortir avant trois jours de Paris et de se conduire en bon et fidèle sujet (3), se ^dit prêt à pardonnera tous si on se soumettait, mais si avant trois jours la soumission n'avait pas eu lieu, il défendait au Parlement, aux magistrats et aux receveurs de remplir dorénavant leurs fonctions. Le héraut chargé de la mission ne put la remplir : « il ne fut ouï, ni son paquet vu, mais emprisonné, en grand danger d'être pendu » et chassé de la ville sans réponse, avec ordre de ne plus revenir (26 janvier}.

Le 6 février le Roi convoqua le ban et l'arrière-ban et eu exposant la raison de ces armements, il accusa le duc de

{{) Arch. du Vatican, t. XXIV, fo 621 ; 6 janvier 1589.

(2) M. de Croze, t. Il, p 303. Lettre de Mendoza, I" février.

(3) Arch." du Vatican, UUv^, t. XXÏV, f» 673; —Î5 janvier fS89.

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Mayenne de suivre les errements de son frère : c'étaient les mêmes prétextes et c'était le même but, c'est-à-dire d'ôter au Souverain la couronne pour la poser en sa maison. Enfin le 13 février, une déclaration générale sur la rébellion des ducs de Mayenne et d'Aumale, des villes de Paris, Orléans, Amiens, Abbeville et autres cités fut publiée, pour justifier les actes de Blois par un ré^uistoire dressé contre les Guise, leur famille, et leurs partisans.

Paris allait répondre en ouvrant des informations sur l'assinat du duc et du cardinal de Guise (i), en établissant le 16 février le conseil général de la Sainte Union (3), en prêtant le 1*' mars un serment où il n'était plus question du Roi, en nommant enfin le 4 mars le duc de Mayenne lieutenant général de la couronne de France. 11 avait véritablement un Royaume, car toutes les villes de la Ligue, reconnaissaient sa suprématie.

Un coup d'œil sur le mouvement anti-royaliste et sa physionomie, diverse selon les lieux différents^ ne peut être sans instruction.

Les échevins d'Orléans étaient venus à Blois le 26 décembre demander à genoux la révocation de leur gouverneur H. d'Entraigues et la destruction de la citadelle. Mais le Roi le prit de haut : « il n'était plus temps de traiter avec lui de cette manière, » dit-il, et il leur donna vingt quatre heures

(1) Une copie des informaUons : Bibi. nat. ms. f. fr. 3996, f» 79. — 108.

(2) U y avait dans le Conseil quatre évêqoes» Monseigneur de Brézé, év. de Meanx, Hennequin, év. de Rennes, Roze, év. de Senlis,de ViHars, év. d'Agen, plus l'abbé de Lenoncourt, douze membres du Parlement, cinq curés de Paris et un Docteur de Sorbonne, une douzaine de membres de la noblesse, sept membres de la cour des comptes et quinze bourgeois.

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poar « se remettre sans conditions à sa miséricorde, autrement il les rendrait les gêna les plus malheureux de toute b France » (1).

Les échevins remontèrent immédiatement en voiture et revinrent pendant la nuit à Orléans. Dès que la résolutioa du. Roi fut connue, le peuple courut aux armes, éleva des l^arricades et se précipita vers la citadelle gardée par les soldats. En peu d'heures on éleva un terre. plein qui la domina et elle aurait été prise, si on avait eu de grosses pièces d^rtillerie (3). Ce délai donna au gouverneur le temps de se fortifier et aux secours celui d'arriver. Henri III envoya immédiatement des gardes suisses avec MM. de la Guicbe et de Boves : mais M. de Trémon, capitaine de la garde du 4ac de Guise et le chevalier d'Aumale, venus de Paris avec quelques chevaux, se jetèrent dans la ville : malgré Tordre do Roi de ménager un arrangement, on était plus près de se battre que de parlementer (3).

AGhartre^i^ les habitants jurèrent et promirent à Dieu «d'employer leurs vies et leurs biens pour Ja manutentioa de la Religion, de se maintenir en la sainte Union, de se conserver contre qui que ce soit, sans réservation de dignité quelconque, et de poursuivre la justice des massacres faits à Blois (4). » A Amiens, les Échevins firent arrêter comme otages le duc de Longueville, sa femme fille du duc de Nevers, son frère, sa mère et tous lesofficiers du Roi. Le 31 décembre un conseil composé d'ecclésiastiques^ de nobles et de gens du Tiers-État prit dans cette ville le nom de Chambré du Conseil des États de Picardie pour délibérer sur les affaires de la Province (5), Les États de Ponthieu prêtèrent

(i) Arch. du Vatican, /. c, l. XXIV, f» 577, 31 déc. 1588; TempcsU, /. c, l. II, p. 157.

(î) Arch. du VaUcan, /. c, t. XXIV, f" eS»; 15 janvier 1580. . (3) «I Fin hora ti procède piu con l'arme cho con le parole. » , (4) Bibl. nat. m», f. A*. 3077, f* 54. C'est le serment prôtô à Paris. M. de Lépinois, Histoire de Chartres, t. II, p. 296.

(5) Documents inédits pour servir à l'Histoire du Tiers État^ t IV» p. 458, et ta Chambre du Conseil des États de Picardie pendant '« Ligue, par F. Pouy, Amiens, 1882, p. 2.

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de nouveau serment à TUmon des catholiques et les députés de Beauvais, d'Abbeville, Péronne, Amiens, DouUens firent de même le 26 janvier (1). La Champagne subit naturellement rinfluenee de la maison de Guise. (2) Reims envoya le 6 février des députés pour aller s'entendre avec ceux de Paris (S), Les deux tiers des habitants de Laon prirent le même parti, en passant également sous silence le nom du Roi. Ainsi U Ligue anti-royaliste commençait et à ses yeux^ quiconque restait fidèle au Roi était regardé comme hérétique (4).

En Bourgogne, les habitants de Dijon, avaient d'abor4 renouvelé le 30 Décembre le serment d'obéir k Henri III» mais bientôt le baron de Lux prépara l'entrée de Mayenne et alors les habitants prêtèrent sans difficulté serment à TUnion ^ns aucune réserve pour l'autorité du Roi, Le Parlement et la oour des Aides ne l'entendirent pas ainsi. Ces magistrats voulurent bien prêter serment à l'Union, mais en ajoutant: « sous le nom et autorité du Roi, au commandement de M. de l^yenne gouverneur pour Sa Majesté en la province (8) ^ A Auxerre le peuple fut soulevé contre l'Évéque royaliste par le Père gardien des Cordeliers ; h Chatons une partie des habitants, excités paç le gouverneur, chassèrent l'Évéque (6) : à Autun le clergé resta fidèleau Roi tandis qneles magistrats furent pour la Ligue (7). En un mot si la Ligue eutenBour- *

(1) La ligue à Beauvai^ par Dupont-White. Paris 1846, p. 38 et 238| 250. Hist. de Montdidîer, par V. de Bèauvillé, 2« édit. i875, t. !, p. 232.

(2) 7S8 habitants de Rethel juraient la Sainte Union le 30 mars i£I89, Aevtftf de Champagne^ juillet 1882, cf. Uémomt mr la tdgue dan$ le laoïmois, par Ant. Richarl. Laon, 1860.

(3) Archives administratives de Reims, par Varin. SlatutSt t, l, p. 014,

(4) Cf. « Apologie pour les Catholiques d*Angers, demeurés ifermes en Tobéissance du Roy, calomniés d'hérésie pour n'avoir voulu eslro do la Ugue )), 1S80. Un royaliste, chanoine de Chartres, fut alleint ei eon^, mncu d'hérésie, M. de Lépinois, ib,, p. 304, etc., etc.

(3) Histoire du Pi^testaniisme ei de la Ugue en Bourgogne, par Baudoin, t. U, p. 371 • Challe, Histoire des Guerres du Calvinisme et de la Ugue^ fions rYonne. T. II, p. 126.

(6) Gamier, Cotrespondance de la ville de Dijon, t. II, p. 141. Abbé Lebœuf, Mémoires concernant l'Histoire ecclésiastique d*Auxerre, t. I, p. 633. Beaudom, Hist. du Protest,, t. II, p. 27. . .

(7) Abord, la Réforme et la Ligue à Autun, t, II, p. 141 « \ •.

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gogne beaucoup de partisans, le Roi y garda des fidèles soutenis par Guillaume de Tavanneset des magistrats comme Fremjot, le père de Ste Chantai^ Bossuet, Saumaise, Bouhier etc. (1). Rouen (3) et Lyon d*abord restées royalistes firent bientôt défection. Le 24 février une émeute éclata dans cette dernière ville et les habitants « pour se garder des entreprise des confédérés avec les Huguenots » prirent « la sainte et catholique résolution de promettre à Dieu et à sa Mère de vivre et mourir en la religion catholique, de maintenir l'Édit d'Union, » mais en même temps « d'obéir au duc de Genevois et de Nemours représentant la personne du Roi eo ce pays ». (3) Catholiques et royalistes, « éloignés des extrêmes du trop ou du peu qui corrompent la vertu et dégénèrent en vices, » désireux de « discerner si les ordres viennent do bon ou mauvais conseil de la France, » voilà encore les ha*bitants de Lyon en 1589, fidèles aussi à la pensée première de la Ligue, exprimée dans la devise qu'ils firent alors graver sur leurs médailles, et que chacun adopta (4) :

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