‹ La ligue et les papesChapitre 20 sur 32 · UN DIEU, UN ROT UNE FOI, UNE LOT · texte numérisé non relu

UN DIEU, UN ROT UNE FOI, UNE LOT

En Auvergne, les députés des villes revenus des États de Blois, « infatuèrent aussitôt le peuple et moyennèrent pren-

(1) On connaît la magnifique leUrc de Frémyot, lorsque pour le forcer à adhérer à la Li|i^e on le menaça de faire périr ses Jeunes enfants faits prisonniers : « Mon honneur et mon debvoir m*empeschent de plyer soubs toutes ces choses. .. Si c'est un crime d*estre servUeur du Roy, j'ai failly. Les tourments que l'on pourra me donner, ny ceulx qae l'on fera à mon fils, que je sentiray plus que les miens, ne me pourroieiit esbranler à faire chose contre mon honneur et le debvoir d'un homme de bien. J'aime mieux mourir tost. aiant la réputation entière que mre Jonguement sans réputation. » Cf. Pingaud, Les Saulx-Tavannes, p. 147.

(i) Arch. du Vatican, Lellerey t. XXIV, fo 760.

(3) Arch. du Vatican, /. c, t. XX, fo 168.

(4) Ant. Péricaud, Notes et Documents pour servir à Vhistoire de Lyom s:nisBenriIV,p.^.

Un de nos amis, M. E. Récamier, qui prépare depuis longtemps une

MOirr d'henri m 297

dre les armes et les faire liguer en une assemblée des Etats » qui fut tenue au mois de mare 1589. (i)

Les intérêts particulière décidèrent souvent du parti à prendre, ainsi « l'émulation et Tenvie de la ville de Riom contre celle de GlermoAt lui fit prendre le contraire parti. »

Dans le Forez le Tiere-Êtat réuni à Monfbrison, à Saint- Galmier, à Feure, s'unit à la ligue de Lyon ; le seul but k ses yeux était de « distraire le Roy de son mauvais conseil (S). »

k Toulouse au contraire oh le conseil de ville décida que M l'association serait rafréchye (3) » la faculté de théologie de rUnivereité, donnant le signal de la rébellion, déclara qu'il était permis de prendre les armes contre Henri III (4). Le lendemain, 10 février, la foule, traduisant en acte la déct^on prise, massacra le Président du Parlement Duranti et l'avocat-général Daffis « tués pour être du parti du Roi, le nom duquel les Tolozans avaient en telle horreur qu'en place publique ils pendirent à une potence l'effigie de Sa Majesté (5). >» <c Nous préférons perdre la vie plutôt que la Foi, écrivirent alore les membres du clergé diocésain, nous ne supportons pas davantage un Roi fauteur d'hérésie et nous recourons au Pape comme à une ancre sacrée en le priant de venir en aide à Paris, la tête de ce royaume (6). » Les capitouls en effet supplièrent Sixte V de « prendre en main la

histoire de Lyon, possède dans ses coUections un exemplaire de cette médaUle : il nous a montré un livre imprimé alors à Lyon, où ces mêmes mots sont écrits à la main sur la feuiUe de garde.

(1) Mémoires de Jehan dcVemys. Paris, 1874, p. 58.

(3) Document* pour servir à thist, de la Ligue, par Loutchîslcy, p. 238. -^ « Le seul bien et conservation du peuple et de la patrie, dit-on le 7 mars à MonUDrison, doibt estre teUement engravé aux cœurs de tous les gens de bien que Dieu et le Roy ne seront Jamais offensez que chacun y mette tout Tordre requis », p. 237. L'esprit de la Ligue catholique et monarchique est donc encore bien vivant.

(4) Arch. du VaUcan, GaUia sub Sixto V, t. Il, (^ 334.

(5) Mémoires-Journaux, par P. de L'Estoille, t. III, p. 26t.

(6) Arch. du Vatican, Gailia, 1. 1, ^ 465.

cause de la République chrétienne... Le Royaume nous Tempérons, sera bientôt enlevé au Roi pour être donné aa meilleur: et Télu remettra alors en son ancienne splendeur la majesté abaissée de la République chrétienne (1). » Dans cette phrase se trouvait énoncée toute la politique anti-royaliste de la seconde phase de la Ligue : Tabandon de Tordre traditionnel en France dans la succession au trône pour le remplacer, — chimère où peut se complaire Timagination, — par un roi idéal choisi comme le plus catholique et le plus digne. Les habitants de Toulouse, obéissant à une tendance fédéraliste, souvent remarquée chez les peuples du midi, s'unirent avec ceux de plusieurs autres villes de Languedoc et de Guienne pour soutenir et défendre la Religion (3),

A Poitiers^ les Ligueurs convoquant les délégués des villes voisines voulurent forcer le gouverneur k prêter serment à U Ligue : « Vous pouvez m*ôter la vie, répondit celui*-ci, vous ne m*ôterez jamais Thonneur; » il fut chassé, beaucoup de royalistes quittèrent la ville et un pouvoir noumu s'établit (3). K Nantes, les habitants avaient couru aux armes et les a^emblées de la bourgeoisie avaient npmmé le duc de Nereœur chef et gouverneur de la Bretagne « pour le maia« tien de la Religion catholique et la liberté de la Province, ea attendant Tassemblée des Etats. »

. Ainsi partout des villes nombreuses, -^ nous avons cité seulement quelques noms, — se ralliaient à la Ligue en haine du Roi, mais en ôtant le Roi on amenait Tanarchie. « On vole sans pitié le pauvre peuple catholique et innocent, écrivait le duc (le Nevers, on lève de gros deniers pour attaquer le roi et venger les princes morts; les marchandises ne circulent plus parcequ'elles deviennent la proie de qui peut les piller* On no parle plus do faire justice des malfaiteurs, des homicides, des sacrilèges... Les villes usurpent toute autorité, comme si elles étaient des républiques. » Le duc de Nevers

(1) Arch. du VaUcan, Gallia, 1. 1, P» 104.

(2) Arch. du Vatican, Gallia mb Sii(o K, 1. 1, 1^ 159.

(3) Ouvré, la Ligue à Poitieiy^ p. 177-i83,

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aurait désiré voir le Pape prendre l'initiative d'une nourello réconciliation entre les catholiques et le Roi.

Elle était bien difficille.

Le 98 février il écrivait de Blois au cardinal Scipion Gonzagueson parent: «Ceux qui désirent la division et la ruine de ce royaume empêcheront Sa Sainteté de réconcilier, de sa propre^ autorité et sous peine d'excommunication, tous ces catholiques à notre roi, ... leur but n'est autre que de ruiner ce royaume en tout et pour tout (1). » Lo même jour il traçait ces mots : « au très magnifique et très cher Camille Volta »son ageirtà Rome : « La ruine de Ce royaume se piépare et, si Sa Sainteté ne réconcilie les catholiques soulevés contre le roi, il y aura des désordres inouïs; le royaume sera perdu et la Religion anéantie, si le Pape n'y met la main et bientôt, car plus tard il ne sera plus temps, lorsque sera établie, comme elle commence déjà à l'être, quelque formé de République où il sera difScille de se faire obéir... De tous côtés on prend les armes et 11 ne sert de rien dédire : je suis catholique, je suis évoque, prêtre, religieux, t>arceque si vous n'êtes du parti que l'on veut et qui se dédare ouvertement, vous serez chassé de votre diocèse, de votre paroisse, de votre couvent, Le gentilhomme qui vit tranquillement chez lui est assassiné par les soldats des deux partis, sous prétexte qu'il n'est pas du leur (3). d

Quelle peinture tracée par un esprit un peu chagrin sans doute, mais vérldique et sincère I Gomme l'argent manquait ^ la Cour pour les services, on proposa de frapper de la monnaie de enivre et de lui attribuer une valeur convention* nelled'un écu, afin de l'échanger plus tard contre de For; mais rien ne (ut décidé à ce sujet, et Henri III aima mieux créer, au prix de vingt mille écus chacune^ deux nouvelles cbarges^ de secrétaires d'État pour MM. de Forget et de Gèvres. D'un autre côté des financiers offrirent de l'argent pour être continués dans leurs emplois, et on fut heureux de

(i) Arch. do Vatk^an, Oo/Z/a, t. II, fo 371. (2) M., fto 373.

l'accepter. Ces expédients révélaient toutefois une situation embarassée et chaque jour elle s'aggravait. Paris ne voulait plus d'Henri III et dans la Picardie, la Normandie, la Boorgogne, la Champagne, le Languedoc, une grande partie da Lyonnais et du Berry, des villes s'accordaient avec la capitale. Le Roi avait espéré par ses déclarations apaiser le tumulte dans le royaume et le royaume au contraire se levait contre lui en armes.

Le Pape n'allait-il pas accorder sa protection et son aide aux « pauvres catholiques » du Royaume? Le P. Félix, de Bertinoro, commissaire-général de la province de Paris poar l'ordre des Capucins, vint le lui demander formellement, car, disait-il (1) : « il ne fallait pas croire à aucune excuse présentée par le Roi ou en faveur du Roi ; il ne peut, ni ne doit vraiment être cru. De toutes manières le monarque est perdu, car les mouvements des catholiques sont irrévocables et irrésistibles. Si on prenait quelque résolution en faveur du Roi on pouvait être sûr de causer un grand scandale dans le monde. Tous les catholiques en effet se défieraient du Pape et l'Église de France se séparerait peut-être de l'Église romaine; si Rome se montrait défavorable, il y aurait appel à un futur Concile. Il est donc temps, disait-il, de restaurer en ce royaume la religion et la liberté ecclésiastique, d'enlever les évêchés, les abbayes, les églises, des mains de femmes, de laïques et de religieux à la vie dissolue et licencieuse. La pluspart des Évéques, simoniaques et opposés au Concile de trente, font entendre au Roi que les décrets du Concile le priveront de son autorité, mais je le répète, le Roi est perdu et rien ne peut arrêter sa ruine. Tous les catholiques sont résolus à mourir plustôt que de l'accepter (2). » Avec ces paroles, transmises à Rome comme un écho du sentiment général, on troublait les esprits afin de les dominer, et en

(1) Arch. du YaUcan, Gallia, i. II, t» 349, la lettre du 0 janvier fot portée à Rome par un libraire, bon catholique, grand ami et tertiaire de l'ordre de St-Prançois. « Amico grande et figUo deila Religione ».

(2) Arch. du Vatican, Ullere, i. XXIV, ^635; IS janvier 1889. Arch. du Vatican, Gallia, t. II, fo 35S; 38 janvier 1589.

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