MORT D*HENR1 III
conséqoeQoe de cet événement, le bruit de la possibilité d'une alliance entre Henri IH et le roi de Navarre s^était répandu. Le Légat, inquiet de ces rumeurs, en avait parlé au monarque et nous avons vu la conversation qu'ils eurent à ce sujet. Morosini en transmit le récit au Pape, mais Sixte V, sans croire à cette alliance, en parla à Olivarës comme d'une menace faite à son adresse par le Légat, désireux d'insinuer ainsi que si le Saint-Siège faisait une démonstration contre Henri III, celui-ci se réunirait aux protestants (1).
La perspicacité de Sixte Y était ici en défaut. La force des choses rendait le roi de Navarre l'allié du roi de France contre leurs ennemis communs les tigueurs.
Les partis croyent volontiers ce qu'ils désirent : aussi le ))ruit de la maladie du roi de Navarre fut répandu : il avait été, disait-on, saigné quatre fois en un jour, et sa mort était même annoncée (â), mais soudain on apprit que déj^ guéri, il s'avançait vers Tours à la tête de 4.000 fantassins, de 300 lances et d'un grand nombre d'arquebusiers à cheval*
Sa démonstration militaire était appuyée d'un manifeste politique (4 mars 1589). Pour se faire bien venir d'Henri III, il publia une ordonnance contre ceux qui parleraient de Ligue contre le roi et pour grouper autour de lui un parti puissant, il adressa aux trois États du royaume sa déclaralion sur les événements passés depuis le 23 décembre (3).
Il y avait dans cette longue lettre plus d'une parole de cœur : « Le bien du royaume est le seul intérêt qui me guide, disait-il, et jamais mon pals n'ira aprè^moi : son utilité précédera toujours la mienne. )» Or le bien du pays était à ses yeux gravement compromis par de misérables querelles. « Quand tout le monde y sera disposé, il ne faudra ni traiter, ni capituler avec moi, ma conscience m'assurant que rien ne m'a jamais rendu difficile, sinon sa considération et celle de monhonneur. » Il prenait a les États pour juges si c'était la crainte de sa ruine qui le faisait ploier, ou au contraire si •
(1) M. de Hubner, /, c, t. III, f» 272.
(2) Arch. du VaUcan, Lettere t. XXIV, f>669; 25 janvier 1?>89.
(3) Uttrei mUsives d'Henri IV y t. Il, p. 443.
c'était le vrai sentiment des misères de soo pais, Vamoar de la paix, la grandeur de la France qui lui inspiraient ce langage. »
Le roi de Navarre n'ignorait pas que sa religion le faisait repousser par les catholiques, mais il se déclarait prêt k se convertir s'il était convaincu, et en attendant Q promettait de ne contraindre personne. « Instruisez moi, je ne suis poiat opiniâtre. Si vous me montrez une autre vérité, je m'y rendrai et ferai plus, car je pense ne laisser nul de mon parti de ne s'y rendre avec moi. » On ne pouvait donner de meilleures espérances. La paix était d'ailleurs nécessaire : « il faut la paix, la guerre civile est la cause du mal. Nous avons tousasse2 fait et souffert de mal. Nous avons été quatre ans ivres, insensés et furieux, » et le Prince terminait par an éloquent appel k l'Union. « J'appelle avec moi tous ceux.qai auront ce saint désir de la paix de quelque qualité et condition qu'ils puissent être... rendant k mon roi mon obéissance, k mon pais mon devoir, et k moi-même mon repos et mon contentement dans la liberté de tous les gens de bien. » Ces paroles qui retentissaient comme le cri même du patriotisme et de rhonneteté pouvaient k ce moment se perdre dans le tumulte des passions, mais un jour elles devaient éveiller plus d'un écho. Éloigné par l'hérésie du trône dont il était l'héritier, Henri de Bourbon trouvait dans son cœur de Roi des accents inimitables.
Cependant Henri III, bravant les Ligueurs, refusa de nouveau au Légat la délivrance du cardinal de Bourbon : « c'est une grosse affaire, dit-il, et il avait besoin d'y penser, car une fois délivré ne serait-il pas couronné roi de France ? » Morosini ne put rien obtenir de plus et le député de la ville de Lyon, venu pour solliciter l'élargissement de Tarchevêque de cette ville reçut également des paroles évasives. Le Pape en sera instruit, dit-il, et il agira.
Le duc de Mayenne k son tour refusa au cardinal de Gondi tout passeport pour venir k Orléans, puis k Paris, visiter sondiocèse et lui-même le 13 mars, nommé par le Conseil général de l'Union « Lieutenant k la conduite des armées et de
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réut de France, en attendaDt l'assemblée générale des États do royaume, ».préta devant le parlement, un serment où le nom du Roi n'était pas prononcé (1). « Jurez-vous, lui demanda le président Barnabe Brisson et promettez-vous à Dieu de maintenir la religion catholique, apostolique et romaine, d'embrasser sa protection et sa défense envers et contre tous; de conserver l'état royal en son entier, l'autorité des cours suprêmes et les ordres de la justice, les privilèges de l'Église et de la noblesse ; de garder et faire garder les lois et ordonnances dans le royaume ; de consoler le peuple et de le préserver de l'oppression ; d'employer la force et la puissance qui vous est remise pour l'honneur et la gloire de Dieu, au bien et utilité du royaume, à la sûreté des bons, à la terreur des mauvais? — Je le jure, répondit le duc de Mayenne, et promets d'employer jusqu'au dernier souffle de ma vie et la dernière goutte de mon sang. » Toute entente entre le Roi et les Ligueurs devenait impossible.
Si le duc de Mayenne s'éloignait du Roi, le Roi de Navarre s'en rapprochait; celui-ci avait occupé Ghatellerault et Henri III venait de quitter Blois. Cependant lorsqu'à Montricbard, M. de Rosny vint demander, au nom du roi de Navarre, un lieu de passage sur la Loire, Henri III répondit qu'il n'avait aucun besoin de lui (2) et escorté par huit pièces d*artillerîe, il arriva à Tours (7 mars) oîi il fut reçu par le maire et 600 bourgeois très bien armés (3). II descendit à la
(i) Mayenne n'acceptait « que ce qui estait du péril, assavoir le commandement en i*arm6e, dcmourant le surplus à la prudence du ConseU. » Arch. du Vatican, /. c, t. XXXIV, fo 41 ; 7 avril.
(2) c S. M. non haveva risposto altro se non che per airhora non leneva alcun bisogno di lui. »> Arch. du Vatican, Uttere, t. XXIV, p. 829; 9 mars 1589.
(3) Le 7 au matin, le Maire et les Echevins portèrent au Roi les clef^ de la viUe : il les leur rendit aussitôt en leur recommandant Tobéissance : il permit à la cavalerie et à Tinfanterie de loger à quatre lieues de là et garda seulement avec lui ses gardes; trois cents Suisses occupèrent rarchevéché et 2,100 autres Airent logés dans les faubourgs. Le Roi Ait reçu solennellement à TÉglise par le Chapitre en l'absence de l'archevêque : le Chapitre le nomma chanoine et la. messe fut chantée en présence des cardinaux de Vendôme, de Lenoncourt et de Gondi.
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catbédrald et logea à rarcbevécbéi « demeure étroite, d'ooe ancienne ooo»truction, mais avantageusement placée près da château, en faee le pont sur la Loire (1). » Les prisoDoiers du 34 décembre étaient alors à la Bourdaisière sous la garde de M. de Marcé, chevalier de TOrdre, frère de M. d'O, ils en partirent k la mi-carème pour aller à Azay et d^Azayils vinrent à la fin d'avril à Gbinon « lieu très fortifié, bien que peutrétre trop rapproché du roi de Navarre (2). »
A Tours, les catholiques craignant Talliance d*Henri 111 avec le roi de Navarre, proposèrent de marcher contre les protestants, mais on fit observer, qu'ayant en face le roi de Navarre et à dos les Ligueurs, le roi serait entre Tenclume et le marteau. Le Légat, arrivé deux jours auparavant pour essayer de disputer le monarque aux infiuences de ses conseillers, s'efforça de montrer que les hérétiques, sans avoir la force de relever lautorité royale, pouvaient l'anéantir. tDien voit mon cœur et personne n'est plus catholique que moi, lui répliqua alors Henri III; je ferai mon possible pour ne pas employer d'hérétiques, mais si le duc de Mayenne vient pour me couper la gorge, il faudra bien me défendre et pour me défendre j'employerai, si besoin est, des hérétiques et même des Turcs. » Puis interpellant Morosini : u Si vous étiez sur le point de mourir, et que le Roi de Navarre eut une épée pour vous sauver, assurément vous ne refuseriez pas son secours. J'ai cherché plusieurs fois k m'arranger avec le doc de Mayenne et dernièrement encore la Reine, sur ma demande, a écrit à Madame de Nemours, mais ils sont si enragés qu'ils refusent d'écouter aucune parole de paix; ils en veulent à ma vie ; mais je suis résolu à la défendre. » Puis le roi s'étonna que le Souverain Pontife, père de la chrétienté, voyant le fils aine de l'Église en une si grande détresse, ne
(1) a Essendo la stanza molto ong^usla ctfabricala a Tantica. »
(i) Les détails sur le cardinal do Bourbon sont dans une lettre adressée
à la duchesse de Nevers. Bibl. nat. f. fr. mt. 3978, f» 211. De Chinon.
il fut au mois de septembre mené à Loudun, ensuite à MaiUezais, enfin
à la fin d*octobre à Fonbenay, où il était fort commodément logé : oo
raconte son genre de vie.
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ehereliAl pas à iotenrenir en médiateur pour pacifier le royaume. L'intérêt du Pape, celui du Siège apostolique, D'était-il pas de conserver un Roi de France, affaibli sans doute, mais non encore réduit à tel merci qu'il ne put pendant longtemps inquiéter ses ennemis? » Le Légat rappela les bons offices tlu Pape et fit observer, que si le Roi avait tenu ses promesses, il ne se trouverait pas accablé par le malheur. « Le Souverain Pontife ne doit pas m'abandonner à présent, répliqua Henri III ; ce qui est fait est fait. Il ne sert de rien de blâmer le passé. Un pape doit écouter sa chanté plus, que son indignation. » Et le Légat de répondre alors au Roi qu'il allait se confier à Dieu et non au démon dont les hérétiques étaient l'instrument, se laisser guider par le Pape et non par le roi de Navarre.
Henri III mit aussitôt le conseil à profit et réclama positivement l'intervention du Souverain Pontife. La Reine vint dans ce but à Marmoutiers où logeait Morosini et le supplia de la demander. Pendant la visite de la Reine, le Roi arriva comme par hasard et joignit ses prières à celles de sa femme. « Puisque ceux de la Ligue viennent m'attaquer, dit-il, je suis forcé de me défendre. Dieu voit ma peine et mon tour^ ment d*étre réduit à devoir la vie à ceux que je hais, mais enfin je ne piiis mourir. — L'Union avec le roi de Navarre n'est pas le salut, c'est la perte, répliqua le Légat. — Mais, alors, reprit le Roi, comme ministre du Pape et avec son autorité, vous devez empêcher le duc de Mayenne d'avancer, voos devez m'empècher de subir cette honte.» Morosini n'avait pas d'ordre pour prendre cette initiative et engager ainsi l'autorité du Saint Père. Néanmoins Henri III insista, et pour ôter aax catholiques toute crainte d'avoir un roi hérétique, il ofrrit de désigner le duc de Mayenne comme son successeur.
Le Roi retourna à Tours, et le soir même envoya le secrétaffe d'État Revol demander au Légat de faire une démarche auprès du duc de Mayenne. Morosini réclama un mot écrit de la main du Roi pour attester le sérieux de l'ouverture. Revol le lui remit le lendemain. « Les considérations présentées par
le Cardinal Légat, sur le malheur de la guerre entre le Roi ti ses sujets catholiques, y était-il dit, montrent la nécessité de trouver au plustot un moyen de la faire cesser, aBn de toarner ensuite toutes les forces contre les hérétiques, Sa Majesté se déclare donc disposée à adopter des propositions raisonnables, car elle a toujours eu un extrême déplaisir de ne pouvoir arrêter les progrès des hérétiques. Pour mieux faire connaître sa bonne intention, Sa Majesté offre de remettre à N. S. Père le Pape le jugement des difficultés survenues entre elle et ses sujets, Sa Sainteté pouvant s*adjoindre dans ce but, si elle le désire, le grand duc de Toscane et le duc de Lorraine. Le Roi promet sur sa parole et son honneur d'accepter le jugement de Sa Sainteté et de s'y conformer. »
Le secrétaire du Légat, Mgr Sini, devait porter à Rome récrit signé par le Roi, mais celui-ci préféra faire partir son confesseur Mgr de S. Germain, abbé de Senlis. Il demanda immédiatement au duc de Lorraine de vouloir bien être aa besoin le médiateur delà paix, et, pour désarmer les Ligueurs, il présenta les propositions les plus avantageuses (i). Le fils a!né du duc de Lorraine devait avoir le gouvernement de Tout, Metz et Verdun ; le duc de Mayenne celui de la Bourgogne, avec la nomination de tous les gouverneurs et officiers, ce qui, en fait, le constituait duc de cette province : on lui aurait donné de plus un revenu de 40,000 écus à prélever sur les revenus de la contrée. Le jeune duc de Guise aurait eu le gouvernement de la Champagne et 20,000 écus de pension : son frère dix mille écus. Le duc de Nenâours aurait pris l6 gouvernement de Lyon avec dix mille écus de pension ; le duc d'Âumale deux terres en Picardie avec dix mille francs et le duc d'Ëlbœuf vingt-cinq mille francs; tous les prisonniers du 24 décembre seraient délivrés.
Pauvre Roi! écrit Tempesti, qui rapporte ces faits (2), q^e pouvait-il faire de plus? Mais les Ligueurs devaient répondre
(1) Arch. du YaUcan, Francia, Varia, t IL TempesU, Sfom, t. % p. 191. Mémoire délia vita de G. F. Morosini, dal P. Stefano Cosmi, in-t"» in YeniUa, 1676| passim.
(2) Storia délia Vita di Sisto qutnio, t. II, p. 197-200.
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que deux fois déjà, sur la sainte Eucharistie il avait prêté serment, et que deu.v fois il avait violé sa parole.
Cependant le Légat saisissant comme une dernière espérance, Toccasion offerte de rallier toutes les forces catholiques, but constant de la politique du Saint-Siège, envoya immédiatement au duc de Mayenne son majordome Rinuccini. Mais le duc resta treize jours avant de transmettre une réponse conçue en termes vagues, et ne donnant aucun espoir. Il avait cependant prévenu le Souverain Pontife (1) : « Monsieur le Légat lui avait écrit le désir du Hoi de se remettre au jugement de V. S. sur la prise i'armes que les catholiques ont fait justement contre lui, il avait communiqué sa lettre au conseil de TUnion et diaprés son avis il envoyait à Rome le Doyen de la Sorbonne sieur Pison, personnage d'intégrité et de très grand zèle pour la Religion. » Pison devait « déjouer les artifices des ennemis, demander au Pape de se déclarer chef des armées catholiques et qu'elles fussent désormais conduites en son nom, autorité et par ses commandements auxquels le duc de Mayenne promettait d'obéir; » seulement, disait ce dernier « Nous supplions Sa Sainteté de ne point nous ordonner de nous remettre encore sous Tobéissance de celui dont le seul but et désir est de nous ruiner, ayant, au même temps qu'il faisait tenir ses propos à H. le Légat, loué et acheté à prix d'or des assassins pour attenter à ma vie. Deux sont déjà entre les mains de la jusiice et en ont fait l'aveu, un troisième, après avoir reçu de l'argent, est venu se dénoncer lui-même. »
Ainsi le duc de Mavenne se disait bien dévoué au Saint- Siè^e, mais il préjugeait sa décision et entendait qu'elle fat conforme à sa pensée. « Il éprouvait un étrange déplaisir da malheur de ce royaume, de la division établie entre les catholiques par la nécessité de la défense, » mais il était persuadé qu*en voyant la cause du roi devenir de jour en jour la cause des hérétiques, les catholiques l'abandonneraient ei se réuniraient à la Ligue. Si par malheur, ils ne le fai-
(i) Arch. du Vatican, Utlere, l. XXXIV, 0» 41 ; IcUre du 7 avril tîfSO.
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saient pas, comme « la plas grande partie des catholiques sont de notre parti, écrivait-il au Nonce (1), Diea nm donnera la force de vaincre, mais dussions-nous nous perdre, nous ne saurions vivre sous la tyrannie des hérétiques, et la mort est préférable à la servitude. »
Le conseil de TUnion dont le duc de Mayenne traduisait h pensée autant que la sienne, accusait Henri III, actuelle' ment allié des hérétiques, d'avoir « proditoirement massacré les princes catholiques, « nos Gédéons nos Josuez, nos lachabéeS) » et il suppliait le Souverain PontHe de secourir les affligés en appliquant à leurs maux les remèdes opportuos (!]. Le Conseil recommanda en même temps le « personnage d'honneur » Pison, envoyé « du consentement de toutes les villes et communautés catholiques. »
Ainsi les esprits partout surexcités étaient peu disposés a Tentente. Afin de donner satisfaction à plusieurs indivirfns de la ville de Beauvais^ la Faculté de Théologie de Paris fil enlever du Canon de la messe le nom du roi et y subslliaa des prières pour les Princes catholiques. De son côté le chapitre de Reims, désireux de venger la mort de son arcberéque le cardinal de Guise, refusa la communion et Tabjolation h ceux qui n'auraient pas juré Fédit de TUnion.
VUl
Ces démonstrations, précédées ou suivies par d'autres semblabiest et surtout U réponse si peu empressée dudic de Mayenne portèrent le dernier coup dans l'esprit du Boi. 11 envoya MM. de Scbomberg et Revol annoncer au Légat la nécessité où il se trouvait de se réunir au roi de Navarre pour
(i) Arch. du VaUcan; lettre du 6 avril IMO,
(i) Arch. du Vatican, Leitere, t. XXXVI, f> 105 ; lettre du « Conseil général de TUnion catholique estably à Paris, attendant l'assemblée des Estais du royaume. i>
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se protéger contre les Ligueurs et même pour empêcher les hérétiques de s'emparer de tout le pays (1). Une telle démarche est contraire aux intentions du Roi, dirent Schomberg et Revol, maïs il ne peut s'accorder avec les catholiques, dont Tunique pensée est de le priver du trône et de la vie. L'arrangement projeté avec le roi de Navarre semble au surplus assez avantagent, car si pendant un an les hérétiques ne peuvent combattre que les Ligueurs, les gouverneurs de toutes les places doivent être catholiques et nommés par le Roi. Les protestants occupent seulement pour une année la ville des Ponts de Ce et le duc de Nevers, afin d'empêcher le duc de Mayenne de rien tenter contre Blois ou Beaugency, s'établira a Ghateaudun, place forte appartenant à son gendre le duc de Longneville : on pourra ainsi gagner du temps pour faire venir des Suisses et des Allemands.
Le Légat exprima sa douleur de la résolution prise par le Roi, car, outre l'abandon de son devoir de conscience et de son obligation de servir Dieu et la religion, but premier des actes d'un roi très chrétien, cette alliance devait causer inévitablement sa ruine et celle du royaume. « On pense sauver ainsi le Roi, et on le perd, cela est certain, car le Navarrais trompera toujours Sa Majesté ; s'il veut la défendre, il ne le pourra pas, car ses forces sont insuffisantes pour résister à celles du duc de Mayenne. On accepte donc un mal évident, dans l'espoir d'un bien douteux et cela brise le cœur, car on arrive au double résultat h éviter : le triomphe des hérétiques et le triomphe des Ligueurs. Les hérétiques triomphent, car ils acquièrent sans tirer l'épée une place sur la Loire ; les Ligueurs triomphent, car par son alliance le Roi justifie tontes leurs accusations. — Votre Seigneurie parle à merveille, répliquèrent Schomberg et Revol, mais il faut bien voir la situation : Le roi n'a qu'à prendre ce parti ou à périr. Si le duc de Mayenne eut consenti à une trêve, le Roi n'aurait pas été mis dans cette alternative, il eut pu tourner ses forces contre les huguenots, tandis qu'il lui est impossible
il) TempcsU, Stona délia Vita di Sislo F, t. II, p. 188.
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de résister en même temps au roi de Navarre et au dac de Mayenne. »
Henri III eut avec le Légat un entretien semblable: (( Mayenne avance et me menace, dit-il, si j'attends Je serai obligé pour me sauver de faire au roi de Navarre des concessions fatales; si au contraire je traite maintenant, je ne consens à rien de préjudiciable pour la Religion. — Si l'accord est conclu, répondit Morosini, je prie le Roi de m'accorder un passeport pour me retirer, car alors je n'ai plus rien k faire près de lui. — J'y penserai, dit le Roi et je vous parlerai demain. Mais soyez en certain : que cet accord ait lieu ou non, je vivrai ou mourrai toujours dans la foi catholique, apostolique, romaine. »
Le Légat profondément attristé résolut d'aller parler luimême au duc de Mayenne. Sans ordre du Pape à ce sujet, incertain si sa démarche serait approuvée, il demanda au Roi d'attendre dix jours avant de rien conclure, et il partit en emportant par écrit les conditions offertes aux Ligueurs. Nous les avons dites.
Le 10 avril, il quittait Blois pour se rendre à Paris, lorsqu'il apprit la présence du duc de Mayenne à Châteaudun. 11 s'y rendit aussitôt,. escorté par trente arquebusiers, et le duc prévenu vint au-devant de lui à une lieue de la ville. Le Légat chercha à le convaincre. « Si la guerre pouvait faire revenir les morts à la vie, dit-il avec animation, j6 ne conseillerais jamais la paix et voudrais vous aider à faire la guerre, mais les morts ne revivront pas et la guerre expose les survivants à périr. La fortune des armes est changeante. On peut vaincre, mais aussi on peut être vaincu et la victoire même coûte cher. Pourquoi donc ne pas profiter des dispositions du Roi pour faire la paix, à des conditions avantageuses? » Et en terminant il parla de l'affection du Pape pour le duc que Sixte V regardait comme son fils le plus cher.
Mayenne avait écouté avec attention : « avant ces derniers événements^ dit-il, j'auraisdésiré consacrer mes biens et ma vie au se'rvice du Roi, mais jamais je n'aurais cru rencontrer
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tant d'iniquité et de félonie. Aujourd'hui; je ne puis me fier à ce misérable et on ne peut parler de paix avec lui car if ne tiendra pas ses promesses. Force est donc de nous servfr des bras que Dieu pous a doives pour nous délivrer de sa tyrannie oa pour mourir. J'ai quitté ma femme et mes enfants, je sacrifie ma vie, mais je ne perds pas courage^ car le ciel, je Tespëre, n'abandonnera pas notre si juste cause. » Le duc ne refusa pas de s'en remettre à la décision dû Pape et il était prêt à lui obéir, mais toujours à la condition de ne jamais rentrer « sous la tyrannie d'un misérable assassin. »
Le Légat coinbaltitles raisonnements du duc de Mayenne : < Si le rot n^acceptait pas la paix, vous pourriez dire qu'il pn^fère les hérétiques aux catholiques, mais si vous ne voulez aucun accord avec lui, vous le mettez dans la néces* site de chercher ailleurs son appui. — Je ne refuse pas de m'en rapporter à Sa Sainteté, répliqua le duc de Mayenne, car j'espère qa'Elie ne me commandera pas d'obéir au Roi. En attendant je continuerai mon entreprise, car je ne vois aucun moyen de me fier à lui. Voudrais-je croire moi-même en sa parole, je ne persuaderais pas les catholiques (1). »
Après deux jours de discussions, le Légat ne put convaincre le due de Mayenne. Désespéré il ne voulut pas revenir auprès du Roi qui resta ainsi complètement isolé des représentants des puissances. Les ambassadeurs d'Espagne et de Savoie étaient, au grand mécontentement de Sa Majesté (2), retournés k Paris, ceux de Venise et de Ferrare étaient à Vendôme ; seul l'ambassadeur protestant d'Angleterre était venu à Tours où il avait rencontré l'ambassadeur du Souverain Pontife. Morosini comprit sa fausse position. D'ailleurs revenir près du Roi, ne serait-ce pas désobéir au Pape et devenir suspect aux Ligueurs, puisque hérétiques et royaux étaient k présent très mêlés jusque sous Orléans? Les Ligueurs, en voyant le Légat près d'un roi allié aux prêtes-
(t) !bid, p. 197. Cf. Lettre du duc de Mayenne. Arch. du VaUcan, /. c, t. XXXIV, fk 61 ; 3 mai 1583.
(2) « Gon mala sadisfattionc di S. M. v Àrcb. du VaUcan, /. c», t. XXIVt f» 829, Lellre du 9 mars 1£>89. ^ *
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tants, ne devâient-ils pas rappeler un hérétique, ou comme ils le disaient, un politique ? Morosini se rappelait du reste qd mot de Sixte-Quint lorsqu'à van t son départ de Rome il vint le trouver à sa villa de Frascati : « Si le roi, lui avait-il dit, fitit aUiance avec ^les hérétiques, il faudra quitter la cour, p U résolut donc de se rendre auprès du duc de Nevers, et envoya seulement son majordome Rinuccini, rendre compte au Roi de l'inutilité de sa dernière démarche près le duc de Mayenne. Henri III chargea Rinuccini de transmettre toas ses remerciments au Légat pour ses bons offices.
Le 14 avril, une trêve d'un an entre le roi de France et le roi de Navarre était signée et' dix jours après, 24 avril, ce dernier écrivait au Légat afin d'expliquer une alliance devenue nécessaire pour terminer une situation désastreuse, car, disait-il, la Religion n'avait rien à voir dans la lutte engagée.
De son cAté, Henri III justifia sa résolution en rejetant la responsabilité sur les Ligueurs dont les incessantes attaques Tavaient empêché de faire triompher la Religion. (1) Le IS mai 11 envoya son écrit au Légat et après toutes les tentatives d'accord restées inutiles, il se disait excusable devant Dieu et les hommes d'avoir opposé au mal le plus imminent le seul obstacle qui put l'arrêter (2).
A son retour de Ghâteaudun, Morosini avait fait partir d'Orléans pour Rome (21 avril) son secrétaire François Sini afin d'expliquer sa conduite et exposer de vive voix la situation du royaume (3). Puis il quitta Orléans le 26 avril ; le 28 il fat à Gien, ob le duc de Nevers vint pour l'escorter en lui sauvant peut-être la vie, car les hérétiques guettaient son passage.
Légat du Souverain Pontife, il fut reçu au château de Nevers avec la plus grande pompe par les magistrats et l'Evêque.
i) « Le iS mai fut trouvée par les rues (de Paris) une déclaratiofl du roi datée du 12. » Journal hUtonquê de Fayet, p. e5.
(3) Tempesti» /. c, t II, p. 204.
(3) Le 17 avril (arch. du VaUcan. Lettere^ U XXIV, ^ 887} Moroani annonçait le voyage de Sinl comme très à propos et nécessaire, vu les difficultés d'envoyer des lettres en Italie. Le 0 mars (»6., t XXIV» ^ 838) U avait dit i « on ne peut rien confier aux lettres qui sont très exposées à se perdre. »
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Le 4 mai il se rendit à Saint Pierre-Ie-Moutier, et le 11, il était à Moulins.
Ainsi Morosini, après avoir lutté jusqu'à la dernière extrémité pour réunir tes catholiques autour du Roi, but suprême et constant de son action politique/ se retirait découragé après avoir maintes fois demandé son rappel à Rome,
Dès que le duc de Mayenne, occupé k établir un système de cerre^ondances entre Paris et les villes de TUnion, apprit l'occupation par les Protestants des Ponts de Gé et de Saumur (21 avril), il se dirigea vers la Loire,
Arrivé près de Ghâteau-Regnauld, il quitta son camp de MoDtoire, suivi de huit cents bonnes lances, de 3.000 arquebusiers et de 2 couleuvrines,.pour assiéger le* comte de Brienne dans le château de Saint*Onen-du-Bois, à deux lieues en avant d'Àmboise (1) (27 et 28 avril), puis il s'avança jusqa'aox faubourgs de Tours dont les premières barricades furent emportées*
Le roi de Navarre venait de rencontrer Henri III au Piessis (30 avril). « Le pire, écrivait alors le duc de Mayenne, est que la messe et le prêche ont lieu en même temps, et nous avons à combattre les hérétiques appuyés ouvertement de •^autorité et de l'armée du Roi. Je n'en suis pas épouvanté, car grâces à Dieu nous avons assez de forces ; nos troupes à pied et à cheval sont très belles, pleines d'ardeur, supérieures en nombre à celles de l'ennemi. Mais notre grand ^jet de crainte est la levée des Suisses. Déjà elle s'approche avec la troupe de reltres recrutée par le comte de Montbelliard, grâce à l'appui de l'Angleterre, de Genève et de l'Aile*
(i) La nouveUe de la défaite dtt comte de Brienne arriva le S mai à ^ans. s. Ouen était « une maison appartenant à M» Molan. » J(nimàl ^Mqueùe P. Fayel, p. 00*
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raccusent. Les eatlioliques ont été contraints de prendre les armes pour conserver la Religion, puisque celui qui a été leur Roi, s'est, grâce à d'Ëpernon, réuni ouvertement au roi de Navarre, L^argent du clergé dissipé pour payer les rettres vaincus par les ducs de Guise et de Mayenne, les pernicieuses mesures prises avant la journée des barricades pour faire mourir les catholiques, les assurances données d'abord au duc de Guise puis violées, enfin Taccueil fait aux comtes de Soissons et de Gonti, naguères hérétiques» suffisent pour montrer les sentiments du Roi. Partout il s'allie aux Protestants, en Dauphiné, en Ghampagne, en Normandie. Tels sont les actes, et l'hypocrisie du langage ne peut les changer. Hypocrite et voluptueux tel a été le Roi I Alors du fond même de cette situation est sortie l'Union des Catholiques : il n'y eut là, aucun projet combiné parla prudence humaine; un mouvement divin a tout à coup enflammé les cœurs et leur a fait comprendre que pour empêcher leur ruine et celle de la religion il était temps de s'unir. Le duc de Mayenne a été choisi pour chef, en attendant la convocation des États gêné* raux, fixée au mois de Juillet. »
Gomme conclusion le Conseil demandait au Pape de prononcer un arrêt contre « le cruel tyran, » d'intenter un procès ï l'évêque du Mans chargé d'exposer les prétendues raisons de l'attentat contre les Guise, de promulguer enfin une croi-* «ade contre les hérétiques.
Chaque cardinal reçut une copie de ce mémoire oh la passion se montrait à découvert : car on voulait disposer le Sacré- Collège en faveur des projets des Ligueurs. La lettre, adressée personnellement au secrétaire d'État, était encore plus vive, s'il est possible, mais elle ne manquait pas d'une certaine fierté d'accent. « Nous sommes jaloux de l'honneur de Diea, de l'antique gloire de la France, disaient les Membres da Conseil, nous voulons assurer nos vies et nos fortunes et après avoir été régis et gouvernés par des rois droituriers et très chrétiens nous ne pouvons plus souffi*ir ni l'impiété, ni la tyrannie, étant nés français et non esclaves, catholiques et non calvinistes* »
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Le Marquis de Pisany et le Cardinal de Jeyeuse s'étant plaints qu'on écoutait beaucoup trop les députés des rebelles, Sixte-Quint répondit : « Gomme Père» je Veux et dois écouter tous ceux qui se disent opprimés. Je ne suis pas ennemi du Roi, mais je ne puis patroner sa cause sans y avoir bien réfléchi, car donner la mort k un Cardinal, en retenir un autre prisonnier, ce ne sont pas là des délits sur lesquels je puisse fermer les yeux, le Saint-Siège ne sera pas injuste pour le Roi, mais il doit rendre justice, une justice aecompa* gnée toujours de clémence (1). »
Le Csurdinal de Gondi s'efforçait de détruire dans l'esprit du Pape rinfluence des déclarations du Conseil de la Ligue t « Nos malheurs ont grand besoin de votre aide prudente et paternelle, écrivait-il le 27 avril (2). Ne regardez pas nos erreurs et nos fautes, mais secourez ce royaume, premier fils derËglise* Je crains que nos maulx ne vous soient pas suffisamment connus, à cause de la diversité des opinions qui régnent parmi nous car chacun les raconte et en discourt selon sa passion et son intérêt. Le retard dans l'envoi du secours du Pape ne peut qu'être très préjudiciable et le mal deviendra incurable. »
L'évéque de Nevers avait déjà émis la même pensée et supplié le Pape d'intervenir (3). La réunion de tous les catho* ligues, alliés naturels entre eux, mais actuellement divisés en deux partis, pour marcher tous ensemble comme un seul homme contre les hérétiques, présentait, selon lui, le seul remède aux maux de la patrie i C'était Ik une grande et loyale politique. Le Pape, dans la pensée de l'Ëvéque, devait envoyer en France un nouveau Légat pour apaiser les haines et comme au temps des Albigeois grouper tous les catholiques sous l'étendard de la croix. Tous ceux qui se disent catholiques com-^ battront certainement sous l'autorité duVicaire de Jésus-Christ,
(1) Le Pape aurait dit un Jour en colère que le Roi était c un propre à rien i^unda poco, l'abbé d'Orbais releva ce mot dans une lettre qni fût interceptée par le Roi» Â Desjardms, f. c, t. Y, p. 29.
(2) Arch. du Vatican, l. e., t. XXV, ^ 89. -
(3) Arch. du VaUcan, Letterty t. XXV, ^ «99; i avril \m.
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encore que leur nombre diminue à cause de Timpie déserlion des faux catholiques, appelés vulgairement les politiques» dont la désetdon n'apporte pas un mince dommage au corps des éatboliques car par ces divisions et par ces schismes, les hérétiques voient leurs forces grandir. »
Ni les députés du Conseil de TUniondes catholiques, ni leà lettres des Ëvèques de Paris et de Nevers; n^étaiént arrivés à leur destination, lorsque Sixte V, instruit par Sioije secrétaire du Lé{[at, de l'état de la France (1) espiérà par un acte de vigueur amener le Aoi à modifier sa conduite. Le 5 mai il parla danà un consistoire des tribulations que lui causaient les événements de France et comment, aussitôt après la mort du cardinal de Guise, il aurait dû prononcer rexcomn^nkation contre Henri IIL Or ce Prince, disait-il, loin de demander Tabsolution, s'est tourné vers les hérétiques et a fait alliance avec le roi de Navarre, aussi il voulait envoyer un Monitorium ou avertissement ; la buUe préparée fut lue par le cardinal Mattei, mais le Pape défendit aux cardinaux d'en parler avant sa publication (2). Le 24 mai elle fut affichée dans Rome. Le roi était sommé de mettre eu liberté, deux jours après avoir reçu cet avis, le cardinal de Bourbon et l'archevêque de Lyon, il était cité k comparaître à Rome, en personne ou par procureur, dans un délai de soixante jours (3).
Le Monitorium reçut l'approbation de Philippe II car il constatait la rupture entre le Saint-Siège et la France (4)f mais les amis d'Henri III, comme les ambassadeurs Vénitiens, après avoir appelé l'attention du Souverain Pontife sur les inconvénients de cette mesure, avant qu'elle parût, la blâmèrent dès qu'elle fut publiée. Cependant elle était juste : c'était le droit du Pape et son devoir. Li6 duc de Nevers se
(1) « Le secrétaire de Morosini a parlé au Pape des affaires de France qui sont très différentes de ce que Ton croit généralement* >* Lettre de Niccolini du 5 mai 1589. A. Desjardins, /. c. t. V., p. 35.
(2) Àcla Consistorialia. Bibl. nal., f. latin ll^idJ, fo 531.
(3) Arch. du Vatican, Regestum Sixti V, an« V^ £p. 3,
(4) Baron de Hubner, SwU-Qwt, {. Il, p. ^9,
tmmimmmÊmmmmmÊ^am
il remarquer parla vivacité de ses plaintes adressées à Camille Toiia, noble bolo&ais, son agent à Rome (1).
Le 12 mai deux exemplaires de l'acte Pontifical avaient été adres3és au Légat avec Tordre <te le publier. Mais Morosini ne reçut jamais cette: dépêché. Le 13 le commandeur de Dieu, chargé par le Pape de veiller à la publication, se mit en route, mais contraint de séjourner en plusieurs villes pour ne point exposer un dépôt si précieux, il arriva tardivement à Lyon oii il annonça le Menitoire. A cette nouvelle les esprits déjà excités devinrent de plus en j^lus violents contre le roi (2); à Dijon le Commandeur pressa le Parlement de déclarer hérétiques tous ceux qui abandonnaient le parti dés catholiques pour embrasser celui de Navarre. Il arriva enfin dans la Brie, ou le duc de Mayenne tenait la campagne aux envi^ roDS de Coulommiers, et lui transmit « les très prudents avis » de Sa Sainteté, puis il entra dans Paris dont « if ne trouva point le peuple intimidé par les menacés du roi (3). » Le décret du Pape affermit encore les habitants dans leur résolution de mourir plutôt que changer de j*eligion.
L'abhé d'Orbais et plusieurs personnes actives furent envoyés pour publier le Monitoire, comme le' Pape Tavait ordonné, d'abord à Meaux puis à Chartres. L'évéque et le clergé de cette dernière ville, craignant de déplaire au Roi« ne consentirent pas à la publication ; sans la défendre, ils auraient voulu la retarder, nâais Tévèqué en fiit si chaudement prié et même importuné qu'à la fin il céda.
Le courrier chargé d'en apporter un exemplaire au Légat,
(1) Sixte V en garda souvenir. Le 7 septembre 15S0, Camille délia Volta fut arrôté, écroué à Tor di Nona, jugé par l'Inquisition et le 14 oetobre eut la tète tranchée. On parlait alors à la cour de l'arrestation de Georges Davoir, normand, chargé d'assassiner le Roi, mais Morosini ne le croyait pas.
(2) Arch. du Vatican, Ullere, t. XXVII, P» 319; lettre du 11 juin 1589. (H) « lo m'aviai a Parigi, ove non tniovai Fardore del popolo nella
piela et divotione cristiana rift*eddata sopra le protestationi del gia Re per liquali le minacciava d*una grandissima rovina et sconsolatione. n Aetostone del commendatort di Diou, Archives du Vatican. Oallia ttinnei III, iub SUto V, fi m.
rieur pourtant Elle ne laisse pas de connaître mes très dévoués et très fidèles services. Averti de divers côtés qae Votre Sainteté était mécontente de moi, je ne puis encore le croire, car je ne lui ai donné aucune occasion de Tètrc. Je veux cependant par cette lettre la supplier d*étre convaincue que, pendant tout mon séjour en ce royaume, mon unique but a été de La bien et fidèlement servir ; si dans la situation de la France, je n'ai pas osé prendre de moi-même la résolution d'agir contre le Roi, comme Votre Sainteté, parait-il, l'eût désiré (1), Elle sait bien que c'était pour la mieux servir, sûr que si je laissais à sa grande prudence la conduite de cette affaire, il y aurait plus de profit à exécuter ses ordres. »
En terminant, Morosini supplia le Pape « par le sang répandu de Jésus-Christ » de lui pardonner (2).
Sixte-Quint ne voulut pas permettre à son légat de venir à Rome, car on l'avait extrêmement monté contre lui et il parla de l'enfermer à Bologne. Morosini ne se sentait pas coupable, et comme on lui disait de faire appel à la clémence du Pape et d'avouer sa négligence, il répondit qu'il aimait mieux être condamné innocent, qu'absous sans motif.
Ajoutons ici qu'après avoir séjourné à Bagnaia, près de Viterbe, pendant un voyage du Pape à Terracine, Morosini reçut la permission de venir à Rome, incognito, habiter chez le cardinal son oncle, puis dans son appartement au Palais de S. Marc (3). Il ne devait visiter que le seul cardinal de Montalto. Sixte V chargea alors les cardinaux Pinelli et Mattei d'indiquer à Morosini les points sur lesquels l'ex-Légat devait s'expliquer. Morosini fit rédiger un mémoire par Mgr Arrigoni, avocat au Consistoire, qui depuis revêtit la pourpre romaine. L'apologie fut victorieuse (4). Sixte-Quint
(1) « Per li accidenli occorsi in questo rcgno, io non ho ardito ^ prcndere da me stcsso risolutionc di farc alcuna cosa contra il Rc, eome pare che la S. V. bavcria desidcrato. » Arch. du VaUcan, Lettert, t. XXIVi r» 901.
(â) Arch. du Vatican, /. c, t. XXIV, t^ 1002, lettre du 26 juiileU
(3) Àcta consistorialia a card. S. Severinœ, fo 546.
(4) TempesU Ta publié, t. Il, p. 244.
MORT D^UEflRl III ^33
éclairé avoua- publiquement que la jalousie et la méchanceté avaient uni leurs efforts pour le tromper et, après avoir dit à Morosini sa consolation de voir un de ses cardinaux obtenir
le suffrage général, il voulut lui remettre, au milieu d*un Consistoire public, le chapeau de Cardinal. Quatre jours après, dans un Consistoire secret (on était déjà au 14 mars 1590), Morosini fit sur sa légation en France un rapport qui obtint Tapprobation des cardinaux et du Souverain Pontife (1). « Morosini est un homme très distingué, dit alors le Pape à Badoer, l'ambassadeur de Venise, et sa relation est très belle. Si les événements ont été pour le Légat une cause d*ennuis, ce n'a pas été sa faute, mais celle des circonstances (2). » Morosini devint un des plus intimes conseillers du Pape et s'occupa surtout dans la suite des affaires de Hongrie et d'Allemagne.
Revenons à notre sujet.
Les armées réunies du roi de France et du roi de Navarre avaient quitté Tours, puis Étampes et marchaient sur Paris (3] ; le due de Longueville assiégeait Meaux. Alors le duc de Mayenne, retiré comme nous l'avons vu en Normandie, revint en hâte et, en deux jours et une nuit, il fit avec ses troupes et son artillerie une marche de quarante heaes (4), nettoya alors complètement la Brie des forces enne-
(t) « Fecit rclationcm suae Icgationîs cicgantcm quidcm et ornalam H^ntam audivi. » Acta consister ialia f** 546.
(i) Lettre de Badoer au Doge, i7 mars i500| Hubner, /. c, t. II, ^^l6.Dona Camilla, sœur de Sixlc-Quint, donna à Morosini dans sa villa wi somptueux repas.
(3) Le 3 juillet 1580, le duc de Nevers écrivait À Morosini pour lui. aononeer que to-poi avait pris Etampes, où il avait trouva beaucoup de (iraiQs, et se rendait à Corbeil. Arch. du Vatican. Letiere t.XXIV,^»^!^.
(4) Archives du Vatican. LcUere dcl A'wnzio, t. XXXIV, P 67.
334 U LIGUB
mies et vint occuper Montereau, passage très important sur la Seine. Il était le 14 juin à son camp devant la ville, lorsque le P. Commissaire-général des Capucins vint le voir : il se rendait à Rome. Mayenne lui exposa l'état de ses affaires, la situation des ennemis et Topinion du royaume. Il le pria d'instruire le cardinal de Montalto afin de loi apprendre, disait -il, « notre zèle, notre sincérité et notre courage. Ce qui reste de catholiques en ce royaume se joint à nous pour défendre cette sainte cause. » Le duc de Mayenne pressait cependant l'arrivée des renforts venus de l'étranger, puisque c*était de l'étranger que tous, Ligueurs et Royaux, espéraient leur appui. Henri III attendait six mille cinq cents rettres et 12,000 Suisses levés par M. de Sancy avec les 300,000 écus offerts par la ville de Strasbourg : ces troupes devaient se diriger par Langres, Dijon et Autun. Le Roi avait d'abord voulu envoyer M. de La Guicbe pour les commander, en lui donnant Tordre d'attaquer tous les partisans de la Ligue (23 juin), mais à la place de M. de la Guiche déjà venu à Moulins pour réunir la noblesse de la province, il envoya le duc de Longueville.
De leur côté les Ligueurs avaient chargé M. de Bassompierre de leur amener dés reitres et le colonel Phiffer, de lever douze mille Suisses. Afin de mettre des entraves à cet enrôlement, Henri III fit présenter (9 juillet} par son ambas^ sadeur à la diète de Bàle, des observations pour empêcher les Suisses d'aider ses sujets révoltés, mais les députés des Gantons n'ayant pas d'ordre, durent en référer à leurs Conseils respectifs.
Le 13 juillet le duc de Mayenne adressa « humble requête au Pape de ne vouloir croire les avis et rapports qui lui seraient donnés en faveur des ennemis, lesquels plus ordinairement sont artificielz et esloignez de la vérité des dioses. Ils estiment se prévaloir et advantager de faux bruits, chose très indigne des grands, de la bouche desquels ne doit
jamais partir ni mensonge ni déguisement Rappelé à
Paris par l'instante prière des habitants pour les protéger jusques à l'arrivée de nos étrangers, et combien que je ne
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MORT d'hENRI III 33S
sois pas de ceux qui se promettent légèrement les grands succès, si oserais-je bien espérer, avec Faide de Dieu, pour la cause duquel nous bataillons, sitôt que j'auray assemblé nos reistres et nos Suisses, d'attirer nos ennçmis à ung combat, oii de les faire reculler si loin que la pluspart de ce royaume puisse demeurer en repos (1). »
Mais le 17, les reitres amenés aux Ligueurs par Bassom** pierre et conduits par le duc de Nemours, étaient encore k sept lieues de Nancy, tandis que ceux levés par le comte de Montbelliard et conduits par Sancy, atteignaient le pont de Poissy, ou le roi de France et le roi de Navarre étaient soudain arrivés. Pontoise assiégée était prise le 25 juillet (2).
Une communication importante avait déterminé cette marche des Souverains.
Des habitants des quatre faubourgs de Paris, S. Marceau, S. Victor, S. Jacques et S. Germain, avaient fait exprimer au Roi leur dévouement. « Qu'il vienne, disaient-ils, et il sera très bien reçu. » Malgré la parole de M. Forges, le légat, alors à Lyon, douta de Texactitude de l'information. Mais Henri III, impatient de se venger de la journée des Barricades, y crut et marcha sur la capitale. Le Roi de Navarre vint aussitôt reconnaître les tranchées établies en avant des faubourgs. Le duc de Mayenne en fit* établir de nouvelles, mais ses troupes, fortes de quinze cents à deux mille chevaux et 8,000 fantassins, virent leurs rangs s'éclaircir : l'indiscipline se mit partout et en deux ou trois jours l'armée fut, dit-on, réduite de moitié (3). Logé au couvent des Chartreux Mayenne se montra souvent à l'ennemi ; chaque jour il dirigea les escarmouches engagées contre les troupes des deux rois, dont le quartier général était à S. Gloud, dans la maison de Jérôme Gondi, mais qui occupaient les villages de Meudon, Vanves, Suresnes, Yaugirard.
(i) Archives du VaUcan. GaUia, f» 14; 13 juiUet 15S9.
($) La Ligue à Pontoitê par H. le Charpentier, p* S2.
(3) « Se diedero in preda aile delitie, di modo che dette exercito si Bminni in meno di doi o tre giomi di piu de la meta« » Arch* du Vatican, GoUto, fo au
! . Les royalistes, ea relation avec les «( politiques» renfer-
niés dans Paris, voyaient grandir leurs espérances. Tout fut mis en œuvre pour engager le peuple à cesser une plus longue résistance, mais les catholiques, redoublant leurs efforts et multipliant leurs prières, espéraient la victoire. Elle ne vint pas de Tépée, mais d'un poignard.
, Un jeune homme ce 24 ans^ né au village de Sorbone,
dans le diocèse de Sens, étudiant en théologie, mais prêtre
^ depuis un an et demi, très simple et modeste, ayant de
; bonnes mœurs, Jacques Clément, « le dernier des trois oa
quatre cents religieux dominicains existant à Paris, » avait
' plusieurs fois dit à ses confrères que le Roi ne mourrait pas
par d'autres mains que les siennes. On se moquait de lui et on l'appelait par plaisanterie le capitaine Clément.
Cependant, <c divinement choisi pour l'acte si généreux qae
Dieu a fait par ses mains, » ainsi parla le commandeur de
Diou, il pensait constamment aux moyens d'arriver à son
but (1).
Muni de lettres, adroitement obtenues de politiques qui
1^ donnaient des renseignements aux chefs royalistes, et porteur
d'un mot du comte de Brienne, prisonnier au Louvre, qui devait lui ^rvir de passeport, Clément quitta Paris, le lundi 31 juillet, après avoir célébré la Messe et recommandé aux religieux de son couvent de prier pour lui ; il allait, disaitril, servir Dieu, délivrer son peuple, et avant 24 heures on entendrait parler de lui : il arriva à S. Cloud, y passa la nuit, et le 1*' août, de grand matin, pria M. de la Guesle, procureur général au Parlement de le présenter à Sa Majesté, pour lui remettre des lettres de bons serviteurs du Roi et lui communiquer des renseignements importants. Henri III remit Taudience après sa promenade, entre sept et huit heures. Après avoir donné au Roi un papier à lire^ Jacques Clément tira de sa poche un couteau dont il le frappa au bas ventre.
(1) Relazione del comm. di Diou, Gallia iuh St'sio V, f» 100. « Divinamcnlc cictto per un alto si gcneroso ehe qucUo chc Dio ba falto pcr lui. » Arch. du Vatican, G<r///a, f» 112.
MORT o'flEnRl 111 337
Anx cris du monarque, chacun se précipita et Tassassin fut à l'instant même percé de coups. « Je loue Dieu, murmurat-il, de mourir si doucement (1). »
Au premier moment on crut la blessure légère, mais Henri III atteint mortellement expira pendant la nuit du l"* au 2 août 1889.
H6urut-il en damné mécréant, comme Tout dit les Ligueurs, ou en chrétien pénitent comme Font affirmé les royalistes? Chaque parti rapporta les faits d'une manière différente. « Le Roi ne voulut pas se confesser, a écrit Tabbé d'Orbais, ni recevoir même de Teau bénite. » — c Le Roi, écrivirent au contraire les seigneurs de son entourage, — et cette parole de témoins oculaires d'un fait probable doit être crue, — le Roi ayant demandé à son premier chirurgien son avis sur sa blessure et de ne pas lui celer le mal, car il voulait penser à son âme, fit dresser dans sa chambre un autel sur lequel on célébra la messe ; au moment de l'élévation, il dit, les larmes aux yeux : a Seigneur Dieu, si vous croyez que ma vie soit utile et profitable à mon peuple, prolongez mes jours ; s'il en est autrement prenez mon corps, sauvez mon âme et mettez-la dans votre paradis. Que votre volonté soit faite ! » Et il récita le : O Salutaris hosiia.
Il promit d'accomplir les prescriptions duMoriitoire envoyé parle Pape, et lorsque le mal s'aggrava, il dit encore : « Je veux mourir dans la Religion catholique, apostolique et romaine. Que Dieu ait pitié de moi et me pardonne mes péchés. » Il prononça ces mots : In manus tuas commendo spiritum meum et commença à réciter le Miserere, mais il ne put l'achever, et rendit le dernier soupir en faisant un signe de croix (2).
' Telle fut, d'après l'attestation donnée par les grands officiers de la Couronne et l'aumônier, la fin d'un Roi qui eut des faiblesses, commit des crimes, mais dont le cœur doux
(1) Deux jours avant, Sixte-Quint disait à Dadoer, l'ambassadeur de Venise : « Si le roi ne se repent pas^ il aura le sort de Saûl ; il finira inal. o Hubncr, /. c, t. II, p. 2i3.
(S) Ce récU a été souvent donné. Ct. Bibl. nat. ms f. fr. 3900, MU.
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et bon garda la foi. En acceptant la mort comme une expiation, il se rappela sur son lit de mort qu'il était un fils de S. Louis.
Les Ligueurs remarquèrent que le 1^ août était le jour oii Ton célèbre la fête de S. Pierre délivré miraculeusement par l'ange des liens d'Hérode ; ils se souvinrent que le jour de l'assassinat du Cardinal de Guise le mot d'ordre donné par Henri III avait été: « S. Clément^ »et « voici, disaient-ils, que par un événement miraculeux, inattendu, étrange, mer veilleux, un religieux du nom de Clément a tranché, au milieu de son armée impuissante à le protéger, sa vie détestable.
a Évidemment les hommes n'y sont pour rien (1). »
(1) c CoBt è manifesta che questo non viene dalUhuommi » disait le eommtndear de Diou; « la mort d'Henri de Valois aussi miraculease et iuopinée qu'eUe était nécessaire » écrivait l'abbé d'Orbais; « cœdes mirabilis » écrivait Boucher^ le curé de S. Benoit dans le de Jusia Abdieaiione. L'auteur d'un pamphlet invitait à dresser une statue à lacques Clément pour l'honorer comme un saint. « Cest la Justice de Dieu, écrit Louvet, envers celui qui avait fait tuer et assassiner M. le cardinal de Guise qui l'avait oint et sacré. » {Journal de Louvet, publié dans la Hevue d'Anjou^ t. H. 1854, Cf. La Ligue en AnjcUy par Em. Mourin, p. i36.)
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