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DU SAINT-SIÈGE

LÉGATION DE CAETANI

(1» ao«t IttM - â4 séptemliM 1590.)

« Je crtins la perte de notre religion et du Royaiune que Je tiens Inétitible fins le secours spéeial de Dieu*.. Noos ne sonuMs ignorans des remèdes qu'y fondrait appliquer, mais personne ne s*ofte d'en isel Je m'en veolx eondouloir aree tous. > Villeroy an dnc de Nerers, 15 oet. 1589.

c Si le Légat aTait agi comme il devait, les choses se seraient mieux passéa» mais il causera la ruine de la France. >

Le Pape k Ificeolini, 91 'aiUet 1500

A la mort d'Henri III, le roi de Navarre fut aussitôt proclamé par ses troupes roi de France sous le nom d'Henri IV.

Les Catholiques de Tarmée, avant de s'engager, réclamé* rent son abjuration ; le Prince promit de prendre conseil/ mais les Catholiques insistèrent tellement qu'il leur reprocha « de

le prendre k la gorge sur le premier pas de son avènement.» Plusieurs parlèrent mênie de se retirer : Quelques uns, dit-il alors fièrement, veulent me quitter, si je ne me fais pas immédiatement catholique, qu'ils partent. D'autres et Dieu me resteront. » — « Vous êtes le roi des braves, s'écria aussitôt Anne d'Anglure, baron de Givry, et vous ne serez abandonoé que des poltrons. » Cependant le roi céda, et promit daos son manifeste aux villes du royaume « de ne rien innover du fait de la Religion catholique, d'en rétablir Texercice dans les lieux où elle était prohibée, et de se convertir avant six mois. »

Les ducs de Neverset d'Epernon se retirèrent; mais, forts de la parole du Roi et heureux d'avoir obtenu des garanties, les princes de Bourbon, le duc de Longueville et les grands officiers de la Couronne, suivirent la fortune du nouveau Roi. Des docteurs en théologie de la Sorbonne vinrent bientôt calmer tout scrupule ; interrogés « s'il était loisible de communiquer en choses temporelles avec un Prince hérétique » ils répondirent unanimement que c'était permis (10 août). Une instruction aux gouverneurs des provinces assura que le Roi conserverait la Religion Catholique et les privilèges des villes, oublierait le passé, pourvu que l'on revint au devoir et qu'on renonçât à la Ligue.

Les protestants alors reprochèrent à leur vieux capitaine de les trahir et beaucoup, comme la Trémoille, aimèrent mieux le quitter que de suivre « un parjure (1). »

Au souvenir de ces luttes contradictoires, pénibles à son cœur, Henri IV écrivait trois ans plus tard. « Chacun sait combien de personnes farouches j'ai eues à apprivoiser, en leur estant la fantaisie que je taschois h m'establir que pour après renverser leur religion. »

(1) Autant et plus de personnes de la religion rérormée que de caUioiiques s'en allèrent. Des protestants voulaient se nommer un nouveau Protecteur. Lettres missives, t. III, p. 70. La question fut débattue à S. Jean d'Angely. Henri IV trouva « telles procédures iUicites, pleines de caloAinies et de menson'je. » Anqucz llist. des AssemOiées p?liliqu^^ des Protestants, p. 5i.

Les Catholiqaes ralliés, au Roi désignèrent Tun d'eux^ François de Luxembourg, duc de Piney, pour aller à Rome porter au Souverain Pontife Texplication de leur conduite, les conditions mises à leur adhésion et les promesses du monarque (1).

Si les chefs de Tarmée d'Henri III se rallièrent ainsi autour du nouveau monarque, les Catholiques Ligueurs reconnurent comme leur Roi, sous le nom de Charles X, le Cardinal de Bourbon, prisonnier depuis le 24 décembre 1588. Le duc de Mayenne fit à ce sujet une déclaration datée du 5 août, et publiée lé 7 sur les places de Paris (2).

Dès le 2 il n*avait pu retenir un cri oit Tangoisse se mêlait à la joie : « Dieu nous regarde en pitié, écrivit-il au duc de Nemours; voici un coup miraculeux ; notre plus grand ennemi est mort, n'en douiez pas, venez avec la. plus grande diligence que vous pourrez, mon cher frère, je vous en supplie, parce * que c'est Theure oii il faut que nous pourvoyons à tout (3). »

Mayenne annonça au Pape « la mort du feu Roy, inopinément advenue par l'entreprise d'un jeune religieux » et ajouta : « Elle nous fait reconnoistre les effestz de la justice divine qui fait tomber la pesanteur de son bras sur les impé* nitens. »

Dès que la nouvelle de cette mort fut parvenue à Madrid, le roi d'Espagne offrit au Souverain Pontife son concours pour établir en France un Roi Catholique, et l'avertit de ne pas se laisser tromper par le Protestant, dont la couver sion pourrait être simulée (4).

(1) Arch. du Vatican, t. L, p. 1^. Us écrivireot aussi au cardinal de Montalto. Ib, t. XXII, ^ 1079.

(2) « A son de trompe et cri public par Thomas Lauvergnat, député juré et ordinaire à la prévôté et vicomte de Paris, accompaji^né par PhUippe Noyret, trompette Juré, et par deux autres trompettes. » De nombreux écrits vinrent exposer les raisons qui avaient meu les François catholiques de recognoistre notre roy Charles dix. » La presse ]ouait alors un grand rôle.

(3) Arch. du Vatican. Uttere, t. XXIV, t" iOU ; 2 août 1580.

(4| Arch. du Vatican, t. I, p. 158. Philippe II chargeait son ambassadeur d'avertir le Pape que les hérétiques de France avaient consulté ceux d'Allemagne et d'Aiigieterre et que tous avaient été d'accord pour

Philippe II était trop fin politique pour croire à cesbruhs, nés d*uD désir et entretenuis par rillusion, que « tout le monde autour du roi de Navarre se débandait. » Disposé à agir, il donnait au duc de Parme Vordre de concentrer ses forces et aux gouverneurs celui de tenir leurs troupes prêtes à marcher (1) : « il faut se hâter de secourir les affaires de France, écrivit-il le 18 septembre, car le prince de Béam veut usurper le titre de Roi. Il faut employer les armes spi* rituelles et temporelles et si vivement, que du coup s'éteigne ce feu qui pour le moment menace d'embraser la chrétienté. C'est une affaire où il ne faut pas de médiocrité, et, s'il y a tiédeur à secourir les Catholiques de France, on perdra leur affection, si sachant qu'on peut les aider, ils apprenaient qu'on ne le veut pas. Pour moi, je n'épargnerai pas mes soins en une affaire si importante pour toute la cbré* nienté (2). »

Le duc de Mayenne déjà nommé depuis six mois « lieutenant général de l'État royal et couronne de France » envoya immédiatement dans toutes les provinces des gentilshommes, afin de grouper les Catholiques pour la défense commune de k Religion ; puis d'accord avec << les gens tenant le Conseil général de l'Union des Catholiques habitant à Paris, » il U partir pour Rome un commandeur de l'ordre de S. Jean de Jérusalem, Jacques de Diou. Jacques de Diou était, selon le mot de Mayenne, « un gentilhomme d'honneur de très rare intégrité et d'un saint zMc. » Aussi le duc estimait-il ne pouvoir envoyer vers Sa Sainteté « personne qui lui fût plus

dire au roi de Navarre qu'il pouvait en bonne conscience feindre d'être catholique. Le Pape ne devait pas s'y laisser tromper ; uni avec lui i' voulait aider à établir un roi catholique ; « ceux qui disent que par une autre voie le royaume peut recouvrir son ancienne splendeur «e trompent. » ao août iSSO.

(i) Hubner /. c, t. III, p. 303, 3 septembre iS89.

(î) Arch. du Vatican. GaUia Henrici lll^ f» 178 (en espagnol) ; une version italienne se trouve fo 183, 18 septembre 1589.

(3) Hubner /. c, t. III. La réponse de PhiUppe II aux notes do cardinal Gesualdo, S8 janvier ISOO, est dans Hubner /. c, t. III p. 863. EUe fut remise au comte d'OUvarès le 32 février. Le Pape y répondit verbalement le 38 février. (Hubner l. c, p. 367.)

m^^^^wmmat.

IlfTBRVBNTION 80U8 SIXTE V 843

agréable (1). » Il lui donna des instructions et lui exposa ses plans. L'important à ses yeux était de délivrer le cardia nal de Bourbon et de repousser le NavarraiSj comme les Ligueurs appelaient toujours avec dédain le nouveau Roi.

Sans grand espoir de rendre la liberté aux prisonniers, il envoya le duc de Nemours, à la tête de deux cents cavaliers et de trois régiments d'infanterie, se réunir aux troupes de M. de la Ghastre pour s'assurer des forteresses sur la Loire, pen<» dant que lui, Mayenne, avec les Suisses, les lansquenets et le reste de la cavalerie rendrait libre le cours de la Seine, et en délivrant Paris menacerait la Normandie.

La résolution de Mayenne lui avait été dictée par les mou» vements de son adversaire. Henri avait divisé son armée en trois corps : l'un sur les bords de la Loire, Tautre en Nor* mandie, le dernier en Bourgogne et en Champagne, Pour contenir ces troupes qui occupaient ainsi sur trois points les avenues de Paris, le duc de Mayenne attendait le marquis de Pont, fils du duc de Lorraine (3)* « Nous ne manquerons pas de forces, écrivait-il dans ses instructions à M. de Diou, mais l'ar» gent est ce dont pour le moment il y a le plus besoin : faites-

(1) U partit de Paris le 5 août, et le 20 il visita h Lyon le cardina Horosini. Arch. du Vatican,/. c„ t. XXIV, f« 1019, Jacques de Diotk, frère hospitalier de S. Jean de Jérusalem» était « l'on des plus accomplis gentilshommes de son temps. » c Piou, Alias Dlo et Dyo, dit M. Bandolti, l'autear de VHiitoire du Protestantisme et de la ligue en Bourgogne, seigneur de Montcenis, baron de Montperroux, est de Tune des plus anciennes et pins illustres fomilles |du Maçonnais, y* Polybiblion.mnï 188!), p. 489. Cf : la Description historique et topographique du duché de Bourgogne, par l'abbé de Courtepée, nouvelle édition, Dijon 1848, 4 vol. ln-8*, t. III, p, 125. Le château de Dyo, à trois lieues et demie de Semur, tombe en ruines.

(i) Le duc de Lorraine annonçait le 10 août 1SS89 au duc de Parme {lettres et instructions p. 153) et le U au duc de Mayenne {ib. p, 173), le départ de son fils, le marquis de Pont, pour assister le duc de Mayenne avec 700 lances et 2,000 hommes de pied « sans les gentilshommes qui me sont vassaux, serviteurs. » Il écrivait au comte de Mansfeld et au roi d'Espagne (t^.p. 161), car, disait^U, « la cause des princes de l'Union est tant déplorée que, s'il n'y est ponrveu, U en reviendra mutadon et changement lamentable à notre religion. « (/6. 158.)

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le bien comprendre h Sa Sainteté, je vous prie, afin qu'il loi plaise de prendre une prompte résolution, car il nous est impossible par nous-mêmes de subsister et il faut que notre peuple soit encouragé : il faut craindre que, réduit au désespoir, ce peuple ne prenne une résolution extrême dont la religion catholique recevrait un malheur irréparable. Quant à moi, après avoir épuisé toutes mes ressources, il ne me reste que la vie : je ne Tépargnerai jamais pour une si sainte cause et vous prie d'en assurer Sa Sainteté. »

Mayenne sollicitait de plus une ligue de tous les princes catholiques ; mais comment espérer la conclure avec des étrangers, lorsqu'on ne pouvait seulement pas réunir à soi les catholiques français ?

Aux yeux de Mayenne, le Navarrais docile aux avis de la Reine d'Angleterre feignait de vouloir être catholique, les ministres de Genève lui permettraient d'aller à la messe comme ils avaient permis à Ghâtillon de porter la barette rouge (1) ; mais c'était un piège pour diviser ses adversaires.

Le chef des Ligueurs demandait donc au Pape d'enlever au duc de Luxembourg tout espoir d'obtenir l'absolution da roi de Navarre et il le priait d'envoyer un Légat pour diriger les Catholiques. Avec le commandeur de Diou, les sieurs Coqueley et Nivelle devaient réclamer l'appui du Pape, car (( jamais l'Église n'avait été si agitée de ventz contraires n; en telle appréhension d'un périlleux naufrage (2). »

Les Parlements attachés à la Ligue, comme celui de Toulouse, prescrivirent de reconnaître pour roi légitime Charles X, le pouvoir étant exercé jusqu'à sa mise en liberté par le duc de Mayenne. Le Parlement de Rouen déclara criminels de lèse-majesté les officiers opposés h la sainte Union et celui de Dijon considéra comme hérétiques tous les partisans du roi de Navarre. Aussi presque partout les Conseillers royalistes formèrent peu à peu chacun dans leur Province un second

(i) Odet de ChaUllon, cardinali frère de l'amiral de Coligny.

(2) Le 16 août le duc de Mayenne annonce au Pape le départ du sieur Cocquelay, conseiller d'Etal. Afch, du Vatican, GaWa i«^ §w(o r, fo 16^.

INTERTENTIOI! SOUS SIXTE V 348

parlement. Les royalistes de Paris ayant à leur tête le Président de Harlay établirent cinq chambres à Tours et use à Châlons. Un parlement royaliste fut établi à Gaen ; en Pro^ vence le parlement royaliste siégea à Pertuis, en Bourgogne ce fut k Semur (i).

Toutes les villes où dominaient le parti de la Ligue s'adressèrent au Pape (2), et les Échevins de Lyon résumèrent dans leur lettre les pensées, les espérances et toute la politique de la sainte Union. « La mort du Roi, dirent-ils (3), a montré évidemment que Dieu seul a agi ][)our empêcher Tentière raine de son Église, et que les bons et vrais catholiques ne sont pas à blâmer, mais plutôt à louer grandement, de s*ètr6 opposés aux mauvais desseins du Roi. Connaissant sa conni* vence avec les hérétiques,.... leur devoir a été de s*y opposer virilement, pour ne pas encourir le crime de lèse-majesté divine, tout ainsi que ceux qui sont en ung navire en pleine tempeste, voyant que le patron du navire est endormy, ou use de connivence pour se laisser emporter à Torage, doivent prendre le gouvernail et faire le devoir du capitaine, afin de ne pas se laisser emporter par la tempête. Or si cette tempeste a esté dangereuse en ce grand navire de la France, par la nonchalance ou sommeil d'ung roi hypocrite, elle le sera beaucoup plus et mettra à fondz le nayire, si celluy qui est hérétique relaps en prend le gouvernail, comme il s'ingère de faire, encores que par les Estatz généraux du royaume il en ait esté déclairé incapable ; de quoy il semble qu'il ne faict pas grand estât, se promettant d'obtenir son absolution ou

(1) Bibl. nat. »w. f. fr. 3977, cf. Les ParlemenU royaux de 1589-1506, par A. Desjardins dans Compte rendu des séances de l'Académie des Inscriptions, 1880. On proposa au premier président mis à la Basliilc de le mcUre en liberté s'il voulait reconnaître comme roi le cardinal de Bourbon. « Je renonce à cette grâce, répondit-il, par ce qu'elle m'emporte de l'honneur que je ne veux pas perdre à la Bastille. ^ Bibl* nat. ms, f. fr. 3096, f> 120. (Extraits des registres du Parlement de Paris.) *

(2) Les papiers de la Légation sont remplis de lettres unanimes à déplorer les malheurs de la France et à exprimer la résolution de défendre la ReUgion. Arch. du Vatican, /. c, t. XXXV, fo 41, 86, 213,

(3) Archives du VaUcaa, /. c, t. XXXV, f^ 171.

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accepté par Sixte V (1). 11 devait être agréable au roi d'Espagne, car son neveu servait en Flandre sous le dac de Parme, son parent, et son frère recevait une pension de Philippe II ; il devait également être bien vu des Français, car il avait été nommé Henri à cause du roi Henri II et ilélait cher au duc de Toscane. Le Pape le choisit et demanda aux cardinajux de la Congrégation pour les affaires de France d'écrire chacun un projet de bulle pour annoncer la mission du Légat. La rédaction du cardinal Santorio fut adoptée et le 28 septembre le cardinal Caetani reçut ses pouvoirs (2). On lui assigna cent mille ducats pour sa mission et cent mille autres pour être distribués, secours très faible et très mesquin, a écrit le cardinal Santorio, mais le Pape, nous le verrons, ne voulait point s'engager.

Sixte V exposa lui-même de vive voix au nouveau Légat quel devait être l'objet de sa mission, en lui proposant comme modèle la conduite du cardinal Aldobrandini en Pologne. Établir un roi catholique, délivrer le cardinal de Bourbon et l'archevêque de Lyon, introduire le tribunal de l'inquisiiion ; examiner si le cardinal de Bourbon, déclaré roi, était vraiment reconnu par tous les Ligueurs ou seulement par quelques-uns; étudier les agissements du cardinal de Vendôme (3) et du duc de Lorraine, afin de savoir s'ils étaient pour le roi de Navarre ou pour le cardinal de Bourbon ; protéger la Ligue uniquement comme soutien de la Religion catholique et le duc de IMayenne comme son chef, mais en même temps rechercher si la Ligue était une rébellion ou une association inspirée par le zèle de la religion, si le duc de Mayenne aspirait au trône ou h détruire Thérésie ; surveiller les menées des princes du sang, et du Navarrais; étudier les visées des ministres espagnols, tels furent les points <

(1) Né le 8 août 1550, cardinal en i585, mort en 1580. Il signe toujours SCS lettres Caeiano, mais la famille ayant adopté pour son nom la forme Caetani nous Tavons employée.

(2) Arch. du Vatican, Sixli V Regestum an V, Ep. 66.

(3) Né en 1561, quatrième lils du Prince de Condé, cardinal cl archevCquc en 1jS2.

particuliers recommandés h Tobservation du Légat. Par dessus tout le Pape lui prescrivait de ne jamais devenir Thomme d'aucun parti et de ne jamais pousser à la guerre.

Le récit de cette conversation du Souverain Pontife avec le cardinal Gaetani est plus ou moins exact (1), mais il exprime cependant la pensée de la politique romaine. Donner à la France un roi catholique, voilà le but à atteindre ; et pour Tatteindre établir des rapports avec les deux fractions de catholiques, afin de ne se briser à aucun obstacle, voilà le moyen.

Les instructions remises par le cardinal de Montalto au cardinal Gaetani vinrent du reste corroborer la parole du Pape (2). Le Légat devait se présenter comme un messager de salut et de paix, et se rappeler toujours que le but de sa mission était de conserver la religion avec toute la France, d'en extirper l'hérésie et les hérétiques, d'établir l'union et la concorde entre tous les catholiques ; agir ainsi sera servir Dieu et le bien public, ce sera conserver la couronne et le royaume, afin qu'unis ensemble sous un roi catholique, tous puissent vivre tranquilles et en paix avec la religion. Le Légat devait continuellement penser aux moyens d'atteindre ce but tant souhaité. Il devait visiter le grand duc de Toscane, le duc de Ferrare, le duc de Savoie ; à Lyon il devait encourager le marquis de S.' Sôrlin à rester fidèle à l'Union et féliciter les consuls de leur zèle en les exhortant à persévérer dans leurs sentiments. Il devait chercher à voir le duc de Nevers pour l'assurer des bonnes dispositions du Pape envers la France et les catholiques, pour lui rappeler aussi que son devoir l'obligeait à s'unir avec les autres Princes ligués. Il devait encourager les gens tièdes et indécis à rester fermes dans la foi et à adhérer à la Sainte Union.

(1) n est rapporté par Tcmpcsti, t. II, p. 233.

(9) Arch. du Vatican, arm. XI, cap. XI, n^ 2i. Elles ont été « le 30 septembre à seize heures » envoyées au Pape avec ceUes du cardinal des Quatre Saints couronnés (Mgr Fachinetti). M. de Hubner (t. Il, p. 2t9) les a analysées. — M. Caringi, Revue du Monde catholique (février 1807, p. 449), a publié les Instructions remises par le cardinal de Montalto à Gaetani.

Aux yeux du Pape, le roi catholique existait ! c^étàii ie cardinal de Bourbon ; sll était encore retenu prisonnier par le roi de Navarre, le Légat devait s'adresser pour les fia 1res au duc de Mayenne, au conseil général de TUnioa et aux Ëchevins de la ville de Paris ; en tout cas il devait roainteoir, autant que possible, le royaume sous le nom du Cardinal et en cas de mort il devait faire élire par tous les Catholiques un roi, afin d*einpêcher, conformément aux lois du royaume, l'élection d*un prince hérétique ou suspect d'hérésie, La mission du Légat était de détacher du roi de Navarre les catholiques royaux et d*opérer une réunion entre eux et ceux de b Sainte Union,

En dehors de ces points on laissait au Légat une certaine liberté d'action pour faire ce qu'il jugerait à propos. La Con* grégation des Cardinaux pour les affaires dé France n'avait rien décidé au sujet de l'élection possible du cardinal de Vendôme; ai on convoquait les Etats, le Légat en donnerait immédiatement avis à Rome, mais il devait chercher à empêcher la réunion de cette assemblée source évidente de désordre pour tout le royaume, et cause peut-être de sa ruine totale,

La politique pontificale était encore exposée dans un mémoire écrit par Mgr Lomellini, clerc de la Chambre apostolique, où après avoir indiqué les trois partis qui divisaient alors la France, celui des hérétiques, celui de la Ligue, celui de la noblesse Catholique, on disait, avec une clairvoyance admirable : « ce dernier parti décidera la victoire (i). »

Tout reposait donc sur les rapports à établir simultanément avec les catholiques groupés autour des Cardinaux de Vendôme, de Gondi, de Lenoncourt et avec les catholiques de la Ligue. Dans un autre Mémoire on mit en a^ant la possibilité d'une transaction entre le roi de Navarre et les Ligueurs, le roi de Navarre pourrait reconnaître comme Roi son oncle le Cardinal de Bourbon, auquel il succéderait, s'il se conveN tissait. (2)

(1) Publié par M. Abcl Dcsjardins. Ségo<!. dipiomaliques, Uimc i^ J*. MU une copie est à la Bîbl. nat. f. fr. 3977, f iWJi (i) Ibidi p. 640» cf. p. 054.

INTERVEÎiTION SOUS SIXTE V 3K8

Le 2 octobre, Sixte-Quint annonça aux membres du Conseil de la Sainte Union sa résolution de soutenir leur zèle et de diriger parson Légat le mouvement Catholique, afin de mieux préparer le choix d'un Roi ; puis en rappelant que Tunion permettrait seule d'espérer un succès, le Souverain Pontife les conjura de faire tendre leurs actes vers ce but. Le même jour il félicita les Ëchevins de Lyon sur leur défense désintérêts religieuxet les pria d'ajouter foi à la parole de son représentant (i) ; il adressa aussi des compliments à l'archevêque de cette ville en lui demandant de venir en aide à la mission du Légat (2). Sixte V remercia aussi l'archevêque d'Embrun (S) de ses services et approuva les déclarations émises par la Sorbonne sur la conduite à tenir.

Tel fut donc le langage du Souverain Pontife vis-à-vis des Ligueurs. Lorsqu'il s'adressa aux Politiques, il fut aussi net : « Il ne s'agit plus, écrivait-il au duc de Montmorency, d'employer comme vous l'avez fait jusqu'ici, des moyens douteux pour conserver le royaume : la situation est changée et il est à présent nécessaire de rétablir la religion catholique et d'asseoir le repos public sous un roi dévoué à la religion. Pour cette grande œuvre il est évidemment besoin de votre concours et de celui de votre parti (4). » Avec son sens politique, Sixte V indiqua en même temps dans une conversation avec l'ambassadeur de Venise la solution du grand débat soulevé en France ! « La République (de Venise), dit-il à Badoer, a une belle occasion de conseiller au Navarrais de se reconcilier avec l'Église ; s'il le fait, il sera comblé de faveurs et nous l'embrasserons tous (8). » La conversion du Roi, désirée en ce moment par le Pape, apparaissait comme la solution la plus simple.

Les lettres et brefs envoyés au nombre de deux cents à tous les grands personnages étaient de véritables proclama^

(I) Arch. du Vatican, Sixti Y Regeshtm, an. V, Ep. 17. (i)//).£p. 71.

(3) là. Ep. 33.

(4) Arch. du Vatican. Regesium Sixti V, an. V, Ep. 34i (^ Hubaer, l. c, t. II, p. 268;

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gère de les proposer et mettre en pratique; je m*en veuli condouloir avec vous, avec votre permission comme à celui qui a toujours préféré Thonneur de Dieu et le bien public à toute considération particulière (1). »

Au milieu de toutes ces voix qui se lamentaient, se justi* fiaient-, ou conseillaient, on devait entendre celle du duc de Nevers: « 11 aurait voulu garder le silence, disait-il, carie peu de compte que le Pape avait fait de ses avis précédents lui ôtait la pensée d'en écrire plus long«. Cependant il allait exprimer avec netteté ses sentiments. Si le roi de Navarre ne se convertit pas, ou s'il ne meurt pas, Thérésie est établie en France et la prise d'armes des Ligueurs ne la fera pas disparaître (2). »

Aussi le duc de Nevers supplia le cardinal Gonzague, son parent^ de préparer le succès de la mission du duc de Luxembourg, car^ selon lui, « on ne pouvoit rien espérer de bon, si ce n'est par la conversion du Roi. Ce serait la véritable voie, et la plus courte et la plus sâre, pour mettre le royaume en paix et rétablir la religion catholique. Si le roi ne se convertit pas, les villes réduites à la misère seront forcées de l'accepter, sans tenir compte de ses sentiments, quelques-unes se mettront sous la protection des Etrangers et ainsi le royaume sera divisé et ruiné. Tel est le malheureux état de notre France. » Le Pape en était vivement impressionné et le 42 décembre en écrivant à la Reine douarière il déplorait les continuelles révoltes et ruines qui désolent aujourd'hui le beau royaume de France (3).

Comment le cardinal Légat allait-il la trouver ?

(!) BU)1. nat. f. fr. 3977, f» 312. La réponse du duc de Nevers à celle leUre est du 3 novembre. Ib, f> 335.

(^ Arch. du Vatican. Lellerè, t. XXII, i>> 003; 19 septéiùbre 15S9.

(3) Bibi. nat, f. fr. 3473, f« 102; 12 déc. 1Î580. « Le conlinouc rivollc et ruine che inlendiamo guaslarc hoggi di il bel regno di Francia. »

Le cardinal G^tani quitta Rome^ accompagné de son frèrç Honoré, Patriarche d'Alexandrie^ de Mgr Séga, évéque de Piacenza (1), bien connu sous le nom francisé d'évôque de Plaisance, de Mgr Mocenigo, évèqoe de Cen^da, de Laurent Blanchettiy auditeur de Rote, de Mgr Alexandre Riccardi, secrétaire, de Mgr Garacciolo, de Mgr Porcia, du jésuite Bel* larmin, d*Alaleo maître des cérémonies (2). Ange Ancaiapo, Grégoire Gaetani neveu du Légats le comte Antoine Gaccialupi et Paul Honaldeschi étaient les quatre gentilshommes de la Légation.

Le Gardinal s'arrêta à Florence où le grand duc de Toscane le reçut avec les plus grands honneurs, tandis que ses mi^ nistres cherchaient k le disposer favorablement en faveur de la future royauté du duc de Lorraine. Il eut à Bologne une entrevue avec le précédent légat Morosini, puis il poursuivit sa route vers Turin pour entretenir le duo de Savoie « prince de grand esprit, disait-il, de haute intelligence et de valeur » qui lui parla de ses prétentions au trône de France. Mais, écrivait Gaetani, je lui ai répondu en termes généraux comme le Pape me Ta indiqué. Si le duc se voyait écarté, il désirerait avoir comme voisin le duc de Mayenne et il se montra très opposé aux prétentions du duc de Lorraine.

A Ghambéry, Gaetani reçut la visite de l'ambassadeur d-£spagne« Le duc de Savoie, dit^il, n mu par quelques mauvais esprits » avait formé le dessein d'envoyer des troupes en Dauphiné, sous prétexte de secourir les catholiques,

(1) Piacenza en Italie et non comme on Ta dit en Espagne. Gams, Setnes Episcoporum Eccîesiae cath. p. 747, Hatisbons, 1873.

(2) H. Caringi a publié dans la Revue du Monde catholique ^\q I>imtm d'AlaUo,

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mais en réalité pour $*emparer du pays, a pilule dorée doDl ramertume était cachée sous la dorure. » Or^ le Roi d*Espagne désapprouvait expressément ce projet et son ambassadeur n'ayant pu dissuader le duc de Tentreprendre/ vint prier le Légat d'employer son influence pour le lui faire abandonner. Cette communication était-elle sincère ou cachait-elle un piège ? Gaetani ne voulut pas le décider et s'en remit à la prudence du Pape. « Seulement,disait-il, je ne crois pas que le duc ait rintention d^occuper les États d'autrui. » Cependant à Montmelian, Tarchevêque d'Embrun ayant présenté les députés des États du Dauphiné, Tun d'eux, au nom de tous, demanda précisément dans « un long et élégant discours latin » Tappui du Lé^at pour faire entrer dans la province les troupes du^dnc de Savoie, seules capables de les défendre contre les protestants. — « Prenez courage, leur répondit Caetani, car je suis envoyé en France pour aider les catholiques, le sang dût-il pour cela couler (i) ». Quant à réclamer du duc de Savoie une intervention, ce ne serait pas opportun, car rentrée des troupes du duc de Savoie dans la province pourrait inspirer de la défiance, et il ne paraissait pas h propos de faire venir les Étrangers sans nécessité, puisque Tordre du Saint-Père était de les exclure et de conserver intégralement le royaume. Caetani éluda également une demande d'argent soulevée par les Députés : « le salut dépend uniquement du choix d'un roi catholique, dit-il. Sa Sainteté poursuit ce but et pour l'atteindre Elle n'épargnera rien (2). » Le Légat arriva à Lyon le 9 novembre, parfaitement reçu par la population et par le marquis de S. Sorlin, lieutenant du gouverneur de la ville, en l'absence de son frère le duc de Nemours. « C'était un jeune homme de très noble allure, très porté à la piété et on pouvait avec lui espérer réussir. Son langage était celui d'un fils très obéissant au Pape et au Saint-Siège. • Caetani, après avoir remis aux Echevihs le bref dont il était

(1) « Ma che si coufortasscro }>crche io era roaudato in Francia da S. S. pcr aiutarc i cattoiici con ogni sorte daiuto et fin con l'cffusiOQ del sangue. »> Caetani commençait à outrepasser ses instructions*

(2) Arch, du Vatican. Leitere, t. XXIX, p. 49, 5 novembre 1589.

chargé, leur parla de raiïection du Pape, de son désir de secourir la France, et en particulier, « cette si pieuse ville >> de Lyon : les Echevins remercièrent et se dirent prêts à verser leur sang, s'il le fallait, pour conserver la religion. « Je ne pourrais exprimer à V. S. le dévouement de cette ville, écrivait le Légat, car aucune démonstration n'a été épargnée pour me faire honneur. La vue d'un peuple immense prosterné à genoux pour recevoir la bénédiction d'un ministre et Légat de sa Béatitude est des plus consolantes. Les^ honneurs seraient même excessifs, s'ils n'avaient pour but de témoigner l'attachement.

Gaetani écrivitle iO novembre au ducdeMayénne et au duc de Nevers pour les consulter au sujet de son voyage, et, en attendant la réponse, il régla au point de vue spirituel l'état de l'Église de Lyon privée depuis longtemps de son archevêque— (il était en prison depuis le 23 décembre 1588)(1) — puis il chercha à faire disparaître la rivalité existant entre les nobles et le peuple pour les réunir tous dans une même cemmunauté de sentiments.

Désireux de remédier immédiatement h la situation, le Légat envoya l'archevêque d'Avignon pour demander à Alphonse Ornano et à Lesdiguières la cessation de leurs hostilités contre les catholiques et au duc de Montmorency au moins la neutralité.

L'archevêque d'Aix de son côté partit pour le Languedoc, car il paraissait utile de ranimer dans les provinces le courage des catholiques (2). Accompagné de soixante chevaux le prélat passa par S. Flour, Rodez,. Albi et après avoir vu pendant deux jours à Lavaur le maréchal de Joyeuse a homme de beaucoup de valeur, d'une grande prudence et très dévoué à l'Union, » il arriva à Toulouse le 31 mai. « Le feu deTenthousiasme y est bien passé, écrivit alors l'évéque, mais il

(1) On recevait alors avis de la délivrance de i'archevôque moyennant 30.000 écus dont 6.000 payés par la ville de Lyon, 4.000 par le clergé et le reste par sa famille.

(î; Arçh. du Vatican. Uttci-e, t. XXIX, p. 113, L. du 25 novembre 1389.

868 U LIGUB

Le i décembre, le Légat arriva à MàcoD, où Tabbé de Giteaux vint le complimenter au nom du Conseil de TUnion des catholiques : dans un long discours Tabbé déplora les malheurs du royaume et surtout ceux de son monastère, pillé peu de jours auparavant par Mgr de Tavannes (1). Gaetani écrivit à Tavannes pour le lui reprocher et poor le contraindre à se déclarer (car il se disait catholique, maison le croyait partisan du roi de Navarre). II l'interrogea sur la sûreté du chemin et s'il pouvait lui en répondre. — « II faat le demander au Roi de Navarre, répondit Tavannes, quant à moi , je ne puis ni la donner, ni la promettre (2). » En même temps, révoque de Nevers prévint que sur la route les hérétiques dresseraient des embuscades, et Mgr de Pausanc, capitaine d'une compagnie à la suite du Légat, fut averti également de s'avancer avec précaution.

Le 6 décembre au soir, Gaetani coucha à Ghalon, oii Nicolas de BeaufTremont, baron de Senecey, vint le trouver. G'était « un gentilhomme très catholique, réputé excellent soldat, plein d'expérience (8). » Après la mort des Guise, il était resté neutre, mais depuis un mois il avait adhéré à la sainte Union et, avait été nommé par Mayenne son lieutenant en Bourgogne. Son exemple et les exhortations du Légat devaient entraîner les indifférents. Gaetani le croyait, et fondait aussi beaucoup d'espoir sur Edme de Malain, baron de

(1) Le F. Emond, abbé-général de Cileaux, écrivait au Pape le 8 janvier 1580 « ex refugio nostro Cistcrcicnsi, Divioni » d*après le conseil du Légat pour lui dire le pUlage du monastère, défendu depuis huit mois et plus contre les ennemis par cents soldats aux frais de Tabbaye. Arch. du VaUcan. Lettere, t, XXXV, f» 399. « Mgr de Tavanes il quale sebcn faccia profcssione di cattolico ad ogni modo Thaveva dcpredato con pcrdita di moite et moite migliara di scudi. » Ârch. du Vatican, /. c, t. XXIX, f» 135. L. du 3 déc. — « Le père de M. de Tavannes avait longtemps gouverné la Bourgogne, écrit Caelani, mais le fils était homme de peu de valeur, et plus porté aux vols et aux brigandages qu'aux beUes entreprises et à l'honneur. » /6., XXIX, p. 139. Cf. Us Saulx- Tavannes f par M. Pingaud.

(2) Bibl. nat.,f. fr. 3977, f»373. 7 décembre 1589.

(3) «t L'ho Irovato cavalière mollo cattolico, sicomc anco è stimato bonissimo soldato et di molta experienza. t Arch. du VaUcan, Lettere^ t. XXIX, p. 139. 6 décembre.

Lux, neveu de Tarchevêque de Lyon. c< La Ligue, disait le Légat, acquerra seulement une véritable force le jour ou les nobles, encore peu nombreux dans ses rangs, embrasseront sa cause. » Pour hâter ce moment, il envoya Mgr Caracciolo et Mgr Porcia porter des brefs à quelques-uns d'entreeux, restés spectateurs des événements.

La Bourgogne ou les principales villes adhéraient à la Ligue paraissait du reste en très bonne disposition et l'ancien députéaux États de Blois,Et. Bernard publiait son Advis aux Français, pour affirmer son opposition au prince hérétique (1).

De Chàlons, Gaetani envoya un nouveau courier au duc de Nevers pour luioffrirau lieu de Decize primitivement indiqué, une entrevue à Autun. Le duc s'excusa de ne pouvoir se rendre dans cette ville, mais il proposa de voir le Légat à Moulins-Engilbert ou à Glamecy, d'où il le conduirait à Auxerre (3). Gaetani ne suivit pas ces indications. On aurait eu cependant tout le temps, car le bagage porté sur des chariots avançait lentement et on ne pouvait le laisser en arrière, sans s'exposer à le perdre (3).

Le 12 décembre on arrivait à Dijon oîi le Parlement ordonna (15 décembre) de faire désormais toutes les provisions au nom du roi Gharles X ; mais on apprit en mçme temps que la conspiration pour livrer Ghâlons-sur-Marne aux Ligueurs avait échouée (4).

Le Légat reçut alors un' gentilhomme chargé de lui porter le^ compliments du Gardinal de Vendôme et de justifier près de lui sa résolution de demeurer à Tours en qualité de Président du Gonseil royal (S). Quatre raisons l'avaient engagé à accepter cette position: d'abord la promesse faite par le roi

(i) Réimprimé par M. H. Chevrcul,P2ec« de la Ligue en Bourgogne, 2» série 1880, la !'• série est de 1878. (î) Bibl. nat. f. fr. 3977, f> 373, 380, 382.

(3) « Lassando le robbe a dictro, siperdcrebbero al sicuro, » Arch. du Vatican, Lettere t. XXIX, fo 135.

(4) Lettre du Parlement de Dijon, 19 décembre 1589. Arch. du Vatican, UUere, t. XXXV, f» 215,

(5) Arch. du VaUcan, /. c, t. XXVII, f« 342. 21 décembre 1589.

de se faire catholique avant six mois; puis, vu la situation de ce Prince à la tête d*une armée et de la plus grande partie de la noblesse, il avait jugé utile au bien public de rester pour le presser de remplir son engagement ; de plus, il était sur d'arrêter, grâce h sa haute fonction, beaucoup d'ordres préjudiciables aux affaires catholiques ; il espérait enfin hâter la délivrance du cardinal de Bourbon. Du reste, s'il avait quitté Tours, oîi serait-il allé ? Car il ne pouvait, se fier aux Ligueurs dont les sentiments de haine contre tous les membres de la maison de Bourbon étaient connus, et sa présence à Tours avait déjà produit de bons effets. — Un bien a préparer dans l'avenir en rappelant au Roi sa promesse de se convertir, un bien à opérer dans le présent en s'opposnot aux propositions mauvaises, telles étaient les raisons qui, aux yeux du Cardinal, légitimaient sa présence dans le conseil.

Le Légat ne les admit pas. Le premier devoir d'un catholique, surtout d'un cardinal, disait-il, n'était-il pas de se conformer aux ordres du vicaire de Jésus-Christ, or le Pape ne permettait à personne d'entrer en relation avec un chef hérétique, et excommuniait ceux assez audacieux pour le faire. On ne doit pas en effet accomplir un bien même certain, si, pour l'accomplir, il faut désobéir aux ordres du Souverain Pontife. Comment, d'ailleurs, la présence du cardinal, si préjudiciable par elle seule à la cause des catholiques, pouvaitelle lui procurer un avantage ?

Caetani n'accepta pas davantage l'excuse tirée de rinîmitié des Ligueurs contre la maison de Bourbon, et promit de recevoir le Cardinal avec les plus grands honneurs. Puis en causant avec ce gentilhomme, il s'étonna de voir, en présence des termes si formels de la Bulle du Pape, tant de seigneurs catholiques suivre le parti du roi de Navarre. — « Ces catholiques, répliqua l'envoyé du Cardinal de Vendôme, prêtent à Sa Sainteté la pensée de ne plus observer exactement les prescriptions de la Bulle, car le duc de Montmorency, lié avec le roi de Navarre, est cependant toujours dans les bonnes grâces du Pape et la présence de deux cardinaux' parmi les conseillers du roi de Navarre permet d'imiter leur conduite? »

Frappé de celte observation, le Légat émit le conseil de donner au Cardinal de Vendôme Tordre exprès de quitter Tours et au Cardinal de Lenoncourt celui de venir h Rome, car, on ne pouvait assez dire quel appui leur présence donnait au roi de Navarre, avec ifuelle passion et quelle ardeur ils agissaient pour lui (1). Il était sans doute très difficile de les détacher l'un et Fautre du Roi, mais on pouvait enlever au moins k leur conduite l'apparence d'être approuvée par le Pape.

Les royalistes catholiques ne voulaient certainement pas un roi hérétique ; aussi pressaient-ils Henri IV de se déclarer> car le terme des six mois fixé pour prendre un parti expirait au mois de février. Le Légat écrivait alors : « On le dit bien disposé à exécuter sa promesse et à se faire catéchiser par douze évoques du royaume, mais cela ne signifie rien, si ce n'est son désir de gagner du temps pour persévérer dans sa résistance et se moquer de la religion. Aussi jamais le Pape ne devra pour rendre ce prince capable de porter lop^ouronnc accepter une conversion feinte, ce serait confier le royaume de France aux mains d'un. hérétique relaps, ennemi mortel du Souverain Pontife et du Saint-Siège. Sans doute, disait ironiquement Caetani, c'est pour se préparer h l'étude de son catéchisme que leNavarrais pendant ces cinq derniers mois a soutenu les hérétiques, pillé les Églises,tué les prédicateurs, massacré les religieux et tenu misérablement en prison le Cardinal son oncle (2) ? Si donc par malheur le Pape paraissait donner le moindre assentiment à ce prétendu retour du Prince h la religion, les catholiques ne s'en consoleraient pas, car Sa Sainteté leur porterait le dernier co'up 11 y aurait

(l) « Non poircî csprimerc U calorc chc csso dia a Navarro et con quanta passionc et ardorc di animo tratta a favorc suo. »

(i) Une lettre du gardien des ZoccolanU do Paris, écrite à un Père do Dijon annonçait qu'après la prise de Vendôme le roi de Navarre avait fait pendre le P. Maitre Gesse des Observatins homme de grande vertu et grand défenseur de la religion. On apprenait aussi, mais « avec moins de certitude » que Navarre avait fait écorchcr un dominicain de Paris, pris au dernier assaut, sous prétexte qu'il avait connu le projet de Clément de tuer Henri IH. Arch. du Vatican, /. (?., t. L.^ p. 36. L, 13 dée^

bera sous le poids de la guerre et son* duché deviendra la proie des hérétiques, ou s'accoroodant au temps il traitera avec Tennemi de Dieu (1). Le Légat pouvait-il aller vers un Prince certainenoent empressé à renouveler de telles demandes?

Gaetaoi jugea prudent d'éviter ces écueils ; s'y heurter par impatience pour gagner quelques jours, n'était point à propos : marcher en avant était dangereux ; il résolut donc, d*aprës Tavis de M. de Senecey, des Echevins de Dijon, et des Prélats de sa suite, de demeurer en cette ville pour attendre une escorte suffisante. Il la demanda au duc de Mayenne, en lui reprochant doucement le peu de sûreté de la route qu'il lui avait indiquée, et l'embarras où à présent il le mettait (2). Fort heureusement le duc de Lorraine mit à la disposition du Légat le capitaine de Saint-Paul (3) avec cent lances, c'est-à-dire mille chevaux, autant de reitres et deux mille deux cents lansquenets, battus précédemment à Aulsay mais passés à son service (4). Ces troupes étaient supérieures en nombre à celles de Tenuemi et le capitaine de Saint-Paul était

(!) Lettres et Instructions de Charles III, publiées par M. H. Lcpagc p. 348. Instruction du D' de Lay, envoyé vers le Légat (0 nov. 1589). Le Primicier devait à Paris commuDiqucr celte instrucUon à François Bardin, agent de Son Altesse en cour de France et en cour du Parlement depuis 1583 (frère de Claudi5 Bardin, conseiUer du duc).— Lettre à Bardin pour assister le Primicier (^déc). Lettres et Inst,^ p. 288.

(2) Le duc de Nevers le sut et en triompha. N'aurait-il pu conduire le Légat? N'avait-il pas fait passer Mgr Fabio le Maestro di caméra, et alors profitant de Toccasion U exposait l'état malheureux dans lequel il se trouvait» l'acharnement des Ligueurs contre lui et comment il lui était impossible de demeurer ainsi sans être complètement ruiné. Arch. du Vatican, t. XXII, P» 223. L. du 12 janvier 1590 publiée par Caringi Revue du Monde Catholique, 10 avril 1867, p. 61.

(3) M. le comte 0. de Gourjault {Revue de Champagne^ juin 1882, p. 433) a montré dans des notes sur le maréchal de Saint-Paul, quil n'était pas comme on l'a dit, un oflicier de fortune, mais le fils d'Antoine de Saint-Pau' seigneur de Villers-Templon, gouverneur de Mezières, cf. Journalier de Jean Pu^sot publié par MM. Henry et Loriquet, p. 53.

(l) Le 8 décembre^ une lettre du marquis d'Havre (Charles de Groy, frèie de Philippe de Croy duc d'Arschot) annonçait au comte de Camplitc l'avantage remporté à Aulsay sur les reitres venus au secours du roi de Navarre.

mmmibÊinmm

«un des plus braves capitaines de la Ligue (1). » Le duc obtenait ainsi ravantage : de diminuer sa dépense, de rendre bon* neuf au Saint-Siège en assurant le passage du Légat, et de répondre au désir du duc de Mayenne (2). Caetani put donc quitter Dijon le 3 janvier 1890 et le 9 il arriva à Troyes où le jeune (ils du duc de Guise vint au-devant de lui jusqu'à une assez grande distance avec ses officiers et ses gardes (3). « Il serait difficile, écrivit le lendemain Caetani, d'exprimer les sentiments ardents et respectueux que chacun témoigna envers Sa Sainteté et le siège apostolique. » Le Légat présenta au)C Échevins le bref du Pape, les bénit en son nom et les exhorta, comme il avait exhorté les Échevins des autres villes, à rester fidèles et dévoués. « Sa Sainteté provoque le môme dévouement, dit-il, et elle a grande raison de s'émouvoir comme elle le fait, sur les malheurs de ce royaume (4). »

Après avoir donné à l'infanterie le temps de se reposeri le Légat voulut continuer sa marche sur Paris, mais les Lansquenets et une partie de la cavalerie refusèrent d'aller plus loin avant d'être payés. En vain le Légat promit de faire distribuer leur solde par le duc de Mayenne, ils s'obstinèrent à ne point marcher. Et comme Nivelle, l'envoyé du Conseil de Paris, avait été arrêté après ^voir quitté le Légat à Cbatillon (8), Caetani demanda de nouveau au duc de Mayenne de faciliter son passage.

(1) Caetani ravi de la conduite de M. de Saint-Paul priait le cardinal de Montalto de le remercier et a plus la lettre sera courtoise, disait-il, plus j'en serai reconnaissant, car c'est un gentUhomme de haute valeur et il faut en tenir grand compte. »

(2) Arch. du Vatican, Ie<(ere, t. XXXIV, P» i37. 19 janvier 1590.

(3) Le Prince n'avait pas plus de onze ans, mais <c à son intelUgence, à ses manières pleines de cœur, on reconnaissait de quelle maison et de quel père il était né. » Arch. du Vatican, Lettere t. L, f* 102. 10 janvier 1590.

(i) Caetani parla du zèle avec laquelle la ville de Troyes s'était déclarée contre le roi de Navarre, a On voit tant d'images du duc de Guise qu'il est impossible d'exprimer un plus grand amour et une plus grande pitié envers la mémoire et la famille d'un mort. »

(5j Nivelle à son retour de Rome avait joint le Légat à Dijon et l'avait accompagné jusqu'à Cliatilion d'où U avait voulu venir seul directement trouver le duc de Mayenne. Arch. du Vatican, Ie«ere, t. L, f» lOî.

Leduc, alors au camp devant Meulan (1), menacé à toute heure d'avoir le roi de Navarre sur les bras et craignant s*il quittait Tarmée que « sur ce bruit elle ne feust en péril de recevoir un affront, » s'excusa de ne pouvoir venir pour recevoir delà bouche même du Légat les ordres du Pape, mais il envoya au devant de lui ses deux fils et un corps de troupes pour servir d'escorte (2).

Le 19 janvier, Gaetani parti de Melun coucha à Corbeil ; le lendemain il rencontra les deux fils de Mayenne et s'arrêta à rhospice Saint-Jacques hors des murs de Paris ; à la nuit vers cinq heures du soir, il monta incognito dans une- voiture qui le conduisit au palais épiscopal où le service allait être fait aux frais de la commune. L'Ëvéque Cardinal deGondi alors absent s'était excusé près du Légat de ne pas le recevoir. (3)

Le lendemain 21 janvier, Gaetani revint de grand matin au faubourg ou les Èvéques présents à Paris, le clergé, les magistrats et officiers etc.. vinrent successivement le haranguer. Reçu à la porte Saint-Jacques parles Ëchevins, il fit alors une entrée solennelle dans la ville, au milieu d'une foule immense, aux cris de Vive le Pape Sixte V ! vive le Siège romain, apostolique et catholique. A Notre-Dame oîi fut chanté le Te Deum il donna sa bénédiction au peuple rempli de joie (4).

(1) Sur ce siège voir Histoire <fe Jtfew/an par M. Reaux, 1868, p. 38t-405.

(2) Arch. du VaUcan, Uttere, t. XXXIV, f» 137. 19 janvier 1590.

(3) L'6vôque était alors à Blois d'où le «2 janvier 1590 U écrivait an Pape sa satisfaction d'avoir entendu Sa Sainteté blâmer le décret de la Sort>onne. Le cardinal Dataire lui avait écrit de venir à Rome et c'était depuis de longs mois son plus vif désir ; mais les routes étaient peu sûres. Ainsi, disait-il, le légat Caetani malgré une escorte nombreuse, a été retenu plusieurs semaines à Dijon et trois des gentilshommes envoyés par Gondi à Rome n'avaient jamais pu passer. 11 regrettait cette difliculté de communication, car il ne pouvait faire parvenir des renseignements exacts sur ce malheureux royaume; « c'était d'autant plus regrettable, ajoutait-il, que le remède à nos maux est surtout entre les mains de Votre Béatitude. » Arch. du Vatican, /. c, t. XXV, f» 79. janvier 1590.

(i) Alaleo, le maître des cérémonies, disait : « La cathédrale de Paris est grande et belle. Le grand autel est parfaitement orné ; les parements sont garnis de perles. L'orgue est excellent et rend un son parfeit.

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Pourquoi le Légat venait-il à Paris? L'envoyé du Souverain Pontife aurait du rester neutre, disait le cardinal de Yendôme et non venir dans une ville où la neutralité entre les partis était impossible ; mais aux yeux de Gaetani le salut ou la perte de tout le royaume dépendait de la conservation ou de l'abandon de la Capitale ; s'il n'était pas venu, la population effrayée aurait demandé la paix avec le roi de Navarre. Or, à tout prix il fallait l'éviter.

Le duc de Mayenne et le duc de Nemours ^arrivèrent le 22 janvier et eurent avec le Légat plusieurs conférences. Le 36 Caetani se présenta devant le Parlement (1). Sauver le royaume entraîné à sa ruine par la guerre civile, unir tous les citoyens séparés, pour le malheur du pays, en des partis acharnés, empêcher la religion catholique d'être complètement anéantie dans ce royaume : telle était, dit-il, sa mission. Le mal était grand, mais il avait l'espoir d'en triompher, et une fois de plus il affirma le désintéressement de ses intentions : « Notre unique but, est une fois les hérésies détruites, les discordes apaisées, d'établir dans ce pays un roi catholique, qui soutienne la cause de l'Église et celle aussi delà France : car ces deux causes n'en font qu'une. »

Cinq jours après son arrivée, à Paris, Caetani envoya à Rome une longue dépêche (2) : « J'ai, dit-il, déjà porté sur la

Les cloches sont grandes et très bonnes et le son en est très beau. Toates les fenêtres des malsons étaient garnies de monde et la foule était si grande qu'on avançait qu'à grand peine. Remte du Monde catholique, L c, p. 985.

(i) M, Caringi a donné le discours latin du Légat. » {Revue du Monde catholique, \0 février «867. p. 460.) Le Parlement vérifia les Bulles le 5 février, Bibl. nat. ms, f. fr. 3996, fo 146.

(i) Arch. du Vatican, Lettere, t. XXVII, f» :i43. 26 janvier 1590 cf. Délia stato trovato in Francia, 26 janvier 1590^ à la Bibliothèque Ambroisienne à Milan, D. 460 et Discorso di G. Lomellino in Vandata del Legato in Francia, i6.

384 U LIGLE

Grand à cette nouvelle fut Témoi des cardinaux espagnols, ou attachés à la politique espagnole, de Tambassadeur de la Ligue et des amis des Ligueurs. Tous parlèrent fort librement contre Sixte-Quint et le blâmèrent d'admettre le duc de Luxembourgà son audience. Mais comment nepas Tadmettre? Le duc de Luxembourg n'avait-il pas écrit le 6 septembre et de nouveau le 6 décembre, xju'il venait trouver le Pape au nom des Princes du sang et des autres seigneurs calholiques? n'avait-il pas assuré que tous voulaient servir la religion catholique, apostolique, romaine ? Or cette ambassade, appuyée par Venise, vue avec faveur par le Souverain Pontife, ne touchait-elle pas aux plus grands intérêts de la France et de la Religion, c'est-à-dire k la conversion du Prince qui, Roi par naissance et en vertu des lois de l'État, occupait les armes à la main la moitié du territoire (1)? Cependant ce Prince ne pouvait-il feindre sa conversion, comme les Ligueurs et le Légat le disaient sans cesse, et alors quel désastre pour la France et la Religion, si, converti en apparence, pour mieux se rendre maître duRoyaume, il revenait ensuite à son erreur? Telles étaient les assurances des Catholiques et les préoccupations de Sixte V comme elles seront. celles de Clément VUI ; toutefois lorsque le duc de Luxembourg, arrivé à Rome le 9janvier 1590, demanda uneaudience, elle lui futaussitôt accordée pour le lendemain 10 (2). Tous les Suisses de la garde pontificale avaient reçu l'ordre de se mettre sous les armes,

(1) « Il faut prier Dieu pour quMl inspire Navarre, avait dil Badocran Souverain PonUfe : le jour où voire Sainteté Terabrassera, mais ce jourlà seulement, les affaires de France seront accommodées. Humainement parlant, il n'y a pas d'autre moyen de pacifier ce royaume. » M. de Hubner, /. c, t. II, p. i81 .

(2) Lettre de Diou à Villeroy U janvier 1590. Bibl. nat. ms, f. fr. 15391, p. 127. « Celte grande hâte qui a son importance dans les affaires, écrit Badoer au Doge le 13 janvier, m'a paru un symptôme assez curieux. » Hubner, /. c, t. III, p. 93. — Le 14 janvier au soir le Pape fit lire devant les cardinaux les pouvoirs donnés à Luxembourg : n Scripturae dats a SS. Domino nostro in congregatione habita corum Sanclitate sua vcspcrc ejus diei : ambasciata del sign. di Lucemburg o relationc délia sua crcdenza a SS. quae fuit lecta in congregationc coram SS. » Arch. du Vatican, Francia, t. L., fo 46.

mais on remarqaa que la suite du Duc s arrêta k la première salle, tandis que les ambassadeurs sont accompagnés jusque dans Tantichambre de Sa Sainteté : « Nous avons plaisir à vous voir, dit le Pape à M. de Luxembourg, et il lui fit prendre un siège, distinction réservée aux représentants des Rois; il Tentretint affectueusement pendant « pas plus d'une demiheure, » écrit Tagentde la Ligue qui se tenait aux aguets (1). Dans une seconde audience le 14, Luxembourg parla dé la volonté du Roi de connaître la vérité et de sa foi à la présence de Dieu dans l'hostie consacrée ; s'il ne se déclare dès maintenant catholique, c'est pour ne pas être accusé de se convertir dans le seul but d'arriver au trône, mais le Prince lui avait dit : « Assurez le Pape sur ma parole de Roi, que je veux être, me montrer et mourir fils aine de la sainte Église catholique romaine, » Ces paroles, répétées par l'ambassadeur des Royalistes, produisirent sur le Pape une vive impression. « Nous avons écrit au Roi d'Espagne, répondit-il, que tant que nous régnerions à Rome, un roi hérétique ne régnera jamais en France. Aussi avons-nous certainement vu avec plaisir les conditions mises par les Nobles à l'élection du Roi et les déclarations faites par le Roi ; mais avant de traiter de sa réconciliation avec l'Église, il doit rendre à la liberté le Cardinal de Bourbon, sinon toute négociation est inutile ; qu'il se montre un peu obéissant et nous le presserons sur notre sein, car en lui nous détestons seulementle péché. » — « L'intention du Pape écrit l'ambassadeur de Venise (2) est de combler de plus en plus le duc de Luxembourg de gracieusetés. S'il plait à Dieu de faire par cette voie le bien de la France, ce n'est pas Sa Sainteté qui s'y opposera, au contraire, Elle profitera volontiers de cette occasion pour y concourir et Elle rend grâce à Dieu de lui avoir envoyé le duc. »

Luxembourg était satisfait : « Le Pape est un très bon prince, écrrvit-il au duc de Montmorency, et commence bien

(1) Bibl. mi. ms. t. fr. 1S501, ^ 127.

(2) M. de Hobner, L c, t III, p. 100.

LA UGUE 2S

à connaître qu'on ne lui a pas toujours fait savoir la vérité sur les affaires de France. Ce voyage, j'ai lieu de l'espérer, procurera quelque soulagement à notre pays; du moins les serviteurs du Roi n'ont pas h craindre l'excommunication : de cela vous en puis-je assurer (1). » « Tant s'en faut que vous courriez danger d'excommunication, mandait-il aux Princes et Nobles réunis à Tours (2), que j'ai trouvé le Pape très bien édifié du service que vous faites à Sa Majesté sous TespéraDce qu'il y a que vous serez grand moien de lui fëre embrasser notre sainte religion ; et toutes et quantes fois qu'il se résoudra, Sa Sainteté m'a assuré de lui donner toutes les absolutions dont il a besoin et tourner tout incontinent après les armes que Dieu lui a mis en main contre ceulx de ses sobjets qui lui demeureront rebelles. » C'était peut-être s'avancer, mais à coup sûr il y avait du vrai dans cette expression de la pensée du Pape. Au surplus Sixte Y était <k presque seul en cette inclination et la Cour pontificale quasi tout le reste charmé par les artifices des ennemys de l'Estat > repoussait énergiquement le Navarrais (3). » « Des aveugles, des imprudents nous blâment, dit le Pape, parce que nous traitons le duc de Luxembourg avec courtoisie, parce que nous ne le congédions pas, parce que nous n'excommunions pas les partisans du roi de Navarre. Tout sera fait après mûre délibération, mais il faut entendre tout le monde et si la reine d'Angleterre^ le duc de Saxe et le Turc lui-même présentaient les mêmes demandes,

(1) Arch. du Vatican, Leitere, t. XXII, f^ 66i. Une traduction italienne se trouve f» H04. Le duc de Piney au duc de Montmorency, Rome, 23 janvier 1300*

Le 7 mars tSîOO Henri ÎV écrivait à M. de Luxembourg : « rai so la

bonne réception que vous avez eue dil Pape, nonobstant toutes les

traverses et cmpeschements qu'on s'est efforcé vous donner pour vous y faire refuser la porte >» Utires missives^ U IHj p. 158.

(2) Bibl. nat. f. fr. 3878, fo 123. Lettre du 10 février 1300.

(3) Ibid.j fo 126. Lettre de Luxembourg au cardinal de Vendôme.

Le commandeur de Diou, l'agent des Ligueurs, se plaignait au contraire, « Cette cour est composée de tant de sortes et différentes humeurs et nous y avons ung si faible appuy qu'il fault avaler ccst amertume là. En feomme le pape n'a point de bonne intention envers M; de Mayenne. • Bibl. nat. ms, f. fr. 15591, (* 129.

non seulement nous les accueillerions volontiers, mais nou9 serions prêts à les embrasser avec amour. » Et comme l'ambassadeur d'Espagne, le comte d'Olivarès, exigeait le renvoi de Luxembourg et l'excommunication des adhérents au roi, Sixte-Quint s'en plaignant au Consistoire du 44 mars (1) : « La témérité de l'ambassadeur, dit-il, dépasse toutes les bornes et mérite un châtiment (2). i>

Le Pape répondit ensuite officiellement aux lettres remises par M. de Luxembourg. « Contrairement à ceux du parti adverse et à leur très grand regret (3) », il adressa le 7 février 1590 un bref « à ses chers fils les nobles hommes, Princes^ Ducs^ Barons et autres Catholiques du royaume de France qui restent à Tours (4). » <t Notre paternelle bienveillance envers les Princes catholiques de ce très noble royaume et le grand désir ou nous étions de connaître la vérité sur vos * idées et vos desseins, nous a fait recevoir avec égard et bonté le duc de Piney venu récemment en votre nom ; nous avons lu avec soin vos lettres du mois d'août qu'il nous a remises et nous avons volontiers à cause de vous, prêté plusieurs fois l'oreille à ses conversations ; comme nous avons compris que vous vouliez non seulement persévérer constamment dans la foi catholique et l'obéissance de l'Église romaine, mais aussi la défendre dans ces grands troubles de la Religion et du Royaume dont nous sommes très préoccupés et anxieux, nous

(1) Àcia consisiorialia. Bibl. nat. ms. f. latid 12368, ^ 516, « S. S. con* (\uertns tacite perstrinxit Hispaoos et oratorem régis caUioUci. »

(i) En reeevant un mémoire de l'ambassadeur d'Espagne le Pape dit : c Sara qualchc imperlinenza dclle solltc. n Lettre de Hlccolini, Janvier 1500, Desjardins, 1. c, t. V, p. 7â.

ft Beaucoup de cardinaux et d'autres, disait encore le Pape à Badoer,v veulent nous induire à congédier Luxembourg et à le renvoyer de Rome, nous voudrions que ces gens ne s'arrogeassent pas le droit dé nous en^ seigner notre charge. » Hubner, /. e,, t. IU,p. 97« '11 y avait tons les jours cbez l'anabassadeur d'Espagne une réunion des cardinaux espagnols dont le but était de contrecarrer M. de Luxembourg, i6., p. 98.

En France certains catholiques ardents, accusaient Sixte V, de f connivence avec la religion mauvaise. • Journalier de Jean i^^< publié par MM. Henry et Loriquet, p. 35.

(3) L. de Luxembourg 10 février 1500 Bibl. nat. ms. f. fr. 3978, fo 126*

(4) ArCh. du Vatican, Sixti V Regestum an V, ep. 12. 7 février 1390*

serait aussi fermemeot que si on lui proposait de démembrer l'État pontifical ; on peut donc être bien certain qu'il ne per* mettra jamais le partage de la France. Le Saint^Père a regretté de voir la noblesse suivre celui qui en ce moment encore est hors de la communion de la sainte Église et incapable de porter la couronne, car on ne peut espérer sa conversion et en conscience il n'est pas permis de Taccepter comme Roi, tant que son inhabilité subsiste. x> D'accord sur Tarticle principal qui est de conserver la Religion, il semble que les seigneurs catholiques pourraient s'entendre sur le reste. Gaetanl priait donc chacun de réfléchir aux moyens de tout concilier et était prêt à recevoir volontiers les communications qu'on voudrait lui faire, car si la noblesse ne s'unis^ sait pas pour nommer un Roi catholique, les armées étrangères envahiraient infailliblement le loyaume (1).

Le Légat se trouvait très embarassé. Une question se posait devant lui, devant la France entière et il fallait la résoudre. Gomment accepter l'attitude du cardinal de Vendôme vis-àvis du duc de Mayenne? Le cardinal après avoir^ nous l'avons dit, envoyé un gentilhomme auprès du Légat, avait écrit k l'évéque de Ghâlons d'aller en son nom lui rendre visite. L'évéque vint en effet trouver Gaetani et entre eux, au sujet de la conduite du cardinal, il y eut les mêmes reproches et les mêmes réponses qu'avec le gentilhomme.

Le duc de Mayenne comprenait l'importance d'attirer au parti de l'Union le cardinal et ses frères : « Leurs personnes sont peu de chose, disait-il, mais une démarche de leur part produira sur la noblesse attachée au roi de Navarre un excellent effet. » Aussi négligeant, à l'entendre, ses intérêts particuliers et ne pensant qu'au bien du royaume, Mayenne désirait voir le cardinal arriver à Paris : « qu'ils reviennent, lui et ses frères, disait-il, je leur promets que les Gatholiques les recevront comme des Princes, du sang (2). »

(1) M. Caringi, Revue du Monde catholique; iO février t867, p. 463.

(2) Arch. du Vatican, Leilere, t XXVlî, U 343. Lettre du 36 janvier.

L'évèque de Ghâlons a, très zélé et vertueux Prélat^ » devait porter au cardinal de la part du Légat ces avances du duc de Mayenne; il était à Tours le 10 février (1).

Avantdequilter Dijon, Gaetani avait chargé un gentilhomme français Nicolas Le Grand d'aller à Tours pour recueillir des informations sur Tarmée et les projets du roi de Navarre ; et en même temps il lui avait donné une lettre de créance pour s'informer auprès du cardinal de Vendôme (2) par quelle voie sûre le Légat pourrait lui envoyer un Prélat. Bien que ni la lettre remise, ni le porteur de la lettre, ne provoquassent une explication, le cardinal avait déclaré que le seul moyen de rendre le calme au royaume était de contraindre le Roi à embrasser la Religion catholique. Il conseillait donc au Légat d'exhorter ce Prince à entrer dans cette voie et pour appuyer son opinion, il lui présenta les affaires sous un aspect diffé- 'rent, disait-il, de celui oii Gaetani entouré de personnes dominées par la passion pouvait le voir. Gomment espérer retirer un avantage de sa Légation tant qu'on suspecterait son impartialité ? Si le Légat voulait quitter cette ville rebelle de Paris et se retirer en lieu sûr, il était prêt à le recevoir avec honneur (3).

La lettre du cardinal de Vendôme différente, semblait-il, des paroles transmises par l'évéque de Ghâlons étonna beau* coup Gaetani. « Si le cœur dicte ces paroles, le cardinal montre très peu de zèle pour la Religion, si c'est la crainte, il montre l'extrême pusillanimité dont on l'a toujours soupçonné. G'est à Navarre comme au malade k aller trouver le médecin c'est-à-dire le Vicaire du Ghrist. Gelui qui ressent vraiment son mal et veut en guérir, pleure, se précipite et n'attend pas d'être appelé. Or depuis six mois le Roi loin de

(1) Arch. du VaUcan, Lettere, t. XXVH, f<»au. Lettre du 27 janvier.

(^) « Il Cardinale Vendomo non Invitato ne da mia lettera ne da ^basciata, uscl col sodetto che non ci era altra via da quietare U fegao di Francia, che di redurre Navarra alla religione catlollca, e che ini. coQsigliava a chiamarlo et essortarlo. » Ib,

(3) Arch. du VaUcan, t. XXVU, f^ 344. Le 6 avril le cardinal de Vendôme adressa le ménie lanf;age au cardinal de Montalto»

montrer un signe de pénitence s'est condaitcomme unhérétique obstiné. Vouloir prier et rechercher celui qui est armé et fait rinsolent parce qu'il éprouve un peu de bonheur, ne serait pas de la part du Siège apostolique de la clémence, mais une honte, et il n'y a pas à craindre que cette pensée puisse venir au cœur de Sixte V. Pour moi son ministre, avant de commettre cette indignité, je préférerais mourir. Néanmoins, je prie Dieu de vouloir éclairer ce Prince et le faire revenir à la sainte Église romaine : Elle ne ferme jamais son sein aux pénitents. A la première occasion je répondrai au cardinal de Vendôme et tâcherai de mettre dans ma réponse du zèle et de la douceur. »

Après les paroles dédaigneuses dont le Légat se servait, il n'y avait guère à espérer de sa part de la condescendance. Le bruit de la prochaine conversion du Roi, était selon Caetani propagé par le cardinal de Vendôme, pour tromper le Pape, retarder par conséquent l'envoi du secours et tenir unie autour du Prince la noblesse catholique de France. « Aussi, disait le Légat, quand on verra en ce royaume une armée de Sa Sainteté, je certifie que Navarre n'attendra pas d*étre prié pour se faire catholique ; » et à l'appui de son assertion, il rapportait les anecdotes inventées par l'imagination des partis, pour donner satisfaction à la passion, en prêtant à an ennemi les sentiments que l'on désirerait lui trouver. Il racontait donc comment peu de jours auparavant, des personnes très graves lui avaient assuré que le roi de Navarre, après avoir pacifié le royaume de France, se rendrait en Italie, pour se venger des injures reçues de Sa Sainteté, et par le pillage de Rome rendre cette ville plus malheureuse que ne fit le premier Bourbon. Une autre fois il disait, qu un matin comme le comte de Soissons allait à la messe et Navarre au prêche, celui-ci avait demandé en sortant lequel des deux faisait le mieux ; car il lui semblait, vu la prospérité de ses affaires que ses exercices étaient les plus vrais et les plus agréables à Dieu. De plus, disait-il, le gentilhomme envoyé par Caetani à Tours, M. Legrand, avait entendu des personnages importants, assurer que si Sa Sainteté n'accordait pas

TabsolutioD, le Navarrais était résolu à faire un schisme et à créer le cardinal de Lenoncourt pape de TËglise gallicane. Alors Caetani concluait : « Ces propos sont très vrais et Sa Sainteté peut juger ainsi avec les sentiments de Navarre quelle confiance on pourrait avoir dans sa conversion. J'affirme donc que si le royaume de France tombe entre les mains du roiy la Religion catholique est dans un état déplorable (1) et si on n'envoie pas très promptement un secours très important, le royaume lui aussi est perdu, car les peuple» n'ont pour ainsi dire plus de vie et leur cœur plus de battement. » Le Légat eût un nouvel émoi et après la dépéihe du 27 janvier, il dût en écrire une le 28, pour annoncer la découverte à Paris d'une négociation, très secrètement con* duite, pour amener la paix. Le cardinal de Lenoncourt ad nom du Roi aurait promis un pardon général ; et assuré que le Prince devenu catholique serait certainement accepté par le Souverain Pontife, il aurait proposé au duc de Mayenne, la charge de Connétable et le titre de comte de Bourgogne héréditaire ; puis on s'était adressé aux femmes, madame de Guise aurait refusé. Mais mesdames de Nemours, de Mont^ penàier et de Mayenne auraient adhéré à la paix. Les princi-^ paux habitants de la ville étaient également décidés, disait-on, à conclure un accord et le peuple désirait voir le roi de Navarre catholique afin de le reconnaître (2). La faculté de Théologie fut émue de ces bruits et rendit un arrêté pour <c déjouer les intrigues des hérétiques et du parti politique qui séduisant les gens sans opinion trop nombreux aujourd'hui, troublent les consciences timorées (3). » KHe défendit de parler en termes obscurs, ambigus, mais recommanda d'affirmer toujours son adhésion à TUnion des catholiques ; si on parlait du Roi de nommer Charles X ; de ne pas adhérer au parti d'Heuri de Bourbon, même à la condition qu'il se ferait

(1) Arch. du VaUcan, Lettere, i. XXV, fo 285. M. de Hubner, t. III, p. Ii9. « La Religione è diplorata. » /6. 27 janvier 1500.

(2) Bibl. Barberini, LX-31, f^ 195. Lettre au duc de Nevers, 18 février. Bibl. nat. f . fr. 3878, ^ 42.

(3j Arch. du Vatican, Francia, t. IV, p. 154. 10 février 1500.

Le nom du Roi était en effet souvent prononcé, mais ie Légat s^efTorçait de noircir ses intentions. « Le Roi se fera catholique ! dit le cardinal de Vendôme, mais il veut être invité et prié... On peut juger par là s'il est bien disposé! — Il se fera catholique, disent les uns lorsqu'il aura conquis le royaume, pas avant. — Il n'agira pas ainsi, répliquent les autres, mais il laissera à chacun la liberté de sa Religion et de sa conscience ; c'est-à-dire, concluait toujours Gaetani, qu1l laissera périr la Religion dans le Toyaume. — Il ne se fera catholique que par nécessité, observaient d'autres personnes, lorsqu'il verra l'armée du Pape entrer dans le Royaume, alors, pour arrêter sa marche, il se convertira et il aura ensuite pour ne pas persévérer l'excuse de dire qu'on a bit violence à sa conscience ! » Néanmoins il restait ce fait signalé par Gaetani lui-même: « si Navarre donne le moindre signe de catholicisme, les peuples sont tellement disposés à l'accepter, qu'humainement parlant on ne pourra lui enlever le royaume (1). » Aveu précieux à recueillir dans la bouche du Légat ! Le droit politique national qui donnait le trône à Henri IV et ralliait autour de lui tant de royalistes eût été complet du moment où le Prince se fut fait catholique... Eh bien ! au lieu de chercher à le convertir, c'est-à-dire, à aplanir l'obstacle, comme le désirait le Pape et comme le bon sens l'indiquait, le Légat fortifiait cet obstacle et empêchait de le faire disparaître. Le talent du politique n'est-il point, lorsqu'un but utile est une fois reconnu, d'écarter les difficultés de détails qui peuvent empêcher d'atteindre ce but au lieu de les grandir par des propos importuns ? On ne peut sans doute supprimer toutes les difficultés, mais on doit les écarter pour un moment, parce qu'une fois le but atteint, beaucoup d'entre elles disparaissent même et s'évanouissent.

(1) « Se Navarra se fusse risoluto o havesse dato qualcbe segno di cattoUco. li popoU sarebbono talmente vcrsi ad accetario cbe non en quasi possibile humanamenle di levargU U regno. » Ib.

mmmtmmmimm

Les cardinaux de Vendôme et de Lenoncourt (1) écrivirent de nouveau au Légat (10 février) : leur parole était grave, I dictée, disaient-ils, par leur zèle pour la gloire de Dieu, la conservation de TËglise et le salut de TÉtat (3). » Ils avaient espéré voir le Légat venir dans ce Royaume comme un ange, messager de paix angélus pacis. Le Souverain Pontife l'avait promis, et ils ne voulaient pas encore perdre tout espoir, néanmoins les « pratiques des ennemis de TEtat et du Saint-Siège d avaient diminué quelque peu leur espérance « quand ils avaient vu qu'ils avaient retiré vers enlx le Légat es villes rebelles qu'ils tiennent en leur puissance, hors de l'obéissance de leur Roy seigneur naturel, mesmes en la ville capitale, source de sédition entre les bras des chefs des rebelles qui depuis six ans lorsque l'Église estait entrée en très grande paix sous un Roy très catholique... avaient allumé ce grand feu qui a présent nous embrase partout. »

Les cardinaux avaient invité le Légat à choisir plutôt pour résidence un pays neutre, à se rendre par exemple dans la ville et le palais du duc de Nevers, prince de haute vertu et prudence, très dévoué à la religion ; de Nevers, le Légat aurait pa préparer la paix, et venir, si cela lui avait été agréable, trouver le Roi à Tours, oii il aurait été reçu avec d'aussi grands honneurs que jamais Légat en eut trouvé en France. L'espérance des cardinaux avait donc été déçue, néanmoins ils ne

(1) Né en 1527, mort en 1616.

(2) Arch. du Vatican, /. c, t. XXXIV, f> 103. 10 février 1500. Une traduction en itaUen est dans le t. XXY, f> 263, et une autre P 745. M. Garingi {Revue du Monde catholique, 10 avril 1867, p. 67) en a donné tm texte, traduit sans doute sur une version italienne. Dans une leUre au doc de Nevers les cardinaux disaient (19 février 1590) qu'ils ne pouvaient reconnaître dans le Légat, Fange ou le messager de paix. Bibl. nat, f. fr. 3078, f^ 146.

pages (1). L*évèque deFréjus, alors à Paris répondit : « Il s'y a gentilhomme ni pauvre Prélat en France qui ait plus fraoe désir de la conversion du Prince. » Mais le Légat ne lui permettait pas de venir, et il lui obéissait (2). Gaetani en effet, prévenu par Tévéque deParis, reprocha aux Cardinaux d^avoir convoqué les Évêques sans Ta voir averti, car ils n'avaient pas pouvoir de le faire. Si Henri de Navarre voulait se faire ins* truire, il n'était pas besoin d'une assemblée d'évéques ; elle n'était pas nécessaire et pouvait être dangereuse ; il défeodit donc d'y assister ; si on passait outre, il en annulait d'avance tous les actes en menaçant d'excommunier ceux qui y preiH draient part (3).

Le Légat fit alors offrir au cardinal de Vendôme de venir lui parler à Orléans ou à Chartres. S'il voulait faire une partie du chemin, il ferait l'autre, et, bien fidèle cette fois à ses instructions, il pressa le cardinal de hâter la conversion désirée par le Pape (4). >x Le cardinal de Gondi, chargé par Caetani d'offrir cette entrevue chercha d'abord à calmer l'irritation du cardinal de Vendôme : « Vous jugez, lui écrivit-il, que le Légat a beaucoup défailli au fait de sa légation, pour n'avoir conféré ni avec vous, ni avec le duc de Nevers. Or j'ai discouru avec ledit Légat fort amplement, mais tant s'en faut que je l'aye trouvé en aulcune mauvaise volonté, qu'au contraire je l'ai trouvé très affectionné au bien du Royaume et conservation de la Religion catholique. Je l'ai trouvé de très bonne volonté et désireux que le Roy fut bon catholique, mais il désire que ce soit avec les moiens et formes accoutumées et reçues en l'Église^ avec le devoir qui est deu à Sa Sainteté. »

Le duc de Mayenne ne croyait pas à cette conversion et

i\) Arch. du Vatican, LettereA- XXV, fo 3i9; 24 février 1500; une traduction italienne est au 1^ 357.

(î) Caringi, U c, p. 73; — dans Bibl. nat. f. fr. 3978, f» 161.

(3) Vinterdiciorium parvint le 5 mars à l'évoque de Soissons. — Lettre de l'évoque du 25 mars, Arch. du Vatican, Lettet^e, L L, f» 296.

M. Caringi a publié le texte laUn, ib., p. 75^ Il est aux Arch. du Vatican, Lettere, t. L, f> 150.

(i) Bibl. nat. f. fr. 3978, f« 162.

INTBRVENTIOît SOUS SIXTE V 401

comme le Navarrais avait conclu une ligue avec les Princes protestants, pourquoi disait-il au Légat, Sa Sainteté, chef de la chrétienté, n'en ferait-elie pas une autre avec le roi d'Espagne où entreraient les États italiens, sauf Venise qui favorise chaudement le roi de Navarre? déjà le duc de Savoie et le duc et Lorraine Vont proposée. Il en résulterait divers avantages : on cesserait de soupçonner l'Espagne, parce que le Pape étant chef de la Ligue, une conquête ou un démembrement du Royaume ne serait plus à craindre. On épargnerait beaucoup de dépenses car au lieu d'un an oudeux,en six mois et même en moins, le Royaume serait soumis ou le Navarrais bien affaibli ; sûres enfin de n'être jamais abandonnées du pape les villes ne chancelleraient plus dans leur fidélité; au contraire si on ne fait pas la Ligue « une d'elles, grâce aux secrètes intelligences du. Navarrais, pourrait se révolter et donner aux autres le signal d'une révolution (1). » La Ligue est donc très désirable pour défendre la Religion dans le royaume et conserver ce royaume. « La noblesse a grand peur de l'excommunication et si Sa Sainteté ordonne qu'après l'avoir invitée courtoisement j'en vienne à cet acte, je l'exécuterai aussitôt. Il ne faut considérer qu'une chose s'il ne faudrait pas mieux attendre l'arrivée des troupes du Pape. » En tout cas Gaetani suppliait le cardinal de Montalto de lui donner une réponse précise. Le secrétaire d'État allait parler.

Nous venons d'entendre le représentant du Souverain Pontife et les partisans du Roi, un peu longuement peutêtre, mais avec profit ce semble, pour bien connaître la si- Ci) « si poirebbe qualcuna rivollare per l'inteUigenlie secrète di Na^•aITa et venendo ben trallati da lui, dar'essemplo a l'allre dl rivolu- Uonc. » Arch. du Vatican, /. c, t. XXVIÏ, f<» 346.

U LIGUB 26

40t LÀ UGUB

tuation ; nous venons de voir les actes du légat, ils avaient Tapprobation du roi d'Espagne (1), avaient-ils obtenu celle du Souverain Pontife? Gaetani commençait à en douter, et il ivait ressenti « une douleur infinie » en recevant le 13 février, une lettre datée de Rome le 12 janvier (2). Le Pape n'était pas satisfait. Sixte V reprochait à son Légat d*abord d'avoir perdu son temps à Lyon, de l'avoir également perdu à Dijon : mieux eût valu dépenser alors quinie mille écus pour payer une escorte de trois ou quatre cents chevaux et arriver droit k Paris. Gaetani répliqua « pour s'excuser et non pour se défendre » que trouver ainsi quatre cents chevaux était difficile, sinon impossible, du moins en si peu de temps. Ensuite Sixte V blâmait le don de cinquante mille écus fait sans ordre au duc de Mayenne et trouvait trop de raideur dans la réponse au cardinal de Vendôme(3). Gaetani s'étonna, car la raideur, disait-il, était le défaut opposé à sa nature (4), au contraire il avait comblé d'amabilités le gentilhomme envoyé par le cardinal et avait eu toutes sortes de prévenances pour le cardinal lui-même (5), prêt à le soutenir si après la mort du cardinal de Bourbon, les États l'appelaient

(1) Gontarini, ambassadeur de Venise à Madrid, écrivait : « Autant on se loue du légat Gaetano, autant on se rc^crie contre la conduite da Pape. «» — a Le Légat se conduit à merveille, écrivait Tambassadcur d'Espagne, il ne pourrait mieux servir Sa Majesté s'U était Espagnol cl vassal du Roi. » M. de Hubner, /. c, t. III, p. 143, 146.

(2) Arch. du Vatican, /. c, t. XXVII, f» 351. Lettre du 13 février 1590. n Ho patito dolore intinito dair ultima cifi% di V. S. III. dcUi li dcl Gcnnaro... per havcrc vcduto che N. S. non fusse rimaslo ben satisfallo di quanto havc\*o tratlato et avisato con la mia cifra scritla in Dijon a 24 di décembre. »

(3) Le 15 février, le cardinal de Montallo recommandait de nouveau à Gaetani d'agir plus doucement avec le cardinal de Vendôme et d'avoir avec lui une entrevue. « In questo proposito del cardinale di Vandomo roi commanda di nuovo S. S. che io procéda seco piu dolcementc di quello che io ho fatto et che procuri di abbocarmi seco in luogo sicuro. »

(4) a Quanto alla risposta fatta da me al Gardinal de Vendôme cbc quasi dovrei senlire consolatione che S. S. mi tenesse per rigoroso, poichc d nissuna cosa ho da fare maggior contraste che alla facilita délia mia natura. d

(5) Arch. du Vatican, Lettere, 1. L, f» 311.

à succéder à la Couronne; seulement il avait blâmé sa pré* sence auprès du Navarrais, car le silence de sa part eût été une approbation. « Sa Sainteté peut donc juger, écrivit Caetani, si j'ai montré trop de sévérité ou trop de condescen* dance ; si elle pouvait entendre les paroles enflammées des Sorbonistes et du peuple soulevé, elle aurait pitié de moi, j'en suis sûr, car pour avoir cherché à calmer les prédica** teurs qui lançaient les plus sanglantes invectives contre les Cardinaux, je passe auprès d'eux pour pusillanime et peu zélé (1). »

Ce n'est point tout. Le Pape dans une séance de la Congrégation pour les affaires de France se plaignit du Légat parce qu'en favorisant trop le duc de Mayenne, il donnait aux catholiques du parti contraire de justes motifs de méfiance, u Mon intention, dit Sixte V li Badoer, l'ambassadeur de Venise, est de garder la neutralité et de ne favoriser personne. Le Légat devrait en faire autant, ne pas donner d'argent à ceux de la Ligue et indisposer par là les autres. » Aussi paraissait-il décidé à limiter les pouvoirs de Caetani^ ce afin de l'empêcher de continuer de cette façon (S). » Sixte V blâmait encore son Légat d'avoir proposé de mettre en accusation les Cardinaux : « Je ne crois pas l'avoir fait, répliqua Caetani , mais j'ai parlé de l'utilité d'appeler à Rome le cardinal de Lenoncourt sous un prétexte honorable que le Pape n'aurait pas été embarassé pour trouver. Je le répète encore, car le mal produit en France par lui est incaK culable. »

Quant au reproche adressé par le cardinal de Montattd d'avoir donné le conseil d'excommunier les membres de la noblesse catholique rangés autour du Roi, Caetani répondit: « je n'ai pas écrit de les excommunier immédiatement^ car je sais qu'il faut d'abord les exhorter à se soumettre, mais en parlant des moyens de séparer les nobles du Roi, j'ai indiqué

(â) Voir sur ce point : De la Démocratie chez les Prédicateurs de la Liguê, par Ch. LabiUe, î« édil., 1866, p. 160, cipassim. (1) M. de Hubncr, /. c, t. III, p. 107.

intentions, ]é dirai à Sa Sainteté que le jour oii les Parisiens viendront à conclure la paix avec le Navarrais, ou que d'une autre manière celui-ci sera accepté pour roi, les Espagnols sont résolus de partager le royaunoe de France, et voici comment ils procéderont : Mayenne deviendrait maître de la Bourgogne, dont il occupe toutes les forteresses, et oii le peuple Taime. Le duc de Nemours prendrait Lyon et une partie du Dauphiné. En même temps le duc de Savoie entrerait en Provence et le duc de Lorraine en Champagne, dont une partie serait encore placée, au nom des princes de Guise, sous 'le commandement de M. de Saint-Paul, leur premier soldat. — Aidés par Philippe II ils continueront longtemps la guerre ; or, c'est diviser la France, c'est mettre la monarchie aux mains des Espagnols. Ceux-ci auront de beaux prétextes pour agir : la mission de sauver la religion et la chrétienté d'un Roi hérétique ou hypocritement catholique. L'intérêt de la Religion en premier lieu et ensuite la raison d'État commandent de déjouer leurs projets. » On ne pouvoit mieux dire. D'un autre côté, le Légat ne cessait de supplier le Souverain Pontife de résister au Navarrais, car « si la France tombe entre ses mains elle sera deux fois perdue, puisque la religion sera anéantie et le royaume inévitablement partagé. » Or, « le repos de l'Italie et de la chrétienté, la dignité du Saint-Siège apostolique réclament l'intégrité et la prospérité de la France. On a besoin de la France pour faire contrepoids h la grandeur de l'Espagne (1). »

Mais comment arrêter les Espagnols? en donnant au cardinal de Bourbon un successeur catholique contre lequel il n'y aurait aucun prétexte de prendre les armes et d'usur-

(1) Arch. du Vatican, /. c, t. XXVII, f* 352. Helycs du Tillet présenlail alors au Légat le Sommaire de VHisloire de la guerre contre les Albigeois, écrit par son pore Jean du TiUet, « parce que vous y verrez les vrais remèdes pour nous restituer la s,inlé, lesquels ayant esté appliquez par Urbain IV, le roi 8. Louis, et le Légat ont donné preuve certaine que depuis plus de trois cents ans le royaulme a esté exempt d'hérésie. » On croyait facile de faire au xvi« siècle ce qui avait été fait au xni«, sans tenir compte do la différence des temps.

INTERVENTION SOOS SIXTE V 497

per le royaume, mais ee successeur ne peut être Navarre, puisque, quelles que soient ses promesses, Mayenne, Nemours, Guise, Mercœur, Lorraine, n'auront jamais confiance en lui et se jetteront dans les bras de l'Espagne.

Gaétan i préoccupé de sa politique de repousser Henri de Navarre et ses partisans, reprochait à Rome de n'être pas assez sévère. « Je parlerai pour décharger ma conscience, écrivait-il, rien n'a plus fortifié les nobles dans leur attachement à leur Roi que l'espoir certain motivé par la condescendance de Sa Sainteté de le voir absous et réhabilité pour ceindre la couronne (1), » et le Légat concluait ! « Si Sa Sainteté a le projet de rendre à Navarre le droit d'arriver au trône, je croirais trahir le Saint Siège Apostolique si, par crainte des hommes, j'hésitais à dire ce que je pense* Or, comme si je me trouvais devant le tribunal de Dieu, je déclare que si Navarre arrive au royaume, en très peu d'années il n'y aura plus de religion en France. Ce serait un trop grand péril de confier la foi de tant de peuples à un relaps, privé du royaume, et si déjà, une première fois, il a trompé, quand il n'avait aucune force, quelle espérance pourrait-on fonder sur sa conversion alors qu'il posséderait le royaume ? Depuis sept mois il aspire à la couronne et son hostilité contre la religion est publique. N'a-t-il pas fait la cène le Jeudi Saint avec ses ministres calvinistes ? Lorsqu'il est entré à Vernon n'a-t-il pas donné l'ordre d'enlever la croix portée par le clergé en procession au devant de lui (8) ? Sont-ce là des signes de conversion ? Penser à le convertir est quasi impossible et l'accepter ainsi serait une honte. Il serait dur pour les défenseurs de la Religion d'être, par le fait du Siège Apostolique, placés sous le joug du Navarrais; jamais ils n'auront confiance en lui, et ils s'exileraient plutôt à travers le monde. »

Ainsi dans sa véhémence, le Légat blâmait le Pape, et au

(1) Arch. du Vatican, l. c, t. XXVII, f» 333.

(2) Luxembourg nia le fait et le Pape croyant Luxembourg donna un démenti au Commandeur de Diou.

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nom d'une politique qu'il croyait catholique et inspirée par la foi, il attisait les passions et s'éloignait du but à atteindre. Illusion fréquente : souvent on s'imagina obéir à Tesprit de Dieu, et on est gnidé par un préjugé.

Toujours est-il que Gaetani voyait pour la France deux dangers : danger de la domination des Espagnols et danger de la domination des hérétiques ; il les combattait tous deux. Seulement il ne connaissait pas assez l'état de la France pour reconnaître que le moyen de les éviter était de hâter la conversion du Roi , en lui ménageant l'occasion et les moyens de revenir à TËglise.

Paris cependant subissait la disette et la misère y était grande. Forcée de tenir une garnison de 2.000 fantassins et de 400 chevaux pour lesquels il fallait six mille écus par mois, la ville n'avait pas le moyen de les payer : on ne put même trouver un négociant pour avancer 2.000 écus que Gaetani voulait avoir argent comptant pour les prêter aux Échevins (1). « Grâce aux SO.OOO écus déboursés et ce que j'ai fait avec tout le monde, écrivait-il alors, j'ai pu passer ces journées ; mais mes paroles ne peuvent plus retenir les soldats. L'armée sans argent se débande, et les habitants de la ville sont résolus, à leur grand regret, de négocier la paix, afin de n'être pas forcés de la subir à des conditions plus désavantageuses (2). » Aussi après avoir énuméré toutes les forces dont Navarre allait disposer (3), le Légat répétait sa phrase habituelle : « Le secours du Pape doit arriver le plus tôt possible et son armée ne doit pas marcher, elle doit voler (4). »

(i) Arch.'du Vatican, /. c, t. XXVII, f> 3S2. Le Légat dut, avec lapermission du Pape, faire vendre quelqu'argenterie peu uUle aux églises. On en vendit pour 7,000 écus. Cf. Alfred Franklin, Journal du Siège de Paris en 1500. In-8«, Paris, 1876, p. 184.

(2) Arclu du Vatican. Utiere, t. XXVII, i>» 333.

(3) Il y avait entre autres six miUe Anglais et douze mille reltres envoyés par les protestants.

(4) « Bisognerebbe che volasse non che caminasse. • Arch. du Vatican, / c.,t,XXVII, f»3«.

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IlfTERVENTlOPt S09S SIXTE V 409

Sixte V n'avait pas ces iiévreases impatiences; à ses yeux, comme il le disait à Tambassadeur Niccolini, le roi de Navarre était légitimement roi, mais il fallait' qu'il délivrât le cardinal de Bourbon et demandât l'absolution. Elle lui serait donnée» L'ambassadeur d'Espagne, exaspéré par la longanimité du Pontife, exigea de nouveau le renvoi immédiat du duc de Piney et Texcommunication des royalistes, en menaçant, si on refusait, de voir Philippe II se soustraire à Tobéissance du Saint-Siège. « Nous avons compris, s'écria Sixte-Quint, il veut que nous excommunioi» les partisans du roi de Navarre et nous avons envie de Texcommunier lui et de le renvover de Rome ? » Les cardinaux durent calmer le Pape, car « il était très en colère contre ce tracassier d'ambassadeur (1). » Le comte d'Olivarès parla alors de prolester : « Quelles protestations ! quelles protestations ! s'écria d'une voix émue le Souverain Pontife, vous offensez la majesté de votre Roi et la Nôtre, vous êtes coupable, car je ne puis croire à cet ordre du Roi ; il n'a rien dit de semblable à mon nonce. » Sixte V en parla au consistoire du 19 mars, et dans celui du 22 il agita la question de savoir s'il ne fallait pas renvoyer l'ambassadeur (2) ; mécontent de ne pas voir les affaires en France marcher selon ses désirs, il hésitait pour savoir s'il ne renverrait pas de Rome Olivarès, il hésitera bientôt pour savoir s'il ne rappelerait pas de France Gaetani.

Peu de temps après son arrivée à Paris, le Légat, désireux de transmettre des informations précises et de recevoir des ordres plus positifs, avait voulu envoyer à Rome son frère Camille, patriarche d'Alexandrie. 11 comptaitaussi le charger devoir le duc de Nevers, et le 28 février il annonça à ce dernier son départ fixé au 3 mars (3). Le duc de Nevers approuva son voyage, mais « pour ne négliger aucun moyen de rendre

(1) Lettre de Niccolini, 9 mars 1590 : Négoc, diplom,, l. V, p. 91, aussi le 16 février, il avait écrit : » Si vede camminare S. S. tanlo bene per se slessa, che non abbia bisogno di sprone. » /6., p. 76.

(2) Acta consîstorialia, Bibl. nat., ms.f. lat. 12, 562, fo547. 3) Bibl. nat., ms, f. fr. 3978, fo 170, 205.

la paix au Royaume, il faudrait, dit-il, sMl n*est pas permis de négocier avec le roi de Navarre, pouvoir traiter avec ses partisans. » Alors tout en causant, le patriarche demanda au duc s'il ne pourrait pas remplir vis-à-vis d'eux le rôle de médiateur et prendre, comme de lui-même, une Initiative au sujet de la conversion du Roi, puis si celui-ci refusait de se convertir, s'il ne pourrait pas chercher à détacher de son parti la noblesse catholique. Le duc trouvant le patriarche bien disposé « h redresser les affaires au bon chemin (1), » éprouva un grand contentement et promit son concours. Le patriarche lui exprima le plaisir avec lequel le Légat le verrait intervenir dans une œuvre si importante, mais il fallait éviter qu'on pût le croire inspiré par lui; il devait au surplus ne prendre aucun engagement. Caetani semblait ici jouer un double jeu, avoir un langage pour Paris et un langage pour Nevers, mais peut-être le patriarche prenait-il beaucoup sur lui et en traduisant sa pensée, ou môme, en suivant celle de son interlocuteur, se persuadait-il qu'il exprimait celle de son frère.

Le duc de Nevers envova aussitôt vers le cardinal de Vendôme un de ses gentilshommes, Salvato Galeazzi, puis il attendit les renseignements que le patriarche devait lui transmettre.

II admettait en principe que, quand même le roi de Navarre se convertirait par politique et sans conviction, il fallait le reconnaître comme roi; cette opinion était contraire aux idées du patriarche, maïs les affaires étaient trop désespérées pour que celui-ci ne fût pas ravi de voir entamer une négociation. « Relevez votre courage, écrivait-il au cardinal, Dieu voit nos intentions et sa Providence nous conduira au milieu de tant d'écueils (2). »

Le Légat n'avait pas l'enthousiasme de son frère, et une lettre interceptée où le roi de Navarre ne paraissait pas pressé

(1) Bibl. nat., f. fr. 3970, f^ 27.

(i) Lettre du 20 mars 1590 publiée par M. Carin^l, Hevue du Monde catholique, 10 Octobre 1857, p. 509.

de se convertir, le refroidit encore (1). Aussi les membres du conseil de l'Union, poussés, disaient-ils, par le Saint- Esprit, renouvelèrent le 11 mars, en présence du Légat, leur serment du 25 janvier 1589, et promirent à Dieu (2) a par le très précieux et très saint corps de Notre Seigneui*, de vivre et de mourir pour h défense de la Religion et la paix du Royaume, » de ne souffrir jamais la domination de Tliérétique, spécialement d'Henri de Bourbon, prétendu roi de Navarre, «^ de ne consentir à aucun traité de paix avec les hérétiques, — d'employer tous les moyens pour rendre à la liberté leur roi légitime Charles X et d'obéir à Mgr le duc de Mayenne, « lieutenant général de l'État royal et couronne de France, » ainsi qu'à leurs magistrats élus, bons et vrais catholiques. Avec leur foi ardente, ils mettaient toute leur espérance dans le Légat « descendu du ciel, plutôt que venu de Rome (3). » Les Ligueurs avaient bien besoin de cet enthousiasme pour supporter leurs épreuves, car le duc de Mayenne avait été contraint, après la perte de Poissy (19 février), de se replier sur Rouen (27 février), et le Navarrais, après avoir rassemblé ses forces, allait dépasser toutes les prévisions du Légat, en triomphant dans les champs d'ivry (14 mars 1590).

« Nous avons à louer Dieu qui nous a donné une belle victoire, » écrivait au duc de Longueville le roi vainqueur (4). En effet, l'armée de Mayenne battue se repliait par Nantes,

(1) Lettre du 20 mars 1500 publiée par M. Caringi, Revue du Monde catholique, 40 octobre 1837, p. 305.

(2) M. Carlngl (/. c, p. 497) a donné la teneur du serment; une traduction UaUenne est aux Archives du VaUcan. Francia, t. IV, f" 187.

(3) Archives du Vatican, Leitere, t. XXXV, f» 89; 12 mars 1590.

(i) Lellret mis8ive$,i. III, p. 169. Le duc la reçut le 17 à Langres. Les Archives du Vatican, Lellere, vol. L, f» 248, contiennent une traduction italienne de la lettre. Dans une lettre au cardinal de Montalto, Gaelani annonce que les Suisses se sont rendus au Navarrals et que celui-ci

Magny, Pontoise, jusqu'au delà de Paris, à Soissons, laissant ainsi libre le chemin de la capitale. « C'est la paix de ce royaume, écrivait alors le roi de Navarre et la ruine de la Ligue, à laquelle il faut convier tous les bons Français k courir sus. »

Les catholiques n'osèrent d'abord avouer leur défaite, et annoncèrent même un avantage. Le marquis de Saint-Sorlin reçut de ses frères des lettres « par oîi, écrivait-il au patriarche d'Alexandrie, vous pourriez voir quel a été le succès de ladite journée et ce que M. de Mayenne me mande du roi de Navarre; mais en la sorte qu'il m'en écrit, je tiens le fait encore douteux, et s'il était véritable, ce serait bien la meilleure et la plus grande nouvelle qui nous saurait advenir pour le bien de toute la chrétienté, car je voudrais espérer que toutes les affaires de cette pauvre France s'accoraoderoient selon le désir de tous les gens de bien, bons et zélés catholiques (1). » Le marquis de Saint-Sorlin avait raison de douter, car Mayenne avait cherché à pallier sa défaite, mais elle était complète et les Ligueurs aux abois se défendaient contre ses conséquences. « Quoiqu'il en soit et doive

leur a donné de l'argent pour s'en retourner ; mais il émet le conseil que le Nonce en Suisse ne rejette pas sur eux la perte de la bataille et exprime toujours la reconnaissance du Pape pour leurs services.

Une relation de la bataille envoyée au duc de Lorraine est en italien aux Archives du Vatican, Leltere^ vol. XXXI, f» 77. M. Caringi, /. <?•» 10 octobre 1867, p. 498. — Cf., Discours de la bataille de Garennes (Ivry), publ. par E. Halphen, 1875. « C'est sous lautorité du roi d'Espace avec ses armes et ses moyens que nous avons combattu, écrtvail le duc de Mayenne, et il attribuait la perte de la bataille à la fuite des reîtres étonnés de quelques coups de canon venus dans leurs rangs. » M. de Croze, /. c, t. Il, p. 401.

Le duc de Lorraine en éprouvait « une incroyable fascherie. » Arch. du Vatican, Leitere, vol. XXII, f® 127; lettre du 3 avril au cardinal Caetani, et il s'excusait de ne pouvoir secourir Mayenne. Le 4 avril il envoyait des instructions à Bardin, son agent à Paris, ibid., i^ 129.

(I) Arch, du Vatican, /. c, t. XXII, f» 1011. A Rome il y eut aussi nonvelles de la victoire : « Mane Papa accipit litteras Navamim fùgatum a Duce Msenensi » Acta consisiorialia, 1^ 547. « Pour déguisées quefiisscnt les nouvelles, eUes ne laissent pas de donner un très grand étonnement... » BibL nat, ms., U fr. 15, 591, f» 139.

advenir, écrivait le marquis de Sainl-Sorlin, je vous prie de croire que je ne changerai point de la bonne et sainte résolution que j'ai prise de vivre et mourir pour le service de notre cause. x>

La consolation des vaincus est de dénigrer le vainqueur. Le matin de la bataille, disait-on, Navarre a fait prêcher par un ministre protestant en présence de toute la noblesse ; « an peut donc voir, écrivait le Légat, combien facilement en peu d'années la Religion se perdrait en France, si Navarre prenait possession du royaume, puisque roi pour ainsi dire dans l'ombre, les nobles sont déjà à lui complaire en un point de si grande importance. »

Les Parisiens toujours résolus à ne pas accepter un roi hérétique commençaient à trouver que leurs souffrances étaient grandes (1) : ils appelèrent à leur secours, et sur leurs instances le duc de Mayenne écrivit au duc de Parme pour le presser de venir en France, où il serait son premier serviteur. Les ministres espagnols parlèrent dans le même sens (2) : (« Si à présent, écrivit le Légat, vu sa maladie, son peu de troupes, ou le danger de laisser exposer la Flandre aux forces de TAngleterre, le duc de Parme ne pouvait entrer, il n'aurait qu à envoyer assez d'infanterie et de cavalerie pour dégager Paris et empêcher cette ville d'être prise d'assaut. Si le secours arrive, les Parisiens résisteront certainement jusqu'à la mort ; si 6n les abandonne ils seront excusables, vaincus par la famine, de traiter avec le Navarrais (3). »

(1) «Je serai le premier à donner l'cxompie, écrivait le Légat, je me nourrirai de légumes, d'herbes, je boirai de l'eau et on supportera ces privaUons. » « Leur nécessité est grande, écrivait le roi de Navarre, et il faut que dans douze jours Us soient secourus, ou ils se rendront. » Lettres missives^ t. III, p 187, Umai 1590.

(2) Les ministres d'Espagne avaient aussi écrit au duc de Savoie d'entrer en France avec ses troupes et de marcher vers Paris. Le Légat ne le croyait pas possible, vu la distance et le peu de troupes dont il disposait ; le 9 mars le duc de Terra Nova mandait avoir envoyé trois miUc Espagnols au secours de Grenoble. Arch.du VaUcan, i>//ei*e,vol. XXVII, p. 356.

(3) « Non è dubio che questi Pariglni si sosteneranno fm che Tultlma nécessita deUa vita li stringa. »

Le^ moment était donc grave, car la paix pouvait ètrecoadue avec les Protestants et la confiance dans la Ligue était ébrafllée par la victoire des royalistes (t ); d'un autre côté, les E^ignols profitant du désarroi de leurs alliés pouvaient occaper les principales villes de France. En face de ces périU, le Légat, effrayé de la responsabilité qui pesait sur lui, voalat en rentrant dans lescinstructions du Pape, jusque-là an pea négligées, avoir un entretien avec un des seigneurs adhérents au Roi. G^était au moment de son départ un des vœax de Sixte V, parce que c'était une de ses espérances d'aplanir les difficultés par une loyale explication. Jusqu'alors Gaétan! n'avait fait réellement aucune tentative; à présent il voulut agir, mais, depuis la journée d'ivry, la situation était modifiée et cette démarche qui deux mois auparavant eut été une avance, pouvait passer aujourd'hui pour une soumission.

Le Légat le comprit peut-être car il n'avait guère l'espoir de réussir, mais il désirait obtenir une suspension d'armes, a(io d'arrêter les progrès du Roi, près de se rendre maître du cours de la Seine, et de réduire Paris (1).

Parmi les seigneurs qui avaient embrassé la cause du Roi, un des principaux était assurément le maréchal de Biron ; « son grade dans l'armée, et plus encore son expérience militaire, car depuis quarante ans il était capitaine, » lai donnaient le premier rang. Le Légat jugea à propos d'avoir une entrevue avec lui et, par l'entremise d'un parent du maréchal qui habitait Paris, il lui envoya un des brefs du Pape, destiné à la noblesse, en l'accompagnant d'éloges pour sa valeur, spécialement pour les sentiments catholiques qu'il avait toujours manifestés (3). « Sa Sainteté, écrivait Gaetani,

(t) A Abbcvilic « plusieurs particuliers s'efforcent depuis peude Jodrs (écrit-on le 27 mars) de semer parmy cesle ville lettres cl tenir propoi aux habitants tendant à les desmouvoir de tenir le parti do la nMc Union des catholiques. » Prarond, /. c, t. H, p. 130.

(2) Le 25 avril, le roi allait C*tre à Saint-Maur et le 0 mai U s'empara de Charcnton.

(3) Arch. du Vatican, Lettere, vol. L, (^ aœ. Lettre du M mars, Bibl. Barbcrini à Rome, LX-31, f» 216.

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avait conçu de lui la meilleure opinion^ et si son Légat avait eu roecasion de le rencontrer, il lui aurait exposé le but poursuivi par le Saint-Père. Âpres s'être expliqué et compris tous deux, ils auraient avisé ensemble aux moyens d'assurer la tranquillité du royaume. »

La réponse de Biron fut très courtoise ; le Boi, dont il fallait obtenir Tagrément, fit d'abord quelque difficulté pou^ permettre Tentrevue; mais il Taccorda (1) « afin de saisir Toccasion d'inviter le Légat à sortir de Paris avant le prochain assaut et à venir se joindre aux cardinaux de Vendôme et de Lenoncourt. )> Le maréchal de Biron proposa donc une entrevue à Noisy, résidence du cardinal de Gondi, à sept lieues de Paris. Caetani accepta, se confiant à Biron qui « pour quelqu'intérêt que ce fut, n'avait jamais manqué à sa parole (2), » et le lundi 26 mars il se rendit au rendez-vous où le maréchal arriva bientôt, accompagné de quelques seigneurs. « Leur tenue et leurs propos impressionnèrent désagréablement le Légat, » car il vit en eux « peu de piété et il lui sembla qu'ils étaient catholiqnes seulement de nom, » Il fut vite convaincu de la très grande difficulté de leur faire abandonner le parti du roi de Navarre, puisqu'à leurs yeux c'était une question d'honneur, plus que d'intérêt (3), ils étaient d'ailleurs certains du triomphe du Roi. Le Légat eut alors avec le maréchal « un entretien en tête à tête, chose rare en France, » où après lui avoir parlé de ses mérites, de sa gloire militaire et de son zèle pour la Religion, il le bénit de la part du Souverain Pontife ; puis lui adressant les paroles les plus aimables pour obtenir sa bienveillance, « La vue des malheurs de la France, dit-il, avait causé au Pape une douleur qui compensait bien la joie des prospérités d& son Pontifical. Il en avait l'esprit torturé, car il voyait s'en aller

(I) Lettres missives y t. III, p. 18i.

li) « Assicurato dcUa sua fcde dclla qualc esso havcva fatlo semprc profcssione di non violarla pcr «lualsivoglia intéresse. » Arch. du Vatican, Lettere, l. L, f» 289.

(3) ic Dal quale separandosi parcbbc loro di perderc di rcpulationc et di credito per II interessl. »

à une ruine imminente un royaume jusque là le plus ferme soutien du Siège apostolique; aussi pour le relever et soutenir la Religion, Sixte-Quint avait envoyé en France un Légat. Sa seule pensée était de défendre TÉglise et d'empêcher la conquête du royaume par les étrangers. Mais Sa Sainteté ne pouvait s'empêcher de gémir en voyant la noblesse de France se ranger avec tant d'élan autour d'un prince hérétique. Jusqu'alors il avait comme un Père excusé, dissimulé, compati, afin de ne pas manquer à son devoir d'être bienveillant envers tous ses enfants, mais la mesure était dépassée, et tandis que le royaume se perdait, le Légat, au nom du Souverain Pontife, venait dire an maréchal et aux principaux membres de la noblesse, que la voie suivie par eux n'était point bonne et ne sauverait ni la Religion, ni l'État. )> Après avoir appuyé sa parole par plusieurs considérations, Gaetani ajouta que « nul moment n'était plus propice pour quitter le service du roi de Navarre, au lendemain de la victoire dont tout le monde'attribuait le succès au seul Biron ; car si la situation des Ligueurs s'améliorait, on dirait : « Biron en se retirant a conservé la Religion et le royaume; » si au contraire il restait avec le roi de Navarre pour assister à un triomphe, on lui reprocherait d'avoir dans sa vieillesse causé leur ruine. D'ailleurs après avoir épuisé la clémence d'un Père, le Pape ne pouvait oublier sa qualité de juge, et si la noblesse contribuait au triomphe des hérétiques, ce serait une triste et lamentable victoire, car on y perdrait son âme. Il n'y avait pas à se retrancher derrière l'espérance d'une conversion, car depuis huit mois on avait vu des sentiments contraires et Dieu n'accordait pas la lumière à qui s'engageait en de pareilles voies. » Aprèsavoir ainsi parlé le plus doucement qu'il lui avait été possible, le Légat conclut en disant que « suivre le roi de Navarre, c'était exposer son propre salut et perdre le royaume, ce royaume au contraire ne pourrait-il être sauvé, si la noblesse se réunissait autour du cardinal de Bourbon et après lu autour d'un prince du sang son légitime successeur ? »

Le maréchal avait écouté attentivement. Après avoir remer-

««■ip

1?ITEIIVENT10N SOUS SIXTE V 417

cié le Légat de la bénédiction de Sa Sainteté et de sa bonne opinion à son égard, il affirma le caractère politique d'une guerre, entreprise sous le prétexte de la religion, et exposa comment après le malheureux assassinat du roi, la noblesse, ayant à sa tête les maréchaux et officiers de la couronne, crut devoir adhérer au roi de Navarre. N'était-il pas au milieu d'eux et plusieurs fois n'avait-il pas été déclaré premier prince du sang ? Il avait promis de laisser exercer librement la religion catholique et il avait tenu sa promesse ; il avait dit encore, il est vrai, qu'avant six mois il voulait être instruit pour se faire catholique ; le terme était passé, néanmoins la noblesse ne s'était pas séparée de lui, car les armes des rebelles ne lui avaient pas permis jusqu'ici de penser à autre chose qu'à sa défense. « Ce prince, d'un cœur généreux et d'un caractère ennemi de la violence, était résolu de ne pas aller à la messe à coups de b&ton^ » mais une fois reconnu pour roi, il aurait alors le temps d'embrasser la religion. Si le Légat, «ajoutait le maréchal, lui avait envoyé un prélat pour l'exhorter, cette démarche Teût disposé à se faire catholique. Quant à lui, il lui semblait^ comme aux autres nobles, pouvoir en toute sûreté de conscience suivre son parti, et la bienveillance du souverain Pontife envers le duc de Luxembourg, était une preuve évidente que Sa Sainteté ne les désapprouvait pas (1).

A cet exposé, le Légat répliqua : « Il n'y a pas à parler du passé, car si l'on peut discuter sur le parti qu'il y avait à prendre, sous Henri IH, il ne voulait certes pas condamner la noblesse d'avoir suivi un roi légitime catholique ; mais il fallait bien distinguer ces deux causes d'Henri III et d'Henri de Navarre ; il n'y avait entre elles aucun rapport. Si sous Henri III on combattait pour l'État, aujourd'hui on luttait évidemment pour la Religion, puisque le seul motif d'exclure le

(X) La buona inclinaUonc che N. S. havcva mostrata à Luccmburgh, la quale apprcsso di loro cra fcrmissimo argomcnto che S. B. havcva pcr bcnc che la nobilt^con la sua assistcnza havesse procurato di ritirario. » Arçh. du Vatican, /. c, t. L, p. 306.

LA LIGUB 27

Navarrais était son attachement à Thérésie. En admettant que ce fût lui le premier prince du sang et non le cardinal de Bourbon, il ne convenait pas de le nommer roi, puisque son hérésie, en vertu des lois fondamentales du Royaume, rappelées aux états de Blois, le rendaient inhabile à le devenir. Sa promesse de laisser la liberté aux catholiques n'était pas suffisante pour l'accepter, car c'est Tordinaire artifice des hérétiques de cacher leurs desseins jusqu'au moment oii, arrivés au pouvoir, ils se découvrent et anéantissent la Religion.

Prétendre être Roi avant de se faire catholique, c'est renverser l'ordre observé dans ce royaume depuis des siècles, et il y a lieu de s'étonner de voir la noblesse consentir à troubler cet ordre; quant à envoyer un prélat pour exhorter le Roi, « le Siège apostolique n'a pas l'habitude de solliciter les renégats, » et Caetani conclut en disant que, malgré la bienveillance témoignée au duc de Luxembourg, — car le Pape, en qualité de père commun des fidèles, avait pu écouter avec bienveillance l'ambassadeur de la noblesse, — on ne pouvait s'appuyer sur ces paternelle^ démonstrations pour demeurer opiniâtre.

Le maréchal de Biron ayant alors demandé au Légat si Sa Sainteté accorderait sa bénédiction au Roi, — « l'Église, répondit Caetani, ne ferme jamais son sein ■ aux pénilenis quand ils donnent de véritables signes de repentir, et on pouvait même espérer une clémence d'autant plus grande que le caractère de Sa Sainteté était très bienveillant et très porté à pardonner. »

Après plusieurs répliques de part et d'autre, le maréchal, sur le point de se retirer, demanda au Légat quel moyen il voyait actuellement pour empêcher la ruine de la religion ei du royaume. « Je n'en connais qu'un, répondit le Légat, qui découvrit ainsi sa pensée, c'est de conclure une suspension d'armes et pendant cette trêve de convoquer les états généraux où toute la noblesse se trouverait pour décider avec les autres ordres ce qui paraîtrait le plus convenable. — Le moyen me plaît, répliqua le maréchal, toutefois il s'y trouve

INTERVENTiaW SOUS SIXTE V 419

uae grande difficulté, car cette convocation des états ne peut avoir lieu sans Tautorité du roi^ en sa qualité de Roi de France. — Ce serait trancher la question, dit Caetani; et les états ne doivent pas être convoqués par son autorité, puisqu*à cette heure il n'est pas encore le roi légitime de la France. » On convint amicalement que le maréchal parlerait de ce projet avec des membres de la noblesse et, sans rompre la négociation commencée , donnerait avis au Légat de ce qui pourrait être tenté dans Tintérét du Royaume.

Telle fut en ces points principaux la conversation du Légat avec le maréchal de Biron (1). Caetani s'applaudit de sa démarche, mais dès le lendemain^ 37 mars, il en vit la consé' quence.

Dans une réunion tenue en sa présence, plusieurs conseillers « d'un tempérament ardent (2), » ne sachant comment faire face à la situation, s'emportèrent jusqu'à dire qu'ils « se trouvaient réduits à cette extrémité pour avoir voulu soutenir la bulle lancée par le Pape contre le roi de Navarre, et à présent, loin de les secourir comme il l'avait promis, le Pape, plus favorable au roi de Navarre que fidèle à leur cause, prodiguait ses faveurs à un ambassadeur des royalistes. L'empressement avec lequel la prétendue reine d'Angleterre et les princes protestants d'Allemagne aidaient un hérétique, faisait donc à leurs yeux un douloureux contraste avec l'abandon où le Vicaire de Jésus-Christ semblaitles laisser (3). » Ces récriminations étaient pleines d'amertumes, mais le Légat répliqua si bien qu'il croyait avoir ôté l'envie de

(1) Quelques détails de plus ont ét6 donnés dans mon article : ta Légation de Caetani^ dans la Revue des Questions historiques, !«' octobre

im.

(2) € Chc sono di natura impetuosi. » Archives du Vatican, Letteref t. L, f 289.

(3) « Et che vedendo chc la pretensa rcgina d'Inghilterra et 11 Principi protcstanti aiutavano cosi prontamentc uno hcretico, non potcvano senon contristarsi et csclamare che loro caltoiici fussero destituU dal Vicario di Christo. » Arch. du Vatican, l. c, t. L, p. 289. Lettre du 28 mars.

d'avoir des relations intimes avecrambassadeur de Philippe 11. K Je ne m'étonne pas de cette accusation, répondait alors Gaetani au cardinal de Montalto qui la lui transmettait, car ce sont procédés ordinaires aux hommes de parti, cependant je m'en émeus. Par la grâce de Dieu, toutes mes actions sont connues dans le royaume, et je me suis au contraire trop tenu sur la réserve vis-h-vis de cet ambassadeur, puisque je n'ai pas encore été lui rendre visite : je suis demeuré isolé, afin d'éloigner l'ombre du soupçon. Sans doute il est venu souvent chez moi, mais la plupart du temps appelé par les membres du Conseil en présence desquels il m*a parlé. Comme on faitla guerre avec l'argent du roi d'Espagne, il est impossible de ne pas tenir compte de ses ministres et de ne pas les appeler souvent aux délibérations; t puis ingénuementil ajoutait : « Si le duc de Luxembourg avait la prétention d'interdire tout rapport avec les Espagnols, il ferait mieux d'avouer simplement qu'il faut remettre de suite le royaume entre les mains du roi de Navarre (1). » Caetani protestait de la sincérité de ses sentiments; son seul désir était de servir Dieu et le Souverain Pontife; et, comme il comprenait cependant la nécessité pour le Saint Père de demeurer neutre entre les partis, il disait « qu'il avait évité et éviterait d'être accusé d'aucune préférence. »

L'avait-il réellement évité? quel jugement en portait Sixte V et d'abord quel effet avait produit la nouvelle de la défaite des catholiques ?

La défaite des catholiques à Ivry avait causé k Rome un grand étonnement. La puissance de la Ligue n'était donc pas si bien établie qu'elle ne pût être vaincue et le roi de Navarre n'était donc pas, comme on le disait,' réduit à

(1) Arch. du Vatican, LetterCj t. L, f» 313.

mTERVENTION SOOS SIXTE V 423

merci? Les faits ne se trouvaient pas en rapport avec les assertions des Ligueurs et dès lors on allait suspecter la sincérrté de ces dernières pour accorder plus de créance aux dires des catholiques rangés autour du roi de Navarre. Le 29 mars Sixte V'fit lire en consistoire la lettre du Légat annonçant la défaite de l'armée des catholiques ; le 4 avril dans un nouveau consistoire on examina les dépêches du 15 et du 16 mars donnant des détails sur le désastre. « Toute la ville, la Cour et la Maison sont en esprit en France, » écrivait ce jourlà même le patriarche d'Alexandrie qui venait d'arriver le 2 avril. Le 5 la congrégation de France se réunit en présence du Pape, le H celui-ci fit discuter dans le consistoire la question posée^ par les événements; qu'y avait-il à faire (1)? Le duc de Mayenne « parlerait bien s'il avouait tout, dit Sixte V; il nous reproche' de ne pas l'avoir secouru, mais il avoue en même temps que ses amisl'aident faiblement, » et il s'exprima sur son compte avec rigueur. Peu de jours auparavant, dans le consistoire du 28, il avait parlé de la négligence des Espagnols : c'était toujours la même impression. Le 12 et le 25 avril il y eut de nouveau consistoire pour s'occuper des affaires de France. Enfin le 30, dans une congrégation générale, le Pape en parla longuement et posa devant les cardinaux ces deux questions : « Fallait-il révoquer le Légat? Quel remède devait-on apporter a la situation présente »? Au sujet de la première question. Sixte V constatait la défiance que ceux du parti contraire k la Ligue avaient contre Caetani, vu son peu de complaisance à leur égard (2), mais tous les cardinaux dirent qu'il ne fallait pas le rappeler dans le péril actuel, afin de ne pas paraître abandonner les catholiques vaincus et de ménager l'honneur du Légat et du Siège Apostolique; quant

(1) « Super hoc quid agendum ? » Acta consistorialia, Bibl. nat., f, latin 12, 563, f^ 548.

(2) « Proposuit duo : 1° cum Lcgalus sit diffidens alterlos partis cnm sibi non bene fucrit obsccutus, an sit revocandus? Omnes qnod non et propter presentcm neccssitatem et ne videatur deserere calhoUcos affliclos et propter exislimationeni ejus et sedis apostolicee. » Acta consistorialia, ^ 549*

au remède à apporter h la situation, tous les cardinaux parlèrent d'envoyer ou un secours en argent, ou un secours en soldats, ou tous les deux à la fois. Le Pape y consentit, mais, vu la gravité de la chose, il désigna cinq cardinaux pour délibérer avec ceux de la congrégation de France, et il devait les consulter.

$ixte V avait désapprouvé comme inopportune la démarche de Gaetani vis-à-vis de Biron. Gomment, au lendemain d^uue victoire, le Légat avait-il pu croire qu'il persuaderait au maréchal d*abandonner le Roi déjà aux portes de Paris ! Les arguments pour le convaincre n'avaient point du reste été bien choisis, et si Biron avait été prudent^ Gaetani avait manqué de tact(l). Mécontent de lui, Sixte V refusa presque de répondre à ses dépêches et lui en fit seulement accuser réception. « Sixte V, dit Olivarès avec cette connaissance du cœur humain que pouvait avoir un ambassadeur de Philippe II, est mécontent de ce que Gaetani lui écrit avec tant de liberté sans lui représenter les choses telles que Sa Sainteté les voudrait. »

Beaucoup de cardinaux, loin de blâmer le Légat comme Sixte y, avaient eu les plus grands éloges pour sa conduite et son zèle. Le cardinal Gesualdo pensait qu'il serait temps de s'unir avec le roi d*Espagne et en attendant les troupes d'envoyer de l'argent aux villes de la Ligue, mais après la séance le Pape ne put s'empêcher de dire que le roi de Navarre n'était pas son ennemi et il se plaignit avec amertume de la passion avec laquelle agissaient et les cardinaux et le Légat. Il devait ajouter un jour qu'en accueillant le roi de Navarre, il ne croirait pas favoriser les hérétiques, mais servir la religion (2).

(1) Archives du Vatican, LeUere,l L, f» 289 et P> 306.

(2} Baron de Hubner, /. c, l. III, p. 41i. — Lettre de Badoer du 5 mai.

t Sa Sainteté veut détromper ceux de la Ligue, écrivait le ^ avril le comte d'OUvarès, en leur déclarant qu'ils n'avaient rien k espérer d'Elle. ». — « Ce n'est pas une guerre de religion, dit le Pape, et personne ne combat pour Elle, c'est une affaire d'État. C'est l'ambition da duc de Mayenne qui veut être roi. >» M. de Hubner, /. c, t. III, p. 138. Aussi Olivarès écrit-il : « Le Pape a fort mauvais caractère. «

INTERVENTION SOUS SIXTE V 4âS

Exaspéré d'entendre blâmer et Gaetdni et surtout le duc de Mayenne, le Commandeur de Diou vint, après la séance de la congrégation du 30 avril, conférer avec Tambassadeur d'Espagne sur les paroles prononcées par le Pape; tous deux furent consternés. Le Commandeur parla de se retirer à Malte et l'ambassadeur fit retentir « tous les coins de Rome » de ses récriminations, a Sixte V a plaisir à entendre les succès du Navarrais, écrivit Olivarès, et il apprend avec joie les échecs des catholiques, » puis, pour effrayer les cardinaux, il jeta en avant l'idée d'un concile afin de déposer un Pontife suspect d'hérésie et partisan de l'hérétique. Sixte V connut ces propos : « Les Espagnols font de grandes bravades, dit-il à M. de Luxembourg, mais il demeurera dans sa résolution d'attendre la conversion du Navarrais (1); ))il exprima le même sentiment à Mgr Séraphin, l'auditeur français de la Rote, à Badoer, l'ambassadeur de Venise, et sa pensée se tournait alors vers le duc de Nevers comme vers « un excellent instrument pour rendre la paix au royaume; » cependant il ne donna aucun ordre à ce sujet (2), et continua ses encouragements aux catholiques en lutte avec les protestants. Ainsi il écrivit aux consuls d'Arles (3) au parlement d'Aix (4) pour les féliciter de leur dévouement et prendre les deux villes sous sa protection ; il loua le comte de Carces (Gaspard de Pontevès) chef des Ligueurs de ses efforts pour maintenir la Religion en Provence et l'exhorta à persévérer (5) ; il se réjouit de la constance des habitants de Marseille, et triste de leurs mal-

Ci) M. de Hubncr, /. c, t. III, p. 116.

(à) Bibi. nat, ms. f. fr. 3978, f* 358. « Ha confcssalo S. S. ch'Ella sarcbbe ottimo instromcnto per ia tranquillita di quel regno, na non ho potato cavar risolutionc taie ch'io possa dire a V. E. di ordine di S. S. che eseguira quanto fu risoiuto fra noi. » Lettre au duc de Nevers, 21 avril 1590.

(.^) Archives du Vatican, Begest, Sixti V, an. V, ep. 27, du 10 avril

(4) Ib., ep. 39; du 10 avril 1590.

(.^) Archives du Vatican, Regest Sixii V, an V. ep. 28; du 17 avril 1500 Une lettre du comte de Carces demandant du secours est dans Mtercy t. XXÏI, fo 1049.

naitre « des soupçons inimaginables, » mais Gaelani sen inquiéta peu, car, disait-il, « personne ne croira que je me sois humilié devant Navarre au point de le faire inviter et exhorter. »

Les docteurs de la Sorbonne l'avaient pensé peut-être, lorsque ravis de « l'éloquence étonnante » de l'évèque d'Asti, Panigarolla (1), ils se plaignaient de ce que le Pape, au lieu de lancer Texcommunication contre Henri de Bourbon et ses partisans, recevait le duc de Luxembourg, « cet enoemi déclaré des catholiques, » et envoyait un Légat, sans pouvoir, sans argent, « infecté de ce politicisme qui est bien la doctrine la plus pestilentielle de ce siècle. A Rome on n*agit donc pas loyalement, et un schisme parait imminent, sans un grand miracle on ne peut s'en .tirer; la lutte est difficile et en tous cas elle est bien pénible (2). »

Cependant les Sorbonistes préparaient des articles pour les envoyer d'abord au Pape et ensuite les publier dans toute la France. Le Légat voulut s'y opposer, mais les articles parurent le 7 mai (3). « Les Français, y lisait-on, sont obligés en conscience de chasser arrière Thérétique et ne permettre qu'il soit dict que ce noble sceptre françois soit pollué de l'hérésie. A la mort de Charles X nul ne pourra en conscience admettre comme roi, Henri même absous, et si on mourrait en le combattant, on remportera comme défenseur de la foif la palme du martyre. »

11 pouvait y avoir là des inexactitudes de doctrine, mais évidemment il y avait usurpation d'autorité, car quelques théologiens, même ceux de la Sorbonne, n'avaient pas h trancher ces questions. Aussi dès le 15 mai, il y eut appel au Saint Siège et on demanda contre les auteurs des articles

(1) « Slupenda Rcvcrcndissimi Astcnsis cloqucnlia. » Arch. du Vatican, Diversiy t. IV. LcUrc de la Faculté de Théologie de Paris au Pape, 29 avril 1590.

(2) K Eoque paclo pcstilenlissimo hujus sœculi polilicismo infecluni ulriquc parti inservire. »

(3) Mémoires de la Ligue, l. IV, p. 264. « Tant que je serai à Paris, ces articles^ je l'espôrc, ne seront pas publiés », écrivait le Légal.

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une punition sévère; les articles tendaient « à soulever des tempêtes, à ouvrir un schisme et devaient apporter à la chrétienté plus de tort que ne pouvaient en faire les armes impies du roi de Navarre (1). ». L'appel fut reçu: Mgr Gallesino, au nomderinquisition, rédigea une réponse, et le Pape ordonna au Recteur de la Faculté de théologie de se présenter sous trois mois en cour de Rome, afin qu'il en fut ordonné (2). Puis comme le cardinal de Sens prit la défense de la Sorbonne, le Pape lui interdit l'entrée du Consistoire, ce qui causa un assez grand émoi.

Tandis que les cardinaux de l'Inquisition tâchaient de gagner du temps dans l'espoir de faire comprendre au Pape les inconvénients de la décision qu'il les avait chargés d'expé* dier à la Sorbonne, Gaetani s'efforçait de calmer les théologiens, dont les propos si écoutés du peuple, soulevaient contre le Pape et le Saint-Siège une haine immortelle (3),

Henri IV du reste s'apprêtait k donner la réplique. Profitant de la mort du cardinal de Bourbon (9 mai), il attaqua le 12 mai les faubourgs de la capitale du côté de Saint-Denis, mais, après un combat de quatre heures, pendant lequel le Légat « se comportant en général plus qu'en soldat (4), » parcourut la ville en voiture pour encourager les habitants à se défendre vaillamment, les troupes furent repoussées. « Je m'asseure, très Saint-Père, écrivait le duc de Nemours, que Votre Sainteté recevra un grand contentement de ce beau succès, auquel aussi participent tous les gens de bien ^ par deçà, qui prévoyans ung très grand malheur général et principalement pour notre sainte religion, s'il arrivoit fortune de ceste ville de Paris, louent Dieu de la grâce qu'il nous a

(1) Arch. du Vatican, Francîa, t. XII, p. 339; daté de Rome i3 mai iSOO.

(2) Ibid,, Regestum Sixti V, an. V, cp. 6i ; 21 juin 1590. Le Pape « avait appris non sans grande douleur la publication d'arUcles si contraires à la foi et au pouvoir du Saint-Siège. )»

(3) « Dalla doctrina et bocca de'quali pende non solo il popolo di Parigi, ma luUo il regno. » Arch. du Vatican, /. c, t. XXV, p. 541. Lettre du 14 mai 1S90.

(4) Caringi, /. c, p. 789.

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faicte de nous y avoir si bien et heureusement conservez. Je n'y espargne ny ma vie, ny chose quelconque qui dépende de moy, comme scait et voit mon dit sieur le Légat (1). » La fameuse procession de treize cents moines avait lieu le 3 juin pour ranimer Tardeur des assiégés et implorer la protection divine.

Le Légat était donc tout entier à la résistance, loi'squ'il reçut les lettres écrites par le cardinal de Montalto, cd dat« du 24 mars et du 4 avril. Elles augmentèrent sa douleur (â), car elles ne lui donnaient aucun espoir ou « de représenter dignement le Saint-Siège à Paris » ou d'obtenir son rappel. Gaetani eut une nouvelle mortification : les Gapponi, négociants-banquiers établis à Lyon, lui annonçaient en effet que les Pinelli, par commandement de Sa Sainteté, avaient retiré l'ordre de lui payer les cinquante mille écus restés disponibles sur le crédit affecté à la Légation. « Il convenait donc , écrivait Gaetani avec une certaine amertume, que cette amabilité me fût signifiée par des marchands (3). J'avoue que j'aurais désiré l'apprendre par une lettre particulière et secrète, afin de ne pas achever de me déconsidérer aux yeux de ces peuples, mais puisqu'il a plu à Sa Sainteté

(1) Arch. du Vatican, /. c, t. XXII, 1^793.

Le duc de Nemours était récemment arrivé de Lyon à Paris, appelé par le Légat et le duc de Mayenne pour organiser la défense, a Les choses se comportèrent avec tant d'heur que le contentement en esl demeuré à un chacun. » Grégoire Caetani, alors à Paris, raconta à son porc, le duc de Sermoneto, la belle conduite du Légal pendant le combat Caringi, /. c, p. 788. « Toute la ville et la cour vous portent aux nues et le sacré collège tout entier bat des mains, » répondait Honoré Gaetani.

(2) « Quesfultlme leltere ho ricevuto da V. S. lllust. de' 24 di Marzo b de' 4 AprUe, m'hanno accresciuto dolorc in loco di consolatione. » Leltere, t. XXV, fo 541; 14 mai 1590.

(3) « Et queslo favorc conveniva che mi venisse noliticato da mercanti. »

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d'agir ainsi, je dois Ten remercier, car elle m'a délivré du continuel martyre que j'endurais au sujet de cet argent. Cette décision viendra éteindre Tespérance, la foi et l'amour pour le Siège apostolique, mais je me console en pensant que j'ai fait mon possible pour maintenir le dévouement du peuple. Il y a peu de jours je fus forcé de prêter 6,000 écus aux magistrats de la ville pour payer les Suisses et les lansquenets, acheter de la poudre et des munitions ; mon billet, je crois, n'est pas arrivé à temps pour être accepté par les Capponî ; mais s'ils l'avaient payé, que Sa Sainteté n'en prenne pas souci, car je le ferai rembourser. Après la bataille je fus obligé également de payer environ quinze cents écus pour nourrir les Suisses et les lansquenets qui tenaient garnison. Connaissant à présent l'intention de Sa Sainteté je ne les porterai pas en compte ; j'ai dépensé ainsi quarante mille écus et je joindrai cette dette à celles de ma maison, comptant sur Dieu qui ne m'abandonnera pas en ma détresse. » Puis revenant à la politique, le Légat disait :.« Si Sa Sainteté veut secourir le royaume et le sauver des mains des hérétiques, il est temps. Si Sa Sainteté ne veut pas intervenir, le Navarrais s'en rendra nécessairement le maître, » et alors avec un accent découragé Caetani ajoutait : « Je demande de nouveau comme un grand bienfait d'être relevé de ma charge, car si je restais, ou le royaume périra sous mes yeux, ou l'armée espagnole triomphera et je ne saurais supporter l'une ou l'autre de ces hontes. Souvent j'ai parlé de l'utilité de joindre les armes spirituelles aux armes temporeHes et mille fois j'ai inculqué ces idées, mais la nécessité me force à les répéter ; ce sera la dernière fois, je l'espère, car d'abord je suis résolu à ne plus fatiguer de ces propos et ensuite j'ai confiance d'obtenir au moins la permission de m'en aller, afin de ne pas achever la totale ruine d'une maison que Sa Sainteté a comblée de bienfaits (1). »

Après ces paroles, jetées comme la suprême expression de sa pensée, Caetani put croire sa mission finie. Sixte V, résolu

(i) Arch. du VaUcan, /. c.,t. XXV, t^î^il. Lellroclu limai.

à ne point s'avancer, justifiait sa réserve en disant que Tinirailîé entre les Bourbons et les princes lorrains n'étant nullement motivée par des questions de religion, il ne permettrait pas à ses troupes d'aider la Ligue et le duc de Mayenne (1); s'il les envoyait ce serait seulement pour établir en France un roi catholique. Il y avait en effet un projet pour envoyer des secours sous les ordres du duc d'Urbino, mais le Pape ne voulut jamais, malgré l'insistance des Espagnols, signer la capitulation négociée en prévision de cette éventualité entre Philippe II et le cardinal Gesualdo (2).

Sixte V était trop peu satisfait du Légat et du duc de Mayenne pour prêter un tel appui et il refusa d'accorder au duc le droit de nommer aux bénéfices ; il promit seulement de prendre des personnes agréables à l'Union des catholiques (3). Il ne voulut pas censurer les catholiques groupés autour du roi de Navarre afin de ne pas les pousser par sa rigueur au désespoir (4).

La réserve du Pape provoqua des colères. « Ce qui est bien fâcheux, écrivit le duc de Sessa, c'est de voir Sa Sainteté assez aveuglée pour ménager les catholiques du parti du prince de Béarn et d'un autre côté si irritée contre la Ligue, si disposée à lui faire tort et à donner son appui moral à l'ennemi (8). » En France, certains catholiques tant soit peu exaltés accusaient bel et bien le Pape d'être de <c conni-

(i) Baron de Hubncr, /. c, t, III, p. 437. Lettre du duc de Sessa» 30 juin.

(2) Baron de Hubner, /. c, t. III, p. 479.

(3) Consistoire du 1 1 avril 1590 mentionné dans Regesium Gregorii XIV, an. I, ep. 281, aux Archives du Vatican.

(4) Hubner, /. c, t. III, p. 457.

(5) A Rome, le Cardinal Vicaire dut publier un Édit (15 juin) pour défendre aux prédicateurs de parler dans leurs sermons des nouvelles de France « secundo i capricci degl'uomini. » Ils devaient se borner à recommander au peuple de prier pour le salut de ce royaume, la conscrvaUon de la foi et l'élection d'un roi catholique (Hubner, /. o., t. H, p. 518. Bibl. nat., ms. f. fr. 3996, f«> 160). Deux moines ayant voulu demander des prières pour la Ligue furent blâmés (lA., t. III, p. 455), « ils avaient prêché contre les actes de Sa Sainteté, » dit une lettre du 20 juin (ï6., 3979, 1^ 92), Honoré Caelani avoue que « les prédic«itcurs avaient prêché un peu trop librement sur les affaires de France. Je fus mis aux arrêts dans ma maison, dit-il^ et on publia « des Ëdils qui ont

WTERVENTION SOUS SIXTE V 437

venceavecla religion mauvaise(l). »Les prédicateurs de Paris « le tenaient pour Béarniste » et le Pape signala lui-même dans le Consistoire du 13 août ce liait d'un religieux à Madrid qui l'accusait d'être un « Navarriste et fauteur d'hérésie (2). » Bien décidé « à jeter son argent dans le Tibre plutôt que de le donner à Mayenne, t> Sixte V arrêta la négociation ouverte avec l'Espagne, appela Philippe II « un homme très criminel» et chercha à établir la paix en France sans épouser les passions de la Ligue, sans exclure par conséquent le roi de Navarre, car, disait-il, « s'il se faisait catholique, il serait certainement choisi comme roi par la nation et alors personne ne pourra plus rien dire contre lui (3). »

Telle était bien alors la pensée du Pape, il voulait attendre; sans doute il ne comptait pas accepter un roi hérétique, et après la mort du cardinal de Bourbon il déclara qu'il « fallait donner à la France un roi catholique car on ne pouvait se fier au Navarrais (4), » mais il continua de soutenir ceux de la Ligue assez pour forcer les catholiques groupés autour du roi à hâter la conversion du Prince, pas trop pour ne pas irriter ces derniers et perdre sur eux toute influence.

Sixte V songea même à envoyer Mgr Séraphin Olivier, doyen des auditeurs de Rote (5), aux princes et nobles royalistes, et Mgr Borghèse aux Ligueurs, avec mission de les réunir les uns et les autres pour procéder à l'élection d'un roi catholique (6).

mérité les applaudissements des prolestants d'Allemagne. » C'est l'édit très sage dont nous venons de parler, mais la passion voit autrement. Sixte V dut en môme temps réprimer une démonstration contraire faite à la place Navone lorsqu'on promena dans un coche le portrait du roi de Navarre. Caringi, Revue j etc., 25 février 1868, t. XX, p. 790.

(1) MM. Henry et Lorîquct, Journalier de Pussot, p. 35.

(2) Acta consisiorialia, fo 552.

(3) Ces expressions sont textuellement relevées par Badoer dans ses conversations avec le Pape. Hubner, /. c, t. III,p. 188, 491, etc.; 28 jufllct 1500. Elles corroborent la déclaration précédente faite à Niccolini.

(4) Hubner,/. c, t. III, p. 150.

(5) FUs d'un Français et d'une Italienne, grand jurisconsulte, nommé cardinal en 1604, mort en 1609 à 76 ans.

(6) Sixte V se promettait les meilleurs résultats de cette mission, à laquelle l'ambassadeur comte d'Olivarès fit opposition»

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Il déclara son Intention devant la Congrégation pour les affaires de France, et comme le cardinal Sanctorio, archevêque de Santa Severina, ne voulait donner son assentiment à l'envoi d'un délégué du Saint-Siège au camp des hérétiques, il échangea avec lui des paroles très vives (1).

Le duc de Sessa et le comte d'OIivarès parlèrent comme le cardinal et Sixte V irrité s'écria « qu'on prétendait donc lui forcer la main (2), qu'il voulait un Nonce pour garder la neutralité et ne point agir comme ce malheureux Caetani (3). »

Honoré Caetani écrivait alors de Rome à son frère le Légat : « Le Pape a changé entièrement d'avis et de dispositions. Il a désavoué Votre Seigneurie en vous présentant aux ambassadeurs comme espagnol ; il a répondu de travers à toutes les lettres ; il a favorisé Luxembourg, il a permis à Séraphin de négocier le retour -du Navarrais au catholicisme; il a ajouté plus de créance aux relations de gens passionnés, intéressés et menteurs, qu'à la fidélité de ses ministres et à mes paroles... Il a saisi toutes les occasions de m'insulter. Après la victoire de Navarre il commença à agir ouvertement contre la Ligue et à refuser des secours. » Ainsi s'épanchait dans une correspondance intime l'amertume dont le cœur du patriarche d'Alexandrie était rempli (4).

A Paris, les Navarrîstes, comme on les appelait, cherchaient à précipiter le dénouement. Le Légat le comprit et invita le marquis de Pisany à venir le 7 juillet le trouver au faubourg Saint-Germain dans la maison de Jérôme de Gondî (8). « Avant de se convertir, répondit Pisany aux ques-

(1) Hubner, /. c, l. III, p. 408. Lettre du 4 août 1390.

(2) Le 19 août les ambassadeurs d'Espagne demandèrent au Pape de renoncer à envoyer les deux prélats. Le Pape très irrité leur dit des paroles dures. /6., t. III, p. 205.

(3) « E non faccia corne quello sciagurato dl Gaetano. » Lettre de Niccolini 8 juin 1390. Négoc, diplom., t. V, p. 137.

(A) Tirée des Archives des Caetani et publiée par M. Caringi. nevue du Monde catholique ^ t. XX, p. 796.

(5) Devenue plus tard l'hôtel de Condé, avait son entrée dans la rue actuelle de Condé. Arch. du Vatican, /. c, t. XXVII, i^ 363. Lettre dn 9 juUlet 1890. A Franklin, Journal du Siège de Paris, p. If59 ; Mémoires de la Société de Hlistoire de Paris, t. VII, p. 213.

lions du Légat, le Roi doit être maître de Paris » et il le pria de hâter la reddition de la capitale, mais Gaetani, on le pense bien, refusa. Le 16 juillet, Hençi lY publia un manifeste pour promettre de nouveau de conserver la Religion catholique et il demanda une entrevue avec des représentants de la ville pour leur expliquer sa conduite.

Les Navarristes crurent le moment favorable pour leur cause et ils cherchèrent à déterminer un mouvement parmi le peuple : « Le Pape, disaient-ils, attend le roi les bras ouverts et il a chargé le duc de Montmorency de le décider à se faire catholique ! » Gomme la disette était extrême, ils parcoururent les rues en criants « Du pain ou la paixl que notre Roi vienne nous délivrer ! la paix t la paix I » Les catholiques Ligueurs eurent de la peine à arrêter rélan.

Henri somma le duc de Nemours, gouverneur de Paris, de le reconnaître pour roi, et Roger de Bellegarde lui écrivit . aussi pour le presser (1). Nemours écrivit à BelWj»ardô qu'il ne répondrait pas au Roi parce qu'il « ne pouvait le reconnaître ni honorer des titres qu'iï prétendait, conune aussi sa religion ne lui permettait de lui faire service ; aussi conserverait-il la ville. »

Ainsi venus de tous les points de l'opinion, Vendôme et Nemours, Nevers et Luxembourg, comme Sixte V, arrivaient k la même solution pratique : la conversion du Roi pour abaisser l'obstacle qui l'empêchait d'arriver au trône. Mais Henri voulait entrer en maître, et le 24 juillet un assaut général lui livra les faubourgs de la rive gauche.

Les échevins avaient le 1~ juillet fait un vœu à Notre- Dame de Lorette pour obtenir leur délivrance, mais au bout d'un mois, il fallut céder, et le 2 août une assemblée reconnut la nécessité de traiter avec le vainqueur. On décida de supplier le roi de Navarre « de vouloir bien disposer quelques bons moyens pour remettre le royaume en bon repos avec

(1) M. Berger de Xivrey place avec raison cette lettre à la date du 21 juillet, quoique plusieurs documents indiquent ceUe du % août.

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la sûreté de la religion catholique. » Quatre théologiens (I) consultés par . le Légat pour savoir si on encourrait les censures en traitant dans les circonstances actuelles avec le roi hérétique, répondirent négativement (3 août) : On pouvait, dirent-ils, se rendre k un prince hérétique si on y était contraint par la famine, or la famine existait et terrible {%. En conséquence l'archevêque de Lyon et l'évëque de Paris (( furent requis de se transporter vers le Roi pour le supplier de mettre le royaume en paix, s Le 6 août, les deux prélats se rendirent près du monarque k l'abbaye Saint-Antoine cl la discussion s'ouvrit : « Je veux faire à Paris plus de bien, plus de grâce et de miséricorde qu'elle n'en demande. Je sais le père de mon peuple, > s'écria le Roi, tout en menaçant si on différait de faire pendre plusieurs centaines de pep sonnes. On ne s'entendit pas (3) et le lendemain la canonnade recommença. Le Roi, pour précipiter le mouvement en sa faveur, adressa le 11 aoiit une nouvelle déclaration aux habitants : Il entendait, disait-il, conserver la Religion catholique, apostolique et romaine, il ta prenait sous sa protection ainsi que « les bourgeois, manaos et habitants » auxquels il promettait l'amnistie du passé (i) ; mais un complot tramé par les Politiques pour forcer les Ligueurs à se soumettre an Roi fut découvert et les auteurs furent décapités |ou exilés. Cependant on ne pouvait se faire d'illusion, aussi le Légal chargea l'archevôque de Lofon de " proposer au duc de Mayenne, s'il ne pouvait secourir la ville, de la remettre entre

(1) L'Évêque é'Ksti. Panigarola, fraociscain, et trois jésuUcs, BellariwiQ, Félix Vincent, Jacques Tirius. La coosullatioR a été publiée dans le Bulletin de la SoàéU de f Histoire de Parii, l. VU, p. 231.

(J) " Il grano manca. àcrivail le Ugat, l'avena è pcr mancnrc, moltUsiml poveri huomini si nutriacono di tavc et herbe... con tutU cib non si vcde nessuDa seditionc, anzl si confortano inijicmc a patirc... lo reste corne ndmiralo délia paCienUa di qucsto popolo. s \Tfii. àa Vatican, t. c, t. XXVI, C 36i. Lcllre du 1" juiiict 1890.

(3) La relation de l'entrevue (Bibl. nat., m*. L fr. 3000, 1^ tSS} a «lé publiée dans les Mémoires de la Ligue, t. IV, p. 340 ; cl dans les Mtmoiref delaSoc.de FUisl. de Paris, I. VII, p. W3.

(4) Bibl. nat., mi. f. fr. 3996, f* 161; Mémoire* rfo ta Soc. de Hlist. de Pari,, l. VII, p. 246; FrankUn, (. c, p. 3i4.

les mains des princes et seigneurs catholiques du parti royaliste pour la conserver ainsi au futur roi catholique approuvé par le Pape et les États de France. » L'issue de la crise était donc imminente, lorsque le lendemain 17 on annonça soudain ia présence du duc de Parme à Soissons, k la tête de treize mille hommes. Dès le 18, le Roi quitta les abords de Paris pour offrir la bataille (1), mais le duc de Parme en habile tacticien sut Téviter et le 23 il se trouva à Meaux. Le cardinal deGondi, évoque de Paris, et le président au Parlement s'y rendirent le même jour pour discuter en présence du duc une proposition de suspension d'armes. Le duc de Parme, tout en laissant le duc de Mayenne libre de la conclure, dit que « lui parler de traiter avec Thérétique, c'était perdre le temps. »

Le duc de Parme et le duc de Mayenne tinrent aussitôt conseil sur les moyens de dégager la capitale : « Je ne pour- Tais exprimer, écrivit le Légat, en quels termes de confiance et de courtoisie ces deux princes se sont comportés Tuu visà-vis de Vautre. Le duc de Parme, venu, disait-il, pour secourir Son Excellence et- la cause catholique, refusait toute autorité, Mayenne au contraire ne voulait rien décider sans l'avis et l'ordre de Son Altesse. » Dans la nuit du 29 au 30 août les troupes du roi de Navarre se retirèrent, et le duc de Parme, put faire entrer dans la capitale huit mille hommes avec des vivres pour un mois (31 août).

On put reconnaître l'effet du vœu fait à Notre-Dame de Lorette. Paris était délivré.

En ce moment le Pape Sixte-Quiut rendit Tàme, emporté

(1) Le roi de Navarre avait 3,500 cavaliers de la prcmiôre noblesse de France, dit le Légat, 5,000 chevaux, 6,000 Suisses, 2,000 lansfjuenels, 2,000 Anglais, 3,000 Gascons, 8 à 10,000 Français; d'autres chififrcs sont * donnés dans une lettre publiée par Caringi, /• c, p. 799. Chaque jour H eonvoquait et recevait du monde. Au duc de Ne vers il écrivait de « se trouver à la bataille des bons Français contre ceux qui ont quitté ce beau nom pour se faire Espagnols. » Lettres missives^ t. III, p. âi2. — Le due de Mayenne avait 12,000 hommes à joindre aux troupes du duc de Parme. Mayenne, qui à Ivry n'avait pas avec lui cent nobles, écrit Caelani, en avait à présent miUe.

par les fièvres si meurtrières sous le ciel de Rome (27 août 1590). « Sa mort arrive à un moment bien inopportun^ écrivit Badoer, et il laisse tous les gens de bien en proie aux plus vives inquiétudes. » « Il n'aurait pu mourir à on moment plus désavantageux pour sa réputation, écrivit en se plaçant à un autre point de vue le duc de Sessa, car il laissera plus mauvais renom qu'aucun autre Pape depuis bien des années (1). » On ne pouvait montrer plus de dépit, c Sa Sainteté est morte sans confession, écrivit Olivarès, et pis, pis que cela. » Le fait est faux. Sixte V reçut les sacrements et fut administré par le cardinal Aldobrandini, son grand pénitencier.

L'ambassadeur de Venise et l'ambassadeur d'Espagne furent ainsi les échos des deux politiques qui se disputaient la direction des affaires. On en retrouve Texpression autour de Philippe II comme dans la bouche même d'Henri IV. «A Madrid, écrit Gontarini, on se réjouit de la mort du Pape : on pense et quelques-uns disent tout haut qae quelque soit son successeur, il lui sera impossible d'être plus contraire à la politique de cette couronne et plus ennemi de la Ligue de France. Chacun en parle avec une grande liberté et peu de respect. » Henri IV au contraire apprit avec tristesse la mort du Souverain Pontife : « Quelle perte j'ai faite, ditil, en perdant Sixte-Quint 1 »

Le 14 septembre une lettre du Sacré Collège rappela le Légat à Rome pour concourir à l'élection du Souverain Pontife. Dix jours après, Caetani quitta Paris laissant comme Vice-Légat Mgr Philippe Sega, évêque de Plaisance.

La mission du cardinal Caetani était terminée.

(t) Le ic' scplcmbrc il arriva à Paris une teUc quantité de vaches, de blé, de beurre, qu'une vache qui se vendait pendant le siège 90 livres* et cent écus se baillait pour i5 et 30 livres. {Journal de Fayei, p. 98.)

Après avoir pris Lagny le 8 septembre, Corbeil le 10 octobre, le duc de Parme revint en Flandre. — Le 10 septembre Henri IV tenta mais en vain de surprendre Paris. (Bulletin de la Société de VUisL de Paris, janvier 1880, p. 80; et Sommaire de ce qui est advenu en l'armée d'Henri IV. Bibl. nat., 15o9i, fo 119.)

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