INTERYENTIOW SOUS INNOCENT IX
de la déférence comme aa lieutenant général du royaume de France.
S"" Dans le cas où il ne plairait paâ au duc de Montemar'^ ciano de rester en Franee> on enverrait k sa pkce un capitaine de rËtat de rËglise, soit Paul Sfors^a, le marquis Malatesta, Pierre Mal vezzi, Pierre Caetani ou Appio Conti*
i"* Qu'on envoie alors un commissaire qui soit Référed-daire apostolique et un comptable, lequel prendrait en France un second et un payeur. Si le duc restait^ il y aurait lieu de réformer ces officiers.
6* Que Mgr Sega reste seul nonce avec les pouvoirg ordinaires et qu'on rappelle Mgr Landriano avec une lettre aimable (1).
6"" Que, pour aider Paris, il plaise à Sa Sainteté de donner vingt mille écus en deux fois. Si le duc de Mayenne jugeai ta propos de prendre cinq cents fantassins et cent cbevaux italiens pour la garnison de cette place» la Congrégation y consentait.
7* La Congrégation émit encore le vœu que le Nonce, d'accord avec le duc de Mayenne, priât le Pape de nommer aux églises et aux bénéfices vacants, sur une liste de candidats envoyés par le Nonce. La Congrégation fut d'avis de ratifier les collations faites par le Nonce, de ne pas donner deux des abbayes vacantes au fils du duc de Guise, âgé seulement de onze ans et déjà pourvu de six bénéfices, mais de les accorder à deux membres de la Sorbonne recommandés par le duc de Mayenne (2).
Tels furent les vœux formulé» par la Congrégation de France : elle comptait dépenser dorénavant 68.000 écot par mois pour l'entretien des troupes, mais le trésorier écrivait : n Le Pape désire ne pas dépasser cinquante cinq mille. x>
(i) Le nonce monscigneor Landriano fut en effet rappelé ; il en fut troublé et, dans une lettre, le 2 février 1592, il disait avoir été dessem par de faux rapports.
fij Arch. du Tatican, Varia^ t. l!, ei Acla consistorialia^ BiW. nal., m*, f. lat. 13i>83, f° 506.
Innocent IX, pour annoncer cette résolution au duc de Montemarciano, fit partir un courrier qui le rejoignit le 14 décembre près la ville de Guise où se trouvait Mgr Landriano (1).
Landriano se rendit immédiatement au camp où le général rappelait. Après une longue délibération, tous deux résolurent de conserver les troupes : elles étaient nécessaires, car les forces françaises, unies à celles du duc de Parme, n eussent pas été suffisantes pour repousser le roi de Navarre; les villes de TUnion auraient pu être réduites à Textrémité, et si le duc de Mayenne, déjà « très peu satisfait, peu aimé et sollicité par les avantages qu'on lui offrait) venait à se soumettre, la religion catholique en ce royaume eût été perdue. »
Le chef de la Ligue ne pouvait-il aussi être décourage par les excès où se portaient, à Paris surtout, les exaltés de son parti, excès qui se produisaient comme la conséquence logique des idées subversives préchées depuis longtemps et répandues dans les esprits (3) ? Le duc de Mayenne avait dâ intervenir, car ces violences que nous allons indiquer, servaient la cause du roi de Navarre, en ramenant h lui, coïnms à un naturel protecteur, les honnêtes gens effrayés par les violences démagogi(|ues.
Le samedi 2 novembre 1591, quelques bourgeois s'étaient réunis rue de la Vieille-Monnaie, dans la maison de Tun d'eux, et comme le président, le sieur de Launay, proposait de « députer par devant Messieurs de la ville pour s'opposer à rétablissement de nouveaux impôts que Ton voulait établir —
Il ne s'agit pas de si peu de choses, interrompit le sieur
(1) Arch. du Vatican, Lellere, t. XXVIII, P> 861.
(2) M. le vicomte Hervé de Broc Ta fait ressorUr dans son opuscal* La Ligi", Le Mans, 1874, p. 35.
Crosnie, mais de remédier à Tinjustice faite dans le procès de Brlgard(l); jamais il n'y en eut une plus grande, car la Cour Ta absous en haine de la Compagnie et pour lui faire dépit. » — L'assemblée étant peu nombreuse, on parla de renvoyer la délibération au surlendemain, mais le curé de Saint-Jacques intervint : « C'est assez connivé, s'écria-t-il, il ne faut jamais espérer avoir justice du Parlement. C'est trop endurer, et il fout jouer des couteaux. » A ces mots d'un fanatique, les deux tiers des personnes présentes se levèrent, et un bourgeois, nommé Gourlin, vint dire quelques mots à voix basse à l*oreille du curé. « Il y a des traîtres en cette compagnie, me dit-on, il les faut chasser et les porter en la rivière! y> Mais toute la réunion, « fort troublée de ces paroles, » se dispersa (2). '
Le S, une nouvelle réunion d*une cinquantaine de personnes fut tenue sous la présidence du même sieur de Launay. On proposa de renouveler le serment de TUnion en des termes plus formels, a attendu la nécessité des affaires et le nombre des traîtres qui étaient dans la ville. » On résolut aussi d*établir un conseil secret, et^ le lendemain, 8, on élut dix personnes pour en faire partie. L'affaire de Brigard fut renvoyée à son examen.
Dès le 8, le capitaine Leclerc de Bus.<^y, chargé de faire signer le nouveau serment, fit apposer les signatures surdu papier blanc. On ne dit rien d'abord, mais le 10, quelques personnes se récrièrent : « Nous trouvons fort étrange, dirent-elles, qu'on nous fasse signer ce papier sans savoir ce que c*est, » et elles s'en allèrent; cependant Bussy continua de faire ainsi apposer des signatures. Le 13, le Conseil secret tint séance, et alors Bussy proposa de a donner ordre aux trahisons et conspirations qui se faisaient contre la ville. »
Le 14, Bu.ssy s*imposant de plus en plus nu Conseil des
(1) Accusé d'avoir correspondu avec les royalistes, (i) Bibl. nat. de Paris, ms. f. fr. 3330, M9; 3996, f» 213. Mémoire de Nevers, i. II, p. 635
518 U UGCB
Dix, car il nVo faisait pas partie, dit à rassemblée : <i Nous devrions souhaiter que ceux de cette Compagnie eussent las principales charges de la ville : ce serait un grand bien et un grand avancement pour notre religion. » — Le Conseil, au lieu de discuter, se sépara, « plusieurs présageant quelque proche malheur debvoir advenir. »
Dans la nuit du i4 au IS, il se tint chez le curé de Saint-Jacques une assemblée oii se trouva, outre ceulx du Conseil, un grand nombre de personnes, et le 15, à 7 heures du naatip, le curé, accompagné de trois autres, allèrent présenter au prévôt des marchands a les articles sur lesquels les catholi^ ques de Paris désiraient leur être présentement et prompte* ment pourveu; » c'était : rétablissement d'une chambre ardente, composée de ^ douze personnages, qualifiés et gra* duez, qui soient notoirement de la sainte Ligue, pour fere le procès aux hérétiques, traitres, à leurs fauteurs et adhé« rents; » ils devaient être «ommés par le Conseil des leize quartiers de Paris; — rétablissement d'un conseil de guerre, tenu au moins deux fois la semaine; — la nomination aux places vacantes de conseillers des seize quartiers ; -^ la défense de traiter avec l'ennemi sans l'avis du Conseil ; *"-* la suppression des impositions mises sans l'avis du Conseil général. Le prévôt des marchands approuva ces articles (1). C'était sanctionner les agissements révolutionnaires; aussi bientôt circula une liste oii les noms des « traitres, » désignés aux coups, étaient suivis de lettres indiquant par rini-> tiale du mot le genre de mort ou de punition qui leur était réservé.
On se mit à l'œuvre, et le président du Parlement, Brisson, les conseillers Larcher et Tardif furent arrêtés, subirent immédiatement un simulacre de jugement, et le lendemain 16, furent pendus à Tune des poutres de la chambre du Conseil. La population le sut, désapprouva, mais resta silencieuse; quelques femmes cependant ne purent s'empêcher de dire
(1) Bibl. nat. de Paris, f. fr. 3960, ^ 31. Loutchousky, Documents, p. 179.
aniiiiii^- rtir-g
que c'était grande pitié (1). Ce cri des femmes rendit quelque courage, et lorsque Le Clerc de Bussy, « capitaine de la Bastille et colonel de TUniversité^ » Thomme d'action des Seize, voulut soulever encore le peuple, l'opposition s'orga* nisa (17 novembre) ; la garde bourgeoise se montra l'adversaire des Seize, et M"** de Nemours écrivit à son fils, le duc de Mayenne, de venir à Paris t k délivrer de la servitude oîi elle était réduite sous la domination de ces hommes de néant. »
Mayenne sortait alors d'une conférence tenue à Verdun avec le duc de Guise et M. de Bassompierre représentant du duc de Lorraine : il reçut k Laon, la lettre de sa mère : <E Emporté par Ténormité du fait et de l'apprébension de son particulier », il courut à Paris (28 novembre). Vainement Diego de Ibarra voulut le retenir, il ne put que le suivre « pour lui recommander de procéder avec douceur » et l'empêcher surtout de détruire l'effet d'une lettre, dont nous allons parler tout à l'heure, écrite à Philippe II par le Conseil de Paris ; arrivé dans la capitale, Mayenne ne fut ni reçu ni salué par le capitaine de la Bastille (2), mais il appela aux armes la garde bourgeoise, fit saisir quatre des principaux chefs des seize quartiers et les fit pendre immédiatement dans la même salle où ils avaient fait mourir Brisson, Larcher et Tardif (4 décembre).
a S'il n'eut ainsy conduit l'affaire, écrivait-il quinze jours après à Alexandre Farnèse, la ville eût été perdue, » car les Seize étaient prêts encore « à venir à bout de plusieurs, et sous couleurs de religion, ils voulaient s'élever et former une véritable rébellion qui eut été cause de la perte totale de la ville et par conséquent du royaume (3). »
(1) Les corps des Irois magistrats furent exposés sur la place de Grève avec des écriteaux où on lisait : « B. Brisson, l'un des chefis des traîtres et hérélinues; Claude Larcher, l'un des fauteurs des traîtres et politiques; Tardif, l'un des ennemis de Dieu et des princes catholiques. » Bibl. nat„ ms. f, fr, 4019, f*» 10.
(i) « Bussy ne sortit point de la Bastille et ne le salua point comme il avait accouslumé. » Journal historique, de Fayet, p. 115,
(3) Bibl. nationale de Paris, ms. f. fr. 3960, f» 33.
520 LA LIGQ£
« Dans TcxécutioD faite à Paris par le duc de Mayenne, diaprés le conseil de madame de Montpensier, de Yilleroy (1), de Videville très soupçonnés par le peuple, il y a eu sans doute des troubles, écrit le Nonce (2), mais il fallait montrer de Ténergie, puisque Paris ne Youlait plus obéir au duc, et il a agi avec Fautorité d'un roi plus qu'avec les formes de la justice. »
Après cet « incident, » le duc de Mayenne proclama une amnistie (10 décembre) et annonça la prochaine réunion des États, non à Paris comme il Tavait dit d'abord, mais à Reiras, changement dicté par la peur du duc de voir les Parisiens irrités contre lui attenter à sa vie (3).
Mayenne se retira mécontent de don Diego d'Ibarra qu'il soupçonnait d'avoir eu les mains en cette affaire dans l'intention de faire déclarer la ville en faveur de Philippe II. « Les Gens tenans le conseil des Seize quartiers de Paris » obéissant en effet à son mot d'ordre avaient déjà le 20 septembre exprimé au roi d'Espagne leurs vœux pour le rétablissement de la monarchie, «c forme de gouvernement, laquelle comme plus digne est tellement naturelle à notre nation, que sans icellece grand état ne peut demeurer paisible, n'y subsister, n « Les vœuz et souhaits de tous les catholiques, disaient-ils sont de voir votre Catholique Majesté tenir le spectre de ceste couronne et régner sur nous, comme nous nous jetons très volontiers entre ses brasainsy que de notre père, ou bien qu'Elle y établisse quelqu'un de sa postérité ; que si nous en donner une autre qu'elle-même luy est plus agréable, qu'elle se choisisse un gendre lequel.... nous recevrons roy et lui
(1) ViUeroy dans ses Mémoires écrit au contraire : h cesle exécution fust faicte sans forme, ny ordre de justice, contre mon advis. »
(3) Arch. du Vatican, lettere, t. XXVIII, f^ 861. Lettre du i3 décembre 1501.
(3) Une partie des députés sans ressources, après avoir en vain attendu un mois pour parler au duc de Mayenne et obtenir qu'on pourvût à leurs besoins, s'étaient déjà retirés après avoir remis une triple protestation à Mayenne, au Vice-Légat et au Nonce. Un peUl nombre demeura, mais très mécontent. Arch. du Vatican, L c, t. XXVIII, f^83l ; 5 novembre 1581.
T— . %-.*F,T.î<.i«W^=S -•, ^ isur
Le médecin et le chirurgien du duc de Monteroarciano
obéirons (1). » Par la répression du mouvement, le duc de ;
Mayenne avait donc sauvé Paris et la France de la domina- -
tion espagnole que les échevins et le peuple lui préparaient. ^
Resté le maitre, Mayenne pouvait toujours recevoir à titre
d*alliées les troupes pontificales. Mais ces troupes, dont on "^
parlait, existaient-elles encore? Après une marche lente, elles ^
étaient parvenues au mois de septembre en Lorraine. Là le ' \
désastre avait commencé. Répartis aux environs de Verdun, ?
où les ducs de Montemarciano et de Mayenne tenaient conseil [
avec les agents espagnols, les soldats furent obligés de courir t nuit et jour la campagne pour surveiller les avant-postes du roi de Navarre. Or dans le pays il y avait des vignes : la vendange n'était pas mûre, mais fut tout de même ravagée :
il plut trois jours et trois nuits sans discontinuer, et alors la ;^
dysenterie fit de grands ravages parmi les troupes. l(
moururent, le médecin de Thôpital fut malade, ainsi que Ç^
Fagent comptable de la trésorerie. Le capitaine Gapizucchi perdit, en moins d*un mois, plus de deux mille hommes : les Suisses décintés chaque jour de vingt, vingt-cinq et même trente, étaient réduits à moins de trois mille (2). Encore le duc de Monlemarciano se plaignait-il beaucoup de ces derniers, car chaque jour il avait à subir « leurs habituelles j^
insolences, leurs exigences, leurs menaces de s*en aller. » >
Bref, avant d*avoir combattu, Tarmée pontificale était pour ainsi dire anéantie.
Fatigiié d'attendre Tarrivée du duc de Parme (3), le duc
(i) Lorijiîinal de la lettre est à la Bibl. nat., ms. f. fr.3ft42, P> 1. Plusieurs copies portent la date du iO novembre. (2) Arch. do VaUcan, LHiere, t. XXXVIII, P> 5^3, 30 déc. Un prisonnier disait au roi de Navarre : a La 'levée des chevaulx du '^
Pape a été de mille chevaulx, maintenant réduite par mort ou maladie
à 800 pour le plus. Linfanteric italienne de 2,000 est réduite à i^ ou ^ '^"^ 1,300, et les Suisses, de 4 sont réduits à 3,000. » Lettres missives ^ t. III,
p. 495. Bibl. nat., ms, f. fr. 15,591, ^ 190. ;
(3) Il était fils de Marguerite, fille de Philippe II et d'Octave Farnèse. N
Cf. Hist, (TAlex. Farnèse (attribuée à Jean Bruslé, dit de Montplainchant), ' j
in-12, Amsterdam, 1592. {[
lui avait écrit que, d'après ses instructions, si le 15 décembre il n'était pas en France, il licencierait son infanterie. Gela est-il possible, répondit Farnèse à l'archevêque Matteucci commissaire général de l'armée de rÊglise, car ce ne sérail point agir avec prudence? Les troupes espagnoles ne sontelles pas déjà en France? Les inconvénients de cette résolution, si évidents qu'on les toucha^it avec la main, lui faisaient espérer qu'on ne prendrait pas ce parti extrême (1). Du reste il arrivait. En effet le 21 décembre Alexandre Farnèse quitta Landrecies et vint loger sur la frontière de France. Le lendemain il l'avait franchie, avec deux mille chevaux; mais l'infanterie italienne était licenciée, car le duc de Montemarciano l'avait jugée « très inutile et peu apte à défendre ses drapeaux {2). » L'intervention militaire, ainsi paralysée dès son début, ne pouvait guère servir les intérêts des Ligueurs,
Innocent IX ne fit que passer sur le trône. Moins ardent, semble-t-il, que Grégoire XIV pour les affaires de France (3), il donna pourtant le chapeau de cardinal à l'un de ceux qui les avaient le plus à cœur, le Vice-Légat Mgr Sega, évèque de Plaisance (18 décembre 1591) (4). Désireux de s'instruire, il demanda des renseignements sur la situation des partis et un mémoire, resté anonyme, développa cette pensée que le
(1) Arch. du Vatican, /. c, l. XXXVIII, f<» 377.M.Gachard {Les Archives du Vatican, p. 75) a analysé une lettre de Farnèse à ce sujet.
(2) « lo ho cassata la fanteria Italiana perche era inulilissima et io la giudicavo poco atta a defendere le sue banderie. » Arch. du Vatican, Lellere, t. XXII, 0» 893. Lettre du 18 janvier 1592.
(3) Le cardinal del Monte écrivait le 11 décembre 1591 « In faUo si vede il Papa raflfreddarsi neUe cose di Francia. »
(4) Bibl. nat., ms. f. fr. 3080, f» 370. Acla co«*/«toria/wt, i>» 571. — uLe courrier expédié par le cardinal de Sens pour porter la promoUon an cardinalat de monseigneur de Plaisance voyagea jusqu'à La Fère avec un autre courrier expédié par le Pape ; après avoir couru des périls entre Landrecies et Ouise et rencontré l'ennemi entre La Fère et Laon, le courrier du cardinal de Sens se sauva avec les lettres et celui du Pape ne reparut pas. — Comme par la vole de Flandre et de Lorraine on reçoit continuellement des lettres de Rome, il faut croire que celles à notre adresse sont interceptées. » Arch. du Vatican, Lettere, t. XXXVIII, 0> 33.
Navarrais avait à moitié raison et k moitié tort; que la Ligue avait raison de repousser le prince hérétique, mais tort de combattre le prince légitime, qu'en tout cas le Pape devait être pris pour arbitre (i). Les événements arrivés en France, disait Tauteur d*un autre écrit (2), montrent combien il serait h propos d'aller avec prudence dans l'emploi des armes spirituelles et temporelles du Saint-Siège. La voie des armes n'aboutissant à rien, il fallait Tabandonner et négocier après toutefois avoir rétabli la réputation perdue des armes du Souverain Pontife et son autorité : il ne faudrait donc pas désarmer subitement afin de ne pas faire croire à trop de faiblesse, mais réduire le secours h dix mille écus par mois ; puis déclarer une. trêve entre les Ligueurs et le Navarrais afin de chercher à ramener ce prince à la religion catholique; s'il acceptait, le Pape devrait Taider à réunir le royaume sous son autorité légitime; s'il refusait, il faudrait reprendre leg armes et aider les Ligueurs.
l'évéque de Bertinoro, secrétaire d'Étal, avait en outre été chargé de demander un rapport au commissaire général prè» l'armée ponticale Mgr Matteueci. Matteucci devait « exposer non seulement le côté apparent des choses, mais révéler les plus secrètes menées des partis : il devait indiquer la situa^ tjoQ présente et conjecturer aussi quel pouvait être l'avenir.» Il obéit, toutefois ce fut en priant le secrétaire d'État do ne communiquer ses appréciations qu'au seul Souverain Pontife, car, disait-il (3), « Si d'autres connaissaient le contenu de cette lettre, il pourrait m'arriver malheur, En effet, lorsque I on traite, ou que l'on raisonne, avec les ministres d'Espagne ou avec les Ligueurs, si on ne parle selon leur gré, si on ne condescend à leurs volontés et embrasse leurs passions, aus-
(I) A. Desjardins, Négoc. diplomat»^ t. V, p. 659.
{"i) Bibl. nat., ms, f. fr.3991, f"> 177-186. Cf. Acla consislorialia, ^ 568.
(^) Arch. du Yalican, Uilere, t. XXXVIII, 1^ 33. « Tanto piu chc con qDalsivoglia dcllc due parti, ministri catlolici et colIegaU, ehe qui si tnUi 0 ragionl, corne non si dice et responde a lor modo et non si condescende aile voglie et interesse loro, subito incontinenti o s'è spione, 0 Navarista, o Hcretico. » (/*.)
sitôt par cela même on est traité d*espion, de Navarrisle, d'hérétique; or je ne suis ni français ni espagnol, mon seul intérêt et mon seul but est de servir ce Saint - Siège, en lui transmettant des informations exactes pour le mettre à même de prendre des résolutions. »
Innocent IX ne devait point recevoir la dépêche de Mgr Matteucci : elle parvint h son successeur, le cardinal Hippolyte Aldobrandini, élu pape le 30 janvier lS9â (1). Il avait pris le nom de Clément Vlll.
Le mémoire de Mgr Matteucci fut le premier renseignement transmis au nouveau Pontife pour éclairer sa politique ; à ce titre déjà il serait intéressant, mais de plus, complété par quelques autres dépêches, il présente un tableau exacte vivant, de Tétat de la France au commencement de Tannée 1592. Il ne laisse ignorer, ni Tétat lamentable où se trouvaient les troupes pontificales^ ni les embarras financiers contre lesquels le commissaire général se débattait, ni les diverses passions politiques mises en jeu. Il contient ainsi des faits et des appréciations également utiles à connaître.
L'armée catholique placée sous la direction supérieure du duc de Parme Alexandre Farnfese venait donc d'entrer en France. Elle était composée de troupes espagnoles envoyées par Philippe 11^ de troupes italiennes levées par le Souverain Pontife et commandées par le duc de Montemarcîano, enfin de troupes françaises conduites par le duc de Mayenne.
(1) « Dont on a quelque scrupule à cause qu'il est florentin, » écrivait de Lyon l'évoque d'Avranche, le 12 février 1592. Bibl. nal., f. fr. 3861, p. 93. Mais Mayenne écrivait le 26 février : « Il est très capable selon que j'en ai connaissance de longtemps. » Ib., p. lia.
INTERVENTION SOUS CLÉMENT VllI 835
L*arroée compreDait de la cavalerie, de rartillerie et de l'iDfanterie.
La cavalerie comptait environ six mille chevaux.
Linfanterie devait arriver au chiffre de dix-sept ou dixhuit mille hommes dont trois mille lansquenets, divisés en trois régiments, quatre mille Wallons répartis en cinq régiments, trois mille cinq cents Espagnols en trois régiments, douze cents Italiens en deux régiments, Tun de Pierre Gaetani et Tautre de Camille Gapizucchi; il y avait trois mille Français et de plus trois mille Suisses payés par Sa Sainteté: mais il fallait décompter si on voulait avoir Teffectif exact de ces corps, car les Suisses par exemple portés trois mille sur les contrôles, étaient en réalité un peu plus de deux mille. La maladie les avait cruellement frappés. Les soldaL<i français et wallons avaient subi le même sort et telle de leur cornettes gardait à peine vingt chevaux : on n'aurait pu mettre en ligne cent lances (1).
Impressionné par ces malheurs, le commissaire général n*était nullement d*avis de combler les vides par une nouvelle levée faite en Italie. «Les Italiens ne sont pas habitués au climat et à la nourriture du Nord, disait-il, à cette bière qui sert de boisson, et, Texpérience Ta toujours montré, ils sont décimés par la maladie et les accidents. Les Espagnols sont de même éprouvés, ou bien en arrivant ils doivent se reposer toute une saison. Il serait donc plus utile et moins coûteux de prendre des Wallons, dont la solde serait minime; le roi d'Espagne leur paie il est vrai trop peu, encore que le duc 'de Parme à son entrée en France les ait augmentés de quatre-vingts ccus par compagnie et leur ait donné une gratification plus ou moins importante pour leur équipement; on pourrait attribuer deux écus par soldat et
(1) Le duc de Monicmarciano écrivait, le 18 janvier 1592, en parlant des troupes : « Sono strapazzalissime et nialisîfiine traltale. >» Arch. du Vattcan, LeUere,i. XXII, f® 893. Don Diego de Ibarra écrivait le li janvier: it La cavalerie de S. S. s'amoindrit tous les jours... on n'a pas beaucoup perdu au licenciement de l'infanterie pour ce qu'il y avait peu elpresfjue sans au 'un so^•ic^^ »> Dibl. nat. ms. f. fV. :idi\ f« Il ol 13,
trois cent soixante florins environ pour les officiers et It fourniture des piques ou des mousquets. » Toutefois Hatteucci observait justement qu'il faudrait en parler au duc de Parme et aux ministres espagnols, car ils permettront difficilement, craignait-il, une levée de Wallons.
Les Allemands des pays de Glèves, de Juliers et des frontières des possessions espagnoles entre le Rhin et la Meuse, comme la Gueldre et la Frise, étaient de bons soldats. Ils valaient les -Wallons^ peut-être étaient- ils meilleurs, mais comme le duc de Parme avait trente compagnies de ces gens-là et que le pays n'était pas grand, voudràit-«ii y permettre une levée? « J'approuverais donc, écrivait le commissaire, un traité avec les Wallons, avec les Allemands et bas- Allemands, afin de se débarrasser ainsi des frais de transport de vivres et de munitions. Si on fait venir des hommes d'au delà des Alpes, ces dépenses n'ont pas de fin. » Matteucci reclamait néanmoins quelques officiers généraux ita* liens, car « le nom italien avait une bonne réputation. »
Avec quarante mille écus on garderait ainsi quatre mille fantassins, mille chevaux et tous les officiers. Quant aux Suisses, le commissaire général ne les aimait pas, et si à la fin de décembre il était venu à Amiens» à qnatre lieues de l'armée, c'était sans doute pour attendre un secrétaire envoyé à Anvers chercher de l'argent, et pour recevoir plus tôt des nouvelles^ mais aussi c'était pour «r se délivrer des continuelles, importunes, extravagantes et exorbitantes prétentions des Suisses qui refusent de marcher s'il ne sont assurés d'être payés. » Ils avaient entendu dire an duc de Montemarciano qu'il y avait de l'argent seulement pour huit payes : or, comme ces huit payes étaient faites, ils augmentèrent leurs prétentions sans tenir compte du traité passé avec eux et vinrent trouver le duc de Parme, soi-disant pour demander un sauf-conduit, mais au fond afin de traiter avec les agents espagnols. Le duc de Parme, après en- avoir délibéré ;ivec le duc de Montemarciano, fit payer aux Suisses huit mille écus pour parfaire l'acompte des dix mille déjà soldés sur la huitième paye, et il s'engagea à restituer au
IPiTERVEINTlO?^ SOUS CLÉMENT VllI 827
banquier Zamet douze mille écus déjà prêtés à Matteucci. On avait ainsi le moyen d'attendre les ordres du Pape ; ils étaient pressentis, car le duc de Parme montrait des lettres du duc de Sessa, ambassadeur d'Espagne près le Saint-Siège, d'après lesquelles le sacré collège avait confirmé la résolution, prise par le pape Innocent IX, de dépenser deux cent mille écus pendant quatre autres mois, mais Matteucci faisait cette réflexion : « S'il n'y a pas d'argent avant le 10 février, qui sera la neuvième paye, on en sera au même point avec les Suisses. »
Le 29 et le 30 janvier on passa près d'Amiens la revue des troupes catholiques. D'Un côté furent les chariots et les bagages, flanqués par la cavalerie, au milieu « l'infanterie en escadrons » et plus loin l'artillerie. Le duc de Parme escorté de son fils, des ducs de Montemarciano, de Mayenne et de Guise, du marquis del Vasto, et du prince d'Ascoli, passa au milieu des rangs. Les Suisses réduils cependant à deux mille piquiers, quatre cents hallebardiers, cinq à 5ix cents arquebusiers et mousquetaires^ « y firent aussi belle figure ^ue n'importe quel régiment de l'armée. » Aussi don Diego d'Ibarra, ne put s'empêcher de se tourner vers le duc de Montemarciano pour lui dire : « Eh bien, Votre Excellence voulait licencier cette belle troupe ! » A quoi le duc répondit : « Votre Seigneurie a bien fait de trouver le moyen de Ja retenir. »
Matteucci ne tarissait pas d'éloges sur l'amabilité du duc de Parme, son grand air et ses connaissances du métier (1), mais les Français étaient moins charmés de voir chez eux tant d'étrangers; la tête basse, ils se rappelaient les malheurs, plusieurs fois survenus dans ce royaume, lorsque des armées, appelées en amies, avaient bientôt pris le pas sur les nationaux : ne craignaient-ils pas qu'k la longue elles ne s'emparassent du pays, et frappés de l'activité, de la vigi-
(1) « Andavahor qua,horla, da tutti 11 lati et parti considcrando la qualité et quantité di tutto il corpo deir essercito, dando grordini, inten^ dendo et resolvcndo con molta facilita et gravita manicrosa. »
528 LA UGUË
lance déployées par le duc de Parme, ils le tenaient pour un lion doublé d*un renard (i).
Cependant le commissaire général Matteucci calculait qu'avec Fargent de trois mois pour la paye des Suisses, on entretiendrait des Italiens pendant plusieurs mois et que les hommes en Flandre coûteraient encore moins cher que ceux d'Italie, où chaque soldat revenait toujours à trente ou quarante écus. Mais il ajoutait : « Gela n'est pas douteux, si les capitaines sont italiens, le corps jouira d'une meilleure réputation. » Alors, on reformerait une armée catholique de quatre mille chevaux, dont douze cents reitres et seize à dixhuit cents chevaux françaj^, commandés par les ducs de Mayenne, de Guise et d'Aumale, sans lances, mais tous armés de cuirasses et de longs pistolets de la plus récente fabricacation (â). Si le duc de Nemours venait, si on appelait les garnisons, le chiffre des soldats s'élèverait encore (3).
Quant à Tartillerie, « il faut bien réfléchir, disait Matteucci, si l'armée ecclésiastique doit en avoir ou non. En France, je regarde Tartillerie comme très nécessaire, car il y a à prendre de nombreux châteaux de gentilshommes répandus dans tout le pays. Gependant la dépense est plus grande qu'à la première vue il ne parait, à cause des provisions, des munitions et de la quantité de chevaux employés. Il faut compter pour la seule artillerie le tiers de la dépense de rârmée. »
Le duc de Montemarciano avait jusqu'alors commandé les troupes pontificales, mais en apprenant la mort de Grégoire XIV, son oncle, il avait demandé son rappel. D'ailleurs
(1) « Franccsi poco contenu di vcdcre in casa loro tante /orzc s\n niere raluna'.c insicme tanto imperio et fanta maiesta, reducendosi talhora a memoria ii. stravaganti accidcnti... et sopra tutto Taccortcua et vigilanza con le quaU TAllezza di Parma accompagna la sua bravura chc riianno per un leone volpeggianle. » Archives du Vatican, Lettert, t. XXXVIII, fo 39.
(2) c AU' uso modcrao. »
(3) Archives du YaUcan, Lettere, l. XXXVIII. P» 33. Lettre du 31 janvier 1 J9i.
il se disait abreuvé de dégoAts : son rang était contesté, il n'y était pas insensible et le service en souffrait (1). Un jour, François Morosini était chez le duc de Parme en compagnie du président Richardot et d'autres hommes distingués, lorsque le payeur de l'armée espagnole survint et de but en blanc dit à Morosini : « Quel est ce comte délia Rivierà (ainsi on nommait aussi le duc de Montemarciano), j'en ai connu en Espagne mille de sa valeur, et il veut h présent lutter de préséance avec le duc de Parme ! » Cependant, fait remarquer Montemarciano qui rapporte lui-même ce fait, j'ai toujours dit que « comme Hercule Sfondrato j'étais le très humble serviteur de Son Altesse, mais qu'en qualité de général de l'Église, j'étais obligé de -garder le rang de mon maître (2). »
Si le duc de Montemarciano se retirait, quel serait donc le chef de l'armée pontificale? Mgr Matleucci se posait cette question, et il répondait : « Il faudrait quelqu'un de la famille du Pape (3), car autrement les capitaines expérimentés et capables obéiront difficilement. Il faudrait de plus qu'il sut la guerre telle qu'on la fait aujourd'hui, car il y a de la différence entre cette guerre et la guerre d'il y a quelques années ; tous les dix ans elle se transforme. Il faudra en outre que ce chef ait la confiance du duc de Parme, des ministres espagnols et des seigneurs, qu'il fut homme de bien et sût se concilier l'affection. Il devrait avoir l'autorité de généralissime et cependantportcr seulement la cornette, non l'étendard, afin de sauvegarder la dignité du Saint-Siège, car il est impossible qu'il ne soit pas soumis aux chefs des troupes plus considérables, sans l'assistance desquelles il ne pourrait rien entreprendre. »
Si le soldat attirait la pensée de Matteucci, l'argent à trouver pour le payer le préoccupait plus encore. Le Souverain
(i) « NOUS porte un grand dommajîc le différend qu'il y a sur la préséance du duc de Monlemarciano, qui est cause qu'il ne se voit avec Parme. » Bibl. nat., ms. f. fr. 3982, f» 233.
(2) Arch. du Vat., Utlere, t. XXII, f» 8)3.
(3] Chc sia del san$rue. »
Ponlifc en fournissait pris sur la réserve mise par Sixte V au château Saint-Ange, mais combien il fallait en laisser enire les mains des banquiers! De Bologne on prenait 18 0[0 pour le faire payer à Anvers et les Balbani prenaient 10 0(0 pour le rendre d'Anvers sur une place de France (1). D'après tin autre renseignement, de Lyon à Anvers, place où Ton concentrait les ressources, on prenait vingt à vingt-cinq pour cent ; d'Anvers en France, auprès de l'armée, on prenait quinze pour cent ; de Rome h Milan, on perdait encore quatre ou six pour cent (2). Puis pour le faire passer quelles difficultés ! on ne pouvait aller d'une ville à une aulrc ni même sortir à un quart de mille hors d'une place sans être accompagné, car on renconti*ait à chaque instant les coureurs du roi de Navarre. Il n'y avait alors ruses que l'on n'essayât. On plaçait l'argent au centre de barils de clous ou autres marchandises semblables, ou bien on rassurait en payant tant pour cent, et on l'envoyait par la voie plus sûre, mais plus longue de l'Allemagne (3).
Ainsi les recettes arrivaient diminuées de près de moitié et les dépenses augmentées considérablement s'élevaient plus haut que les prévisions. Pourquoi étaient-elles augmentées? D'abord un ordre du Pape, ou la volonté du trésorier, faiaait remonter les provisions de beaucoup d'officiers du jour où leurs patentes avaient été signées, et non du jour de leur départ ; ensuite de larges gratifications étaient distribuées aux troupes, afin d'empêcher la désertion, mesure
(1) Les Balbani, banquiers de Lucques établis à Lyon : ils transmettaient toutes les dépêches d'Espagne pour la Flandre et Tltalie.
(9) L*écu d'Espagne ou la pislole ne faisait aucune dilTérence en France et à Rome, tandis qu'en Flandre Técu d'Espagne valait 4 baloques do plus et celui de France six ; M atteuci conseiUail donc de rassembler à Milan tout l'argent disponible et de le faire changer en écas d'Espagne.
(3) Thomas Fieschi ayant voulu faire venir de l'argent de Gênes à Namur, le fit porter à dos de mulets sous bonne escorte. Il s'éleva alors un toile contre lui : « Li mercanli stnllano» biasmano, et si sforzano di defendere con ragioni che questo nuovo modo incaminato da Fieschi... non possa durare. » Arch. du Vatican, /. c, t. XXXVIII, i^ 209.
INTERVENTION SOUS CLÉMENT VllI 831
coûteuse mais nécessaire, car en face de l'armée catholique le roi de Navarre réunissait trois mille chevaux français, trois mille reîtres et onze h douze mille hommes d'infanterie, dont six mille Français, deux mille Suisses, deux mille lansquenets, quinze cents Anglais (i), répartis en compagnies ce dont chacune avait son chapelain. »
Après avoir ainsi examiné les forces des catholiques et des royalistes, Mgr Matteucci concluait : « Le duc de Parme n'a aucun motif, d'après le jugement des capitaines, de hasarder avec une bataille les États de Flandre et le reste. Placé désavantageusement, car pendant plusieurs milles il n'a pas de retraite sûre et peut souffrir du manque de vivres et de fourrages, il conduit son armée, dispose son camp, place son artillerie et choisit ses positions de telle manière que l'attaquer paraît impossible ; il ira donc à pas lents, ne lèvera pas le pied d'un endroit sans savoir en quel autre il le posera; il fera battre les chemins jour et nuit et surveiller les troupes de l'ennemi composées en grande partie de nobles qui servent par goût et pour obéir à l'honneur.
<t Le duc de Parme n'a pas dessein d'offrir le combat à son adversaire : mais, en grand capitaine, il se tiendra toujours prêt à le présenter s'il peut le faire avec avantage, car les batailles donnent la suprématie. Quant aux Français, ils ne parlent que de se battre. Le duc de Mayenne, on le comprend, a ce désir. S'il est vainqueur, il reconquiert son prestige évanoui, l'affection des peuples en partie perdue, et il peut dès lors aspirer à la couronne ; s'il est vaincu, il trouve un motif ou une excuse pour entrée en arrangement avec le roi de Navarre (2). »
Celui-ci, de son côté, connaît l'infériorité de son infanterie^ mais « avec sa cavalerie, composée de nobles qui se battent
(I) Ceux envoyés précédemment à Rouen avaient été anéanUs par le maladies et les sorties des assiégés» La reine en avait envoyé dernièrement dou2e cents.
(f) Archives du Vatican, Uttere, t. XX VI!, (^ 801. Lettre du 53 déci
autrement que les mercenaires et lui ont donné déjà la victoire à Coutras et h Ivry, il devient audacieux. Il marchera donc en calculant toutes les chances, il contiendra son impatience et son ardeur naturelle par la prudence de sa marche. 11 licenciera ses troupes pendant Thiver et, avec Taide des rebelles de Flandre (1), des princes protestants, de la reine d'Angleterre et aussi grâce h ses propres ressources, il sera toujours à môme d*en réunir au printemps. Il vit ainsi avec économie. 11 dépense cent mille écus là où ses adversaires en dépensent un million, car il exige les vivres jure regio et non jure precario comme les autres. 11 y a donc pour le roi de Navarre un profit évident à gagner du temps, car chaque jour il fait des progrès dans Topinion et il attend beaucoup de la mort, prochaine sans doute, du roi d'Espagne. »
Au point de vue politique la question était ainsi envisagée : les Ligueurs comme le roi de. Navarre cherchent à dominer, car, « pendant qu'il n'y a pas de roi, écrit Matleucci, chacun ftiille roi et s'établit à son gré. Les Ligueurs tirent d3s princes et des puissances étrangères, sous prétexte de la justice apparente de leur cause (2), le plus d'argent possible; ils exigent les contributions dans les villes et les campagnes.
(i) Les rapports continuels depuis le commencement des Ircubles cnlrc les protestants des Pays-Bas cl ceux de France, viernie il (i'clrc mis en pleine lumière dans le savant ouvrage d i 1 a.-on KenTn de Letlenhove, ^5 Huguenots et les Gu-nix^ 6 vjI. i.i-8, CrugC', 1881.
(2) «c Aimeno sotlo colore délia gius:i/.ia appare île délia eau a. »»
INTERVENTION SOUS CLÉMENT VllI 833
mais ils ne s*enten(lent pas^ et leurs discordes s*augmentent par des rivalités entre mesdames de Guise, de Mayenne, de Nemours et de Montpensier. Ces dames dominent et portent les culottes (1) ; les Ligueurs ont moins de puissance qu'on ne croit, ils sont semblables à de grandes statues, de loin elles étonnent, mais de près elles montrent leurs imperfections. Chacun tire Teau k son moulin. Les villes de leur parti paraissent nombreuses, mais elles n'obéissent point au duc de Mayenne, ne le soutiennent pas dans la guerre, et gardent leurs ressources pour se conserver, ou vivre indépendantes en se gouvernant à leur guise. »
Les Espagnols voient cette faiblesse des Ligueurs, et offrent bien leur concours, mais «les Français n'ont point de confiance dans les Espagnols, et les actes des ministres espagnols ne sont pas faits pour Tinspirer : leur but n'est pas de faire nommer un roi, mais de réduire le royaume en petits États : si on ne s'y prend donc à temps, les villes catholiques découragées, pourraient bien se jeter dans les bras de l'hérétique. Les ministres de Philippe Ilsonten mauvaises relations avec le duc de Mayenne, h cause de leurs continuelles instances à lui demander ce qu'il désirerait et en quelle partie du royaume il voudrait s'établir, si l'infante d'Epagne était déclarée reine, sauf à se marier ensuite avec un prince désigné par le roi (ils ne nomment personne) ; toutefois ils admettent le consentement des États de France. Ne demandent-ils pas aussi au duc de Mayenne de leur concéder des places (ils n'en fixent pas le nombre), afin d'y garder leurs approvisionnements pour les navires et leurs munitions de guerre? — Il n'est pas en mon pouvoir de l'accorder, avait répondu simplement le duc de Mayenne, car lors de ma nomination de lieutenant général j'ai prêté serment de conserver le royaume intact ; » et il s'était excusé de ne pouvoir agir sans l'avis des États généraux et des princes.
(1) « Chc dominano et portano le brache et si coprc l'un Taltra il discgni. » Archives du Vatican, /. c, t. XXXVIII, f* 533.
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Le doc de Guise se montre également peu satisfait des Espagnols et se plaint ouvertement de n*avoir dans son mal* heur et dans sa prison, reçu du roi catholique et de ses ministres ni un secours d'argent ni une expression de sympathie. Depuis vingt-cinq jours environ il avait envoyé en Espagne Tévêque d'Avranches, frère de Péricard, Tancien secrétaire de son père, pour exposer sa situation et parler de son désir d'aller combattre en Poitou oii il était attendu, mais il gardait peu d'espoir d'être secouru. Est-ce que la promesse faite à sa mère de lui donner la pension de douze mille écus dont jouissait la reine d'Ecosse avait été tenue? Une autre promesse de quinze mille écus, faite il y a deux mois, pa^ J.-B. de Tassis, Moreo et B. de Hendoza, pour les joyaux engagés par le duc son pèro> n'avait pas eu plus d effet, et quand il était allé, au mois do décembre dernier, trouver le duc de Parme a Landrecies pour lui demander un peu d'argent, Farnèse lui avait seulement donné quatre mille écus. Le duc de Guise les avait refusés et si ensuite, grâce à Tintervention de Mgr do Plaisance, il en avait reçu dix mille, il disait bien haut qu'il « ne voulait être ni huguenot, ni espagnol et plutôt que d'être espagnol il prendrait le parti de Navarre », si toutefois ce prince voulait se réconcilier à l'Église. « Je n'ai, ajoutait-il, aucun crédit et ma seule puissance est mon nom, les mérites acquis par mon père au prix de mille fatigues, de son sang répandu, de sa vie sacrifiée pour conserver le royaume et la religion, » aussi le jeune duc promettait de veiller toujours à la garde de ce bien.
Matteucci, pas plus que les ducs de Mayenne et de Guise, n*étaii ébloui par l'habileté des Espagnols. c< Les minisires, écrivait-il, conduisent les pièces du damier à leur manière : avec un dé ils jouent plusieurs jeux ; ils font hiverner leur armée à l'étranger aux frais de l'étranger et conservent ainsi leurs revenus de Flandre; ils voient leur ennemi naturel se consumer et les autres dépenser pour leur service ; ils voient se diviser, en petites puissances et en mille parties, le royaume qui pourrait faire contrepoids à leur empire et tenir la chré-
tienté en équilibre pour repousser quiconque aspirerait à la monarchie européenne (1). »
Les Espagnols se flattaient d'avoir pour eux les nobles ou du moins de ne pas les avoir contre eux, c'était une illusion : « On dit la noblesse fatiguée du roi de Navarre, écrivit Matteucci, et, il est vrai, elle le sert de très n»auvaise humeur, car il la commande avec autorité, mais les nobles se donneront au grand Diable, disent-ils eux-mêmes, plutôt que de se soumettre aux Espagnols. » Sur ce point, les royalistes* étaient d'accord avec beaucoup de Ligueurs.
« Personne parmi les chefs n'inclinait aux étrangers, hormis un petit nombre gagnés par Targent. Supposez, disaiton, que Navarre meure ou éprouve un malheur, on se ralliera autour d'un autre prince du sang, parce que autrement la porte serait ouverte aux prétentions, au démembrement du royaume et à son complet anéantissement. Il n'y a pas d'autre voie non plus pour rompre l'attachement de la noblesse au roi de Navarre, pour préparer l'union du royaume et avec la paix restaurer l'obédience ecclésiastique, le culte divin, terminer les discordes, les guerres civiles, supprimer enfin les dépenses du Siège apostolique. Si Navarre est exclu et si on écarte tous les princes de 1a maison de Bourbon, à qui peut revenir le royaume? Qui sera assez fort et pourra être capable de soutenir la guerre contre le roi de Navarre? L'essayer, serait perpétuer l^s discordes civiles et tenir le royaume éternellement divisé. » — '^^^'^^'-^^
Ici ouvrons une parenthèse pour insérera1''»pçLui des paroles de Mgr Matteucci le résultat des conférences tenues entre les Espagnols et le duc de Mayenne. Au mois d'octobre 1591, lors de leur entrevue à Verdun, don Diego d'Ibarra, avait émis, devant le duc de Mayenne et le duc de Lorraine, des propos mal sonnants pour des oreilles françaises* Si on veut relever le royaume, avait-il dit, le roi d'Espagne s'enga-
(1) « Vcdono... dividcre in piccoU potentaU et in miHe parti U regno che puo fare airimperio ioro contrapeso et tenere la chrisUanità la cquiUbrio per propugnacolo de chiunque aspirasse alla monarchia di Europa. »
géra à le défendre, mais à une condition, p*est que Tlnfante, sa fille, en devienne la reine. Il parla même du mariage de rinfante avec un prince de la maison d*Aùtriche, car, disaitil, il ne reste au roi qu*un fils unique, de très faible santé, et sa fille peut devenir un jour son héritière.
Cette conversation causa une vive émotion. « Je ne sais si elle sera bien reçue des Français, écrivait Mgr Landriano, et si cette proposition ne leur donnera pas un sujet nouveau de prêter rorcille à des ouvertures pour un accord avec le roi de Navarre. »
Alexandre Farnèse, de son côté, au mois de janvier 1692, entretint le duc de Mayenne à Guise et le lendemain à La Fère, « lui cottant Tintention de Sa Majesté en faveur de la Sérénissime Infante. » Refuser net, c'était pour les Ligueurs perdre h jamais le secours du roi dXspagne, aussi Mayenne louvoya, fit entendre « qu'on pourrait y atteindre si Ton rompait la loi salique;» il servirait le roi comme il y était obligé, mais, pour arriver h ce but, il était nécessaire de différer encore. C'était une réponse dilatoire. Diego dlbarra et Farnèse le comprirent. « Les Français proposent toujours Taffaire pour difficile », écrivit dlbarra; a pour dire vrai, manda Farnèse, me semble que Mayenne prend le chemin de reculer cette affaire. » « Je fus marry de louyr, » disait l'Espagnol en parlant des difficultés soulevées dans une conférence par Jeannin et M. de La Chastrc, et cependant il avait fait aux chefs ligueurs des {)?d|îû$hiwrséduisantes. Diego d'ibarra et le présiHgjjf Richardot s'unirent à Farnèse pour « confutter 4trduc de Mayenne et débattre avec lui et Jeannin ce qui touchait a l'affaire principale. » Mais Farnèse n'avait pas grand espoir. « Mayenne, dit-il, sortit encore avec la même tiédeur que Janyn, .» aussi il ajoutait : « Je n'ose asseurer de rien du succès pour avoir affere aux hommes sy variables et de choses sy graves et de si grand prix. » Diego dlbarra laissa percer * davantage son ressentiment : « Les Français sont les gens les plus sujets à leur profit que j'ai jamais connus ! » écrivit-il, et encore : «Les Français sont insatiables. » Ce mécontentement d'Alexandre Farnèse et de Diego d'Ibarra fait assurément hon-
lNTERVB?iTIO?i SOUS CLÉMENT VIII §37
neur au patriotisme du duc de Mayenne, de M. de La Ghastre et du président Jeannin (i).
Revenons au nnémoire de MaUeucci.
Le doc de Mayenne ne voulant pas se jeter entre les bras de TEspagne, était disposé, si Navarre voulait se réconcilier à TËglise, à le servir fidèlement. 11 sentak bien que ni lui, ni aucun membre de sa maison ne pouvaient prendre la couronne, car une telle prétention soulèverait beaucoup de diffi* eultés : la noblesse s'y opposerait tout entière, les princes de sa famille, quoique divisés entre eux sur plusieurs points, seraient d*accord pour ne pas lui laisser la prééminence. Le duc de Lorraine surtout était très décidé à entrer en relations avec le roi de Navarre, et serait sans doute le premier à donner Texemple. Le duc de Mercœur, très peu satisfait des agents espagnols, était prêt à se joindre h ses parents.
Si le roi de Navarre persistait dans son hérésie, le duc de Mayenne avait le dessein de faire comprendre aux princes du sang qu'il fallait s*unir entre eux, — il leur laisserait pour gage de sa sincérité ses fils en otages ; — alors on nommerait un roi catholique, capable de rétablir la religion et de rendre au royaume son unité. Quant à lui, il était résolu de se rallier à un prince de la maison de Bourbon, car si le royaume allait à un autre en dehors de cette famille^ la porte serait ouverte aux prétendants et au partage.
Les Espagnols comptaient dominer : aussi ils suivaient leurs vues et désiraient vivement la réunion des Etats généraux pour procéder à la nomination d*ùn roi. « Il importe peu,
(I) LcUrc d'Alexandre Farnèsc, 15 janvier lo9i. Bibl. nat., ms, f. fr. 39.«, fo33. Lellre dlbarra, 12 janvier, ibid., 3981, ^ 9, et dans Cinq cents Colbcrt, t. XV, f> 296 et autres manuscrits. G. de Saulx-Tavannes dit dans ses Mémoires que le duc de Mayenne eut le môrite « de rester sourd aux coupables conseils et d'aimer mieux se perdre que de donner ses villes aux Espagnols. » On peut sur plusieurs points prendre la défense du duc de Mayenne contre les accusations de M. Poirson dans son Histoire de Henri /F. — « Beaucoup de Ligueurs ont ôlé tellement blessés de celle proposition, écrivait Ch. de Zcrolin, un tchèque venu à l'armée d'Henri IV, qu'ils se sont retirés de la Ligue. » Revue historique, mai 1878, p. 76.
disaient-ils, que tous les députés interviennent, pourvu que la nomination soit faite.» Ils espéraient avec de Targent acquérir beaucoup de votes et tenir rassemblée des États à Paris ou à Reims. Dans cette dernière ville ils étaient sûrs du capitaine Saint-Paul. Au lieu d'être actuellement avec ses troupes à Tarméedu duc de Mayenne, Saint-Paul, en effet, était depuis peu de jours revenu en arrière. Il prétextait la nécessité de garantir les places de son gouvernement contre les attaques de Tennemi, mais au fond il voulait, dans un intérêt espagnol, mettre garnison dans Reims et se rendre maitre de la ville. Les agents de Philippe II avaient ainsi à leur service une bonne lance dont Tautorilé s'étendait sur Mézières, Rethel, Vitry, etc. Ils avaient donné quinze mille écus au Doyen de Reims pour l'attirer à leur parti ; ils cherchaient à gagner M. de La Ghastre et ils comptaient sur le sénéchal de Montelimar, gouverneur de La Fère, place a en très beau lieu et très forte » où le duc de Parme avait laissé trois cents lansquenets pour garder les provisions de bouche et de guerre qu'il y avait fait conduire.
Si les États se tenaient à Paris, les Espagnols profitant du peu de sympathie des habitants pour le roi de Navarre et le duc de Mayenne, comptaient sur Tappui du peuple pour faire réussir leurs projets.
Toutefois il paraissait difficile de convoquer en ce moment les États. Laissant de côté, sans la discuter encore, la question du lieu et de la forme de la convocation, le meilleur avis, disait-on, est qu'il n'est pas temps de les réunir. Si, pour délivrer la France et tous les esprits du soupçon que le roi d'Espagne voulait détruire ce royaume et le réduire en province, l'on jugeait utile d'arriver promptement h l'élection d'un roi, on croyait cependant plus sûr et plus profitable d'attendre une meilleure situation des affaires, caries forces des Ligueurs étaient à présent diminuées; ils avaient perdu du terrain et leur réputation s'était amoindrie (1).
(1) « Trovandosi li coUegali al présente diminuiti di forze, di segnito, di luoghi et di riputatione. »
Le choix d'ailleurs ne pouvait-il fournir à bien des gens un prétexte pour adhérer plus obstinénoent à Navarre et beaucoup de villes fatiguées d'adhérer k TUnion ne le saisiraientelles point pour s'en séparer? « Une chose est claire, disait Matteucci, le choix ne peut tomber que sur une seule per* sonne, et cette personne une fois sur le trône, les autres seront mécontentes. » On estimait donc meilleur pour rétablir les affaires d'attendre une victoire, que la présence des troupes alliées permettaient d'espérer. Alors, en lieu sûr, avec calme, aux;ipplaudissementsetavecle concours de tous, on pourrait traiter la question de la monarchie, et les Ligueurs, groupés autour du duc de Mayenne, avaient la ferme espérance de voir les sacrifices faits par cet homme de bien obtenir la glorieuse récompense due à ses travaux. Une fois le calme ramené par la paix, et la guerre civile ne bouleversant plus les provinces, on pourrait réunir immédiatement l'assemblée des États dont aujourd'hui la convocation demanderait six mois.
Les agents de Philippe 11 prenaient les devants et s'efforçaient de nouer des intelligences dans les villes. « 11 ne faut pas se dissimuler que la majeure partie des villes et des particuliers sont très fatigués de cette longue guerre, où ils se voient chaque jour traités de mal en pire par leurs amis, plus encore que par leurs ennemis. Une opinion s'est alors répandue parmi le bas peuple et les ouvriers : elle a déjà cours dans quelques villes et est entretenue avec beaucoup d'artifice. « Pour maintenir, disent-ils, l'intégrité du royaume «t et assurer le repos public, pour jouir de nos biens, de nos • familles, nous avons besoin d'un roi. Or. Navarre est un « hérétique, les autres princes de sa maison sont également « suspects et pauvres, les Ligueurs sont affaiblis, nous aurons « ainsi avec eux une guerre perpétuelle et ne verrons jamais a la fin de nos tribulations. Nous ne pouvons nous tourner vers tt le Pape : il ne nous recevrait pas, puis il vit aujourd'hui et « demain il meurt. L'Empereur est un mendiant ; donnons- « nous au roi Philippe ; il est si grand, si puissant et si riche I a il nous protégera, nous aidera et chacun maître de son bien
« en jouira paisiblement. » Cette combinaison est très répandue et acceptée (4). Les Ligueurs n'en dorment pas et s'efforcent de faire ouvrir les yeux en beaucoup de villes où les minis* très catholiques entretiennent, disent-ils, des intelligences. Les derniers troubles de Paris n'ont ni découragé, ni décontenancé les Espagnols ; cet événement sera même pour eux le vrai chemin pour réaliser leurs désirs, car l'autorité de Mayenne et des autres Ligueurs a baissé , d'ailleurs ils veulent désormais être très économes et réservés à donner de l'argent : ainsi ils regrettent d'avoir à Landrecies fourni au duc de Mayenne cent mille écus, dont trente mille furent employés, lors du dernier trouble où sans cet argent on n'eût rien fait, car le duc ne pouvait se rendre h Paris. Les Espagnols le font assez comprendre et à l'avenir ils veulent distribuer eux-mêmes l'argent aux Ligueurs, à leurs partisans ou à leurs soldats, afin de diminuer l'autorité des chefs et se réserver l'influence.
« Le motif qui porte les villes à recourir au roi d'Espagne, vient principalement, a outre leur lassitude de la guerre, de « leur mécontentement contre le duc de Mayenne, car toujours, « d'après le rapport de Matteucci, elles s'imaginent qu'il aspire « h la couronne. Or en France, écrivait l'agent pontifical, on a fait peu de cas des seconds enfants, appelés cadets, et le duc a de Mayenne est un cadet. Les villes lui reprochent encore de « ne pas bien disposer des bénéfices ecclésiastiques et d'avoir a une mauvaise conduite(S). Le Prométhéede cette combinaic( naison est un frère cordelier, Mathieu Biscaglino. Ce religieux tt est allé à Paris et ailleurs pour traiter avec ces messieurs de « la Ligue, puis il est retourné en Espagne.» Matteûcci le savait
(1) <i Questa planta ha tante radici et spassi in modo li rami che d utto ne nalo. »
(2) a Imputarlo di carne ci d*umanila libéra. » Dans une lettre du 5 avril 1991, Diou écrivait à Mayenne : « On voas a dépeint au cardinal Sfondralo, comme il me le dit, pour un Prince qui préferez les déUccs et voluptés aux affaires, fort négligent et adonné aux femmes et peu soigneuz. Ne vous promettez pas trop de faveur. » Bibl. nal., ms. f. fr. 401 , f^ 169.
INTERVENTION SOUS CLÉMENT Vlll 541
de bonne source : le frère Mathieu avait porté au roi Calholiqae les adresses d'habitants de Paris, de Lyon, d'Orléans, d*Amiens, d'Abbeville, de Rouen, de dix-sept villes enfin, qui suppliant Philippe II d'être en ce moment leur protecteur et plus tard leur roi, sollicitaient la présence des troupes espagnoles. « Ce Père est très entrant, écrivait Matteucci, et il intrigue avec les femmes de messieurs de Guise (1). Elles ont fait révéler ces détails dans les conversations, car les femmes de ce parti sont très adroites, très habiles, elles pénètrent dans les affaires et s'y entremettent plus que les hommes. »
Le duc de Mayenne ayant ainsi appris les démarches des villes, voulut connaître les signataires des adresses : or « s'ils viennent à être découverts, ceux-ci voudront avoir le duc de Mayenne entre leurs mains pour l'ensevelir vivant. » Le frère Mathieu se tenait alors en Bretagne, à Nantes; dans la maison des Retz, et, comblé de prévenances, il poursuivait la combinaison. Le prétexte de ces menées était de faire publier le Concile de Trente.
Les habitants de ces mêmes villes avaient eu également recours au duc de Parme. Son Altesse les avait beaucoup remerciés, mais s'était excusé de ne pouvoir accepter aucune proposition, sans l'ordre du roi son maître. Recevrait-il même cet ordre, le moment d'agir ne lui semblait pas venu, et, sans s'engager, il avait envoyé seulement de très gracieuses paroles. Voulait-on savoir le fond de toute l'affaire, ajoutait Mgr Matteucci, il fallait adroitement donner de l'espoir au frère Mathieu et l'appeler h Rorpe.
Pour échapper à ces intrigues, pour gagner du temps et avoir l'occasion de mieux ouvrir les yeux, le duc de Mayenne, très mécontent de découvrir h Paris plus d'un pensionnaire de ce roi d'Espagne dont il n'avait jamais voulu accueillir les demandes, écoutait alors les conseils de Villeroy ; or Villeroy, avait eu par son ordre des eniretiens avec du Plessis-Mornay, un des adhérents du roi de Navarre, et le duc de Mayenne
(1) « É molto intranle, s*inlrlnscco in maniera con qucstc Dame di signori di Guisa. d
avait répondu aux ouvertures, « prêt, nous l'avons dit, à reconnaître le roi et à traiter avec lui, s'il voulait être catholique et y procéder de bonne foi. » Mais le roi, voulait d'abord être reconnu de ses sujets et après se faire instruire (1).
M. de La Chastre ne faisait aucun cas des pourparlers engagés : « Vous savez, écrivait-il le 28 avril 1S92 à M. de Rhodes, que ces boutades-là se font toujours au printemps une fois, et une autre en Taulorane; après ci, après ça, l'on apporte toujours quelque difficulté aux résolutions. Ces assemblées servent plus de risée que de profit, et il me semble qu'il n'est pas besoin d*y entrer (2). »
Le duc de Mayenne insistait cependant, car si le roi se convertissait « il ferait, dit Villeroy, cesser les menées des étrangers qui étaient fort grandes et avancées. » Heureusement si les ministres espagnols convoitaient la France comme une proie, ils étaient, sur les voies et moyens d'arriver à leur but, divisés en deux opinions pour ainsi dire diamétralement opposées. « Don Diego d'ibarra, avec sa nature ardente et prompte à l'action, désireux d'arriver au but pendant la vie du roi son maître, s'appuyait principalement sur les intelligences nouées dans les villes. Il aurait voulu sans délai poser le pied dans quelques-unes d'entre elles, où le peuple gouvernait. A force d'argent ne pouvait-il espérer en devenir lè
(1) «< Le roi envoya le sieur de la Verrière au cardinal de GondI cl à Villeroy pour nous faire aboucher, écrit ce dernier, nous donnant l'espérance d'embrasser les conseils qui luy seraient donnez par lesquels il pourrait avec honneur satisfaire au désir des cathoUques et s'aider de Tautorité de Sa Sainteté. » M. de la Chastre ayant fait dire au roi par M. de Givry que s'il changeait de religion il offrait de le reconnaître, Givry répondit que « S. M. voulait être recogneue et après se faire instruire, ce (|ue le Président me manda avoir fort refroidi nos Princes. » Coliect. de Mémoires, t. LXII, p. 77.
a Le duc du Maine, écrivait le roi de Navarre, 7 mai iîi9â. (Leiù^ missives^ t. III, p. 631), avait bien sous main fait sentir qu'U avait quelque disposition à la paix : à quoy je luy ai fait cognoislre que j'y enlcndray bien volontiers. Ce propos s'entretient toujours, mais c'est si faiblement que je n'en veux cncores promettre ce qui en serait infaiUiblement s'ils y apportaient autant de bonne volonté et de résolution que moi. »
(2) Papier des Pot de Rhodes^ publ. par le Président Hiver, p. lil.
IMEnVEISTlON SOUS CLÉMENT VIII 543
maître? Une garnison espagnole occupait déjà LaFère; on en mettrait une à Corbie, à Abbeville, à Amiens, à Roye, afin d'occuper toute la Picardie et le cours de la Somme. Ainsi appuyé sur ces places et sur la Flandre, il ne resterait aucun obstacle, ou place importante, du côté de Paris, et, d'une manière ou d'une autre, le Roi provoquerait la déclaration en faveur de Tlnfanle. a
Bernardino de Tassis, au contraire, « lenf, flegmatique et très prudent, mieux d'accord par conséquent avec le mouvement de rhorloge du conseil d'Espagne, » observait qu'on n'avait pu rien terminer en vingt-quatre années et même que la guerre commençait actuellement dans les États de Flandre. Il 5e montrait donc opposé à suivre une nouvelle entreprise si importante. Ilétait un de ceux qui avaient lancé le roi d'Efrpagne dans les affaires de France, mais « une longue expérience lui avait appris qu'avec les têtes mobiles des Français, les projets ne réussissent pas si facilement. Ils changent en effet d'opinion, ne persistent pas beaucoup en un parti et le même jour prennent h chaque heure des résolutions différentes. Difficilement on peut tirer d'eux la vérité : en apparence ils se montrent dégoûtés et ils repoussent ce qu'au fond du cœur il$ désirent le plus. Embarrassés à présent dans les intrigues, ils estiment que ce projet éveillera des jalousies. 11 est délicat à conduire, dangereux, et peut facilement mener à un accord avec le roi de Navarre, accord continuellement soupçonné. On pouvait réunir une force de huit à dix mille chevaux, mais si elle suffisait à mettre la Flandre sans dessus dessous, elle pouvait plus facilement faire perdre ce qu'on avait qu'acquérir le royaume. »
Vu le caractère des Français, désireux de combattre vite, Tassis s'arrêtait à la pensée de fatiguer le roi de Navarre pour l'épuiser le plus possible. Un combat avantageux, une débandade de son armée, ou tout autre accident, pouvait rendre maître de la campagne : alors on fournirait au duc de Mayenne ou à un autre Ligueur des troupes et de l'argent pour faire la guerre au centre et aux extrémités du pays. Les Espagnols resteraient h s'emparer de Saint-Quentin, de
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Corbic, et autres places : ils y mettraient garnison et s'é tendant jusqu'à la Somme arriveraient ainsi par cette rivière vers Dieppe et les autres places maritimes. Ils n'estimaient pas difficile de s'en emparer.
Après avoir exposé les deux systèmes des ministres espagnols, Matteucci concluait en disant : « La dernière opinion prévaudra sans doute : son but pricipal est de discréditer le duc de Mayenne et les Ligueurs, ou de les rejeter aux extrémités du royaume. Soutenir le duc de Mayenne dans sa charge de lieutenant général du royaume, semble pour ainsi dire aux Espagnols conserver le corps, la tète et le prestige du royaume. »
Ces divergences d'opinion entre les Espagnols et les dissentiments survenus entre le duc de Parme et le duc de Mayenne (1) ralentissaient l'action principale engagée du côté de Rouen. Les ministres de Philippe II se montraient froids : « ils voyaient le duc de Mayenne fuir les entrevues, éviter de se lier, et en général de traiter les affaires : ils craignaient l'existence d'un traité secret avec le roi de Navarre et les autres membres de la famille de Bourbon; ils le craignaient d'autant plus que les renseignements transmis par les troupes en garnison à Rouen et par les Espagnols logés dans la ville, étaient unanimes pour montrer peu sérieux les préparatifs de siège, car d'après les règles de la guerre, douze mille fantassins, chiffre le plus élevé des troupes du roi de Navarre, ne pouvaient assiéger cette place. Aussi jusqu'à présent le roi n'avait rien gagné, et en cherchant à la ruiner, il obéissait aux désirs des commerçants anglais plus qu'à sa pensée de soldat (2).
(i) * Le duc de Parme, disait le roi de Navarre, est en perpôtuenes piques et reproches avec le duc de Mayenne. » Lettres missives, III, p. 032; 7 mal 1592.
(% D'après un renseignement communiqué à Rome, le roi avait quarante pièces de grosse arlillerie et des munitions pour dix-huit ou vingt mille coups. Il avait cinq mille hommes et beaucoup de coureurs. Arch. du Vatican, Letlei^Cf t. VI, p. 246. Les Étals de Flandre avaient envoyé quatre pièces de canon et des munitions pour quatre mille coups. Arch. du Vatican, letlcre^ t. XXVIII, p. 71)5.
INTERVENTION SOCS CLÉMENT Vlll 64S
Matteucci. ne doutait pas de la délivrance de "Rouen. Un secours efTectif, une diversion ou tout autre incident pouvait éloigner l'ennemi ; mais « on verra alors^ disait-il, surgir de grandes difficultés avec les secrets desseins des partis. Des deux côtés on attend cet événement avec une inquiétude extrême : des deux côtés on le désire, et en attendant c'est à qui pourra et saura le mieux dissimuler. Si le duc de Parme retourne en arrière pour prendre des quartiers d'iiiver, si les ministres espagnols veulent occuper d'autres places — et ce ne sera pas difficile, — on pourra craindre une rupture ouverte entre eux et le duc de Mayenne. Les Ligueurs ne peuvent souffrir en effet de voir les amis venus à leur secours les traiter plus mal que leurs ennemis : ils vont jusqu'à piller et à profaner des églises, à violer des monastères de religieuses et à commettre des sacrilèges. L'armée privée d'argent et de fourrage, s'empare des provisions^» brûle, coupe les arbres, enlève les animaux et commet d'autres actes qui rendent les Espagnols odieux. Pour vivre, pour se vêtir, pour se nourrir avec leurs familles, leurs fils et leurs femmes, dont il y a un grand nombre à la suite des troupes, ils détruisent les maisons et ruinent le pays : s'ils se contentaient de consommer pour leur nourriture, il y aurait peu de mal, mais ils pillent et vendent ensuite tout ce qu'ils trouvent, en sorte que les peuples catholiques opprimés, affligés et renfermés dans les murailles des villes, voyent la guerre établie chez eux, leurs récoltes enlevées et par conséquent le pays dans rimpossibilité de faire vivre les habitants, à plus forte raison les étrangers. — Au contraire, les partisans de Navarre ont joui et jouissent de leurs biens et de leurs revenus ; ils portent toujours la guerre sur les terres des Ligueurs, ils y campent et y nourrissent leurs troupes. Au point de vue politique, ils sont toujours persuadés qu*il y a un but autre que de soutenir la religion et un autre objet que de conserver la couronne à un Français. On prend, disent-ils, le chamin de diviser le royaume entre des petits potentats. Si le prétexte de la guerre est de défendre l'Église, la cause est l'ambitiqn. Les, Ligueurs, princes et particuliers, sont en-
tratoés^ gr&ce k des pensions et à des cadeaui. Pour ftgir ainsi il faut marcher contre sa conscience et étouffer la voix de la raison, de la gloire, de l'avantage du pays. »
Les catholiques se plaignaient donc k divers titres de la. lenteur du duc de Panne^ et si Rouen était pris ils Ten ren'^ draient responsable. « Le duc avait du reste un abord trop froid-et trop réservé pour les gentilshommes français, habitués à parler familièrement avec le roi lui-même k toute heure et en tout lieu. Lorsque le duc de Mayenne envoyait ses officiers au duc de Parme, il fallait demander audience, et alors ils ne pouvaient souffrir d'attendre (1). »> C'étaient Ik de petits détails sans doute^ mais bien souvent ils portent coup*
Voici dottC eA résumé quelle était, selon le témoignage de Mattencci, la situation de la France au commencement de Tannée IBM :
L'armée venue d'Italie au secours des catholiques était presque anéantie et pour la reconstituer il fallait beaucoup d'argent, mais comme une action militaire était estimée nécessaire, force était bien de réunir des soldats.
La question politique était plus compliquée. Il n*y avait pas de souverain en France, et, sans roi, disait Hercule Sfondrato, on ne fera jamais rien, les dépenses du Pape seront perdues, mais chacun voulait être roi. La France aurait-elle un roi ? Ce roi quel serait-il? Le roi navarraîs, hérétique, ne pouvait l'être ; le duc de Mayenne, jalousé par les ligueurs, n'osait tenter cette fortune. Les Espagnols laissant voir leur con* voitise proposaient une Infante. Repoussés par les chefs de la Ligue, ils voulaient provoquer une décision des États en s'appuyant sur les villes, lasses de la guerre. Plusieurs d'entre elles envoyaient des adresses k Philippe It. Le duc de Mayenne le savait, et, pour faire échouer ces intrigues, il se déclarait prêt k reconnaître le roi de Navarre si ce prince voulait se faire catholique ; mais le roi exigeait qu'auparavant on reconnût son autorité. Heureusement il y avait dans le
(1) \rch. du Vatican, Leltete^ t. XXXVm, fo 73 ; 24 février itm.
conseil des ministres espagnols une divergence d'avis : elle paralysait leurs efforts^ et pesait sur les événements militaires dont le dénouement était à Rouen. Les ravages exercés par les Espagnols, plus encore que par les huguenots, irritaient les populations ; elles se demandaient si la défense de la religion était le seul but poursuivi, et en même temps les sei-gneurs de la Ligue, choqués par la raideur du duc de Parme, inclinaient à se ranger au parti du roi de Navarre converti.
Dans ce désarroi Tintervention du Pape était réclamée comme seule capable de dominer la situation, et c'était la conclusion du Commissaire général. Il voulait que le Pape intervint entre les princes chrétiens comme un père et un arbitre : « Qu'il commande à des hommes de valeur et d'eipérience, écrivait Matteucci, à des hommes habiles, indépendants de caractère, capables de pénétrer dans les affaires importantes, remplis surtout de confiance, désireux d'exécuter intrépidement les ordres du Saint-Siège dans l'unique but de sauver la religion et d'établir un roi catholique na^ tional, un roi qui rende l'union au royaume, et relève la discipline ecclésiastique, sans Jamais exclure personne sauf pour cause de religion. Sa Sainteté devrait donner à ces hommes une autorité souveraine pour surmonter vite et bien toute difficulté et tenter un suprême effort, car la tête ne doit pas devenir la queue, le guide ne doit pas se laisser conduire sans avoir pénétré les secrètes intrigues. Puissent donc, sous le libre étendard de la sainte Église, tous combattre sans se Jalouser, sans se tendre des pièges, comme on le fait indignement dans un royaume divisé entre étrangers, oii il faut avoir sans cesse l'œil ouvert, sur les amis secrets, plus encore peut-être que sur les ennemis déclarés, car partout les pièges sont nombreux et la duplicité règne (1). »
Voilà quelle longue suite d'observations et de conseils Mgr Hatteuci présentait au cardinal secrétaire d'État dû Souverain Pontife.
La parole allait être aux événements.
(1) Arch. du Vatican, /. c,tXXVIII^ ^ a3; 81 janvier im.
Les troupef^ du roi de Navarre cherchaient depuis longtemps k s*emparer de Rouen. Dès le 30 septembre le dtic de Mayenne avait promis aux habitants d'envoyer un secours, et« le 4 octobre, son fils était entré dans la place avec:le sieur de Villars qui avec talent organisa la résistance, lorsque le 11 novembre le maréchal de Biron vint l'investir. . Le roi de Navarre avait sommé la ville de se rendre et, pour aplanir les difficultés, il avait protesté de ses intentions bienveillantes, car « persuadés par le roi d'Espagne, disait-il, que je veux abolir la religion catholique, vous continuez toujours en votre rébellion, encore que j'aie fait paraître du contraire, » Malgré les dénégations du prince, les habitants en restèrent persuadés et refusèrent de le recevoir. Le château qui domine la ville était seul attaqué. . Le 20 janvier les assiégeants firent jouer une mine sous le bastion du vieux fort Sainte-Catherine, tirèrent troi6 cents coups de canon et donnèrent l'assaut; ils furent repoussés, mais s'établirent sur la contrescarpe. Villars, pour les déloger, fit le 26 février deux brillantes sorties pendant lesquelles on rompit vingt pas des.retranchements ennemis. « Tous nos efTorts de quatre mois ont été perdus en deux jours », écrivait Gh. de ^erotin, un tchèque venu pour prendre part aux efforts des royalistes (1). C'était un heureux présage pour les Ligueurs et Pericard mandait de son côté : « Je crois que Rouen est sauvé pour cette fois qui est la ruine du roi de
(1) Le Siège de Rouen par Henri IV, d*après des documents tchèques, dans la Revue historique, m^-juin 1878, p. 73;
Ql
ir^TERVENTlO.N SOUS CLÉMENT VIU 849
Navarre (1). » On attendait Tarmée de secours : elle était en marche. Mais « elle ne réussira pas », écrivait Gh. de Zerotin.
La revue de l'armée de Philippe II, faite le 16 janvier, à Nesle, donnait un total de 13,516 soldats et 4,000 chevaux de toutes nations. Après être restée trois semaines dans les environs' de Mareuil, où le roi de Navarre avait cherché k l'arrêter pour se donner le temps de rassembler ses troupes, l'armée, recommandée par le duc de Mayenne aux prières de la France catholique, avait repris sa marche. On ne s'était pas accordé sur le chemin à prendre. Le duc de Mayenne avait proposé la voie directe en inclinant sur la gauche, ce qui permettait de s'avancer davantage en France, Farnèse au contraire préferait un chemin plus long, à droite, afin de s'appuyer sur la Flandre et le cas échéant pouvoir s'y retirer en une journée. Le duc de Parme finit par ramener le duc de Mayenne à son avis en présentant surtout la difficulté de conduire Tartillerie par le chemin de gauche, dont une partie était dans les coteaux et une partie dans des basibnds marécageux.
Les corps du duc de Parme, du duc de Mayenne et des officiers pontificaux se tinrent peu éloignés les uns des autres, poussant devant eux le roi de Navarre ^enu à leur rencontre, en sorte que « les troupes catholiques allaient, à trois ou quatre 14eues de leurs campements, occuper les logements quittés le matin même par leurs adversaires. » On se battit le S février àÂumale,oii le roi de Navarre fut blessé (S), et le 7 à Buchy, d'où il fut chassé : il se réplia sur Rouen, mais en abandonnant ainsi sans combattre la plaine où la cavalerie royaliste aurait pu se déployer, le roi ne pouvait empêcher les catholiques d'arriver sous la place, parce-
(1) Bibl. nat. ms f. rr.398i, fo ^,
{i) Le i«r février 1592, Mayenne était au camp du TiUoy : « AVons avitf que le roi de Navarre est à Aumale : nous marchons droit à lui. » Bibi^ nat.,' ms. f. fr. 3963, ^ 61. — Un récit du combat d* Aumale daté de S. AuU>in le a février est Bibl. nat., ms. f. fr. 3960, P> U.
qu*aprfeii Neufchâtel s'étend un pays entrecoupé de bois ob rinfonterie retrouvait son avantage, en rendant inutile la nombreuse cavalerie du Navarrais. Le duc de Parme, après être venu presque Jusqu'à Gournay, détacha 500 archers sur Rouen, oh ils entrèrent, et au lieu de les suivre ramena son armée vers le nord, entre Abbeville, Rue et Saint-Riquier, afin de la faire reposer et attendre des renforts.
Le 28 mars, le commissaire général, Mgr Matteueci^ rencontra un gentilhomme français et un trompette partis de Rouen le 25, pour venir trouver le duc de Mayenne. « Le roi, dirent-ils, a retiré ses troupes (1) et Tartillerie ne bat pas les murs. Aussi peut-on encore entrer et sortir de la ville. > Cependant, comme le cours de la Seine était fermé et que les charettes n'amenaient pas beaucoup de provisions, la disette était grande, et Tinfanterie française, peu habituée à la souffrance, s'était rétirée, laissant dans la place 3 ou 4,000 reltres et 16 ou 1700 hommes venus de Hollande et de Zélande. C'était une bonne troupe, mais habituée à avoir ses aises : or on ne les trouvait précisément pas.
Les Suisses de l'armée pontificale réclamèrent leur paye : Mais il n'y avait pas d'argent (2) et le duc de Parme dut prendre celui du roi d'Espagne, en payant à raison de 3.800 hommes, chiffre de la première monstre, alors qu'ils étalent à présent 2,800. Le 10 mars on allait leur devoir 60,000 écus et à la cavalerie 8 ou 10,000. Matteucci ayant à Arras 40,000 écus seulement, engagea sa parole pour un emprunt de 30,000 écus.
Aussi, à la bourse d'Anvers, alors le plus grand centre d^afTaires commerciales du Nord et un centre non moins actif de menées protestantes, les négociants, instruits de ces embarras pécuniaires, pariaient deux cents écus contre six
(1) Landriano écrit, le 22 mars, qu'après les deux sorties de Villars, le roi a mis soo infanterie à Daraetal et son artillerie au Pont de ]*Arche,
(2) L. 28 février 1502. Arch. du VaUcan, /. c, U XXXII, t» 91. iMS quatre courriers porteurs de lettres de change du banquier Zaroei, payables à Reims, avaientjété arrêtés.
cents qu'avant quatre mois Roueu serait au roi de Navarre (1).
Alexandre Farnëse s'apprêtait à donner un démenti aux parieurs. Le 15 avril il quitta Hesdin pour se mettre h la tête de ses troupes (2). Arrivé à une journée de Rouen, Farnëse forma un corps de douze cents hommes d'élite (3). Après avoir jnarché toute la nuit, cette troupe arriva k la pointe du jour devant le quartier des Suisses au service du roi de Navarre. Geux<^i prirent les armes, se mirent en d escadron », mais ce fut pour s'éloigner du camp, laissant ainsi les catholiques gagner sans coup férir les portes de la ville (19 avril). « Le prince de Parme a fait un coup de maître, » s'écria le roi en apprenant le succès de cette marche hardie, et comme le duc de Montpensier, chargé de commander la cavalerie^ n'avait point aperçu l'approche de l'ennemi, il ajouta : « Mon cousin Montpensier a donc les yeux chassieux (4)1 >> Il se retira du côté du Pont de l'Arche.
Le duc de Parme entra à Rouen en compagnie du Légat, qui y publia le Jubilé accordé par le Souverain Pontife (31 avril). « Les prières des âmes pieuses, disait-il, apaiseront, il faut l'espérer, la colère d'un Dieu justement irrité de nos offenses, et amèneront la complète restauration de la religion et du royaume. »
{{) Arch. du Vatican, l. c, t. XXXVIII, f- 517 ; 25 avril 1592, Toutes les lettres pour aUer en Italie passaient par la vole d'Anvers.
(2) Il y avait 18 canons ; l'armée passa par Pontremi, Arques, etc .
(3) Les compagnies de Wallons fournirent 400 hommes dont cent piqulers, cent mousquetaires, deux cents arquebusiers. Farnëse y joignit quatre cents Italiens, dont cent de son régiment, cent du régiment de Barlotta, soixante du régiment de Balanzone, cent du régiment de Boussu^ quarante du régiment de Barbanzone ; il y avait trois cents Français. Chaque soldat portait quinze livres de pain. Arch. du Vatican /. c, t. XXXVIII, fol23, et t. XXXII, f> 516; Lettre 22 avrfl.
(4) Avec des yeux chassieux on ne voit pas quand U neige, or ce jour-là il tomba quelques flocons de neige. Arch. du Vatican, /. c. t. XXXVIII, f^ 211. Cf.. Bibl. nat., ms. f. fr. 15,501, f<» 237-250, pour la marche de Famèse et du roi et Arch. nat. A. E. n.* 757, f* 203-221,
Qu'^allàient faire à présent les troupes catholiques? Il y eut a ce sujet dans le conseil une grande discussion. Les Espagnols proposaient de prendre Caudebec afin de rendre libre le cours de la Seine entre Rouen et le Havre. Les Français, au contraire, voulaient aller à Pont-de-l'Arche ei ne pas laisser à Tennemi le temps de se reformer. Les Français ayant voulu faire prévaloir leur avis, il y eut dans la discussion des torts réciproques (1). Mais le duc de Parme était le chef, et il conduisit les troupes devant Caudebec* En y arrivant il désignait un emplacement pour établir une batterie d'artillerie, lorsqu'une balle vint lui labourer le bras droit, entre les deux os, depuis le coude jusqu'à la main (22 avril). L'os ne fut pas fracassé, mais, huit mois plus tard, le duc de Parme, déjà d'une très mauvaise santé, devait mourir des suites de cette blessure. Pour le moment^ il n'eut ni fièvre, ni :douleur, et continua d'agir (2).
Le roi de Navarre reprit l'offensive, attaqua avec succès l'ennemi privé de vivres, de fourrages et d^argent (3). Aussi l'ardeur de celui-ci fut à chaque instant près de s'éteindre : même au milieu des escarmouches on vit souvent les hommes des deux partis se rapprocher pour lier conversation (4) et le roi de Navarre fut souvent instruit des projets de l'ennemi. Le duc de Parme, ayant une fois décidé une attaque de nuit contre le quartier des Anglais, fut très
(1) a Havcndo li Franccsi volulo prcvalcrc, seguirono degli erron da tutlc le parti. » /6., L. de Maltcuci, mai 1583.
(2) Arch. du Vatican, /. c, t. XXXII, f« 535.
(3) Arch. du Vatican, t. XXXII, f« 689. Lettre du card. Sega, 22 niai. « Je vous garde les cornettes pour parer l'église de Louviers, et espère avec Taydc de Dieu que nous aurons de quoi parer force autres • (Bibl. nat., ms. f. fr. 3960, f> 26), disait Henri IV à sa tante, « c'est une des plus grandes estriUes qu'il y eût il y a longtemps. » Eug. Halphen, Lettres inédiles, p. 57.
(4) On se faisait aussi des politesses, u Essendo capitate alli mani di Navarra duoi simle ch'erâno dcl Duca di Guisa, per un suo trombetia gliele mando a regalare. « Arch. du Vatican, /. . c, t. XXXYllI, f» 241 ; 23 mai 1592.
liNTEKVEiMlON SOLS ÉLÉMENT VIII ^53
étonné de les trouver tous rangés en bataille : ils avaient été avertis. Un aulre soir le duc de Mayenne avait tenu conseil avec le président Jeannin et un seigneur de Bourgogne* Or le matin suivant, dans une escarmouche, le roi de Na varre dit à ce seigneur : « Je vous ai grande obligation parcequ'bier soir vous avez pris mon parti. » — « 11 est certain que le roi de Navarre eut en peu de jours trois fois le mot d'ordre du camp catholique. » Alex. Farnèse redoubla alors de circonspection et ne communiqua plus ses projets à personne. Cependant malgré ces pourparlers « travail, privations et périls ne manquaient pas (1). »
Si le duc de Parme élait blessé et forcé de garder le lit, le duc de Mayenne pris par les fièvres et demeuré longtemps jour et nuit à cheval,, avait dû revenir a Rouen (8 mai), d'où il prévint le duc de Parme qu'il serait forcé d'aller à Soissons pour se faire soigner. M. de La Chastre parla aussi d'emmener sa cavalerie dans un pays où elle pût vivre facilement, car, surchargé de dettes, il lui était impossible de la nourrir à ses frais. De son côté le capitaine Saint-Paul avertit qu'il avait dépassé les vingt jours pour lesquels ses soldats s'étaient engagés de servir. Les aulres capitaines commencèrent de même à s'éloigner, et ces départs, indice peut être d'un accord prochain avec le roi de Navarre, dictèrent au duc de Parme une résolution subite, car « sans argent, avec une armée privée de vivres, sans discipline et à moitié mutinée, » peu d*acc6rd avec les Ligueurs, il ne pouvait vraiment pas rester (2). Il voulut mettre ses troupes sur la rive gauche de la Seine et rassembla des bateaux. Le 12 mai le passage commença et dura trois jours; il ne s'exécula pas sans difficulté, car le vent empêcha de se servir des pontons fabriqués pour le transport de l'artillerie et des
(i) Arch. du Vatican, /. c, t. XXXII, f»5a5 ; 9 mai loOi.
(2) « Trovandosi S. A. impegnata Ira Franccsi con radicati sospetti parUcularmenle daccordo, si risolvc rctirarsi vcrsô Parigi,non havcndo alira strada, a dispello di lulli. » Arch. du Vatican, /. c, t. XWVIU, !• 2(fâ. c Essendo Ira quall* Allezza et signori collcgati poca intelligenza et nati alcuni dispareri. » 76., f«> 211.
bagages (1). La cavalerie franchit le fleuve la première, mais n'ayant pas exécuté à temps les ordres du duc de Parme, tlle dut abandonner en ce moment une partie de son bagage, ramené plus tard à Rouen sous la garde d'une escorte.
L'artillerie traversa le jour suivant avec Tinfanterle. Une petite troupe fut seulement laissée à la garde d'un retran« chement avec Tordre de se retirer dans la ville si l'ennemi approchait avec trop de forces. C'est ce qui arriva : les royalistes firent approcher l'artillerie et commencèrent à battre le fortin. Mais ils n'osèrent attaquer et se conten* tèrent de faire des escarmouches oU il y eut quelques morts.
Le duc de Mayenne, le duc de Guise, Villars et les autres capitaines français apprirent la résolution du duc de Parme lorsqu'elle était déjà exécutée. Mayenne vint aussitôt trouver Farnèse : « Je passe l'eau, dit-il, car je vois que Votre Seigneurie l'a passée et a fait des choses que je n'aurais pas voulu voir. Votre dessein, je le sais,' est d'aller à Paris, mais il ne réussira pas, car j'y ai donné bon ordre et je viens d'expédier quatre courriers. Le duc de Guise restera à Rouen pour garder la place. — Pour qui me prenez-vous (2) ? répliqua Farnèse, ne me croyez-vous pas ? Je vous laisse les Suisses et irai réunir une grande armée. Rouen ne peut actuellement être assiégée ; il faut seulement se tenir sur ses gardes et tenir les habitants en bride. ^ La conversation continua et le duc de Mayenne s'emporta jusqu'à dire au duc de Parme que « pour la seule cause catholique et l'honneur de Dieu, il avait supporté son commandement et celui de son fils. — Si le chef s'est trompé dans ses ordres, repartit Farnèse, la responsabilité lui incombe, car il a toujours communiqué avec votre Excellence (Mgr de Bertlnoro, secrétaire
(1) Arch. du VaUcan, /. c, t. XXXII, f> 615. « Les bateaux accommodés de deux en deux en pontons avec des plates-formes de grosses tables & travers de sorte que chaque ponton est capable de porter de soixante à quatre-vingts chevaux. » Bibl. nat., ms, f. fr. 15,591, f^â50.
(2) « M'havete per tanto tristo? Non ml credete?» Arch. du Vatican, Lettere, t. XXXVIII, f» 211. Lettre de Malteuccl.
d'État), qui a donné la direction ; » de part et d'autre on se dit des paroles désagréables (1).
Les Français blâmèrent cette retraite soudaine devant des troupes nullement supérieures en nombre; « c'est tout abandonner, dirent-ils, c'est une fuite^ puisque trois jours après, le duc est déjà h plus de dix-huit lieues (2) ; Farnèse a perdu en cette circonstance une brillante réputation militaire. Il fallait faire tête au Navarrais et on l'aurait battu, car il ne pouvait résister. Mais le duc n'a jamais voulu livrer bataille quand il aurait pu vaincre ; il a laissé surtout échapper deux occasions : la première à Âumale^ la seconde dimanche dernier quand le duc de Mayenne le pressa de lui donner des troupes pour achever l'ennemi. Et ainsi a-t-il toujours fait : quand les Français demandaient à se jeter sur l'ennemi, les Espagnols répondaient : Nous n'avons pas d'ordre., et il faut les attendre. Or, c'est violer toutes les règles de guerre. » Telles étaient les récriminations, et les esprits étaient si montés qu'une fois, dit-on, le duc de Mayenne brisa son épée et la jeta à terre en s'écriant a que s'il avait su pareille chose il serait resté en Picardie (3). »
Yillars parlait toujours plus haut que les autres : « Si vous
(1) « Che 86 U Principe era andato a tomo ordinando, lliaveva fatto a' tuo nome coromunicando sempre con Y* E. che ha dato U motto et ' non U Principe; essendosi passato daU'una et l'altra parte a particolari de disgusto. » (/&.)
{%) « Au mUleu de mUle souffrances et de pertes crueUes, écrit Tassis, cette armée harcelée est bien réduite et dimini^ée : tout ce que nous avons gagné dans cette dernière marclie sur Rouen se borne h avoir délivré la ville. Mais les armes de Tenneml ont accru leur réputation. » {Hist de Philippe 11^ par M. Fomeron, t. III, p. iU.) — Le Légat perdit ses bagages dans cette retraite de Rouen. Le conducteur était sorti de Rouen avec les Suisses, mais ses chariots restés en arrière furent pUlés par les paysans. Une partie seulement du bagage put être déposée à Blangy où le Légat le retrouva au mois de Juin. U avait réclamé immédiatement, mais « le bagage est de bonne prise, répondit le maréchal de Biron. Mgr Sega n*est reconnu ni comme légat, ni comme cardinal, c*est un séditieux et un mutin qui chevauche clandestinement à travers le royaume pour soulever les peuples* » Arçht du Vatican , t. XXXII, fo 615. Lettre du 23 juin.
(3) Arch. du Vatican, l, c, t. XXXVHI, f^ 211.
le voulez, dil-il à des seigneurs français, il ne passera pas. Passer de nuit, prendre ôette résolution sans rien dire à personne {i)y}t ne sais vraiment comment l'appeler! Je puis arrêter les bateau?;; » et lorsqu'après il rencontra pour la première fois le duc de Parme, il le salua, comme c'était son devoir, mais ne voulut pas lui parler.
Était-ce pour enlever le soupçon qui planait sur lui d'avoir des intelligences secrètes avec les Espagnols? Quoiqu'il en soit les personnes impartiales, disaient alors : « Les Espagnols ont découvert les desseins des Français, et les Français le leur. » Un autre jour, dans un diner donné à trente ou quarante capitaines, Villars s'écria que le duc de Parme avait manqué à son devoir (2). — « Avec mon épée, répliqua vivement un des capitaines italiens, Appio Conti, je ferai voir que ce n'est pas la vérité et je maintiendrai contre tous que Son Altesse n'a jamais failli. — Je redirai mes paroles en présence de Son Altesse elle-même, répliqua Villars. — Son Altesse comme prince répondra comme elle le voudra, dit alors Conti, mais moi, son serviteur, je répète ce que je viens de dire, et je suis ici pour maintenir <ivec cette épée mon assertion contre qui que ce soit; » puis il sortit. L'affaire fut étouffée. Les Français prétendent, écrivait Matteucci, qu'ils ont donné et non reçu le démenti (3).
Le Commissaire pontifical en rapportant ces incidents rejetait une grande partie de la responsabilité sur l'incurie des capitaines français : «Pendant les derniers mois, disaitil, ils n'ont rien fait, rien prévu. Je ne suis pas militaire, mais en vérité je reste confondu de ne voir aucun progrès et de ne pouvoir même en espérer aucun. » Mgr Matteucci ne supportait pas les critiques contre la conduite du Souverain Pontife, et, comme une fois le duc de Mayenne l'incriminait, Matteucci lui répliqua : « Sa Sainteté ne mérite pas de reproche, puisqu'elle a dépensé eii un an près d'un million et est plus que
(1) Le duc de Parme dit avoir fait prévenir les chef^.
(2) (t Haveva mancato. »
(3) Arch. du Vatican, Letlere, t. XXXYIII, i*> Î41 ; 28 mai.
INTERVBNTnX SOUS CLÉMENT VIII 857
jamais disposée h continuer son secours, à emprunter et h combattre, mais elle voudrait aussi que les Ligueurs fissent leur devoir et prissent le chemin d'en finir, au lieu de tirer le jeu en longueur. Avec une apparence de raison Elle pourrait se plaindre d'eux. Où étaient leurs forces et où les voyaiton? Le Pape était te seul h donner de l'argent; or, si les troupes de la Ligue avaient été payées chaque mois et pourvues du nécessaire, le Navarrais i H été bientôt ruiné, tout le monde l'aurait abandonné ; si le duc de Mayenne était, comme il le disait, réduit à l'extrémité, ue pouvait-il s'accuser lui-même ? Avait-il jamais parlé à Sa Sainteté des dissentiments survenus entre lui et les Espagnols au sujet de la nomination de l'Infante au trône? Le Pape serait intervenu, et eût apaisé le désaccord, mais le duc cachait au Souverain Pontife ce que celui-ci apprenait ensuite par d'autres personnes (1). »
Un autre grief était mis en avant par les villes restées et bonnes catholiques et dévouées à la Ligue » : On ne les défendait pas. Ainsi les habitants d'Abbeville, où il y avait cependant beaucoup de Navarristes, disaient bien haut que durant trois ans on leur avait promis de former une armée pour détruire les huguenots, et à présent ils voyaient bien que cette armée n'existait pas! On leur avait promis de prendre Rue et on n'avait pas commencé à battre cette place, alors qu'aux premiers coups de canon elle se serait rendue (2) ! '
En recueillant ces plaintes* des capitaines et des villes, Hatteucci n'accusait pas cependant le duc de Parme ; il convenait avec les ministres espagnols « qu'une fois Rouen secouru et" le siège levé, Caudebec pris et la Seine rendue libre, le duc devait nécessairement se retirer, car il n'avait pas 4e provisions, pas de vivres et nul espoir d'en trouver. Beaucoup de soldais s'étaient débandés, et répandus dans le pays ils le ruinaient par leurs exactions. Les Italiens détestaient les Français, les Français détestaient les Italiens.
^ (1) ÀPCh. du Vatican, Lelterey l. XXXVIII, P 243. ^ Arch. du Vatican, hettere, t. XXXVIII, f^ 241 .
858 LA UGUE
AU lieu des bons rapports qui, poifr le bien public, auraient dû s'établir entre les divers corps, on avait montré une haine pour ainsi dire irréconciliable, donnant carrière aux mauvais sentiments et à leurs sinistres effets (1). »
Le cardinal Sega pensait exactement comme Mgr Matteucci : « Le duc de Parme, disait-il, a fait, pour remédier à ces inconvénients, tout ce que l'on pouvait attendre d'un grand capitaine, mais il est difficile à un général de maintenir la discipline dans une armée privée de solde et à court de vivres. Alors tout est permis, car on n'obéit seulement que quand cela plaît et on ne peut punir sans craindre uoe révolte. »
Ainsi toujours faute d'un gouvernement le désordre dans Tadministration s'aggrave vite, arrête tout, et une fois de plus, à la lumière de l'histoire on voit la grande question^ celle de la constitution d'un gouvernement^ primer toutes les autres. Avec un gouvernement forti indiscuté^ une nation pourra longtemps supporter la fortune adverse et même le désordre dans le détail de l'administration ; mais la meilleure administration ne se maintiendra pas et les désordres de\^dront irrémédiables s'il n'y a pas à la tête de la nation un gouvernement. Vouloir administrer avant de gouverner, est donc, malgré certaines assertions, un axiome contraire à toutes les données de l'expérience» Nous en trouvons dans ces faits une preuve lumineuse.
Le Pape ne l'ignorait pas : aussi la nomination d'un roi lui paraissait, comme au Légat, l'unique ressource pour mettre fin aux malheurs de notre pays* « Jour et nuit il pen« sait à sauver la France et à propager la religion ; les maux cesseraient, dlsait^il le 15 février^ s4l y avait un bon roi, très chrétien de nom et de fait; aussi il exhortait le duc de Nemours à s'occuper des États généraux, sans lesquels rien ne
(1) Arch. du Vatican, i. «., t. XXXU, f» 689; » mai iSKKL L, d« Sega
à Philippe II. — « Ne pouvant plus maintenir l'armée, écrit le duc de Parme, nous avons trouvé pour meiUeur, attendu que Tennemi se reaforçait de jour à autre et nous ne le pouvant fere,de dresser ung poot. )» Lettre du duc de Parme de Houdan. Bibl. nat, m#. 1. fr. 3060, ^ 16.
peut se faire, et adviser à faire choix d'un roi. » Le 7 mai, Clément YIII appuyait sur la nécessité « d'opposer, au nom de la croix du Christ et de la sainte religion, à un tyran hérétique un juste roi très chrétien (1). )» Mais Matteucci ne croyait pas le moment venu, et, de son côté, le Légat, tout en transmettant au duc de Nemours le désir du Pape, était convaincu que s'il n'y avait en campagne une très puissante armée espagnole « pour raffermir les bons, réchauffer les tièdes, confondre les mauvais », on n'arriverait à rien.
Or il ne fallait plus compter sur une armée espagnole. Le due de Parme disait bien : oc Sa Majesté ne veult chalengier cette sainte cause, » mais en pleine retraite, il se trouvait le 15 mai à Houdan, d'où il écrivit « à Messieurs de la ville de Paris x» pour leur demander un passage sur la Seine ; le 18 il fut à Yillepreux (2), mais n'entra pas dans la capitale en s'excusant sur sa santé ; alors son fils vint « pour saluer de sa part les princesses », et le Parlement décida (21 mai) que contrairement à l'usage il enverrait complimenter le duc de Parme. Le Légat, revenu avec Farnèse, apprit en même temps qu'il y avait entre les prédicateurs et le Parlement une querelle qui pouvait dégénérer en trouble^ et on le supplia de l'apaiser. De plus il fut averti que Ton considérait la retraite des troupes comme une fuite, ce dont les « bons catholiques » étaient bouleversés, car la présence de l'ennemi était signalée à Pontoise. Mgr Sega chargea alors l'archidiacre et le doyen de Reims de venir à Paris, sous divers prétextes, afin de se rendre compte de l'état des esprits. Ils rapportèrent que tous étaient déconcertés, effrayés, troublés; le Légat prévint donc le duc de Parme de son désir d'entrer dans la ville, comme en passant, pour en-^ eourager les bons par sa présence et apaiser la discorde, mais aussitôt entré les princesses, le gouverneur, le Parlement,
(1) Bibl. nat., ww. f. fr. 3642, f» 6, 8. Bref semblable au duc de Guise.
(2) Voir la Note de M. Gustave Leclerc dans Bulletin de la Société ttHist. de Parut, p. 170. Le château de Yillepreux, t Issy, brûlé par les obus en 1871, pendant rinsurreclion de la Commune, a été démoli, le parc morcelé. Au lieu de Yillepreux on met aOleurs Yillejulf.
les ocbevins, le clergé le supplièrent de rester, et « il n'y eut ni répliques ni refus à leur opposer, » car de sa présence, disait-on, dépendait la conservation ou la perte de Paris. Après avoir pris conseil du duc de Parme, le Légat se décida à demeurer dans la capitale, où tous le réclamaient comme chef, comme arbitre et, disaient-ils, comme père (1).
Le duc de Parme fit cantonner une partie de ses troupes en Champagne et se rendit aux eaux de Spa pour soigner sa blessure. Depuis longtemps le duc de Montemarciano avait donné sa démission de chef des troupes pontificales, mais la permission de revenir à Rome, après avoir r«mis le commandement à Appio Conti, donnée 1^28 février, lui parvint seulement au mois de mai. En même temps arrivaient des instructions au sujet des troupes. Après une longue délibération Te Légat, le duc de Mayenne et Appio Conti résolurent, conformément aux ordres de Sa Sainteté, de garder le régiment des Suisses. Mais le Commissaire général, Mgr Matteucci, n'interprétant pas ainsi la pensée du Souverain Pontife, signifia au colonel la cessation de son service (le 6 mai, à Hesdin); il exécutait, disait-il au Légat, les ordres formels du secrétaire d'État et pour douze raisons exposées dans la lettre il n'avait pu les suspendre (2). Afin d'éviter les explications, il partit la nuit sans mot dire, et se retira à Neufchàtel, prêt à gagner la frontière^ Le duc de Mayenne, aussitôt prévenu, devina son projet, en vit la conséquence et envoya son capitaine des gardes le supplier de ne pas quitter la France et de pourvoir à la solde des Suisses, car sans eux il ne saurait comment se maintenir. Matteucci fut rejoint à Abbeville, mais, au lieu de se laisser persuader, il fit tirer sur le capitaine un coup de pistolet. Les Suisses voyant le Commissaire parti crièrent à la violation des engagements, car on devait les reconduire à la frontière, et
(I) Arch. du Vatican, LHtere, t. XXXII, f^ 539. \ (2) Arch. du Vatican, /. c, t. XXXVIII, p. 431. Lettre du 21 mai, « une pistouletade. » Bibl. nal., f. fr. 3982, P> 107.
ils prirent du roi de Nivarre un passeport pour retourner chez eux (1).
L'armée pontificale n'existait vraiment plus : quarante ou cinquante lances était tout ce qu'il en restait.
Cependant le Pape Clément Vlll, effrayé des sept cent mille écus dépensés par Grégoire XIV pour les afTaires de France et des deux cent mille écus dont il avait endetté le Saint-Siège avait le 15 avril limité le secours aux catholiques à une somme de quinze mille écus par mois pour 1,500 chevaux mis à la disposition du duc de Parme et du duc de Mayenne. Le même jour, avec le consentement et Tapprobation des cardinaux il nomma Mgr Sega son Légat a latere en France (2).
Puisqu'on avait licencié les Suisses, une nouvelle levée était nécessaire, mais Matteucci, pour procéder avec économie, s'adressa aux hommes des bords du Rhin, et il comptait trouver dans les environs de Liège, deux régiments d'infan-
(t) Les Suisses {i^ardèrcnt rancune à Matteucci et le calomnièreiit. Le 17 août leur lieutenant vint à Spa demander au duc de Parme de lui payer plusieurs miUiers d*écus que le trésorier du Saint-Siège n'aurait pas versés. Mais Matteucci, instruit de la réclamation, confondit son auteur, puisque le temps d'aUer à Rouen, de séjourner dans cette viUe et d*cn revenir avait été d'un mois et demi et qu'il avait reçu cependant deux mois de paye pour 3,881 soldats, alors que reffcctit ne dépassait pas 2,000 hommes, ainsi que le constataient les re\iies signées par les officiers. Arch. du Vatican, Ultere, t. XXXVUI, ^357.
(2} A- Desjardins, Négoc, diplom,, t^ V, p. 157. Lettre du cardinal del Monte : 15 avril 158i, le Pape avait dit ces chiffres dans le consistoire tenu ce jour-là même. Acia eonsitUmulay f» 572 et 578.
terie, oa uq régiment et demi d'infanterie avec quatre eents arquebusiers à cheval, c'est-à-dire 4,000 fantassins et SOO chevaux. Or un régiment de ces Wallons coAt^nt 7.000 écos par mois, deux par conséquent coûtant 14,000 écus, i) restait mille écus pour payer le lieutenant général et les autres officiers. Mais la difficulté de réunir les hommes était assez grande, car on ne pouvait enrôler des Allemands sans avoir une patente impériale, et en ce moment TEn^pereur ordonnait une levée pour marcher contre les Turcs. Toute l'Autriche était déjà en armes, et quatre colonels envoyés pour compléter leur effectif, avaient eu quelque peine à le trouver .
Hatteucci était dans cette perplexité, lorsque le duc de liOrraine offrit au comte de Mansfeld, le principal lieutenant du duc de Parme, de céder un régimept si le Pape le désiraitf G^tte occasion paraissait si avantageuse, que Mansfeld en avertissant Mgr Matteucci pe doutait pas do sop accepta* tioo. « On lui doqnera les chefs qpe vpps voudrez, disait-il, ai ceu( actuels pe vous conviennent pas (1) », Afatteucci ne voulut pas s'eng^gàr sans avoir vu )e duc de Parme, car d'abord les ducs de Parme et de Mayeppe devfiiept décider {arbitrio Parmœ et Meriensis) si la levée serait ep cavaliers ou en f^ntas^ins, ensuite i\ se posait cette questiQP : les instructions du Pape disent de maintenir les troupes en France tant que le duc de Parme y sern et de les Ijcepcier s'il s*en allait ou renvoyait ses troupes ; or Farnèse était hors de France, et tout en y conservant quelques compagnies, il avait licencié les reîtres et plusieurs régiments. « Je ne sais pourquoi, disait alors Matteucci, les autres renverraient leurs soldats et Sa Sainteté garderait les siens. Puis au lieu de remplacer le duc de Montemarciapo, par popséquept au lieu de payer la solde d'un général, pourquoi ne pas remettre au duc de Parme la direction des troupes italiennes? « Il a
(1) « Di gratia, eara Padrone, non lasci di aeeettarlo et ml creda di^avaniara a mille per cento, si mi pué dare credito ia queUo ehe tocca mia natione. » Arcft. da VaUcan, /. c, U XXXVIII, ^ 965,
commencé de marcher à la gloire, et il veillera plus encore que par le passé à la conservation du royaume et k la prompte élection d'un roi. » Matteucci aurait même voulu que les villes fournissent la dépense des troupes, k Si Téten-* dard de la sainte %lis^ flottait en France, en toute liberté, disait-ily tous pourraient le suivre, sans qu'on eût à objecter : il est au %mm de pelui-cj, ou de ce)ui4^. Hais eq tout pas, ne serait-il pas mieu^ de distribuer k Paris, et même peutêtre à Reims, les 15.000 écus fournis par le fape a^n de mettre ces places en état de défense? Un régiment étraqyer, eq changeant de climat et de nourriture, subit par la maladie ou la mort une forte réduction, et c'est lamentable de voir combien en pei) de t^mps les dix epseignes de 3a Sainteté ont été décimées. Cet cmploj de l'argent serait plu^ utile au royaume, plus commode popr Ip Légat et plus avantageux pour les mftgistrats dont la respopsabilité se trouverait pav là méipe déchargée, puisque les soldats étrangers, alors e^^actement payés, ne penseraient plus, comme k présent, k chercher dans la maraude et le pillage leurs moyens de subsistappe, ^ fi^its déplorables dont Mgr Mattcu(H^i envoyait FerraqtP Qra-* gnetti se plaipdre au duc d^ Parme (l). P'ailleijrg fip agissant ainsi on supprimerait la dépense considérable des appointemens du lieutenant général, du colonel, de l'auditeur, du prévôt, etc.
Matteucéi; tout entier k sf^s projets d'économie, était alors accusé par plus d'un ligueur de rester dans les errements de Sixte V, mais il s'en faisait gloire, car il voudrait, disait-il, avoir les mêmes pensées et suivre la même voie que ce grand Pape ; on ne connaissait pas apparemment Sixte V, uniquement préoccupé de servir Dieu et l'Ëglise, mais « voyant les choses comme elles étaient et ne se laissant pas mener par le bout du nos. H
Matteucci se rendit à 8pa, eh Àppio Conti, le nouveau généralisme des troupes pontiRcales, arriva peu après (2).
(1) 4rch. 4u YaUcao, /. c,, \. IpU^VIIf , ^ 347. Lettre du 4 aaût«
[i) Maiieucci donna sou cheval au duc ^e Parme : « g. 4* havendo
564 LA UGUB
Après deux conférences, le régiment offert par le duc de Lorraine fut accepté et on examina les demandes des divers colonels qui briguaient de le commander. Le baron de Boppart fut choisi : a il était jeune, 38 ans seulement, peu de barbe, mais avait déjà conduit une compagnie de cavalerie et reçu un coup d'arquebuse ; » ses deux oncles, l'un le marquis d'Havre, de la maison de Crov, était frère du duc d'Arschot, l'autre, M. de Bassompierre, possesseur de 50,000 écus de revenus, avait été le favori du duc de Guise et jouissait de la confiance de toute la maison de Lorraine. Le baron de Boppajt avait lui-même 8 ou 10,000 écus de revenus par an. Aux six compagnies déjà sous ses ordres, il devait enjoindre trois autres cédées par M. de Lanspulcher. Le duc de Parme approuva et ordonna à Mgr Matteucci de signer sur ces bases la capitulation ou traité (1).
Le colonel demanda alors à changer une partie de son armement, mais Alexandre Farnèse ne crut pas devoir accéder h ce désir, et Mgr Matteucci fut ravi de réaliser en cette circonstance quelques économies. Il en fit d'autres. Ainsi, an lieu de la somme importante ( quelquefois 8,000 écus ) donnée comme provision {ofghelt) au nouveau colonel, il réussit à n'en donner que trois ou quatre, et, au lieu d'un
saputo chlo havcvo un cavaUo iurco di buona vila, gran. corritorc cl saltatorc et sopra al tuUo di grandissimo passo ncl chc prcinc S. A. volsc vederio et chiarirsi col calcare s'era taie et esscndoii riuscito mlia failo graUa relcnerseio; » t. XXXVIU, f- 333. Le 1« août MaUenci remet au duc de Parme un bref daté du 4 juiUel. Arch. du VaUean, /. f.f t. XXXVIII, f> 347.
Farnèse éprouvait du bten des eaux et chaque malin pouvait aller à une distance de deux milles et en revenir sans éprouver de fatigue.
(I) Le marquis d'Havre (la dépêche écrit Hîivrech) vint trouver le duc de Parme et lui dit : « Che ne guardasse alla poca ela, che tutta la sua razza mostrava poco tempo cosi all'aspelto, esscre in eta di 38 anni, seb ene haveva poca barba^ haver havuto carico di compagnia di cavalli et di gia haver toccata un archibugiata. » — Matteucci demanda un lieutenant expérimenté et on choisit M. de Chatcaubnm ("dans la dépêche ce nom est écrit Ciattebreau) qui avait longtemps dirigé des régiments, était connu de tout le monde et bien vu pour la noblesse de sa famille. Matteucci ayant demandé son congé, fut remplacé par le s' Malvasia. BibU nat., m*, f. fr. 3473, f» 78.
iJ-J --L. I -JILJ.J».
INTRRVENTION SOUS CLÉMENT VIII g6S
doDy ce fut UD prêt remboursable à quelques mois. Le chiffre d*abord fixé fut encore diminué et Tentretien du régiment ne devait pas dépasser 43,800 écus par mois, ou 14,000, y compris Tétat du colonel. Matteucci évita encore de donner, selon l'usage, les drapeaux au régiment, puis il réduisit à 10 O/o les frais d'avance ordinairement payés sur le pied de 15 O/o par la trésorerie pontificale. Enfin il se déchargea du tracas d'acheter et de transporter les armes, pour lesquels les autres colonels réclamaient ou 2,000 écus, ou la promesse de payer toujours les soldats d'après la première monstre ou revue.
Ravi d'avoir fait ces économies , Matteucci se montra généreux et fit cadeau au colonel d'un grand collier de 264 écus d'or; puis il pria le Pape de lui envoyer une médaille à son effigie, médaille désirée également par Appio Conti (1).
Le cavalier Visconti fut^ chargé d'annoncer au duc de Mayenne la levée du régiment, mais en France on n'était plus à la guerre.
Après la retraite du roi de Navarre devant Rouen et la victoire du duc de Mercœur à Craon, sur le prince de Dombes (23 mai 1S92) (2), deux avantages qui pouvaient devenir très importants pour les Ligueurs, il s'était fait très peu de chose.
Yillars avait été blessé mortellement au siège de Quillebœuf vaillamment défendu par Grillon (3) ; le royaliste
(1) Arch. du Vatican, /. c, t. XVXVIII, f» 357. Lettre du 17 août. Cette dépêche fort longue conlient une foule de détails sur les payes, Tarmcment, etc.. Cf. E. Hardy : les Gueires de religion^ Études militaires . Paris, 1880. L*écu dltalie perdait  baïoques, celui d'Espagne autant, celui de France six sur l'écu pontifical.
(2) Le técM le plus complet de la bataille a été donné par M. Bodard de la Jacopière, Chroniques a^aonnoises, p. 3Î5. Voir Revue du Maine, t. ni, p. 128-138. Deux mois auparavant (en mars), les États ligueurs de Vannes avaient envoyé des Doléances au duc de Mercœur pour le supplier de continuer à défendre la religion et à garder Tédit d'Union. A. de Barthélémy, Choix de Documents inédits sur VHistoii^e de la Ugue en Bretagne;^ partie, Nantes, 1880, p. 119.
(3) Quillebcuf « point important d'où dépendait la perle ou la cDnser-
Biron avait ^té tué devant Ëperndy et sa perte était grande. La viile de Châlons avait remis au roi de Nàvarl*e 60,000 écus et ofTert de l*artillerie et des munitiods pour I*aider à oCGupef cette place, car, disaieiit les échevins, « Châlotià sera fot'cé de capituler si Épernay reste k la Ligue (1) ». Quelque^ dispositions furent prises, mais le roi« ayant ^eulemefit trois mille fantassins et âept ou huit cents chevaux (c'était peu pour tenter l^ebtreprise), décida, après un Conseil oh assista le duc de Nevers, de rappeler de Normandie le maréchal de Biron. Aussitôt arrivé devaiit Ëpernay, Biroù accompagna te roi pour reconnaître une position, lorsqu'un boulet de cation vint par ricochet l'atteindre à là tête et à Tépaùle. « Il ne put dire : Jésus! » (lO juillet 15d2) (2). Epernay se rendit le 9 août.
Qu'allait faire le duc de Parme ? ît ne laissait pas pénétrer son intention, mais Matteucci était persuadé que, iselotl son habitude, il agirait avec réflexion et prudence. Le fait est qu^l restait à Spa et ne donnait aucuti ordre à ses troupes. Aussi chacun se reposa, et du moment où Ton ne se battait
vaUon de Rouen et de la Normandie. » Arch. du VaUcaa, L c, t. XXXII, f» 627. Lettre de 8ega, 16 juUlet IHOâ. Villars reçut sa blessure & la Jambe. « C'est un très grand malheur, écrit Sega, car Je le tiens parmi les premiers de notre parti pour la valeur, la prudence et le zèle. • Uiti
(1) Le duc de Parme avait laissé le régiment de la Barlotta composé de « vieux soldats, expérimentés et courageux, » à Épernay, que MM. de Rosne et de Saint-Paul aTàient pris le 28 Juin. Mais le colonel du régiment ayant eu un différent avec M. de Saint-Paul qui voulait mettre comme gouverneur son frère âgé de 18 ans, sorUt de la place. Huit jours après les royalistes assiégeaient Épernay. Arch. du Vatican, /. c, t. XXXVIIÏ, f> 34Î. L. du 4 août.
(â) Le cardinal Sega se souvenant du pillage de ses bagages dont Riron ne s'était pas soucié de punir les auteurs, écrit : « luste punition d'avoir mis la main sur le bagage d'un ccclésiasUque et d'avoir mal parlé de ma dignité et de l'autorité du Saint-Siège. » — Le même coap blessa grièvement deux huguenots, M. de Marivault et M. Besbordes. M. le comte Ë. de Barthélémy, dans la Correspondance dCArmand de Gontaui'Biron, p. XVI, a publié une leUre où Henri IV raconte l'événement : « Ce m'a esté une des pires afflictions dont Je pouvais estre visité... U a atteint la fin où aspirent tous cœurs généreux qui est de mourir avec honneur aux yeux et pour le servl&e de don roy et dé test estât. » Henri IV dit que le coup n'atteignit personne autre.
plus contre le roi de Navarre, on allait de nouveau reprendre avec lui des négociations. A vrai dire, elles n'avaient jamais cessé, et on s'obstinait à chercher de ce côté les moyens d'avoir la paix.
Villeroy, dans ses Mémoires^ a noté plnsieurs essais de négociation» t négociation, dit-il, si nécessaire à tous et toutefois si traversée de toutes parts que j'ai souvent cru que Dieu nous avait jugés indignes de jouir de la paix en nos jours » ; et ailleurs il ajoute avec son grand sens : <t Jamais négociation ne fut plus difficile k enfourner que celle-cy de la paix, car chacun disait la vouloir, mais personne ne voulait . faire ce qui estoit nécessaire pour y parvenir^ »
Au mois de février 1592, Villeroy avait vu Du Plessis Mornay à Buchy, chez son frère aine, Jacques de Mornay. Au mois de mars, son beau-frère, H. de Fleury (i), vint le trouver pour reprendre la négociation. « Si Villeroy, dit Du Plessis à M. de Fleury, a charge de H. de Mayenne pour traiter avec moi. Sa Majesté y a bonne volonté : la paix est désirée de tous les bons (2). » Mayenne envoya en effet k Villeroy des lettres de créance (14 avril) qui se référaient k tine plus ample instruction écrite par le président Jeannin : « Que le Roi fixe un temps pour se faire instruire et rétablisse l'exercice de la religion catholique là où il a cessé. » Tels étaient
(1) Sur la discussion entre du Plessis et Viileroy, voir Em. Stahelin, la Conversion cTHenry IV (en allemand), p. 471-475. Voir sur ^^eroy les Éludes biographiques par M. A. Potiquet, 1877.
(2) Mémoires de M^^ de Mornay ^ publ. par M"»« de Witt pour la Société de THistoire de France, i vol., 1868, 1. 1, p. 900-220. — bu Plessis Mornay avait conseillé au roi la paix.
les deux points demandés par Yîlleroy, mais Du Plessis fat assez raide et Jeannin garda peu d*espoir sur la réussite de cette négociation. Cependant Yilleroy lui répondait le 6 mai : « J*ai pris et suivi le chemin d*un homme de bien ; je m y étais embarqué au mandement du duc de Mayenne, croyant que c'était notre honneur de traiter avec le Roi avant tous autres, pourvu qu'il voulût être catholique et que nous pussions conserver la religion ; en traitant avec d'autres nous ne sauverions pas le royaume. )»
Les royalistes en étaient convaincus, et, avec l'agrémeiH du Roi, les maréchaux de Riron, de Rouillon et M. d'O demandèrent à Villeroy une nouvelle entrevue à Gisors « afio de conférer sur oe qui concernait le bien public. » Villeroy qui avait vu le duc de Nevers à Montfort, s'excusa cette fois, il n'avait plus aucun pouvoir du duc de Mayenne, mais les royalistes insistèrent, et il consentit à venir dans l'espoir de « rhabiller avec eux ce que le sieur Du Plessis avait gâté. » Celui-ci vint prendre Villeroy à sa « maison d'Alincourt» et . tous deux allèrent à Gisors oii Henri IV, qui avait cherché en vain à le voir à Compiègne, se trouva le i6 juin (1). L'ancien secrétaire d*État supplia le monarque de lui dire sa dernière volonté et v de la faire telle que le duc de Mayenne n'eust occasion de boucler avec d'autres» comme il en était sollicité (2).
Le secret de cette négociation transpira, et Mayenne s'en plaignit, car chaque jour il recevait avis de l'alarme qu'elle causait parmi les Ligueurs et du mécontentement qu'elle excitait. Le Légat, averti dès le i4 mai, écrivait : « Le conseil du duc du Maine est plein de Navarristes, surtout le prési-
(1) Journal cTun Bourgeois de Giiors, p. 81.
(2) Une trêve de sept mois ftit conclue à Mculan le !«' septembre 1592, entre le S' d'Alincourt an nom de Mayenne et d*0. au nom d'Henri IV, pour Pontoise, Mantes, Meulan, Sentis, etc. BiM. nat, f. /r. 3082, f» 37. La Ligue à Pantoise, p. 190. Pièces justificatives, p. XLV.
Les trêves se multiplièrent, le 14 septembre on en concluait une à Auxerre pour les agriculteurs et habitants du pays. Bibl. nat., ms. f. fr. 398Î, ^ 30 ; à Langres, ib., f* Î09, etc. , etc.
INTERVENTION SOLS CLÉMENT YllI B69
dent Jeannin et le secrétaire Desportes (1). Je crains que Du Maine, se voyant couper le chemin par ceux qui devaient Taider, ne suive son idée. » Une lettre du 8 Juin, envoyée de Mantes pour annoncer à une personne de Ghàlons les nouveaux pourparlers, ayant été saisie, Mayenne, alors à Rouen, chargea un gentilhomme d'avertir le Légat des propositions transmises par Villeroy (2). Les ministres espagnols et les députés déjà nommés pour les États généraux blâmèrent ces démarches, car prévenir le jugement de rassemblée à la veille de s'ouvrir, c'était, disaient-ils, trahir la cause. Pour se disculper, l'entourage du prince lorrain parlait vivement contre les Espagnols.
Le duc de Guise ne les épargnait pas et « les femmes faisaient pis que les hommes. » Le duc de Mayenne, en très mauvais rapports avec son neveu (3), était du reste découragé : t Paris abandonné par le Pape et le duc de Parme est perdu, disait-il à Matteucci, il voudrait être un petit gentilhomme pour avoir du repos, ne savait plus que faire et n'était pas obligé après tout de se sacrifier au service des autres. »
Le duc de Nevers, ni complètement royaliste, ni surtout ouvertement ligueur, poursuivait sa ligne politique : « Plût à Dieu, écrivait-il à Clément YllI, que le Pape Sixte eût ajouté foi à nos écrits, les choses ne seraient pas en si mauvais estât (4). » Aussi faisait-il supplier le Souverain Pontife c( de ne pas se laisser aller aux passions des ambitieux qui gâteraient tout sans remède. » L^essentiel lui paraissait de renseigner exactement le Pape, car « comment indiquerait-il le remède s'il ignorait la maladie? Ce sera comme son pré-
Ci) Il y a « di Port », mais on ajoute qu* « il fut Tan passé à Rome » et comme Desportes y avait été, c'est lui, je pense, qui est ainsi désigné.
(2) Archives du Vatican, Uttere, vol. XXXII, f* 537; 12 juin 15fô. — Le Légat avait à Mantes un homme exprès pour le tenir au courant.
(3) « Sono in cativlssima inteiigenza et si sprczano Tun l'altro. » Lettre du duc de Nevers, 27 août 1592. Bibl. nat., f. fr. 3982, f» 25.
(4) Lettre du 27 août 1502. Bibl. nat., f. fr. 3982, f« 22. — Cf., XEntreprise de pacification de Ph, Gourreau contre les Ligueurs extrêmes^ par le comte de Quatrebardes, dans Hevue S Anjou, sept, et oct. 1854.
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déceâseur Grégoire XIV : il croyait bien faire et ce fut tout le contraire, comme on ]*a vu. »
« Tout le monde est d'accord sur le but à atteindre, disait le duc de Nevers, il faut que la religion catholique domine dans le royaume, mais la difRculté consiste à trouver le moyen d'atteindre ce but : les uns veulent y aller d'une manière, les autres d'une autre ; celui-ci prétend y arriver directement, celui-là préfère prendre un chemin détourné. » Le duc de Nevers inclinait à ce dernier parti. En convenant de ce qui serait désirable, il ne voulait pas se heurter à l'impossible : or il jugeait impossible de chasser le roi de Navarre de la grande partie de la France dont il était mattre,et impossible surtout d'enlever à ce prince son autorité pour la transmettre k un nouvel élu. Les yeux fixés sur la carte il indiquait les positions occupées par chacun des partis, et il disait : « Le vrai roi serait alors le roi d'Espagne, car seul il a de l'argent ; le nouvel élu n'aurait pas une baîoque. Élire un roi c'est donc diviser à jamais le royaume, c'est de plus commencer un schisme. II ne faudrait donc pas repousser le Roi s'il venait k se faire catholique, car ce serait la ruine. » Aussi il suppliait Clément VIII de n'y pas donner les mains, soutenant, dit Villeroy, que « pour sortir d'affaires on ne pouvait venir k bout que par le moyen de la conversion de Sa Majesté, faite toutes fois dignement. »
Le commandeur de Diou s'empressa de prémunir le Souverain Pontife contre des entraînements qui lui paraissaient funestes et au mois de septembre il lui remit un mémoire. « Le roi de Navarre, disait-il, ne fait aucun progrès. II â perdu Rue, qui assure l'approvisionnement d'Amiens, et Épernay, qui est une clef de la Champagne : les Ligueurs ont élé victorieux à Craon (mai). Ces événements doivent exciter le Pape à élire un roi catholique et à nommer un nouveau Légat. Pourquoi ce Légat ne serait-il pas le cardinal de Sens ? Les villes neutres et les nobles qui se sont mis en tête que le roi d'Espagne allait diviser le royaume, se rallieraient au nouveau monarque^ et comme ce roi serait élu avec l'assentiment de l'Empereur, du roi de Pologne, des
INTERVENTION SOdS CLÉMENT VIII ' Htl
archiducs, du duc dô fiavière et de la pluspart des princes italiens, il serait parfaitement accepté. Est-il étonnant si^ par crainte de cette éventualité, le roi dé Navarre prétend qu'il veut se faire catholique ? Mais il a déjà promis de le devenir et il a manqué à sa parole. Le Pape ne doit pas accepter une nouvelle promesse (1). »
Le commandeur de Diou ne se faisait pas illusion sur les obstacles que devait rencontrer le duc de Mayenne pour grandit* sa fortune, et alors exempt € de toute passion etjparticuliëre affection, sinon de celle dé la considération de nostre religion catholique et restauration de TEstat ; » il confiait à Villeroy Tidée d'élever sur le trône de France, non pas le duc de Mayenne dont il reconnaissait cependant « les belles parties » et dont il était le représentant attitré, mais le duc de Savoie ; « car si nous venons tendre les bras à un prince étranger, vu que ceulx du sang nous sont tous suspects, ce doit estre à celui-ci qui est demi-françois, qui aura les reins assez forts pour nous soustenir, quand il viendra a nous avec les mains de son beau-père (Philippe II)... il amplifiera grandement notre royaulme et nous mettra ung pied bien avant
dans ritalye il s'établira en moins de rien (2). » La
fierté patriotique s'abaissait dans les âmes oh ne vivait plus le respect du droit national^ du représentant de l'autorité tra« ditionnelle dans le pays.
Après la lettre du duc de Nevers pour disposer Clément VIII en faveur d'Henri de Navarre, et après le mémoire du commandeur de Diou pour le prémunir contre cette séduction, il y en eut un autre pour informer le Souverain Pontife de l'état du royaume. Cet écrit signé par le cardinal de Bourbon, le duc de Nevers, Cbeverny, Charles de Montmorency, François d'O, réfutait toutes les objections des ligueurs et exposait la conduite des catholiques ralliés au roi de Navarre, celle de ce prince et les « empêchements qu'il avait eus jusqu'alors pour changer de religion. Il y a champ et lieu pour
(1) Bim. nat, ms. t fir. 39B2, P S6.
(2) 76., 15, «91, ^ 130; 7 octobre 1592.
acquérir une grande glaire à Sa Sainteté^ » disaient les signataires du mémoire, et ils supplaient le Pape d'agir avec prudence après s*ëtre bien rendu compte de Tétat des choses. Comme le cardinal Sega « s*était fait connaître plustot ministre du roi d'Espagne que de Sa Sainteté », ils demandaient sa révocation et son remplacement par un autre prélat (1).
Telles étaient les diverses opinions : elles se faisaient jour et «H chaque moment et partout elles rencontraient leurs partisans (3).
Le président Jeannin était venu à Paris au mois de septembre, et « sa présence, ainsi que je Tay sceu de toutes parts, écrivit le commandeur de Diou (3), n'a pas peu servy à soutenir ce pauvre et misérable peuple, » mais en même tenops nombre d'habitants, résolus de s'opposer aux fureurs des Seize et h l'ambition des Espagnols, s'étaient réunis et organisés chez leurs colonels. Le 29 septembre, plusieurs assemblées tenues par dixaines décidèrent de supplier le duc de Mayenne de trouver bon qu'on envoyât vers le roi de Navarre « le semondre de se faire catholique et, s'il ne le voulait pas, de faire élire un roi pour nous tirer et mestre, disaient-ils, hors de nos peines et misères (4). » Le 30, Mayenne répondit qu'il n'avait pas pour « agréable » cette proposition d'envoyer
(1) BU)1. nat., f. fr. a98â, ^ 58.
(2) Des villes très ligueuses, comme AbbcviUe, restaient à présent (Dov. 1592) neutres. Mon. inéd. pour lliist. du Tiers-Éut, t. lY, p. 470. Cf. Docum. relatifs à la Ligue à Abbeville, t. IV, p. 458-468.
(3) 10 novembre 1592. Bibl. nat., f. fr. 3982, f* 137.
(4) Journal historique de P. Fayet, p. 127.
vers le roi de Nuvarpc, mais qu'il ferait assembler les Étals. Cependant le roi de Navarre comprit cette mise en demeure et, pour faire un pas vers ceux dont les regards se tournaient vers lui, il adressa le 8 octobre k Clément VIII une lettre que le cardinal de Gondi, depuis longtemps, sur la prière de Villeroy désigné pour se rendre à Rome, était chargé de remettre. Le cardinal devait retrouver le marquis, de Pisany, déjà en Italie. C'était ouvrir une négociation officielle avec le Souverain Pontife. En même temps une consultation théologique apprenait, par des textes de TAncien et du Nouveau Testament, par des exemples des Papes et par maintes raisons, qu'il était de la dignité du Saint Siège de procurer la conversion du roi de Navarre,
Le duc de Nevers, jamais en retard pour écrire, la recommanda chaudement à son cousin le cardinal Gonzaga, et chargea Vincent Badalocchi de réclamer en sa faveur Tappui des cardinaux de Mondovi, Salviati, Morosini (1).
Parvenu à Florence, le cardinal de Gondi, quoique favorisé sons main parle duc de Mayenne {i), n'osa pas s'avancer sans avoir l'agrément du Pape. Or le Pape le fit prévenir par un dominicain, le P. Alexandre Franceschi, de ne pas entrer dans l'État de l'Église. Le cardinal de Plaisance, heureux de cette décision, écrivit alors au cardinal Aldobrandini qu'en empêchant Gondi de venir à Rome, Clément VIII était t inspiré du Saint-Esprit (3). »
Le Pape repoussait donc — et il le regretta plus tard — l'envoyé du roi de Navarre, au moment même où il recevait l'évêque, de Lisieux, Anne des Cars, sieur de Givry, venu avec le secrétaire Desportes, au nom du duc de Mayenne. L'évéque, arrivé vers le 18 octobre (4), fut très bien reçu et « le Saint-Père ne pouvait être plus favorable avec plus de deu-
il) îo octobre !S02. Bibl. nat., f. fr. 3982, f> 70 cl 79.
31 a Le Président Jeannin m'avait déjà écrit que Mayenne était délibéré de favoriser sous main envers Sa Sainteté, l'instruction de Sa Majesté si Elle s'y voulait disposer. » Mémoires de Villet^y, coUect., vol. 62, p. 83.
(3) Bibl. nat., f. fr. 3982, f» 95 et 133.
(4) 28 décembre 1592, ibid., fo 201.
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eeur ({). >^ Qimtre majen, dit l'évèque, peuvent amener pe solution : la conv^r^îoq du roi de Navarre, mai^ il ne veut pas se convertir, et s'il le f^jt on pe pourra s'y fier (2) ; — ration comme roi d'un autre prince de la maison de Bourbon, mais aucun d'eux ne voudra quitter le roi (|e ^fiy^rre s^fin de ne p^s affaiblir leur parti ; — TélectiQp de TlnE^nt^ proposée très vivement par les Espagnols, mais « jj ^p^blerajt estr^nge aux Fraiiçois de condescendra à upe te]le élection » et « en ce caS| ajouta plus tard rév^qu^i TUnion baisse la télé, ni^ refusant ni approuvant, c^r Ig Ugne a granc) besoin du secours du roi d'Espagne (3) ; ^ — l'élection d'un prince de la maison de Lorraine. « Gbnpun de ces princes est digne et méritant, mais M. du Mayne est le plus digne d'ëtrç élu, va ses longs travaux et ses labeurs (4). » Présenter, en effet, le duc de Mayenne au choix de Clément YUI étai| l'objet de la mission de Tévéque de Lisieux et du secrétaire Desportes,
Toutes ces solutions parnren^ au Pape v extrêmement difficiles. » Quant aux deux premières, il n'y fallait pas penser. « La puissance de Dieu, dit-jl, s'es^nd pomme il luy plaist et elle peut faire reconnaître le roi de Navarre roi de France, mais plustot que ce soit par lui son Vicaire, il désirerait la mort. » Le Pape parut croire très peu à l^ puissance et à l'autorité des autres princes de la wallon de Qpurbon. « Ëncores qu'il soit d'humeur asse? reloue, qu'il m Piirle pas beaucoup, écrivait Anne des Gars, i) ne nous a que trop entretenus pour faire jugement qu'il n'est pas pour eux et semble qu'il les ayt en iqaespris. » Au ^ujet des c)eux autres solutions, <c il s'est passé quelques discours, puais pi pauvres qu'il est malaysé d'en parler.,. Le P^pe p'a d'autre passion que la religion catholique et que le royaupae ait un roi
(i) BU)1. nat., f. fr. 3961, p. 141.
(2) Lettre de Diou, 20 octobre, t )f . de Lysieux et le ^ Besportes sont arrivés icy U y a quinze jours. » Bibl. na(.j f. ff., 3982, f> 95.
(3) Lettre de Tévéque de Lisieux, 37 oclobre 1592. Bibl. nat., f. fr« 962, f> 102.
(4) LeUre de l*évêque de Lisieux, 27 octobre 1592. Bibl. nat., f. fr. 3963, f» 19.
catholique, sans désigner personne, >» mais, ajoutait l'évêque dans sa lettre au duc de Mayenne : « Vous êtes en meilleur prédicàmeqt que nul autre, car à vous seul est dû Thonneur
d'avoir conserva la religion Quant k nous secourir, c'est
là ou gist la difficulté. » Le Pape, en effet, « n'approuvait point cette grande dépense de trois millions d'écus, faite par le Pape Grégoire XIV. Si on lui demandait de l'argent, on n'en tirait que des paroles ; qu'il est au désespoir de voir les affaires aller si mal, mais qu'il ne savait comment y donner ordre, » Desportes allait jusqu'à lui dire : « A quoi servent vos troupes en Italie, ce serait toujours trois milles hoinmes de pied et deux mille chevaux en notre armée [i) ?» Et l'évêque ayant dit : <i II semble que l'on ait plustot envie d'entretenir les guerres que d'y mettre fin, » Clément VIII répartit vivement : « Il y a t^nt d'intérêts particuliers que j'en désespère, ^ à quoi Anne des Cars répliqua : « C'est à Votre Sainteté d'y donner ordre (2). »
Les deux amis du duc de Mayenne avaient fort à faire pour réfuter les bruits fâcheux répandus contre lui : on parlait de son ambition, de sa mauvaise volonté pour réunir les États, de sa paresse et de ses mauvaises mœurs (8). Mgr Matteucci lui gardait rancune de son arrestation à Abbevilleet était des plus ardents à accuser le prince dont les fautes, disait-il, avaient causé la perte de l'armée. Apqe des Cars et Pesportes, pour ruiner ses intrigues, rappelaient alors la cabalp de Matteucci pour faire mutiner les Suisses, son empressement à les licencier, etc.. Il y avait là des récriminations sans fin et d'ardentes représailles.
Clément VIII reconnaissait que « plusieurs, sous prétexta de religion, faisaient du mal » mais comme « sa seiile passion était la religion catholique » il ne voulait « rien faire avant de prendre une bonne information gt se rendre esclaircie
(1) Lettre de l'évêque de Lisieux, 27 octobre !503. BU)1. uat, f. fr. 3962, fo 129.
(2) Lettre du 7 novembre 1592, i6., 3962. f» 102.
(3) 76., 4019, f» 171. Lettre du commaadeur de Plou, 5 i^yril 1S92.
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par personnes non passionnées et qui eussent pour bat rhonneur de Dieu, de son Église et du Saint-Siège (1). )>
Le 34 juin 1592 il fit remettre à Olivier Boccavana des instructions chiffrées pour les porter, croyons-nous, au duc de Nevers (3). Le secret le plus absolu était recommandé, a Plein de confiance en Voire Excellence, disaient les instructions, le Pape vous demande de vouloir bien lui donner une sincère et sûre information des affaires de ce rovaume, c'est-h-dire de la qualité et quantité des forces de la France : si V. Exe. juge que la conversion au catholicisme est toat-àfait désespérée ou s'il y a encore quelque espoir, en ce cas, par quels moyens on pourrait l'essayer et l'effectuer? S'il reviendrait à la religion une fois assuré de la couronne par le concours des catholiques, du Pape et des puissances? Si V. Exc.^ d'après l'état des choses, jugeait la France dominée par TEspagne ou perdue, pourrait-on espérer que la noblesse et les catholiques, si on leur présentait un prince catholique du sang, comme le cardinal de Bourbon, aideraient à rétablir roi ? Le fondement que fait le Pape sur votre prudence et la grande confiance qu'il a en V. Exe. l'a poussé à faire cette tentative, persuadé que V. Exe. sera très satisfaite. »
Cette démarche du Souverain Pontife montrait assez le besoin qu'il avait de s'éclairer; au fond il était pour la Ligne : chaque semaine il voyait Tévéque de Lisieux et, « bien que notre party soit remply d'ambition, lui disait-il, encores ne pouvait-il en embrasser ung autre (3). » « Le pape, écrivait le commandeur de Diou (4), n'avait pas besoin d'être excité au bien de nos affaires, l'advancement desquels je m^assure qu'il n*abandonnera, ains les embrassera de tout son pouvoir. >) Aussi montrait-il « beaucoup de ressentiment de tous ces malheurs et principalement de la ville de Paris »
(1) L. de Anne des Cars, i7 octobre. Bibl. nat , f. fr. 39di, p. 407.
(2) La personne n'est pas nommée, mais la pièce se trouve dans les papiers du doc de Nevers. Bibl, nat., m*, f. fr. 3981, p. 206.
(3) L. de Anne des Cars, évèque de Lisieux, t6., 3962, p. 128; il devint cardinal et est connu sous le nom de cardinal de Givry.
(i) Lettre du 10 novembre 159î, ib,, fo 437.
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Ces malheurs en effet étaient grands. D'après une lettre du duc de Mayenne du 1*' octobre, le commandeur de Diou parlait du « mauvais acheminement de nos affaires qui ne nous promettent sinon une grande désolation pour Paris, sy bientost on n'y remédie. » Mais les assemblées de boorgeois se succédaient fréquemment : « Tout, y disait-on, serait préférable à la situation actuelle et le plus grand bienfait pour le royaume serait la conversion du Roi (1). x) Le 20 octobre, dans une réunion aux Cordeliers, les bourgeois déclarèrent rimpossibilité oh ils étaient « de pouvoir plus endurer et supporter » — « ils ne scavent, dirent-ils, autre meilleur et plus prompt remède pour conserver en ce royaume la religion catholique (laquelle à leur très grand regret ils voyent diminuer de jour à autre à l'occasion des guerres) et pour subvenir au pauvre peuple et le délivrer de la misère et nécessité en laquelle il est, sinon d'avoir à recognoistre en ce royaume un roy françois catholique et à ceste fin que le roy de Navarre doibt estre requis soubs le bon plaisir du duc de Mayenne d'abjurer l'hérésie et faire profession de la religion catholique. » L'assemblée supplia le duc d'envoyer vers les seigneurs catholiques du parti de Navarre pour le prier d'abjurer et elle adressa une lettre en ce sens au Conseil de rUnion (2), mais le Conseil trouva cette demande inepte, séditieuse, impie... Des théologiens au contraire disaient qu'une guerre juste pouvait souvent être rendue injuste et illicite quand l'expérience démontrait qu'elle apportait plus de mal que de bien (3). Le Parlement, inquiet, envoya deux avocats généraux, Mole et Séguier, vers le duc de Mayenne, pour lui montrer l'extrémité où l'on était réduit ; Mayenne le savait et il accusait le duc de Parme dont la lenteur à intervenir « causait à Paris et en général à ceste cause ruyne et désespoir (4). » Le 24 octobre, il entra dans la capitale c appelé parles plaintes, qui redoublaient d'heure à autre, du
(1) L.de Anne des Cars, évoque de Uzleux.BU)l.nat.,m«.f.fr.9863,M39*
(2) Bibl. nat, ms. f. fr. 3996, f> 965.
(3) Ibid., ^ 294.
(4) Ibid. Bibl. nat., f. fr. 3963, f» 106.
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déplorable état de la ville et de l'appréhension que les gens de bien avaient de sa chute (1). d Deux jours après le 26, deux assemblées de quartier décidèrent encore de « semondre le Roi de se faire catholique "» en promettant alors de le reconnaître. Le 27, la Cour des comptes prit la même résolution et la présenta au duc de Mayenne. Le 30, le prince lorrain était dans la Grande chambre du Palais lorsque Tavocat du Roi, Louis d'Orléans, dit résolument qu'en présence de la misère générale, la nécessité contraignait les magistrats « à redemander leur foi. » De nouvelles assemblées tenues le 30, le 31 octobre et 4 novembre, constatèrent également la nécessité de traiter avec le Roi en l'invitant à se faire catholique pour mettre fin aux troubles.
Toutes ces réunions et ces délibérations agitèrent tellement les esprits, que le !•' novembre le Parlement, et, le 6 novembre, la Sorbonne déclarèrent a séditieuse et impie » toute proposition tendant à traiter avec Henri de Navarre à le presser de se convertir ; on parla de proscription. Le duc de Mayenne de son côté pour arrêter le mouvement trouva « fort estrange » la proposition d'envoyer vers Navarre « pour estre chose contraire à ce que nous avons ensemble juré ; » il ne se faisait pas du reste illusion et, parlant du. « mouvement advenu en cette ville, différé plutôt qu'assoupi, » ils trouvent, disait-il (2), « tout licite pour sortir de la misère. » Alors, malgré son mécontentement contre les agents espagnols, il adressait à Philippe II des appels désespérés : « Notre mal empire tous les jours, disait-il, et à moins de prompt secours nous périrons et bientost, moins par la faute de nos ennemis que par l'impatience et désespoir des nôtres, qui, accablez de leurs misères et nécessités, ont dès longtemps perdu ceste première ardeur qu'ils
(i) « Députation fiiitc par les habitants de la dixaine do Jean Chastaignicr pour remontrer les nécessités de leurs dizaines, suivant le mandement de la vUle de Paris, que le roi de Navarre soit requis sous le bon plaisir de Mgr de Mayenne d'abjurer l'hérésie. « Bibl. nat, f. fr. 40i9, f> 204, et Arch. nat. A. E. no 757 fo 248.
(i) L. du 36 novembre 1592. Bibl. nat. ms. f. fr. 3962 f» 166.
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avaient à la religion et ne pensent plus qu'à se mettre en repos, si on ne leur relève le courage par l'espoir de quelque meilleur succès. » Philippe II ne donna que des paroles stériles, mais le Souverain Pontife, voyant le progrès des hérétiques et l'inutilité des secours accordés aux Ligueurs, éleva la voix pour ordonner des prières (1). <c Priez, disait-il, pour l'affligé royaume de France, afin que Dieu veuille réta* blir en son ancienne piété et précédente tranquillité ce royaume très chrétien qui a tant fait pour la religion chrétienne (32-25 novembre 1592). » Quant à Mayenne, il annonça pour le commencement du mois de décembre la réunion des États afin de « pourvoir au général des affaires et au particulier de la ville de Paris. » Au lieu de Melun, d'Orléans, de Reims, de Soissons, oii ils avaient été successivement convoqués, ils allaient siéger dans la capitale (2). Cette réunion des États généraux s'imposait depuis longtemps (3) ; les royalistes la repoussaient (4), mais elle était,
(1) « Continuas prcccsad Deum. » Àcta consisiorialia^ fo 577.
(2) « On a voulu me rendre odieux et suspect que je voulais éviter les États, écrivait-il, c'est une calomnie. » Bibl. nat., ms, f. fr. 3983. f* 107. Lettres du duc de Mayenne, 26 sept. 1592, pour envoyer les députés des trois ordres aux États à Soissons. Journal historique de Jehan Patte, bourgeois d'Amiens dans les Mémoires des Antiquaires de Parisy 2» série, t. ÏX, p. 251.
(3) Dès le lendemain de la mort des Guise, les États flirent convoqués pour le 15 juillet 1589 ; le 10 octobre le duc de Mayenne pria le Parlement d'envoyer des lettres de convocation, et le lo' décembre les États furent convoqués pour le 3 février 1590, à Melun. Le 15 janvier, Mayenne ordonna de procéder aux élections des députés, en (Ixant le jour de la réunion au 20 mars. Mais Melun fut assiégé et le 9 mars Orléans fut désigné comme un lieu « plus logeable. » Les Étals devaient s'y tenir le 30 avril. La victoire d'ïvry donna un autre cours aux i)enséos. Cependant Mayenne convoqua les États pour le 20 janvier 1591 , à Orléans, puis à Reims pour le 31 mai. La ville de Paris donna aux députés des ins« tructions que le Nonce, Mgr Landriano, put Jire et où il trouva quelques extravagances (alcune slravaganzr), auxquelles il se promettait de faire opposition lorsqu'il en serait temps. Arch. du Vatican, /. c, l, XXVIII, ^727.
(4) Le 18 nov. 1592, le Parlement de ChAlons défendait aiix t bons et fidèles Français » de se rendre à l'assemblée des États convoqués par le chef de la Ligue et déclarait coupables de lèse-majesté ceux qui y assis*
fort bien vue par le Souverain Pontife (1), et dès le 24 octobre, en prévision de leur prochaine tenue, Philippe II avait nommé le duc de Feria, fils du duc de Tlnfantado, son représentant aux futurs États, avec pleins pouvoirs de traiter en son nom (2). Ses agents, pour préparer le terrain en faveur de Flnfante, reçurent aussi des instructions dont cette phrase était le résumé : « C'est une pure invention tout ce qu'ils allèguent de la loy salique (3). » Néanmoins Tinfluence espagnole, au milieu de tant d'éléments royalistes rassemblés à Paris, n'allai t^Ile pas se trouver neutralisée? ne convenait-il pas de l'appuyer vigoureusement ? Le Légat en était persuadé, Philippe II le pensa et annonça, pour le 20 novembre, l'entrée en France du duc de Parme, Alexandre Farnèse, à la tète d'une armée. Mayenne donna aussitôt Tordre de se réunir à lui, et le duc de Guise convoqua tous ses capitaines pour le 10 décembre à Arcis-sur- Aube (4). Mais Farnèse, depuis longtemps « très languissant et très faible )» , en sorte que « les gens regardaient comme un miracle qu'il fût encore en vie, » mourut à Arras, le mercredi 2 décembre (8). Il avait quarante-sept ans.
L'intervention militaire pouvait être considérée comme terminée.
tendent. Mayenne fit casser cet acte par le Parlement ligueur. C^ £• de Barthélémy, le Parlement de Châhns, dans Revue de Champagne, mai 1883, p. 338.
(1) Lettre de Diou, 26 octobre 15Dî. Bibl. nat., f. fr. 3982, f» 98. Le 7 mai 1592, Clément VÏII avait écrit à l'archevôque d'Arles et à d'autres évéques de presser la convocation des États pour élire un roi : « Hortamur pcr duas illas causas gravissimas regni salutem et Christi gloriam. » BibL nat., f. fr. 3981, £• 181. « Si cela était nécessaire, écrivait Fabbé tfOrbais, le Pape dit qu*il ira couronner le nouveau roi. » 9 juUlel iS92.
(2) Bibl. nat, f. fr. 3982, 0» 83.
(4) Ibid., f> 154.
(5) Sur les derniers jours de Farnèse, « le Prince de la Foi », voiries lettres de Mgr Matteucci analysées par M. Gachard, les Archives du Vatican, p. 77, 81.