‹ La ligue et les papesChapitre 30 sur 32 · Q. F. A. D. XV KAL. OCT. MDXCV · texte numérisé non relu

Q. F. A. D. XV KAL. OCT. MDXCV

(c'est-à-dire : que facta ad diem 17 septembre lo05),

on en a substitué une autre lorsqu'en 174i, sous Benoît XIV, le Ciborium, mis au-dessus, soutenu par quatre colonnes, tomba. La colonne de granit rose fut surmontée d'une croix en marbre blanc. Délia colonna detta di Enrico 71', par G. Tomaselti dans Bullettino délia commissionc archeologica comunafe di Homa, avril-juin 1882, p. 73. La colonne, enlevée en 1875 pour cause de travaux publics, a été, sur la propo si lion du commandeur G. B. de Rossi, placée en 1880 à côté de Sainlc-Marie Majeure. (2) 0 Les murmurateurs d'icy, non plus que ceux de delà, ne sont pas un pour cent de ceux qui se sont resjouis de nostre absolution, n Lettres de dOssat, 16 janvier 1576,1. I, p. 110.

« qu'après Tacceptation desdits articles par le Roi, on avisera à'ce que les habitants de la Province puissent en toute sûreté de conscience le reconnaître comme légitime souverain. ))(1)

La soumission du duc de Mayenne, déjà bien préparée, car au mois de juillet il avait envoyé au Roi de nouveaux « articles fort modérés et retranchés de ses premières demandes, » devait être la conséquence principale de Tabsolution donnée par le Souverain Pontife (2).

Le 28 octobre 1598, le duc écrivit de Chàlons où il se trouvait pour demander « la bonne grâce du Roi. » Une chute qu'il avait faite l'avait a empesché d'agir plustot, mais il ne voulait plus penser qu'à être fidèle et à servir comme un très obéissant sujet. » Les Ligueurs en se soumettant eurent souvent les plus nobles accents, et Bois-Dauphin, un Montmorency-Laval, par sa déclaration qu' « il n'avait jamais entendu obéyr qu'à son roy naturel françois, estant de la religion catholique », se faisait l'interprète des sentiments de tous.

La Ligue qui « delà en avant, ressemblait proprement une corneille desplumée » (3), était réellement finie. L'édit de Folembray (janvier 1896) marque le dernier terme de ces oppositions religieuses, de ces velléités d'indépendance, et le marquis de Pisany put avec vérité écrire au Souverain Pontife : c La consolation qu'il a plu à Votre Sainteté de donner au Roi très chrétien et aux bons François par sa sainte rebénédiction, a été reçue on ne peut mieux (4). » Le 4 décembre, le Pape fit lire dans un Consistoire une lettre du Roi, du 12 novembre, qui fut « trouvée merveilleusement belle et apporta un contentement infiny » à tout le collège des

(1) Inventaire des Archives de la Haute-Garonne, B. 142, par J. Judicis, in-i«, 1867.

(i) LcUre de Potier, 2 août 1595. Bibl. nat.; ms. f, fr. 3993, fo 76.

(3) Mémoires-Journaux de rEstoille, t. VU, p. 30.

(4) Arch. du Vatican, Utlere, t. XLIII, f» 277. Lettre du 6 février 1596. — Le gallican marquis de Pisani ne voulait pas prononcer le mot absolution.

cardinaux. On y lisait en effet : « J'ose donner Tassarânee que Dieu sera glorifié en ce bon œuvre, son Église restaurée en la France» le Saint-Siège honoré et respecté. » Or c'était le but poursuivi par le Souverain Pontife. Aussi du Perron, témoin de sa satisfaction, écrivait : « Il y a cinquante ans qu'il ne vint dépesche en Italie qui fut receue, non seulement avec autant d'applaudissements, mais mesme avec autant d'admiration (1). »

Le 6 décembre une procession solennelle avait lieu en France pour remercier Dieu de la réconciliation du Roi et de l'Église.

L'abbé Alexandre del Bene partit de Rome, le 7 novembre 189o, pour porter en France la bulle d'absolution que, le jour de la Toussaint, on avait remis entre les mains de du Perron. Après avoir « avec beaucoup de difficultés et de désagréments » traversé les montagnes des Grisons où un rhume, la fièvre, des pluies continuelles et la neige, le forcèrent de s'arrêter pendant six jours, del Bene arriva à Nancy ; obligé de revenir sur ses pas, « de quitter la bonne route pendant quatre jours, afin d'éviter les courses de la cavalerie du Luxembourg qu'il savait guetter son passage, « il arrivait à Paris, seulement le 13 décembre. Le Roi était absent. L*âbbé parla au cardinal de Gondi et lui remit le bref et les nombreuses lettres dont il était porteur. Le cardinal lui fournit beaucoup de renseignements utiles pour son séjour à la cour, où il arriva enfin le 19 décembre. Cette cour de Henri IV était un camp.

(3) BibL nat., ms. f. fr. 3974, f» 10 et 13.

Le 22, en présence du connétable de Montmorency (1), du grand chancelier de Cheverny, de tous les princes et d'une nombreuse noblesse, Tabbé del Bene présenta le Bref particulier de Clément VIII, puis la Bulle. Il n'y eut qu'une voix pour faire Téloge du Pape, et «cette grâce de Tabsolulion parut au Roi une des plus grandes fortunes que la bonté de Dieu lui eût accordée. » Aussi exprima-t-il le désir de se montrer digne de ce bienfait, en s'employant un jour au service de la chrétienté et en donnant le repos à son royaume. Henri IV redit plusieurs fois les mêmes paroles ; « il me prit ensuite à part, continue del Bene (1), et m'interrogea avec curiosité pendant une heure sur beaucoup de particularités des affaires de Rome. Il fit de même deux ou trois fois pendant les jours suivants ; je pris l'occasion de lui dire la vérité suc le cours de cette affaire avant et depuis la négociation du duc de Nevers, et j'exposai les raisons qui avaient porté le Pape à temporiser, tout en faisant néanmoins de quotidiennes prières, publiques et secrètes, pour obtenir, selon son désir, la persévérance du prince dans sa résolution. » L'abbé Del Bene parla également de l'affection du Pape pour lo Roi et son royaume, de sa paternelle sollicitude pour procurer à ce pays le repos et lui rendre son prestige. Henri IV ne fut pas en retard ; comme les protestants, inquiets de la bonne intelligence rétxiblie entre le Pape et le Roi se montraient froids (leur lenteur h envoyer les secours promis avait causé, en partie, l'échec éprouvé sur la frontière de Flandres), il dit à ce propos à del Bene : « Je préfère mille fois la bénédiction du Pape à tout ce que j'ai pu avoir perdu du côté des autres. » Il augura pour l'avenir une victoire certaine sur ses ennemis,

(i) a Son Excellence tient la première et principale place de dignité et d'autorité en celte cour, » écrit, le 8 janvier 1596, l'abbé del Bene.

Le cardinal Aldobrandini parle à Montmorency de « la confiance particulière que le Pape a dans ses pieux et prudents avis et conseils sur le vrai service du roi. » Bibl. nat. f. fr. 3537, f« 1. L. du 30 oct. 1595.

« Villeroy gouverne tout, écrit Bonciani, ambassadeur de Florence, le roi ne traite aucune affaire sans lui. n Lettre du 17 janvier 1595, A. Desjardins, Négoc, dipl., t. V, p. 299.

(1) Arch: du Vatican, Uttere, t. XUII, p, 300.

car, « vn le peu de justice de leur cause, ils avaient perdu le prestige de comballre pour la religion, lui, au contraire, béni par le Pape, sûr de sa bienveillance, il défendrait avec plus de hardiesse et de bonheur que jamais, contre les injustes attaques de ses adversaires, ce royaume auquel Dieu Tavail appelé pour le sauver de ses ruines et employer les armes françaises à défendre un jour la chrétienté. »

Henri IV avait déjà désigné le duc de Luxembourg pour être son ambassadeur auprès du Souverain Pontife ; seulement le duc ne pouvait partir qu'au mois de février, et, comme le terme était encore long, Villeroy dit à Tabbé del Bene qu'on pourrait avancer son départ. Del Bene suggéra ridée d'envoyer, sans attendre le duc de Luxembourg, un seigneur porter la réponse au Bref du Pape (1). Le Roi l'approuva ; mais, avant de décider, il voulut attendre l'arrivée du cardinal de Joyeuse, annoncée dans huit jours.

Dès la réception de la Bulle d'absolution, le Roi avait demandé aux évoques des actions de grâces et des prières, aux gouverneurs des démonstrations d'allégresse pour le jour où elle serait publiée. Il révoqua par lettres patentes la défense de communiquer avec Rome pour les bulles et les provisions de bénéfices, supprima toutes les innovations faites à ce sujet depuis quelques années et rétablit sur ce point Tautorité du Saint-Père en son ancien, état. Seulement, le Parlement de Paris fit, comme h son ordinaire, une tentative d'opposition : il refusa de recevoir les lettres patentes et demanda communication du texte de la Bulle. Deux mots lui déplaisaient ; le mot oc d'annulation » des actes épiscopaux h Saint-Denys et le mot « absolution » qu'il aurait voulu remplacer par celui de*« bénédiction» ou « réconciliation. » Mais, écrivait Tabbé del Bene, les magistrats seront à peine écoutés, le Roi étant résolu à ne pas les laisser s'entre mettre en semblable chose (2).

(1) Le 12 novembre Henri IV remercia le Pape et le 17 U remercia le cardinal Tolct (le P. Pral, Recherches historiques ^ t. L p. 235) « suseiK^, dit dOssat, pour conseiller, procurer, solliciter, acheminer, avancer cl parfaire ce que les Espagnols abhorrent le plus. >»

(2) Arch. du VaUcan, /. c, t. XLIII, fo 303; 24 janvier i596.

L'abbé, instruit de ces prétentions, avait, en effet, montré au Roi, au connétable, au grand chancelier et à Villeroy; qui sont « les principaux de son conseil et tous trois très dévoués à l'autorité du Pape », combien il importait de ne pas soumettre la Bulle à la censure et aux subtilités du Parlement, et tous l'avaient assuré qu'ils ne le permettraient pas, les lettres du Roi devant avoir leur plein effet. Deux jours après, le 10 janvier 1596, le premier président du Parlement de Paris, et plusieurs conseillers vinrent à Folembray, où se trouvait le Roi, pour lui demander communication de la Bulle, afin d*y relever quelques expressions, mais Henri IV interposa son autorité et le Parlement fut forcé de passer outre.

Les députés du clergé de France, réunis alors en assemblée, vinrent h leur tour présenter leurs « remonstrances » et, le 24 janvier, l'évêque du Mans, dans un discours d'une « grande heure, » se réjouit en leur nom de la « rebénédiction » obtenue du Pape; il parla aussi des abus introduits depuis six ans dans les provisions de bénéfices et dans la vie peu réglée des personnes ecclésiastiques, puis il pria le Roi de rétablir les choses selon les anciens usages, et de demander au Pape Tenvoi de délégués pour intervenir dans cette réforme, afin qu'en touts points le respect dû au Souverain Pontife fût observé. En attendant allait-on ratifier les choix faits précédemment pour les bénéfices ou nommerait-on de nouveaux titulaires? Depuis huit ans, plus de cinquante évéchés et cent abbayes avaient été occupés, et les enlever à présent aux titulaires, c'était « mettre la France sans dessus dessous (1). » Le duc de Luxembourg devait traiter cette affaire avec le Pape, mais l'abbé del Bene, afin de la bien commencer, ])crsuada h M. de Gesvre, « un des quatre secrétaires d'État qui gouvernent tout le royaume, » de demander pour son fils ses provisions de bénéfices; de son côté, le chancelier de Cheverny, sur les instances de l'abbé, écrivit au cardinal Aldobrandini que, « pour donner

(1) Arch. du Vatican, Lellerc, t. XLIII, p. 310. Lettre du 2i janviorib^.

lui-même le premier exemple d'exécuter les lettres patentes du Roi^ il demandait une provision pour son fils (1). »

Del Bene fit remonter à Henri IV l'initiative de ces résolutions : « On ne peut désirer, dit-il, plus de zèle que n'en a le Roi pour l'autorité du Pape. En toutes les choses possibles il veut lui donner satisfaction, autant que Ta jamais fait aucun roi de France. » Et il ajouta : « Je trouve le Roi« plus que les autres, très disposé à se vouloir bien comporter avec le Saint-Siège en tout honneur et respect, et dans toutes mes conversations avec S. M., — elles ont été fréquentes, — j'ai toujours vu une très grande volonté de se conserver dans les bonnes grâces de notre Seigneur. »

Cependant Clément VIII envoya un cardinal Légat à latere pour donner plus d'éclat à la réconciliation du roi de France avec le Saint-Siège. Les noms des cardinaux Toleto, Salviati, Paleotto, furent tour à tour mis en avant, enfin le cardinal Alexandre de Médicis, dit le cardinal de Florence, fut choisi et se mit aussitôt en route (2). Gondi devait aller à Lyon pour le recevoir, au nom du Roi, avec de grands honneurs. « J'avais ordre, écrivait-il, de le rencontrer hors du royaume, mais sa diligence a prévenu les intentions du Roi, qui l'attendait seulement au commencement de juillet. » Le cardinal Légat fit à Lyon une entrée solennelle, le 26 juin 1596 : Son but en venant en France, écrivait-il à Montmorency, était de servir l'Église et de pacifier le royaume (3).

(1) Del Bene écrivait, à cette occasion : « J*ai la hardiesse de feire considérer à Votre Sainteté que toute grâce qui lui sera faite sera très bien employée et portera beaucoup de fruit pour l'avenir. J'entends dire que dans le passé il a empêché beaucoup de désordres, il pourra servir en toutes occasions, et je le trouve si bien disposé à procurer la réunion de cette couronne avec Rome, que j'espère beaucoup de lui et de son autorité. »> Arch. du Vatican, Leiiere, t. XLIIl, f» 402.

(2) Le 20 août 1596, le marquis de Pisani écrivait : « Le choix fait par le Pape du cardinal de Florence pour Légat en France, fut digne de la prudence et de la piété de Sa Sainteté, car elle ne pouvait choisir personne plus apte, plus ardente, ni plus droite que Sa Seigneurie iUnstrissime. » Le cardinal de Florence, né en 1SÔ6, devint Pape sous le nom de Léon XI ; il mourut en 1605.

' (3) Bibl. nat., ms, f. fr. 3537, n» 60.

Du Perron, parti le i 8 mars de Rome oîi il laissa la meilleure réputation (1), passa par Venise et arriva le 8 juillet à Amiens, où se trouvait Henri IV, revenu de Fontaines-Française victorieux des Espagnols (5 juin). Le Roi le reçut avec des « témoignages extraordinaires d'amitié, » Tembrassa à cinq ou six reprises différentes et plusieurs fois, en présence des seigneurs, répéta que Tévêque Tayant très bien servi, il était très satisfait de ses peines et désireux de les reconnaître.

Le Roi ayant lu le Bref du Pape dit à haute voix qu'il lui était (( infiniment obligé non seulement pour la faveur de son absolution^ service inestimable, mais aussi pour son amitié et sa bienveillance paternelle. » Ses plus fidèles serviteurs le lui avaient écrit, et les lettres interceptées des ministres d'Espagne en portaient un irrécusable témoignage; aussi dans sa reconnaissance il voulait, disait-il, « consacrer désormais au service de Sa Sainteté, sa vie et son épée. » 11 rappela Taffection que les Aldobrandini avaient toujours portée à la France, sans oublier les persécutions que ce dévouement leur avait attirées, a Le cardinal secrétaire d'État^ dit-il, a bien montré que cet amour n'est pas éteint avec ses ancêtres, mais est tellement ravivé que c'est à lui, après Sa Sainteté, que l'on est redevable delà grâce de son absolution, pour s'être employé sans crainte h lui obtenir cette faveur. » Le reste de la soirée se passa en semblables discours : « tantôt Henri IV appelait les uns, tantôt les autres, pour leur demander s'il n'avait pas grande obligation à Sa Sainteté pour l'amour qu'elle lui portait, s'il n'était pas ainsi son débiteur et si devant Dieu et tout le monde il ne devait pas le reconnaître (2). »

(1) Le cardinal Aldobrandini écrivait le 18 mars à Montmorency en parlant de Du Perron : « Ha complito aU'oIficio suo et al scrvilio del Re con tanta virtu et con si buona maniera che lascia di se altre tanta opintonc corne amore et dcsidcrio. » Blbl. nat., ms, f. fr. 3337, f- 30.

Le 10 mai, le même écrit ^.Montmorency : « Havcndo TEcc. V. havulo tanta parle nel bene chi si è falto sin qui, tanto più si spera che habbi dafar U medesimo in l'avenire. » /6., fo50.

(2) Arch.du VaUcan,F«cotJidi FranctOy t. XUI, fo 348. L. 22 juillet 1596. Ambassades de Du Perron, Lettre d' Aldobrandini, 24 juillet 1596.

Mgr Du Perron Tcmit aussi, un autre jour, un petit tableau et un chapelet envoyés par Sa Sainteté. Henri IV les trouva très beaux et en parut charmé. 11 destina le tableau à orner Tautel d'une riche chapelle en construction à Saint-Gerraain en Laye, « lieu de sa demeure la plus ordinaire et la plus agréable, » et garda le chapelet « pour le porter sur lui et le dire chaque jour à Téglise (1). » « Le lendemain, écrit Tévêque d'Évreux, je parlai de la venue du Légat, dont le Pape avait hâté le départ, lorsque le Roi n'avait encore envoyé personne pour remercier de Tabsolution donnée. — Le retard pouvait être un malheur, répondit ce dernier, mais il n'était pas sa faute, et il provenait en partie de la rivalité de deux seigneurs qui briguaient Thonneur de celle commission, Tun en vertu d'une promesse royale, l'autre en invoquant les services rendus et ses précédents voyages. 11 avait été d'ailleurs très occupé en ces derniers tem|>s, comme chacun le savait, était très éloigné de son conseil «jui ne faisait rien d'important en son absence, puis la maladie et bientôt la mort de la femme de M. de Villeroy avaient éloigné ce secrétaire d'État, sur lequel il se reposait de l'expédition des affaires d'Italie, car il les connaît à fond et les traite avec facilité. »

Très résolu de rendre au Légat tous les honneurs pos>ibles, le Roi pria Du Perron de réfléchir à ce que l'on pourrait faire : il voulait quelque chose d'extraordinaire po:ir témoigner toute sa gratitude. Du Perron lui suggéra alor.; la pensée d'aller au devant du Légat, démarche que les autres Souverains n'avaient jamais faite. « Mais cet aclo a lui seul manifesterait à. tout le royaume les scntimenl> du Roi. » Henri IV applaudit à cet avis. Du Perron ii.i avait fait, dit-il, un plaisir extrême en le lui proposani, car il ne voulait ni se conformer h l'exemple de ses prédécesseurs ni calculer sa démarche, puisque le Saint-Pîrr

(i) Plus tard Henri IV dit au cardinal de Florence (L.du U août lo;". Arch. du VaUcan, t. XLV, P> 15), qu'il voulait faire peindre dans si galerie des tableaux de Rome.

avait été si obligeant, et c'était témoigner ainsi sa reconnaissance.

Du Perron communiqua également sa pensée au connétable de Montmorency et à Villeroy : tous deux Tapprouvèrent beaucoup et dès le lendemain ordre fut donné de retenir le Légat h Montlhéry, à une demi-journée de Paris, jusqu'à Tarrivée du Roi. Mais le Légat aurait déjà peut-être dépassé Montlhéry et serait entré dans Paris? En toute hàle on envoya un courrier à M. de Gondi qui l'accompagnait, avec ordre de marcher à très petites journées, sans en dire toutefois le motif, et Du Perron partit lui-même, moins pour adresser au Légat des compliments de la part du Roi, que pour le retenir dans son vojage.

Le vendredi 19 juillet, vers dix heures du matin, Henri IV arriva à Montlhéry accompagné de quarante seigneurs, parmi lesquels les ducs de Montpensier, de Mayenne, de Nemours, le maréchal de Brissac, Roger de Bellegarde, etc., plusieurs évêques et prélats. Lorsqu'il se rendit au logis du Légat, chacun applaudit et la joie fut générale. Le roi exprima la sienne : « La bonté, la douceur, la modestie, la g^ravité du Légat lui avait extrêmement plu. Pour lui, pour tout le monder, ce n'était pas un homme, c'était un ange. » L'acte du Roi devait avoir du retentissement dans toute TEurope. « Il devait édifier les hommes de bien et imprimer très vivement le respect qu'à l'avenir on devait, dans toutes les circonstances, rendre à l'Église, au Saint-Siège et à ses représentants (1). » Le 21 juillet, le Légat fit son entrée dans Paris.

La ratification de la bulle sur l'absolution fut signée le 8 août, « aux Tuileries, » non sans beaucoup de difficultés, écrivit le cardinal de Florence, car « je n'ai ou pour moi que Du Perron, Bcllièvre et le Roi qui a voulu maintenir sa promesse et lever toutes les chicanes. Le roi m'aime, a confiance en moi, et m'a demandé si j'étais content de lui. Lorsqu'il prit la plume pour signer, je dis d'approcher

1) Arch. du VaUcan, Vescocî di Francia,i. XLII, f*> 347.

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quelque chose dessous sa maio, mais il me répondit : « Ne craignez rien, ma main ne tremblera pas, car je le fais volontiers, comme j*y suis obligé, et je n'ai jamais eu la pensée d'être parjure (1). »

La conversion du Roi avait préparé son absolution, et Tabsolulion donnée solennellement par le Pape avait ôté à la Ligue catholique sa raison d'être et tout motif de résistance. Cependant plusieurs Ligueurs ne voulaient point encore désarmer. Les protestants étaient également mécontents, et TEspagne, tout à l'heure presque maîtresse en notre pays, ne se résignait point à l'abandonner.

Il fallait tout faire rentrer dans l'ordre et tout pacifier.

1. L'abbé del Bene avait à Folembray profité de son voisinage de Soissons pour aller rendre visite au duc de Mayenne, alors dans cette ville, et comme il lui parlait du bruit répandu en Italie de son commandement prochain en Hongrie, le duc répondit : « Je n'aurais rien désiré plus, mais aujourd'hui j'ai un maître, le Roi, et sans sa volonté je ne puis disposer de ma personne : je ne puis lui manquer en cette occasion de la venue du cardinal d'Autriche, » chargé par Philippe II de défendre les intérêts espagnols. <c Mon désir est de servir Sa Majesté d'une manière effective^ pour bien faire connaître au monde que je n'ai plus d'autre pensée », et il en parla très résolument. Le duc se plaignit beaucoup des Espagnols et termina l'entretien en disant : «Je B'ai pas voulu abandonner mon parti avant la déclaration du

(I) Arch. du Vatican, Leilere^ t. XLV, f» 31. Lettre du cardinal Aldo* JDrandini, 19 septembre 1596. Cf., abbé Feret^ /. c, p. 264.

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Pape, mais à présent je regarderais comme une grande félonie de n'être pas le serviteur du Roi et le défenseur de cette couronne dont je suis vassal. »

L'absolution du Roi avait donc amené dès le premier moment l'entière soumission du duc de Mayenne, et celle-ci avait déterminé le retour de presque toutes les villes restées encore attachées au parti. Cependant il y avait bien des récalcitrants, et Henri IV en parlait avec une certaine vivacité, a Je crois bien, écrivait le cardinal Légat, qu'il éprouve sur ce point plus de difficultés qu'on ne le croit. Il ne se fie pas aux Ligueurs et au duc de Mayenne moins qu'aux autres, bien qu'il lui fasse agréable figure.»

Marseille, si longtemps un des boulevards de la sainte Union, revint enfin au Roi (17 février 1896). Pierre de Libertat, capitaine de la Porte-Royale, d'accord avec George Dupré, notaire, et Nicolas de Bausset, ancien lieutenant du Sénéchal, appuyé par toute la population, renversa le gouvernement des Consuls, si longtemps maîtres absolus dans la ville, en sorte que l'évêque de Marseille, interprète des sen- ^ timents de tous, put écrire alors au Pape : « Nous sommes délivrés de la tyrannie des Duumvirs (1). »

Mais si dans le Midi Marseille n'était plus le foyer de la Ligue, en Anjou les Saint-Offange (2) et en Bretagne le duc de Mercœur (qui cependant avait chargé Jean Valet, prieur de la Trinité, de préparer un traité) (3) en portaient encore le drapeau.

Le cardinal Légat dut envoyer Mgr Ragazzoni pour persuader au duc de Mercœur, au nom du Pape, de rendre obéissance au Roi. Mgr Ragazzoni parti de Vervins le 2 mars

(1) Arch. du Vatican, Lettere dei Vescovi di Francia, t. XLII, p. 3!3. Cf. Épisodes de la Ligue en Provence, par Camoîn de Vcnco, dans Revue de la Soc, des Études hhtor., mars-avril 1883, p. 71.

(2) Cf. Choix de Documents inédits sur lllist. de la Ligue en Bretagne, par M. Anatole de Barthélémy. Nantes, 1879 et 1880 (2 parties), et le Dernier des Ligueurs, par M. l'abbé Favé, les Saint-O /fange ^ par M. Pavie, dans la Revue d'Anjou, nov.-déc. 1854.

(3) Archives du Vatican, /. c.,l. XLIII, fo 3(fô.

1598, arriva le 7 à Angers, où se trouvait Tévêque de Nantes, conseiller intime du duc et de la duchesse de Mercœur. Henri IV allait venir également dans cette ville, ou Villeroy le précéda. « L'accord est a peu prës conclu, dit un jour Villeroy à Mgr Ragazzoni ; néanmoins le duc désirerait que vous allassiez à Nantes. » Mgr Ragazzoni s'y rendit le 17, et le 18 vit le duc de Mercœur. Il lui apportait, « non les censures du Pape, comme le bruit en avait couru, mais de bons avis pour son bien et des exhortations à déposer les armes, car le Pape n'approuvait pas sa résistance. » Pour appuyer ses paroles, Ragazzoni présenta sa lettre de créance. Le duc la lut et relut avec un visage troublé et ne cacha pas son déplaisir : « U avait pris, dit-il, les armes pour la religion et avec l'assentiment du Pape. Sans sa vigilance, toute la Bretagne eût été remplie de huguenots; mais il eût reconnu le Roi s'il avait eu l'honnenr de savoir sur ce point la volonté du Souverain Pontife, car pour lui, avec ses quatre mille soldats, il pourrait encore se défendre. » C'était peut-être un peu de prétention; du moins les principaux habitants de la ville, hostiles au duc il est vrai, venus pour voir Mgr Ragazzoni après son dîner, lui donnèrent des renseignements difl'érents. Selon eux, le duc de Mercœur était abandonné de la plus grande partie de la noblesse, il n'avait pas deux mille hommes, et les habitants désiraient, si l'accord ne se faisait pas immédiatement, voir le Roi arriver à Nante? , La ville alors se soulèverait contre le duc, dont la tyrannie devenait insupportable (1 ). .

Le duc de Mercœur trouva que les Ligueurs bretons réclamaient la paix « trop curieusement, » néanmoins il revit encore Mgr Ragazzoni et fut très content de lui. Le duc était très disposé a obéir au Pape, et avait envoyé à Angers un courrier a la duchesse sa femme pour lui dire de passer par dessus toutes les difficultés qui se présenteraient. 11 parla de son profond respect pour le Saint-Siège, de son zèle pour la religion et de son désir de servir le Pape en Hongrie.

(I) Arch. du Vatican, /. c, t. XLV, f*» 153; f7 mari 15>8.

Ragazzoni revint le lendemain à Angers, oîi le Roi, auquel il rendit compte de son entrelien, fit avec des paroles qui venaient du cœur, Téloge du Souverain Pontife, de son bon esprit, de son grand amour pour la France. « Le Pape, dit-il, a défendu la religion avec des armes spirituelles; pour moi, je la défendrai toujours avec les armes temporelles. )i Le 20 mars la soumission de Mercœur était un fait accompli.

IL Après avoir désarmé les Ligueurs, il fallait calmer les protestants. La conversion du Roi les avait irrités, mais ils avaient compris qu'il fallait céder, car ils savaient le Roi résolu h ne leur accorder rien de plus que ce qu'ils avaient (4).

« Le Roi, écrivit le cardinal Légat, estime les hérétiques et il les craint, il paraît être leur obligé et il hait leurs chefs. Ces chefs Bouillon, Lesdiguières, Rohan, La TrémoïUe, Sancy, ont causé beaucoup de mal et fait peur au Roi : chaque jour ils demandaient des faveurs, de pouvoir partout ouvrir des écoles, etc. Le Roi a égard au duc de Bouillon, bien qu'il le déteste, mais il aime Sancy, et Sancy est un homme très adroit. »

Toutefois, ajouta le cardinal : « 11 n'est pas vrai que Thérésie se développe et soit favorisée par le Roi. Le Roi, et de cela je suis certain, a plaisir à entendre parler de conversions d'hérétiques, mais il ne veut pas qu'on les violente. 11 n'y met pas les soins qu'il pourrait, parce que son caractère est ainsi dans toutes les affaires, il n'est pas pressé, mais il est absolument faux qu'il ne soit pas sincère, car naturellement il ne sait pas dissimuler. 11 a vécu dans l'erreur parce qu'il y est né, mais son intelligence ne l'a pas embrassée, et il n'est pas instruit de la secte qu'il a suivie (2). » a Puisque je suis revenu à la foi catholique, dit un jour le roi au cardinal de

(1) Arch. du Vatican, /. c, t. XLIV, fo 11 ; 23 nov. 1506.

(2) Le Cardinal écrit ; « Non sequirà mai 11 consigli di alcuni zcLinli del servizio del Papa, chc affcrmano che sia bene stringere il Rc quando affoga par g\\ i piedi su la gola ; qucsto io non so fare, ne credo sia la mente del Papa, perche non è bene, io lo dica arditamente, perche se si faccsse cosi si romperebbe. »

Florence (1), toute ma pensée est de remettre mon royaume entièrement sous une même religion. J'ai abjuré généreusement et non par raison d'État; je me suis efforcé de ramener tous les grands à b foi catholique et j'en ai fait revenir ainsi plus de trente ; je ne peux blesser les hérétiques, car ils sont en armes, je veux les leur faire poser et les renvoyer chez eux. Je ne ferai aucune concession sans y être contraint par la nécessité, mais je ne peux faire tout en même temps. » Henri IV trouvait derrière les hérétiques la main des Espagnols ardente à soutenir tout ce qui pouvait ruiner la France, et il rappelait au Légat que lorsqu'il marchait contre le roi Henri III, Philippe 11 voulut lui faire donner 60,000 écus par mois. Il assurait que désormais il était vrai catholique et très affectionné au Pape.

Le cardinal de Florence n'en doutait pas, et toutes ses dépêches sont remplies de témoignages sur le catholicisme du Roi : aussi avait-il confiance dans l'avenir. « Je ne dis pas que ce royaume de France soit parfait et qu'il n'y ait beaucoup d'abus, écrivait-il, mais il est catholique (2j, » et dans une autre lettre il montrait avec quel élan les peuples, ayant le Roi a leur tête, revenaient à leur vieille Foi (3).

Entraînés par l'exemple de leur ancien capitaine, beaucoup de protestants s'étaient convertis (4), et Sancy, l'un deux, ayant dit un jour au Roi que plusieurs reviendraient à la religion s'ils recevaient des secours pour les mettre hors de besoin, Henri IV ordonna d'affecter à cette intention douze mille écus sur son trésor (5).

Les protestants espéraient toujours prendre une revanche

(1) Arch. du Vatican, /. c, t. XLIV, f« 15. Lettre du 28 décembre.

(2) 76., f<» 78. Lettre du 4 mars lî$87.

(3) Ib., fo 126. Lettre du 8 septembre 1597.

(4) Arch. du Vatican, /. c, t. XLIII; f» 281. Lettre du 15 mars 1597.

(5) Sancy s'obligea à les donner si le Koi ne payait pas. Arch. du Vatican, t. XLV, f» 11. Lettre du 12 mai 1597. Le 24 juin, Sancy exprima au Pape sessentimens de filiale obéissance, là,, t. XLIU, f^ 430. Le 6 juillet 1597, le Cardinal de Florence écrivait : a Sancy è tante zelante» poi ch'è convertito ch'io non posso desiderar di piu fed ha in mano il Re piu che mai. lo non parle a caso. »

de l'abjuration ; ils s'agitaient et ne ménageaient pas leurs expressions. Du Plessis Mornay plaidait pour Tabolition en France du pouvoir du Pape (1) ; à Nantes, les députés n'ayant pu, malgré leurs instances, faire accepter du Roi tous les articles, furent mécontents (2) ; a Sainte-Foy, les plaintes se formulèrent très vivement et Schomberg, dans une réunion où se trouvaient soixante ministres, dut protester contre leurs propos (3) ; à Saumur, les députés des Églises réformées parlèrent des mauvais traitements subis par les protestants par tout le royaume et trouvèrent que « la cause de se plaindre, estait grande (4), » mais a son tour le Roi se plaignit des insolences de ceux de la Religion et tandis que le Légat affirmait l'apaisement des huguenots et leur impuissance à se soulever (5), Henri IV, mieux informé, écrivait à Tévêque de Rennes : « Le party de la Religion est en mon royaulme aussy puissant que jamais, tant pour les villes et places qu'ils occupent en toutes les provinces d'iceluy, qui sont en grand nombre et du mieux fortifiées, que pour Tappuy et support qu'ils tirent de mes voisins (6). » C'était la vérité, aussi il écrivait ^u duc de Luxembourg : « Si je ne tenais les Ligueurs et les Huguenots en bride par ma conduite et la crainte d^ mes armes, ils éclateraient et feraient plus de mal que devant (7). »

(i) Mémoires de M^^ de Mornay ^ publiés par la Société de l'Hist. do France, par M«>« de Witt; 2 vol. in-S», 1868, t. I, p. 267.

(3) Arch. du Vatican, /. c, t. XLIV, fo 49, 3 juUlet 1U97.

^4) Mémoires de Jtf»8 de Mornay, t. I, p. 294. « Les soulèvements qu'ils font et désirent causent beaucoup de tracas au Roi » écrivait cependant le cardinal de Florence. Arch. du Vatican, /. c, t. XUV, fo 24. Lettre du 6 mars 1597. cf. Anqt^z, Histoire des Assemblées politiques des Refoi^iéSj p. 60-65, sur l'organisation établie dans l'Assemblée de Sainte-Foy ; et Ernest Slahelin, La conversion d'Henri IV ( en allemand), p. 627-665, sur la situation des reformés après la conversion ; et p. 685-672 sur l'Assemblée politique de Salnte-Foy ; et p. 674-700 sur la conduite du Roi envers les réformés. (Livre indiqué par le P. Pierling.)

(5) Arch. du Vatican, /. c., t. XLIV, fo 35. Lettre du 5 avril.

(6) Arch. du VaUcan, /. c, t. XLV, f> 9.

(7) Leitres misiives, t IV, p. 217.

Si les huguenots se remuaient, les derniers Ligueurs suivant l'exemple des Espagnols, les excitaient sous main, puis, lorsque le Roi par quelque concession voulait apaiser leurs murmures, les Liguejirs blâmaient le monarque, l'accusant de ne pas remplir son devoir de roi très chrétien, et de manquer a sa parole. D'un autre côté, les protestants lui reprochaient toujours de les avoir trahis ; rien ne pouvait les tranquilliser, « de sorte, disait Henri IV, qu'ils vont cherchant des suretez en eux-mêmes qui sont très périlleuses. » De loin il était peut-être difficile de comprendre ces perplexités, mais elles contraignaient le Roi à « lâcher quelques grâces aux huguenots pour ôter aux chefs de parti et factieux le moyen de les émouvoir... où je fais plus, ajoutait-il, que si j'y j'employais h force. »

Ces paroles si sages découvraient déjà la pensée de redit de Nantes. Henri IV s'en entretint un jour avec le cardinal de Florence et s'excusa de ne pouvoir faire autrement, car il était, dit-il, forcé d'y consentir^ afin d'ôter les armes des mains des rebelles : ainsi il pressentait l'opinion du Légat, faisait parler à Sa Sainteté et cherchait, à obtenir des chefs protestants la promesse de ne pas se soulever contre lui à toute occasion. Pour lui, il en était convaincu : si par ce traité il n'avait arrêté leur audace, il n'aurait pu faire la paix. — « La nature de cet édit ne m'est pas connue, lui répondit un jour le cardinal de Florence, mais j'ai su plusieurs détails dont Sa Sainteté sera peinée, car elle ne comprendra pas les raisons alléguées par Votre Majesté. — Sa Sainteté reconnaîtra que cet édit n'exprime pas ma volonté, répliqua le' Roi qui depuis deux ans avait lutté contre le5 exigences des Assemblées protestantes de Saumur, de Loudun, de Vendôme, de Chàtellerault (1), je le lui prouverai par ma négligence à le faire observer, » et s'il vivait encore six mois il espérait bien éteindre l'hérésie en tout son royaume pour y rétablir l'exercice du culte. « Je n'en doute pas, » ajouta dans sa dépêche le Légat, tant il était convaincu de la

(1) Histoire des Assemblées politiques des Protestants, p. 68, 79,96, 168.

sincérité de son interlocuteur. « Le Roi, écrivait-il, a de nobles sentiments et un cœur vraiment royal ; il a un esprit perspicace et est généreux ; il est homme d'honneur, ne ferait rien de déloyal, même s'il y trouvait son avantage, et perdrait plutôt son royaume; il aime la justice, et, si elle n'est pas rendue, il faut en chercher la cause dans le grand désordre actuel, dans des juges corrompus par la mauvaise habitude de vivre à leur guise sans principes : Tair ici porte à la négligence. »

Ainsi le cardinal Légat se* faisait le répondant du Roi et lui tenait compte des difficultés de la situation. Si Ton doit toujours rechercher le désirable, ne convient-il pas souvent, dans rintérêt même du bien à obtenir, de se contenter du possible? « La peste, la guerre, la famine nous empêchent, le Roi de France et moi, de faire tout ce que nous voudrions, écrivait le Légat, mais je Taffirme de nouveau, si le Roi pouvait avec la paix éteindre Thérésie, il le ferait. C'est contre l'opinion générale, je le sais,'mais c'est vrai. »

L'édit de Nantes fut signé le 13 avril 1898 (1).

lU. Tout en faisant disparaître les derniers restes de la Ligue et en désarmant les Protestants, Henri IV cherchait à amoindrir l'influence de l'Espagne et à donner la paix à l'Europe. Les Espagnols avaient été aussi mécontents de la conversion du Roi et de son absolution par le Pape que les protestants et les Ligueurs extr.êmes.

L'ambassadeur de Philippe II ayant osé remettre une note

(1) La publication de rÉdil de Nantes, « le plus maudit édit qui se puisse imaginer », disait le Pape à d'Ossat, produisit à Rome le plus mauvais effet. A. Desjardins, Négoc, diplom., t. Y, p. 366. J. Bandini fut chargé de s'opposer à la publication. Letterey avec un avertissement par G. Caneslrini dans Archivio storico italiano, append., t. II, p. 4ll-4à0. Cependant les syndics de l'Église rcform(^e réunis à Romans présentaient au Roi au nom de leurs coreligionnaires des prolestaUons contre rÉdit, qui n'offrait pas, disaient-ils, des concessions sufllsanles. il nna/e.<f de la ville de Romans, par l'abbé Ulysse Chevalier. Valence, 1875, p. 6, — M. Anquez, /. c, a donné les pièces (avril 1598), p. 456-502, c'est-àdire : 1» l'Édit en 05 articles; 2» 56 articles secrets; 3» un brevet; 4<» 23 articles secrets. L'Original aux Arch. nal. J. 943, n« 2.

pour sauvegarder, disait-il^ les droits de Tlnfante sa fille, Clément VIII voulut bien répondre que son intentioD en donnant la Bulle d'absolution qui réhabilitait le prince excommunié n'était pas de porter préjudice au roi d'Espagne ou de favoriser le roi de France, mais de laisser les prétentions des deux princes en leur état (1).

L'abbé del Bene avait profité de sa présence à la cour pour parler de la paix à conclure avec l'Espagne, mais il était forcé d'écrire qu'on ne la recherchait pas. « La guerre étrangère, disait-il, parait ici nécessaire pour tenir occupés tous les esprits si habitués aux armes et consumer tant de mauvaises humeurs. » Les Espagnols paraissaient d'ailleurs tellement fiers de leurs récents progrès en Picardie, que ce n'était pas bien le moment de traiter. Le Roi pourtant jugeait la paix nécessaire et il la désirait sans l'espérer, sans surtout paraître la désirer, car les adversaires auraient profité de ce sentiment; aussi il « voudrait, écrivit le cardinal de Florence, que le Pape apprit d'eux le mode et pour ainsi dire le fonds sur lequel ils comptaient faire la paix. » Le duc de Bouillon ayant été d'avis de s'y opposer, le Roi s'emporta contre lui, et le duc mécontent quitta la cour avec un autre protestant, Lesdiguières. « La considération que j'ai pour Sa Sainteté me pousse seule à la paix, écrivait alors Henri IV au duc de Luxembourg, car encore que mon royaume ait besoin de repos,., nous sommes si accoutumés à la guerre que nous ne pouvons y résister... Ma cause est juste contre un manifeste usurpateur (Philippe II) qui emploie le nom de religion pour couvrir son usurpation, et Dieu, je crois, le fait tant vivre et languir pour lui faire recevoir la juste punition de son ambition démesurée. »

L'Espagne refusait l'intervention du Pape, « mais il la faut, » dit Henri IV au cardinal de Florence (2), et celui-ci s'entremit avec zèle pour préparer et faire réussir la négociation ; c'était, dit-on, sa mission secrète, aussi allait-il à

(1) Arch. du Vatican, Varia, U II, f» 1167 ; 15 avril \W.

(2) Arch. du Vatican, /. o., t XUV, fo 95.

Vervins avec Bellièvre et Sillery les plénipotentiaires du Roi, et lorsque la paix fut enfin conclue, le 2 mai i598« chacun lui fit honneur de Theureux résultat. Le Roi parla avec amour de ^a bonté et de sa prudence : a Sans lui, dit-il, non seulement la France, mais la religion catholique et la chrétienté étaient dans le plus grand danger (1). » Le marquis de Pisany, témoin de ses efforts, écrivit de son cAté : <c On ne peut dire ce que tout le monde doit à la valeur et bonté du Légat, pour avoir traité cette si importante affaire avec tant de prudence et de loyauté qu'à lui seul, ce semble, est dû un si grand bien (3). » — « La nouvelle de la paix générale nous a consolés, écrivis le 18 mai 1598 le cardinal Aldobrandini àMgr Ragazzoni, et ce matin le Pape a fait une procession en actions de grâces. » « Il était temps que ce pauvre royaume si affligé depuis tant d'années par des guerres injustes, civiles et estrangères» respirât en une bonne paix, dit à son tour le marquis de Pisany. La chrétienté en avait aussi le plus grand besoin, puisque la désunion de ces deux grands rois empêchait de marcher contre les infidèles. Il est vrai qu'une œuvre si sainte et nécessaire ne pouvait venir que du Pape aidé de Dieu (3). »

La même année Philippe II disparaissait de la scène du monde (4).

Henri IV licencia aussitôt ses soldats, afin de réaliser ainsi une économie de trois millions par an ; réforma l'administra-

(!) Sur la négociation de la paix, Arch. du Vatican, /. c, t. XLIV, f» 52, 5i. Mémoires de Du Plessis-Mornay, t. Vil et VIII. Mémoires de BeUiftvre et de Sillery, \n-\± La Haye, 1716. Bibl. nat., collection Dupuy, t. 178. La paix fut publiée à Paris le 13 juin « con incredibile letitia, gran reputazione del Legato. » Lettre de Bonciani, Négoc, Diphm,, t. V, p. 360.

(2) Arch. du Vatican, l. c, t. XLIII, f« 285.

(3) Arch. du Vatican, /. c, t. XLV, fo 159; cf. Ch. de Lacombe, Henri IV et sa politique y passim; vicomte de Meaux, les Luttes religieuses en France au xvi« siècle, p. 251 .

\A) Cf. Fomeron, Histoire de Philippe II, 4 vol. in-8 et G. Baguenault . de Puchesse : la Politique de Philippe II dans les affaires de France^ dans la Bévue des Questions historiques, i*' janvier 1879.

lion des trésoriers des finances afin de pouvoir alléger les impositions ; demanda des renseignements aux magistrats des villes afin de connaître leurs besoins; convoqua à Compiègne une assemblée de notables pour s'éclairer de leurs avis, etc., partout en un mot il donna une impulsion généreuse. « Il faut, disait-il, que nous réveillions tous en nos cœurs l'ancienne vertu française (1). » « Henri IV, c'est Topinion générale, écrivait le Légat, est devenu un autre homme ; plus que jamais il est aimé et respecté ; il est vraiment le Roi (2). »

(1) Monuments inédits de V Histoire du Tiers-État^ t. IV, p.48i. {i) Arch. du Vatican, /. c, t. XLUI, P» 285.

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