PRÉLIMINAIRES DE LA LUTTE
€ Vous deTez reeonnattrc aTint toat Vintorité et It digoilé du Roi ; si on y nanqntit il y aurait faute grare, et ni le royaume, ni les catholiques n'y trouveraient profit. > Bref de Sixte Y, 15 juin 1585.
< Guise a poussé les choses si avant qu'on . aperçoit dans les bois beaucoup de fumée* ce qui fait qu'on doî^ s'attendre à un grand incendie. »
Lettre de Gradcnigo, 9 mai 1585.
La faiblesse du gouvernement royal sous Charles IX et la politique indécise de Ja reine Catherine de Médicis, avaient plus d'une fois inspiré aux catholiques la pensée de se réunir pour défendre leur religion violemment attaquée par les protestants. Ceux-ci avaient trouvé facilement des adhérents parmi la noblesse et pour en rencontrer parmi le peuple, un Advertmement avait parlé « du grand zèle et de la vive affection y> que les Réformés portaient spécialement « aux hommes fbulés et oppressés. » Une organisation secrète formée par leurs soins sous le nom de la « Cause commune » avait eu ses ramifications dans tout le royaume. Les catholiques cherchèrent alors à opposer « Ligue contre Ligue » car « la prud'homie, disait l'un d'eux, G. de Tavannes, peut
aussi bien fournir d'inventions de se conserver aux gens de bien, que la méchanceté de les offenser aux rebelles. »
Cette pensée, ébauchée en 1563 à Toulouse par une association « entre TEtat ecclésiastique, la noblesse et le commun du Tiers Etat, pour défendre Thonneur de Dieu et de son Eglise catholique, romaine, » fut réalisée en 1565 à Angers (1), en 1567 à Dijon et en 1568 à Bourges, où sous le nom de Gonfrairie du Saint-Esprit une association se forma dans ces deux villes (2); en 1568 également, à Troyes des ecclésiastiques, nobles et bourgeois, jurèrent « ui^e saincte Ligiie chrétienne it royale; » en 1574 tous les gentilshommes de la TaHée de Graisivaudan s'unirent de même pour « le service du Roy et la tuission de la patrie. »
Après qu' « une nouvelle espèce de république » suivant de Thou, eut été organisée dans TAssemblée des ministres protestants tenue à Nimes(3) (février 1575), un bourgeois de Paris, l'avocat David, formula (novembre 1575) au nom des catholiques un nouveau plan de résistance ; mais au lieu de chercher, comme dans les autres associations, k défendre égalemeni le Roi, il eut ici le dessein de « remplacer par la postérité de Charlemagne (d'où sortaient les Guise) la race des Capets, usurpateurs de la couronne, gens stupides, abet- .tys et de néant, proscripts et rejettes de la sainte communion ecclésiastique » (4). Ainsi à côté de Ligues catholiques pour aider le représentant du droit politique, apparaît déjà la pensée d'une Ligue pour le renverser.
* En 1576, après la paix de Beauliea (6 mai) Ou les pro* lestants obtinrent pleine liberté pour leur culte, les Associa^
' (I) La fbrmule du serment a été publiée par V. Ernest Mourio la lÀgiu^en Anjmif Paris 1856, p. 77.
(i) L'acte est dans la Thaumassiôre. Histoire du Bérry, p, 180.
(3j Histoire des Assemblées politiques des Béformês par Léonce Ancpicz, in 8*, 1839, p. 16-31.
. (4) Mémoires de la Ugue, Ed. Amsterdam IfeS, t. L p. 1-7. Voir Jean de Vivonne par [c vicomte Guy de Brémond d'Ars, Paris 1884, p. 75; tes Huguenots et les Gueux, par le baron Kenyn de Lellenhove, Bruge» 1884, 1. m, p. «2.
PRiLIMINAIRES t
tionSy Unions ou Ligues catholiques se reformèrent afin de protester. Celle de Picardie est restée célèbre; c'était une association « de princes, seigneurs et gentilshommes, pour rétablir la loy de Dieu en son entier, pour conserver le Boy Henry troisième de ce nom, pour restituer aux provinces do royaume les droits, prééminences, franchises et libertés anciennes, telles qu'elles étaient au temps du roi Glovis, et encore meilleures et plus profitables, si elles se peuvent in* venter (1)« » Tous les catholiques « des corps des villes et vilbges devaient être advertiz et sommez secrettement d'entrer en ladite association et de se fournir d'armes et hommes pour l'exécution d'icelle* » Cette Ligue fut adoptée et signée en plusieurs provinces.
A Toulouse « au nom de la Trinité et de la communion da précieux corps de Jésus-Christ » on reprit u l'association très utille et nécessaire à Thonneur de Dieu et au service de Sa Majesté. » La vue des conspirations faites par quelques sujets contre Dieu» ci la Sainte Eglise, contre la monarchie de France et la maison de Valois, l'impossibilité où à la suite de^ guerres et dissensions se trouvaient les rois de conserver k Religion, de soutenir l'Etat et la dignité royale, de protégé leurs personnes, leurs familles et leurs biens^ enga^ geaient les associés l'' à adresser à Dieu de continuelles prières pour la^défense de l'Eglise, l'extirpation des hérésies, k réunion de tous les catholiques, le maintien de l'Etat et couronne de France, la prospérité et direction du roi Henri, la conservation du pays et l'heureuse exécution des entre* prises faites par les associés; 2^ à choisir parmi eux les hommes aptes à porter les armes ; 3^ à réunir de Targent poursubvenir aux frais de l'entreprise.
Des prières, des soldats, de l'argent, voilà les moyens
(i) Documents inédits pour sertir à V histoire de ta Réforme et de td lÀgue par Jean Lotttchitzky» Paris 1875, p. 39. — Haag, la France Tprotmtante. Pièces JosUficatives, p. 141. — > Cf. la Ligue catholique et îei Calvinistes en France du XVf Siècle, Vsitis 1877. Ch, l<r la Ligne à Péronne, Ch. 3 la Ligue royale et la Boargeoisle.
d'action ; te but d*après la formule du serment, était pour les dissociés de « remettre et maintenir l*exercice da la Religion catholique, apostolique et romaine, de promettre et jurer toute obéissance, honneur et très humble service au roi Henri , leur souverain Roy et seigneur, légitimement appelé à la succession de ses prédécesseurs par la loi du Royaume, m Gapitouls, notaires, prieurs, écolliers, marchands, membres de tous les corps de métiers, signèrent cet engagement (1).
A Moulins, des associés, réunis le 22 janvier 1577, jurèrent de « remettre et maintenir Texercice de notre Religion catholique, apostolique et romaine et toute obéissance, honneur et très humble service au roi Henry, que Dieu nous a donné pour roi, légitimement appelé à la succession de ses prédécesseurs par la loy du royaume » (2).
Les mêmes formules furent répétées dans les actes des
(1) A Toulouse on jura VUnion et on en porta des copies « aux vUlcs maitresscs du Diocèse et diocèses circonvoisins. » Inventaire Sommaire des Arch, dépari, de Haute-Garonne par Ad. Baudouin, t. I, p. 125.
Les formules sont partout à peu de chose près les mômes : en voici une autre, celle de V a Association faite entre les princes, Seigneurg^ct gent'dshommes et autres tant de Testât ecclésiastique et du Tiers Estai subjects et faisant leurs demeures au duché de Normandie, es bailliages de Caux et de Gisors. Au nom de la Sainte Trinité et de la communication du précieux corps de J. G. Estant cognu d'un chacun les grandes et malheureuses pratiques et conjurations fêtes contre Thonneur de Dieu, N. S. Eglise catholique et contre l'Estat et monarchie de ce Royaume de France et maison de Yallois, tant par aucuns des subjectz dudit Royaume que par cstrangers et que les longues cl continuelles guerres et divisions civilles ont teUement afiaibly et reduict noz Roys en telle nécessité, qu'il n'est plus possible que d'eulx-mémes sousUennenl la despensc nécessaire par la conservation de notre Religion, estât et dignité royalle, ny qu'ils puissent par cy après nous maintenir soubz leur protection et seureté de noz personnes, familles et biens, auxquels nous avons par cy avant receu tant de pertes et dommages.... jurons et promettons de nous emploier de toutes nos puissances à remettre et à maintenir l'exercice de notre religion catholique apostolique, et romaine en laquelle nous et nos prédécesseurs avons esté nourris et voulons vivre et mourir ; aussi promettons toute obéissance honneur et très humble service au Roy Henry à présent régnant, que Dieu nous adonné pour notre souverain Roy et Seigneur et qui est légitimement appelé à là succession de ses prédécesseurs par la loy du Royaume. »
{^)Documenis inédits par Loutchitzky, p. 30.
assoeiâtions formées en Champagne, en Nivernais, en Picardîe, en Normandie, en Bourgogne (1), et si partout on s'unit, « ce tt'est , que pour l'honneur de Dieu, service du Roy, bien et repos de la patrie (2). » ;
Ces associations offraient donc une force morale et militaire sur laquelle le Roi pouvait s'appuyer. Aussi Henri III les approuva, et recommanda d'y soucrire. (Janvier 1577.) « L'association et la Ligue a esté faicte pour mon service »répondit-il aux gens d'Amiens (3) et il envoya partout l'ordre de la signer, de payer la somme et de fournir la troupe, auxquelles chaque ville était taxée. Il pouvait ainsi trouver dansrisle de France, Normandie, Picardie, Champagne, Bourgogne, Languedoc, Dauphiné, Provence, Lyonnais, Orléanais, jusqu'à trente-six-mille hommes de pied et six mille chevaux. Mais dans plusieurs villes, le peuple refusa son concours : ainsi à Poitiers et à Amiens'il repoussa les gentilshommes ligués, et les contraignit à se retirer ; à Paris, « les quarteniers et dizainiers allèrent en vain de maison en maison porter les articles convenus, chacun étant dégoûté de la Ligue, les uns en médisant ouvertement, les autres s'en moquant; » dans les bailliages de Caen et de Gisors au contraire, celui qui refusait d'entrer dans « l'association » était « estimé ennemy de Dieu et déserteur de sa religion, rebelle à son Roy, trahistre et proditeur deJa patrie (4). >>
Le mouvement de défense catholique loin d'être l'expld-. sion de l'indignation populaire, fut d'abord raisonné, dut être excité et souvent ne rallia que des gentilshommes ; ce fut seulement plus tard qull trouva soudain parmi le peuple ses.
(1) Ibids p, 35. En 1562 les Etats de Bourgogne firent une Remontrance qui, au mois de septembre 1584, fut remise par le Cardinal de Sens au Cardinal de S. Sevcrina. « Votre Majesté, écrivait S. Gouard, peut juger si ce n*estait pas desja le commencement du traité pour ccsle belle Ligue. » Bibl. nat. à Paris, ms. Fonds français 16.045, f" 94.
(2) Lonlchiticzy /. c. p. 33. •
(3) Recueil des Documents pour à VHisioire du Tiers Etat^ t. I, p. 872. V. de Beauvillier Hist de Montdidier, 2« éd. 1. 1, p. 221.
(4) Bibl. nat. mf- f. fr. 3338, f^ 113. E. Henry, La Ligueen Champagne, p.67.
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plus ardents défenseurs. Mais partout les associés se proposèrent le double but de « rétablir la loi de Dieu en son entier et de conserver le Roi et ses successeurs. » Le caractère catholique et royaliste, deslors profondément national, des associations, sauf dans le plan avorté de Tavocat David, apparaît toujours, et devait, au commencement de ces pages, être mis en lumière. Il existe à la naissance des Ligues, et, après avoir souvent fléchi au milieu des événements, il se retrouvera dans les derniers jours, pour faire triompher en France, malgré de nombreux obstacles, la Religion catholique et le Roi légitime.
Ces associations catholiques et royalistes de 1576 et 1577, ne furent pas sans influence sur les élections (novembre 1576), des Députés aux Etats généraux de Blois et par suite sur le le traité de Bergerac (17 septembre 1577).
La mort dû duc d*Alençon, devenu duc d'Anjou, frère et héritier d'Henri III, ouvrit immédiatement la question de la succession éventuelle au trône, (10 juin 1584). Henri III n'ayant pas d'enfants, la coutume traditionnelle, dite loi salique, désignait comme héritier de la couronne Henri, roi de Navarre (1), chef de la maison de Bourbon, déjà séparée du tronc capétien depuis plus de trois siècles, niais restée constamment française, puisque le sang de ses membres avait coulé sur tous nos champs de bataille. C'était l'application du droit ou de la loi monarchique.
Si le roi de Navarre eût été catholique, aucune difficulté ne sa serait élevée, et tous auraient salué en ce prince guerrier, le futur successeur du dernier des Valois. Mais Henri de Navarre
(1) Son père Antoine ayant épousé l'héritière de la Niivarre portail ce (lire depuis peu.
prAliminaiiies 7
était ^Iviniste, et les Français ne pouvaient accepter pour successeur de Clovis et de S* Louis, un Roi qui ne fut pas un enfant de l'Église; c'était l'application du droit ou de la lot t^atholique*
La nu>rt du duc d'Anjou vint donc en réveillant les crain* tes« raviver les pensées d'associations. La vielle foi du peuple 6*émtkt alors, et pour ne pas être gouverné un jour par un rot protestant, presque spontanément dans de nombreuses villes de France, à Paris surtout sous la direction de Charles Hotman, sieur de la Rocheblond, des curés de St-SeveriUi de St*Benott etc., une Union se trouva formée.
Aussi quand le 15 Décembre 1684, les ambassadeurs de la reine d'Angleterre, du roi de Navarre, du roi d'Ecosse, des princes allemands et de « Messieurs de la Ligue des Suisses » réunis h Magdebourg, eurent signé un traité d'aK liance défensive et offensive « afih de rétablir la chrétienté dans son ancien état, » lorsque tous ces Princes se furent engagés, à fournir aux Protestants français, avant quatre mois, des milliers de soldais, les catholiques de France virent dans celte déclaration et ces promesses un avertissement d'être sur leurs gardes. Ce fait arrivait mêm& si à propos pour seconder et justifier leurs desseins, que leurs adver*saires le crurent supposé à plaisir. Ils traitèrent ces bruits de (c belles chimères pour faire émouvoir le peuple et rendre tolérablela prise d'armes de la Ligue. ;> Mais les bruits étaient fondés et la prise d'armes devenait imminente.
Le duc de Guise devait en être le chef(l). Lé Cardinal de Bourbon, le duc de Guise et son frère le duc de Mayenne (Surent près de Nancy chez M. de Bassompierre une entrevue avec l'ambassadeur du Roi d'Espagne, J.rB. de Tassis, et ua agent spécial de Philippe II, le commai)deur de S. Jean de
(i) L'ambassadeur vénitien Lippontano nous le représente « haut de taille, d'un aspect majestuenx, avec les yeux vift, les cheveux blonds et iHsés»Ia barbe rare et blonde, une balafre au visage. Nul, dit-îl, "ne peut lui tenir tête dans une passe d'armôs..... généreux, U dépense plii^ qu'il ne possède. »♦ Relaz, VeneL publié p^r Tommageo, \. lî, p. 638,'
Jérusalem Jean Hdreo (1); quinze jjours après ta clôture de l'Assemblée de Magdebourg, un traité fut signé au château de Joinville (2). Le 16 janvier 1585/ une Sainte-Ligue était formée pour « la seule tuition de la religion catholique et restauration d'icelle, extirpation des hérésies de la France et des Pays-Bas • » Le premier article déclarait le Cardinal de Bourbon, prince catholique le plus proche du sang royal, successeur k la couronne de France, à Texclusion des Princes hérétiques. Le Roi d'Espagne devait fournir de l'argent et les signataires de la Ligue reconnaissants s'engageaient à ne pas troubler ses possessions. L'occupation ultérieure de Gam* bray lui était même promise.
Aussitôt l'agitation commença. Le Roi de Navarre s*en aperçut et avertit Henri III des « associations, pratiques et préparatifs d'armes contre son service (3). » Ces avis furent confirmés de toutes parts ; à Paris, par exemple, les agents du duc de Guise achetèrent « quantité d'armes » et les firent porter par eau du côté de la Brie (4). Le Roi envoya alors M. de Maintenon (S) dénoncer ces faits au duc de Guise et lui intimer l'ordre, de faire cesser « ces remuements de gens de guerre ». « Les bruits qui courent de quelques nouveaux remuements, associations et menées sont si communs, écrivit-il au Cardinal de Bourbon (6), que j'estime qu'il n'est pas que le vent en soit allé jusques à vous. Je ne puis conjecturer qu'elle en peutestre l'occasion, et aussi peu puis-je penser ni savoir, qui sont les auteurs et conducteurs d^ ceste nouveauté. »
(1) Morco, « consommé dans Tart d'acheter les volontés, dit M. Foraeron, sut gagner la duc de Guise et le rendre espagnol de cœur. • Histoire de Philippe U, t. III, p. 2^. Bernardino de Mcndoza avait été nommé le 12 novembre 1584 pour aider J. B. de Tassis et le remplacer.
(î) Mémoires de la Ligue t. I, p. 58. — Il fut renouvelé à Reims par le duc de Guise le 2 septembre 1585. Bibl. Nal., ms f. fr. 3974 f» 67.
(3) Bibl. nat. ms f. fr. 3309 f» 5. Lettres missives d'Henri IV i. II. p. 19.
(4) Jf>. f« 2, Instruction à un gentilhomme 4ii mars 1585.
(5) • Instruction à M. de Maintenon (Louis d'Angcnncs) « ib» r«» 2 et 4. — M. de Rochefort fut envoyé au duc de Mayenne etc.*
(6) Ib, f» 4.
PRÈUMINAVRES 9
Henri III se plaisait ainsi à être ironique dans ses propo$ ; mais le 12 mars^ il avait envoyé des officiers dévoués pour « avoir Tœil soigneusenaent ouvert qu'il ne se fiice aucune surprise (1). » Du reste, laReine-Mère avait été plus explicite dans sa lettre à Guise : « Je suis autant marrye qu*esbahie des mauvais bruits qui courent et advis que nous avons de quelques nouveaulx remuements dont on veult vous attribuer la cause, encor^s que je m'asseure tout du contraire (2). i»
Les agissements des Princes ligués étaient donc découverts* Le duc de Guise se déclara fidèle au Roi, mais « à son très grand regret et desplaisir, on était en des soupçons et défiances si estranges de ses actions et on usait de traitements si extraordinaires en son endroit, que, pour la conservation de sa personne, il avait été contrainct de prendre le party auquel il se trouvait réduit (3). » Le secrétaire d'État Brulart (4) s'étonnait et jugeait « ces mouvements bien estranges, hors de ce que Ton se doutait »; il: ne Teut jamais cru, mais « il faut faire du mieulx, disait-il, pour en empescher le cours, c^r il est tout certain que, si ce que Ton vient de commencer se forme, nous entrerons en la plus périlleuse et lamentable désolation qui se vit jamais (8). )>
Le 31 mars les Princes ligués publièrent à Péronne leur manifeste. « Tpus ont juré et saintement promis de tenir la main, forte et armée, à ce que la sainte Église de Dieu soit réintégrée en sa dignité, et en la vraye et seule catholique religion; que la noblesse jouisse, comme elle doibt, de sa franchise toute entière, et le peuple soit soulagé, les nou-
(1) Bibl. nat. f. fr. 3309 M et 2.
(3) Ibid. f^ 4. Lettre du 16 mars 1585.
(3) LeiU^ de M. dcDinteville au Roi 21 mars 1585, publiée par le comlc de Barthélémy, Reuw de Champagne, août 1879, p. 126.
(4) Sur les Secrétaires d*Etat, voir le livre du Comte do Luçay. Des origineidu pouvoirministért'el, in ^^ Paris 1881. Les trois secrétaires d'Eu! étaient alors Villeroy, Brulart, Pinart ; BeUièvre était le principal commis. « Villeroy et Bellièvre governano il mondo et sono l'anima delli affare publici ; nia in Villeroy piu si confida il Be » Bibl. nat. ms^ f* fr. 3071 f» 106. Lettre du 9 février 1586*
(5) Revue de Champagne, Kôixi 1879, p. 133. Lettre du 25 mars 1585.
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vell^ impositions abolies et toutes crèues ostées, depuis le règne du Roi Louis XII. » Le programme était séduisanu Aussi, écrivait Brulart, « si Dieu n'a pitié de nous et qu'il ne nous destourne d'aller en ce malheureux jeu oii il semble qu'on veuille nous précipiter, cet État est perdu, pour le moins divisé en tant de pièces que sa force demeurera du tout abattue (1). »
La prise d'armes était fixée au 6 avril (2). Aussitôt TauUK rite du duc de Guise, chef militaire du mouvement, fut reconnue en de nombreuses villes et de toutes parts arri* vèrent des adhésions que Ton chercha à provoquer (3). <i Évidemment Dieu favorise nos desseins, écrivait le duc de Guise au duc de Nevers, vu les bonnes nouvelles qu'à toute heure nous recevons. Tout va bien. La Ghastre s'est remit avec nous, plus embarqué quo nul autre. >»
Pour disposer les esprits à entrer dans le mouvement, on fit circuler des libelles : « Tappast avec lequel on attire le menu peuple, écrit Palma-Cayet, ce sont les petits livrets que l'ofl sème, qui, selon que la nouveauté lut plaist, se la forme tellement en son esprit, qu'il est impossible de lui ester et principalement oh il y va de la Religion. On en fit de tant de sortes, que tout le menu peuple s'embarqua comme de luimesme en ceste ligue, et la lecture de ces livres n'estoit que
(1) /6. p. 136. Lettre du 2 avril. — Le 30 mars il avait écrit « je vous diray bijcn que je croy que nous sommes au plus malheureux et misérable temps que nous fusmes jamais >» ib.p. 135.
(2) Brulart écrit le 30 mars au roi. « Je vous advise que le jour que ceulx de la Ligue doivent monter à cheval et prendre les armes est le 6«« de ce moys. » Correspondance de DintevUle dans la Revue de Cham pagne. Août 1879, p. 135. Joyeuse signalait dans le Vivarafs « plusieurs sortes d'assemblées et levées de gens soubz le nom de la Ligue» » 13 avril 1585. Correspondance inédite du Vicomte de Joyeuse publiée par M. E. de Barthélémy, 1876, p. 96-97.
(3) A Verdun notamment où les habitants se soulevèrent lorsque le duc de Guise se présenta devant la ville avec un bon nombre de chevaux; le Roi en fut très attristé. « La quai nuoya iniendo eh*è statA moleslissima al Re, Décrit le Nonce. Archives du Vatican, Letteredel Nunzh et altri di Francia dall 1587 à 1698, t. XX, p. 18. Lettre du ^ avril ïm, ib. p. 73.
PRELIMINAIRES i i
le fusil pour allumer le feu de la sédition future et pro-* chaîne (1). » A Troyespour « émouvoir le peuple oisif et ayant le vin en corne », on répandit le bruit que la contrée était pleine de huguenots.
Tous ne furent cependant point séduits et le Nonce en France, Mgr Jérôme Ragazzoni écrivait : « Plusieurs partisans des Guise, sont un peu ébranlés lorsqu'ils voyent occuper les places fortes et introduire dans le royaume des soldats étrangers, lourde charge pour les peuples. Ils craignent qu'il ne s'agisse plustôt d'enlever au Roi son sceptre que de défendre la Religion (i). ».
Malgré Tor du Roi d'Espagne (3), le mouvement n'avait point partout réussi. Metz resta en l'obéissance du Roi/ quoique l'entreprise fut « quasi exécutée pour surprendre la ville ; » à Bordeaux le commandant du Château-Trompette fut surpris au moment de le livrer; à Marseille, un consul voulant introduire dans la cité le Comte de Vins, chef des Ligueurs, fit mettre à mort plusieurs protestants (parmi eux était son propre frère), afin d'exécuter, disait-il, l'ordre du Roi. Maïs lorsque ses collègues lui demandèrent de voir cet ordre, le consul se troubla : ce trouble amena des soupçons et le lieutenant du Roi fit immédiatement arrêter, juger et décapiter te consul, avec huit de ses complices (4).
Néanmoins, et malgré des échecs partiels, le succès desi Ligueurs fut on peut le dire général. Le Roi en éprouva la plus pénible impression, car dans cette levée d'armes il vit
(1) Palma-Cayet, Chronologie novennav^, p. 3S-39.
(2) « A Guiaianis parm>us quidam qui cis favebant parumpcr jvidGntnr alienatt cum perspiciant multa ab eis oppida, munitasquc urbos, indiesoGCupari ctexternum ab eis militem in rcgnum induci, quo popali ac regioncs jam vcxati magnopcrc cœptae snnt et vercantur ne de regni sccplro agatur poUus quam de religione. « Arcb. du Vatican leltere di Nunzio etc, l. XX, p. 33.
(3) Quitltâce de 300,000 écus,.4inai 1585, M. de Crozc, les GuitCt les Valois et PhUippe II, i. II, p. 346.
(4) Archives du Vatican Lettere del Nunzio, t. XX, p. 18. Lettre du 29 avril lîîfô, Le duc (Je Nevers, en route pour l'Italie devaiti dit-on, 9ec<Hlder le .mouvement* • . ; . .:
pne entreprise dirigée contre sa personne et le royaunne (1). Chacun craignait qu'elle amenât la ruine conaplète de la France (2).
Le Roi comptait « par les plus doux et gratieux moîens essaier d'j remédier,mais aussi il ne voulait, ni pouvait^ négliger ceulx de la fprçe.o) Les réponses des commissaires en voy es dans les Provinces pour « entendre et apprendre en quel état sont toutes choses » furent d'abord satisfaisantes (3), beaucoup de villes protestèrent de leur fidélité et le Roi les remercia, puis il publia une déclaration pour recommander la paix et engager ses sujets à se grouper autour de lui. Afin d'y contraindre les récalcitrants, il fit lever des Suisses, mais ceux-ci refusèrent de venir^ si on ne leur payait trois mois de solde, et s'ils n'étaient accompagnés d'une bonne escorte de cavalerie. Or, on ne savait comment les satisfaire. Heu* reusement le riche banquier Zamet (4) mit à la disposition du Roi soixante mille écus d'or et Henri lll prescrivit Ténr rôlement de dix compagnies de chevau-légers dont « il nomma capitaines dix seigneurs desplusqualifiés de la Cour (S). » Toutefois on arma lentement car « il n'y avait pas d'argent, pas de vieux soldats, ni de capitaines de valeur ; on était à la guerre civile (6), » et l'ambassadeur de l'Empereur, Auger Gislain, baron de Bousbecque, pouvait justement écrire ;. « Tout est ici dans l'épouvante d'une guerre subite h laquelle on ne s'attendait pas. Le Roi Ta devant les yeux sans Tavoir prévue (7). »
(1) 0 Je vous advisc que les auUseurs des troubles continuent à s'emparer des villes et places de mon royaume où ils peuvent entrer. » Lettre du roi à S. Couard» 29 avril 1585, Bibl. nat.. ms. fonds franc. 16.045, f» 33.
(2) 1^ Ognuno teme che questo movimento sara Fultima rovina di Franeia. » [Abel Desjardins, Négocialion* diplomatiques de la France avec la Toicane, t. IV, p. Cf08. LeUre de Cavriana, 2 avrU 1585.
(3) Bibl. nat. ms. f. fr. 3309, P» 8, 10, U, ii, 13.
(4) Un cordonnier devenu millionnaire.
(5) Archives du Vatican, Leltere, XX, p. 33, L. du 23 mai 1585.
(6) A. Desjardins /. <?., t. IV, p. 607 « Siamo alla gucrra civile. »
(7| Archives curieuses de l'histoire de France par Cimber el Danjou, t. X, p. 130. Lettre du 25 avril 1585.
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En même temps, et par une conséquence h prévoir, Henri III, menacé par les catholiques, se rapprocha du Roi de Navarre, et on vit ses familiers^ unis par une commune répulsion contre les Ligueurs, frayer amicalement à la cour avec les seigneurs protestants (1).
Le Roi de Navarre, plus directement attaqué par le manifeste de la Ligue, avait comme Henri III, transmis aux Parlements et autres corps notables du Royaume une déclaralion afin « d'empêcher les calomnies de se répandre (2). »
Le Pape Grégoire XIII venait de mourir le 10 avril 1688. Par Torgane de son Secrétaire d'État, Tolomeo Gallio, appelé du lieu de sa naissance, le Cardinal de Come, il avait loué le zèle des catholiques et manifesté l'espérance de les voir conserver la Religion; mais il ne s'était pas engagé davantage (3) et comme les Ligueurs parlèrent de la parti-
Ci) Archlv. du Vatican L c, t. XX. 33. « Régis îpsîus famiiiarcs vcrsari cunn eis domesUce animadvértuntur. » Lettre du 23 mai 1585.
(«) Letirei mUsives dCHenri IV, t. II, p. 71. Lettre du 10 juin 1585.
(3) Le Comte d'Olivarès écrivait alors : le Pape m'a dit qu'il « ne blâmait pas » l'envoi d'argent fait par Philippe II aux Ligueurs. Baron de Hubner» Sixle-Quint, t. III. p. 0» Philippe II répondait à Olivarès : « Je suis ehamné d'apprendre que Sa Sainteté ne blâme pas le secours que je prèle aux catholiques de France et qu'elle l'approuve plutôt. » (t6. p. 11.)
M. Eug. Alberi (Vita de Caterina dé Medici. Florence 1838, p. 431) a publié une lettre deCavriana au chevalier Belisaire Vinta, du 5 août 1585 où on lit : « S. Padre non è dell'umore (come odo) del morto ; e i ministri ebe sono allintomo di lui, non sono délia Lega, ne vogliono inlendcsi di questa cabala.... Noi non crediamo chc ci siazelo de religionc ma si bene di vendetta, d'ambizione, di avarizia. »
Niccoliifi, ambassadeur du Grand duc de Toscane, écrit le 27 avril 1589, que Sixte V lui a dit « n'avoir jamais autorisé ni approuvé leurs armes, que Grégoire XIII lui-même ne l'a pas fait. Il n'a trouvé aucune lettre de lui à ce sujet, mais seulement de simples lettres du cardinal de Corne. »
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cipatioD du Souverain Pontife à leur prise d'armes, comme le Roi s'en plaignit au Nonce le 4 avril, le Pape donna à son représentant Tordre de démentir ce propos, car il n'était pour rien dans le mouvement (1). Henri III reçut cette déclaration « avec plaisir, car, dit-il, les paroles recueillies de plusieurs côtés lui avaient donné du soupçon, mais il n'avait pas cru trouver en cette affaire la main du Pape et il était convaincu qu'il ne Ty trouveroit jamais (S). »
Quatre jours après la mort de Grégoire XIII, Sixte V (Félix Peretti) monta sur le trône de S. Pierre (24 avril 1585) et le Cardinal Rusticucci (3), « qui est du tout dévotieux à M. le Cardinal d'Esté » protecteur de France, remplaça comme
A. Desjardins ^e^' dfpl., l. V,p. tl8. Le Cardinal Pellcvé lui-môme écrivait à Viileroy le 8 mars 1585. « Je ne vous respondray qu'ung seul mot de ce que l'on présume, ou plutôt est creu que ces rcmuments de France ont esté basUs à Rome. J'ose vous dire, et par toute asseurancedlionimc dlionnear etdliomme de bien, qu'il n'est point mémoire qui! y ait uug Pape il y a longtemps en ce siège plus dévot, ny phis affectionné à U personne du Roy et de son Estât qu'estoit feu d'heureuse mémoire, Grégoire treizième, ne qui ayt eu le Roy plus à la bouche et au cœur. » Fibl. nal. ms. t. fr. fO.a», P 15-
(1) Archives du Vatican, /. e. Lettre du 9 avril 1585. M. de S. Govtwrd écrivait: (Dépêches originales de Jean de Yivonne, Bibl. nat. ms. f. f. 46.045 fr 25 ; une partie des Lettres d'Henri III à Vivonne qui est dans ce ms. ont été publiées dans la Revue rétrospective ^ t. VIII, p. 233-435 ;) « Nous avons cherché de toutes parts si le Pape avait eu l'iatelUgence en Ces remuements, mais il est très asseoré que non, qu'EUc n'en eust quelque communication par quelqu'un qui pourrait avoir bonne correspondance, avec les moteurs dédits remuen^ents résident ici, je n'en double aucunement. » Le 7 juin 1585 S. Gouard écrit : • S. S. m'a dit que le feu pape Grégoire s^senrement savoit Tentreprinse et en estoit consentant, non toutefois qu'il n*cust rien dépesché en sa faveur. » ib^ f* 52 v<**
(2) Arch. du Vatican Uttere del Nunzio, t, XX, p. 16. 29 arrtt 12» «. Mi parve poi non poter se non giovare il comrounicar à la IfaesU sua quéùo chc V. S. Ilmi scrive con le suc ultime lettere de li VIIU del corrente intomo a (^uesti nuovi motti d'armi. Il che mostro U re udir con piaeere, et rispose che la grandezza del pericolo et le parole cbe inteddeva da moite parU Iliavevano fotto dubitare ; ma che havea giamaî creduto che qucUa S. Sede havcsse mano in questo négocie, si corne si persuade che non l'haverà per Tavenire. »
(3) Né en 1537 mort en 1603. C'est « un très honnête Seigneur qui monstre estre bien intentionné et porter beaucoup de respect des alfidi^ de V. M. » écrit S. Gouard. BibL naU tn« f. f« 16-045, f» 124.
PRÉLIMINAIRES l^
Secrétaire d'État le Cardinal de Gome auprès duquel le Cardinal de Pellevé, archevêque de Sens^ très dévoué aux Ligueurs, avait obtenu un assez grand crédit* Il ne devait plus en être ainsi.
Troiis jours avant rentrée des Cardinaux au Conclave, Jean de Vivonne, seigneur de S. Couard, nommé le 23 mai 1884 ambassadeur du Roi de France, était arrivé à Rome le i 8 avriH585(l).
Il put entretenir bientôt le nouveau Pape et lui demanda d'embrasser la cause du Roi, sans prêter l'oreille aux perturbateurs. « Je puis assurer, écrivit-il, que Sa Sainteté a fait à cela un très bon visaige, » et Elle parla des « mauvais desseings, de ceuk qui se gouvernent si mal à l'endroit de Sa Majesté : il n'y a pas à se fier k eux, mais à s'en garder. » Au dire de l'ambassadeur, Sixte-Quint accusa même les Cardinaux de Sens et de Corne d'avoir malheureusement influencé son prédécesseur à exciter les Guise (2).
Les Espagnols de leur côté se remuèrent beaucoup : « leur parti estai fort et. celui du roi de France si faible, qu'il est ^en à craindre, écrivit le sieur de S. Couard, de les voir £aire autant de ce pontificat comme ils ont fait du passé (3) ». L ambassadeur signala plus d'une fois k les très mauvais déportements» du Cardinal de Sens qui « pousse et pillotte » le Cardinal de Vaudemout et les menées d'un (c mauvais garson » Jean de Piles, abbé d'Orbais. Tous trois répandaient « mille horribles et calomnieux mensonges (4) n.
[i) Né an château de Pisany en Sointonge, en li$30, mort en IÎS99. Marié à une SavcUi de Rome, il f^t le père de la célèbre nrarqnise de Rain« bouiltet. (Y*^ Guy de Brémond d*Ars, Correspondant du 29 mars 1883.)
(3) « Il papa dice che i cardmali dî Sens e di Como fecero fare a Gre* forio qu^lo errore di mettere du i Gntsi a mnoTere l'armi contre il Rc.» Lettre d'Alberti, Evéque de GortonCi 15 février i59S. Ab. Desjardins /. c,
(3) BibI, naf. ms. t. fr, 16.01!^ f» tH.
(4) 16. (^ 99, «i il y a id nngtrès mauvais et pernicieux instrument qui s^pjielle PHes, aultrement l'abbé d'Orbais» chanoine de Paris. » /*. f»2ii et encore ^ 69. ^ 99. Dans ses lettres à Villeroy, le cardinal de Pelleré n*était pas le sujet rebeUe que &. Gouard désignait à la yengeance royale.
Mais loin de soutenir les mouvements des Ligueurs, Sixte V offrit à Henri III ses troupes et même « son propre sang » pour l'aider. Toutefois lorsque le duc de Nevers se présenta à Rome pour défendre les intérêts des catholiques, il fut admis à Taudicnce pontificale. Le Cardinal Alexandrin lui avait même, comme de son propre mouvement, écrit de venir, et le duc de Nevers, arrivé le 2 juin, avait été accompagné du P. Claude, religieux de la Compagnie de Jésus, partisan dévoué de la Ligue. Le Cardinal de Bourbon et ses adhérents,
dit le duc, étaient prêts à remettre tous leurs intérêts entre les mains du Pape, si le roi voulait faire de mêma : pour eux ils désiraient servir le Roi, mais comme Sa Majesté voulait employer les huguenots, on ne pouvait s'entendre.
H. de S. Couard fut très contrarié de la position prise par le duc de Nevers. « Sa Sainteté s'est laissée merveilleusement persuadée à ces gens, écrivit-il^ et Elle croit que la seule intention des Ligueurs est de chasser les huguenots du royaume. » Cependant Sixte V, plus réservé que son entourage, (1) condamna leur manière d'agir. « Ils ne se sont pas, bien gouvernés au commencement de leur entreprise^ dit-il, elle aurait dû être consultée, délibérée, déterminée avec le roi. » Aussi il ne voulut pas envoyer un Légat pour assister les Ligueurs comme ceux-ci l'auraient désiré, et dans sa réponse aux lettres du Cardinal de Bourbon apportées par le duc de Nevers (15 juin 188S), il exprima « son chagrin
« Je désire que les Ligueurs soumetlent toutes leurs forces au service de S. M., écrivail-il le 17 Juin 1S85, et qu'ils s'unissent avec Elle de cœur pt d'affection et avec persévérance. » Ms, f. fr. 16045, f» 79.
(1) S. Gouard écrivait au Roi le 7 juin 1585 : Je doute que l'intentioii du Pape soit très bonne, ... entouré de {2;ens qui me sont tous suspects et souffrent que tous parlent et se monslrent à t>ouchc ouverte, partisans de ceulx qui se sont ainsi desbandez. » Bibl. nat. ms, f. fr. 16045, P» 63.
Le Pape fit défendre par le Maître du Palais Apostolique Timpressiop à Rome de la déclaration de la Ligue que le Cardinal de Sens eut voulu publier. Le P. Claude fit une traduction • ilaliennç qui .parut i Parme. S. Gouard écrivait le 4 juin au Roi : »< le Pape a dit avoir yoldtitiers et de bon cœur receu, vcu et ouy les courtpises paroles portée» dans les dites lettres du Roi. » Bibl. nat. ms, f. fr. 16045, fo 50.
PRÉUMIN AIRES ^17
extrême des troubles survenus en France, car son plus grand désir était de voir le royaume jouir de cette paix véritable où les âmes unies entre elles, pratiquent la religion et défendent TËglise ; » il loua le zèle des Catholiques, mais il leur recommanda de n'avoir^ comme ils le proclamaient, d'autre dessein que de conserver à la Religion son rang et son État. « Dans vos pensées, dans vos actes, vous devez avoir une intention droite, prendre pour rappliquer des moyens honnêtes, respecter le rang et la dignité des personnes, et par dessus tout reconnaître avec respect et obéissance Tautorité et la dignité du Roi. Si on manquait à un de ces points, il y aurait faute grave : tout le monde désapprouverait et ni le royaume, ni les catholiques, n*y trouveraient profit (1). n
11 était impossible de donner des conseils et plus sages et plus appropriés aux circonstances, aussi le duc de Nevers partit très peu satisfait et « sans espérance de voir Sa Sain* teté entrer plus avant en la cause des Ligueurs (2) ». Mais Tambition, ce mobile puissant qui ouvre soudain l'esprit aux combinaisons propices, donna alors à ces derniers Hiabileté de se couvrir du nom et de Tautorité du Roi de France. Pn>* olamer le Roi chef de leur Ligue, n'était-ce point pour les Guise grandir leur influence et diminuer celle des favoris^ les ducs de Joyeuse et d'Epernon ? n'était-ce point s'assurer la domination sur un monarque foible et irrésolu ? tel fut le plan.
Henri III voulut-il le mieux connaître pour le déjouer, ou en fut-il séduit? Quoiqu'il en soit, il laissa tout faire pour hftter sa réussiste ; il prit même l'avance et envoya sa mère
(i) Arcli. dû VaUcan, Sixtt V Regesium an I. Ep. 51 t. XXX, f» 46. Je Fai publié dans la Revue des questions historiques, janvier 1880, p. 156. Le comte d*01ivarès trouvait cette pièce « plus tiède et incolore qu*OQ Tout souhaité; toutefois, dit-il, elle est jugée suffisante pour le but qu'on a en vue. » Baron de Hubner Sixte Quint (3 vol. in 8* Paris 1870,) t. III. p. 5. L'ambassadeur de Franco avait déconseiUé renvoi d'un bref car, disait-il, « il suffisait aux Ligueurs d'en avoir un pour tromper, quelque soit sa teneur* » Bibl. nat. ms, f. fr. 16045, PTH.
(2) Bibl. nat. f. fr. ms. 16.045, f«90.
18 LA UGUB
ouvrir avec les princes Lorrains des négociations à Epef nay. « Le seul et unique remède, avait écrit au Roi le 21 mars M. de Dinteville, son lieutenant en Champagne^ est que là Reine votre nrère interpose sa noédiation et son autorité (1). » Le Roi suivit ce conseil et Catherine partit de Paris le 30 mars. Mais avec qui traiter ? car le duc de Lorraine venait de retourner chez lui (2) et le duc de Guise devait arriver seulement le 35 avril, résolu à être prudent a à donner de bonnes paroles pour entretenir, mais à se tenir clos et couvert. » La Reine voulait donc revenir à Paris, mais un ordre du Roi, très désireux d'arriver à un accord, la fit demeurer à Ëpernay. «On ne sait pas, écrivait le Nonce, comment à présent on pourra s'arranger, surtout lorsqu'on voit chaque jour les actes du parti révolté (3). »
Cependant Catherine pressa le duc de Guise de venir a pour pacifier les choses, non pour les aigrir » et l'Archevêque de Lyon, Pierre d'Espinac, donna au duc le conseil de ne pas s'abandonner à la défiance très grande en laquelle plusieurs avis l'avaient poussé. Le duc de Guise et ses amis arrivèrent, mais après cinq jours de discussion, la Reine dut avouer qu*elle n'avait « rien gagné sur eux, cramponnés à ia révocation de l'édit de l'exercice des prétendus Réformés (4) >».
(i) Carrâipondance de U. dé DîntevilU, publiée par le Comte fi. de Barthélémy, Revue de Champagne, août 1879, p. 128.
(2) Le Duc favorable aux catholiques tenait à rester encore neutre. Intervention de Charles III duc de Lorraine dant les affaires de la Ligue par M. Henry, 1864, p. 10.
(3) c La Regina Madré che voloa tomarsene, se nesta tuttavia ad fispêrnay, con nuovo ordlne dcl Re, che mostra di desiderar grandemente che si venghi pure a qualcho accordo; ma il duca di Lorena è tomato a casa sua, ne si scopre che sorte d'accordo potesse seguir al présente, vcdendosi massimamentc le cose che si fanno faeendo ogn*hor, per ia parte soilevata » (Arch. du Vatican, Lettere^ t. XX, p. 10. L.ettre du Nonce du 29 avril 1585.) Sur toute cette négociation voir un mémoire de M. le Comte E» de Barthélémy^ écrit d'après les documents, dans la Re^ue des questions historiques^ avril 1880.
(4) « Résumé de la Conférence, tenue à Sarry, maison de i'Evéq ue de Chalons, le 12 mai, entre la Reine mère assistée du duc de Raiz, de Tarchevéque de L\on, de MM. de Lansao, de Leaoncourt, des Cbastelliera, Myron, en présence du duc de Loraine avec les Cardinaux de
Catherine était très désireuse « de faire quelque chose de hou, afin, disait-elle au Roi, que vostre pauvre peuple peust estre bientôt déchargé de tant de maulx; » mais sa conviction était arrêtée : « Le duc de Guise ne cherche, disait-elle, qu'à allonger la négociation et à Tentretenir de paroles, sans rien faire. » En effet le 16 mai, au lendemain du jour où Miron était parti pour porter au Roi un projet de trêve, le duc vint trouver la Reine « par les champs, quand elle allait à la messe à N.-D. de TEpine; » et cherchant à Tintimider, il remit en question tout ce qui avait été fait, puis le 18 il alla assembler toutes ses troupes « afin d*estre prêts, disait-il au duc de Nevers, à conclure les choses le bâton à la main (1) ». u La Reine nous parle de paix, écrivit un jour avec franchise le Cardinal de Bourbon, mais nous demandons tant de choses pour le bien de notre religion que nos demandes, jele crains, ne seront pas accordées )» facile pronostic I Quand Uiron retourna le l""' juin à Paris pour apporter les dix-neuf articles exigés par les Princes, le roi après les avoir lus, les déchira en colère (2). Mais il fallut en passer par là, et, après avoir tenu conseil, Henri III envoya à sa mère M. de Villequier, gouverneur de Paris. Etait-ce pour porter de nouvelles conditions ? On le crut généralement. Etait-ce pour accéder à celles présentées? Plusieurs le pensèrent : Les deux opinions se répandirent et toutes deux vinrent grandir les espérances de la maison de Guise. D'ailleurs leurs for-
Bonrbon et de Guise, le duc de Gnise, assistés de TEveque de Ghalons, président Jcanin, MM. de Martinvault, de Maineville et de MondreviUe » Bibl. nat« ms, f. franc S403, f> S4.
(i)/Wrf.P>e2.
(2) Le Nonce écrivait alors an Vùpc : « Quœ autem fuerunt ea capitula quee Régi adeo displicuenint, non tam dicuntur ad Religioncm perUnerc quftm ad privatos mullos provinciis, oppidis, fàcultatibus muniendos et omandos» cum aliorum etiam deirimcnto ac prœserUm Joiosœ et Spcrao^ nis ducam, qtios suis prôptcrea muneribus privare necesse erit. «Archives du Vatican Lettere, t. XX, p. 324 Lettre du 19 mal 1585. Quatre jours après il écrivait x « nmlto majores conditiones quœ ad privata moda pertinéant, ab els dicuntur postulari. » Ibid. t. XX, p. 34. Lettre dii 23 mai 1585. Le Nonce [ib, t, XX^ f» 3!) relate les articles proposés « pcr la parte dei signori sollevati. »
âO U LIGUB
ces, selon la remarque du Nonce, augmentaient par U certitude d'avoir jusqu^aux environs d'Epernay un grand nombre de soldats allemands.
Le duc de Guise, après avoir arrêté Schomberg, le chef des rettres du roi, (1) essaya ou feignit de rompre les conférences, car une fois il s'emporta jusqu'à sortir de la salle de réunion. « Les princes montrent bien ainsi, dit la Reine, avoir autre pire dessein qu'un chacun connaissait clairement. » Mais, disait le Cardinal de Bourbon à Catherine de Médicis, « le plus grand regret qu'il soit jamais entré dans nos âmes, a été de nous voir hors des bonnes grâces de V. M. et contraints de faire chose qui luy peut aporter {{uelque desplaisir. Notre intention ne fut oncques d'entreprendre ou penser quelque chose qui fut contre son service (2). »
Avec de pareils procédés, mélange d'insolence et d'obséquiosité, il devenait facile de s'imposer; à Paris d'ailleurs on craignait, à cause de la cherté des vivres, un soulèvement parmi le peuple. Â l'approche des troupes du duc de Guise, la populace « qui forme dans la capitale une multitude presqu'infinie (3) », ne se porterait-elle pas au pillage? et comme les soldats du Roi, répandus dans les villages voisins, causaient déjà mille vexations aux laboureurs, de toutes parts des plaintes s'élevèrent et les personnes riches se préparèrent à se défendre les armes h la main.
Aussi, le Roi céda et consentit à tout. « La principalle considération que j'aye eu en pacifiant ces derniers événements, écrivait Henri III, a esté, après l'honneur et la gloire de Dieu, la compassion que j'ay de la misère de mon pau-
(1) « Mgr Somberg, chc è stimato qui cape dc'Restri, è partilo {rfa IHI giorai, con provisionc per polizc dci particolari di âOO mila scadi, a iinc di operar chc gli Restri incapcrati da signori di Guisa non si muovino. » Archives du Vatican UUere, t. XX, p. 20, Lettre du 29 avril i585.
(2) Bibl. nat. m*, f. fr. 3402, f« 43.
(3) « Nec minus prœdam formidanl ab ipsa inflma urbis plebc qas? inlinilam propc hominum multiludinem conficit. Quarc domus multa locuplctcs armis et etiam milite parantur et inslruuntur. Arch. du Vatic Letlere t. XX, p. 32, Lettre du 19 mai 1585.
PKËLlMirCAlRES 21
vre peuple, qui a beaucoup souffert, je scay, depuis cette dernière prise d^armes (1). » Gomme Henri III, Catherine supportait tout, dissimulait et se taisait (2).
Les conventions arrêtées à Épernay le 20 juin, furent, le 7 juillet 1585, signées à Nemours (3). Tout autre culte que le culte catholique était interdit et tous les protestants devaient dans un délai de six mois, et sous peine d'exil, faire profession de catholicisme, ou quitter le royaume. Les chefs de la Ligue devaient licencier leurs troupes et le Roi, à la . tête des catholiques, devait contraindre les protestants à restituer leurs places de sûreté (4).
Le 18 juillet, Henri III fit enregistrer TÉdit au Parlement (5). C'était, a-t-on dit, remettre la couronne aux mains du duc de Guise. « Le Roi estait à pied et la Ligue estoit à cheval. » Cependant le Roi d'Espagne demandait avec inquiétude « si le traité n'aurait pas pour but de désarmer la Ligue (6). » Le Roi de Navarre ne le pensait pas et dès le 21 juillet il écrivit au Roi pour lui reprocher sa faiblesse et à la Reine mère pour s'en plaindre. Il provoqua le duc de Guise en combat singulier et appelant les Suisses- à son aide «pour la défense du Royaume », il rassembla des troupes et des munitions de guerre (7).
(1) Bibl. nat. ms. f. fr. 3309, P> 20.
(2) A Desjardins Négoc. diplom. t. IV, p. C03.
(3) Damont Corps diplomatique, t. V, p. 453. Haag, la France proies tante Pièces jusUflcatives, p. 184.
(4) Cavriâna écrit à Vinta le 9 juillet 1585: « DeUi articoH di pace.... la somma consiste in questo che quesU di Guisa'averanno eserciti c saranno pagati dal re ; si rompera la pace cogli UgonoUi. » Abel Des jardins ^é^oc. dipl. L Vty p. 616.
(5) Le discours du Roi au Parlement, traduit en italien, est aux Archives du Vatican Lettere, t. XXIII, f^ 39.
(6) Hubner l. c. t. III, p. 223. LeUrc du 2 août 1585.
(7) Lettres missives, t. Il, p. 92, 97, 96, 90, 99, 112, 119 « faites faire force pooldres; fiites la plus grande levée que vous pourrez. »
îi LA LIGUB
Dégager le Roi des mains de ses favoris liés avec les Huguenots, et unir les catholiques autour du Roi, c'était assurément suivre une politique juste et féconde en heureux résultats. Sixte-Quint n'en avait pas d'autre et il approuva le traité de Nemours (1). Mais comme il trouvait Tattentat des Ligueurs « véritablement extraordinaire, » il ne se fit pas illusion sur la solidité de l'accord intervenu entre le Roi et les « soulevés » de son Royaume (2). Autour de Henri III, personne non plus ne croyait possible de terminer définitivement la guerre : « c'est emplastre sur emplastre pour adoucir le mal, non pour le guérir... Jamais on île pourra être bons amis, disait le médecin florentin Gavriana, toujours il y aura défiance et avant peu il y aura un malheur (3). »
(1) Lorsque lo Cardinal de Boarbon et le duc de Guise écrivirent au Pape pour Justitier leurs actions et lui annoncer que le Roi se faisait chef de la cause commune, Sixte V répondit le 23 Juillet 1585 en louant le zèle qu'ils exprimaient dans leur lettre. Archives du Vatican Reg, Sixti Quinii an I. Ep. 62. La lettre du Cardinal et du duc avait été remise par les Cardinaux de Sens et de Vaudemont le 16. — Lettre de S. Gouard. BU)l. nat. ms. f. fr. 16.045, f» 105.
(2) Mémoires de Nevers, U L p. 678. Il y a dans cet ouvrage dee lettres contenant des conversations très intéressantes ; mais ces lettres n'ont que le malheur d'être fausses, comme Ta démontré M. le Vicomte Guy de Brémond d^Ars (Une question de eritiqtie historique dans la Revue des questions historiques, 1» Janvier 1884, p. il6 «- 234.) M. de Brémond admet cependant que le faussaire a prêté aux personnages des discours qui, d'après leurs sentiments respectifs, auraient pu être vrais* Le 17 Juin S. Gouard annonce au Roi le dessein du Pape de lui adresser une Bulle « par laquelle on exhorterait tout le monde à concourir avecque le Roi et luy donner tout confort et ayde contre les Huguenots, excommunians tous ceulx qui y feraient faulte ou luy donneraient aucun empeschement, et que, rompant ladessus avecques les Huguenots, eUe ferait que tous ces CoUigués se joindroicnt avecques elle et luy rendroient toute sorte d'obeyssance, luy remettant entre ses mains toutes les places dont ils s*estoient saysys et que je lui disse mon advis » Bihl. nat. ms. f. fr. 16.045, f« 82. .
(3) Lettre du 4 août 1585, Desjardms Négoc. dipl. t. IV, p. 621.
prAlibiinaires 33
Gepeadant Philippe II chargeait son ambassadeur à Rome, k comte d'Olivarès de presser le Pape de priver le prlnee de Béarn de la succession au trône de France (1). Les Ligueurs le demandaient également. L'examen de cette question était commencé et quoique Sixte V tint h ne point paraître obéir à des injonctions, Olivarès était certain que la bulle serait publiée (2).
Le Roi de Navarre s'en doutait également et ce n'était point, vu son caractère, une bonne disposition pour recevoir les ouvertures deMgr deLenoncourt, évêque d'Auxerre, et de l'abbé del Bene venu avec le Président Brulart et M.de Poigny, pouT lui conseiller de se convertir et de faire la paix (8). 11 était menacé : il entendait combattre. Tout à l'heure il pa« raissait prendre en pitié ses' adversaires : « Si ceux de la Ligue ne font mieux que ce qu'ils ont fait jusques icy, disait-il^ je leur conseille de ne pas s'en mêler (4). » A présent il écrivait lettre sur lettre pour recruter des soldats : « On a fait la paix sans moi et contre moi, disait-il h l'un de ses confidents (8), faites la plus grande levée de rettres que vous pourrez, le plus de Suisses possible (6) », et il adressait un appel aux Princes allemands en reprochant à Henri III d'avoir, au préjudice de l'édit de paix de 1877, manqué à sa parole.
Sixte-Quint s'inquiéta de ces préparatifs, car il voulait réellement tirer d'embarras le Roi de France. L'agent du due de Ne vers le constatait (7) et Tambassadeur d'Henri III écri-
(i) Enbmr Sixte Quint, t. III, p. 1. Lettre du 20 Juin 1985.
(3) Sixte V répondit au Cardinal de Vaudemont- " Nous no devons pas» nous ne voulons pas le faire. » Olivarès* disait : « Que la Bulle soit faite, c'est ce que Je tiens pour sûr. » Hubner /. c. t. III, p. 7 et p. 2î0.
(3) A. Desjardins Négoc. dipL t. IV. p. 590.
(4) Lettres missives, \. II. p. «2, Lettre du 4 Juillet î»85. (») Ib. t. H. p. 87, Lettre du 10 juttlct 1583.
je) Ib, t. II, p. 113. Mission donnée à M, de Ségur pour former en Europe une union protestante afin de contrebalancer la Ligue catholique. M. de Ségur correspondait également avec Jacques VI roi d'Ecosse et les seigneurs du pays ( cf, T(ïulct Relations politiques de la France avec r Ecosse, i niett.V.)
(7) Lettre de Volta, du 8 oct. 1589. Bibl. nat. ms. l flr. 3974, r> 83.
vait : « Le Pape marche de fort bon pied, et pourvu que Y. M. ne le sollicite point trop ardemment du côté de la bourse, il n'y a rien qu'elle n'en doive espérer ; il prend plaisir à décrier les Ligueurs et les appelle Espagnols. Votre Majesté, dit Sa Sainteté* les devrait faire chasser exemplairement et mettre entre les mains de ses Parlements pour leur apprendre à se jouer de leurs maîtres. »
Un incident faillit troubler ces bonnes dispositions, Sixte- Quint désirant rappeler son Nonce, Mgr de Bergame (1), parla de le remplacer par Mgr Fabio Mirto FrangipaDi, archevêque de Nazareth. L'ambassadeur de France, auquel on en parla au mois de juin, ne fit-il aucune observation, ou « pour rompre le cou au voyage », objecta-il la qualité du Prélat napolitain, sujet de l'Espagne par conséquent, et dès lors ennemi naturel de la France? On ne sait, car ces deux points furent affirmés (2) ; quoiqu'il en soit, malgré les réclamations de la cour oii l'archevêque était accusé d*avoir mal parlé du Roi et de pencher du côté de ses adversaires, le Pape maintint son choix, tout en promettant de trouver une occasion de rappeler prochainement ce Nonce, si on n'en était pas satisfait. L'ambassadeur fut d'avis de se contenter de cette promesse; malheureusement Henri III avait ordonné à l'archevêque déjà à Lyon, de ne pas continuer son chemin. Or Sixte-Quint était vif. Instruit de ces faits le ii juillet, il donna le 28 à l'ambassadeur l'ordre de sortir de Rome le
(i) L'Ambassadeur écrivait au Roi : « Je scray bien marry, si on loi oste d'auprès d'EUe TEvéque de Bergame parceque j'entends qu'il se portoit fort bien en ses dépêches. » On le tenait à Rome pour « fort homme de bien, bien qu'il feust trop froid.» Bibl. nat. ms. f. fr. 16405» 1«»5.
(2) TempesU, Vita di Sisto Quinto, 1. 1, p. 1S9 dit que ce fut le cardinal Ferdinand de Médicis qui pour se venger de certain3 propos de l'archevêque de Nazareth conseilla au sfeur de S. Gouard de revenir chez le Pape refuser d'accepter l'archevêque comme Nonce. Cf. Lettre d'Alberti Evêque de Cortone 26 juillet 1586. A. Desjardins Négoc, diplom. t. V; p. 13 et une note p. 14 d'après le récit du Pape. Aiberti dit à cette occasion du sieur de S. Gouard : u è réputato matto da tutti quelli che lo conoscono et l'hanno bene in pratica. » Ce n'était pas Tavis de tout le monde.
jour même, et des États de rÉglise avant cinq jours; « inconsidérée et mauvaise délibération » selon le mot de S. Gouard, qui ne fut pas approuvée, même en Espagne, écrivait au Doge un des agents de Venise (1). Le Cardinal d'Esté, protecteur des affaires de France (2) et lé Cardinal de Rambouillet s'efforcèrent de foire revenir le Souverain Pontife sur sa décision ; mais Sixte-Quint consentit seulement à ce que S. Gouard restât à Tivoli, chez le Cardinal d'Esté, jusqu'au prochain Consistoire où il voulait parler de cet incident. L'ambassadeur n'accepta pas cette faveur ; seulement sur le conseil du Cardinal d'Esté il consentit, — car il voulait s'en retourner droit à Paris, — à attendre aux bains de Lucques les ordres du Roi (3).
Le 29 juillet, le Pape envoya l'explication de sa conduite et Henri III de son côté chargea Horace Rucellai, un de ces banquiers florentins alors établis en France, de faire comprendre à Sa Sainteté qu'il n'avait point chassé, conmie on le disait, l'archevêque de Nazareth, mais l'avait prié seulement de temporiser jusqu'à nouvel ordre, parceque sa personne lui était désagréable (4) ; il demanda le rappel de S. Gouard à Rome, car sa résolution n'était point de le remplacer par un autre (5). Sixte-Quint satisfait des paroles du Roi, trouva cependant le retour de l'ambassadeur « fort malaisé à faire avecques sa réputation. » Il consentit néanmoins à le recevoir,, si Henri III de son côté admettait l'arcbevêque. Les choses en restèrent là pour le moment, et
(1) Baron deHubocr L c. t. III. p. 13 et 2S5, Lettre du 23 août 1585.
(3) Louis d'Esté, fils du duc de Ferrare et de Renée de France, tille de Louis XII, Gardmal à 23 ans ep 1561, mort le 3 janvier 1586.
^) Lettre de S. Gouard, du 30 JulUet 1585. Bibl. nat. ms. f. franc 16.045. r«l28. S. Gouard arriva à Paris le 39 octobre 1585 et fut très bien reçu par le Roi. (A. Desjardins Negoc. diphm. t IV. p. 597.)
(4) Archives du Vatican /. c. vol. XX. f 99. On disait de plus et Olivarès récrivait àPhUippe II, le 14 décembre 1587, que le Pape avait donné à Tarchevôque de Nazareth un ordre verbal en faveur des Ligueurs. (Hubner /. €. t. III, p- Î6.) G. de Brémond d'Ars, Jean de Vivonncj p. 179.
(5) LeUre de la Boderie à S. Gouard. Bibl. nat. m$. f. franc. 16.045
26 U LIGITB
S. Couard nommé par le Roi marquis de Pisany (1), devait seulement un an après, le 19 août 1886, rentrer à Rome en même temps que Tarchevèque de Nazareth, comme nous le verrons, arrivait à Paris (2).
Les Ligueurs pressaient toujours le Pape pour obtenir la condamnation du Roi de' Navarre « chose qui importe merveilleusement pour continuer nos desseings, écrivait le duc de Guise, pour mettre fln à ce que nous avons commencé, pour l'extermination de leur religion et empescher les desseings d'une paix trompeuse avec lui. » Philippe II ordonnait à OHvarësetleduc de Guise écrivait au Cardinal de Pellevé de faire en sorte « qu'on parachevâst le procès déjà fort avancé du Prince de Béarn (3). » Ne devait-on pas le déclarer, lui et le Prince de Condé, indignes de la couronne afin de « renforcer le Roi », chef désormais de tous les Catholiques ? Ne devait-on pas aider les Catholiques, moralement du moins, en détachant de l'hérétique, par la crainte des censures ecclé* siastiques, ceux qui pouvaient hésiter encore à quitter son parti? Le Pape le pensa, et, le 8 septembre 1888, la sentence rendue dans le procès commencé sous Grégoire XIII, fut lue en Consistoire et affichée aux portes de S. Pierre et au Campo di Fiori. Henri de Bourbon, prétendu Roi de Navarre et Henri de Bourbon prétendu prince de Condé, y étaient déclarés hérétiques relaps, inhabiles à succéder au royaume de France, et leurs sujets étaient déliés du serment de fidélité (4). Sixte-Quint s*appuyait sur les lois fondamen*
(1) Plsany, terre en Saintonge avait été érigée en marquisat, mal 11886- Vicomte Guy de Brémond d'Ara, Revue des Questions historiques i^^jan* vier 18M, p. 231, et Jean de Vioonne p. 197.
(î) Le Pape reçut alors Pisany « avecques toutes les gracieuses et belles paroles qui se pouvaient dire et le « baisa sur les deux joues. » Pisany demanda pardon « de ce qu1l aurait fiait de laulte par ignorance « Blbl. nat. ms. t. fr. 16,04», ^ 225 et 226.
(3) J. de Croze,Les Quises, les Valois et Philippe IJf t voL in-8, 1806. t. I, p. 349. Lettre du 25 août 1585.
, (4) Mémoires de Nevers^ 1. 1, p. 663. Mémoires de la Ligue^ l, I, p. 214 Haag France protestante^ Pièces justificatives, p. 187. « Le droit de déposer les Souverains, écrivait Pie IX (20 juillet 1871) était une conséquence du
taies du royaame qui réclamaient un Roi très chrétien et sur les canons de TÉglise qui excluaient du trône un hérétique. Il exerçait alors, parceque les conditions sociales le permettaient, ce pouvoir indirect sur les intérêts temporels que confère aux Papes, en certains cas, le droit dont ils sont divi» nement investis de veiller aux intérêts spirituels.
ce On nous mande que la Bulle est à chaux et à sable et qu'il n'y manque rien », écrivait le duc de Guise. C'était vrai, néanmoins plusieurs cardinaux avaient été d'un avis opposé. Le Souverain Pontife, disaient-rls, aurait dû fermer les yeux, dissimuler, attendre, et Jules Antoine Santorio, cardinal archevêque de Santa-Severina, était même allé jusqu'à prédire au Pape, que cet acte occasionnerait une recrudescence des troubles,
Philippe 11 applaudit h l'acte d'excommunication, mais Gradenigo, l'ambassadeur de Venise à Madrid, l'estima fait avec une grande précipitation (1), et le sieur de Bousbecques, ambassadeur de l'Empire, le trouva « très contraire à la bonne politique et destiné à faire plus de bruit que d'effet (2) ».
Le 21 septembre Sixte-Quint écrivit au Roi de France pour lui dire que « la perverse obstination de Henri Roi de Navarre et du Prince de Condé relaps ne pouvait plus être supportée. 11 eut rendu depuis longtemps l'arrêt d'excom-
droit public alors en vij^ucur et du consentement des nations chrétiennes qui reconnaissaient dans le Pape le juge suprême de la chrétienté» môme dans les afiakcs temporelles. » M. do Hubner a publié (/. c. t. III, p. 7i) une note du Cardinal Comaro du â4 octobre 1589» où ces paroles du Pape sont rapportées : « Ce sont les Cardinaux de S. Crocc, Farnèse et d'Esté qui, au d'ébut de notre pontificat et en nous persuadant que e'était la manière de pacifier ce royaume et d*éloigner Navarre du roi déftjnt, nous ont déterminé à émettre la bulle préparée sous Grégoire xin. M
(i) M. de Hubner. Sixte-Quint, t. II, p. 409. Lettre du 9 octobre 1tS85 « Cet acte était une faute que le Pape no tardera pas à regretter », dit M de Hubner /. c, t. IL p. 168.
(i) Clmber et Danjou. Archivée eurhuâes de Vhist. de France^ t. X^ p. 131. Lettre du^ avril 158S. Cf. Auger Ohisselin de Bousbecques par l'abM Derveaux, in-8, 1877.
munication et séparé du corps de l'église des membres gâtés, 3i les troubles précédents ne lui eussent fait juger le moment défavorable ; longtemps il avait gardé Tespérance de voir les Princes revenir à la foi, mais cette espérance caressée avec amour, était perdue, car ils étaient devenus les chefs des Protestants. Le Roi au contraire ayant réuni autour de lui les catholiques pour délivrer le royaume de cette peste hérétique, la gloire de Dieu, et, ce qui était aussi à ses yeux un intérêt suprême, le bien du royaume à conserver au pou* voir du Roi et à Tobéissancé dç TÉglise, réclamaient cette mesure dont il attendait le meilleur résultat (1) ». Henri III ne voulut pas publier cet acte pontifical, généralement blâmé en France et le parlement de Paris refusa de Tenregistrer (2). Sixte-Quint fut blessé de cette opposition et les Cardinaux, partisans de la Ligue ou dépendants de TEspagne, n'eurent pas de peine à lui montrer des contradictions entre les divers actes d'un Roi, en apparence, disait-on, ami des Guises catholiques, mais en réalité allié des Bourbons protestants.
Si le Roi de Navarre avait été atteint par le traité de Nemours, la bulle d'excommunication l'irrita plus encore. Le 11 octobre il adressa séparément, à la Sorbonne, à la noblesse, au tiers état et k la ville de Paris, des protesta-
(1) ArchiYCS du Vatican, Sixti V, Heg. an. I, Ep. ICI, vol. XXX, p. 90. Comme complément de la Bulle, le Pape écrivit des Brefs à TEmpereor Rodolphe, au duc de Bavière, à Tarchiduc Charles, à Tarchiduc Ferdinand pour les prier d*agir près les Princes d'Allemagne qui songeraient à aiderle roi de Navarre. Archives du Vatican, Sixti VReg, an. I, ep. 105. et t XXX, p. 91, 21 sept. 1585.
(2) « In générale dispiace a tutto il popolo e in particolare a quesU di roba lunga. » Négociât, diplomatiq. de la France avec la Toscane^ par Abel Desjardins, t. IV^ p. 507. *
PKÉUMlNÀfïlIS ^9
lions énergiques, écrites par du Plessy-Mornay où il demandait un Concile légitime pour l'instruire et des États généraux pour réformer le Royaume (1). Le 6 novembre, il fit afficher à Rome une courte protestation (S) et comme le Roi de France, en vertu du traité de Nemours, avait ordonné de confisquer les biens des ])rotestants, il prescrivit de saisir ceux des Ligueurs (3). Puis le 1 décembre il accusa de menées contre TEtat ceux qui, sans prétexte de religion, avaient sollicité cette « exécrable bulle (4) ». Enfin dans la prévision de grands malheurs, ou pour intimider, il écrivit à la Reine mère : « Je verrai le jour. Madame, où le Roi et vous reconnaîtrez peut-être trop tard, en quelles mains vous avez mis vos armes (5). »
Mais ce prince ne se contenta pas de parler, il recruta des troupes et d'abord il rencontra un allié en la personne du duc de Montmorency (6) dont la puissance s'étendait sur tout le Languedoc. Dès le 19 août le roi de Navarre écrivit : « J'ai vu M. de Montmorency : il est joint et lié avec moy très étroitement, et indissolublement (7). » Montmorency en effet cherchant à éclairer le Nonce sur le mouvement des partis en France, lui disait : « Si la considération du bien public et de la religion a amené beaucoup de gens à adhérer au nouvel état de choses créé par les Guise, la déclaration du Roi de Navarre de vouloir régler sa foi selon la décision d'un Concile et de réformer l'Etat selon les ordonnances des États généraux, a fait juger à la plus grande partie des bons
(I) Leiires missives, t II, 138 Ci 105. Mémoires de la Ligue, 1 1, p. 300-906. Des traductions en italien ont été envoyées à Rome et se trouvent aux Archives du Vatican Scritti di Francia, t. VIII, fol. 16, et à la Biblioth. des Barberini, ms. U LX-31. 1^86 etc.
(3) Mem. de la Ligue, 1. 1, p. 313. Haag France protestante, Pièces Justificatives, p. iOi.
(3) Ihid. U 1. p. 244, 11 novembre 1585. France ^protestante, ib. p. 102,
(4) Lettres missives, t. IL p. 147.
(5) Ib, t. II, p. 150.
(0) Henri duc de Montmorency fils du Connétable Anne, fut lui-même Connétable.
(7) Lettres missives d^Henri IV, t. Il, p. 119.
80 U LIGUS
catholiques et vraiment français qu'il n*y avait plus ici une question religieuse, mais une question politique ». Le duc allait donc aider le roi de Navarre ; « Si les catholiques se réunissaient* à lui, disait-il, ils ramèneraient très certainement k rentrer dans le sein de TEglise, résultat désiré pour lequel, lui Montmorency, ne voulait rien négliger, sachant bien qu'une année de guerre civile nuit plus à la Religion que dix années de paix (1). h Ce seigneur envoya à Paris quatre gentilshommes pour assurer le Nonce de ses sentiments catholiques, encore que les circonstances et les menées des Ligueurs l'eussent contraint d'adopter une ligne de conduite différente de la leur. Mais pourquoi avoir condamné le roi de Navarre sans l'avoir préalablement averti, au iiM)ment où il était prêt à se faire instruire de la Religion, dessein connu de toute la France, même avant la Bulle, comme Mgr Ragazzoni ne l'avait pas ignoré ? — Le Pape voulut réfuter ces assertions : Un avertissement préalable avait été inutile, car le fait de l'hérésie était notoire; la résolution du roi de Navarre de se convertir n'avait jamais été connue ; toujours au contraire ce prince avait été représenté comme obstinément attaché à son opinion. Il était bien un relaps, car né huguenot il avait abjuré publiquement à Paris en 1572, avait reconnu alors le Pape Grégoire XIII comme chef de l'Eglise et avait promis de vivre en catholique : or les promesses avaient été violées. Quant à envoyer des personnes pour conférer avec lui, était-ce convenable 7 Le Souverain Pontife peut aller trouver des pénitents, mais non des ennemis obstinés, et après bien des tentatives inutiles, une nouvelle démarche ne pouvait amener aucun résultat. Si cependant le Roi, confessant ses erreurs, demandait pardon au Pape, Sa Sainteté promettait de l'écouter volontiers.
Ces explications mettent en pleine lumière la politique de Sixte-Quint vis à vis du Roi de Navarre. Le Pape combattait Thérésie et le représentant obstiné de l'hérésie, mais en le
(1) Archives du Vatican Leiiere del Nunzio, t. XX, p. 101, traduction de la Lettre de Montmorency, à Pezenas le ai août 1585»
PBÉUMINAIRES SI
frappant, il attendaiUe retour du transfug^e de la vérité et était prêt à pardonner.
La lettre écrite au Nonce par Montmorency ne suffit pas à ce dernier. Dans une adresse aux Français il justifia sa con*duit (1" octobre i&85). N'obéissait-il pas k des sentiments de tradition paternelle et de filial respect? Le connétable Anne son père n'avait-il pas en mourant conseillé au Roi d'apaiser les troubles par une bonne paix en attendant un concile ? Or si l'édit de 1577 avait été concédé par le Roi, celui de 1S85 qui l'abolissait lui avait été arraché. Ses conseillers ne cherchaient pas à rétablir en France la Religion pour le maintien de laquelle tous les bons catholiques ne le céde^ raient en dévouement à personne, ni à ruiner les protestants, œuvre trop difficile pour être prudemment tentée, mais ils voulaient ainsi se maintenir en armes au préjudice des princes du sang, dont le désir était ïvant tout de régler leur croyance d'après un Concile et leurs actes d'aprè&»les Etats généraux du Royaume (1).
Ainsi après la condamnation du Roi de Navarre, Montmo* rency affirmait son alliance avec le Prince, afin de rester, disait-il, fidèle au Roi de France, à sa maison et à la couronne. Sa seule intention, à l'en croire, était d'assurer la liberté d'action d'Henri III et de protéger le royaume menacé^ Aussi il terminait son manifeste par un chaleureux appel en faveur de son allié qui « seul, alors que le Roi était entouré d'ennemis, pouvait et devait relever la bannière autour de laquelle viendraient se ranger tous les bons firaaçaia »•
Ces ennemis désignés ainsi par Montmorency étaient les Guise. Or les Guise étaient-ils sans reproche ? Leur inten* tion était^le loyale et leur conduite désintéressée ? Le Pape, nous l'avons déjà vu, craignait le contraire : il avait connu leurs premières démarches et les avait désapprouvées. Après le traité de Nemours Henri III et Catherine ce s'esba*
(i) Une U^iietion est aux Afch. du Vatican dans Leitere del Nunzio, t. XX» p. 114.
d< LA LIGUB
tirent grandement » de ne pas voir, comme c'était convenu, licencier les compagnies de lansquenets an service des Ligueurs. « Sa Majesté le trouva estrange i» et envoya d'abord un commissaire des Guerres, puis un de ses valets de chambre, enfin un maître d'Hôtel pour rappeler au duc de Guise, au duc de Mayenne, au comte de Brissac leurs formels engagements (1). ;
Le duc de Guise resta en armes, étroitement lié avec Philippe II et prêt à exécuter ses ordres (2) ; que ne pouvait*H en espérer? Afin de dominer plus sûrement, il aurait voulu lui aussi se lier avec le duc de Montmorency, et alors il l'excusait, car, pour défendre sa tête et son honneur, disaitil, il avait été contraint de s*aider du prince de Béarn (3). Mais Henri III trouvait cette alliance mauvaise et jugeait malséant de « rechercher Tavancement d*un sien serviteur, si ingrat et maulvais qu'était celui-là (4) ». Aussi le duc de Guise suppliait le Souverain Pontife d*intercéder auprès du Roi de France pour obtenir la rentrée du Maréchal dans ses honneurs et dans ses biens.
La crainte de jeter irrévocablement ce grand seigneur
(1) Bibl. nat. ms. f. fr. 3309, f* 17, 18, 29. « Je suis fort fâché de voire mon pauvre royaume tant foullé des gens de guerre, écrivait le roi à Schomberg It 10 août, et U me déplait bien fort qu'on n*aUrien> licencié. » Ib. ^» 20. Un « état de dépense faite par les Princes catholiques pourpayer leurs étrangers » du7 juiUet 1585, monte àâOl, 200 écus. Bibl. nat. ms, f. fr. 3974, ^ 80.
(2) M. de Croze /. c. t. I, p. 358. Lettre du i» octobre 1585. M. Forncron, Histoire de Philippe II, t. III, p. 221 . Les relations du d\x€' de Guise avec Philippe II étaient déjà bien étroites: Dès la On de 1581, le duc de Guise figure sous le sobriquet d'Herculet dans la correspondance des Espagnols comme un agent'secret, il donne des informaUons politiques, U demande et obtient de Fargent. A partir d*avrii 158i, Henri de Guise sera désigné sous le nom de Mucio, Le premier cadeau de dix mille écus, dit M. Fomeron, p. 226 a été ordonnancé en septembre 1582. Durant les six dernières années de sa vie, Guise a reçu de Philippe. II, plus de 500.000 écus. — (452,000 jusqu'au l^** Janvier 1587 d'après un compta qui est aux Archives.) Or c'est en 1587 et 1588 que le duc a dû recevoir les plus fortes subventions.
(3) M. de Croze /. c 1. 1, p. 358, LeUre du 1» octobre 1585.
(4) Bibl. nat. m*, f. fr, 3333, M 10.
dans le parti du Roi de Navarre avait même iospiré au duc de Guise de défendre au duc de Mayenne d'accepter jamais aucun commandement en Languedoc afin de ne pas « offenser » Montmorency. Les prétextes ne devaient pas manquer pour éluder en pareil cas les ordres du Roi. (l) Mayenne pouvait alléguer la difficulté de trouver des vivres, le mauvais état des routes, ou même demander un congé.
L'^union avec Montmorency paraissait donc au duc de Guise le meilleur remède à la situation des affaires catholiques. Leur cause au fond n'était-elle pas la même? Une bonne intelligence entre eux n'empécherait-elle pas «4oute crainte de paix et autres desseins? N'était-ce pas une grande pitié de nous voir ainsi désunis, disait-il, n'avons-nous pas une même volonté tendant au service de Dieu, au bien, à la grandeur et au repos des États du Roi catholique ? (2). » Le duc de Guise flattait ainsi Philippe II et lui demandait en même temps ainsi qu'au Pape de payer la solde de six mille Suisses et de mille lances italiennes dont la présence était jugée nécessaire pour maintenir Henri III dans ses résolutions.
Ne craignait-on pas une ligue entre les Huguenots e\ les Princes allemands pour amener en France des troupes étrangères ? En prévision de cette attaque, le duc de Guise pressa Henri III d'organiser la résistance. « J'ay tant crié, écrivit-il le 24 novembre 1585, qu'à la fin le Roi a envoyé Schomberg en Allemagne, retenir huit mille reitres et faire une levée de Suisses. » Puis il se rendit auprès du duc de Lorraine pour l'engager définitivement dans le parti de la Ligue en lui demandant d'arrêter les étrangers à ses frontières.
Depuis le mois d'avril 1585, la maison de Guise avait payé la solde de trois mille reitres, de trois mille lansquenets (3), de huit mille Suisses, sans compter celle de trente-cinq à
(1) M. de Groze /. e. t, I, p. 332. Lettre du 16 novembre 1585.
(2) M. de Crozc /. c. 1. 1, p. 365. Lettre du 24 novembre 1585.
(3) Les reUres étaient des cavaliers, lés lansquenets des fantassin?» iMcn que le m^t t^Hres fut pris souvent en un sens général.
quarante initie Français; la dépense s'était élevée à neuf cent n^ille écus. Il était donc urgent, si on voulait continuer les armements d'avoir de Targent. Or, le duc de Guise réclama à Philippe II, au mois de septembre, par J.-B. de Tassis, au mois de décembre, par le nouvel ambassadeur, Diego de Mendoza, le paiement du reste des fonds promis par le traité de Joinville.
Ainsi, le duc de Guise se compromettait de plus en plus avec Philippe II et pour appuyer ses réclamations, il fatiguait des protestations de son dévouement ce prince froid et calculateur, minutieux, voulant bien profiter des embarras de son client pour Taider et servir ainsi la cause catholique (ou espagnole), mais bien décidé à Taider seulement dans la mesure de son intérêt (1).
Le duc de Guise le comprit et par moments il lui passa dans Tâme de ces doutes qui sont les remords des ambitieux magnanimes. Quel regret si pour s'être flatté d'une vaine espérance, il avait entraîné les catholiques dans un danger si grand qu'il fut impossible de les en retirer ? Il serait moins affligé, dit-il, de sa propre ruine que d'avoir perdu par sa conduite sa patrie et sa religion. Telles étaient ses pensées. Aussi pour les écarter, il voulait s'appuyer sur Montmorency dont le dévouement au Saint-Siège, venait d'être chaleureusement exprimé. Mais l'alliance avec Montmorency paraissait surtout nécessaire au chef des catholiques afin <( de donner la loi au Roi. )>
Voilà la secrète pensée de Guise et son ambition : donner la loi au Roi ! car le Roi la recevait d'autres conseillers.
Le duc de Joyeuse, le duc d'Épernon surtout, exerçaient un puissant empire sur un monarque déshabitué des affaires et livré à des fantaisies ridicules ou à des démonstrations de piété insolites. Le Nonce pouvait parfois trouver «.ces dévo-
(I) Sixte V ne trouvait pas que Philippe II fut le modèle des Rois, car dans un bref en date du 6 août 1586 il lui donnait, sous le couvert d'obsenalions générales, des conseils utiles. Archives du Vatican, Sixli V Reg. an II. Ep, 43, t XXX, p. 2^ Je l'ai publié dans la Revue des quest, historiques. Janvier 1880, p. 170.
lions d*un grand exemple pour les catholiques (1) », mais elles ne laissaient pas de Tinquiéter et d'inquiéter le Souverain Pontife. Henri III avait, dès le printemps de 1888, établi dans ses appartements un oratoire oh la lumière pénétrait à peine et dont les murs peints en noir étaient ornés d'ossements. Lk, revêtu d'une large tunique et assisté de deux capucins (le Nonce tenait d'eux ces détails), il venait tous les vendredis avec quelques personnes chanter les prières de la Sainte-Croix et k^ litanies du nom de Jésus. Puis, pour compléter la cérémonie, cet efféminé se donnait en «ilence la discipline (i). Plein de confiance à cette époque dans le P. Auger (3), il demanda au Pape la permission de garder près de lui ce religieux rappelé par le général des Jésuites. Le Nonce appuya la demande car « le départ du Père ne serait pas opportun, » mais il pria de recommander au P. Auger « de veiller à ce que ces dévotions n'empêchassent pas le Roi de remplir son principal devoir (4). » — « Sa Majesté ferait mieux, dit à son tour Sixte-Quint, de s'appliquer au gouvernement du royaume et des peuples confiés k ses soins,
(i) o lo con verità posso dire che queste devotioni del Re sono di grand'csempio et giudico che giOYîno molto per ogni verso al felto deUa Religions, n Àrch. du Vatic. Uitere,i, XX, f^ 25&. L. du là mai i586. Sur les dévotions du Roi, voir les Lettres des agents de Venise. A. Desjardins, Negoc. dipL, t. IV, p. 632, 639, — et Bibl. nat. ms., f. f. 3372. « le Roi a esté encores en ses dévotions et n'en a bougé depuis quinze jours... est plus adonné que jamais à cest vie solitaire, néanmoins ge réjouit en ses compagnies privées, f> 115. »
(2) Arch. du Vatican, /. c, t. XX, p. 35. Lettre du 23 mal 1585.
(3) Le Roi priait le Nonce de faire passer deux lettres au cardinal d*Este et d'écrire à Sa Sainteté pour la supplier en son nom^ comme il l'avait fait dans sa lettre, d'écrire un bref au P. Edmond Auger, jésuite. Le roi ajoutait au Nonce : « Je suis sur que vous rendrez témoignage que ces Dévotions sont à Thonneur et à la gloire de Dieu. » Ib.y t. XX, fo 259. Lettre du 20 mai 1586.
(4) Le P. Edmond Auger, né en 1530, mort le 19 janvier 1591.
« Quando il s^^ Émondo se gli levasse dapresso. non sarebbe punto a proposito. » Arch. du Vat. Leitere, t. XX, f» 258. « Ben eslimerei che delto Padre (al quale il Re credo in simil cose singolarmente) dovesse esser bon admonito da sua Beatitudine che procurasse et facesse che quesle divotioni non impedissero punto il carrico principale di sua Maesta. » Itnd. Le P. Prat, Rech, hist. sur la Comp. de Jétus, t. V, p. 2.
de chercher à éteindre Thérésie et à apaiser les troubles^ car c'est le devoir d'un Roi, surtout d*un Roi issu d'aïeux très chrétiens (1).
Henri III, sans souci des craintes du Nonce et des recommandations du Pontife, continua d'abandonner le pouvoir à ses favoris. Ses coups d'autorité ne furent que des mouvements d'impatience ; attaqué par les hérétiques et harcelé par les Ligueurs, l'ancien héros de Jarnac et de Montcontour, disait bien dans son Conseil que la pusillanimité ruinait ses affaires et qu'il voulait combattre à outrance (6 joctobre), mais hésitant, craintif, ménageant tout, on le voyait donner des troupes aux ducs de Guise et de Mayenne sans leur procurer les moyens de les soutenir et cherctier à inquiéter le Roi de Navarre sans être décidé à le vaincre, car une nouvelle guerre, disait-on autour de lui, aurait pour résultat de fortifier les huguenots et d'affaiblir les catholiques (2). D'ailleurs il n'y avait plus d'argent, la solde manquait aux soldats, la discipline faiblissait, l'armée se débandait et la guerre contre les protestants s'en allait en fumée (3)
La dette de l'Etat augmentait chaque jour. Henri II avait laissé en mourant un découvert de plus de vingt mille écus d'or, mais depuis vingt-huit ans cette somme avait doublé, car chaque année la dépense avait dépassé la recette. « Le dernier remuement d'armes » avait coûté plus de deux millions sortis en une porte ou une autre de la bourse du roi (4) » et les revenus n'étaient point perçus dans les provinces occupées par les protestants ou étaient aussitôt dissipés. Comment donc se procurer des ressources ? Etablir de nouveaux impots paraissait impossible, car le peuple était aux abois; chercher de l'argent par la création de charges nouvelles, c'était les avilir* des lors mécontenter la bourgeoisie,
(1) Imprimé dans Tempesti, /. c, p. 167.
(i) Lettre de Villeroy à S. Gouard, 0 août 1585. Bibl. nal., f. fr. 16.045., f>139.
(3) Lettre de Cavriana, 4 août 1535. Abel Desjardins, Négjc, Dipî., t. IV, p. 618.
(4) Bibl. nat., ms. f. fr. 16. 045, ^ 138.
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lorsque déjà le duc de Guise prenait sur elle trop d*einpire. Le seul espoir était dans les fonds extraordinaires prélevés sur le clergé.
Depuis vingt-cinq ans l'Eglise de France avait fourni aux recettes du Roi plus de vingt-cinq ou trente n^illions d'écus d'or, sans compter plusieurs aliénations de biens et divers paiements faits aux troupes. Récemment, au mois d'août, des prélats et serviteurs du Roi avaient emprunté, par hypothèque sur leurs propres biens, trois ou quatre cent mille écus, remboursables sur le premier argent provenant d'une vente de biens d'église (1) ; or les députés du clergé, réunis à l'abbaye, de St-Germain-des-Prés (2 septembre) présentaient des remontrances (2). En effet. un contrat avait été passé en 1880 pour affecter chaque année pendant six ans un million trois cent mille livres au paiement des rentes de l'hôtel de ville de Paris, à la condition qu'aucune autre somme ne serait demandée au Clergé, mais on avait encore prélevé des décimes extraordinaires. Le Clergé aurait donc voulu se faire délivrer un titre nouveau pour affirmer la nature du don gratuit, tandis (\ne les ministres du roi réclamaient le paiement comme une dette et le rangeaient parmi les autres revenus de la couronne. En tout cas Bellièvre demandait « un prompt secours ; » aussi l'assemblée mit de suite cent vingt mille écus à la disposition du roi et offrit de donner, sauf l'approbation du souverain Pontife, douze cent mille écus, dont un million environ pour la guerre et deux cent mille pour les frais et intérêts de l'emprunt. Mais le Roi oe s'arrêta pas à cette combinaison, car il avait déjà chargé le Cardinal d'Esté de demander au Pape la permission de vendre des terres de l'Église jusqu'à concurrence de cent mille écus de rente. Le Cardinal en parla d'abord comme d'une pensée venue de lui (29 août). Sixte V l'interrompit
(1) Lettre de VUleroy à S. Gouard, 6 août 1585. Bibl. nat., ms, f. fr. 16. 045., ^ 138.
(3) Mém. de la Ligue, t. I, p. 247. Arch. di Vatic. Letiere, t. XX., passim. Collection des procès verbaux des assemblées générales du clergé de France, depuis 1530. Paris, 1767, in-f», t. I, p. 274.