LA LI«UB
aussitôt en disant qu'il ferait tout, hormis cela. Le cardinal insista, le Pape s'emporta : on voulait donc le braver, s'écria* t-îl, et on eut peine à le calmer. Sixte V promit cependant d'y penser et de consulter des Cardinaux (1). Henri III fit alors partir pour Rome TEvéque de Paris Pierre de Gondi (2)^ afin de présenter une demande officielle ce dont le Pape fut charmé, (3) car cette démarche diminuait sa responsabilité d'administrateur des biens de r£glise« L'Evèque était porteur d'une lettre où la Reine mère remerciant le Souverain Pontife de ses bontés le priait de ûe pas douter de ses sentiments, ni<de ceux de son fils (4).
Ainsi au commencement de l'année 1886, l'avenir se présentait sous un aspect assez sombre. Tout le monde était divisé, à bout de ressources et cependant en armes : les pro-testants pour prendre la domination, les Ligueurs pour recouvrer la puissance, le Roi pour maintenir son rang.
Slxte-Quint poursuivait ce grand but de servir en Europe la cause catholique. En Angleterre il voulait la délivrance de Marie Stuart, et pour l'obtenir, il négociait la conversion de la reine Elisabeth, résolu, s'il ne l'obtenait pas, d'appuyer contre elle l'intervention de Philippe II en offrant à celui-ci un million d'or et une ligue des princes catholiques!
En Suisse, il voulait délivrer Genève opprimée par les protestants et cherchait alors à remettre la ville, non au pouvoir des Espagnols, comme on le disait, mais entre les
(1) Lettre de la Boderie à S. Gouard, 27 août 1585. Bibl. nat., ms. f. fr. 16.045, f" 164.
(3) Né en 1532, ôvêque de Paris en 1570, mort le 13 mars 1616.
(3) Lettre de l'abbé de Plainpied à la Reine, 20 novembre 158tt. là,, M66.
(4) Archives du Vatican, LetUre, t. XX, f» 133. Lettre du 31 décembre 1585,
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mains de TEvêque, tout en réservant le droit contesté du duc de Savoie et le récent protectorat de la France. Dans notre pays enfin, désireux de détruire Thérésie armée contre TEglise et Tordre social alors existant, Sixte V,. offrait au Roi de prendra à sa solde vingt cinq mille fantassins et huit mille cavaliers. Il encourageait Henri III à défendre son royaume et il lui promettait Tassistance de Dieu qui « dans une ■• si sainte entreprise ne pouvait Tabandonner, si luimême ne se décourageait pas (1) ». « Il serait assurément désirable de n'avoir nulle part aucune hérésie, disait-il (2), mais, avec la liberté humaine, il en existe et des hommes pervers refusent de suivre la doctrine de la vraie religion. De ce mal Dieu tire un grand bien, car Thérésie est une épreuve où le chrétien trouve Toccasion de manifester sa foi, le faible celle de détester Terreur, et le puissant celle de la combattre », Par dessus tout, écrivait-il à d'Epernon « il faut agir. Vous combattez pour la foi catholique, pour le salut du Roi et de la Patrie ». (3) Voilà les points de vue oii se plaçait le. Souverain Pontife et les événements lui permettaient presque de se livrer à Tespérance, car d'une part le Prince de Gondé, avait été contraint de quitter la France après avoir été battu en Anjou par le duc de Joyeuse et d'autre part le duc de Nevers, un des tenants de la Ligue, accusé d'avoir mal parlé du Roi pendant son voyage de Rome, s'était plaint des calomniateurs, âvaitdemandé à se justifier et après plusieurs lettres échangées avec le secrétaire d*Etat Villeroy(4} et la Reine-mère, ou des explications étaient données avec un peu de hauteur, avait fini par nier les faits imputés et par rentrer dans les bonnes grâces d'Henri III (8)
(1) Archives du Vatican, Sixti V Regettum, an. I» ep. i7d, t. XXX, ^ 142. Lettre du 6 Janvier 1586.
(ï) Archives du Vatican, Letlere, t. XX, f» 140. Lettre du 5 janvier 1586.
(â) Arch. du Vatican. Sixie V Reg., an. I, ep. 187. — T. XXX, f« 14Î. Lettre du 5 Janvier 1586.
(4) « Pare che i duoi fkvoriti soU con ViQeroy tieno la bocca et lo spirito di S. H. non possendo aicun altro tener longo discorso seio. » Bibl. nat., WM. f. fr. 3974, f^ ifJ.
(5) BU)1. nat. mt,, f. fr. 3974, f- 111. Le 13 février 1586, Nevers écrit
Sixte-Quint non sans grandes difficultés (1) accorda une vente de biens d'Eglise jusqu'à concurrence de cent mille écus de rente, c'est-à-dire pour un capital de 2,400,000 livres (2). Il devait y avoir deux ventes séparées : le Nonce
qu'on l'a calomnié. Le 20, Bellièvre répond : « on vous a accusé d'avoir médit dn Roi. » f» 122, f> 125. Biron iDtervientj^ représente au Roi qa*il se foit grand tort de ne pas se servir du duc de Nevers. t II Re li disse che V. E. era troppo iigato con coloro de di la. RepUcô U maresciale che non era, e che il modo di sciogliere il nodo tra di loro era il vero camino di guadagnarsi Tanimo di V. E. » Le Roi réplique : « lo non voglio altro da lui, Se non che si dica che non ha detto mal dl me ; ma non me Tha mai scritto, se non che sempre mai è ilo per ambages et in certe schrime che non mi contentano. Quando mi scrivera che non ha mai parlato mal di me et che non vorrebbe haverlo latto, io resterô di lui contente. » La négociation se continue, P 129, f» 133, P 136, 138, et le 2 mars, le duc de Nevers écrit au Roi : u Je n'ai jamais rien dit à Rome ou ailleurs qui puisse vous donner occasion de mécontentement, je ive l'ai pas fait, ni pensé » ; M42 à 155; 157, 161^ 183. 26 avril, la Reine dit que le duc de Nevers ne fait que « pointiller en toutes ses lettres. » f« 190, — Dans ms. f. fr. 3372, il y a d'autres pièces relatives à cette négociation. — Dès le 8 avril, le roi avait dit au duc de Nevers, d'être k cheval avec sa compagnie, pour le 15 juin, f» 6. — Le 11 juin 1586, le roi lui écnt qu'il a reçu sa lettre du 18 mai : « Puisque vous désclaré que non seulement vous estimeriez indigne de ma l>onne grâce quiconque se serait tant oublié que de dire ou faire chose contre ma personne, mais aussi que vous le tiendriez pour meschant et que vous m'assurez que ceste chose vous n'avez jamais feicte, je demeure satisfait et contons de vostre déclaration, et seray très ayse qu'il se présente occasion de vous faire paroistre qu'il ne me reste aucune mauvaise impression de ce fait et davantage que je scay beaucoup mieulx aymer que hayr. » f> 12. Le 10 juillet, le roi écrit : « Je vous répéteray que je suis content et satisfait de l'éclaircissement. » (f» 20) Beaucoup de cardinaux félicitent le duc de ce que le Roi lui ait rendu ses bonnes grâces. /6., ^ 190, 192, 194, 196, 198, 202. Le cardinal secrétaire d'État apporte aussi les félicitations du Pape : « Con molto suo contento ha inteso che la M. del Re sia rimasta sodisfaita di lei, dicendo S. S. che le calunnie datele non potevano havere altro essito perche si come V. E. montre fu qui, non trattô mai cosa che fosse contra la réputatione et il servitio di S. M. » /6., f> 188. Lettre du 2 septembre 1586.
(1) L. de l'évoque de Paris à Villeroy, 23 janvier 1586. Bibl. nat m*., f. fr. 16. 045, ^ 203. L'évoque quitta Rome. Il écrit de Bologne, le 6 février, au Roi, qu'il est parti depuis quinze jours : il termine en disant : « Je finirai par prier Dieu, Sire, donner à Y. M. en très bonne santé, très longue et très heureuse vye et bientost un beau fils. » Ib,, f« 205
(2) Le Pape l'annonce an Roi. Arch. du Vatican. Heg, Sixti V, an. L ép. 179. 5 janvier 1586.
PRÉLIMINAIHES 41
fui chargé de présider à la première s'élevant à cinquante mille écus de rente, une permission nouvelfe du Souverain Pontife devait être nécessaire pour procéder à la seconde.
L'assemblée du clergé fut blessée de ces dispositions. Elle eut accepté la Bulle, fit observer le Nonce, si la première vente seule eut été permise et si les Evéques eussent été chargés de recueillir la somme imposée à leur diocèse ; aussi repoussant la Bulle comme excessive, et obtenue sans Tassentiment du Clergé, voire même à son insu, rassemblée demanda au Parlement de s'opposer à la vérification. Le Clergé était dans Terreur ; aussi le Cardinal de Bourbon, refusa de signer la requête.
Le Nonce espéra d'abord voir s'apaiser une opposition, provoquée seulement par quelques personnes. Mais cette démarche insolite lui causa un très grand déplaisir : << sa seule consolation, dit-il au Roi, était l'assurance donnée par Sa Majesté de trouver une solution compatible avec la dignité du Saint-Siège. — J'ai ressenti, également une grande douleur, répondit Henri III : un petit nombre de Prélats seulement a été d'avis de faire cet éclat, mais ils ont excité , et entraîné les autres ». Et avec grand sens il ajouta : « ce soulèvement du Clergé fera bien plaisir à nos ennemis, surtout si on s'engage davantage dans cette voie (1) ».
Le 4 mars, les députés de l'assemblée vinrent parler au Roi des nouvelles charges imposées par la Bulle, et le prier de se contenter de la promesse faite en général de l^aider à l'avenir de tout son pouvoir (2). Henri III rappela avec beaucoup de calme (3) son titre de protecteur de l'Eglise et son désir de maintenir les immunités ecclésiastiques, mais, dit il,
(1) « Mi ag^ionse che al|i nemrci nostri sara molto caro qucsto sollevamento dei Clero et sarebbe sempre piu si caminasse innanzi. » Arch. du Vatican, /. c, t. XX, f* 181. Lettre du 3 mars 1586.
(^ c Chiamando essa Bulla surreptice et pregando sua Maesta a conteotarsi di quelle che da essa Congregatione le è stato gia promesso, oSerendos>> cose in générale di aiutarla, anco nell'avenire, bisognando per quanto potra. » Arch. du Vatican. Leitere, t. XX, ^ 189. Lettre du 4 mars 1586.
(3) « Senza mostrare alcuna alteraUone. » là.
i2 LA LIGUE
révèque de Paris avait agi par son ordre. La nécessité Tavait contraint de demander la Bulle, la nécessité aussi le forçait de la recevoir, aussi il éprouverait du déplaisir si le clergé maintenait son opposition (1).
La réponse du Roi suspendit le vote de rassemblée (9) et l'affaire fut renvoyée au lendemain : on crut généralement à la mise à exécution de la bulle, mais après une délibération d'où les Chanoines furent exclus, les évêques exposèrent leurs doléances dans un mémoire que TEvéque de Noyon, frère du Cardinal de Rambouillet, fut chargé de porter au Parlement (3). L'évêque s'y présenta le 8 Mars et, dans une séance à huis clos, demanda la suppression de la Bulle parce que, dit-il, l'intervention du Nonce, était contraire aux privilèges de l'Eglise gallicane.
Le Nonce apprit le discours très long du reste de l'Evêque de Noyon et sachant, même avant toute délibération ultérieure, les dispositions du Parlement à soutenir le clergé, il demanda le 13 mars une audience au Roi (4). Elle lui fut accordée seulement le 22. Il parla de « l'affront fait au Saint- . Siège, si la bulle en tout ou en partie était i^ejettée, car si le Parlement a quelque chose à voir en cette affaire, ce ne peutêtre que pour constater l'authenticité de la Bulle, c'est-à-dire la vérifier. Pour le reste il n'appartient h personne d'y mettre la main. Or la bulle n'est pas fausse : Sa Majesté le sait très bien. Si donc la Bulle n*est pas admise en son
(1) Un jour, en présence du Roi et d'un grand nombre de membres de TAssembléc, l'évoque de Noyon parla avec une grande énergie du péril où serait l'âme du Roi si un sou de col argent de l'Église était distrait de la guerre contre les Huguenots. Henri III donna son assentiment à ces paroles et peu de temps après, en remerciant le Pape d'avoir permis l'aliénation, il promit d'employer intégralement l'argent
combattre l'hérésie. /6.
(2) « Questa riposta ha lasciato, come mi vien dette, la Congregallone irresoluta. » Arch. du Vatic. Lettere, t. XX, f*> 189.
(3) Une traduction en italien du Mémoire est aux archives du Vatican. Lettere, t. XX, f-179. « Le Pape n'est pas satisfait du* clergé de France ». écrit de Rome l'abbé de Plainpied à Villcroy, le 25 mars 1386. Bibl. nat. ms,, f. fr. 16.Q45, f> 2ii.
(4) Arch. du Vatican, Lettere. t. XX, f« 203. Lettre du 24 mars 1586.
PRÉLIMItVAIRES 43
entier, le Pape n'aiira-t^il pas à Ta venir le droit de se montrer plus réservé dans la concession des faveurs ? On éviterait ainsi de les voir comme celle-ci, repoussées par des magistrats qui sont après tout des sujets. Admettre la bulle intégralement, ce n'est pas nécessairement Texécuter en son entier, car la seconde vente ne peut avoir lieu sans un nouvel ordre du Pape, et il s'est expressément réservé le droit de la permettre ». — « La dignité du Pape et la mienne, répondit le Roi, sont ici engagées, la bulle sera admise et les députés du Clergé se conduisent très mal x> •
Le Nonce se rendit ensuite chez la Reine mère : « nous désirons beaucoup, dit Catherine, voir la Bulle reçue et nous ferons pour cela notre possible, mais si le Roi vent agir par force, peut-être ne trouvera-t-on ensuite personne pour acheter les biens. Les gens du Parlement, chacun séparément il est vrai, promettent de se conformer au désir du Roi, mais une fois réunis, on ne peut être sûr de leur décision (1), tant l'esprit de corps a d*entrainement » !
Cependant des négociations s'ouvrirent avec les ministres pour régler la question financière. Le Roi, outre la première vente de biens autorisée par la Bulle, demanda à prélever trois cent mille écus sur les revenus ecclésiastiques et à recevoir toujours les quatre cent mille écus comptés à la ville de Paris. L'assemblée discuta un peu, mais tint surtout à ce que la seconde vente ne fut pas admise par le Parlement. L'arrivée deTEvêque de Paris, revenant de Rome le 15 mars redoubla contre lui l'irritation du clergé.
L'Ëvjêque eut dès le lendemain un très long entretien avec le roi et lui exprima la cordiale affection du Pape. Henri III y parut très sensible (2). Le Nonce vit l'Évêque et en fut content : il sent évidemment comme nous, écrivit-il (3), puis mandant chez lui les quatre Présidents du Parlement, les archevêques de Vienne, de Bourges^ de Lyon, les Evéques
(1) Arch. du Vatican. Ufterê, t. XX, f- 206.
(2) « Il quale intendo esser restato oontentisslmo et aliegrissimo. » Arch. du Vatican» /. c, t. XX, f> 109. Lettre du i7 mars 1586.
(3) « Ho trovato ch' egii sente chiaramenlc pcr noi. »
de Paris, NoyoDy Amiens, il leur remit les brefs da Pape. « Puissent ces brefs, dit-il, les rendre plus respectueux pour le St-Siège qu'ils ne le sont à présent ! » II porta à la Sorbonne le bref qui lui était destiné afin d'exprimer en même temps au syndic les sentiments de bienveillance de Sa Sainteté (1). Grâce h l'intervention du Roi et du Nonce, le Parlement vérifia la Bulle.
Sixte V désireux de calmer les esprits chercha à tout expliquer pour tout apaiser (2); il s'étonna des réclamations de l'assemblée, car après avoir défendu d'abord les droits du Clergé, il n'avait cédé qu'aux sollicitations de l'Ëvéque de Paris. Pourquoi ce Prélat n'avait-il rien dit? Le clergé devait donc s'en prendre à lui seul, si le Pape n'avait pas connu l'opposition. Ces lettres, datées du 6 mai, parvinrent à Paris le 20 et l'assemblée redeVenue docile chargea le Nonce de présenter au Pape ses très humbles respects (3).
La question d'argent ne fut pas la seule à préoccuper : Le Pape et le Nonce demandèrent la réception des décrets du concile de Trente comme loi du royaume, mais l'Assemblée refusa. 11 convient d'attendfe un moment opportun, dit Catherine de Médicis et la reine se débarassa des objections présentées en disant qu'elle ne s'occupait pas de semblables affaires (4). Quant au roi il acceptait très respectueusement, dit-il, les décrets sur le dogme, car selon le mot de François P' son aïeul, s'il savait son bras droit hérétique il le brûlerait, et donnerait au besoin sa vie pour attester sa foi; mais les réformes, principalement celles sur la juridiction; devaient être examinées avec attention, et il voudrait voir
(1) Arch. du Vatican, /. c, t. XX, f» 199. Lettre du 17 mars 1ÎJ80.
(2) Arch. du VaUcan. Regest. Sixii F, an. II, ep. 14, 10 mai 1586. — Dans la copie qui est Leltere, t. XX, r> 2S0, la date est 7 mai.
(3) Arch. du Vatican, /. c. l. XX, p. 266. Letlre du 25 mai 1886.
(4) « Délie oppositioni fatle al Goncilio di Trente si spedi aUa presto dicendo che non s'intendeva di simili cose, ma che assicurava la sua Beatitudine che il Re voleva in ogni modo che seguisse la publicatione di esso Goncilio, ma la pregava a non soUecitarla tanto et aspectam^ l'opportunita. » Arch. du Vatican. Leliere^ t. XX, P» 206.
auparavant l'entreprise contre les Huguenots en bon chemin, afin d'empêcher toute résistance de leur part., En attendant il exhorta les Ëvëques à tenir des conciles provinciaux ou Ton admettrait les décrets de réforme jugés opportuns, et on pouvait compter sur son autorité pour les faire observer. L'afffaire en resta là.
La rédaction de la profession de Foi à exiger en vertu de redit de Nemours ne fut pas non plus facile à arrêter. Les uns voulurent prendre la formule du Pape Pie IV, les autres la rejetteront. Ne contenait-elle pas une clause oh Ton promettait au souverain Pontife une vraie obéissance ? N'y avaitil pas un texte où l'on affirmait son autorité suprême? Or ces expressions n'étaient pas admises sans restriction. Aussi lorsque le 2S janvier l'ordonnance sur l'exécution de l'édit de juillet, imprimée déjà depuis longtemps, fut publiée (1), aucune profession de foi n'y fut jointe et cependant on en parlait dans le texte.
La Sorbonne ayant été d'avis d'accepter les termes sur la « vraie obéissance au Pape » Sixte V loua le syndic et le Nonce fut chargé de féliciter les Docteurs qui ici comme toujours, dit-il, avaient montré prudence, zèle et dévouement (2).
Ainsi, à côté des catholiques dévoués au Pape, on pouvait signaler dans l'assemblée du Clergé de France les membres d'une opposition au Saint-Siège (3) ; il y avait des mécontents et ils parlaient d'en appeler à ua futur Concile! Les esprits furent même si emportés qu'à Paris, du haut de la Chaire, on entendit les propos les plus repréhensibles sur le Pape et le concile. Le Nonce dut s'en plaindre, et exiger
(1) M U quai ordine, se bcn ô stampato gia molti giorni, non è stato pero publicato se non alU 25 del corrente. » Arch. du Vaticani /. c, t. XX, fto 161. Lettre du 31 janvier 15S6.
(î) Arch. du VaUcan, /. c, t. XX, ^ 181.
(3) Arch. du Vatican, /. et. XX, fol92. L'archevêque de Vienne et quelques autres, écrit le Nonce, m'ont dit que le cardinal de Sens, leur avait écrit plusieurs fois d'user de leur influence pour que l'Assemblée <iu clergé maintint les droits du Saint-Siège. lb„ t. XX, f* 2Ô0.
des rétractatioDS (1). Le» mêmes violences de langage s'adressèrent an Roi et le Nonce pressa l'Évéque de sévir contre eux. Le trouble était ainsi dans les esprits!
L'assemblée du Clergé agitait ces diverses affaires, lorsque la duchesse de Nemours, accompagnée de son second fils, arriva à Paris, (28 janvier 1586) où elle fut reçue par les Cardinaux de Guise et de Vendôme (2), les ducs de Joyeuse et d'Epernon venus au devant d'elle avec un grand nombre de gentilshommes. La Duchesse descendit au Palais où la Reine-mère alors un peu souffrante, gardait le lit. Le Roi était présent : il se leva, fit quelques pas k la rencontre de Madame de Nemours et embrassa affectueusement son jeune fils, sur le point d'être fiancé avec la fille du duc de Lorraine (3).
Peu de jours après le duc de Guise se rendit dans la capitale (18 février 1586), plus, aimé, plus applaudi que jamais par le petit peuple, la jeune noblesse, le clergé et une partie des bourgeois ardents à lui témoigner « leur bonne volonté « par les femmes surtout dont il était l'idole (4). Un instant les bruits les plus sinistres s'étaient répandus. Le Roi,
(1) Arch. du Vatican, t. XX, fo20i. Lettre du 17 mars 1586. Le P. Ber* son, franciscain, fit le 16 mars, amende honorable de ses propos.
(2) Quatrième fils du prince de Condé, né en 1564, cardinal et archevêque en 1582, mort en i59i,
(3) Arch. du Vatican. Letlere, l. XX, p. 161. Lettre du 31 janvier 15ÎS6. « Essendo Ella andata a smontare al Palagio deila Reina madre> che era nel lelto con un poco ancora di maie, il Re che era ivi si levô à» sedere, t;t se ando alcuni passi inconlro et abbraccio amorevolmente esso buca. » L'évêque de Vence arriva à Paris, lé U mars, chargé par le duc de Savoie, d'offrir des présents à ia future. On annonçait le mariage pour immédiatement après Pasques.
(4) Bibl. nat., m#. f. f. 3363, f « 64 et 3974, P> 127.
IMWM
disait-on, préparait contre le duc et ses partisans une antre St-Barthelemy, et un italien, envoyé par la reine d'Angleterre, reçu en audience par le secrétaire d'État Pinard, était chargé de l'assassiner (1). Mais Henri III averti de ces rumeurs en marqua hautement son mécontentement et en toute occasion les démentit. Aussi lorsque le lendemain dé son arrivée, le duc de Guise vint au Louvre, le Roi lui fit le plus ainrable accueil, et sortant de son cabinet il le reconduisit jusqu'à TEglise de Bourbon, sans cesser de lui parler. La Reine mère et la Reine femme du Roi témoignèrent également leur affection : « B)ccusez moi, mon cousin, lui drt un jour Catherine en se levant de table, si je ne vous puis voir plus souvent, je ne laisse pas pour cela de vous aimer de tout mon cœur. » Les deux favoris furent plus réservés ; ils saluèrent le duc, mais parlèrent de lieux communs (2). En apparence le duc de Guise jouissait de la faveur royale : il vit souvent Henri III, raccompagna en carosse et assista même à ses exercices de dévotion (3) ; toutefois « entre Guisards et royaux il n'y avait pas entente (4) » et le duc était triste ; il pouvait rire et plaisanter, mais au fond il y avait du trouble dans sa pensée (5). « Lui et le Roi ne peuvent plus être bons amis, écrivait le florentin Gavriana, la défiance vient chaque jour et excitée par de mauvais esprits, elle pourra amener bientôt un malheur ».
(1) Arch. du Vatican. Uitere, i. XX, f> 143, Lettre du 17 janvier 1386. « Essendosi sparsa una voce questi gioroi passati, che il Ke volesse alla venuta di esso Duca far contro esso Daca et li suoi nna cosa simile a qneUa fatta gia il di di S. Bartolomeo, S. Haesta presentito qaesto ha mostrato senUme grandissimo dispiacere. »
(2) Bibl. nat., ms, f. fr. 3974, P 128. Lettre de Cavriana, 28 février 1586^.
(3) « n duca è tultavia bcn veduto et accarczzalo da Sua Maesta. • Lettre du 3 mars 15S6. « Ha Sua Maesta questi giornimenato esso sig. Duca di Guisa seco nella compagnia de' PenitenU, et vestili tulU del habite e sâcco de' Batluti hanno cantate insieme i divint uffici. « Lettre du 7 mars 1586. Arch. du Valic. Leltere, t. XX, p. 19t.
(4) « lo credo che EgM e loro mm possino piu essere buoni amici, e che naficera ogni dipiu diffidenza, la difiidenza e ilslimolo di molli mafigni umorî pu6 generare, è in poco tempo, qualche sinistro accidenter » A. Desjardins, Négociât, diplom., t. IV, p. 6îl.
(5) Bibl. nat., ms, f. fr. 3974, f» 128.
On s'occupa aussi d'affaires. L'armée du duc de Mayenne était très affaiblie par la mort d'un grand nombre de Suisses ou les souffrances causées par le mauvais temps : Tartillerie ne pouvait parfois faire plus d'un mille par jour dans sa marche vers Bergerac et Périgueux, au milieu d'un pays où beaucoup de forteresses étaient au roi de Navarre. Quelles troupes opposer à ce Prince? Le Roi pensa d'envoyer le maréchal de Biron, capitaine très expérimenté (1), avec plusieurs compagnies de gens d'armes et le régiment de Normandie, soit un total de deux mille fantassins et de quatre cents chevaux. Mais le duc de Monfpensier, gouverneur de ce pays, réclama l'honneur du commandement. D'ailleurs le Maréchal de Biron demandait beaucoup d'argent pour payer ses troupes et rembourser ses dettes, sinon il refusait de partir.
On songea ensuite à ne pas être pris au dépourvu du côté de l'est. Quarante compagnies d'hommes d'armes français, c'est-à-dire environ deux mille chevaux, devaient être confiés au duc de Guise. On y ajouterait cinq cents chevau* légers italiens, huit mille fantassins français et dix mille Suisses, afin d'arrêter à la frontière les Allemands levés au compte des hérétiques. Pour le moment le Roi n'aurait rien à débourser, ce qui était un grand point. Les Suisses étaient censés enrôlés et le duc de Guise prenait la charge de^ chevau-légers.
On parla encore de former une troisième armée pour rester à Paris près du Roi, mais c'était beaucoup, car la dépense des troupes déjà sous les armes devait s'élever à sept cent mille écus par mois (2). Or cet argent d'où le tirer? Ces troupes mêmes comment les réunir ? (3) Mario Bandini,
(I) « Capilano molto esperto. » Archives du Vatican, /, c, t. XX, f* 199 Lettre du 17 mars 1586.
(â) Archives du Vatican, /. c, t. XX, f« 209. Lettre du 24 mars 1586.
(3) « Il quai danaro non si comprende donde si possa cavare. » (Ibid.)
Le florentin Cavriana écrivait alors : « On se prépare à la guerre, on parle d'armée, mais le principal manque : il n*y a pas d'argent, pas d'hommes et pas de volonté pour en réunir. » A. Desjardins. Négociât. dipL, t. IV, p. 639.
arrivé de Nancy à Paris, avait, disait-il, appris de Schom* berg lui-même, chargé par le Roi de lever des reitres, que huit mille d*entre eux étaient prêts à marcher; mais selon d'autres personnes ce capitaine revenait découragé, et celui qui le rapportait au Nonce, le tenait du duc de Guise. Déplus les reitres enrôlés par les hérétiques et ceux recrutés pour le roi, ne pourraient-ils se réunir et, créanciers ensemble d'une grosse somme d'argent, occuper de concert une partie du royaume en gage de leur paiement? Henri III abandonna donc son projet de levée car l'arrivée des Allemands était encore incertaine, résolu s'ils venaient au secours des Huguenots, de conclure la paix avec le roi de Navarre. Le Nonce l'avait déjà écrit à Rome. Or de cette paix, on parlait plus que jamais à la cour et à la ville (1) ; aussi le Pape représenta de nouveau à l'Empereur l'importance d'empêcher dans ses • Etats une levée de troupes en faveur des hérétiques.
Le duc de Guise apprit cette disposition pacifiquç du Roi, et le 7 mars il chargea l'ambassadeur du 'duc de Ferrare de l'annoncer positivement au Nonce. « Ajoutez, lui dit-il, que le duc de Guise n'y consentira jamais »; et l'ambassadeur résuma en deux mots la réponse que le duc comptait faire si Henri III lui en parlait : « je ne peux, ni ne veux accepter une telle paix ». — La paix pourrait devenir pour lui la ruine et il lui fallait nécessairement être toujours armé*
Au milieu de ses intimes le duc de Guise passait pour être moins explicite. « Guise n'est pas si ennemi de Navarre qu'on le dit, écrira quelques mois plus tard le médecin Cavriana ; ils ont des relations par tierce personne. » — « Vous pourriez être content de la paix, disait au duc un gentilhomme de ses amis, si on vous donnait Metz et une bonne somme
(1) « Per la quai cosa cresce queUa oplnione che gia sigoiticai a V. Sigaora lil. che venendo gente d*Alemana in buon numéro per UgonoUi» debba seguir la pace, délia quai per la corle et per la citta si ragiona pia che mai. » Arch. du Vatic. Letiere, t XX, f» 211. Cavriana écrivait aussi (5 mai 1586) ; « Le cose di quà sMncamminano in apparenza aUa guerra, ma la verita è che si fara la pace. » Abel Desjardins. Négoc. diphm,, t. IV, p. 640.
Hô U LIGUE
d'argent ? » ^t le duc de répartir : c Plut à Dieu que l'on fiiftse ainsi ! » (1) Prié un jour par un membre du conseil du Roi d*accep(^r cette éventualité d*unc paix : « Non, aurait dit le duo de Guise, mais je puis le certifier au Roi, je déposerai les armes le jour oîi je me trouverai en sûreté. » Plusieurs amis du prince lorrain avaient assez clairement laissé entendre la même chose et ils avaient même ajouté : « Avec l'argent donné, on pourra préparer de nouvelles entreprises. » (t)
Ces paroles révélaient la situation : la lutte entre le duc de Guise et Roi n'était pas près d'être terminée. « Chacun, les Guise, les Huguenots, le Roi a ses partisans, chacun crie, personne ne vient au secours de l'Etat (3). » — « 11 ne manque pas de gens pour croire, et Topinion est même générale pour affirmer, qu'en dépit des signes de confiance et d*amitié donnés par le Roi au duc de Guise, le fonds du cœur ne correspond pas aux témoignages extérieurs. » (4) Le duc fut de cet avis et « pour cette raison, abrégea son séjour à Paris. Aucun Intérêt particulier ne l'avait conduit dans la capitale; s'il était venu, c'était pour travailler au bien commun et dissiper la défiance du Roi ; mais cette défiance subsistait. »
Le 18 mai 1B86, le duc de Guise vint faire ses adieux ait Nonce et peu d'heures après il se dirigea vers son gouvernement de Champagne pour aller delà en Lorraine, afin
(1) a Un personnage do grande autorité m'a rapporté ce récit, » écrtvaii le Nonce<
(2) Archives du Vatican, /. c. t. XX, fo 192. Lettre du S mars iSiSO.
(3) « Chi porta la Lega, e che gli Ugonotti, e chi la parle del Re : ognuno grida, nessuno soccorrc. » Lettre de Cavrfana, 18 mai 1586.
A. Desjardins. Négoc, t. IV, p. 689.
(4) « Ifoû manca chi crede, an«l cosi quasi è Topcnlone commune, ch^ se bene 11 ro chrislianissimo mostra verso esso Gnisa ogni scgno di confldensa et amorevolezza, nondimcno il cuore di sua Maesln non (ïoflisponderd aU* estrinseco. Et pare che àeiio Guisa sia anchd esso dl questo parera et per quesla cagione principalmente siipcr parUrsidiqtf^ mollo presto. » Lettre du 7 mars 1586. Arch.[du Vatican, /. c, t. M» p. 192,
d'être prêt, à mettre ordre k la venue des rettres appelés par les Huguenots (1).
A ce moment, la politique lui paraissait réclamer deux actes : premièrement une ambassade des Princes catholiques au Roi pour lui conseiller la guerre, afin de contrebalancer l'ambassade des Princes protestants qui venait conseiller la paix ; secondement l'abandon par le duc de Montmorency des intérêts du Roi de Navarre. Si cet abandon avait lieu la guerre, pensait-il, se terminerait très vite, mais dans le cas contraire la paix avec le roi de Navarre serait certainement bientôt conclue (2). C'était Tavis du Conseil royal et Catherine de Médicis disait même : « la paix pourrait ressembler à celle accordée par le roi d'Espagne aux habitants de Gand et d'Anvers, c'est-à-dire en donnant aux hérétiques du temps pour se convertir. « (3) Le duc de Guise exprimait donc au Nonce sa crainte de voir le Roi se ranger à cet avis : aJe résisterai, dit-il, mais quand je n'en pourrai plus, je baisserai les épaules. »
Les moindres incidents étaient commentés : Tarrivée des ambassadeurs des quatre cantons Suisses protestants, logés dans Paris aux frais du Roi, et la mission donnée par eux à un gentilhomme d'aller vers le roi de Navarre, augmentaient la croyance à un accord entre le roi de France et Henri de Béarn (4). On en parla plus que jamais en alléguant surtout
(4) Archives du VaUcan. lettere, l. XX, f^îTl.
(2) Archives du VaUcan, /. c, t XX, f« 373. Montmorency assurait alors le Pape de son cnUcr dévouement, de son obéissance aux ordres du Saint-Siège et le Saint/ Père lui envoyait un bref de félicitations pour ses bons services dans les affaires d'Avignon é Arch. du Vatican, Reg^ Sixti V, an I, p. 200, 22 février 1583.
(3) Jul. del Bene (ainsi signé, plus tard il écrira avec la forme française cTElbéne), conseillait à la Reine de faire des «articles de religion par tolérance le plus s'approchant des façons que l'on use au Pays-Bas. » Lettre du 1 juillet 1586. Bibl. nationale, ms. f. fr. 16,043, fo 219. Cavriana écrira bientôt (H novembre 13^6) en parlant du roi de Navarre : « Se non ritorna alla Chiesa non sara mai re... I franco i vogllono on re caltolico, naturale e deir arbore proprio, se possono averlo, e non un forestière. » A. Desjardins, Négoc* dipLm., t. IV, p. 664.
(4) Archives du Vatican, L c, t. XX,^ 274.
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l'épuisement d'un pays qui'ne pouvait plus supporter la lutte.
Sur ces entrefaites, rassemblée du Clergé demanda et obtint la permission de se séparer. L'archevêque de Vienne pressa encore le Roi de publier le Concile de Trente, de maintenir son dernier édit et de diminuer toutes les dépenses, afin de trouver pour la guerre les fonds nécessaires. — « C'est mon intention et mon très formel désir, répondit Henri III, mais si on savait comment vont mes affaires, on verrait, qu'à part les dépenses de la guerre, il y a sur tout le reste une grande économie. Si la situation se prolongeait, il faudrait bien avoir un nouveau secours ». Les Députés du clergé ne répondirent rien à cette réplique qui pouvait cependant passer pour une ouverture (1).
Le 11 juin 1586, le Roi remit au seigneur de S. Couard nommé marquis de Pisany une lettre de remerciement au Souverain Pontife pour avoir accordé la vente des biens du Clergé, dont il promettait d'employer Targent à chasser les hérétiques (2). En même temps Henri III présenta au Parlement (11 juin) vingt-six édits bursaux destinés à procurer de l'argent. Il était affligé d'imposer ces charges, mais la nécessité le commandait et sa conscience lui rendait témoignage d'agir pour la gloire de Dieu et le bien du royaume (3). Les édits suscitèrent du trouble et l'on craignit des voies de fait contre les banquiers italiens. Henri III alors dans la maison de plaisance de sa mère à S. Maur revint en bâte au Louvre. Des placards furent affichés et leur auteur, un agent, dit-on, du roi de Navarre nommé Salette, fut emprisonné à la Bastille. Les procureurs yinrent alors trouver le Roi : on t;*ansigea ou plutôt le roi céda ; (4) les édits ne furent pas exécutés et l'autorité resta déconsidérée par ces hésitations et ces impuissances.
(1) Arch. du Vatican, Letlere, t. XX, fo 278. Lettre du Nonce au Cardinal Rusticucci, 9 juin 1586.
(2) Arch. du Vatican, Utlere, l. XX, f» 285.
(3) Une traduction en italien du discours royal est aux Arch. du Vatican. Utiere, t. XX. P* 300.
(4) Arch. du Vatican, Ullere, t. XX, f- 310. L. du Nonce, 21 juiUet 1580.
De tels iDcidents contribuèrent beaucoup sans nul doute à donner au Roi la pensée de conclure la paix avec le roi de Navarre, s'ils ne lui fournissaient l'occasion de réaKser un projet dès longtemps formé (1).
« Le royaume s'en va au hasard », écrivait alors le florentin Gavriana (2). « Une alliance avec le roi de Navarre fixeraitil sa marche? »
Un gentilhomme servant auprès du duc de Montmorency nommé Viraclau, faisait en ce moment espérer la conversion du chef des protestants, et par conséquent la paix. Catherine, l'esprit évidemment influencé par cet espoir, pria Monbmorency d'en être le médiateur et elle envoya le 16 juillet, l'abbé Guadagni vers le duc de Montpensier alors à Ghampigny (c afin de lui faire sonder le terrain (3) ». Le duc devait décider ce qii'il y aurait à faire (4). La Reine mère allait se rendre à son château de Ghenonceaux, mais à court d'argent, elle fut réduite aux expédients pour s'en procurer : ses amis et ses serviteurs durent contracter des emprunts en leur nom personnel (5).
(1) Ihxd, t. XX, i^ 315.
(2) « Qnesto regno, se ne va aU'occasp. » A. Desjardins, îiégoc, diplom. t. lY, p.esi.
(3) Le château de Ctiampigny-sur-Yeudc (entre Chinon et Richelieu, Indre-et-Loire), résidence des Bourbon-Montpensier a été démoli sous Louis XIIL II reste une très jolie chapelle ornée de magnifiques vitraux peints par les Pineigrier.
(4) La Reine désirait beaucoup être accompagnée par le duc de Nevers qui arrangeait en ce moment le mariage d'une de ses filles avec le duc de Montpensier. — Le duc de Nevers était rentré dans les bonnes grâces du Roi, moyennant Tinsistance de la Reine Mère. Arch. du Yatic, Lettere t. XX, n» 310.
. (5) Arch. du Vatican, Lettere, t. XX, f> 314. Lettre du Nonce le 21 juiUet 1886 : « Per questa sua andata la Reina ha durata grandissima fatica a trovare danari, essendo convenuto a suoi piu cari amici et servitori di obligare se stessi per haveme. »
84 LA UGUE
A la nouvelle de ce prochain voyage, le Nonce inquiet demanda immédiatement au Roi une audience, mais iirobtîBt seulement cinq jours après le 20 juillet : « Ayant appris", lui dit-il, le départ de la Reine pour aller négocier la paix avec Navarre et Condé, il ne pouvait s'empêcher d'exprimer au Roi le grand déplaisir que cette démarche causerait au Souverain Pontife. Des négociations et des traités, -^ IdPapo en était très convaincu, et on l'avait vu en maintes occasions semblables, — ne pouvaient anéantir l'hérésie dans le royaume. Seules les armes, si la guerre était conduite avec activité comme elle devait Vôtre, pouvaient en avoir raison. (1) Sa Sainteté apprendrait certainement avec une grande douleur, qu'une Reine chrétienne fasse à des hérétiques, déclarés nommément relaps et impénitents, par conséquent indignes, l'honneur de les rechercher. N'était-ce pas mépriser la sentence portée justement contre eux? » Le Nonce supplia donc le Roi de bien réfléchir avant de laisser entamer cette négociation. «Je fus écouté avec calnoe et attention, écrivit-il au secrétaire d'État, — Le voyage de la Reine, me répondit le Roi, ne paraîtrait pas étrange à Sa Sainteté si elle connaissait bien rÉtat présent du Royaume, ma position personnelle et le but de la démarche. Le pays en effet se trouve dans une calamité telle qu'il ne peut y en avoir une plus grande. Les dépenses des troupes s'élèvent à plus de 500,000 écus par mois, et, à l'arrivée des reltres, elles devront s'augmenter encore. Or il n'y a pas moyen de continuer cette dépense et à plus forte raison de l'accroître, La paix sera honorable ou elle ne sera pas ; mais une négociation peut seule l'obtenir, caries victoires remportées précédemment contre les hérétiques n'ont servi à rien ou à peu de chose. D'ailleurs chercher à ramener l'homme écarté du droit chemin, ne peut être blâmé. Seulement pour conclure la paix avec avantage, il ne faut certes pas arrêter ou ralentir
(1) « Ma si ben con l'armi quando sia fatta la guerra da dovere et con celerita. » Arch. du Vatican, Letlere, t. XX, f" 3J0. Lellre du Nopce au ardinal Rusticucci, 21 juillet 1586,
Id fiours da la guerre. — Si on savait poursuivi vifoureuaament les victoires obteuuei, répliqua le Nouée, lei hérétiques, cbaeuu eu est persuadé^ n'existeraieut plus : il eu serait eucore de môroe aujourd'hui : eu tout oas on aequerrait ainsi près de Dieu un mérite infini et il vaudrait mieux tout souffirir que d'exposer ce royaunae au péril certain de perdre la foi, par conséquent de se ruiner complètement fc bref délai, si les hérétiques conservent leurs places et leurs armées. Or eomoient les leur enlever, si on renonce à te faire les armes kla main? La paix pour eelui qui la demande, ne signifie-^U* elle pas une conoession k foire k celui auquel elle est deman* dée? Si au contraire la guerre est conduite avec vigueur, au moins pendant quelque temps, n'est-^il pas permis de croire qu'on viendra supplier le Roi d'accorder la paix et il sera alors possible de la signer avec plus d'avantage et plus d'honneur b.
Honri III ne se tint pas pour battu : h Jusqu'ici, réponditil, on a fait ce qui a été possible, mais l'arrivée en Franet de douze mile reltres, pour grossir les rangs des Huguaaois, le force h ne pas attendre la complète dévastation du royaume, et k voir si auparavant un accommodement à des conditions honorables ne pourrait être conclu. --^ Si votre Majesté est décidée h signer cette paix, dit alors la représontant du Pape, ja la prierais de ne rien arrêter au sujet de la religion et des personnes de Navarre et de Condô avant d'avoir pris le conseil du Souverain Pontife. — J*y penserai », répliqua le Roi (1).
Le Nonce ne borna pas là ses démarches et il se rendit ehôz la Reine mère pour lui répéter k peu près les mômes paroles, a Si sa Sainteté, répondit Catherine, écoute les propos de ceux qui ne désirent pas le retour du roi de Navarre à la foi catholique et à Tobéissance du Roi (I), Elle n'approuvera pas ce voyage, mais Elle l'aura à cœur, si elle
(i) Arch. du Vatican, leitere, t. XX, ^ 810. Lettre du îl Juillet 1880. (2) L'arGheyéquc de Lyon écrivait que la reine désirait conclure la paix de quelque manière que ce fut. Arch. du Vatican, /. c, U XX, ^ 332.
juge le fait en lui-même. Mon départ peut déplaire, mais mon retour certainement sera agréable, car ou je conclurai une paix avantageuse, ou je reviendrai sans avoir rien compromis. On ne pouvait mettre en doute sa résolution. N'avait-elle pas toujours^ été ferme dans la foi; sans vouloir jamais entendre un prècbe hérétique ? n'avait-elle pas élevé ses fils dans les sentiments connus de chacun ? fce saint Père en sa qualité de Vicaire de Jésus-Christ sur terre, en savait plus qu'elle sur les choses divines, mais pour les affaires temporelles chacun connaissait mieux que personne celles de son pays. Si sa Sainteté était en France et voyait le malheureux état de ce royaume, Elle conseillerait la paix de préférence à la guerre. — On ne peut appeler affaire temporelle une négociation avec des hérétiques, fit observer le Nonce, car ce traité engage la foi » , et il chercha à connaître quelles conditions seraient proposées et surtout quelles conditions seraient acceptées, mais Catherine se renferma dans des généralités, ce La paix, dit-elle, sera conclue pour le bien du royaume et l'honneur de Dieu». A de nouvelles répliques, elle ne répondit point et elle prit même un air offensé car des plaintes au sujet de son départ lui semblaient porter atteinte à sa réputation (1). Quand le Nonce parla de la nécessité de consulter le Pape, la Reine demanda quelle avait été la réponse du Roi : elle parut l'approuver et n'ajouta rien (2).
Le Nonce vit aussi Bellièvre et lui dit « qu'il ne serait pas bon que la Royne entreprinst de visiter le roy de Navarre sans le Pape ». Bellièvre lui répondit : « Ce seroît belle chose et le Pape ne seroit pas difficile de pardonner une chose dont aviendra un si grand bien à l'universel
de la Chrétienté M. le Nonce prit ma réponse en
fort bonne part et dict qu'il a ceste bonne espérance qu'estant les choses traictées comme il se doibt, qu'elles seront
(i) « Fu il ragionamento di Essa Reina alquanlo riseatito, parendolc cbe io le facessi quasi torto a lamentarmi di questa sua andata. » (2) Arch. du VaUcan, Uttere, t. XX, {^ 313.
PRÉL 'TINAîïiES 87
. bien'prinses à Rome et que il avoit èonseillé la Royne d'escri're fort diligemment au Pape afHn de bien informer S. S. de sa dfoite intention » (1).
Catherine de Médicis partit le 28 juillet pour Gbenoneeaux (2) et le roi se rendit dans le Nivernais, aux eaux de Fougues, pour soigner sa santé et éviter aussi comme nous le verrons l'ambassade des Princes Allemands : il devait également y rencontrer le nouveau Nonce, l'archevêque de Nazareth, dont Tarrivée était annoncée (3). Le Roi laissa comme régente à Paris la Reine sa femme.
Le duc d'Epernon qui se rendait en Provence, accompagna le monarque et le duc de Joyeuse alors à Moulins pour attendre des troupes, devait aussi venir le rejoindre. Aussi bien des gens disaient : « Si le monarque va à Pougues ce n'est pas pas pour aller aux eaux, mais pour se retrouver avec Joyeuse et accroître le crédit d'Epernon ». (4)
Henri III était de bonne foi assurément, mais il était irrésolu et semblait dissimulé. Tout à l'heure, il poursuivait avec le duc de Guise l'idée d'une guerre à outrance, à présent il caressait l'idée d'une paix avec le roi de Navarre et il se croyait obligé de l'accepter, car « tous les honnêtes gens, disait-il au Pape, fatigués de la guerre réclamaient la paix.
(1) Bibl. nat., ms. f. fr. 3372, f> 174. Lettre du 3 août 1586.
(3) « La Reine Mère partira lundi (28), ira coucher à Estampes, mardi à JanvUie, mercredi à Orly, jeudi à Saint-Laurent, samedi à Blois où eUe séjournera dimanche et lundi elle sera à Ghenonceau. Le roi est part ce matin pour Fontainebleau, la Reine reviendra quand le roi partira, c'est-à-dire mardi ou vendredi pour séjourner à Paris pendant Tabsence du roi. I (/&.} Lettre de Pinart, 26 juillet 1586. Bibl. nat., ms. f. fr. 3372» f»40.
(3) Une lettre de Sixte V (Il juin 1586) annonça le départ de Tarchevôque. Arch. du Vatican Regesium, an IL Le 2 août, l'archevêque était à la Charité et demandait audience au Roi ; il écrivait le 18 août 1586 : « il duca di Nevers è bono et prudente et son sicuro che non farà cosa indegna ne a se, ne a Dio, ne al suo Re, U qualo è bono et vuole il bene. » Bibl. nat. mu, f. fr. 3372, ^ 177.
(4) Archives du Vatican. Lettere, t. XX, f> 310. Les eaux de Pougues avaient été découvertes par J. Pidoux, médecin du roi. Journal de Leriche, p. 338.
Pd»i6r ï obasser Id» hérétiques les arrn^i ii h mm e'éuit vouloir détruire le royaume (1), »
Le Nonce en s*élevant si vivement contre la démarche de la Reine mère, traduisait-il exactement la pensée du Souveraiu Pontife? ne se montrait-il point trop absolu dans sea affirmations? Les conversations de Sixte-Quint avec le noarquis de Pisany sembleraient indiquer, si celui-ci les a fidèlement rapportées, plus de résignation de la part du gou* verain Pontife (J).
Le Pape désirait voir la France en paix, mais « si pour oocuper l'esprit et le courage des Français qui ne peuvent rester oisifb, il fallait faire la guerre^ pourquoi alors, ne pas aller à la barbe des Espagnols rétablir la Goulette, reprendre Tunis et subjuguer Alger, faire en un mot la guerre aux Turcs et non aux Chrétiens ? » Sixte-Quint aurait voulu croire à la possibilité de la conversion d'un Prince déjh revenu au Catholicisme et retourné au Protestantisme, mais il n'admettait pas sa boune foi. La paix avec lui le confondait tout d'abord, car il y voyait une cause et une preuve de faiblesse; cependant homme pratique, il répondit aux affirmations sur la néces* site de sauver ainsi ce qui restait de la France, qu'il voudrait en ce cas voir la paix bien faite, non h l'avantage des héré-r tiques. — C'est justement la pensée du Roi, lui fut-il répliqué. Sixte V parla sans aigreur, mais sans espérance de la possibilité de cette paix et lorsque le 11 septembre Pisany vint de la part du monarque demander sa bénédiction pour le succès de ses démarches : -r Je prierai Dieu, répoqdit Sa
(1) Lettre de Cavriana, 31 mars iSS7. A. Desjardins, /. e.,i, IV, p. 681.
(2) BU)1. Nation., ms. f. fr. 16,04:5, f« 242. Lettre du 17 septembre 13»6. Le pape, ôerit Tambassadeur le 26 août, paria du départ de la Reine pour s'abouoher avec le roi de Navarre : « Sa Sainteté ne me fit pas tant la mine de trouver mauvaise la paix, comme on voulait m*en faire la peur, ne me disant autre chose, sinon que V. If. ne seroit jamais roy absolu ni paisible en son royaume tant qu'elle y auroit celte malheureuse opinion et hérésie. » Bibl. Nat., ms. f. iV. 16,04S, f^ 226. Philippe II, s'inquiétait vivement de ces négociations et chargeait son ambassadeur de prévenir le pape de ne pas y donner les mains. Hubner, /.c, U II, p. 174. . •
PRliUNlNAlRES 69
Sainteté, pour que tout s*aehèv6 h sa gloire, et olle envoya m bénédietioD sans adresser un bref (1),
Proposée de bonne foi par le roi de France pour lauvegarder sa couronne (3) et donner le repos au royaume, acoeplée au besoin par le Pape comme une nécessité pleine de périls, la pensée de cette paix dont le Cardinal de Guise ne se troublait pas beaucoup (3) était hautement repoussée par le roi de Navarre et le duc de Guise» par le cbef des pro* testants et par le chef des catholiques.
Pendant que la Reine s'acheminait vers la Touraine, M, de Luxembourg arrivait h Rome pour présenter au Pape l'obéi dience du Roi. Les Ligueurs étaient en disgrâce. « Il y a plus de six mois, disait Sixte V au marquis de Pisany, j*ai si bien fermé la bouche au Cardinal de Sens qu'il n*osera plus prendre la hardiesse de parler » (de la Ligue) et Sixte V avec sa vivacité ordinaire de langage ajoutait que, « le Pape Grégoire, les Cardinaux de Sens et de GAme estoient, k son très grand regret et dommage de toute la chrétienté, cause de la ruine de la France ». (1)
Aussi le Souverain Pontife pour neutraliser Teffet produit cbercha-^tril à donner k la mission de H. de Luxembourg un grand éclat. Il voulut qu'il fit son entrée officielle dans Rome le jour ou Ton devait élever, — ^ « ce qui semblait impost» sible V (2) — robéllsque d'un César en face rKglIse 8t-rPierre et il invita tous les Prélats, principaux seigneurs et gentilshommes à monter à cheval pour aller en signe d'hommage au devant de l'ambassadeur. L'entrée devait, contrairement à
(i) l^ 18 décembre, Catherine priait Pisany de remercier a le Pape d^ la sainte bénédiction qu'il luy a plu me donner au bon désir et intentiop de la paix. « Bibl. nat. ms. f. fr. 3301, f» 38.
(2) « La Reine mère a toujours respérance de voirie roi de Navarre à Champigny pour continuer le traité de paix qu'on veut &ire et ce parca qu'on voit clairement que le roi de Navarre a la victoire en main. » Lettre de larchev. de Lyon, 23 ocl. 1838. Arch. du Vatican, t. XX, fo350.
(S) « Non mostra di turbarsene molto. « Areb. du Vatican» /. e., t. XX* fi» 310. Lettre du 21 juiUet.
(1) BibL nat. ms., f. fr. 16,043. P 232. Desjardins, t. V, p. 23.
(2) Lettre de Yolta au duc de NeverSt 14 juillet 1886* nibl nat. mi. f. f)r. 3074, r> 232.
l'usage, avoir lieu par la porte près St-Pierre, « aQn, disait Pisàny, que nous eussions notre part du spectacle de l'obélisque )». C'est ce qui eut lieu le 10 septembre. M. de Luxembourg avait déjà vu le Pape la veille au soir et il serait impossible, écrivait Pisany, de redire les amabilités qu*il en a reçues (1).
Le duc de Guise n'ignora pas ces faits et tint d'autant plus à prendre ses mesures. Tout à l'heure il se déclarait mécon* lent du Roi et craignait, s'il le voyait se réconcilier avec les huguenots, d'être contraint au déplaisir d'être désobéissant. U écrivit alors au duc de Nevers, sur le point de se rendre à l'entrevue avec le roi de Navarre, qu'il n'était pas honnête d'être complice d'un tel acte et il affirma la nécessité pour empêcher sa conclusion d'unir les catholiques français et les catholiques espagnols, a Mes seules forces en- effet ne peuvent suffire, dit-il, et il faut d'autres moyens pour maintenir toujours prêt, pendant la paix plus encore que pendant la guerre, un parti opposé aux desseins du Roi ». Un don de trente mille écus, fournis par le roi d'Espagne serait un de ces moyens excellents a pour mettre en état ses partisans et ses amis » et afin de n'être pas pris au dépourvu, il ordonna à son frère le duc de Mayenne de revenir en son gouvernement a afin d'être à mesme, selon, leurs promesses, d'empêcher l'effet de telles menées » .
L'attitude de Montmorency paraissait toujours douteuse. Le Pape avait voulu le réconcilier avec le Roi. Mais « les longues hésitations du Maréchal devaient être cause de maux infinis et le duc de Guise, un instant auparavant partisan d'une alliance avec lui, cherchait à présent à se persuader qu'après tout la puissance de Montmorency n'était pas si considérable : elle ne s'étendait pas sur plus de la moitié du Languedoc ! Toulouse le regardait comme un ennemi : il était désavoué par ses parents et aucune personne de qualité ne s'était déclarée en sa faveur. » Ainsi, selon la disposition d'es-
(1) Lettre de Sixte V à Henri m, où U se rc^jouit de Tarrivôe du duc de Luxembourg, 3 ocl. 1586. Arch. du Vaticm. Reg. Sixiiy an II, cp. 59.
PRÉLIMINAIHES 61
prit OÙ Ton se trouve, selon Tutilité que Ton aperçoit ou la difficulté que Ton rencontre, on élève le mérite de ses alliés, on on rabaisse.
Ce fut donc de lui seul et de son initiative personnelle que le duc de Guise attendit le succès. Aussi dans une réu« Bion tenue à l'abbaye d'Onrscamp près Seplis avec les Cardinaux de Bourbon, de Guise et plusieurs autres seigneurs, il fit arrêter en commun un programme d'action (7 octobre 1S86). Empêcher la conclusion de .la paix avec le roi de Navarre ; s'y opposer énergiquement si elle était conclue ; maintenir le dernier édit contre les hérétiques, telles furent les résolutions. « Nous avons le cœur de bons batholiques, lit-on dans le manifeste, et les forces ne nous manquent pas, car toutes les principales villes du royaume sont unies avec nous. Nous agissons sans crainte, car c'est pour servir Dieu et repousser l'hérésie d. Or si le Roi venait à conclure la paix avec les protestants, les catholiques qui « avaient à cœur l'amour de Dieu et le repd»-<le la patrie » auraient aussi une légitime occasion de prendre ouvertement le Pape pour chef. A la ligue protestante des Princes Allemands ou Anglais, ils opposeraient la ligue catholique du Roi d'Espagne et des ducs Italiens afin de n'avoir forcément dans ie royaunse que deux partis, celui des catholiques et celui des hérétiques, avec lequel on ne pouvait s'accorder (1).
(i) Arch. du Vatican, /. c, t. XX, f> 322, Lettre du duc de Guise au Nonce le 8 octobre 1986 :
« Je vous supplie d'assurer S. S. que nous resterons fermes et constants dans notre résolution de suivre la voie de la religion catholique pour laquelle nous exposerons toujours la vie. Si on arrive à faire une paix pernicieuse et feinte, nous donnerons ordre de remuer toute pierre pour faire un édifice sûr et et empêcherons qu'avec le temps nous ne soyons menacés et surpris. Nous avons le cœur de bons catholiques et nous avons annoncé notre résolution à tous ceux qu'mspirent le zèle de Dieu, le repos de la patrie qui ne peut exister si la fausse religion et la retigion catholique subsistent ensemble. Par la grâce de Dieu, les forces ne nous manqueront pas et toutes les principales viUes du royaume ont le même sentttnent. Nous marcherons sans crainte, puisque c'est pour le service de Dieu et contre les desseins de ceux qui cherchent à établir t'hérésie. »
Tel fut le manifeste publié par les chefs de là Ligue ; ils chargèrent en même temps le Nonce d'assurer au Pape leur résolution de défendre la cause catholique, car dans les prin-* cîpales villes du royaume on ne pouvait comprendre la coexistence de la vraie et de la fausse religion.
Un instant la politique royale avait paru subir Tinfluence des princes lorrains. Lorsque le duc des Deux Ponts, le comte de Wurtemberg vinrent visiter le roi, Henri III chargea le gouverneur de Metz de les dissuader d'aller plus avant, mais ils continuèrent leur route et pendant deux mois toutes leurs sollicitations pour obtenir une audience furent inutiles. Après les avoir évités h Pougues, à Moulins, le Roi les fit attendre encore six semaines après son arrivée à Vincennes : c'est le iî octobre seulement qu'il les reçut. Les Princes demandèrent l'exécution des édits de tolérance et présentèrent des observations très vives, peu respectueuses sur « les menées de la Ligue et les attentats du Pape cause des nouveaux troubles. » Henri 111 « très offensé de la harangue » (1) répondit fort sèchement : « Je laisse aux autres Princes le soin de gouverner leurs sujets, mais de mon côté je saurai bien adviser à ce qui sera à faire de mieux et chercher tous les moyens pour satisfaire k la droite et sincère intention que Dieu a engravée dans mon cœur. »
Sixte V instruit de cette fière réponse en sut gré au monarque (2).
(1) Lettre de NeufvUle-ViUeroy, 11 octobre lîî88 : « Le Roi est resté très offensé de la harangae des ambassadeurs aUemands pour avoir esté remplie de propos pioquants et peu révérans* » Bibl. nat. m$, f . tr, 3371» f* 06, c. f. LeUre do DeMièvre, f^ ÎJ6.
(%) Sixte Y fut très content de savoir que le roi sétait a piqné n lors* qua les ambassadeurs protestants avaient mal parlé du Pape. Lettre de Pisany à YiUeroy, 9nov. 11(86. Bibl. nat. ms. f. fr., 16,045, fo 381.
PRÉLtMiNAinES 63
« Nous voulons conserver le Roi elle royaume, » avaient dit les signataires du manifeste daté d^Ourscamp, fidèles dans leurs expressions h la pensée royaliste de la Ligue, mais les actes étaient un peu différents des paroles.
N'espérant rien en effet du midi oii Montmorency lui fai« sait défaut^ le duc de Guise se rejeta du côté du Nord oti le duc de Lorraine pouvait Tappuyer (1). Il offrit à ce Prince de joindre ses forces- aux siennes et demanda au duc de Parme, cantonné en Flandre, Tappui des troupes espagnoles. Entre Tarmée allemande protestante et l'armée confédérée du rot de Navarre et de Montmorency, il voulait ainsi établir forte^ ment Tamnée alliée du duc de Lorraine, du duc de Parme et des hommes' d*armes dévoués à sa cause. Pour le moment et pour enlever tout soupçon au Roi (3) les princes se disper-* sèrent. Le cardinal de Guise se rendit à Paris, le Cardinal de Bourbon à Ûaillon, le duc de Guise dans son gouverne* ment de Champagne.
Ainsi, le duc de Guise s'étourdissait en poursuivant de concert avec l'ambassadeur d'Espagne, Bernardine dd Mendosa, des projets hardis, je ne veux pas dire coupables^ car il parlait toujours de conserver le Roi et s'il invoquait auprès du représentant de Philippe la nécessité d'avoir des ressourcées «t pour être prêt h soutenir les vlllea dans leur juste
(1) BibL nat., f. fr. 3974, ^ 253. Le duc resta d'abord neutre quoique favorable aux catholiques ; en i88S, 11 devint Tassocié dû duc de Guise, en isee, le pensioimalre de Philippe 11. Alors 11 se jeta avec ardeur dans la lutte. Intervention de Charles Illf duc de Lorraine, dans les affaires de la Ligue par M. Henry. Nancy, 1864, p. 10. •— Lettres et Imtructîons de Charles Ut duc de Lorraine relatives aux àffûirts de la ^9w, pubUées par Henri Lepttge» Nancy, IM.
(2) « Acciô di levare ogni sospetto al Re et che non habbi occasion alcuna di dubitare di noi. » Ârch. du VaUcan. Lettere, t. XX, î^ 322. LeUre du 8 octobre.
entreprise ; » s'il ajoutait : « je me brûlerais plutôt les ailes que de manquer de courage en une si haute entreprise, » (1) on pouvait croire qu'il s'agissait des intérêts catholiques et de la guerre contre les protestants Allemands, mais que prétendait-il lorsque dans ses dépêches intimes il se déclarait « au service du roi d'Espagne n et considérait le roi de France comme un ennemi ? seulement, disait le duc de Guise, « je suis obligé de le traiter avec respect. » Après ravoir en vain averti de surveiller les menées du duc de Bouillon, Guise exprima au roi, non sans amertume, son regret de n'avoir pas été assez heureux depuis quinze mois pour lui faire apercevoir le danger. En vain il avait donné dix-sept avis à ce sujet, Rocroy venait d'être pris et il gardait la triste satisfaction de montrer dans le triomphe des hérétiques l'accomplissement de ses prévisions ; aussi il concluait : «voilà le mauvais état de ce gouvernement duquel je pensais, à force de me plaindre, vous faire éviter le mal. » • Le mal n'ayant pu être évité, le duc de Guise se serait volontiers chargé de le réparer, mais il rencontrait des obstacles dans la conduite des affaires générales. « Vous diriez que tout est à l'abandon » écrivait-il et il suppliait (( pour l'honneur de Dieu qu'on y remédiât, ou que le roi permit de couper la gorge à ces huguenots. x> Mais le roi ne permit rien et content d'envoyer seulement trois cent mille écus au duc de Mayenne, alors qu'il aurait dû en donner dix sept cent mille, d'écrire au duc de Guise d'avancer la paye des gens de guerre (au 1" octobre on devait 700.000 écus aux Suisses) sans songer que cela lui était impossible, Henri 111 ordonna à ses troupes de tenir garnison^ comme si, selon le mot du duc de Guise, c'était le moyen d'obtenir des succès, et il prépara les négociations avec le roi de Navarre.
Ce prince avait cherché mille prétextes pour éviter une conférence. L'important pour lui était d'agir : « hastez, hastez, hastez, écrivait-il à M. de Ségur occupé en Allemagne à recruter des soldats, le retardement nous ruine. »
{\) M. de Croze, /. c, t. I, p. 390. Lettre du 10 novembre 1580.
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a Depuis six mois, disait-il au roi deDanemarck^ noua sommes invités à uiie conférence. Si nous sommes forcés de nous y rendre, nous né transigerons sur aucun point sans votre conseil et approbation. )> Il ne croyait pas du reste à la bonne foi de la cour de France et « n'apercevait pas qu'on y marchât de bon pied et voulut montrer quelques arrhes de bonne volonté. » Mais les ministres protestants ayant admis la pensée de traiter, le prince s'y résigna.
Le duc de Nevers était venu sur le désir du roi « aider et assister la reine mère pour sortir d'un si maulvais passage où elle s'est exposée pour délivrer ce royaume de la plus évidente ruyne que de mémoire d'homme il ayt esté (1). » Le duc avait aussitôt écrit à tous les cardinaux pour leur annoncer la démarche qu'il allait tenter avec la reine mère et sa dépêche avait eu le complet assentiment d'Henri III (2) : les cardinaux de S. Severina, deMondovi, d'Aragona, Gam« bara, de S. Croce félicitèrent le prince et prièrent Dieu de faire réussir ses efforts; tous se reposaient sur lui au sujet des conditions de la paix dont la première devait être d'assurer en France l'exercice de la seule religion catholique. Le Pape était aussi charmé de voir le duc « faire ce voyage (3) ; » « quelque chose qu'aulcunsveullent subtiliser, écrivait alors Bellièvre, je scai que les meilleurs cerveaulx du sacré Collège désirent la conversion du roi de Navarre et, comme j'entends, nostre Saint Père se monstrera en cela fort favorable. » Puis
(1) BîW. nat.V»w. f. t*r. 3372, f^ 208. « Les affôres de la France ne se conduisent pas toujours par compas >, disait Bellièvre le 11 sept. 1586.
(2) 76., f* 228. Lettre de BeUièvre, 11 octobre 1386.
(3) Le cardinal Rusticucci écrit au duc de Nevers, 2 sept. 1ÎJ86 : « Quanto al commandamcnto fattole di esser con la Regina maire per il negocio, S. S. ne sente piacere, essendo sicura che 1*E. V. nonlasciera per bonta et pieta sua d'hauere inanzi a gli occhi l'honore di Dio et il benefitio di cotesto regno. » Bibl. nat. ms. f. fr. 3372, f^ 186. Le cardinal de S. Severina, écrit le 3 septembre : « Questa mattina nlio parlato con la Sanlita di N. S. il quale n'ha discorso in presenza di qoesU allri lU. Mieisignori et ô del medesimo parère et mostro ricevere in buona parte il suo intervento in questa causa. » Ib. ^ 192. Le cardinal s. Croce écrit le 5 septembre : « S. S. ha molto caro ch'Ella faccia qucslo viaggio. » Ib. , f» 202.
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comme on critiquait la démarche, comme on disait que le meilleur serait d*6xterminer tous les hérétiques, Bellifevre [i) en appelait au pape pour montrer « la différence qu'il y a entre faits et souhaits, » et tristement il ajoutait : « Si pour nos péchés et par le malheureux destin de ce royaulme, il ■^ fauldra nous y résoudre pour toutes nos vies, au moins,
disait-il au duc deNevers, aures-vous cest honneur et ce gré des peuples françois que par prudence vous aves essayé de remédier aux maulx où la malice et témérité d'aucuns nous ont précipité. » Bellièvre s'inquiétait des longueurs mises r dans les préliminaires par le roy de Navarre dont a le mal-
^ heur est que jusqu'à présent il n'a sceu se résoudre d'aller
au devant des affaires (2). » « Il faut serrer le marché, écrivaît-il encore, et passer par dessus les difficultés qu'il met en avant. » L'abbé Guadagni fut renvoyé par Catherine apprendre la décision du roi de Navarre (3) et on put enfin être fixé: seulement au lieu d'aller à Champigny, comme elle l'espérait, Catherine dut venir en Poitou. Le 22 octobre elle était encore à Chenonceaux : le 4 novembre elle signait une trêve avec le roi de Navarre (4), le 7 elle arrivait à Mirebeau et le 11 à Saint-Maixent (8) car l'entrevue devait alors avoir lieu le 5 ou le 6 décembre aux petits Chastelliers entre cette ville où logerait le roi et la Motte Saint-Hérem où elle habiterait (6). Mais le 30, Catherine reçut du roi de Navarre une lettre le prévenant qu'il choisissait pour lieux de séjour Cognac et Jarnac. Le jour même Catherine donna des ordres pour réparer le château de Cognac afin de recevoir les seigneurs venus avec elle. Le 3 décembre elle quitta Saint- Maixent et vint à Cognac, mais il fut impossible de « pouvoir
(1) Ib., ^ 214. LcUre du 20 septembre 158C.
(2) /A., f> 2i6. Lettre du 11 octobre 1588.
(3) Bibl. nat. tns,, f. fr. 3372, f" 32. Lettre de Catherine du 23 août.
(4) Le duc de Nevers fut contraire à une M\o gt^ni^rale, car dit-II, cela fortiOe toujours davantage les factions, Villeroy l'approuva, 76., ^ 108.
(5) Journal Leriche^ p. 463.
(6) Bibl. nat. ms,, f. fr., 3372, f* 80. Lettre de Catherine, le 3 nov. 1583 ; le Journal de Leriche, p. 464, dit au contraire que le roi àe Navarre logerait k la Motte. Bibl. nat., /. c, 3301, f* 31.
loger au château pour la conférence (1) » et le 14, 18 et 17 décembre le roi et la reine se virent au chftteau de Saint- Brice près de Cognac (2); malheureusement ce fut sans résultat. ce 11 ne s'est rien ébauché qui mérite vous en donner advîs, écrivait Catherine au marquis de Pisany^ le 18 décembre, le roi de Navarre ayant déclaré qu*il n'avait pas pouvoir de « ceux des Églises de la nouvelle opinion » et qu'il ne pouvait rien faire sans advenir ses amis en Angleterre et en Allemagne, demanda deux mois de délai avant une nou^ velle entrevue (3). » Dans la troisième et dernière conférence il y eut des a disputes et difBcultés (4) » car Catherine déclara nettement la résolution du roi d'avoir dans le royaume qu'une seule religion (5) et elle commanda au roi de Navarre
(i) Bibl. nat., mi,, t fr., 3301, f^ ai, 3»» 34.
(2) D'après un récit très détaillé « reçeu de la bouche du rot de Havarrc )», les conférences eurent lieu le 14, 15 et 17. Bibl. nat., nu. Clnq>Cent8. €oU>ert, t. XVI, P 332. D'après une lettre de Cathertne au lieu du 15, il faudrait mettre le 16» « Je vous dirai M. de Malicome que nous nous assemblons hier et aujourd'hui mon lils le roy de Navarre et moy. » L. 17 déc. 1586, f. fr. 3301, f^ 30. S. Bris des Bois ou saint Brice appartenait alors au s. do Fors, gentilhomme protestant, fils do Charles Poussard, maître d*hôtel du roi de France et du roi do Navarre. Le château est aujourd hui la propriété du général Marquis do Brémond d'Ars. {Bulletin delà Soc. des Ârch. histor. de la Satntongêy t. III, p. 07, 1880- 1882. M. Jutes Pclisson, f6., p. 197 a indiqué quelques manuscrite que nous avons consultés. Voir aussi Journal de Uriche, pubi» par A. de La Fontenelle-Vaudoré, in-S» 1846. — A. Desjardins. Négoc, dipL, t. IV, p. 065. Mémoires de la Ligue, t. Il, p. 76 et 189. Lettres missives d'Henri IV, t. H, p. 251 .) — Depuis la rédaction do ces pages il a paru sur l'entrevue un article de M» le vicomte Guy de Bremond d'Ars. {Revue des quest. histor,, octobre 1884,p. 496.)
(3) Bibl. nat. m*., f. fr., 3301, f" 36, 38.
(4) « Je ne vous diray point les disputes et diflicultez où mon liU le roy de Navarre et moi nous nous sommes trouves au troisième et dernier jour de notre conférauce. » Lettre de Catherine à M. de Malicome, ib, 3301, f* 38. Villeroy écrivait le 21 déc. « Les belles paroles du roi de Navarre doivent faire advertissement de nous préparer au pis. » /6., m«. 3372, fo 108. D'après ms* Colbert, /* c«, ce serait la seconde conférence.
(5) Le 30 décembre, Villeroy écrivait: « Combien que ces gens aient fait les mauvais à bon escient quant cette parolle leur a esté prononcée, toutes fois nous ne volons pas qu'Us aient tant de molen de se maintenir et defTendre les opiniâtretés quMls veulent ftiire croire. » Et U parlait de Tappréhension des misères qui nous tallonnent et qfû dont comme inévitables sans l'espéciale grâce et faveur de Dieu» » M., 1^ 78.
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de le dire à ses amis. Le soir même ce prince, revenu à Jarnac, réunit ses gentilhommes et tous déclarèrent Timpossibilité d'une entente. Le lendemain François de La Rochefoucauld sieur de Montguion et Jacques de Gaumont sieur de la Force vinrent déclarer à la reine que les seigneurs étaient résolus de vivre et mourir pour leur religion et il demandèrent la cessation de la trêve. Catherine n'osant prendre sur elle une si grave responsabilité, renvoya M. de Montpensier et le maréchal de Biron pour demander un délai aiin de connaitre la dernière volonté du roi que M. de Rambouillet alla interroger à Paris. Henri 111 ne changea pas d'opinion et le 10 janvier il déclara sa résolution d'avoir dans le royaume une seule religion et de faire au roi de Navarre une guerre à outrance, y marcher en personne et s'il le fallait y mourir. (1) Aussi demanda-t-il un « bon fond d'argent pour dresser et soudoyer les armées ». Le 27 janvier, la reine mère revenue à Niort envoya le maréchal de Biron, M. de Pontcarré, et le président Brullart communiquer au roi de Navarre la réponse du roi de France.
Cependant Catherine de Médicis espérait, — sans cela, ditelle, elle serait partie, — avoir une nouvelle entrevue avec le roi. On l'indiqua d'abord dans les environs de Niort, puis entre Maranset Fontenay ou elle arriva le 19 février. Remise plusieurs fois, l'entrevue eut lieu seulement au commencement de mars entre la reine et le vicomte de Turenne (2) c( Le roi, dit Turenne, ne veult et ne peult traiter de la paix^ avant deux mois pour convoquer les députés des églises. » C'était une fin de non recevoir. Dès le premier jour Catherine avait été convaincue que l'on voulait gagner du temps pour attendre l'arrivée des rcltrcs; elle quitta Niort le 7 mars escortée par quelques compagnies du régiment de Picardie et passa par Saint-Maixent, Lusignan, Poitiers. Le 13 mars elle était à Chenonceaux et le 26 à Paris. « Quelque
(1) A. Desjardins. Négoc, dipl.y t. IV, p. 670. L. du 20 janvier 1587. BiW. nal. m*., f. Brienne, 2t4, f« 132.
(2) Bàbl. nat., ms. f. fr., 3301. fo 52, v'o f«53, 54, 55. - Brienne Mi (b 148 et 150.
PRÉUMINAIRES 69
graode patience que j'ai eue, écrivit-elle, et quelque chose que j'aie peu faire durant sept mois et demi, je n'ai pu rien faire avec eux (1). »
Le Pape prévenu du projet d'une nouvelle conférence n'avait pas pensé que le roi fut bien conseillé « recherchant de paix les huguenots qui s'en rendroientplus insolents (â). » Le roi avait aussi écrit à sa mère « je ne sais comment vous pourrez honnêtement rentrer en négociation et traité avec le roi de Navarre et les siens après ce qui s'est dit et passé entre vous et eux, sur le fait de la religion. » Il proposa une trêve d'un an ou deux, pour assembler les États généraux afin d'adviser au salut du royaume ; sa pensée était de s'en ouvrir franchement au roi de Navarre et de lui offrir une pension « telle que Ton a accoustumé de donner k un fils de France, qui est de 100.000 livres tournois par an (3). » Mais le prince n'était pas de cette humeur : il pressa l'arrivée des rettres et se rendit à son quartier général, pour reprendre les opérations militaires. Catherine de son côté écrivait tristement : « Il ne sera plus question que de faire du pis que l'on pourra de tous costez, de quoi il ne peut advenir que mal et désolation davantage à ce pauvre royaume (4). » C'était la guerre imminente.
La négociation n'avait donc point abouti, et engagée sur ce terrain, elle ne pouvait vraiment pas aboutir. Comme il arrive d'ordinaire en cas d'insuccès les jugements les plus amers se firent entendre : considérée à un point de vue géné^ rai, c'était toujours Téternelle question de savoir à quel moment la résistance à un fait fâcheux peut cesser, pour faire place à la reconnaissance de ce fait, lorsqu'en raison de certaines circonstances et pour éviter de plus grands maux, on est forcé de le subir. Sans doute il faut résister longtemps pour transiger plus tard avec avantage ; mais s'il y a des temps 011 la résistance est un devoir, n'y en a t-il point
(1) Bibl. nat., m*., f. fr. 3301, f<> 50.
(î) Bibl. nal., mt,,{. fr. 16,0*3, f^ 297. Dépêche de Pisany,2lmars liï87.
(3) Bibl. nat., ms., fonds Briennc. 214, fo 153.
(4) BiW. nat., mi., f. frr 3301, 1*> SO. L. du 7 mars 1587,
70 U UfiCE
d'autres» où. la transaction devient un moyen de sauver ks toes et de protéger les peuples ? Ce moment n'était pas encore venu.
Catherine de Médicis, si habituée cependant à braver l'opinion, s'émut des jugements portés en cette circonstance* et dans une lettre au Souverain Pontife elle invoqua surtout la loyauté de son intention : « Nous n'avons eu d'autre des^ sein, ni charge du roi« dit-elle, que d'essayer si par la douceur on pouvait ramener dans le sein de TÊglise ceux qui s'en étaient séparés et contre lesquels on était obligé d*ein* ployer la force,.. Dieu n'a pas permis que notre désir s'accomplit, et nous avons trouvé ceux avec qui nous traitions, plus résolus que jamais à défendre leurs erreurs et leurs opi* nions, A présent il faut avoir recours aux armes afin de terminer une guerre qui jette le trouble dans tout le royaume. Le roi n'y épargnera pas ses soins, même sa vie, mais il faut de l'argent, » et Catherine chargea le marquis de Pisany d'en demander au Souverain Pontife. Le roi insista pour obtenir du Pape un prêt ou un don.
Henri 111, fidèle aux recommandations de Sixte V, reprit donc au sérieux son rôle de chef de la Ligue. 11 voulait la paix avec les catholiques et la guerre avec les protestants.
Le duc de Guise en entendant ce bruit d'armes témoigna dans ses dépêches au roi sa bonne volonté et son désir de bien faire, mais de bien faire surtout contre le duc de Bouillon ; car le fin mot de son entreprise, en courant reprendre Rocroy, était de demeurer armé, d'avoir dans cette place un homme à sa dévotion et de forcer le roi à se déclarer. Pour justifier ses démarches^ le duc de Guise invoqua l'assenti* ment populaire, ^ dit entraîné et le Pape voyant seule*ment ici l'intérêt d éloigner un prince protestant approuva en principe l'expédition, tout en recommandant la modération dansi'éxécution, afin surtout de ne pas blesser en cette circonstance M. de Montpensier, oncle du duc de Bouillon (1).
(1) L*atlaque contre Sedao paraissait au Roi devoir désuoir les cattioliques et il ne le voulait pas, aussi le marquis de Pisany (â4 mars itS^)i
PBÉLlMirfAIRES 71
Henri III « désireux de pacifier les affaires du côté de Sedan et non de les aigrir » envoya alors au duc de Bouillon vingt mille écus avec Tordre de se retirer du pays. Mais le duc de Guise s'en irrita : le Roi de France voulait donc le désarmer ! et il réclama plus que jamais du roi d'Espagne Fargent prorois par le traité de Joinville,
Le duc de Guise restait donc en armes, car il n'avait pas confiance dans le roi et le roi ne Tavait pas davantage en lui. Son frère le duc de Mayenne « plus résolu et moins dissimulé » avait des rapports mystérieux avec l'ambassadeur d'Espagne et soixante de ses capitaines logés au faubourg Saint-Germain avaient des relations avec les ligueurs de Paris. Le roi pour les déjouer changea la garnison de la Bastille et renforça celle de l'arsenal, mais l'impulsion était donnée : Le duc d'Aumale occupa Montreuil en Picardie, fit reculer les troupes royales détachées par d'Espernon et devint maître de Gorbie; Pontdormy, Doullens, le Crotoy...
Le conseil général établi par la Sainte^Union dans les seize quartiers -de Paris eut l'habileté d'exploiter la nouvelle de la prochaine arrivée des reltres allemands (1). Le Roi, disait-on, faisait lui-même avancer ces troupes ! et « par Tinduction des esprits malins dont il est possédé » il livrait les catholiques au roi de Navarre ! Il fallait donc résister et voici les propositions mises en avant : chaque ville pourrait envoyer des hommes afin de réunir vingt mille piétons et quatre mille chevaux, sous les ordres d'un capitaine désigné par le Roi, — car on ne pouvait se départir de la vieille foi royaliste. — Si le roi venait à mourir sans enfants, toutes les troupes se rassembleraient également dans les quinze jours entre Paris et Orléans, afin de protéger la réunion des Etats généraux chargés d'élire un Roi catholique. On réclamerait en outre le secours du Pape et du roi d'Espagne.
se plaignil du pape qui faisait à oe sujet au Roi a des querelles d'Allemagne. » Bibl. nat. ms. L franc., 18,045, f* 301. a Le pape me loua l'entrepree de, Sedan. » Ib., ^ 298.
(ï) il avait dt^jà formé un complot pour s'emparer de Paris et du Roi ; le maréchal d'Aumont le découvrit. Lctt.-e de Cavriana, 3 mars 1557. A. Desjardins. Négoc. diplom., t. IV, p. 677 et 681.
Tels étaient les projets, mais actuellemeat on se bornait à recruter des adhérents, « Ecclésiastiques, gentilshommfô, officiers du Roi non encore corrompus, notables, bourgeois et marchands, » en un mot « tous les gens de bien et de bonne conscience. » Dans chaque ville un conseil de six personnes devait se mettre en rapport avec le conseil général de Paris, réunir de Targent et recruter des soldats. N'être ni protestant, ni politique et vouloir ardemment défendre la religion catholique, telle était la condition pour devenir associé. Ils juraient de ne pas poser les armes avant d'avoir rendu à rÉglise ses anciennes libertés^ k la noblesse son ancien rang, aux bonnes villes leurs franchises et privilèges, sans se départir jamais « de la due et légitime obéissance que nous devons, disaient-ils, au roy comme catholiques. Leurs vies et leurs biens devaient être employés à conserver et accroître la religion catholique et la monarchie française (1). »
Henri III connut ces menées et, par le moyen de* Bellièvre du président Jeannin et du banquier Zamet, il chercha à ménager un accord entre les ducs de Guise et d'Epernon. Mais les pourparlers ouverts à Attichy furent stériles.
Le duc de Guise réclama la guerre immédiate, se dit prêt k s'opposer avec ses amis k l'entrée des reîtres et pour gagner le faible monarque, il ajouta cette parole merveilleuse : « Il n'en coûtera pas un denier au roi » car <c s'il le fallait tous les catholiques ligués signeraient de leur sang qu'ils sontk la vie et k la mort, vrais serviteurs de Dieu, du roi et de la patrie. » Afin de se faire mieux accepter, le doc de Guise déclara hautement que la seule prétention des catholiques était de « chasser les hérétiques ; une fois la guerre finie, lui et tous les siens rendraient leurs places de sûreté, abandonneraient leurs charges et quitteraient même le royaume si le roi le désirait. » Le vieux sang royaliste parlait toujours.
Le duc de Guise pria en même temps l'ambassadeur d'Espagne de demander au Pape de l'aider : a C'est coo(ime pour
(1) Bibl. nat. mt. f. fr. 3974, fo 284.
uae croisade, dit-il, laquelle ferait fort lever les cœurs aux catholiques en ce royaume et nous embarquerait bien avant (1). » Croisade contre les troupes venues de l'étranger et croisade contre ceux qui au dedans voulaient^ avec Taide de l'étranger, anéantir la religion.
c< Prévenir ou repousser l'invasion des protestants étrangerSf tel était donc, dit M. R. de Bouille, le grand mobile reli^eux et national proclamé par le duc de Guise. » Le duc en l'invoquant était-il désintéressé? quoiqu'il en soit, il sentit à la responsabilité qu'il allait encourir, le service qu'il pouvait rendre et son dessein, après avoir remporté la victoire, était de ne pas descendre de cheval avant d^avoir ruiné les hérétiques. « Si haut dessein mérite bien d'être assisté, écrivait-il au roi d'Espagne en réclamant de l'argent, car il est infaillible que nous allons courre aux armes (â).
Pendant que le duc de Guise préparait ainsi la guerre en dehors du roi, peut être contre le roi, Henri 111 s()ngeait à négocier avec lui ; Catherine de Médicis se rendit dans ce but à la Fère et à Reims \) 25 mai, démarche dont le seul résultat, disait le Pape sera d'augmenter les insolences et l'obstination des Princes (3).
On se perdit en effet en discussions, car chacun se plaçant sur un terrain différent , il était impossible de se rencontrer. Un semblant d'accord fut cependant conclu (fin juin 1587) et le duc de Guise se fit un mérite auprès du Pape de ne s'être pas montré exigeant afin de ne pas irriter le roi; mais il est temps, disait-il, d'appuyer les catholiques et il demanda au Pape d'envoyer en France un personnage considérable afin de lui procurer, à lui Guise, le très grand honneur de marcher sous le drapeau de l'Église. C'était toute son ambition (4).
(1) M. de Croze /. c, t. II, p. 289. Lettre du 2 avril 1587.
(2) M. de Croze /. c. t. II, p. 283. Lettre du 9 avril i587. '
(3) Lettre de Joyeuse, 2 juin 1887. Bibl. nat., fonds SérUly, 354. Ce ms. est aujourdliui an British-Museum, et a été cédé en échange d'autres revenus à la Bibliothèque nationale. Mais û existe d'autres copies deg dépêches de Joyeuse, f . fr. 17,995 et 23,616.
(4) Arch. du Vatican l. c, t. XXIU, fo29. Lettre du 13 juin 15^7.
Désireux d'obtenir pour le chef de la Ligue la fiiTeur de Sixte V, le cardinal de Pellevé parlait au Pape de son dessein d'aller en Ang^leterre venger jk le martyre » de Marie Stttart (i) et il représentait le roi comme désireux de conclure la paix avec les hérétiques, c'est-à-dire de précipiter le royaume dans les aventures, les Ligueurs au contraire comme uniquement empressés à défendre la Religion. Mais le Pape, sans être influencé par ces communications, resta ferme dans sa ligne de conduite; elle était très simple et il allait l'indiquer encore une fois au nouveau Nonce envoyé en France.
L'archevêque de Nazareth venait de mourir (mars 4887), regretté de Catherine de Médicis et du Roi qui lui avaient été d'abord si hostiles (3). Plusieurs noms avaient été mis en
(i) Le Pape pensait que n le meilleur moyen d'apaiser les troubles do France serait d'entreprendre contre l'Angleterre. »
Bibl. nal., ms, f. fr., 16,045, f- â9i, 10 mars 1587. t Si le Roi voulait bien, écrivait Pisany, en rapportant les paroles de Sixte V, la reine d'Angleterre seroit chastiée de tant de martires qu'elle a fiiit souffrir aux catho* iiques. » (Ib. ^ 309. Lettre du 7 avril.) Lorsque Sixte V, apprit la mori de Marie Stuart U dit à Pisany : h £h bien, ccste mauvaise angloise a fais! mourir cruellement et tiranniquement cette saiqle et bonne reyne d'Ecosse. Que dit S. M. très chrétienne de ce marUre? veut-eUe pasayder à le venger comme eUe y est obligée d'honneur et de raison. • BU)1. nat* ms,, f. fr., 16,043, f» 309. Lellre du 7 avril. Le pape avait sollicité le roi de France de « s'employer de cœur et d'afleclion à procurer la liberté de la reine d'Ecosse persécutée pour la religion catholique. » Ib., f»87î: a Le roi a décidé cette après dîner, écrit BeiUôvre le 1 1 novembre 15S6, que j'irai en Angleterre pour la nécessité et misère où se trouve réduite la reine d*Ëcosse. » Bibl. nat., tm., f. fr., 3372, f» 23i.
(2) Il y a au Vatican une lettre de Catherine et une du roi faisant rélogi de l'évéque de Nazareth « qui a rendu beaucoup de bons aer vices à la cour de France. » Areb. du Vatican L c, t. XXIII, f^ 19 (9 avril 1587). Pour faire oublier Fincident de 1535, le roi lui 6t faire à ses frais de magaiûqaes obsèques. Bibl. nat., ms, f. fr., 16.045, f» SU.
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avant pour le remplacer, ceux de son neveu, de Soipion Goniague, de Tévèque de Trévise, de Févéque de Vicence, de réyèque de Bergame et celui de Tévéque de Brescia. Sixte y parut incliner ver& les deux premiers, mais le mar« quia de Pisany conseilla au Pape de choisir Tévéque de Brescia J.-Fr. Morosini, diplomate consommé, ancien am« bassadeur de Venise en Pologne et en Fraot» (i). Sixte V aussitôt le fit appeler (13 mai 1S87) et lui remît des instroo* tions. Le Nonce devait chercher l"" à faire rendre au Roi par tous ses sujets, principalement par les chefs de la Ligne, le respect et Tobéissance ; S"" à obtenir du roi de ne pas protéger les protestants ; 3"" à empêcher la transmission de la couronne à un hérétique ; V à obtenir l'exécution de la Bulle sur la visite des évéques ad liminar Àpostolorum ; 5"" à faire recevoir dans le royaume le Concile de Trente ; 6*^ à se rappeler surtout qu'un Nonce, réprésentant vis à vis de tous le Père commun des fidèles, ne devait se laisser gagner à aucun parti et aider seulement ce qui procurerait sincèrement la gloire de Dieu, le triomphe de la foi catholique, la ruine de l'hérésie et la paix si désirée pour la France (S). Le Pape menaça en outre de la malédiction divine ceux qui jetaient la division parmi les catholiques et par son ordre le cardinal secrétaire d'État prescrivit à Morosini d'exhorter le roi à ne pas s'abandonner comme il le faisait à un favori, à supporter quelque peine pour pacifier le royaume, car, dit-il, continuer dans la voie suivie c'est marcher à la ruine (3).
(1) J. Fr, Morosini né en 1537, ami de saint Philippe de Néri, mort en iSOB. « L'évéque de Dresse est le Morosio que V. M. connoist tant et scait estre.sen' très bumble serviteur » écrivait Pisany, ib.,t* dtt. «" Duquel Nonce je m'asseure que V. M. aura tant service et consolaUon pour estre ung des prudens et bien intentionné homme que j'aye jamais connu. • /6., ^ 312.
(2) Arch. du Vatican, /. c, t.XXIU, ^ ta. Lettre du 21 avril 1587. TempesU Stmna di Sixto Vj t. I, p. 282. ^ Mâmarie dâUa vita éi MaroHni^ p. S5.
(S) « Qnesto modo che si tiene è un volerc lener sempre il povero tegno in rovina. »
Fortifier l'autorité royale, en rehausser la dignité pour Tentourer d'obéissance , servir TËglise par Tunion des catholiques, Téloignement des hérétiques et Tintroduction de justes réformes (i), telle était donc la politique du Pape, mais elle mécontenta par cela même les Ligueurs, les Protestants et le roi de France.
Toutes les pensées, du roi de Navarre tendaient alors « i arrêter les efforts de la conspiration qu'au su de tout le monde, le Pontife de Rome ourdissait contre le Christ et ses fidèles serviteurs (2). » Aussi il s'apprêtait à aller rejoindre les reitres allemands, demandait du secours au roi de Danemarck et à la reine d*Angleterre (3), puis le 14 juillet il publiait une déclaration pour expliquer la raison de sa prise d'armes. Il ne voulait pas combattre le roi, mais le délivrer de l'oppression des Lorrains ; il voulait rétablir les Princes et gentilshommes dans leurs dignités et pourvoir dans une assemblée générale et libre au soulagement du peuple, par l'abolition des impôts dont il était accablé (4).
Ainsi le roi de Navarre cherchait à rallier autour de lui le roi, le peuple et la noblesse, mais sans illusion il écrivait à M. de Ségur : « Il ne faut plus après Dieu espérer qu'en nos propres forces. Pressez votre levée, remuez toutes les pierres du monde pour nous secourir (5). »
L'ambassadeur d'Espagne de son côté ne restait pas inactif. Il était le conseil et le chef des Ligueurs (6), Afin d'exciter' l'opinion catholique, il publia une prétendue réponse à une lettre du roi, oii le Pape disait qu'il donnerait à un grand du royaume le moyen de faire la guerre aux hérétiques.
(1) Sixte-Quint ne cessait d'encourager les évoques à tenir des conçues provinciaux, des synodes ; il révisait leurs actes, les renvoyait corrigés, et recommandait de les appliquer. Archivés du VaUcan. Sixti V Reg.y an I, ep. 116. Lettre à Tarchevôque de Bourges, 5 octobre 1985, ibid., an. II, ep. 15. Lettre à l'archevêque d'Aix, 5 mai 1SS6, etc.
(2) Lettres missives y t. Il, p. 288, 1 juin 1587.
(3) Ib., p. 292, 1 juillet 1587, p. 301, 1 septembre.
(4) Lettres missives ^ t. II, p. 294.
(5)/6.,t. II, p. 303.
(6) f Consigiia et guida questa danza » disait Cavriana. A. Desjardins. Tiégoc, diplcm,, t. IV, p. 698.
Or ce grand, tout le inonde le devinait, était le duc de Guise. Henri III justement blessé ^e ces propos qui « lui crispaient le cœur d'ennui et de dégoût (1) » chargea son ambassadeur à Rome le marquis de Pisany de demander des explications. Il ne fut pas difficile au Saint-Père d'en fournir de très satisfaisantes et de stigmatiser comme il le fit plus tard « les menteries i» de Mendoza. Mais par ces manœuvres la défiance augmentait, Tamour et le respect pour le roi se perdaient (i).
Le cardinal de Sens, très partisan de la Ligue, trouvant le Pape mal renseigné, désirait voir auprès de lui des personnes expérimentées pour l'instruire, c'est-à-dire pour le faire revenir sur sa résolution formelle de n'autoriser aucune rupture avec le roi, ni même aucune action indépendante (3). Nais lorsque le duc de Lorraine par l'organe de son agent Yilly, lorsque le duc de Guise de son côté, firent demander de l'argent, Sixte Y répondit (4) : « Je n'en ai pas> mais si j'avais à en fournir, j'en donnerais au Roi et non aux Guise. Les Ligueurs ont mal fait de prendre les armes et pour avoir employé des moyens repréhensibles, ils ne réussiroqt pas à chasser les hérétiques de France. » •
L'argent refusé aux Princes lorrains sera-t-il accordé au Roi ? Longtemps le Pape n'avait pas cru à la venue des reitres, car les princes lorrains, pour l'empêcher de secourir Henri III, avaient parlé de l'inaction des Allemands : du reste s'ils venaient, ils étaient bien assez forts pour les écraser en Lorraine, point ou il fallait concentrer la résistance. Hais dès son arrivée en France, Morosini instruisit le cardinal secrétaire d'Etat du malheureux état des affaires « pire qu'on n'avait pu l'imaginer » et pour résumer TafQigeant
(1) Aiibery, Vie du cardinal de Joyeuse, Paris, 1654. Preuves, p. 71.
(2) Lettre de Cavriana, 18 mai 1587. A. Desjardins, k c, t. IV, p. 680. ^
(3) Archives du Vatican, Letlere del Sunzio, L XXIII, f> 38. Lettre du 11 juiUet 1567. — - « Che S. 8. non voleva parère di rompere col Re et dar l'occasionne forsi di fare cosa che si potrebbe fare senza Ici. »
(4) XubeTy,l.c,Preuves, p. 108. — Il y a au VaUcan une ieUre du Pape pour exhorter le duc de Lorraine à être uni avec le Roi. Arcb. du Vatican,/. c.,t. XX^I,^4t.
78 LA LîÔUE
tableau de la détresse du Roi, il rapporta ce mot de Catherine de Médicis : « Je vous assure» Monseigneur, que mon (Ils ne sait où trouver un squ (1). »
Le marquis de Pisany en sa qualité d'ambassadeur et le cardinal de Joyeuse nommé protecteur de France (2), en remplacement du cardinal d*Este récemment décédé, n'avaient cessé de solliciter le Pape. Sixte Vnese pressait pas, mais instruit par Morosini, il permit de procéder à la seconde partie de la vente des biens ecclésiastiques accordée Tannée précédente (30 juillet 1587). Puis comme plusieurs seigneurs romains Jacques Malatesta, Virginio Orsini, Erasme Malvesino, Gesar Palazuolb avaient manifesté Tintention de servir le roi de France il y donna son assentiment (3), arrêtant au contraire les levées faites, au nom du duc de Guise, par Maximilien Gafarelli et Jacques Buoncompagni. Sixte Y recommanda en outre au roi de se faire craindre et de réunir de l'argent (4).
Henri III pour s*en procurer publia, le 8 septembre 1887, quinze édits portant création de charges de secrétaires, de conseillers... on^espérait ainsi obtenir deux millions d*écus. Mais les ressources les plus liquides devaient être fournies par des emprunts sur des particuliers et par le produit de la vente des biens ecclésiastiques.
Toutefois uae difficulté se présenta : ce fut Toppositlon du clergé, car, à ses yeux, donner son argent au roi c'était le prodiguer à d'indignes favoris. Un des- syndics alla même jusqu'à rejeter en principe toute aliénation des biens de l'Eglise et à refuser au Pape le pouvoir de l'accorder sans le consentement du clergé ; comme le Nonce approuvait la bulle il lui reprocha de violer son serment. A ces erreurs de
(1) Archives du»VaUcaa. LetlerCf t. XXllI, f» 6. LcUrc du 15 janvier
itm.
(i) 8â nominaUon ont du 16 février 19S7. Aubery. Vieide Preuveit p. 91,
(3) Aut)cry, Preuves^ p. 7M15, MalatosU promciUiit 900 chevaux et Orsini 3,000 hommes.
(4) Aubery, /. c. Prwuvea, p. 70; it JuiUet; dans le m«., ancien fondi
SeriUy la date est du 31 juin.
PRÉLININAIIIES 79
doctrines et à ces violences de langage, Morosini opposa la douceur, repoussa Taccusation d'être parjure et montra comment l'imminence du péril avait seule décidé Sixte V à vaincre ses répugnances. En face de l'invasion des hérétiques, ce n'était pas KO. 000 écus de rente, mais quatre millions de revenus qui étaient compromis ; et pour les sauver le Pape^ administrateur suprême des biens de TËglisê, croyait oppor* tun de faire un sacrifice auquel le clergé était le premier intéressé ; abandonner le roi en cette circonstance, n*était-K;e pas le contraindre à traiter avec les protestants? « Autour du prince il y a, dit le Nonce, des conseillers qui regardent les biens de TEglise comme des fiefs de la couronne et veu* lent s'en emparer ; le roi répugne à ces violences, mais c'est au clergé à se montrer généreux, comme le Pape le demande, dévoué au roi et obéissant au Souverain Pontife dont l'autorité a sauvegardé jusqu'ici les prérogatives ecclésiastiques. » Les syndics parurent céder, mais ils supplièrent le Nonce de représenter au Pape l'épuisement du clergé, car beaucoup d'églises n'avaient plus même assez de revenus pour entretenir un prêtre, là où auparavant il y en avait plusieurs (1). La conduite du Nonce reçut la plus entière approbation du Pape. Sixte V tout en ménageant Tordre ecclésiastique voulait servir le roi pour protéger la religion en France.
Ces résistances n'étaient-elles point encouragées par le duc de Guise ? Toujours est-il que ce dernier ne cessait de répandre contre le monarque les plus vives plaintes. « On ne cherche ici que plaisir et repos, écrivait-*il au Pape, on vent la paix à tout prix >» et en réclamant un secours il n'épargna rien pour persuader qu'en lui seul, Guise, était l'espoir et le salut. Il ajoutait : « Dans toutes les provinces catholiques, il y a des soldats du roi ; Paris la ville la plus catholique du monde en est remplie ; au contraire là où il faudrait en avoir pour combattre les protestants, il ne s*en
(1) D6pi5che conservée à la Bibl. Barberini, à Rome, et imprimée dans Tempcsli, /. c, t. I, p. 339.
trouve point) ainsi la Guienne et le Poitou en sont dépourvus, n Il s'étonnait donc de n'avoir pu obtenir de Rome, ni ua secours d'argent, ni même une parole d'encoura^ment, mais « ma consolation, ajoutait-il' avec une certaine amertume, est de penser qu*il n'y a pas de notre faute (1). »
Le duc accusait la négligence du Pape et la mauvaise volonté du roi, trè& évidente à ses yeux. La reine mère, lors de son dernier voyage en Champagne, ayant, malgré lui, accordé une trêve à la garnison de Sedan, ne concluait-il pas que la trêve avait été signée pour donner seulement à ces soldats le temps de se joindre aux étrangers et forcer les catholiques à conclure une paix honteuse? Après ce succès, continuait-il, ils se jetteront sans doute sur les Pays-Bas, et en ouvrant cette perspective, le politique duc de Guise savait quelle jalousie il allait éveiller dans le cœur de Philippe H. Puis il résuma tous ses discours par cette phrase : « Le roi ne fait rien pour s'opposer aux reîtres (2). » Averti par Gaspard de Schomberg, Henri III avait cependant envoyé M. de Liancourt vers le duc de Lorraine pour concerter une action commune (3). Mais Schomberg reconnaissait que les ducs de Lorraine et de Guise avaient l'esprit « merveilleusement enveloppés et embarassés de mécontentement et de défiance. Les maistres ont esté tousjours fort modestes en leurs propos, disait-il, mais leurs serviteurs se sont plainte plus ouvertement et crient encores plus fort que jamais (4). »
La situation restait donc d'autant plus embarassée que les troupes n'avaient pas « un liard, » (8) et le Nonce habile à découvrir les intrigues de la cour, en traça dans une de ses lettres un tableau dont pas un trait n'est à retrancher. » Ici, la guerre estk l'intérieur et à l'extérieur : il y a des factions politiques et des factions religieuses; d'abord factions de
(1) Archivesdu Vatican. Lettere del Nuntio, t. XXIII, f<» 30. Lettre du 23 juin 1587.
(2) Archives du Vatican. Leilere del Nunzio, t. XXIII, t" 32. (3)BU}1. nat. mi., f. fr., 4734, ^380.
(4) Bibl. naU, f. fr. 3373, f»» 2i. Leltrc du 2 sept. loS7. (^ lA., 10 26. LcUrc du 3 sept, de Nancy.
PRÊLlMillAIRES 81
catholiques et factions de protestants, puis factions de Politiques et factions de Ligueurs, toutes d'autant plus ennemies qu'elles divisent ceux dont Tintérét serait d'être unis. Les grands sont eu rivalité. Quelques favoris sont heureux et remplis d'orgueil ; les calamités sont générales. La haine du peuple est grande contre ce gouvernement et le roi, malgré sa* puissance, est cependant pauvre : sa prodigalité accroît sa pauvreté. 11 montre une piété remarquable et en même temps il déteste la Sainte Union : il va faire la guerre aux hérétiques et il est jaloux du succès des catholiques. Il parait seul et cependant sur le grand théâtre de ce monde, il remplit le rôle de deux personnages : roi rempli d'espérginces et roi rempli d'alarmes. II désire la défaite des huguenots et cependant il la redoute; il redoute la défaite des catholiques et cependant il la désire. Ces sentiments divers, mais puissants en son cœur, l'afQigent, le rendent méfiant contre ses propres pensées. Il ne croit pas en lui, mais toute sa confiance est en d'Epernon. La jalousie de ce dernier contre le duc.de Guise s'est changée en haine et le poison se répand' dans le cœur du monarque : richesses et honneurs, avarice et orgueil, tiennent le favori asservi ; la bonté et l'amour du faste dominent dans l'esprit de Guise, il est adoré du peuple mats détesté du roi, tandis que le roi aime d'Epernon devenu odieux au peuple (1^. »
Qu'allait faire cependant Henri III ?
Une lutte terrible était engagée entre le duc de Guise et le duc d'Epernon ; d'Epernon venait de blesser l'orgueil de son^ival, en refusant la main de sa fille pour épouser une nièce de Montmorency ; c'était se lier davantage avec le roi de Navarre et, pour éloigner le roi du chef des Ligueurs, il
(1) Dépèche imprimée dans Tempcsti, /. c, t. I, p. 346.
82 U LIGtB
cherchait à accroître dans le cœur du monarque ses naturelles défiances contre le prince lorrain.
Cependant l'union avec les Guise, en d'autres termes, — car le roi est ici un prête nom, — l'union du duc de Guise avec le duc d'Epernon pouvait donner à l'état et à la religion la paix et le salut. Sixte V le comprenait et attachait le plus grand prix à ménager une réconciliation en apparence impossible. Il en parlait à Pisany et tout « en blâmant fort les catholiques qui s'étaient désunis d'avec S. M. » (4) il lui demandait quelquefois « s'il y aurait moien de les remectre et qu'il estoit d'avis qu'elle tentast de le fere par ung moien ou par l'aultre » Le nonce, désireux d'obéir à la pensée du Souverain Pontife, ne perdit point courage, alla droit au but et vint trouver le duc d'Epernon : « Si les inimitiés continuent entre les catholiques, lui dit-il, le triomphe des ennemis de Dieu et de la couronne est inévitable : le roi au contraire, uni aux catholiques du royaume, triomphera facilement des huguenots. » Le duc d'Epernon en tomba d'accord. Alors le Nonce reprit : « L'opinion générale vous désigne comme étant le seul à entretenir le roi dans toutes ses préventions; l'apparence au moins est contre vous, car vous vous êtes attiré et la jalousie des grands et la haine du peuple. Sans doute nous vous croyons vçiiment chevalier d'honneur, bon catholique et fidèle serviteur du roi. Ni sa Sainteté, ni moi, n'ajoutons foi aux propos contre vous, mais le Pape sait votre pouvoir sur le cœur du monarque et comme Père commun des fidèles il vous conseille et vous commande, en vue du bien à opérer, de faciliter l'accord entre le roi et les princes de la maison de Lorraine. Sa Sainteté considérerait ce service comme rendu à elle-même. Vous en auriez un grand mérite devant Dieu et la France, le monde entier vous couvriraient d'applaudissements. »
Le duc d'Epernon ne dissimula pas à son interlocuteur Tamertume dont son cœur était rempli. N'avait-il point eu la i^rtitude d'un projet formé précédemment par son rival
(1) Dépôchè de Pisany, Bibl. nal. ms , f. fr., 16,043* f» 313*
PR^UMlflAlRES 03
potir Tassâssinef ? Néanmoins il promit de faire tou^ ieg efforts pour amener une réconciliation et il demanda Instâffl'' mment que le Pape voulut bien de son cAté commander aux membres de la maison de Guise de ne plus se montrer se$ ennemis (1).
L'initiative du Nonce fut hautement approuvée par Sixte V ^ et le cardinal Rusticucci déclara en outre l'approbation donnée par le Saint Père & tontes ses démarches ponr proenrer Tunion ; on comptait à Rome sur sa prudence.
<c A la manière dont le roi s'est embarqué, disait le maréchal de Retz; sa ruine est inévitable. Autour de lui, on in tri' gue et il lui manque un conseil, car sa mère vieillit et n^a plus d'autorité : parmi les secrétaires d'Etat les uns sont incapables de connaître la vérité, les autres ont un faible crédit t seuls d'Epemon et Joyeuse sont puissants et en pro^ lltent pour exécuter souvent le contraire des décisions prises en commun, v Tel était le résumé d'une conversation entre le Nonce et le maréchal (2) : c'était juger exactement Ifl^ situation.
Dans cette extrémité, le roi accepteraît-îl Toffre de troupes faitespar Sa Sainteté? Henri Hl refusa les soldats, 11 en avait, mais il demanda de l'argent, car pour solder les premières dépenses, il n'avait pas un écu. S'unlrait-il franchement avec le duc de Guise f mais le duc était lié û^M Philippe II. « Ce qui est le plus important aujourd'hui, écri* valt Mendoza, c'est que Guise a sauté te fossé, 11 est engagé (3). » Henri III ne pouvait le suivre i ce point, cependant il lui fit des avances et dans une lettre pleine d'amabilités, îl chercha â lui faire accepter une entrevue. Bellièvre vint trouver le duc de Gnise : celui-ci de son côté vottlaif
(1) Cameemt^oû rapportée dans nue dépêche du If once- MémoHe e it*
9^»tn dOla Nuntiaiura (k Motosim, à la Bil)ëofthè(psi6 WàiherU, Wâ» LX-3i, no ^, en partie dans Tempesti, /. c, t. I, p. 331.
(2) Bibi. Barbeiini, i6., n* 7.
0)9 juin fSBT, cite par 1. forneron. ËUioite dé Philippe tt, t. tît, p. 341. Mendoza écrivait encore : « remploie tous fes moyens pour empescher la réconcfliation de Cuise et du Roi. 11 faut entrefei^r la guerre civile en Picardie. » J. de Croze, t. c;, t. fl, p. Zîii
(« faire parler elair et forcer le roi, à s'embarquer ouvertement en cette guerre. »
Le 4 juillet, le duc de Guise et le roi se rencontrèrent à Meaux pour discuter le plan de campagne à suivre. Dès le premier moment le Prince Lorrain se jeta dans les bras da Roi, en rassurant qu1l voulait le servir et lui obéir. C'était gagner le cœur d'Henri tll toujours facile à être entraîné. Le duc de Guise eut le commandement de Tavant-garde ; le roi se réserva celui du corps d'armée.
Dès le 1"" mai, consterné des préparatifs de guerre faits par le roi de Navarre, Henri III avait écrit une lettre éloquente au maréchal de Matignon (1) ; le 10 juin il avait ordonné à tous les capitaines d'hommes d'armes et archers des compagnies normandes de monter à cheval (2), le 30 il avait convoqué le ban et l'arrière ban et le 6 juillet il prescrivait aux deux cents gentilshommes de sa maison et aux quatre compagnies de ses gardes de se trouver à Montereau pour le 8 août.
Le duc de Guise se rendit alors en Lorraine pour surveiller la marche de l'ennemi et réclama le concours des troupes royales. Il y eut un conseil où le duc de Nevers,. d'Epernon, Biron, Villeroy, Retz examinèrent les dépêches : elles étaient alarmantes, car aucune barrière ne pouvait arrêter l'invasion. Plusieurs grandirent le péril en l'exagérant, afin de faire peur au Roi et l'amener à l'objet de leurs secrets désirs, c'est-à-dire à une paix avec le roi de Navarre. Mais Henri III jusqu'alors impénétrable découvrit sa pensée : « Pour la paix, dit-il, il n'y faut plus penser, car je suis résolu à ne tolérer dans mon royaume que l'exercice de la religion catholique. » Se tournant alors vers Villeroy il lui ordonna ii'écrire au Pape pour accepter deux mille cavaliers et cinq cents arquebusiers sur les troupes plusieurs fois généreusement offertes. Puis il annonça son intention de marcher à la tête de
(1) Mémoires de la Huguerye, publiés par M. le Baron de Rublc pour la Société de l'histoire de France, 3 vol. in-8", 1880, t. II, p. 396.
(2) « Nei maneggi di gucnra è û primo et il solo > écrivait Cavriana an duc de Nevers, le 96 février 1586.
PRÉUMINAIRES 86
Tannée. Le coaseil se récria : « Vous ne pouvez, lui dit-oii, aller combattre de méchantes troupes de lansquenets ! » Seul le due de Nevers émit un avis différent. Levant alors la séance, Tancien soldat de Jarnac et de Moncontonr retrouva un moment d'enthousiasme : « Je suis du sentiment de M. de Nevers, dit-il, il faut monter à cheval et aller au devant des étrangers ; qu'on ne m'en parle plus, je veux commander mon armée en personne. »
Rien n'était plus habile, parce que rien n'était plus juste. Si le roi allait lui-même à la guerre il désarmait les Guise : s*il laissait le duc conduire l'armée, il signait sa déchéance.
Le 6 août, l'armée allemande se constituait définitivement à Strasbourg sous les ordres du burgrave de Dohna (ou Donaw): quatre maréchaux de camp étaient français huguenots ainsi que dix membres sur douze formant le conseil, ir y avait quatre à cinq mille reitres, quatre mille lansquenets, quinze mille suisses, deux mille chevaux français et quinze cents arquebusiers (1).
Un premier succès « une bourrade » que le duc de Guise donna « aux reistres de Hans Buch » fut un présage de plus grande victoire, mais tandis que Paris acclamait déjà le sauveur des catholiques, autour du Roi on ne sut pas se réjouir. Plusieurs redoutaient les succès du duc à Tégal de eeux àits protestants. Oii le vainqueur des reitres conduiraitil son armée triomphante? Ne viendrait-il pas faire trancher la tête au favori et imposer ses conditions au Roi ?
De pareils bruits blessaient profondément le jeune d'Epernon. De leur côté les amis du duc de Guise se plaignaient : le duc, disaient-ils, est envoyé contre les rettres, mais les soldats nécessaires pour vaincre lui sont refusés ; le Roi et ses conseillers promettent sur le papier une très belle armée.
(1) Mémoires de la Huguerye, t. III, p. 57 et suiv. M. Tuetey les Allemands en France, 1S87-158B. 2 voI. in-S» 1883. — Bibi. nat. ms. Les einq-ceots Colbert, t. X. f* 277; t. XXV, et ms., f. fr. 5156 et 24.168.
Mémoires de la Ligue, t. II, p. 216 et suiv. — Le Journal du Baron Dobna, est Bibl. nat., m«., f. fk*., 4142, et le Discours de ce qui s*est passé dans V^pnée par M. de Cbatillon, m^. f.' fr., 3975, N 19S-209.
86 u UGui
mais c'est afin de l'empécber de réunir lui«môme ses amis. Il convoque le ban et Tarrière ban, mais donne aux gouvef'neurs des Provinces Tordre de ne rien faire. Le Roi a Tair d'agir, mais il n'agit point et empêche d*agir. Il refuae le concours du duc de Lorraine, ou impose à ses troupes d'aban^ donner leurs couleurs pour prendre les siennes, exigence blessante pour le duc. Ces plaintes furent dénoncées dans ub mémoire remis au Nonce,etrévéquedeGbftlons,les cardinaux de Bourbon et de Vendôme furent chargés de lui exposer a leurs justes griefs ». Ainsi on voyait les rivalités creuser entre les chefs de TËtat une séparation chaque jour plus profonde.
Le moment vint ou le Roi dut partir et ce départ ne fut pas sans grandeur.
Henri III sortit de sa chambre et passa dans son cabinet ; là, en chemise et les genoux nus sur le carreau, il pria une longue heure en versant des larmes ; il s'habilla ensuite, entendit la messe et communia, puis passa deux heures au conseil, fit appeler le Parlement et les capitaines de quartier pour leur recommander la tranquillité de la ville. Il entendit alors une messe d'apparat et parla aux ambassadeurs qui lui souhaitèrent un heureux voyage, excepté, dit-on, ceux d'Espagne et de Savoie. Après avoir embrassé sa femme, il alla prendre congé de la Reine mère et la charger pendant son absence de la conduite des affaires ; de là il se rendit au pont Notre-Dame, alla à pied à Téglise ou il pria brièvenient et sortit de la ville accompagné de quatre cardinaux, de plusieurs évéques et de plus de soixante mille personnes dont les bruyantes acclamations se faisaient entendre.
Le départ d'Henri III était nécessaire. Il fallait, lui-môme le déclarait la veille au Nonce, empêcher le roi de Navarre de se réunir aux reitres et, on pouvait l'en croire, il brûlait du désir de les rencontrer. « Qu'on ne dise plus : le Roi ne veut pas la guerre ! Car me voici prêt à y donner ma vie et Dieu, je Tespère, m'accordera la gr&ce de remporter encore des victoires (1). y>
(1) Arch. du Vatican. Lettere, t. XXIII, fo 48. Un Joumai de l'année
Les ducs de Guise et de Mayenne étaient le 21 octobre ï Auxerre« le 26 les princes se battirent k Vimory au cri de t c( Vierge Marie I » poussé par l'infanterie et ils furent victorieux. (1) Les reitres battus se jetteront sur la Beauce, C'était là un succès, mais bien compensé par la défaite à Centras de Tarmée royale commandée par le due de Joyeuse» le 20 octobre 1587r
Dès le 29 le Roi, sur Tavis de d'Epernon et de Bellièvre, adressa aux capitaines des Suisses une proclamation peur les détacher de la cause du roi de Navarre (2). Le 5 novenîbre, le duc de devers, Villeroy et Brulart arrêtèrent avec eux à Jargeau, une convention verbale, reprise et conclue à Artenay, le 27, au lendemain du combat d'Auneau (3) où Guise battit les reitres (24 novembre). D'après la convention les Suisses devaient sortir de France moyennant une forte somme d'argent. Après Auneau les reitres se replièrent sur la basse Bourgogne^ harcelés par le duc de Guise et ses lieutenants Brissac et la Chastre. Le duc d'Epernon les suivit aussi en manœuvrant entre eux et le duc de Guise, afin d'enga* ger une négociation qui fut signée le 8 décembre à Marcigny les Nonnains (aujourd'hui dans Saône-et-Loire). Comme les
du 20 au % octobre est joint à la dépôcbe. ^ Le Pape» suivi de beau^ coup de Cardinaux était venu à pied entendre la messe à Saint-Louis et prier pour que le roi fût affermi dans son dessein. Bibl. nat. m$. f. fr., 3975, ^ 107. LeUre de Scipion Gonzague, tt octobre ltt87.
(1) Areb. du Vatican. Lettere, t. XXII, fo f71. Dans le m^. de la Biblio^ thèque Barberini LX-31, fo 83, il y a un cantique en latin sur la défaite des troupes AUemandes, composé par un écolier de la Sorbonne.
(3) mA. nat., mi., f. (r., 3975. f» 129.
(3) BibL nat., nis„ t fr., 3075, f» 136 et 150.
M. Tuetcy. Les Allemands en France, U î, p. 132, donne la date du 27 Qpvcrabre ; l'auteur anonyme (Girard) de V Histoire de la vie du duc (fÉpemon, (in-fo, Paris, 1655), p. 58, indique le 18 novembre. Les Mémoires de la lÀgue, (t. II, p. 287) et Haag la France protestante, pièces justificatives p. 2Û0, donnent la date du 8 décembre. Le m#. de ^iibliottièque Barberini (LX-31, f» 83), mette 5 décembre, d'autres le 2 x*«« Le 15 novembre, le duc de Nevers eut un cheval renversé sur ioiqoi lui cassa la jambe. « La rottura è orribile a vedere » écrivait le médecin Cavriana. Négoe. dipl.^ t. IV, p. 735. Nevers écrivait qu'un >^coDd ulcère teit par les édats d'os a été découvert. Il entrait ce soir là <^le onzième jour, (de Beaugency, 26nov.); mi. f. fr., 3975, f« 163.
Suisses, les retires durent, moyennant finances, quitter la France et s'engager à ne plus porter les armes contre le Roi.
Cette conduite indigna les hommes de guerre : Pourquoi le Roi avait-il traité? N'avait-il pas désiré et attendu que les reitres réduisissent les Ligueurs à merci ? L'ambassadeur d'Angleterre Stafford avait surpris ce vœu et recueilli sur les lèvres royales le regret qu'après leur avoir donné toutes les facilités qu'ils pouvaient souhaiter, ils n'eussent pas battu les Guise (1). N'était-il point étrange d'employer les forces des catholiques à protéger les hérétique^ e^leur argent à les récompenser des maux infligés à la France ? Ainsi parlait le duc de Guise et ses paroles, expression du sentiment dés Ligueurs, n'étaient pas de nature à le réconcilier avec le favori. « Il n'y avait aucun bon français et vrai catholique, disait-il, qui ne se dut sentir offensé de telles façons de procéder (2). »
Dès que les premiers bruits au sujet de la convention militaire se furent répandus, le Nonce vint trouver Catherine de Médicis et lui reprocha comme une honte cet argent donné aux reitres. Catherine, instruite par Madame de Montpensier, sœur du duc de Guise, heureuse d'avoir pu répandre ces bruits fâcheux pour le rival de son frère, était au courant de tout. Elle avoua d'abord quelque chose, puis elle convint de quarante mille écus, plus tard elle dit quarante neuf et parla en outre d'un don de deux écus par personne, soit un total de quatre vingt mille, mais, ajouta-t-elle, on n'a pas donné un quatrain de plus. Cependant l'avis général, écrivait le Nonce, faisait monter la somme déboursée à plus de 200,000 écus. En fait elle fut, dit-on, de soixante mille (3). Mais, disait Catherine, c'était « le meilleur moyen
(1) Cité par M. Forncron, Les ducs de Guise, t. II, p. 332-333, les amis de Guise disaient que le roi n'avait pas desplaisir à voir les reitres, « bien graUer MM. les Lorrains et la Ligue. » Bibl. nat., ms. t, fr.,3373, t<» St.
(â) M. de Croze, /. c, t. II, p. 306. Lettre du 16 décembre 1387.
(3) On ne dressa pas d'articles, ce qui eut, écrit Brulart, le 28 novembre, diminué la réputation du Roi, mais on s'engagea verbalemcitt à leur payer en trois termes une somme d'argent. On paya à Étampes les premiers vingt mille écus. Bibl. nat., ms„ f. fr., 3975, fo 170.
pour assurer le repos du royaume, car si on n'avait pas trai* té, il aurait fallu se battre et exposer ainsi aux hasards des batailles la vie de plusieurs centaines de seigneurs (1). » Le Nonce sans discuter se contenta de rappeler en thèse générale que le rétablissement de la religion catholique en France éts^it le but ou il fallait tendre. — Le Roi y est très résolu, repartit aussitôt la Reine. — Cependant observa le Nonce, beaucoup de personnes ont pris cet accord pour un acheminement à un traité avec les Protestants du royaume, et déjà on nommait comme intermédiaire dans la négociation Mgr de Caudale.
Autour du Roi on était ravi. « Il faut recognoitre, écrivait Brulart le 28 novembre, ce faict de Dieu qui en peu de jours a faict recueillir ung grand fruict de cette arnoée, sans néantmoins beaucoup bazarder. Il veult favoriser sa cause et a inspiré le roy à suivre et embrasser ung bon conseil (3). » Les Ligueurs au contraire se trouvaient trompés dans leur attente et les démonstrations de joie faites à Paris « par ordre » de la Reine mère trouvèrent peu d'écho parmi le peuple, disposé plutôt à renouveler contre les royalistes des Vêpres siciliennes (3), car il acclama seulement le duc de Guise et se fit jan plaisir de railler d'Epernon, dont les hauts bits pouvaient à ses yeux être résumés par ce seul mot : Nifnl{i).
La veille de Noël 1587, Henri III rentrait à Paris, et donnait à M. de Bassompierre Tordre de renvoyer hors de France les reitres levés pour son service (5).
(1) Arch. du Vatican. Lettere, U XXVII, fo i ; 18 décembre 1587.
(«) BiW. nat. ms, f. fr., 3075 P» 170.
(3) LeUre de Gavriana, A. Dasiardins. Nég. diplom,, t. lY, p. 732.
W Voir en autres la Complainte de la France sur les démérites de 'eaa Louis de Nogaret de la Valette, duc d'Épemon, in-8, 1588, de 8 pages.
(5) « Quelques bons avis que Ton lui donnast de ne point rompre son *i^ée, ains continuer et aller droit en Poitou pour mettre à raison le W)y de Navarre, ce qu'il ne voulut jamais faire. » {Mémoires de Che- '«^«y. p. 161), — Du reste Pinart dans une lettre au Roi, le montre <^ cette campagne « n'épargnant le plus souvent votre propre per- *^e, jusques à taire comme un simple capitaine. » Papiet^s des Pot de ^^8,.p, iio. — Paris, 1864, in-«», publication du Président Hyver.
Ainsi cette guerre à conduire à outrance» ces grands coups d'épée ï donner, se réduisaient à un compte à payer, avec l'argent provenant de la vente des biens d'Eglise.
<( Il n*est pas bon de donner de l'argent au Roi, car il k remet aux destructeurs de son royaume, » dit alors le Pape dont la réserve se trouvait justifiée par le dénouement où l'on arrivait; et il rappela comme un funeste présage l'exemple de Saul, vainqueur un moment des Amalécites, mais bientôt abandonné par Dieu, pour les avoir épargnés au lieu de les exterminer. — « Que les Ligueurs fassent un effort sérieux, disait le Pape au comte d'Olivarès, et si Henri III s'unit avec les huguenots, ils feront bien de l'attaquer et Philippe de les aider (1). »
Henri III connut le mécontentement du Pape et s'en montra peiné. Aussi voulut-il aussitôt s'entretenir avec Morosini; « Je ne parle pas au Nonce, lui dit-il, mais je viens causer avec vous comme avec un vieil ami (2)« » Il g'étonna da jugement inspiré au Pape, inexactement renseigné ce par des personnes mal intentionnées, » car la prudence au con« traire avait dicté cette convention et il y avait eu habileté à la conclure. (3) Pourquoi donc lui reprocher comme une faute, ce qu'il estimait un titre d'honneur ? Le duc d'Albe n'avait-il point fait des conditions bien plus avantageuses aux reitres pour les éloigner des Flandres ? Assurément il eut mieux aimé combattre et anéantir ses ennemis, mais il avait dû compter avec la réalité et il reprit les arguments exposés au Nonce par la Reine mère. L'accord avait été envi^sagé, comme un moyen plus sûr que les hasards d'une bataille pour se défaire des Suisses et des reitres. Engagé en de mauvaises conditions, sans argent pour payer ses troupes, il n'avait pas eu réellement à sa disposition trois cents chevaux,
(i) Dépêche d'Olivarès, 14 décembre 1587. Baron de Hubner Six(^ Quint, t II, p. 178. Au consistoire où il parla de ces événementii l» pape évita de prononcer le nom du Roi.
(3) Arch. du YaUcan, /. c, t. XXYU, f» 8. Lettre du 4 janvier 1S88.
(3) Ghevemy dans ses M4moire$ trouve également que le Roi se cou* duisit en cette occasion avec beaucoup de sagesse et de dextérité»
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Ces paroles prononcées par le Roi avec émotion firent le meilleur effet sur le Nonce et Morosini demanda au Pape d'accorder au Roi un secours bien nécessaire. Ne fallait-il pas lui rendre courage et n'y avait-il pas à craindre que les ducs de Guise, de Nemours, de Mayenne et le marquis du Pont, réunis en ce moment en Bourgogne ne vinssent à troubler le royaume ? Le Nonce, fidèle à sa mission, promit au cardinal de Montalto de chercher avec la Reine mère un moyen de les empêcher d*agir (1). Mais le duc d*Epernon était plus que jamais le favori du Roi : il avait la puissance, (2) et le duc de Guise ne cherchait pas à dissimuler son irritation. (( Ses services n'avaient pas été agréables, on le voyait clairement^ » et il était résolu d'y mettre ordre.
La journée des Barricades ne se fera pas longtemps attendre.
(l)Arch. du Vatican, /. c, t. XXVII, f» 4. Lettre 10 décembre 1387. (2) « Piu cbe mai fkvorito e piu grande.... è solo al mondo, gode, governa e domina. »