‹ La ligue et les papesChapitre 6 sur 32 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

< Si TODS saviez aa frai eommeiit notre disgrâce nous a eondoit k re nalhear, TOts en seriez très estoné. Je ne ftux m'en sou- Tenir sans qoeHecœnr me saigne et m'aeeoser aacnnenent. >

Lettre de Vllleror, 16 mai 1588.

€ Si on écrit l'histoire* on ponrra dire que le It mal a été et sehi le jour le plis taneste pour It France. »

Lettre do Carriana, 33 mai 1588.

La campagne contre les reitrcs allemands avait augmenté le prestige du duc de Guise et moralement affaibli Tautorité du Roi.

<c Les catholiques bien intentionnés » comme les appelait l'ambassadeur d'Espagne, ceux au contraire, disait d'Epernon, qui, sous prétexte de religion, anéantissaient les forces du royaume au profit de l'Espagne, en un mot les catholiques de la Sainte Union, étaient aux yeux d'Henri III ses plus redoutables ennemis. Ceux-ci de leur côté regardaient d'Epernon comme le mauvais génie du royaume et désespérant de ravir le Roi à sa tutelle, prenaient leurs mesures pour agir seuls.

Déjà le duc de Guise dans son désir d'obtenir l'appui du Souverain Pontife, avait demandé pour son fils atné le prince

de Joinville la main de sa petite nièce la jeune Flavia Peretta, mais Sixte V avait refusé courtoisement la demande (1).

Henri III, instruit des projets formés et du refus opposé, sentit sa haine contre le duc de Guise s'accroître et en même temps augmenter sa confiance envers le Souverain Pontife. Sixte V venait d'ailleurs à la demande du m(marque de nommer Cardinal Tévêque de Paris, Pierre de Gondi, et cette nouvelle, apportée par un courrier de l'ambassadeur, avait causé le plus grand plaisir au Roi. « N.-S., dit-il, a honoré un Prélat très digne, qualifié, bien méritant de TEglise et de la couronne de France, » et il envoya immédiatemment un de ses gentilshommes avertir Tévéque de venir l'embrasser et se réjouir avec lui. C'était dans la soirée du jour de Noël. Gondi alla le lendemain à la cour et le Roi eut pour lui et pour son frère le maréchal de Retz les plus aimables compliments (3). Scipion Gonzague, Pallotta, Bonucci, Fr. Barromeo étaient aussi revêtus de la pourpre. Cette promotion de cardinaux « tous personnages distingués » obtint l'approbation de la cour et a la très noble et populeuse cité de Paris en particulier, ressentit un contentement incroyable pour la nomination de son évêque, objet de l'estime et de l'affection générale. »

Henri III avait connu les propos émis sur son compte du haut de la chaire par plus d'un ecclésiastique^ pendant et depuis la dernière campagne^ et il en avait été blessé. Aussi profita-t-il de l'occasion du premier Jour de l'année pouf fe dire aux Prédicateurs de Paris venus lui présenter* leilfs hommages ; îl leur reprocha vivement d'avoir discouru beaucoup trop librement j s'ils avaient quelque chose à lui reprocher ils devaient l'avertir en particulier sans ameuter fe peuple : îl leur en saurait gré, et alors se tournant vers te

(1) Elle épousa ensuite Virginie Orsini, duc de Brecciano. Archives du Vatican Lettere, t XXYIII, p. fl. Lettre du 4 janvier 1588.

{ft La cérémonie de la remiie de la bvelte apportée parl.-l« fhntéÊ eit lieu le dittisiidie 31 lévrier. Ardi. du Yalkai. IdlM, t. %XXV« fo 409. Lettre de StveUi au Cardinal de Montalto, » (évrier 1388. U Reine Mère avait alors la goutte.

prédicateur de TEglise Saint-Bartliélemy qui, plus que tous les autres, avait parlé d'une manière inconsidérée, il lui dit : « Gomment avez-vous pu affirmer en chaire qu'à Orléans j'avais fait jeter dans la Loire un prédicateur? » L'ecclésiastique s^excusa : il l'avait entendu dire, mais le Roi s'emporta au point de le chasser de la chambre et ses confrères durent . à genoux demander son pardon ; ils sollicitèrent en même temps l'élargissement de la personne arrêtée. Henri lîî l'accorda et révéque de Paris envoya un homme exprès pour dire au prisonnier de venir remercier le Roi et détromper les habitants sur sa prétendue mort.

Une bonne nouvelle était aussi donnée : « Aujourd'hui ou demain, écrivait le Nonce, le Roi commence à réformer sa cour ; il a le dessein de restreindre beaucoup ses dépenses, afin de pouvoir plus commodément faire la guerre et régler ses affaires : elles sont dans un très grand désordre (1). »

Cependant Henri III aurait voulu rétablir la paix entre les ducs de Guise et d'Epernon ; il chargea sa mère d'ouvrir à ce sujet des négociations avec Madame de Nemours, nièce du duc de Guise, et Catherine de Médicis communiqua ce projet au Nonce auquel Madame de Nemours vint de son côté demander avis : « Rien ne peut procurer un plus grand bien au royaume, répondit Morosini, ni donner au Pape une plus entière satisfaction. Le désir de Sa Sainteté est de voir les Princes rendre au Roi une légitime obéissance et en retour le roi agréer leurs services. » Madame de Nemours promit au Nonce de seconder cette pensée, ce seulement* ditelle, pourquoi le Roi veut-il à force de promesses, séparer le duc de Guise des autres seigneurs de la Ligue? Le seul but de cette association étant de servir le Roi et de conserver en France la religion catholique, le duc ne peut Tabandonner* Du reste, ajouta Madame de Nemours, la mauvaise volonté du Roi envers mes fils se découvre chaque jour et les pousse au désespoir : parler d'union avec lui est impossible, car ils sont convaincus qu'un jour la haine de d'Epernon leur fera

;i) Arch. du Vatican, l, c, t. XXVIII, fo 11.

un mauvais parti. » Ces derniers mots furent prononcés avec émotion, comme si au fond de son cœur de mère Madame de Nemours avait eu, au commencement de cette année 1588, un pressentiment du drame deBIois.

L'ambassadeur d'Espagne, don Diego de Mendoza, surveillait la situation ; sa politique était de maintenir Tunion entre toutes les villes de la Ligue et ces villes en bons rapports avec le duc de Guise « sans perdre son temps auprès du roi, car le monarque payait toujours de bonnes paroles, disait-il, et agissait ensuite comme nous le voyons. » Au surplus la conduite de Mendoza était subordonnée aux services que le roi d'Espagne pouvait retirer du Prince lorrain. Une fois l'armée étrangère éloignée, le roi de France ne pouvait-il tenter une pointe sur les Pays-Bas espagnols? le duc de Guise ne serait-il point utile pour l'arrêter? Sans d#ute, mais Mendoza calculait froidement et comme il ne voyait point en ce moment un intérêt urgent à rendre une action plus active, il faisait part de sa réserve à Philippe IL Le duc de Parme d'ailleurs ne l'ayant pas averti d'agir différemment, Mendoza attendait pour savoir s'il convenait d'agir, ou de restreindre ses relations (1).

En face de tous ces fins politiques, — Henri III, Guise, Mendoza, Philippe II, — le Souverain Pontife Sixte V et son Nonce Morosini suivaient une ligne de conduite plus généreuse. Dans un consistoire tenu au commencement dn mois de février 1888, il parla des derniers événements et de la grâce, faite par Dieu k la France en la victoire remportée k Auneau, mais il ne voulut cependant pas ordonner de réjouissance publique. « Chacun en son cœur doit rendre grâces à Dieu, dit-il, mais les hommes n'ont eu aucune part à cette victoire ; ils ont même négligé d'agir comme il eut fallu le faire (2). » Sixte V s'accusait-il ainsi lui-même aussi bien que les autres? Plusieurs Cardinaux interprétèrent ainsi ses

(1) M. de Croze, /. c, t. II, p. 305. LeUre de Mendoza à Philippe n, 9 janvier 1588.

(2) Lettre de Pisany, 8 février 1S88. Aubery, Vie de Joyeuse; Preuves, p. 89. Lettre du cardinal de Joyeuse, t*., p. 173.

paroles : elles devaient être exagérées oa dénaturées. En effet les partisans de la Ligue, pour se donner plus de crédit voulaient faire croire que le Pape partageait leur mécontentement contre le Roi et ils prêtaient même au Souverain Pontife ce mot : a Le Roi aurait beaucoup mieux fait de rester à Paris et de confier ses troupes an duc de Guise, car celuici en peu de jours eut défait les bandes protestantes.» Sixte V n'avait pas dit ces paroles, mais le Roi auquel malignement on les avait rapportées en fut blessé, il se plaignît au Nonce (( non pas comme à l'envoyé de N.-S., dit-il, mais comme k un ami » ; ne pouvait-il faire aussi bien et mieux que M. de Guise (1)? Morosini regretta ces incidents, car une fois la chose passée et sans remède, il lui paraissait peu opportun de récriminer. Il chercha k calmer le Roi et répondit : « j'ignore ce que Sa Sainteté a pu dire k Mario Bandini, (c'était le nom du prétendu interlocuteur,) — mais je sais très bien l'estime du Pape, pour Sa Majesté. Sixte V ne met nullement sur la même ligne le duc de Guise et le Roi. » Henri III parut écouter avec plaisir, et dit : « Je n'ai pu mieux £dre (2). »

Morosini désireux de détruire le mauvais effet produit sur l'esprit du monarque conseilla au cardinal secrétaire d'État (3) de ne pas revenir sur le passé, d'exciter seulement le Roi k continuer la guerre contre les hérétiques et de lui fournir de l'argent, cet argent, dût-il être mal employé en ce moment, afin de pouvoir l'être ensuite utilement ; en tout cas la responsabilité du Pape se trouverait dégagée. Mais le cardinal de Joyeuse, protecteur k Rome de la Cour de France ne put rien obtenir : « Il ne feut pas espérer, écrivit-il, recevoir jamais de l'argent du Souverain Pontife,

(I) Arch. du Vatican, /. c. , t. XXVII, f" 8 et 17. * P) Arch. du Vatican, Leitere del Nunzio, t. XXVU, f<» 16, Lettre du 31 janvier 1S$88.

(3) Le cardinal Rusticucci venait de quitter les affaires et le cardinal de Montalto, neveu du Pape, fUt, à Tâge de 17 ans, nommé secrétaire d'État. Henri III, le 7 janvier 1588, félicitait le cardinal de son entrée aux affaires. Archives du Vatican, ibid., t. XXVI, p. 271. L'évoque de Bertinoro, Mgr Caligaro, devait diriger la Secrétairerie.

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