U U6UE
ni compter sur lui quand vous penserez aux moyens de pourvoir à vos affaires (1). » u Le Pape, disait de son côté le marquis de Pisany, se laisse conseiller par ceux qui seraient bien marris de voir prospérer les affaires de Sa M^esté (3). ï> .
Cependant Henri III pressait le Nonce d'obtenir du Pape une déclaration contre le duc de Guise : « il y aurait alors, disait-il, une voix unanime dans le monde entier pour louer la prévoyance du Souverain Pontife, car une déclaration en notre faveur ferait rentrer le royaume sous notre obéissance. » Henri III rappela les services rendus au Saint-Siège par la maison de France et pour mettre le Pape en de bonnes dispositions, il fit espérer son appui dans Texpédition centre Naples, rêve souvent caressé par Sixte V« dont la réalisation aurait eu ainsi le double avantage de plaire au Souverain Pontife et de donner un aliment k l'activité des Français. Le 7 janvier, il demanda à Rome un don de trois cent mille écuset un blâme contre les rebelles h ses ordres. Catherine de Medicis écrivit de son côté le 6 janvier h It sœur de Sixte Y la signera Caoïilla Peretta pour la prier de demander au Pape d'aider le Roi, mais le marquis de Pisany ne lui prêtait pas la force de remplir cette commission.
Si l'ambassadeur du Roi avouait son impuissance» les députés de la Ligue, malgré tous leurs efforts pour se donner crédit à Rome, n'étaient pas plus heureux et Sixte V s'éleva plusieurs fois contre la liberté beaucoup trop grande prise sans cesse par leur ami le cardinal de Pdlevé. » On ne fournira pas un écu aux Ligueurs, écrivait Pisany, tout en les entretenant sans cesse par de belles paroles pour lei exciter à l'entreprise projetée contre TAngleterre. »
Ainsi le Pape paraissait peu disposé, * d'un côté à aider le Roi trop rapproché des Protestants et de l'autre à secourir les Guise révoltés contre le Roi.
(1) Àubery^ Vit. é$ Jo^fttm: r^#ut^i p. lee. Lettra dn Ift Jaimer îffK^'
(2) Lettre du 4 janvior l5Sa. Bibl. nat., ftmdii S^riUy, SIU, p. a».
Le gecrétaire d'Ëtat Villeroy affirmait la résolution d'Henri III de marcher contre le roi de Navarre, mais son avis était de ne pas se lancer dans cette guerre sans connaître auparavant la destination des troupes espagnoles réunies en Flandre et de la flotte équipée k Lisbonne, Le Nonce au contraire fit valoir ces raisons comme un motif de plus pour combattre le roi de Navarre» mais le manque d'argent arrêtait tout (1),
Il régnait donc une certaine hésitation dans le conseil et de plus il y avait presque rupture dans les rapports entre la Keine mère et le Boi» Catherine fut souffrante^ mais sop indisposition, disait-on au Nonce, venait uniquement d'un^ très vive contrariété. En effet cette princesse habituée à traiter toutes les questions, n'avait depuis quinxe jours reçu communication d'aucune affaire. Ainsi avaient réussi tes funestes intrigues (2) de gens désireux d'enlever toute auto*rite à la Reine mère. Catherine ne voulut pas rester longtemps daas cette position » et demanda au Roi ce qu'il comptait faire. ««- a Ma résolution est prise, répondit Henri III ; je n'ai plus besoin de votre conseil ; j'entends me faire obéir par les protestants comme par les catholiques et je \mx combattre tous les rebelles. -** Je sais que vous n'avez pas besoin de mon conseil, répliqua la Reine, toutefois eomiae votre mère et en raison de ma longue expérience dans les affaires, je ne puis m'empécber de vous rappeler ceci : Bî le Roi a la très bonne pensée d'être obéi de tous ses sujets» c'est là aussi mon plus grand désir et avant de mourir ce serait ma consolation, mais il faut examiner si les force!
(t) Arcb. du Vatican, /. c, t. XXYII, p. 17, 3i Janviar im.
(2) a Sinistri offlci » Arch. du Vatican, /. c, t. XXVII, p. 13, lîpe partie est dans Tcmpesli. VHa di Sisto F, t. I, p. 3^7*
sont proportionnées aux désirs et suffisent pour attaquer en même temps à la fois les catholiques et les hérétiques. Quant k moi, après la victoire remportée sur les hu^enots, je croirais meilleur pour le Roi et d*un plus sûr conseil de se servir des catholiques pour ej^pulser la peste hérétique, car une fois les hérétiques domptés, il sera plus facile au Roi de ramener les catholiques à l'obéissance. — Ce sont là^ répondit ie Roi, des combinaisons, des emplastres dont autrefois sa mère s'était servie, mais, elle le savait parfaitement, toujours elles avaient été inutiles. Décidé à présent à faire comme il avait dit, il la priait de ne plus s'en mêler davantage ; » et sur ce mot, bien cruel vis à vis d'une mère, le Roi s'éloigna. Il sortit ensuite de Paris sans lui adresser la parole, et bien quil fut resté dans les alentours et eut appris son indisposition, il ne vint pas la voir. Catherine ressentit vivement ce manque d'égards et s'en plaignit hautement, même à d'Épernon lorsque celui-ci vint lui rendre visite.
Tous les honnêtes gens, selon le mot de Morosini, virent avec peine cette rupture et elle aurait pu devenir plus complète si le Roi avait persisté à vouloir publier une déclaration contre les Guise. On pria le Nonce d'en détourner le monarque, mais sans refuser une démarche, parfaitement conforme à ses instructions de préparer l'union des catholiques, Morosini répondit k son interlocuteur : « Si la mère dn Roi n'a pas été écoutée, d'autres le seront moins encore. — Le Pape, répliqua-t-on aussitôt, a plus de crédit que Catherine, suspecte k son fils k cause de sa particulière affection pour le duc de Lorraine, et ses égards pour messieurs.de la Ligue. »
Heureusement tout s'apaisa et la réconciliation se fit bientôt entre la mère et le fils. Avant la fin du mois, le Roi tint de nouveau le conseil chez la Reine.
Ces symptômes montraient néanmoins la complication des intérêts engagés. Le Pape pouvait-il avoir confiance dans le Roi, croire k ses promesses et lui fournir de l'argent TU Roi, après la victoire d'Henri IV k Centras, pouvait-il espérer un succès ?
Les chefs de TUnion des catholiques avaient poursuivi leurs desseins et, sons l'inspiration du duc de Guise, irrité encore de voir donner à d'Ëpernon, son ennemi, les charges laissées vacantes par la mort du duc de Joyeuse (1), ils se réunirent à Nancy au mois de janvier 1588 (3). Là furent discutées les résolutions à présenter définitivement dans une assemblée indiquée pour le mois de mars. Sommer le Roi de se joindre plus ouvertement k la Ligue; enlever à quelques personnes les places dont elles jouissaient ; remettre aux mains des Ligueurs certaines villes importantes ; réclamer rétablissement de l'Inquisition et la publication du concile deTrente, sauf k surseoir pour les dispositions contraires aux exemptions ; exiger et la solde des gens de guerre indispensable à la défense de la Lorraine et la vente des biens des hérétiques nécessaires pour payer les dettes des Ligueurs ; tels étaient les projets (3). Le Roi les connut, mais ajourna toute décision.
Cette difficulté éludée, il en survint une autre : le duc de Guise et le duc de Lorraine ayant résolu d'assiéger Jamets et Sedan, villes du duc de Bouillon mais depuis longtemps sous la protection de la couronne de France (4), firent prier le Nonce de combattre dans l'esprit du Roi Tinfluence de d'Épernon opposé à ce projet ; seulement ils ne lui dirent pas, comme ils l'annoncèrent à l'ambassadeur d'Espagne, que l'expédition « était pour eux un prétexte très utile pour demeurer armés. » Morosini eut été alors mieux éclairé ; mais il croyait à la bonne foi des princes lorrains. Toutefois, lorsque le 3 février un gentilhomme vint lui porter cette requête, il ne put s'empêcher de lui faire observer que le moment pour faire la guerre aux hérétiques de Bouillon
(1) Les charges du duc de Joyeuse et.de BeUegarde, tués à Coutras, avaient été données à d'Épernon, le 7 novembre 1587.
(t) Dans l'Assemblée de Nancy on décida que le duc de Lorraine Charles III, s'emparerait des états du duc de BoniUon, comme étant son vassal coupable d'avoir conduit en 1587, l'armée protestante.
(3) Mémoires de la Ligue, t. IL p. 369.
(4) Bibl. nat.,m«. f. fr. 3403, f> 10. Lettre de Bellièvre, 31 mars
lOS LA UOUE
semblait peu opportun (t)« « Ne vaudrait-il pas mieux attaquer le mal h sa racine m Poitou, en Guyenne, là oli était le Roi de Navarre, au lieu de perdre son temps ailleurs ? — Mais répliqua Tenvoyé, Henri III ne marchera pas contre le Roi de Navarre et perdra l'occasion de prendre Sedan. » Horosini insista : « Si les Ligueurs remuent, dit^it, le Roi pourra toujours dire : ils m'empêchent de faire la guerre aux hérétiques. -^ Cette entreprise contre Jamets, dit alors ragent du duc de Guise, est menée de concert avec le Pape, il l'approuve, bien plus illa commande. -^ Si c'est l'ordre du Pape> repartit Morosini, je n'ai rien à objecter ; mais je ne veux pas agir sans avoir reçu du Souverain Pontife communication de cet ordre. En attendant, comme le Roi annonce pour le mois d'avril la guerre contre les Huguenots, Je conseillerais de ne pas lui fournir par les mouvements des catholiques un prétexte d'abandonner son projet. »
Malgré ces sages observations, malgré tout ce que le Pape put lui faire dire pour appuyer les paroles de son Nonce, le duc de Lorraine assiégea Jamets. Ce n'était pas un moyen de rendre plus facile l'union des catholiques et du Roi.
Le Pape Sixte V, nous l'avons dit, reconnaissait le senti** ment de foi dont les Princes de la maison de Lorraine étaient animés, mais il blftmait leurs pensées de révolte à l'égard du Roi. Il aurait voulu se procurer la consolation de remettre entre eux la paix, ou du moins de garder dans ses vieux jours l'espérance de la voir prochainement conclue. Le cardinal deHontalto écrivait en ce sens au Nonce Morosini.
Désireux de seconder ses intentions, le Nonce vint de* mander à Villeroy ce que l'on faisait à la oour pour réconcilier le duc de Guise et le Roi. « On fait je crois peu de chose, répondit Villeroy (2), car les Guise ne marchent pas droit comme ils devraient ; aprës tout le roi est un homme comme les autres : il a ses affections et ses passions ; blessé dans l'honneur de sa couronne, menacé dans sa yie, com^
(1) Archives du Vaucan, /. c, t. XXVII, i* 2i . Lettre du 9 fév. iîJss.
(2) Archives du Vatican, /. c, t. XXYII, f^ 11. L. du 11 janvier loSS.
LES BARRICADES lOS
ment n^éprouveraiMl pas un immense déplaisir? Les princes devraient lui- donner satisfaction et restituer les villes indûment occupées par eux. Gela fait, le roi oublierait tout : il y est disposé, il leur rendrait ses bonnes grftces et se souviendrait des services rendus par le duc de Guise. »
Les renseignements, fournis confidentiellement au Nonce
par le cardinal de Goudy vinrent corroborer les paroles de
Villeroy (1). Le roi et la reine-mère, dit le Prélat, ont
chargé M. de Bellièvre de réconcilier le duc d*Epernon avec
le duc de Guise. D'abord bien disposé, d*Epernon souleva
ensuite des difficultés, puis s'efforça au contraire d'amener
Henri III à traiter avec le roi de Navarre, car il espérait que
dans une assemblée tenue k Montauban, le maréchal de
Montmorency aurait assez d'influence pour déterminer le
roi de Navarre k abandonner k la huguenoterie » et pour se
montrer catholique au moins en apparence (2); mais c'étaient
là des illusions ; le roi de Navarre, tout fier de sa victoire h
Goutras cherchait en ce moment h réparer les échecs subis
par ses alliés k Yimory et k Anneau pour réunir en un seul
faisceau toutes les forces des protestants ; Montmorency tout
en ayant « un désir passioné » de rendre au Pape quelque
signalé service déclarait ne vouloir rien faire en dehors de
ses alliés (8) et Villeroy dit au Nonce combien Tespoir de
Tenlever k Tamitié des hérétiques était vain.
(1) Arch. du VaUcan, /. c, t. XXVII, ^ il. L. 11 janvier 1518. . (2) Arch. du VaUcan, /. c, t. XXVII, P 3K.
Le cardinal de Lcnoncourt entretînt le pape de ce projet de convertir le roi dé Navarre à It fbi catholique « il aurait voulu que lé pape persuadât au maréchal de Montmorency de 8*entremetU^ dans ce but et il avait trouvé Sa Sainteté très disposée. Sixte-Quint demandait seulement au cardinal s1l avait Tordre du Roi de lui en parler. — Non, répondit le Cardin*!. — Ave«-V0U8 au moins pris conseil sur ce point avec le Cardinal de Joyeuse et Tambassadeur Pisany ? Sur une nouvelle réponse négative, le pape lui conseilla de leur en parler. Joyeuse cl Pisany ne jugèrent pas à propos de rien faire sans Tordre du roi. Henri III les approuva. « Cette affaire, dit-U. n*est pas mure et n'est pas prête â être traitée, car le roi de Navarre ne monlre aucune intention de se convertir. »
(3) Arch. du Vatican, L c, t. XXII, P> 488. L. du 1 avril 1388.
Au surplus le duc d'Eperoon acceptait roloutiers k lutte avec sou rival. Au momeot de partir pour prendre le (x>idmandement de la Normaudie, refusé au duc de Guise, il aUt trouver le Nouce pour lui parler en toute franchise (1). «Si mon intérêt, mon honneur et le service du Roi, lui dit-il, me forcent de sévir contre ceux qui désobéissent au souverain et troublent le pays, ne le trouvez pas mauvais. La Normandie est aujourd'hui la seule province où le roi soit maître et elle lui donne plus du tiers des revenus dont il dispose (2), il est donc nécessaire de conserver cette province et si trois ou quatre gouverneurs de places, établis par feu M. de Joyeuse, ne voulaient pas en sortir, ou mettaient pour condition que lui d'Epernon n'y entrât pas avec plus d'une personne de suite, ce serait une indignité et une honte. » Il ajouta ces mots ; a J'agirai d'abord avec douceur pour y remédier, mais ensuite j'y mettrai la force. » Le duc d'Epernon pria alors le Nonce de prendre toutes ses actions en bonne part, et Morosini fut réduit à lui exprimer ses regrets de voir les tenta* tives de réconciliation entre les catholiques devenir infruc* tueuses. C'était à ses yeux un très grand malheur, d'employer en Normandie contre les catholiques les forces du roi prêtes à marcher contre les hupienots. « Le S. Père, dit-il, ne pourra approuver et il devra blâmer cette diversion ; vous devriez l'empêcher et mieux vaudrait dissimuler, car l'essentiel, — Morosini le répéta à d*Epernon comme il venait de le faire dire au duc de Guise — l'essentiel est d'abord de vaincre le roi de Navarre, n
Le duc d'Epernon s'efforça de tranquilliser le nonce : « Mon départ pour la Normandie, lui dit-il, n'empêchera pas la guerre ; elle est décidée et les préparatifs sont commencés pour la continuer; le roi cherche k réunir l'argent nécessaire. » Puis d'Epernon ajouta : « L'hérésie, mais sur-
(I) Arch. du Vatican, l. c. U XXVII, f» 23, une partie est dans Tem* posti, L c, 1. 1, p. 379. Lettre du 14 février 1388.
(t) Cette appréciation est conforme à celle dn président' Groulard (ms. de la Wbl. de Rouen, n» 68) citée par M. Floquel. Hist. du Par lemenl de Normandie, t. IIl, p. â35.
LES BABRICADES 4 OS
tout Tambition, cause le malheur de la France ; les plus coDtraires aux huguenots en apparence, seraient bien désolés de les voir détruits et anéantis ! — Raison de plus pour le roi de vaincre les huguenots, répliqua aussitôt Marosini, car il se débarassera ainsi de ses deux ennemis; sans doute l'ambition des grands a souvent excité les troubles, mais ces vingt-cinq dernières années montrent assez haut que l'hérésie est la cause principale du mal et Thérésie s'accroit, par la permission donnée aux huguenots d'exercer leur fausse religion. — C'est très vrai, répliqua le duc d'Epernon, aussi le roi ne veut admettre dans son royaume que la religion catholique, mais l'important est d'assurer sa liberté d'action, et par conséquent de le faire sortir de Paris, car une fois sorti, on viendra le trouver en suppliant. — Gela ne suffit pas, répondit le Nonce et si l'on veut bien faire, il est encore nécessaire de ménager à messieurs de Guise une certaine satisfaction et au roi un moyen de les employer à son service. » À cette proposition si directe le duc d'Epernon affirma par serment qu'il le désirait aussi beaucoup; et pour biter ce résultat, il était prêt à tout quitter, sa place à la cour près du Roi et ses gouvernements en province. Les Guise avaient envoyé, disait-il, des sicaires pour l'assassiner (1), mais il ne voulait pas se -venger, et dans un élan de générosité il promit au Nonce d'aller en le quittant, déclarer an roi sa proposition (2).
En effet le duc d'Epernon se rendit aussitôt chez la Reine-
(1) On devait provoquer en duel le duc d'Epernon. M. de Crtllon qui croyait avoir à se plaiindrc du duc voulait se battre avec lui et M. de Lansac s'offrait pour être son second dans ceUe querelle qui devait avoir lieu à la foire de Saint-Germain, mais au dernier moment M. de Lansac apprit tout au roi et d'Epernon ne vint pas à la foire. M»« de Monlpensier, sœur du duc de Guise, aurait été mêlée à cet incident et tarait donné onze cents écus à M. de Lansac. que celui-ci n'accepta du reste qu'à titre de prêt II ne manquait pas de gens pour dire aussi que la Reine avait été instruite de tout. Arch. du Vatic. Ultere, t. XXVII, ^ 38. Lettre du 15 février 1588. Le duc de Guise écrivait le 10 mars qu'il avait peu de confiance en Lansac : « Je me suis trompé sur lui jusqu'à ceUe heure. » îf . de Croze, /. c, t. IL p. 313.
(i) Arch. du Vatican, ie/ten?, t. XXVII, n> 3i.
106 U UGlîË
mère et mettant un genou en terre^ non chapeau à la maio, il resta ainsi près d'une heure, sans qne la Reine, malgré ses plus vives instances, put jamais le faire relever et coavrir.
(c II n'avait jamais rien fait, dit*il,€ontre8asouvemine,et à Tavenir il voulait suivre* en tout sa volonté; elle pouvait disposer de lui et il était prêt pour se reconcilier avec le dac de Guise à exécuter tous ses ordres. — Une telle démarche et une telle action, lui répondit gracieusement Catherine de Médicis, vous honore et sera utile au roi et au royaume (1). «
La bonne disposition où se trouvait le duc d'Epernon engagea le roi à envoyer MM. de Bellievre, et de la Guicbe porter au duc de Guise des paroles d*accomodement ; il pria ea même temps le cardinal de Bourbon, froissé aussi par II trop grande autorité prise par le duc de Guise, de leur faci* liter le succès, mais il ne lui communiqua aucun détail ; aussi le but de la négociation aux yeux du cardinal, était seulement d^empêcher l'entreprise du duc de Lorrraine sur la ville de Jamets. Le duc de Guise, suivant en apparence li même pensée, prévint le duc de Lorraine contre la future mission de MM. de la Guiche (S) et Belliëvre et il demanda à l'ambassadeur d'Espagne d'encourager ce prince à repousser toute ouverture.
Si le duc de Guise sMnquiétait de la démarche du Roi, Sixte V s'en réjouissait ; il n'approuvait pas, nous Tavons dît, l'expédition du duc de Lorraine contre Jamets et Sedan et avait même chargé un de ses secrétaires, Gualterucci, de prier le cardinal de Sens d'engager le duc de Guise à lever le siège et le duc de Lorraine à retirer son armée. Toutefois il recommanda à son Nonce de ne pas s'ingérer dans cette affaire, dont le grand tort, à ses yeux, était d'employer pour des intérêts particuliers, les forces destinées au bien général du royaume, mais sans intervenir» il était permis au Nonce
(1) /*«., f» Î8. Lorsque le cardinal de Gondl vint h Rome, Catherine lui remit une lettre pour le pape en le priant de parler à S. S. de sa part* Arch. du Vatic, i6., t. XXVÏ, f» 807, i avril lî»8.
(2) Jacques do la Guiche, seigneur de Sevignon.
LES BAnniGADES 107
dé témoigner sa joie de la démarche aussi ifénéreuse que politique faite par Bellièvre. « Ou le duc dé Guise, dit Moro* sini au Roi, acceptera la réconciliation, ou se mettant dans son tort, Votre Majesté sera justifiée, car elle n'aura rien négligé pour la rendre facile. » Le roi exprima au Nonce son plaifi\r de le voir approuver sa conduite. Le départ de Bellièvre resta donc résolu, mais le jour ne fut pas encore fixé, afin de le faire coïncider avec celui oti le duc de Guise irait à Nancy discuter avec les ducs de Lorraine, de Mayenne et ses autres cousins, les communications apportées.
Quarante-huit heures après la conversation entre Henri III et Morosini, le duc de Guise encore accablé, disait-il, par les fatigues de Tannée précédente, s'excusa de ne pouvoir retourner k Nancy d'où il arrivait ; si le roi voulait envoyer M. de Bellièvre au duc de Lorraine, il pourrait le voir h son passage à Soissons. Cette réponse déplut beaucoup à Henri III ; néanmoins approuvé par le Nonce, il fit partir Bellièvre (1), mais « on voyait très clairement, c'est une remarque de Morosini, que ces Messieurs de Guise ne voulaient ni l'accord avec le roi, ni la guerre avec les héréti« ques; ils désiraient seulement rester les armes k la main. » C'était précisément le mot dit en confidence par le duc de Guise k l'ambassadeur d'Espagne Bernardine de Mendoza.
<c On ne peut tolérer cette situation, écrit le Nonce, et en la prolongeant les princes mettraient le roi dans la nécessité de se tourner contre eux. Pourquoi le duc de Guise refuse-t-il avec ses parents d'écouter les propositions d'accord? Pourquoi occuper les places de la Picardie et refuser au roi le droit d'y mettre ses troupes? » Henri III avait chargé son ancien ambassadeur k Rome, Louis de Chastagner sieur d'Abain de se rendre dans cette province : d'Abain vit M. de Crevecœur, les échevins d'Amiens, puis le duc d'Auraale alors k Pontdormy; après avoir discuté ensemble, le duc
(I) Morosini ayant fait compliment à Beliièvrô sur ce voyage en ajou* tant qn'il espérait bien que tout s*arrangerait.^ «le ferai pour cela tous mes efforts » loi répondit Bellièvre.
108 LA LIGDE
avait chargé M. d'Abain d'assurer de sa part S. M. qu'O voulait satisfaire son désir plutôt que de lui déplaire et qu'il quitterait la Picardie pour aller trouver M. de Guise. Le leodemain même il était parti (28 février). M. d'Abain ayant vu également les échevins d*Abbeville et de Hontreoil, ceux-ci 'après avoir pris l'avis de l'assemblée de ville, résolurent « de ne plus faire aucune difficulté de recevoir les garnisons quand il plaira au Roi d'en envoyer (1). » Mais le 18 mars le duc d'Aumale ^vait occupé les faubourgs d'Abbeville (2) et la noblesse s'opposait à la venue des troupes royales. Henri III, cela était évident, ne pouvait quitter Paris pour aller en Poitou, si les Ligueurs restaient en armes derrière lui, et e&voyer des troupes dans cette province sans marcher à leur tête serait une dépense inutile. Telles étaient les réflexions soumises par le Nonce au Cardinal de BourboD et à un ami du duc de Guise. « Ils me répondirent, écrit le Nonce, en renouvelant leurs plaintes accoutumées, et ils ajoutèrent : cette démarche de Bellièvre n'a d'autre but, nous le savons, que d'accroître en Normandie l'autorité du dac d'Epernon et d'empêcher l'entreprise du duc de Lorraine contre Sedan. — Ce n'est pas un motif, répliqua le Nonce, pour n'écouter aucune proposition, car il faut le reconnoitre, continuer les errements du passé, a dit maintes fois le duc de Guise, c'est perdre le royaume. Pourquoi donc ne pas prêter Toreille aux combinaisons destinées à remédier à ee( état de choses? Un refus ferait les affaires des huguenots, car la guerre contre eux est impossible, si auparavant le Roi n'est accord avec le chef des catholiques. »
Morosini pria alors le cardinal de Bourbon « de donner satisfaction au monarque afin de l'exciter à combattre le roi de Navarre, seul moyen de faire triompher la religion et de
(1) Bîb). nat., m«„ f. fr., 3408, fo 14. Lettre de Castagner de la Rocbepozay, 1 mars 1S88.
(2) La Ligue à Aàbeviiley par Ernest Prarond» 3 vol. in-8. Paris iS73, t. I, p. 327. En outre, M. Prarond a donné dans les Mémoires de i^ Société d'émulation d'Abbeville des extraits des Registres aux àéi\^ rations.
détruire l'hérésie, ces deux buts poursuivis par les ligueurs. — Mais le duc de Guise ne refuse pas d'une manière absolue d'aller à Nancy, dirent avec embarras les interlocuteurs du Nonce; il veut seulement en être prié par le roi, » et sans cacher leur peu de confiance en d'Epernon, ils recommencèrent leurs plaintes contre la grande autorité du favori (1).
Ainsi la situation se dessinait et dans la conviction du Nonce, observateur très exact des hommes et des choses, le pape seul par l'intervention énergiique de son autorité vis-àvis des chefs de la Ligue, et spécialement vis-à-vis du duc d'Aumale, maître de la Picardie, pouvait calmer l'agitation soulevée et entretenue par eux.
Dès le 26 février, Morosini avait indiqué au cardinal de Montalto la nécessité de cette intervention. Le Roi de son côté avait chargé son ambassadeur à Rome de la réclamer et le cardinal de Joyeuse^ protecteur de France, s'était acquitté de cette mission.
Sixte-Quint, tout en déclarant alors qu'il n'avait jamais approuvé la prise d'armes des Ligueurs, nia leurs nouveaux envahissements et comme il parla de leurs protestations de dévouement au roi et de leur zèle pour la Religion, le cardinal de Joyeuse ne put s'empêcher de s'écrier : « S'ils parlaient autrement ils saventbien, très saint Père, que vous ne les écouteriez pas. »
Le 21 mars, le cardinal de Montalto avait averti le Nonce de cette démarche en lui demandant son avis.
(l) Arch. du Vatican. UUere, t. XXYll, f- 30.
Le âO mars te cardinal de Bourbon écrivait au pape au moment où partait le cardinal de Gondi pour lui dire qu'il peut ajouter foi à ce que loi dira le Cardinal très bien instruit des affiaires de France. 11 recommandait en même temps à Sa Sainteté les princes catholiques. « Dignetur Testra Beatitudo, catholicos principes, ac qui cum eis vitam et fortunas tam 1^0 operi libentissime exponunt, patemo suo affectu semper fovere, aesua bcnedictione sanctissima firmare* j» Ibid, vol. XXV, p. 195.
Morosini aurait désiré limiter ilntervention du Soaveraio Pontife k Tapaisement des. troubles de Picardie. Le Pape devait» selon lui, faire savoir à Mgr d'Àumale et aussi ao duc de Guise qu'il ne trouvait pas leurs agissements convenables (!)• Mais Sixte V, en intervenant sur un seul point, estimait gagner peu de chose; il préferait reculer pour mieux sauter, comme l'écrivait le cardinal de Montalto, et temporiser afin d'apporter h toute la situation un remède radical, entreprise digne .de son zèle assurément, mais pleine de difficultés, car, disait Morosini, les partis refusant de découvrir leurs plaies au médecin, on ne peut dès lors y appliquer les remèdes opportuns. Cependant il conseillait an Pape, si l'entrevue de Soissons n'amenait aucun résultat, d'interposer son autorité près des Ligueurs pour obtenir à tout prix leur soumission (2). «Après tout, disait Morosini, en répétant les paroles de Villeroy, on ne peut demander au roi de supporter patiemment des insultes ressenties au plus profond du cœur et les courtisans ne manquent pas pour rexciier à conclure la paix avec le roi de Navarre, afin de se venger ainsi des Princes lorrains, n Toutefois Henri III ne paraissait pas encore disposé à se rapprocher des Protestants, car ayant appris pendant la cérémonie pour les obsèques du duc de Joyeuse la mort du Prince de Gondé, il annonça à haute voix cette nouvelle aux Cardinaux assis au dessoua dé lui et un seigneur lui ayant alors demandé s'il n'enverrait ptt présenter ses compliments de condoléance à la Princesse, Henri III répondit vivement qu'il s'en garderait bien, pais sans dire un mot de plus il tourna les épaules : beauooop
de personnes en furent contentes (3).
(1) Ch'esso non Iruovava buoni questi moli. » Arch. du Vatican, /. c, U XXVIII, f^ 201. Lettre du 11 avril 1588,
(2) ^ Saria forso a proposito quando quesU signori délia Lega.... non truovino in questo loro abl>ocam€nto di Suotsione modo d'aocoroodaiv le cose di Picardia et di Normandia con daro satitfiftUJone al Re, eha ^* S. con i autorita sua impooesse a questi che saonietassero in ogni modo.»
(3) Mgr de Malîeoma (Jean de Gbouries, seigneur da l|AUMrtte)f gouverneur du Poitou envoya par un eourier exprès avis de la mort du
Cependant la négociation commencée avec les Ligueurs suivait son cours. Belliëvre et la Guiche virent le duc de Guise le 6 et le 7 mars à Vitry. Le duc promit -d'être sujet fidèle, et ne désirer rien de plus en ce monde que de mériter *la grice de son roi (1) ; Mayenne fut « des plus traitables et démreux de sortir de ces brouilleries (2). » Les négocia* teurs proposèrent au duc de Guise trois choses : d'aller en Guyenne avec le Roi, d'éloigner le duc d'Aumale de la Picardie et de faire entrer les troupes royales dans les villes de la Province, puis ils exprimèrent le désir que, vu Taffection du monarque pour le duc d'Ëpernon, les seigneurs de la Ligue eussent à se servir de lui ; ce furent les expressions employées par Bellièvre (3). .
H était facile d'éluder la réponse sur les deux premiers points. Le duc de Guise ne devait-il pas consulter le duc d'Aumale? et il promit de lui écrire de venir à Ghalons. Mais Bellièvre le disait : « si M. d'Aumalè défère beaucoup à M. de Guise, il fait aussi beaucoup de choses de sa teste : il a de rhumeur des Picards et les plus fâcheux de la Picardie sont avec lui (4). » Aussi le représentant du Roi n'était-il pas sans une inquiétude trop justifiée, augmentée par l'arrivée de M. de Ghoqueuse « un de ces passionés de Picardie » venu pour déclarer que les gentilshommes du pays étaient résolus de ne pas souffrir de garnisons dans les villes. Sur ce troisième point le duc de Guise était donc décidé à ne pas répondre. Vainement Bellièvre et la Guiohe assurèrent au
Prince de Gondé, « arrivée, comme on récrit, à saint Jean d*Angely par empoisonnement. » Arch. du Vatican, /. c, t. XX VIII. f^ 133. Lettre du 11 mars. — Le roi l'apprit le 9 mars. Un récit des obsèques du duc de Joyeuse est donné par le Nonce, Arch. du Vatican, i, c, t. XXVUI» f« 131, qui le termine ainsi ; t ce prince mort pour Thonneur de Dieu poar servir la relic^ion caiboUquo et conserver :lo royaume» vit à présent et iriompbe dans le ciel, t « Sua MaesU riâpote oon qualche alieraziono elle ai aara guardaia l»one di traltare seoo et senia dir altro, gU voliè le spallo eoQ piacere d« moiti. » Arch. du Vatican, /. c, t, XXYUL f* i4&
(1) Bil)L aat., m#., f. fr.. 3403, ^ 14».
(3) M. de Croze, L f», t. II« p. 319. Lettre à Mcndoza.
(4) Qil)l. nat., m#. f. fr.» 34(^3, f<» i, 9 mars 1588.
il 2 LA LIGLE
duc de Guise que s'il voulait cesser toutes ses intrigues avec TEspagne, il serait comblé de bienfaits et lui firent des offres brillantes, Guise évita toute discussion, éluda toute réponse et confia immédiatement cette communication, soi disant secrète, à l'ambassadeur espagnol Mendoza qui deux, souvent trois et quatre fois, la semaine, suivant les circonstinces, écrivait lui-même au duc de Parme pour le tenir au courant des faits et gestes du Prince lorrain.
L'intention du duc de Guise devenait évidente, l'ambassadeur avait seulement à le maintenir dans sa triste voie en enseignant un peu de retenue à ce caractère ardent et prompt aux éclats.
Bellièvre était navré : « Je ne sais que dire, écrivait-il à Brulart, si non de pleurer notre misérable condition » et il donnait ce conseil ; « puisque le roi a le plus à perdre, il faut qu'il soit le plus soigneux aie conserver (1). »
Le Nonce Morosini cherchait toujours à contrebalancer l'influence néfaste de Mendoza. « D'après l'avis et le bon conseil de Mgr le Nonce, écrivit le duc de Guise, nous avons cherché tous les moyens d'arranger à l'amiable les affaires de Picardie (2). » Mais en vain le duc de Lorraine promit à Bellièvre* de « s'employer à ce que Sa Majesté put demeurer satisfaite de ceux de sa maison (3), » M. de Ghoqueuse trouvait « plus expédient » de faire éloigner pour quelque temps les troupes royales et le duc de Guise, sans rien brusquer, refusait de céder au Roi. « Les commissaires y perdront leur temps, écrivait-il (4) et afin de déjouer leur dessein de nous amuser par une longue conférence, nous sommes résolus de
(1) 76., I* U. LeUre du 22 mars 1588.
(2) Arch. du Vatican. Lettere x..., t. XXVII, p. SH. Lettre da l^r avril. Morosini écrivait : « Pero io con Tagente di Mgr de Guisa ebe suoie trattare raeco, ho fatto efficace offlcio, per essortarlo ad acquietare in tutti i modi questi rumori... affîne cbe non ne sia attribuita la colpa a S. Exe... la quale mi ha faUo rispondere nel modo che vedera V. S. lil. daUa copia di un capitolo dclla Icttcra che egli scrive qui ai suo agente. » Arch. du Vatican, /. c, t. XXVII, f» 5. L. Il avril 12S88.
(3) Bibl. nat., m#., f. fr., 3403, f« 10. Lettre du 21 mars.
(4) M. de Croze, /. c, t. II, p. 32i. M. de BouiUé, /. c, t. III, p. 260.
leur couper court ^t nous opposerons artifice à artifice pour ne pas perdre une bonne occasion.» De quelle occasion voulait-on parler ?
Un voyage du duc de Guise à Paris afin de parler lui-même au Roi fut jugé opportun. H. de Brissac Tapprouva et Bellièvre inquiet écrivit : « Je ne sais ou tendent les conseils de ces gens (5). »
Cette démarche qui dénotait ou une grande franchise ou beaucoup d'imprudence, fit peur à l'espagnol et Mendoza recommanda au duc de bien peser toutes choses avant de s'y résoudre. Fidèle aux ordres de Philippe II, l'ambassadeur traça un plan de conduite à M. de Bray, confident du duc de Guise : selon lui, Mendoza, ce qui convenait au Duc, c'était de ne point déposer les armes et de se refuser à tout arrangement. Il devait toujours endormir le roi par de bonnes paroles sans jamais se laisser prendre aux siennes. Mendoza n'eut pas de peine à convaincre M. de Bray et celui-ci reconnut l'importance d'une conduite aussi pleine de prudence que de duplicité.
Ainsi tandisque le chef des catholiquesvoulait agira cœur ouvert, Philippe II calculait. Appuyé par l'Espagne, pourquoi le duc ne le proclamerait-il pas et pourquoi, afin de mieux inspirer . confiance à son protecteur, n'enverrait-il pas en Flandre lorsqu'il saurait le duc de Parme prêt à marcher, un gage de sa coopération active et dévouée ? Pourquoi enfin ce gage ne serait-il pas son propre fils ? Telle était la pensée du duc de Guise, mais Philippe II réprima aussitôt cet élan et écrivit sur la dépêche même oii son ambassadeur lui apprenait ces détails : « Je ne sais si ce ne serait pas trop se découvrir» (1). Le soldat comprendra bientôt les leçons du politique.
Mendoza ne jugea pas non plus à propos de faire appuyer actuellement les Ligueurs par les troupes espagnoles, comme le demandait le duc de Guise dans sa lettre du 31 mars: « Il
(1) Bibl. nal., m^., f. fr., 3403, 1^24.
(2) M. de Crozc. /. c, t. II, p. 3^.
114 U UGOE
faut attendre, dit Tambassadeur, que Texistence des Ligueurs 0oit réellement en question ; la seule chose nécessaire est d'entretenir Tagitation dans la Picardie. »
Fidèle aux ordres donnés par Philippe II de se servir de tous les moyens possibles pour empêcher une réconciliation entre le duc de Guise et le roi, Mendoza, après avoir eu avec Henri III une assez vive altercation (1), eut soin de faire remarquer aux Lipeurs tout ce qu'il y avait, selon lui, d'odieux dans cette conduite du monarque, d'admettre des garnisons en Picardie pour avoir un prétexte de ne poÎDt continuer la guerre contre les hérétiques. Ces paroles trouvèrent, sans aucune peine, un écho dans le cœur de Guise, car le prince lorrain partageait complètement la manière de voir de Mendoza et il le dit à cet ambassadeur.
Ainsi d'un côté le Pape et son Nonce voulaient réconcilier le Prince lorrain avec le Roi ; d'un autre côté Philippe II et son ambassadeur employaient leurs efforts pour les tenir divisés. Malheureusement le duc de Guise écoutait Philippe II plus que le Souverain Pontife. Deux faits vinrent l'attester.
Dans la première s^naine d'avril, Moreo, l'agent secret du roi d'Espagne, vint h Soissons pour intimer au duc de Guise l'ordre de rompre avec le roi de France. 11 promettait en retour trois cent mille écus, six mille lansquenets, douze cents lances et Tenvol d'un ambassadeur accrédité auprès du conseil de l'Union, au lieu de l'être près du Roi. Voilà comment le chef de la Ligue était conseillé par Philippe II. Voici comment le Roi, docile aux conseils du Nonce, agissait avec le duc d^Epernon. La faveur dont jouissait son favori, était dit-on la cause principale du mécontentement de la noblesse et ainsi la raison indirecte des mouvements de Picardie (2). Henri III vint donc à Fontenay (3) oii demeurait son ami
(1) Le roi disait que Tambassadeur lui avait parlé avec peu de respecU Arch. du Vatican, Leltere, t. XXVIÎ, f» 35. Lettre du 28 mars 1588. Le Nonce s'efforça de les apaiser.
(2; Archives du VaUcan, /. c, t. XXVII, f^ 35.
(3) Fontenay-Trézigny dans le canton de Rozoy (âeine*ct-Mame), avait tin magnifique château construit sous François I*.
pour lui demander de céder le gouvemenient de Boulogne et de quelques autres places afin de les donner, non aux Ligueurs, mais à des gentilshommes dévoués (1); avec cet arrangement on espérait pacifier la Normandie et la Picardie. Leduc d'Epemon, on le pense bien, répondit qu'il voulait tout ce qui plairait à Sa Majesté, prêt à quitter même le royaume, si le Roi estimait son départ utile à son service* Cependant quand on vint à discuter chaque point en particulier, le duc d'Epemon, habile dans l'art de gouverner l'esprit du Souverain, lui représenta combien il serait contraire à sa dignité de ne pouvoir agir comme il l'entendait et de laisser des vassaux rebelles distribuer à leurs amis des places enlevées aux vrais serviteurs du Roi. « Voulez-vous me laisser faire, dit à la fin le jeune Favori ;• en peu de temps, je réduirai à merci tous ces messieurs de la Ligue et remettrai tout en paix ». Puis en insinuant que la trop grande bonté du Roi était la cause indirecte de ces troubles et en présentant des considérations de cette nature, « toujours très puissantes sur l'esprit des souverains >», d'Epernon reprit peu à peu tout l'empire que dans une apparente générosité, il s'était d'abord empressé d'abandonner»
La prudence toutefois commandait un sacrifice, et craigoant de ne pouvoir se maintenir dans toutes ses charges, d'Epernon confia à son royal ami son dessein d'abandonner le gouvernement de Provence pour le laisser à Ja dispositioi du roi, le gouvernement de Mets si on voulait le donner au Comte de Brienne, puis il exprima le désir de voir la charge de Général de l'Infanterie française passer entre les mains de son frère la Valette. Mais précisément il ne parla pas de quitter ce gouvernement de Boulogne le plus attaqué de tous eu ce moment, ni de remettre Valence au duc de Mayenne» Quant à se reconcilier avec le duc de Guise, <^'était, dit41, son plus dier désir.
Les conditions ne plurent pas tout k fait au roi, dont le
(1) « CoB tnlenttone di dare questi a gentiihuomim cattolici confidenii di S. M. et non in gratia in quesU signer deiia Lcga. «
projet d*ailleurs était de supprimer la charge de général d'infanterie, car son titulaire ne pouvait se faire obéir par les princes lorrains et surtout par le duc de Guise. Cependant Henri III envoya Tordre an duc d'Âumale de retirer ses troupes et de laisser celles du Roi occuper les villes de la province; il le menaça même s'il refusait, d'aller en personne pour le châtier. Le duc d'Aumale répondit fièrement que «le Roi n'avait sans doute pas assez perdu le souvenir des services de son père, mort à ses pieds dans la bataille, pour le traiter ainsi ; mais le voulut-il essayer, il lui restait encore assez de cœur et assez d'amis pour conserver sa tête et son honneur (1). »
La ténacité de d'Epernon, l'obstination du duc de Guise, la vivacité du Roi, l'arrogance du due d'Âuroale, étaient malheureuses. La pensée d'Henri III était cependant juste et si ses moyens étaient inhabiles, sa démarche était loyale. Il manquait de fermeté, mais non de bon sens. Fidèle aux conseils du Nonce Jl voulait avant tout enlever les sujets de querelle, et Rellièvre écrivait aussi : « 11 faut obvier à ce mal, car s'il gagne et si ces gens franchissent le sault, nous aurons beaucoup à souffrir. Empêchons le mal pendant qu'il semble y avoir encores quelque moyen. (3) »
Un rien contentait le Roi : si le Cardinal de Rourbon excusait le duc d'Aumale pour rejeter la faute sur la noblesse et les magistrats des villes, s'il parlait de la désapprobation donnée à ces mouvements par le duc de Guise, si le Cardinal disait que pour conserver l'union avec son cousin, le duc était obligé de soutenir des actes qui personnellement ne lui plaisaient pas, le Roi, ravi de ces paroles, ne tarissait
(1) Arch. du Vatican, /. c, l. XXII, f» 42. Lettre du 30 mars.
(2) Bibl. nat. ms., f. fr. 3403, f« 24.
pas d'éloges sur le duc de Guise, « aussi brave, que prudent (Capitaine ». Le Cardinal de Bourbon voyant le monarque si bien disposé ajouta : « Votre Majesté obtiendrait facilement de nous tous ce qu'elle voudrait si Elle allait en Poitou combattre les hérétiques. — Mais je ne désire rren de plus, répliqua viveoient le Roi : une fois les troubles de Picardie apaisés, je marcherai avec Taide de Dieu et je veux emmener avec moi M. de Guise. » (1) On tournait ainsi dans un cercle vicieux.
Impuissant à éclaircir la situation par l'entremise de ses ambassadeurs dans les conférences de Soissons, Henri III voulut aller lui-même en Picardie résoudre les difficultés^ sans troupes, avec ses seuls gardes; démarche hardie, conseillée, dit-on, par le ducd'Epemon pour se rendre tout puissant et empêcher la guerre contre le Roi de Navarre^ îûais jugée très imprudente par la reine mère et le Conseil qui refusèrent de l'approuver. Le Roi persista néanmoins et déclara sa volonté de n'être contredit par personne. Le duc de Guise s'apprêta donc à lui fournir la réplique et le 31 mars il écrivit insolenmient : « Si le Roi part de Paris, je le ferai plustôt penser à revenir qu'il n*aura approché les Picards d'une journée (2) ; » aucun courtisan n'osa cependant affronter la défense du roi et plus d'un vint prier le Nonce de lui faire les représentations qu'on n'avait pas le courage de lui soumettre. C'était un devoir, lui dit-on, mais Morosini hésita, car le Cardinal de Montalto^ nous l'avons dit, lui avait prescrit de garder une grande circonspection dans ses rapports avec les divers partis et de ne pas s'ingérer dans leurs intrigues. Cependant il aurait désiré empêcher un désastre et sûr de la pensée du Pape (3) il voulut le tenter.
On était alors dans la semaine sainte et les solennités de ces jours pouvant retarder la négociation, Morosini prit le
(!) Arch. du Vatican, /. c, t, XXVII f» 4i. LeUre du 30 mars.
(3) M. de BouUlé, Hist des ducs de Guises U III, p. S68, M. de Croze, /. c, U II, p. aa».
(3) • Un mot du Nonce, écrivait le cardinal de JoyeuKe, a plus de créance, remue le pape plus que ce que les personnes intéressées écrivent. • LeUre du 4 avril 1587. Hubncr, /. c, l. Il, p. 20a.
parti d'écrire au due de Guise pour lui ftire connaître lei intentions du Souverain Pontife et le même jour, 11 avril, il demanda une audience au Roi : « L'époque fixée précé« demmeM par rotre Majesté pour entrer en campagne contre les hérétiques est arrivéCi lui dit-il, la saison ne peut être plus favorable et les besoins plus grands. Le clergé donne cinq cent mille écus pour la guerre : et le roi doit les employer exclusivement à cette entreprise. Dieu même semble la faciliter puisqu'il ôte la vie au prince de Gondé et permet h un gentilhomme, M. deLavardin, de prendre la très impor» tante place de Marais, qu'autrefois le Roi à la tête d'une nombreuse armée et en dépensant 300,000 écus, avait en vain tenté d'arracher aux mains des Huguenots. Tout invite à ne pas perdre une si belle occasion. »
A cet appel direct, Henri III ne fut pas troublé. Il n'avait rien de plus k cœur que d'entrer en campagne? Mais il ne pouvait abandonner la Picardie et la Normandie pour aller en Guienne ou en Poitou. Ce serait une proie jetée k ceux qui veulent, disent-ils, détruire les hérétiques, mais arrêtent cette sainte entreprise. Le cardinal de Bourbon lui avait fait espérer un arrangement, et dès qu'il serait conclu, il irait k Blois pour réunir son armée.
Le nonce ne contredit point Sa Majesté, mais fit-il observer: « Ceux qui ont beaucoup k perdre, n'oseront pas aventurer leurs positions et une fois les huguenots chassés du royaume la paix avec les catholiques sera facile. » Puis il ajouta encore : c Le plus sûr moyen de confondre les Ligueurs est donc de commencer la guerre, car si pendant votre absence ils font le moindre mouvement contre vous, ils découvriront leurs secrets desseins. — Je ne pense pas que vous me donniex le conseil de supporter les insultes dont ces gens Ik m'abreuvent et de me laisser enlever chaque jour les meilleures villes de mon royaume pour aller faire la guerre en Poitou, s'écria le roi qui suivait obstinément son idée(l). — Il nem'appar-
(1)11 Mi disse S. M. che non pensava ché k> la consigliasse asupportare le ingiurie che qnesU le fanno. » Arch. du Vatican, l. c, t. XXVIIi fo t. Lettre du 11 avril, ISiSS.
tient pas de donner un conseil, répondit Norosini (1), mais en présence de deux ennemis, il ne me semble point à pro* pos de faire en même temps la guerre à toua deux, et quant à la faire à un seul, il est meilleur et plus sûr de la faire aux hérétiques, ennemis de Dieu et du Roi, qu'aux cattioliqiies obligés par la religion et Thonneur de servir sa Majesté (3). n
Malgré ces observations, Henri III ne céda point; il avait déjk négocié « en compagnon plus qu'en roi » (3), et à présent on le traitait, non en compagnon, mais en sujet » or il ne le supporterait jamais. Le Pape n'avait qu'à commander aux Ligueurs de cesser ces troubles et de s'unir h lui (4). Aussi le Nonce en rendant compte au cardinal de Montalto de sa conversation avec le monarque» termina sa dépèche par ces paroles : « Je ne crois pas au départ du Roi pour la Picardie, mais ces incidents empêcheront la guerre contre les Huguenots. » On ne pouvait montrer plus de perspicacité.
Morosini fit auprès de la Reine Mère des démarches dans le même sens et il parla également à Villeroy lorsque ce secrétaire d'Etat vint, le 10 avril, lui annoncer la commis* sien donnée au cardinal de Gondi de négocier avec Sa Sain* teté un projet de Ligue contre les hérétiques. Villeroy avait très peu d'espoir de le voir réussir (5) car, disait-il, « les Espagnols veulent toujours traiter à leur avantage. Aussi si
(i) « lo ditsi ehe non ero buono da eonsigliare la M. 8. »
(3) Le Secrétaire d'État, cardinal de Montalto n'exprimait-ii pas la infime pensée, lorsqu'il disait plus tard : « Si le chien veut arrêter tout oiseau qui vole danë Pair il ne prendra Jamais de calUOi et agir comme on le fait, o*est vouloir tenir toujours le royaume dans l'agitation* Quand on est attaqué de tous côtés, il feut savoir pardonner aux uns, <llssimuler avec les autres pour n*avoir Jamais en face do soi qu'un Mtil ennemi. Ainsi a fait le pape dans ses états et sa conduite pourrait sur ce point servir d'exemple au roi. »
(B) « Ch'EUa per non meUere guerra tra oattoiici haveva traUato oon ^l plu toslo corne compagnon che com Re. » Arch. du VaUcan, /. c. , t XXVIH, fo 205. Lettre du 13 avril, 1388.
(4) « Gomandare aquesU signori che desistano daquoste novità et che ••unisohino seco. » Arch. du VaUcan, /. c, l, XXVIII, ^ KW. Lettre du 13 avril.
(5]a Parmi che mostri assai poca speranza di buona risolutione. »
N.-S. comme Père commun ne fixe à chacun la règle à garder, on perdra son temps. »
Cependant comme le roi persistait dans sa résolutioo d'aller en Picardie, ses conseillers^ Villeroy par exemple (1) opposés d'abord à cette idée, — car Guise pour arrêter cette démarche avait dit qu'elle rendrait les Picards plus obstinés, — finissaient par l'approuver, au moins par leur silence; car enfin, disait au Nonce le secrétaire d'État, « lorsque sa Majesté vous demande s'il faut supporter que les Ligueurs prennent aujourd'hui une place et demain une autre, on ne sait que lui répondre. Le roi voit son autorité anéantie, sa dignité compromise et il ne peut, ni ne doit le supporter ».
« Il y a deux moyens d'apaiser ces troubles, continuait Villeroy : la raison ou la force. Le roi a essayé le premier, mais Bellièvre et la Guiche n'ont obtenu aucun résultat, ils n'ont pas même pu arracher de la bouche des princes leur dernière pensée (3). La force reste donc seule au roi pour conserver son royaume et son honneur. — Ce parti, répliqua Morosini, est très dangereux pour plusieurs motifs : et le premier est que si le clergé de France voit son argent servir k une guerre contre les catholiques, au lieu d'être employé contre les protestants, il ne payera plus rien Bt il aura raison. Déjà il a pris un délai de deux mois, afin de donner au roi le temps de se déclarer. D'un autre côté, si le roi entre en Picardie, il sera suivi, je le crois, par peu de catholiques, et s'il employé des protestants, il augmentera la
(1) « Mi disse che se benc egli (YiUeroy) non baveva mai consigliato il Re ad andarvi in persona, che nondimeno S. M. si moslrava risoluta di volervi andare, ne che sapevano che risponderle quando S. M. le diceva se cra conveniente che Ella sopportasse che hoggi le pigtiassero una terra et domani un'altra. » Lettre du 1 1 a\Til, Arch. du Vatican, /. c, t. XXVII, f« 6.
(2) « Non solo non havevano falto frutlo alcuno ma che non havevano manco potuto cavargli di bocca quello che volessero. » Arch. du Vatican, /. c, t. XXVII, f- 6, 11 avril.
La visite de la Guiche et Bellièvre au duc de Guise est du 8 mars 1388. Ils se rendirent ensuite auprès du duc de Lorraine. Leur lettre du 21 mars, publiée par M. de Croze, /. c, t II, p. 49, rend compte de leur entrevue avec Charles III, duc de Lorraine.
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LES BARRIGADBS 1^1
puissance des Ligueurs, car il justifiera leurs accusations. (4) »
Il était impossible à Villeroy de n'être pas frappé par le raisonnement du Nonce. — Toutes ces considérations sont très vraies^ répondit-il^ mais je vous en prie, que doit faire le roi, car il ne peut se voir enlever le royaume et rester les mains dans ses poches? » Villeroy parlait à cœur ouvert, et de toutes ses paroles, le Nonce dégageait cette conclusion : les Guise peuvent être certains, s'ils veulent s'unir au roi, d'être comblés par lui d'honneurs et d'amitié. Si au contraire ils continuent de troubler la Picardie et la Normandie, ils empêcheraient la guerre contre le roi de Navarre, car Henri 111 ne marchera pas avant que toute l'agitation ne soit apaisée (2). Le Nonce en était persuadé, aussi dans sa dépêche, il n'hésitait pas à accuser les princes lorrains : car ils ne pouvaient selon lui alléguer un prétexte plausible pour justifier leur soulèvement. Sans doute, ils s'excuseront en disant que la noblesse, et non pas eux, est opposée aux volontés du Roi, mais la majorité de la noblesse est précisément de leur parti, et, en fait, chacun est convaincu que le duc d'Aumale cause toutes les agitations du pays.
Morosini voulait réellement s'éclairer et juger avec équité* Après avoir entendu les griefs du roi, il devait écouter les plaintes du duc de Guise. Or le duc de Guise venait de répondre à sa demande de renseignements par un très long mémoire oii étaient énumérées les avanies que, depuis la dernière invasion des Reitres et des Suisses, lui et ses partisans disaient avoir reçues du Roi. Tout était donné au duc d'Epernon et on ne tenait aucun compte de leurs services; néanmoins il demandait une seule chose : la guerre contre les hérétiques, et puisque le roi accusait Mgr d'Aumale d'empêcher cette guerre, il voulait bien apprendre au Nonce
(0 « Se si bavessc voluto servire délit hcretici, che questo era fare P>n grandi quelli délia Lega et darle maggiore seguito. » Arch. du Vatican, I. c, U XXVU, fo 7.
(i) Arch. du VaUcan, /. c, t. XXVIII, f» 205. Lcltre du t3 avril.
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que le duc d'Epernon, depuis son arrivée au commandwe&t de Boulogne, avait montré son évidente partialité pour \» hérétiques; il entretenait même des intelligences avecb reine d'AngleterrCi cette persécutrice des catholiques (1).
En Dauphiné les actes de son frère, la Valette, avaient augmenté les soupçons et dès lors « on ne pouvait trouver étrange, disait le duc de Guise, que les catholiques menacés d*étre livrés par le favori à la discrétion des hérétiques, redoutassent de tomber sous sa domination (S). » Leur craiate augmentait en voyant les troupes royales au lieu d'aller eo Guienne s'établir en Picardie : pourquoi? si ce n'est pour faciliter à d'Epernon sa domination dans la province, or b noblesse redoute aujourd'hui le joug insupportable de ces Gascons et dans l'avenir la domination des hérétiques. Gela est si vrai que les Picards ont promis à MM. de Betièvre et de la Guiche d'obéir au roi s'il voulait s'engager à ne jamais les laisser tomber sous Tépée de d'Epernon. Quant aux villes précédemment occupées, les princes étaient prêts k les rendre et ils demandaient seulement à obtenir les villes aux-* quelles ils avaient] droit, Valence surtout, car leur seule préoccupation, ils l'affirmaient hautement, était d'assurer le triomphe de la religion catholique.
Le duc de Guise ne pouvait invoquer pour justifier sa con-
(1) Aroh* du Tfttican, /. c, U XXVII, f* HS. TempesU, /. c, 1. 1, p. 8^* (3) Une lettre d^Henri III, à M. de la Fitte, (devenu de la Hitte, psr une transformation de Torthographe amenée fréquemment par la prononciaUon. Ainsi dans le Gers d*où sont les la Hitte on prononce to heno pour ia flmo^ la femme etc...) du 9tt février ItJBS, qui nous a été o^igeamment communiquée.'montre combien le roi avait besoin d'argeuli « tant pour le payement de ce qui est deub aux garnisons du marquisat de Saluces de Tannée dernière que de la présente, afQn de maintenir et conserver mes places en sûreté soubs mon obéissance. » Le roi « cbarg<^ de tant d'aultres despenses » ne peut « satisfaire à tout ce qui est .requ > et nécessaire pour le bien de cet estât, » mais dit-il, M. de la Fitlç est « si affectionné à mon service qu'en attendant que j'y aye donné le bon ordre que je délibère, vous tiendrez la main à ce que ce deffault ne soit cause de Ten altérer au dit pays. »
(Lettre à M. de la Fltte, genUihomme ordinaire de ma chambre, commandant pour mon service de là les Monts, en l'absence du siour de ta Valette. Archives de famille du comte 0. de la Hitte.)
LBS BARBIGADES i2S
duite des raisons plus spécieuses, mais le Nonce n'en fut point satisfait : avec son bon sens, Morosini disait très bien : ff Dans ces explications, on ne voit pas une réponse au plus grand reproche adressé au duc d'empêcher par les troubles de Picardie la poursuite de la guerre contre les hérétiques. Ce délai amène tous les désordres dont on se plaint et il en amènera d'autres encore (i). )»
Le Nonce cependant ne se découragea pas; un instant même il put croire à la réussite de ses desseins^ car le duc de Guise tout en se plaignant des soupçons et des défiances du Roi, afBrma « son très ardent désir de lui rendre plus que jamais son humble service. ]»
Mais n'étaient-ce point là les bonnes paroles dont Hen* doza avait conseillé au duc de Guise d'amuser le souverain? Ostensiblenoent, le duc désaprouvait les mouvements en Picardie, mais en secret il y faisait passer des renforts.
De son côté Henri III était-il aussi confiant que plusieurs fois il^avait voulu le dire? Ne soupçonnait-il pas au contraire la complicité du duc de Guise avec le roi d'Espagne, en devinant presque ce que Mendoza écrivait à Philippe II : « Je préviens ordinairement Mucius (ce nom désigne le duc) et les catholiques à la tête de nos affaires de ce que je juge le plus utile au succès de leur entreprise, dans l'intérêt de la cause catholique, et ils reçoivent volontiers mes avis (2). »
Or ces avis étaient le commentaire de la phrase écrite par l'ambassadeur à Philippe II : « J'emploie tous les moyens pour empêcher la réconciliation de Guise et du Roi. Il faut entretenir la guerre civile en Picardie, même si c'est contre les intérêts de Guise (3). »
Henri III répugnant à passer pour dupe, fit demander des explications à Philippe II. Qu'allait-il faire vis à vis du duc de Guise ?
Voici donc quelle était en ce moment la situation : les
(1] Areh. du Vatican, I. c, t. XXVII, ^ tS8.
9) M. de Croze» /. c, t. II, p. 334. L. du 7 mai 1?)88.
(S) Ib., p. 834.
démarches du Nonce pour obtenir ce qui était essentiel, la réconciliation du roi et du duc de Guise, n'avait point abouti: le roi s'était bien rendu auprès du duc d'Epernonet celui-ci dans ses paroles, avait paru désintéressé ; le duc de Guise, de son côté, s'était dit le dévoué serviteur de la couronôe, mais au fond chacun avait suivi la voix de ses passions; personne n'avait voulu s'imposer un sacrifice.
Acceptée avec peu d'empressement par les conseillers d'Henri III, l'entrevue de Soissons n'avait point été prise au sérieux par le duc de Guise ; comment dès lors pouvait-eUe amener un heureux résultat (1)?M. de Bray, confident du duc, en avait dès le premier instant prévenu l'ambassadeur d'Espagne. Selon cet agent, le duc de Guise voyait dans la négociation entamée à Soissons un moyen de gagner du temps et une occasion de se rapprocher de Paris. Henri 111 voudrait peut-être s'opposer à ce voyage, mais ne pourrait l'empêcher, l'ambassadeur en était convaincu, car on était résolu d'exécuter prochainement, dans huit jours même, écrivait-il le 14 avril, un dessein dès longtemps formé. Quel ^tait ce dessein?
Depuis trois ans, nous l'avons dit, plusieurs personnes à la tête ardente, s'étaient réunies à Paris en des conciliabules où les propositions les plus audacieuses contre le Roi avaient sans cesse été mises en avant. Des armes étaient achetées, des gens enrôlés, on pouvait, disait-on, en réunir trente mille (2). Le trouble était dans les esprits et bientôt il allait être dans les rues.
(i) « Qui si sta con poca speranza cbe l'assemblea di Suessone sia per partorirc alcun buoneffeUo. » Arch. du Vatican^/, c, t XXVIII, r»âii- Lettre du 24 avril 1588.
(î) Journal de PouUiin dans Archives curieuses, t. X, p. 43i.
Le duc de Guise ne Tignorait pas et il aurait voulu s'appuyer sur le duc de Nevers alors absent et près de se rendre aux eaux du Bourbonnais pour guérir sa fracture à la jambe. Hais le duc de Nevers avait envoyé des « advis » qui avaient porté au duc de Guise beaucoup de regrets. « Une si belle entreprise reste k faiblir par ce moyen, écrivait ce dernier, d'autant qu'il n'est pas raisonnable que moi seul qui y ai pour mon particulier moins d'intérêt que personne, trempe en ceste exécution. Pensez-y et avertissez-nous de votre dernière volonté. (1) »
Le duc de Nevers était résolu de ne pas se livrer. Mais les choses en étaient arrivées à ce point qu'il était impossible de s'arrêter. « Un tel projet — lequel donc î — devait être exécuté aussitôt après avoir été conçu » écrivait l'ambassadeur d'Espagne et Mendoza se mit en mesure de le diriger. Selon lui la réalisation de l'entreprise — quelle entreprise?
— devait présenter des inconvénients fort graves, si un seul moment l'on venait à perdre de vue l'intérêt public — (lisez l'intérêt espagnol) — qui devait en être le principal objet. Le mouvement devait paraître, — c'était là un point essentiel
— avoir pour but unique le service de la cause catholique et l'anéantissement des hérétiques (2). » Mendoza chargea M. de Bray de le faire comprendre au duc de Guise et il vit toas les amis du Prince partager son opinion « à tel point, disait l'ambassadeur, que personne parmi eux ne se propose un but différent du nôtre (S) r^ et alors il découvrait le but de l'entreprise : « Si le projet en question s'exécute, écrivait-il, le Roi aura les mains tellement liées qu'il lui sera impossible, même en paroles et à plus forte raison par des actes, de venir au secours de la reine d'Angleterre (4). »
C'était là pour l'ambassadeur un intérêt suprême : L'expédition préparée par Philippe II contre l'Angleterre, cette
(1) Bibl. nat, ms,, f. fr., 3976, f« 60. 26 avril i»88. (3) M. de Croze, t. II, p. 329.
(3) Ces mots expliquent ce que Mendoza entendait par riniérét public et le service de la cause catholique.
{A) M. de Croze, l.c.i, II, p. 330.
Armada invincible, rassemblée dans les ports de l'Espagie, était à ses yeux le moyen sûr d'amener le triomphe de U cause catholique en Europe, et naturellement Hendosa considérait les autres événements sous ce rapport. En rtmenaot tout à cette idée, l'ambassadeur jugea très à propos de retarder l'exécution de son projet jusqu'au moment où U flotte serait sur le point de quitter l'Espagne. Ainsi il aurait voulu différer le mouvement jusqu'au mois de mai, époque fixée par Philippe II pour frapper un coup décisif contre l'Angleterre et la France ; mais tout était préparé et la pre* mière occasion pouvait devenir l'étincelle qui mettrait le fea à toutes ces matière inflammables.
Beliièvre .découragé était revenu de Soissons où le dae d'Aumale avait refusé de se rendre. Le duc de Guise après avoir d'abord convoqué son cousin, l'avait lui même engagé à rester : « Nous n'avons pas jugé à propos de le foire abU' donner nos amis, dans la crainte que son absence amenftt da désordre (1). »
Cette résolution cachait-elle un leurre ? équivalait^le à une rupture ? cette rupture était-elle le dernier mot des Ligueurs? tous l'auraient cru évidemment s'ils avaient pu lire une note secrète transmise par le duc de Guise à l'ambas' sadeur d'Espagne le 31 mars ; on y lisait : « Puisque Toi tourne contre nous les préparatifs destinés contre les hérétiques, force est de nous rendre aussi prompts à nous défendre que nous l'avons été à remplir les ordres du Roi. Au reste j'epère exécuter à propos ce qu'il faudra faire à boa escient (2). » «
Au milieu de la semaine sainte, le duc de Guiae envoya ub de ses gentilshommes, François de RoncheroUes, Sr» de Mainneville, exposer au Roi quel était à son point de vue l'état des choses ; Henri III l'appritavec émotion ei éclata ea reproches contre sa mère et contre ses conseillers. Ne Tavaient-ils point détourné d'aller en Picardie réprimer des
(1) M. de Crozc, L c, t. Il, p. 332.
(2) M. de Croze, /, c, t. II, p. 324.
LES bAftmCADES 1S7
agitations intolérables? Vainement Catherine de Hédicis fit valoir les raisons les plus concluantes en faveur de la réso* lution prise alors contre un projet difficile à exécute^, le roi ne put s'apaiser.
Le samedi saint, 17 avril, M. de Belliëvre repartit pour Soissons. Il y eut conférence le 19 et le 20; on discuta en quelles villes les garnisons seraient reçues, on exposa les griefe, on demanda ensuite d'exempter le pays de ces garnisons; Bellièvre promit que le roi « serait bénin ». Hais déjà les bruits les plus divers circulaient : «t Nous sommes icy en une extresme peine des avis que nous entendons du côté de Paris, écrivait Bellièvre ; il est plus que nécessaire d'éclaircir ce fait ; s'il y a du mal il y faut obvier, pour nci pouvoir advenir plus grand mal au royaume. S'il n'en est rien, il faut faire cesser les bruits, qui sont peut-être cause du plus grand mal qui de notre mémoire soit avenu au royaume (1). »
Le duc de Guise feignit d'en ignorer la cause et supplia le roi « de faire justice de ceux qui répandaient telles calomnies an préjudice de son honneur... sans l'espérance qu'il avait de s'en justifier, il entreroit en désespoir auquel il semble qu'on le veut forcer. (î) » Cependant le duc de Guise allait écrire au duc de Nevers : « Vous aurex sceu les rumeurs de
Paris et rapprochement des forces du roi qui rend notre dessein plus difficile à exécuter, non que nos amys à Paris n'ayent encore très bon courage et nous ne nous sentions assex forts pour en venir k bout, mais quelques uns de nos amis nous ont fait dire que puisque les choses sont en cest état, il faudroit se déclarer ouvertement contre d'Epemon et eo demander publlcquement justice au Roi. QuVn pensez* vous (3) f» Sollicité par le duc de Guise de se Joindre à lui^ le duc de Nevers était également averti par le royaliste maréchal d'Aumont « des bruits et brouilleries » qui avaient cours; n ils sont tels qu'il y a longtemps, disaitnl, qu'on
(t)Bibl. nat., ms., t flr., 3402, ^ 11. Lettre du 1& avril.
(2) !bid., fo 14. Lettre de BelUèvre du Roi.
(3) Bibl. nat., ms., f. fr., 3976, f» 66. 29 avril 1589.
n'en a ouy parler de semblables » et il lui conseillait « de faire un tour jusqu'à Paris (1). »
Cependant des lettres venues, dit-on, de Rome^ mabsdon toute apparence composées en France, avaient causé uae émotion pénible (2). Le Pape, disaient ces fausses lettres, avait raconté au Cardinal de Sens, comment vaincu par rimportunité des ministres du Roi, il avait été contraint d'adresser un bref au duc de Guise, mais comment aussi, en l'envoyant, il avait prescrit secrètement au Cardinal de Pellevé d'avertir le duc de n'en point tenir compte et an Nonce de ne pas détourner le duc de ses entreprises. De plas, ajoutait-on, le Pape avait envoyé son secrétaire Gualterucd remettre une note oii les raisons de ne point abandonner les Ligueurs étaient énumérées (3).
Villeroy inquiet, comme on le pense bien, voulut savoir la vérité et, par ordre du Roi, il vint demander au Nonce s'il avait reçu le bref et quels en étaient les termes : <c sans doute, il donne au duc de Guise le conseil et même l'ordre de s'unir au Roi? — Effectivement, répondit le Nonce, j'ai reçu un bref et je l'enverrai en transmettant au duc les ordres du Pape. » Puis Morosini dit à son interlocuteur : « je vois très bien la marche tortueuse suivie par le duc de Guise, mais je regrette d'avoir à porter le même jugement sur la conduite de la cour, car si l'agitation en Picardie ne peut produire rien de bon, le Roi n'employé pas davantage de meilleurs moyens. Souvent, les princes doivent par prudence supporter
(1)/^., 3876, fo 68. 23 avril.
(2) Archives du Vatican, /. c, t. XXVII, f* 64. Lettre du À mai.
(3) Arch. du VaUcan, l. c, t. XXVn, f» 72. Copie de lettre venue de ' Rome, sans date et sans signature. OUvarès recueille ces bmits cl écni i le 22 avril 1588, à Philippe II : « Depuis mon rapport du 18 mars, je n>i
qu'à mander que M. de Pisany a sollicité et obtenu un bref du p«P^
adressé au duc de Guise et l'engageant à se joindre au roi dans la ponr-
; suite des hérétiques. Sa Sainteté en a informé le cardinal de Sens et elle
Ta cliargé de prier le duc d'être néanmoins sur ses gardes pour le cas où le roi voudrait lui faire quelque mauvais parti ainsi que cela se disait généralement. » Hubner, /. c, t. III, p. 28. Le 30 mai, Olivarès écri* • « Sa Sainteté m'a raconté qu'elle avait parlé très chaleureusemcnl » Taqibassadeur de France en faveur et à Fexcuse des Guises. » Ih.^V- ^'
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les fautes de leurs vassaux, afin de ue pas troubler une œuvre plus importante. — Mais on ne peut tolérer la situation ou l'on se trouve ! interrompit Villeroy, Sa Majesté a fait tout au monde pour engager la guerre avec les Huguenots ; elle aurait pu accsï)ler M. d'Aumale, car une partie de la noblesse et la plaee d'Abbeville avaient offert leurs services; mais Sa Majesté suivant les conseils de beaucoup de personnes et les miens, ajouta-t-il, n'avait pas voulu aller en Picardie ni permettre au pays de se révolter contre le duc d*Aumale ; néanmoins celui-ci ne s'arrêtait, pas et faisait tous ses efforts pour troubler la province. Dès lors ne devez-vous pas, avec l'autorité du Pape, menacer le duc de Guise de peines sévères s'il continue d'agir ainsi? »Morosini répondit simplement « qu'en envoyant le bref il exécuterait les ordres duSouverain Pontife. — Mais quels sont ces ordres et que contient le Bref? s'écria Villeroy piqué de cette retenue, car si les termes sont insuffisants, il produira un mauvais effet, puisque le duc de Guise et ses partisans se vantent sans cesse d'être encouragés par le Pape. — Le bref est fort bien rédigé, répondit Marosini. Ces Messieurs de la Ligue dans leur astucieuse habileté peuvent dire ou rêver ce qu'ils veulent, mais ni vous, ni le Roi, ni aucun homme de bien, ne peut mettre en doute les intentions de Sa Sainteté. Jamais, je le sais parfaitement, elle ne les a encouragés, à moins, qu'ils ne prennent pour un encouragenoent les bons conseils qu'Elle leur a toujours donnés de servir leur roi, de lui obéir comme avaient fait leurs ancêtres, et d'aider S. M. à purger la France des hérésies. — Je veux bien le croire, dit Villeroy, mais le Pape accorde plus de foi aux déclarations des Guise qu'aux paroles de Sa Majesté ;» et alors il dit en confidence au Nonce que dans les dernières dépêches de Rome, plusieurs passages avaient fort troublé l'esprit d'Henri III : tel était celui où l'on mentionnait le refus du Pape de défendre la réunion ou le duc de Parme et le Nonce devaient en Lorraine se rencontrer avec des vassaux du roi. La présence du Nonce ne devait-elle pas augmenter le crédit des Ligueurs que l'on verrait ainsi ostensiblement unis aux représentants du Pape et du roi d'Espagne ? tel était
iSO LA Li6ue
encore renoncé de certains faitô au sujet de la conversion h roi de Navarre et de la reine d'Angleterre, Sur ce dernier point, le Nonce n'ayant entendu parler de rien, ne pouvait répondre; il assura seulement Vitleroy de Tamour et de l'estime du Pape pour le roi de France et dit très haut poor réfuter la prétendue approbation de la Ligtie par te Pape qu'il ajoutait foi seulement h ses instructions. Or le Saint- Père, il Taffirmalt, n'avait jamais promis de secours aux Ligueurs et avait toujours voulu réconcilier le duc de Guise avec le duc d'Epernon, les Ligueurs avec le Roi. — Malgré toutes ces explications, reprit Villeroy en terminant, il reste leur prétention d'être aidés par le Pape et d*agir d'après les ordres du Pape. Le Nonce en tomba d'accord et le regretta très vivement (1).
Après avoir examiné la teneur du Bref adressé le 12 avril AU duc de Guise pour lui recommander de s'unir au Roi dans la poursuite des hérétiques et après avoir consulté l'avis joint au bref, de l'envoyer ou de le garder selon qu'il le jugerait à propos, Morosini l'adressa à son destinataire : C'était d'abord un dernier moyen de tenter l'apaisement des divisions élevées entre les Ligueurs et le roi, puisque Sa Sainteté exhortait et conjurait le duc à conclure la paix avec Sa Majesté pour détruire ensuite les hérétiques. Ensuite il eut été dangereux, pensait-il, de ne pas envoyer le bref une fois que la cour était instruite de son arrivée. On aurait pu soupçonner le Nonce de ne pas vouloir obéir aux ordres du Pape, on aurait pu surtout soupçonner le Pape, d'avoir par un procédé honteux, écrit un bref dans un sens et des lettres particulières dans un autre pour en détruire l'efTet. « Je l'ai envoyé enfin, écrivait Morosini, parte qu'ayant toujours cru et croyant que le bien du royaume et de la religion réclamait la guerre contre les hérétiques, le moment paraissait très
{{) « Rilornando spcsso a dolorsi chc qucsll signori dclla Lcga vadino di^emintado che sono aiutaU et favorili da N. S. dicendo cho tutto queUo che banno fallo et fanoo sia sotto la proteUiono d oommanda* mcnto di S, S. si corne in cffcllo ô vero chc vanno spargendo cou mio grandlssimo dîspinccrc. v Arch. du Vatican, l. c, t. XXVII. Lettre 4 mai.
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Opportun pour cette expédition , car si le départ de TArroada pour l'Angleterre était vrai, il fallait, en commençant la guerre, enlever à la reine Elisabeth tout secours des protes^ tants de France et aux protestants de France tout secours de a reine d'Angleterre (1). r>
Le 39 avril, le duc de Guisê accusa réception du docu« ment pontifical : « Son plus grand bonheur, disait*il, serait de contribuer k la réalisation des désirs du Pape. Il voulait à Texerople de ses aieux employer sa vie sous l'autorité du Roi et il en avait déjà donné bien des preuves (2). » Les paroles du duc de Guise étalent correctes, mais la situation loin de s'améliorerse compliquaitau contraire. Chaque nuit de nombreuses patrouilles parcouraient les rues de la capitale oh beaucoup de Ligueurs, disait-on, étaient entrés. Les plus simples incidents de la vie ordinaire prenaient la proportion d'événements politiques. Un capitaine arrêté pour dettes ameuta le peuple en criant : on m'arrête parce que je suis delà Ligue! Puis les dénonciations arrivaient : un PiémontaiS| Paul Tosinghi, annonça pour le 27 avril l'exécution d'un complot ourdi depuis longtemps; un lieutenant de la prévôté de l'Ile de France, Nicolas Poulain, avait tout révélé (3). Damville, frère du Duc de Montmorency, alors à Paris, croyait à l'existence d'un complot tramé par les Ligueurs pour s'emparer du Roi et massacrer les Huguenots politiques. D'autres pour donner le change parlaient d'un projet de nomelles Vêpres siciliennes formé contre les Ligueurs par les hommes dévoués à d'Epcrnon (4) ; ainsi les brûlis les plus sinistres couraient par la cité et l'alarme se répandait : premier et nécessaire élément pour le succès d'une révolution. Henri III fut troublé. 11 envoya chercher quatre mille Suisses
(i) Arch. du Vatican. Lettere, t. XXVÏI, fo6i. Lellrc du 24 avril.
(2) Arch. dd Vatican. UUm, t. XXVIII, p. 2ît. Lettre du 29 avril.
(3) Arch, curieuses de fHisioirç de France^ par MM. Cimbcr et Danjou, t. XI, p. 289-323.
(4) a Dicevano che i cattolicî Epernonisti dovevano farc un vespro «iciliano su i cattolid Lij^arii. » LeUre de Cavriana, 8 mai. A. Desjardinsk Négoc, dipL, t. IV, p. 776.