‹ La ligue et les papesChapitre 8 sur 32 · U U6UE · texte numérisé non relu

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cantonnés k Lagny et les fit loger dans les faubourgs Saint- Honoré et Montmartre, tandis que les soldats de la garde ï pied oecupèrent les faubourgs Saint-Denis et Saint-Ma^ tin(l).

Le roi annonça ces mesures à Bellièvre alors à Soissons. Guise était déjà instruit. « C'est pour courir sus à mes amis, dit-il à l'envoyé du roi. — Non, c'est pour empêcher le tumulte à Paris, répliqua Bellièvre, car les habitants craignent d'être pillés; les troupes sont pour empêcher le mal et non pour en faire à ceux qui n'entreprendront rien contre les lois. » Guise se dit, « contraint d'écrire à tous ses amis pour sa conservation et la leur » et il espérait « n'avoir pas faulte d'appuy (2). »

Autour du Roi l'absence du duc de Nevers était plus que jamais regrettée et on désirait son retour ; « les esprits pas* sionnés d'un côté et d'autre nous menacent le trouble, lai écrivait du Tillet, et toutes fois, quoique la trompette sonne et le tabourin batte de toutes parts, Je veux croire que nous ne buterons pas les uns contre les autres, ains unanimenieDt tournerons nos forces vers les ennemis de Dieu, de son église et du royaume (3). »

Espérance ou illusion! le maréchal d'Aumont ne les partageait pas et il suppliait le 4 mai le duc de Nevers « de ne pas aller plus loia avant huit ou neuf jours, dans la crainte, lui disait-il, qu'il se présentât quelques occasions dont vous seriez marry d'estre éloigné d'auprès du roy... car il se présente de grandes brouilleries dont il peult sourdre beaucoup d'accidents qui sera de besoing d'y jremédier promptement; votre esloingnement y serait préjudiciable (4). » — << Tout va mal, écrivait encore M. de Bray à Bellièvre, et je ne vois plus comment nous pourrons éviter d'entrer en de plus grandes misères. (S) »

(1) Arch. du Vatican, /. c, t. XXVIII, fo Sfâ. Lettre du 25 avnl.

(i) Bibl. nat., m#., f. fr., 3402, f» 22.

(3j BU>i. nat, nu., L fr., 3976, f« 70. LeUre du 2 mai.

(4) /6., fo 72. Lettre du 4 mai 1588.

(5) M., f. fr., 3402, f« 22. Lettre du 26 avril.

LES BARRICADES l3S

Il s'agissait donc pour le roi ou pour les Guise de payer d*audace. Ces derniers le firent. Le Cardinal de Bourbon se plaignit hautement du tort causé à leur réputation, attaqua ceux qui, disait-il, voulaient les perdre et repoussa les calomnies en expliquant ses démarches, celles de M. de Guise surtout, par le désir d'apaiser les troubles en Picardie. De son côté le duc de Mayenne, devenant accusateur pour éviter d*$tre accusé, signala au roi « les manœuvres tramées contre lui par la méchanceté de ses ennemis, entrepreneurs de calomnies. » Madame de Montpensier voulant prouver au Roi que le tumulte n'était ni excité, ni appuyé par aucun de ses parents, offrit de se constituer prisonnière avec les deux fiLs de son frère « dont le sang^ disait-elle, répondrait de toute transgressioQ contre le Roi, quoique les mouvements de Paris soient bien plustot dirigés contre les catholiques et contre notre maison, » (1) Le duc de Guise enfin demanda au Roi « de mettre fin à rimpostui*e en châtiant les imposteurs, sachant mieux que nul autre, disait-il, combien de telles offenses à l'honneur sont difficiles à patienter (3). » Bref, les esprits étaient surexcités et il devenait facile de conclure, selon le mot de Mendoza, que « l'abcès crèverait avant peu (3). »

Cependant le duc de Guise protestait de ses sentiments (4) et pour mieux endormir le Roi, il discuta avec Bellièvre une sorte de cpnipromis dont la teneur avait été indiquée par le^ Nonce. Mais on ne put s'accorder, et le secrétaire d'Etat revint à Paris. Loin de s'être rapprochés, on se quittait, comme il arrive en pareil cas, ^aspérés les uns contre les autres. Des deux côtés on avait joué au plus fin et la partie, indécise dans une salle de conférence, allait se jouer dans les rues de Paris.

(I) Arch. du Vatican, /. c, l. XXVIII, fo â29. Lettre du 4 mai. (i) Bibl. nat., ms.y f. fir., 3402, f» 35. Lettre du 7 mai 1588.

(3) M. de Douille, /. c, t. m, p. 204.

(4) Bibl. nat., ms., f. fr., 3402, f» 33. Lettre du 4 mai.

Le dnc de Guise n'ayant pu attacher à sa eause le due de Nevers, même en lui pariant de sa démarche comme d'ane simple requête k présenter contre d'Epernon^ prit avec les Espagnols ses derniers arrangements. Le sieur de Hainneville, revenu de Paris, pressait son arrivée dans la capitale eii u les catholiques ne voulaient et ne pouvaient plus tarder à prendre les armes (i). » Belliëvre s'en doutait depuis pln« sieurs jours : « Je vois ces princes estre tellement altérés des avis qui leur sont donnés du cousté de Paris, écrivait*!*!, que je crains fort que le succès ne soit pas tel que nous d^ vons désirer (2). »

Catherine de Médicis avait déjà envoyé ses gens à Saint- Gloud, afin de passer plusieurs jours dans cette « résidence très agréable, située en un air salubre (3), )> lorsque cédant aux prières du Parlement et du Roi lui-même, elle demeura à Paris. Henri III alors au château du Bois de Vincenne revint s'enfermer dans le Louvre, plein d'anxiété (4), ignorant vraiment ce qu'il avait k redouter et contre qui il avait k se défendre, ne sachant quelles mesures adopter pour mettre la ville et sa propre personne en sûreté. Voudrait-H se faire garder par les Suisses et autres soldats étrangers? les habitants de Paris ne le souffriraient jamais, car ils invoqueraient leurs privilèges et leur droit immémorial de se garder eux-mêmes. Laisserait-il aux habitants la défense de la ville? il ne se fiait pas k eux, car tous, « gagnés an

(1) M. J. de Crozc. /. c, t. Il, p. 333.

(2) Bibl. nat., m#., f. fr., 3402, t° iS, Lettre du 26 avriL

(3) tt Luogo aasai ameno et di aria salubre, tre leghe lontano di qui. »

(4) Arch. du Vatican. Leliere, U XXVIII, f^ 70; 9 mai 1588. « Il Rc ancora si ritrovava al bosco di Vicena purgandosi ; subito che fti avcrlito del pericolo, con tuttoche havesse una medicina in corpo, sene vieue a Parigi. »

LES HAKniaDES iSB

parti de la Ligue et animés surtout contre d'Epernon d'une indicible baine étaient peu disposés en faveur du roi. » Enfin Henri III, comme Tavait demandé d'Epernon, abandonne*^ ?ait-il Paris ? mais c'était à coup sûr perdre cette ville et en fkire sortir les hommes suspects était presque impo^ble. Le monarque^ agitant tour à tour ces diverses combinaisons^ restait indécis. 11 espérait encore que le duc de Guise n'irait pas aux extrémités et il s'efTorçait de ne point ajouter foi aux assertions des Ligueurs, répétant partout que le duc viendrait, car R*il ne venait pas à présent et ne profitait pas de eette occasion, il pourrait bien se perdre lui et son parti* Personne en efTet ne mettait plus en doute l'arrivée du duo, Jut-il venir, malgré Vordre du roi, pour présenter au mo* narque une requête contre d'Epernon, requête signée, comme le bruit courait, par un grand nombre d'échevins de villes, de seigneurs, et appuyée par Villeroy lui-mèn>e.

Chacun craignant que la venue du duc ne donnât le signal du pillage s'empressa de mettre ses richesses k couvert et le plus riche financier du temps, Zamet, un ancien cordonnier devenu millionnaire (i), se* retirait dans Thôtel du Nonce comme dans un inviolable asile.

Beaucoup de personnes avaient quitté la ville, et le grand mot qui, partout et toujours, explique le succès des révolutions se retrouve dans la dépêche de Morosini, témoin attristé de ces événements : « tous les boutiquiers ont peur (2). »

Personne ne nsettait plus en doute l'arrivée du duc de Guise.

Le 7 mai la nouvelle de son entrée incognito pendant la la nuit se répandit dans la ville. Le bruit était faux (3), mais préparait l'opinion en agitant les esprits.

Cependant le roi délibérait. N'y avait-il pas lieu de dé*

{1} « Richissiino di molli cenlioara di migliara di scudi, » (2] « I mercanli sono tutti impaurili. » Arch. du Vatican, /. c, t. XXVII» f« 70. Lettre du 9 mai 1588.

(3) a n avait quitté Nancy seulement le 5 mai^

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clarer les Guise et leurs partisans rebelles? C'étaient là déjà des paroles; mais devant une révolte il faut des actes. Henri III se fit apporter les clefs de la ville, 'et donna à an capitaine Tordre d'augn^enter les gardes de la Bastille, nuis ces précautions mêmes étaient un vain palliatif et en fin de compte le roi pour tout expédient renvoya M. de iBelliëvre à Soissons.

Bellièvre partit le 9 mai; muni de pleins pouvoirs pour terminer à tout prix les afTaires de Picardie, mais chargé aussi d'une autre mission confidentielle et très importante, celle d'empêcher la venue du duc de Guise à Paris. Si le duc avait le d^ir de parler au Roi, le roi ne Tavait pas moindre et il était alors focile de choisir hors Paris, loin de tout danger, un lieu pour le rendez-vous. '

Bellièvre ne put rencontrer celui qu'il allait chercher, car le même jour, 9 mai, le duc de Guise, parti la veille au soir de Soissons suivi de huit chevaux, entra soudain dans Paris en plein jour, à deux heures de l'après-midi (1). Il alla droit à rhotel de la Reine-mère (2) et resta près d'une heure avec elle. Catherine de Médicis, extrêmement troublée de recevoir une visite si inopportune, embrassa cependant le duc « à la françoise », lui demanda quel motif l'avait amené à Paris et ce qu'il prétendait y faire. Le duc répondit qu'ayant appris les agitations de la ville et les périls courus par les catholiques, menacés d'être exterminés dans une nuit, il était venu

(1) « Cou scUe soli cavalli. » Arch. du Vatican,./, c, t XXVil, {* 251. Lettre du 9 mai. « Gon otto cavalli. » !b., t. XXVII, f» 73. Lettre du 10 mai 1588.

Les relations contemporaines abondent ici ; voir surtout : Histoire très %)éritable de ce qui est advenu à Paris du 7 mai i 5 88 au SOjuin (attii* buée à S. Yon, échevin de Paris) dans Cimbcr et Dai^ou, Archives curieuses de Vhistùire de France, t. XI, p. 325 ; Histoire de la journée des barricades, ibid. t XI, p. 411 ; Entreprise du duc de Guise pour se saisir de Paris et du Uot, particularités à Paris lorsque M, de Guise s*en empara dans les Mémoires de la Ligue, t. II, p. 380, ibid., p. 315, etc.

(2) Appelle les Filles repenties parce que le jardin était sur remplacement de l'ancienne église des Filles repenties. Journal historique de Pierre Fayet sur les troubles de la Ligue^ publié par M. Lozarches Tours 1852, p. 36.

pear mourir avec eux. Son intention, était de ne donner aucun embarras au roi et de lui offrir seulement son très humble service (1).

Gatherine de Médicis avait immédiatement envoyé un secrétaire apprendre à son fils l'arrivée du duc de Guise, en lui annonçant son désir de se présenter devant lui. Le roi savait tout et avait juré de punir de mort l'insolent qui le bravait : il renvoya le secrétaire prier la Reine de s'informer si le Duc apportait, comme on le disait à la cour, une requête contre d'Epernon. S'il n'avait pas ce dessein, il était prêt à le recevoir. A la demande de Catherine le duc s'écria : « Je ne suis pas un maître do requêtes, mais un chevalier d'honneur^ portant l'épée et la dague pour me faire rendre raison des injures. » 11 était à Paris et voulait servir le roi. Le roi, acceptant cette réponse, lui dit de venir, mais pour ménager l'entrevue entre les deux princes, Catherine annonça l'intention de visiter sa belle fille. Elle en\mena donc dans son carosse le Prince Lorrain et le conduisit en le tenant par la main dans la chambre de la Reine ou le Roi se rendit (2). Henri III devant son rival vit tomber sa colère, il embrassa le duc et kii fit des démonstrations d'amitié; il l'interrogea^ comme sa mère l'avait fait, sur les motifs de sa venue à Paris et reçut la même réponse. « Pourquoi 3'émouvoir des bruits populaires, dit le roi, ils sont sans fondement » et après un assez long entretien il témoigna le désir de dopner entière satisfaction au duc, mais ne devait-on pas, sachant

(1) Arch. du Valican. /. c, l.^XVII, f» 73. f. Hubner, l. II. p. 193. « Le duc a mal foit de répondre ainsi et nous ne Texcusons pas » dit Sixte V« à l'ambassadeur de Venise.

(2) Arcb. du Vatican, /. c, t. XXVIII, ^ 283. Lettre du 10 mai ; rapport de Grilti du 4 juin dans Hubner, /. c, t III, p. 246. Un contemporain, Pierre Fayet écrit : « La Reine le tenant par la main le mena au Louvre veoir le roi, lequel Tembrassa et après quelques pelits propos tenus ensemble, le dit de Guise se reUra en sa maison près la chapelle de Bracqne, accompagné d*une multitude de peuple. Plusieurs mirent en détibéralion si on crierait : vwe le duc de Guyse, comme m*assura ung ^ooseiUer en la court du Parlement tenant son party.» /mima/ histo- ^^, p. 37.

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combien il ftime d'Epernon, témoigner à ce seigneur ue égale affection (1 ) ? Le duc de Guise répondit aussîtôt avee une fierté bien voisine de Tinsolence, que « par respe^^ paur le maître il aimerait encore son chien. Si d'Epernon se codduisaît envers lui avec les égards dus k U différence des rangs qui existaient entre eux, il serait son ami» autremeat il ne s'en inquiéterait point. ■»

Le Roi dut être peu content de la réplique, cependant il répondit : ^ vous avez raison (3). »

Après les compliments d'usage, présentés aux deux reines et aux dames de la dbur, le duc de Guise revint à son hôtd, accompagné d'une foule de peuple. Les salle», les escaliers, le Jardin furent envahis et les rues voisines encombrées. Le Duc, charmant pour tous, rendit k chacun les saluts les plus gracieux et aux amis empressés k repousser la fbule, il dit de laisser librement approcher les personnes désireuses de le voir. Une bonne vieille fendit la foule pour faire toacher son chapelet k ses habits. Guise était l'idole du peuple. Pendant son diner et son coucher, sa chambre ne cessa d'être remplie de capitaines et de bourgeois disposés k passer la nuit dans ThAtel, mais il leur commanda de se retirer en disant aimablement : « une fois k Paris je n'ai plus besoin de gardien. »

Pour le duc de Guise, sortir libre du Louvre c'était constater son triomphe, dit très bien M. de Bouille, et l'instinct populaire ne s'y trompa pas.

En face de son rival, le Roi qui un instant auparavant avait bondi de fureur, n'avait su rien faire, ni rien dire. Henri III, comme toutes les personnes faibles, mises en présence d'une situation grave, hésitait ou prenait de ces demi mesures qui perdent tout. Ou le Roi, et c'est une remarque du cardinal de Montalto faite par le P^ipe (3), ou

(1) « Il dovore voleva ch'cgli ancora sapiendo ého S. M. amavSi Mgr d'£pernono faeesse il mcdcsimo. »

(â) Arch. du Vatican, /. c, t. XXVII, f» 73. FragmenU dans Tompeiti' Le, t. II, p. 3.

(3) TempcsU, /. c, t. Il, p. 6. Rapport de GritU., dans Hubncr, /. ^m t. ni, p. 2i7.

LES BARRICADES i89

le roi avait des soupçons contre le duc de Guifte, où il U n'eu avait pas. S'il avait des soupçons, pourquoi ne pas l'arrêter et si le peuple avait remué, *- signe de la culpabilité du Duc — pourquoi ne pas lui faire couper la tête et la jeter dans la rue? Tout se serait apaisé (i). SMl n'avait aucun soupçon pourquoi faire entrer, comme bientôt il en donna l'ordre, deux compagnies ou enseignes de Suisses dans Paris pour garder son Palais?

Dès son arrivée, le duc de Guise avait envoyé prévenir le Nonce* Le lendemain, 10 mai, il lui fit exprimer son extrême désir de le voir, mais « pour éloigner les propos, il voulait attendre trois ou quatre jours afin de connaître auparavant les intentions du Roi : il avait d'ailleurs donné 4,es ordres pour éviter les troubles, et sa résolution de venir avait été. prise après examen pour empêcher les catholiques de n'être pas dans une nuit passés tous au fil de Tépée. Plus fort à Parts tfue le roi, il ne craignait ni d'Epernon, ni personne; son intention était de servir la religion et de suivre toujours tes conseils du Nonce. » Morosini remercia le duc de cette communication, l'approuva de retarder sa visite, et s'en remit à sa haute prudence qui, disait-il, n'avait point besoin de son conseil. Cependant le représen* tant du S. Père ne pouvait se défendre de tristes pressentimenU( et dans sa dépêche il traça ces mots : « La venue du duc de Guise à Tinsu du Roi donne à penser : on craint beaucoup de malheur (2). »

L'archevêque de Lyon arrivé à Paris le mardi soir 10 mai, eut le lendemain au Louvre une audience oh il tint au roi,

(1) D'Epernon ayait, au printemps de 1S88, conseillé au Roi do trancher la iôto au duc de Guise s*il était assez téméraire pour venir à Paris malgré 90s ordres. Le Rsi dit qu'il y était résolu. HUt, de d^Épemon* Pariff 1^, p. 67. ^ ^t-ce pour cela que plusieurs couriers furent alors envoyés à d'Épemon. Le Nonce ignorait si c'était pour presser son retour avec celui de ses troupei» ou pour Tempôcher do venir. -^ H est plus prol>abIe que c*était pour réclamer son appui.

(2) Arch. du Vatican, /. c, t. XXVII, <• 77,

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a-t-il dit depuis (1), un langage hardi; les hésitations do monarque redoublèrent au lieu de cesser et donnèrent aiosi au duc de Guise le temps de rassembler ses amis. Le cll^ valier d'Aumale arriva bien accompagné.

Sans hésiter un moment Morosini, reprit ses anciens projets et chercha à opérer sur le champ de bataille même U réunion du duc de Guise et du Roi (2), mais il ne pat obtenu* audience d'Henri IH, trop occupé en ce moment, dit-il, et, le duc de Guise de son côté refusa d'entamer aucune négociat'^on avant l'arrivée du cardinal de Bourbon. Il était lenr dief et il ne serait pas honnête de prendre sans lui une résolution, ni même de commencer une discussion. Cepen* dant une nouvelle entrevue du Roi et du duc de Guise fut décidée : on devait se rencontrer comme par hasard^ chez la Reine-mère, le 11 mai, k deux heures de l'après-midi. Le duc de Guise, amené par le Nonce, fut exact au rendez-vous, mais le roi se fit attendre. Enfermé avec le maréchal de Biron, avec Bellièvre, avec la Guiche, il cherchait les moyens de recouvrer son autorité et de contraindre le duc de Guise i sortir de Paris. Il parut seulement à quatre heures et demie. On commença à discuter et les affaires de Picardie parureot arrangées à la satisfaction commune. Henri III revint au Louvre, accompagné par le duc de Guise, et les deux princes ne cessèrent pendant tout le trajet de s'entretenir

(1) Morosini écrivait alors ; il ne se traita à cette audience rien d'important. Archives du Vatican. Lettere, t. XXVIII, p. 271. Lettre, du ii mai.

Mais TArchevéque de Lyon dans une lettre au commandeur de Dieç dont je n'ai vu qu'une traduction italienne (Arch. du Vatican, /. c., t XXV, fo 794) dit au contraire : « Voi siete testimonio di cio ebe feci in Parigi aile Barricate et ch'U sig. Duca di Gaisa essendo solo in soo palazzo et le forze del Ae gia entratc dentro la citta con gran pericolo délia mia vita, io andai trovare sua Macsta et li parlai con tanto animOi ch*io ardisco dir ancordi braveria, anchora, ch'io sapessi cb*era a risdo» di essere ricacciato et di correre cattiva fortuna, che questo llmpedi ncl fore cio ch*egli havea-proposto et dicteli tempo a Monsignore di Gbisa di radunare li suoi amici et provedere aile cose sue et ha spesso detto et riconosciuto ch'egli mi doveva la vita, bavendo io esposta la mia per te sua. >»

(2) Archives du Vatican, l c, t. XXVIÏ, p. 73.

LES BARBIOADBS 14Î

avee gaieté. Le i}uc, exagérant même tes signes de respect^ refusa de se couvrir, malgré les invitations réitérées du roi et marcha toujours tète nue à c6té de lui. Gomme le spu(>er était prêt, il présenta en sa qualité de grand maitre de la maison la serviette au Roi, puis se retira en son hôtel.

Aussitôt après le souper, le monarque revint au milieu de ses conseillers, et, sans demander l'avis de la Reinemère, sans même la prévenir, à défaut de la milice bourgeoise (i), il ordonna de faire entrer dans Paris le régiment des Suisses logé à Lagny et trente enseignes de sa garde, Etait-ce pour maintenir la tranquillité pendant que Ton ferait la « recherche générale » par les quartiers et maisons pour connaître les étrangers arrivés en la ville? Ce fut la raison mise en avant (S). Etait-ce pour abattre la puissance d'un rival ? Peut-être ; quoiqu'il en soit, cette mesure révélait la crainte du Roi et donnait à l'émeute l'apparence d'une résistance légale pour défendre un droit violé ; en effet pamii les privilèges de h ville de Paris était celui de ne recevoir dans ses murs aucun soldat étranger. Pour compléter les dispositions, le Roi fit dire le il mai au soir, aux maréchaux d'Âumont, de Biron, et aux chevaliers de l'Ordre de se trouver le lendemain matin au Louvre. Tous s'y rendirent et trente d'entre eux reçurent la charge d'occuper avec les Suisses et le régiment des gardes, les places et tètes de rues. Henri III envoya alors M. de Bellièvre prier le duc de Guise de ne pas s'étonner si la sûreté de la ville était remise à des troupes étrangères (3). Mais le duc au contraire s'en étonna beaucoup et craignant désormais pour sa vie, pour

(1) Le Rdî, dit Gritti, l'ambassadeur de Veniseï avait eu Tidée de demander à la bourgeoisie un homme par maison pour renforcer sa garde : mais personne sauf une ne se présenta. Hubner» l. c, t. II, p. 104.

(2) Bibl. nat, 17»., f. fr., 3976, f» 74. Lettre de Pinart au duc de Nevers.

(3) Arch. du VaUcan, /. c, l. XXVIII, p. 271. « Sua Maesta fece intendera per Mgr de Bellieure al duca di Guisa che non si maravigliasse ponto dl queste novita, perche haveva voluto assîcurarsi deUe gente foresUere. »

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celle de see pftrtisans^ il prévint 9e« amis àt se tenir prêts. Le bruit courut que Ton voulait prendre ou tuer M. de Gttise.

Lorsque l'on vit les troupes du Roi entrer dans la vîHe, le duc de Guise et les Ligueurs prendre les armes, les boutiques furent fermées, les chaînes furent tirées à Tentréc des rues, bientôt obstruées par des tonneaux, des charettes et autres obstacles formant barricades (12 mai) (1). Les principaux habitants de la ville se mêlèrent aux Ligueurs, sous prétexte d'apaiser l'émeute, mais sans doute attirés par la curiosité, ou peut-être entraînés par la peur. Chacun s'accomodait au temps, dit de Thou, sans réfléchir que la présence des gens de bien autorise et souvent encourage Taudace des factieux.

Les étudiants de TUniversité, tous du parti de Guîse, se rangèrent sous les ordres du comte de Brissac et du sieur de Bois-Dauphin (2), puis vinrent au pont Saint-Michel s'établir en face des gardes du Roi. Le chevalier d'Aumile leur promit, dit-on, le pillage. Les marchands de Paris le surent et aussitôt portèrent leur argent et leurs bijoux aux hôtels des divers ambassadeurs, surtout à celui du Nonce, oii le duc de Guise envoya de son côté, trois cents soldats peur protéger la demeure du Pape. On y entassa tant de richesses que,

(1) « Barricades... si ferles qu'H eust esté impossible les fhassér pour brftves et hardis qu'enssent esté cenix qui Teussent voulu faire. • Journal de Fayct, p. 80. « De fait, l'invention des barricades estoit résolue entre eux plus d'un au auparavant reffecl d'icelléS » a écrit Crotrt(^» l'un des Seize, dans son Dialogue du Maheuiire^ Labitle, Ik la démo- (tfaiiéchei hi PfédtcateUrs de la Ligue^ p. Ii7i

(1) Urbain dé Laval-Bois-DaupMny né en 15W/, par M; Tabbé Lédrtf» dans la Revue du Maine, t II, p. «10-^83, t. IIIj p. l^-lOi; 316-278 J 87i- 413, t. IV. p.5l-no.

LES &AKftlCADES J43

selon la parole de Morosini, avec tout cet argent on aurait pu faire longtemps la guerre aux Turcs (1).

Le duc de Guise suivi de quinze cents personnes armées parcourut les rues voisines de son hôtel et n'oublia rien pour conserver la faveur du peuple : (2)* tous étaient heureux de veiller à la sûreté de ses jours. « Tel était Tétat très périlleux et lamentable de la plus catholique, de la plus grande et de la plus riche cité d'Europe et nous tous, écrivait le Nonce au cardinal de Montalto, en des angoisses plus vives que Votre Seigneurie ne peut l'imaginer, nous prions Dieu de nous aider, car la prudence et la sagesse humaine ne peuvent plus, il semble, être écoutées. La terreur est partout, tout est en désordre et une catastrophe est imminente (S). »

Cependant le roi commanda de faire retirer les Suisses et le secrétaire d'Etat Pinard estimait que « dans la soirée toutes choses se modéreraient. » Le Nonce en était moins persuadé et il voulut poursuivre sa mission pacifique.

Le lï au matin, prié par le duc de Guise de conjurer le Roi de ne point assumer sur sa tête la responsabilité d'une collision, Morosini, malgré l'avis des gens de sa maison, alla remplir ce message à travers les barricades partout établies; au milieu de gens armés de haches et d'arquebuses, il se dirigea h pied vers le Louvre, ou le peuple, échauffé par les meneurs, feisait déjà entendre ses cris contre le tyran (4).

(1) Bibl. Barberinl, ms.y lx-31. f' 55.

(î) Il duca dl Guisa camina, con plu de 1500 personc armate pcr \ç stnide viohio ai suo palazzo, tscolta dWorsi, spediscc genU et in somma non laacia a dictro lUOtio alcuno per cooservarsi il popolo provodosi a la propria salute. » Lettre du 12 mai 1388, Arch. duVaticaq/. c, t«xxYin, f*27i.

(S) « In queaio atato perienloslssimo et miêerabiKaslmo ti trova la piu caUoUca, la pia grande et la piu ricca citta d'Europa et noi tutti in quçUe angusUe nuiggiorechc V. S. 111. di puôimaginare, pregando Deo in mano dclqnalc è riposta luUa la nostra salule, che voglia alutarcl, poichc non pare che resU luogo a prudcnza ne a consiglio humano; ogni cosâ è spavcnto, ogni coaa è disordinc et ogni cosa minaccia ruinai » Atcht du VaUcan, l. c, t, XXVIII, p. 271. Lettre du 12 mai I088*

(4) Arch. du Vatican. /. c* U XXYII fo 75.

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Le Roif tout en faisant prévenir le Nonce qu'il éuito^ cupé, et qu'il fallait être bref en son discours, consentit aie recevoir. Morosini fit tout au monde pour persuader au monarque de prendre garde aux conséquences de ses résolations. N'allait-il pas — et c'est là dans les jours d'émeute une parole qu'on adresse souvent à l'autorité et jamais aux sujets, -— N'allait-il pas faire répandre un sang innocent? Le Roi remercia : son intention était droite : le peuple seuil armé sans motif car, pour lui, il ne voulait maliraiter pe^ sonne et cherchait uniquement à opérer un recensement des étrangers actuellement dans la ville ; les divers postes établis à l'intérieur devaient assurer la tranquillité.

Le Nonce demanda alors au roi si les troupes étaient établies du consentement des habitants dont la prétentioo avait toujours été de se garder euxHUêmes. — Ce matin (12 mai} répondit le roi, les magistrats ont été prévenus de l'entrée des troupes. Après avoir présenta plusieurs observations, Morosini conclut en offrant son intervention pour apaiser des troubles dont les hérétiques (son âme en était navrée) devaient infailliblement se réjouir et profiter. H n'épargnerait, si cela était utile, ni son sang, ni sa vie. Henri III le remercia de nouveau de sa démarche, et lui promit, s'il arrivait quelque chose, de le lui faire savoir (1).

Le Nonce se rendit alors chez la Reine-Mère pour offirif également sa médiation. Catherine de Médicis était désolée (2), « Toutes les résolutions ont été prises sans me consulter, dit-elle ; ce matin seulement M. de Bellièvre est venu au nom du Roi me prévenir de ce qui avait été fait. » Sl^^ félicita néanmoins le Nonce de sa démarche, mais, résolue de garder le silence, elle exprima son regret de ne pouvoir Ioï venir en aide. La défiance de son fils envers elle ra{ilig^i| extrêmement et elle songeait à se venger de ceux qui la I^^ inspiraient, car elle ne se méprenait pas sur l'issue du conflit : il pouvait devenir sanglant. Une lettre, venue dit-on de

(1) Arch. du Vatican, t. XXVII P» 71, Lettre du 12 mai 135». (â) « Sconsolatissima. »

Rome, et habilement répandue, n'annonçait-elle pas que le duc de Guise ayant communiqué au Pape le 13 avril son projet de s'emparer de Paris, ce dessein n'avait point paru déplaire à Sixte V. La lettre était feinte, le bruit mensonger, mais on le disait vrai et rapporté au monarque déjà presque vaincu, il excitait son courroux^ mais aussi abattait son courage.

Pendant la visite du Nonce au Louvre et au palais de la . Reine-Mère, Bellièvre était allé trouver le duc de Guise et peut-être il était encore permis d'espérer un dénouement pacifique (1), lorsqu'un événement déplorable le rompit soudain.

Le capitaine Gas, de garde au pont Notre-Dame avec une des meilleures et des plus belles compagnies d'arquebusiers da . Roi, voyant les Parisiens maîtres du Ghatelet, appela à lui les Suisses établis au marché neuf afin de gagner TËglise Notre-Dame et se mettre en sûreté. La troupe arrivait, lorsqu'un coup d'arquebuse parti par mégarde de ses rangs, vint frapper mortellement un bourgeois. Aussitôt les gens de la ville ripostèrent, quelques soldats tombèrent morts et beaucoup furent blessés : les autres assaillis par derrière et en flanc par les Parisiens et les étudiants, même par les femmes ardentes à lancer du haut des fenêtres des quantités de pierres, jetèrent leurs armes et se rendirent (2).

Toute la nuit le peuple frémissant resta sur la défensive (3), le lendemain matin, vendredi 13 mai, le bruit de l'arrivée du régiment de Picardie composé de dix-huit cents vieux soldats

(i) « Si va sperando qualche composilione. » Arch. du Vatican, /. c.^

i. xxvn, f» 80.

•(2) Les Suisses furent embarqués et descendirent le fleuve pour éviter les insultes du peuple. Arch. du Vatican,, /. c. t. XXVIIÏ, (^ 335. Lettre du 18 mai.

(3) Arch. du Vatican, l. c, t. XXVIII, f> 315. L. 14 mai 1588. Les lettres furent expédiées par le courrier de l'ambassade de Fcrrare. L'ambassadeur donna ordre au Directeur des Postes de Fcrrare d'envoyer une estafette au vice-légal de Bologne, sous l'enveloppe du Nonce et celui-ci pria le vice-Légat de faire passer les dépêches le plus tôt possible à Rome,

146 u LtduK

M répandit, et 1m PnHsiêns dé nftuveâu exispérés (1) ionmfefeni lé wl dô foire retirer aw troupe** Lei clefe dé

rArsetift^ de U Bastille, de la porte Saint'-Attloine contigne à la Bafitille. furent remises au duc de Gutse. Il devenait le

souverain, it Véne< me trouver avee vos amis^écrlvalt-il alort à M. d'Eniralgdes, gouverneur d*Orléahs, car je tien* le

Louvre investi de si près, que je rendrai bon compte de ce

qui est dedans. »

Henri III en effet était h sa ftierci; presque assiégé daM son palais et trouvant dans le peuplé une fidélité douteuse, il entendait les cris de î i^ive Guise! remplacer successivement ceux de : vive le Roi! Il fallait donc se décider prowp» tement ou h foudroyer la révolte ou h quitter la ville. Henri III éiH)ynnt n qu'il eut été impossible d'éviter un saC général de la ville aN^ec une très grande effusion de sang » (i) fit retirer ses troupe*, puis envoya la Reine Mère traiief avec le duc de Oulse.

Catherine de Médicîi pâle de colfcre, èe rendit auprès dtt prince, pour entendre les conditions que son orgueil ou sa politique daignerait indiquer : c'était sa nomination h la lieulenance générale du royaume, là convocation des ËtaWgénéraux, la déchéance politique du roi de Navarre et des prîpce* de la maison de Bourbon, la limitation des impôts par des lois pârfhileméni définies» le bannissement à per^ pétuité de d'Ëpernon, de la Valette, de Btron, de Ret«, d'O, dé Crillott, d^Ornano ; c^était aussi des gouvernements pour lut et sa famille, des places pour ses fidèles compagnons

Brissac, Bois Dauphin, La Chastre etc..

La Reine^ atiérée par ces exigences^ dont quelques-unes toutefois pouvaient être acceptées, retourna ttU Louvre, après les avoir discutées Tune après l'autre. Là^ au milieu

de ses conseillers, divisés d'opinion, — les uns, préls à

(l) ktch. du Vatican, /. c, i, XXVtll, p. 338. u di nuovo, ^a^isini furono su le furie » Les babilauls de ï^onloise avaient voulu cmpècJier le passage du rc^gimenl.

(^) Letlrc d'Henri lll au -duc dd Nevers, 17 mal. Bibl. nat. ms.U fr. 3976, p. 84i

LU BAnnicADfiâ 147

céder, les auifôs résolus à la lutte, ~ le Roi sans vouloir souscrire aux e^clgenees et sans oser les refuser, ne fit pas connaître sa pensée : « débit et pale comme un mort » (1) il leva la séance.

Les nouvelles se succédèrent rapidement ; une dernîfere arriva soudain : <t M. de Brissac, disait-on, est en marche pour s*emparer de la Porte-Neuve et cerner le Louvre : dans une heure le Roi prisonnier sera contraint de se rendre h cinquante mille personnes. » Henri 111 « ne voulant, dit-il> employer ses forces contre les habitants » (2) se décida alors» non h combattre, mais à partir, résolution fatale que beaucoup regrettèrent (3).

Sans avoir demandé conseil h la Reine sa mère, sans Tavenir, et sans prévenir sa femme, Henri monta en coche sur les quatre heures de f après midi, le 13 mai, et non sans péril traversa la Seine, dans un bac (4). « Dieu soit loué, s*écria-t-il, en sortant de la ville, j'ai secoué le joug! » Le soir il vint coucher à Trappes sur la rçuie de Chartres où 11 complaît se retirer pour attendre Tissue de celte révolution (8).

Le Cardinal de Lenoncourt, le duc de Montpensier, les maréchaux d'Aumont et de Biron, presque tous les chevaliers de rOrdre, les secrétaires d*Elat Bellièvrc et Villcroy, la plus grande partie de la cour et toutes les troupes, suivirent rinfortuné monarque ; Il minuit plus de six mille personnes étaient sorties de la ville (6).

(t) Cavriana, Lettre du 13 mai, \. Do^ardins, Ség. Dipi. U IV, p. 780. (î; BiW. nal. ms. f. fr. S07B, f» 85.

t3) « U^ di Piflgi «on butma eompaftnia ti «m inflnllo (Hsyikeefe «fi «ftOlli i qvalt buino ghuMoaio quetta resoliitfonc inuppo periciiiost ei

perniliosa » Lettre du 14 mai, Ârch. du Vatican, /. c, t. XWIII, f» 316«

(4) « Quando fosse a mczzo dcl Hume un parigino tagUo il cannapo ^ella barca acciô andassc a travcrso et a dare in uno o tra li molti mulini che sono sopra U detto flume che se ncgasse. » Bib). Barbenni, ms. LX-

(5) a Domanî aiidera a Sartres dovc si fcrmara per tedere U due di nucsta rtvoîutione » Arch, du Vatican, /. c, t XXVlll, ^^8t.

(6) « Quesla ^rlita è slala inlesa dalla citta con grandissime maravigiia cl dispiac^re i Dio ci mctta lA mano. ^ Arch, du Vaiican, t. o t.XXVlII, f» 231. .

i48 LA LIGUE

Le départ du Roi, effectué avec secret et promptitude, causa k la plus grande partie des habitants une peine extrême, car si les uns dans leur audace parlaient d'enlever toute autorité au Roi, les autres, et c'étaient les plus nombreux« étaient fâchés d'avoir poussé les choses à rextréme et volontiers regrettaient d'avoir fait ce coup de tête (1).

Catherine de Medicis restée seule en iace de Témeute triomphante envoya chercher le Nonce et le pria de s'interposer au nom du Pape pour amener le duc de Guise et son frère le cardinal (2) à donner au Roi la satisfaction exigée par sa dignité (3). Morosini le fit très volontiers et de son mieux, car, a écrivait-il, si les troubles de la ville ne sont pas immédiatement apaisés, Henri III est ou détrôné, oa forcé de s'unir avec les huguenots. » Le départ de plusieurs protestants, disposés à offrir leurs services au roi, rendait cette dernière crainte très sérieuse.

Le triomphe des Ligueurs était complet, plus complet qu'on aurait pu l'attendre, car évidemment le mouvement ayant été précipité, 1e duc de Guise n'avait pu réunir toutes ses forces, tandis que le Roi en faisant entrer ses troupes dans Paris pour devancer son rival, avait présenté ou accepté la lutte dans des conditions plus favorables, mais il avait été vaincu.

Un moment le duc de Guise aurait pu tenir le roi prisonnier et ceindre la couronne. Les sages lui reprochèrent d'avoir montré trop d'audace pour entreprendre et les poUtiques pas assez de hardiesse pour achever l'entreprise. Le péril suivant eux était égal ou d'attaquer le roi ou de le laisser libre après l'avoir offensé. Le Roi, à son tour avait commis des fautes : pourquoi faire venir dans la ville des

(0 « La citta sta per la maggior parte adolorata per la partita del Rc cl vorria volcntieri non havcre fatta la scappata. >»

(2) Le cardinal était arrivé le 14 mai à Paris. Les cardinaux de Bourbon et de Vendôme arrivèrent le 16 au soir et descendirent au palais de Guise. Le même jour arriva la duchesse de Guise. Le prince de JoinvUle avait précédé sa mère de deux jours.

(3) Arch. f!u Vatican, /. r., t. XXVÏÎ, p. 78. Lettre du Umai.

LES BAriRICADI» 449

troupes qui n'avaient pas le droit d'y entrer? pourquoi une fois entrées ne pas leur avoir fait attaquer Tennemi sur le champ, en masse, avant qu'elles n'eussent été coupées ou démoralisées? pourquoi enfin abandonner la ville sans rallier ces troupes ? II fallait avoir dans ses actes de la netteté et de la vigueur. Mais toujours, les demi mesures, les demi résistances adoptées par les esprits médiocres, deviennent les plus fatales, parce qu'elles irritent l'adversaire sans le briser. « C'est Dieu qui nous a voulu punir pour nos péchés, écrivait alors Villeroy au duc de Nevers, et combien que je recognoyse que ça esté à bon droit, si faut-il que je m'en contriste avecques vous que je scay aimer le Roy et Testât et pareillement la religion, ce dernier acte^ estant si préjudiciable à tous ces trois ensemble, que je ne pense pas qu'il puisse jamais estre réparé, estant mesmement composez et faicts comme nous sommes ; et vous confesse quant à moi que je m'en trouve si confus et failly de cœur, que je ne sais plus que faire, sinon me résoudre à mourir en bien faisant. Si vous scaviez au vrai comment notre disgrâce nous a conduit à ce malheur vous en seriez très estonné. Je ne peux m'en souvenir, sans que le cœur me saigne et m'accuser aucunement (1). »

Ces paroles du secrétaire d'Etat étaient à recueillir.

Le souverain Pontife regretta le départ d'Henri III : 4t Fuir ! s'écria-t-il et pourquoi? par peur d'être tué? mais s'il fut mort ainsi, il serait du moins tombé en Roi (S). » Cela

(1) Bibl. naU ms. t. fr. 3976, P> 80. Pasquier a écrit : {Lettres^ Liv. XII. liv. y.) « en tout ce qui s'est passé dedans nostrc ville pendant ces cinq jours» vous n'y trouverez qu'une chaisne de lourdes fautes. »

(2; Tampesti /. c, t. II, p. 30. Hubner, /. c, t. III, p. 343. Olivarcs écrit : « Le Pape m'a dit : comment esl-il possible, si le Roi se méfiait du duc quil n'eut pas eu sous la main vingt hommes surs pour le faire enfermer dans une chambre et en faire ce que bon lui semblait. » Hubncr. /. €,, L m., p. 30

Botero dans Ragione dU Slalo, p. 179, paru enl5S9, écrit : « Non dcvo il principe reUrarsi dai luogo del tumulto, come fece Ârrigo III, re di Francia, nel rumore di Parigi. i> cité par Labitte, De la Démoa^atie chez tes prédicateurs delà Ligue j p. 118.

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était vrai, mais tant qu'Henri III occupait Rouen, Chartres, Blois, Tours, Poitiers etc. il pouvait avoir la pensée de résister au duc de Guise et une lutte entre eux après la sanglaDte injure des journées de 9, 10, 11, 12 et 13 mai 1588, devait être une lutte k mort*

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