ACCUEIL FAIT AU TRAITE DE WASHINGTON PAR LES DIFFERENTES PUISSANCES
En Grande-Bretagne, bien que les concessions que ses délégués à la conférence avaient dû consentir, fussent déjà inquiétantes pour elle, l’accueil fait au traité fut plutôt chaleureux, car il marquait une des plus belles victoires qu’ait
PART à FOUT
jamais remportée la diplomatie britannique. Certes, l’Angleterre qui depuis deux siècles régnait sans conteste sur mer, doit désormais partager la maîtrise des mers, mais il ne faut pas oublier qu'il lui était impossible de maintenir sa politique du « two power standard », qu'elle s'était résignée à adopter celle du « one power standard » et même qu'elle était à la veille d’être dépassée par les Etats- Unis. Or l’accord naval de Washington lui permet de conserver momentanément sa suprématie, lui assure pour l’avenir une part égale à celle de l'Amérique et surtout lui épargne l'obligation d’entrer en compétition d’armements avec les Etats-Unis, ce qu’elle n’eût du reste pu faire.
Elle voit le fardeau de ses constructions allégé par la décision de « vacances navales ». Enfin elle conserve son hégémonie absolue en Europe.
Si elle a échoué relativement à l'abolition des sousmarins elle est arrivée à diminuer progressivement l’usage de cette arme en faisant édicter une réglementation rigoureuse, Aussi le traité naval fut-il ratifié à l’unanimité par la Chambre des Communes.
Aux Etats-Unis la presse refléta la satisfaction de l’opinion publique à l’égard du traité dont le mérite principal était de faire disparaître le danger de guerre avec le Japon. De plus, les Etats-Unis voyaient se confirmer leur rang de grande puissance navale et obtenaient pour l’avenir d’être placés sur un pied d'égalité avec la Grande-Bretagne. En outre de fortes économies étaient réalisées sur le budget naval. La rupture de lalliance anglo-japonaise faisait cesser la menace d’une coalition de ces deux puissances contre l'Amérique. Aussi le traité fut-il ratifié à une grande majorité par le Congrès.
Le Japon, à Washington, se voit proclamé officiellement
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grande puissance navale du monde, étant classé immédiatement après les Etats-Unis et avant la France, rang qu’il aurait pu difficilement conserver si la course aux. armements qui s’esquissait eût été poursuivie.
Mais surtout, le traité le rend, en quelque sorte invulnérable à une attaque par mer, enfin il a également mis un terme aux troubles intérieurs menaçants par suite des lourds impôts et du coût élevé de la vie, conséquence des extravagantes dépenses faites pour les armements. Aussi la ratification y fut-elle obtenue facilement.
En Italie, le traité fut particulièrement bien accueilli. Cela se comprend aisément. Ne la sacrait-il pas, en effet, officiellement, grande nation méditerranéenne et puissance navale égale à la France, alors que jamais jusque-là sa flotte n’avait atteint le niveau de celle de notre pays.
En France, dans la presse comme dans les milieux politiques, on se déclara nettement mécontent des résultats obtenus. Notre pays eut, à Washington, à résister à des assauts habilement concertés et il est sorti de cette première conférence, très diminué au point de vue naval, se trouvant mis sur le même pied que l'Italie. Il eut semblé plus rationnel de prendre pour base de l’importance future des flottes des différentes nations maritimes, la situation en 1914 qui représentait une répartition plus normale que celle de 1921. On peut dire que la Conférence, au lieu de limiter les armements avec sincérité s’est bien plutôt efforcée de consolider les avantages acquis par certains pays en matière de constructions navales, au cours de la dernière guerre.
Cependant il ne faut pas oublier que le traité naval n’engageait notre pays que pour une période de temps pendant laquelle notre situation financière ne nous laissait
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pas la latitude d'envisager la construction d’un nombre de capital-ships supérieur à celui qui nous était alloué (18). De plus l’expérience a démontré que le bâtiment de ligne était extrêmement vulnérable, aussi dans les futurs conflits toujours possibles, n’aura-t-il peut-être pas à jouer le rôle décisif.
La ratification par le Parlement français du traité de Washington fut longtemps indécise et M. Poincaré, comprenant l'isolement dans lequel notre pays allait se placer en repoussant ce premier aécord international sur la limitation des armements navals, dut user de tout son ascendant personnel pour obtenir des Chambres la ratification, qui fut votée au mois de juillet 1923. Mais le traité relatif aux « résolutions Root » ne fut jamais déposé devant notre parlement.
Le 17 août 1923 à Washington les signatures des procèsverbaux d'échange de ratification furent données par les cinq puissances intéressées. Le représentant de la France fit les réserves suivantes : « Le gouvernement francais estime et a toujours estimé que les rapports de tonnages globaux des bâtiments de ligne et des porte-aéronefs attribués à chacune des puissances contractantes n’expriment pas limportance relative des intérêts maritimes de ces puissances et ne peuvent être étendus à des catégories de navires autres que celles pour lesquelles ils ont été expressément stipulés ».
En définitive, constatons que pour la première fois,
(18) Voir dans la Revue des Deux Mondes, un article de R. La Bruyère (15 janvier 1930).
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parmi toutes les conférences de limitation des armements, on était arrivé à un résultat positif, à limiter les armements navals par un pacte international.
Sans doute les restrictions eussent pu être plus radicales sans porter atteinte à la sécurité des puissances. Le traité exempte de toute restriction numérique les bâtiments auxiliaires et laisse ainsi la porte ouverte à de nouvelles compétitions.
Quoiqu'il en soit, après les échecs du passé, Washington marque un succès. La rivalité maritime qui, de nouveau, s'élevait, si elle eût continué librement, eût finalement abouti à une nouvelle conflagration, mais elle a rencontré un obstacle dans ce premier accord international, premier pas dans la voie de la « limitation des armements navals ».