LA QUESTION DE LA PARITE FRANCO-ITALIENNE
L'Italie réclama, à la Conférence de Londres, pour les navires légers de surface et les sous-marins la parité qu’elle avait obtenue à Washington pour les bâtiments de ligne, parité que la France ne saurait accepter, car les besoins réels de l'Italie sont bien inférieurs à ceux de notre pays. Or pour qu’une limitation des armements navals soit réalisable il est nécessaire que chaque pays indique le chiffre de tonnage qu’il juge indispensable pour sa sécurité nationale et non pas que ses revendications ne reposent.que sur des considérations de prestige.
Toute possibilité de compromis se trouva écartée du fait de l’intransigeance de l'Italie qui justifiait le maintien de sa demande de parité, en déclarant que la base de l'égalité navale franco-italienne avait été admise à la Conférence de Washington et devait être généralisée.
Nous constatons aujourd’hui quelle fut l’erreur de notre gouvernement en 1922 d’avoir accepté d’être mis sur un
(5) N'ayant pu obtenir aucune amélioration de la sécurité, et faute de précision sur certains programmes, la délégation française a dù maintenir sa position initiale correspondant aux besoins absolus. (Revue Maritime, 1930, I : La Conférence Navale de Londres, p. 721 to
pied d'égalité avec l'Italie, en ce qui concerne les capital- Ships alors que jamais, jusque-là, la puissance navale de ce dernier pays n’avait approché le niveau de la flotte française.
D'autre part, et voilà l'argument primordial qui justifie notre refus d’accorder à l'Italie la parité avec nous, notre marine se trouve partagée entre les deux escadres de la Méditerranée et de l'Océan Atlantique. Si donc, nous consentions à donner satisfaction aux exigences italiennes en admettant la parité de nos deux flottes, cela signifierait pour nous une infériorité dans la Mer Méditerranée qui deviendrait ainsi mer italienne.
Devant l’impossibilité de sortir de cette impasse francoitalienne, on essaya, une fois de plus encore, de rejeter sur notre pays la responsabilité de l’échec de la Conférence navale en déclarant que notre attitude intransigeante rendait non seulement impossible un accord à cinq, mais qu’en outre nous aurions entre nos mains le sort du traité à trois auquel on aboutirait faute d’avoir pu obtenir notre adhésion et celle de l'Italie. En réalité, en toute impartialité, l'Italie seule doit supporter, aux yeux du monde, la responsabilité de l’insuccès des négociations de Londres.
La Conférence navale aboutit à un accord sur la limitation des armements navals entre l’Angleterre, les Etats- Unis et le Japon et à un accord à cinq sur quelques points d'importance secondaire. L’Angleterre a pu donner son adhésion à la convention tripartite, malgré le désaccord franco-italien, grâce à l’insertion dans celle-ci d’une clause de sauvegarde qui lui réservait la possibilité d'augmenter ses forces en cas d’augmentation éventuelle imprévue des forces françaises et italiennes. Voici la portée de cette clause de sauvegarde : « Si l’une des trois puissances signataires
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estime que la sécurilé nationale est matériellement affectée par les constructions nouvelles d’une puissance non signataire, elle aura le droit de procéder aux augmentations qu'elle jugera nécessaires dans les catégories de bâtiments limitées dans l'accord sous réserve de signifier à ses deux cosignataires les augmentations envisagées et leurs raisons. »
Evidemment la seule puissance signataire dont la sécurité nationale peut être matériellement affectée par les constructions nouvelles d’une puissance non signataire, c’est l'Angleterre, pays européen voisin de la France et qui a en Méditerranée de sérieux intérêts à défendre.
Enfin, par suite de l'impossibilité actuelle de réaliser un accord à £inq, on déclara que les conversations se poursuivraient Cntes la France et l'Italie avec la participation de l’Angleterre en vue d’une entente entre les deux pays sur la limitation de leurs flottes, susceptible de venir s’ajouter à l’accord à trois.