‹ La Limitation des Heures de TravailChapitre 64 sur 73 · ART PI ES · texte numérisé non relu

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pour conséquence une hansse du salaire, tant il est vrai que la journée de huit heures n’est élayée que sur des

. contradictions. M. Guesde prétendait, en 1896, que l'ouvrier gagnerait plus sous le régime des journéesréduites, qu'il pourrait conséquemment multiplier ses achats; « la réduction de la journée de travail à huit heures, disaitil, vaudrait pour notre industrie toutes les colonies présentes et futures » (1). Pour une tâche moindre, l'ouvrier recevrait un plus fort salaire ! « Comment résoudre ce problème en apparence insoluble? Comment demander à des industriels dont la production est réduite par la diminution de la journée de travail, qui voient leurs frais généraux augmenter dans la même proportion que cette diminution, de relever encore les salaires » (2)?

La preuve, dit-on, que les salaires augmenteront c'est que les pays à courtes journées sont aussi les pays à hauts salaires. Nous avons déjà fait justice de ce raisonnement en disant que les conditions du marché et surtout les qualités naturelles des ouvriers, en Angleterre, en Australie et aux États-Unis, permettaient à la production de se maintenir et conséquemment aux salaires de ne pas faiblir avec les courtes journées, alors surtout que les Trois-Huit, nous l'avons signalé, représentaient dans ces pays une réduction d’une heure tout au plus sur la durée de travail antérieure. Nous ajouterons avec M. Levasseur : « On fait miroiter aux yeux du peuple des statistiques montrant que les salaires n'ont pas diminué dans les États où la journée a été réduite; mais

(1) J. O0. Chambre. Déb. parl. Séance du 25 juin 1896, p. 1070. (2) Discours Méline. / 0. Sénat. Déb. parl. Séance du 18 mars

s’il n’y avait pas eu réduction, ces mêmes salaires auraient peut-être été augmentés, parce qu’on à mis aux mains des ouvriers des machines plus productives » (1).

Le parti socialiste compte surtout sur l'embauchage des sans-travail pour faire élever le taux des salaires. Schæfle, Max Hirsch, Seidel, Symes et beaucoup de huitheuristes font le raisonnement suivant : la productivité individuelle baissera et alors l'offre des bras diminuera aussi par l’absorption des chômeurs; la compétition sera moins ardente, les ouvriers faméliques ayant trouvé une place cesseront de s'offrir au rabais et d'exercer leur action déprimante sur le salaire, par conséquent celui-ci haussera. L'offre de travail ne surpassera plus la demande, c’est au contraire la demande qui surpassera l'offre; en vertu de la loi de l’offre et de la demande (qui veut que la valeur des produits soit en raison directe de la demande et en raison inverse de l'offre) le salaire, valeur du travail, augmentera. « Réduire la journée de travail, proclame M. Vaillant, c’est en réduisant cette armée de réserve affameuse parce qu’affamée, faire hausser le prix de la force travail soumise à la loi de toutes les marchandises et d’autant plus payée qu’elle est plas demandée » (2). Benoît Malon écrivait, en 1890, que la journée de huit heures, en réduisant les chômages, « fait hausser le prix du travail, le salaire, qui, comme le prix de toute marchandise, est d'autant plus élevé que la marchandise est plus rare » (3).

Le point de départ de ce raisonnement étant faux, la

(1) Levasseur. L'ouvrier américain, p. 189.

(2) J. O0. Chambre. Déb. parl. Séance du 22 mars 1894, p. 849.

(3) Revue socialiste de décembre 1890, p. 670, V. aussi Coriolan et Mortair, op, cit., p. 19 et 16.

conclusion ne peut être qu’inexacte. Nous savons que dans la plupart des cas, même en supposant l’embauchage de quelques nouveaux ouvriers, la journée de huit heures ne fermera pas la plaie sociale du chômage; il y aura toujours des sans-travail faisant concurrence aux ouvriers occupés, surtout dans l'hypothèse d’une courte journée sans diminution de salaire. La loi de l'offre et de la demande ne pourra donc pas, comme on le déclare, accomplir son jeu de bascule.

Admettons cependant que les Zrois-Huit fourniront de l'ouvrage à tous les ouvriers en quête d'emploi. En pareil cas il n’en résulterait encore nullement une hausse de salaire. M. John Raë, dont les partisans des courtes journées ne mettront point en doute les affirmations attendu qu’il est lui-même un huit-heuriste convaincu, après avoir rappelé « que dans les principaux exemples de réduction de la journée de travail, il n’y avait eu aucune absorption des sans-travail », ajoute : « mais même dans les cas où cette absorption s’est produite, celle-ci n'a jamais entraîné, à ce que je sais, la moindre augmentation des salaires » (1). M. Raë cite un exemple typique puisqu'il s’agit de l’industrie des transports où, l'intensité compensatrice n'étant pas possible, toute réduction dans la durée du travail nécessite un appel à des ouvriers nouveaux : les employés des tramways d'Huddersfield ayant obtenu la journée de huit heures, le nombre des employés fut augmenté de 50 0/0, mais les salaires diminuèrent au lieu d'augmenter.

Le raisonnement des huit-heuristes repose sur la théorie erronée du éravail-marchandise. Le salaire, avons

(x) J. Raë, op. cit,, p, 217

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nous dit, est établi avant lout par la productivité. Le travail n’est pas une marchandise, un produit; c’est au contraire un instrument de production dont la valeur n’est pas réglée d'une manière rigoureuse par la loi de l'offre et de la demande.

L'industriel qui, pour ne pas restreindre sa production avec la diminulion des heures de travail, augmente son personnel devra, s’il ne veut pas élever ses prix de vente ou travailler à perte, distribuer la même somme de salaire entre ses ouvriers ; plus ceux-ci seront nombreux, plus la part de chacun sera faible. Loin d’augmenter par l'absorption des chômeurs, la rénumération des travailleurs industriels sera moins élevée. Supposons qu’un patron ne puisse, pour une production donnée, distribuer par jour que 1.000 francs de salaires; avant la journée de huit heures, il obtenait celte production avec 200 ouvriers, chacun avait donc en moyenne 5 francs; du fait de la réduction des heures de travail, il doit occuper 225 ouvriers pour donner à ses ateliers le même rendement; le nombre des co-parlageants ayant augmenté, sans que Ja somme à partager ait grossi, chaque ouvrier n’aura plus que 4 fr. 45 (1).

(1) Si les socialistes étaient logiques avec eux-mêmes, ils n’affirmeraient pas que le salaire hausse par l'embauchage des sanstravail. Partisans de la théorie de la Loi d’airain, ils admettent en effet que, quoi qu’on puisse faire, les ouvriers seront toujours réduits à un salaire de famine et que la somme globale a partager entre eux, à titre de rémunération, restera toujours la même (théorie du fonds des salaires), En conséquence, dans leur système, non seulement l'absorption des chômeurs ne devrait pas élever le taux des salaires. mais elle devrait au contraire le diminuer, puisqu'il y a plus d'ouvriers à se partager une somme qui, disent-ils, est par nature invariable.

Pour faire la part très belle à la contradiction, admettons avec les collectivistes que l’embauchage des chômeurs permettra l'élévation des salaires. Mais dans cette hypothèse les patrons devront compenser l’excédent des sommes distribuées à leurs employés par une augmentation des prix; ils vendront 110 francs ce qu’ils vendaient précédemment 100 francs. L’ouvrier perdra alors comme consommateur ce qu'il aura gagné comme producteur ; il recevra 6 francs au lieu de 5, mais paiera les denrées 6 francs au lieu de 5. Pour apprécier sa situation, il ne suffit pas d'examiner le salaire nominal, il faut considérer la somme de jouissances que celui-ci peut lui procurer c’est-à-dire le salaire réel.

SECTION V

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