‹ La Limitation des Heures de TravailChapitre 9 sur 73 · AMOR · texte numérisé non relu

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cette diminution se renouvelait près de quatre-vingts fois l’an.

Les cloches des églises n'étaient pas seules à indiquer aux artisans la mesure de leur temps. Le guelteur placé dans une des tours du Châtelet ou du Louvre, donnait le signal du travail à quelques ateliers. Le drapier « ne puet ouvrer au dit mestier ne ès appartenances... que de la gueite cornant » (1), c’est-à-dire lorsque retentissait la corne du guetteur annonçant la fin du guet de la nuit et prévenant les ouvriers que le jour venait de poindre. Les chapeliers de feutre attendaient pour entrer chez leur maître « que la gueite ait corné le jour » (2).

Si la corne du guetteur annonçait parfois le commencement de la journée ouvrière, les appels des crieurs du soir en marquaient souvent la fin. Les foulons quittaient le travail « si tost que li premiers crieurs de vin vont » (3) (ceux-ci faisaient deux tournées par jour à heures fixes); les épingliers dès Le passage du « premier crieur du soir » (4). Les boucliers (fabricants de boucles et d’attaches) regagnaient leur foyer « si tost come on voit passer le segont crieur du soir » (5). Le faiseur de clous ne prolongeait pas sa besogne «en quaresme puis que complie est sonée à Saint-Merri, et hors quaresme, puis l’eure qu’il ora oï le segont crieur du soir » (6).

Guetteurs et crieurs se fiaient aux cloches des

(x) L. des Mét., tit. XL, p. 92.

(2) L. des Mét., tit. XL, art, 5.

(3) Liv. des Mét., tit. XIII, art. sr. Il s’agit des marchands de vin ambulants.

(4) Liv, des Mét., tit. IX, art. r.

(5) Liv. des Mét., tit. XXII, art. 9.

(6) Liv. des Mét., tit. XXV, p. 64.

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églises; en définitive celles-ci indiquaient, à Paris, la durée du travail et le moine chargé de les sonner était ainsi investi d'une mission importante. Avant l’invention des horloges, ce religieux n’avait pendant la nuit d'autre règle que l'inspection des astres. Quand les nuages ne permettaient pas l'examen de l’état du ciel, il avait recours à certains moyens mnémotechniques ; il déterminail approximativement l'heure par la quantité de cire que les cierges avaient consommée, par le uombre des psaumes ou de chapelets qu'il avait récités, par le nombre des pages qu'il avait lues; parfois le chant du coq lui servait d'horloge (1).

Le temps de travail de l'artisan du moyen âge, basé sur la longueur du.jour, variait d’après les saisons. Il ne faudrait cependant pas croire que sa durée suivait exactement l'heure perpétuellement changeante du lever et du coucher du soleil ; s’il en avait été ainsi il y aurait eu chaque matin des modifications d’horaire préjudiciables aux intérêts de l’industrie. On partageait l’année en plusieurs sections et pour chacune on déterminait une durée moyenne de la journée ouvrière.

On établissait ordinairement deux périodes : le carème et le charnage. Le carème était la saison des longs jours; pendant ce laps de temps on travaillait jusqu'à | complies. Le charnage, ainsi nommé parce que les lois ecclésiastiques permettaient l'usage de la viande, était la saison des jours plus courts ; le travail cessait lorsque sonnaient les vêpres ou lorsque passait le crieur du soir, Les crépiniers ne pouvaient rester à l'atelier « en charnage puis que le premier cop de vespres est soné à

(x) À. Franklin, op. cüt., p. 10.

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Nostre Dame et en quaresme puisque complie est sonée en cel mesme lieu » (1). Chez les tisserands « li vallet ont leurs vesprées, c’est à savoir que cil qui sont loué à la journée lessent œvre au premier cop de vespres à Nostre-Dame en charnage, et en quaresme puis le premier cop de complie » (2). « Li vallet corroiers ont leur vesprées, c’est à savoir qu'ils n’overront pas en quaresme puis le premier cop de complie, ne en charnage puis le premier crieur qui va du soir » (3). Les tréfiliers d’archal (fabricants de fils de métal) « ont leurs vesprées pour eus reposer ; c'est à savoir, en quaresme, quant complie est sonée et, en charnage, au segont crieur du soir » (4).

Il y avait en usage d’autres modes de diviser l’année : « Nus baudroyer ne puet ne ne doit ouvrer entre les Brandons (premier dimanche de carême) et la Saint-Remy (ler octebre) puis que complie est sonée à Nostre- Dame » (5). Pour les mégissiers, on distinguait la saison d'été, « c'est à savoir de Pasques jusques à la Saint- Remy » et la saison d'hiver « de la Saint-Remy jusques à Pasques ».

Jusqu'ici nous n'avons parlé que des corporations parisiennes. Dans le reste de la France, la durée du travail était régie par les statuts des corps de métiers, là où les artisans étaient unis entre eux par des liens corporatifs, ou bien par des ordonnances royales et municipales. Il n'y avait pas de législation uniforme pour tout le royaume, chaque ville avait sa réglementation; néan-

(x) Liv. des Mét., tit. XXXVIK, art. 8.

(2) Liv. des Mét., p. 132.

(3) Liv. des Mét., p. 237.

(4) Liv. des Mét., tit. XXIV, p. 63.

(5) Liv. des Mét., p. 225.

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moins, beaucoup de statuts étant copiés sur ceux de la capitale, les limites assignées à la journée étaient à peu près les mêmes partout. Comme les règlements de Paris, les ordonnances municipales de Rouen, d'Amiens, d'Abbeville, etc., interdisaient de travailler avantle lever et après le coucher du soleil (1). Les heures du commencement et de la fin du travail étaient sonnées par les cloches des églises ou par celle du beffroi communal. Dans certaines villes, par exemple à Comines, à Amiens à Tournai, à Douai, les ouvriers allaient à l’ouvrage et quittaient l'atelier au son d’une cloche spéciale placée par ordonnances royales « pour obvier aux fréquentes contestations qui s’élevaient au sujet des heures de travail » (2), Le but ne fut pas atteint, de nombreuses exceptions furent admises par les autorités et ces tolérances furent la source de difficultés et de procès. Les rois intervinrent encore souvent pour déterminer le temps qui devait être consacré à l’ouvrage; ainsi en 1330, en 1331, en 1351, en 1354, en 1355, en 1360, en

De tout ce qui précède on peut tirer cette conclusion : au xm° et au x1v° siècle, le minimum de la journée était d'environ huit heures en hiver; lé maximum était de treize à seize heures en été, suivant que les artisans quittaient l'atelier à vêpres ou à complies. Mais de ce temps total il faut défalquer une heure et demie ou deux pour les repas; les tondeurs de drap, par exemple, dis-

(1) V. ordonnance municipale de Rouen rendue en 1328. dans Ouin-Lacroix, His. des anciennes corporations de la capitale de la Normandie, p. 21. V. aussi ordonnances d’Amiens ei d’Abbeville dans les Monuments inédits du tiers état, T, 560, IV, p. 363.

(2) Levasseur, op. cit., p. 627.

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posaient d'une demi-heure pour le déjeuner et d’une heure pour le diner (1). Tout compte fait, l'artisan ne travaillait pas plus longtemps à cette époque qu’aujourd’hui; sa tâche était seulement plus irrégulière, Sans doute il avait à fournir en été de longues journées à peu près inconnues de l’ouvrier moderne, mais en hiveril ne restait à la besogne que sept ou huitheures. [lest d’ailleurs à remarquer que, si la durée du labeur était dans certains cas nominalement de seize heures, le travail effectif n'excédait en aucune saison quatorze heures ou quatorze heures et demie ; pour les artisans quittant latelier à vèêpres (c'était la majorité hors le temps du carème) il ne dépassait jamais douze heures. Si l’on songe encore aux nombreux chômages occasionnés par les fêtes religieuses, on reconnaîtra que le travail ne présentait pas le caractère de surmenage que certains se sont plus à lui trouver. « On n’exigeait pas de l’ouvrier du moyen âge, écrit M. Martin Saint-Léon, un travail sensiblement supérieur à celui de l’ouvrier contemporain ; l'artisan du xi° siècle paraît même avoir été sous ce rapport plus favorisé que celui du xixe siècle » (2).

2° XV°et XVI: siècles. — Pendant cette période, le temps de travail ne subit pas de modifications importantes, mais on remarque, d'ores et déjà, une tendance manifeste à accroître sa durée.

D’après leurs statuts de 1467, les foulons « seront tenus entrer au dict mestier ès hostelz de leurs maîtres, c’est assavoir depuis la Saint-Remy jusqu'aux Brandons, à 6 heures du matin et laisseront l’ouvroir à 5 heures du

(x) Livre rouge du Châtelet, fo 87.

(2) Martin Saint-Léon, op. cit., p. 119.

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soir et depuis les Brandons jusqu’à ladite Saint-Remy, entreront chacun jour en besogne à 5 heures du matin et laisseront l'ouvrage à 5 heures du soir » (1). Ils cessaient le travail au troisième coup de vêpres à Notre- Dame, le samedi et à 4 heure de l'après-midi, les jours de vigile des grandes fêtes (Pâques, l’Ascension, la Pentecôte, Saint-Jean-Baptiste, Saint-Laurent, l’Assomption, la Toussaint, la Nativité). A Bourges les teinturiers devaient « aller en besongne à 5 heures du matin et plustost si besoing est et laisseront besongne à 7 heures de vespres à peine de perdre leur journée » (2). D’autres artisans quiltaient le travail quand sonnait le couvre-feu, à 7 heures ou à 8 heures suivant la saison. Les statuts des drapiers de Rouen se bornaient à déclarer « tous les ouvriers dessus dits entreront en besongne à heure dûe et accoutumée en la dite draperie et laisseront tous les dits ouvriers journéeurs à heure de complie » (3). Par « heure dûe et accoutumée » il fallait probablement entendre le lever du soleil.

Certaines corporations, ainsi les gantiers el les gainiers de Paris, faisaient de très longues journées. Celle des gaîniers fourreliers durait, d’après leurs statuts de 1560, de 4 heures du matin à 9 heures du soir. Les imprimeurs de Lyon se mettaient à l’œuvre vers 2 heures du matin, s’il faut en croire un document d'ordre judi= ciaire de 1583 où il est parlé d’un ouvrier blessé dans une rixe «environ les 2 heures du matin, qui est la même heure que les compagnons de l’art de l’impri-

(1) Ordonnances des rois de France, tit. XVI, p. 589.

(2) Levasseur, Hist. des classes ouvrières en France avant 1789, 6 Ed voi

(3) Hauser, Ouvriers du temps passé, p. 80.

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merie vont travailler » (1). Les ouvriers agricoles, comme aujourd’hui, se mettaient au travail dès l’aurore et ne le quittaitent qu'à la tombée de la nuit. Mais ce n'était pas pour eux une simple faculté, ils n'étaient pas libres d’éluder des ordres formels. « Vignerons inercenaires à la journée sont tenus de besogner dès le soleil levé jusqu’au soleil couché continuellement, autrement le salaire à eux promis ne doit être payé » (2).

Des compagnons ayant essayé de s’affranchir des règles établies et ayant voulu « laisser œuvre à telles heures comme bon leur semble », tout en exigeant le même salaire, une ordonnance de 1567 réprima cette licence ; elle enjoignit aux ouvriers des tissages et du bâtiment de travailler « dès heure de soleil levant jusqu’à l'heure de soleil couchant, en prenant leurs repas à heures raisonnables » (3). Il fut décidé que dorénavant il y aurait deux types de journées : une d’été de 3 heures du matin à 7 heures du soir et une d'hiver de 6 heures du matin à 6 heures du soir. En déduisant deux heures pour les repas, la moyenne de la période estivale était donc de douze heures de travail effectif et celle de la période hivernale de dix heures. Les deux saisons n’étaient pas identiques dans tous les ate-

(x) Baudrier, Bibliographies lyonnaïses, t. I, p. 104.

(2) Papon, Recueil d'arréts, NI, 12, X. — Dès juillet 1383 une ordonnance rendue pour la ville de Sens prescrivait à « tous ouvriers et laboureurs » d’être au travail, à peine de perdre leur salaire, « avant soleil levant... jusqu’à soleil couchant... se ce n’est pour prendre leur récréacion de boire et de mangier » (Isambert, Recueil général des anciennes lois françaises, t. VI, p. 581 et 582).

(3) De la Mare. Traité de la police, t. IV, p. r2r. Les motifs et le dispositif de cette ordonnance, la rapprochent beaucoup de celle de 1395. V. suprä, p. 15.

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liers. Pour les uns les dates de démarcation étaient Pâques et la Saint-Michel, pour d’autres le 15 mars et le 15 septembre. Une ordonnance établit pour les gens des champs la saison d’été entre le 1°* avril et le 30 septembre, la saison d'hiver entre le 4°" octobre et le 31 mars.

3° XVII et XVIII siècles. — Pendant le siècle de Louis XIV, les progrès du luxe, le développement de la production et peut-être aussi l’incurie des pouvoirs municipaux s’affaiblissant de jour en jour, imposèrent à l'artisan, que ne secondait pas encore le machinisme, de très longues journées de travail effectif, dont la durée variait entre douze et quatorze heures. Nous en trouvons des exemples dans les règlements manufacturiers qui déterminèrent le temps que l’ouvrier devrait passer à l'atelier. Voici, d’après M. Levasseur, la distribution du travail dans la manufacture de drap de Saint-Maur (1) : en toute saison le drapier commençait son ouvrage dès le jour, disposait d’une heure à midi pour le repas, puis reprenait sa navette jusqu’à 6 heures ; en hiver il veillait de 7 à 10 heures. Des statuts inspirés par des maîtres sans pitié permirent d’élever jusqu’à dix-sept heures, sauf le temps des repas, la durée du labeur journalier. Les miroitiers de Rouen pouvaient occuper leurs ouvriers de 4 heures du matin à 9 heures du soir (2). Colletet nous montre en 1666 les crieurs d’eau-de-vie allant réveiller les artisans dès 3 heures du matin, pour leur offrir un cordial avant leur départ au travail (3). Les

(x) Levasseur, op. cit., p. 387.

(2) Ouin-Lacroix, op. cit., p. 695.

(3) Colletet. Les tracas de Paris, p. 316 et 317; cite par Babeau, Les artisans et les domestiques d'autrefois, p. 29. Il est à croire

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couteliers prenaient leurs outils le matin à 4 heures et ne les quittaient que le soir à 9 heures.

Tous les statuts n'édictaient pas des journées si manifestement exagérées. Certaines corporations avaient conservé à peu près intacts les règlements du Livre des Métiers. Beaucoup d'artisans cessaient encore le travail, en théorie du moins, au couvre-feu à Notre-Dame qu’une ordonnance interprétative du Châtelet du 16 novembre 1596 avait fixé à 7 heures de la Saint-Rémi à Pâques et à 8 heures de Pâques à la Saint-Rémi (1). Mais les autorités fermaient les yeux sur les nombreuses dérogations au nom des intérêts de l’industrie.

Le surmenage était aggravé par des peines sévères contre ceux qui tentaient de s’y soustraire. À Bourges les ouvriers ne pouvaient s’absenter de l'atelier que pour les repas ; si ceux-ci se prolongeaient trop, le restaurateur était passible de prison. A Beauvais une ordonnance de police municipale frappait d’une amende de 15 sous (environ 7 francs) ceux qui arrivaient en retard à l'ouvrage, et d’une amende de 20 sous les maçons et charpentiers qui, de Pâques à la Saint-Rémi, n'étaient pas rendus au chantier à 5 heures du matin.

Malgré les longues journées, ou plutôt par le fait de l’exagération du travail qui avait émoussé le goût pour les occupations manuelles et paralysé l’énergie, les classes inférieures étaient, paraît-il, portées à la paresse. Colbert ayant voulu établir des manufactures, les intendants lui représentèrent que la fainéantise du peuple serait un obstacle à ses projets. M. Martin Saint-Léon

cependant que pareil fait était exceptionnel; aucun autre auteur n’en fait mention.

(x) Franklin, op. cit., p. 6 (en note).

fait cependant remarquer que, s’il est excessif, le labeur de l'artisan du xvu° siècle « exempt de la hâte nerveuse qui caractérise trop souvent celui de l’artisan moderne, est relativement moins fatigant » (1).

À la décharge de cette époque, nous pouvons invoquer le grand nombre de fêtes chômées; elles tempéraient, dans une certaine mesure, la prolongation déraisonnable du travail. Celui-ci interrompu complètement les jours fériés, cessait la veille de ces mêmes jours à vêpres, c’est-à-dire vers 4 heures de l'après-midi, ou même à « heure de none », c’est-à-dire vers 3 heures. C'était dans le but de compenser les pertes de temps résultant de ces chômages obligatoires que les maîtres avaient augmenté les heures pendant lesquelles ils retenaient les ouvriers dans leurs ateliers. Plus d’un disait sans doute avec le savetier de La Fontaine :

… On nous ruine en fêtes, L'une fait tort à l’autre et monsieur le curé De quelque nouveau saint charge toujours son prône.

Lorsque les autorités ecclésiastiques réduisirent le nombre des fêtes religieuses, on vitles longues journées diminuer de fréquence. Elles ne disparurent cependant pas, le pli en était pris; on les retrouve au cours du xvrn siècle. Les statuts des potiers d’étain rédigés en 1742 permettent aux maîtres d'établir en toute saison le commencement du travail à 5 heures du matin et la fin à 8 heures du soir. Les ouvriers en soie de Lyon veillent jusqu’à 4 heure après minuit, écrivait en 1787 l'abbé Bertholet, ils « travaillent régulièrement dixhuit heures, même plus chaque jour, sans aucune perte

(1) Martin Saint-Léon, op. cit, p. 4rx.

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de temps, puisqu’un quart d'heure quelquefois moins suffit pour chacun de leurs repas ». On était encore loin des huit heures tant réclamées de nos jours! Nous ne saurions trop flétrir de pareils abus, tout au plus dignes de l'esclavage antique, Fort heureusement c'était là une exception et la durée du travail la plus commune était comprise entre cinq heures du matin et sept heures du soir ; il en était ainsi pour les calfats de Marseille, pour les imprimeurs et les éperonniers de Paris, etc.

Il fut apporté parfois des tempéraments, bien timides il est vrai, à l’exagération des heures de travail. Une ordonnance de police sur les métiers de Versailles, rendue pendant le règne de Louis XVI, porte que les maréchaux-ferrants ne pourront pas travailler avant 4 heures du matin et après 8 heures du soir; ils devaient disposer de trois repos, d’une durée totale d’au moins deux heures. Par la même ordonnance la journée des -serruriers et des: ferblantiers était comprise entre 5 heures du matin et 8 heures du soir (1).

En règle générale l’artisan da xvin* siècle est moins surmené que celui du xvur° ; les gens du temps vont jusqu’à l’accuser de flâner. De vieux bourgeois racontaient au marquis de Mirabeau vers 1750, que « si de leur temps un ouvrier n'avait pas travaillé deux heures à la lumière, soit le matin, soit le soir, dans les longs jours, il eût été noté comme un paresseux ». Mirabeau lui-même passant un matin de mai 4750 « à 6 heures sonnant à travers la partie populeuse et marchande » de Paris, s’étonnait de ne voir « d’ouvertes que quelques échoppes de vendeurs d’eau-de-vie » (2). Un autre voyageur, Marlin, se trouvant

(1) Levasseur, op. cit., p. 796.

(2) Mirabeau, l’Ami des hommes, 1756, [, p. 4og et 4ro.

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