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MUE MUTUELLE DE LA LINGUIST. ET DE LA I'HILOL

Nous nous trouvons amené à répéter ici que la science naturelle de la linguistique et la science historique de la philologie ne sont point rivales l'une de l'autre et que rien ne saurait autoriser à les tenir pour deux sciences hostiles. En effet, deux ordres de connaissance, si distincts qu'ils soient, ne peuvent conduire à des résultats opposés, et deux véritables sciences, deux sciences vraiment dignes de ce nom, ne sauraient, en aucun cas, être ennemies l'une de l'autre. Les sciences au contraire se complètent mutuellement, et chacune d'elles est vis-à-vis des autres débitrice et créancière tout à la fois.

Tel est, en particulier, le cas de la linguistique et de la philologie. Le philologue doit connaître, au moins d'une façon générale, les résultats acquis par le linguiste. S'il ne sait rien de la langue elle-même, de cet agent le plus considérable de la pensée, s'il ignore et sa structure et les éléments qui la composent, comment pourra-t-il porter quelque jugement complet sur les produits, sur les fruits de cet agent ? Autant dire qu'un ethnographe pourrait faire bon marché d'un ensemble de données élémentaires relatives à l'anatomie des races, et n'en tenir même aucun compte. C'est là une considération presque banale, et pourtant il est bon nombre de philologues qu'elle n'a point le don de satisfaire. De là cet amas de dissertations subjectives, sans but, sans doctrine, ce fatras d'arguties oiseuses où la rhétorique le dispute au vide et à l'ineptie. Les librames françaises, par un reste de chance heureuse, n'en sont pas les plus encombrées.

Le philologue, par contre, prépare au linguiste un matériel précieux. Il lui facilite la connaissance des formes historiques du langage et lui expose ce qu'il a pu découvrir de leur chronologie et de leur succession ; il lui découvre enfin les divergences dialectales d'où peuvent sortir tant et de si précieuses instructions.

Si donc il importe de distinguer ces deux sciences, de ne confondre ni leur but, ni leur méthode, pas plus que leur vrai nom, il n'importe pas moins de reconnaître qu'elles sont appelées l'une et. l'autre à se rendre des services mutuels et considérables. C'est ainsi que l'histoire a maintes fois fourni à l'étude des races humaines d'utiles informations et que l'anthropologie, à son tour, a pu éclaircir bien des faits historiques.

§ 4. Les polyglottes.

La connaissance pratique des langues, ou, pour nous exprimer d'une manière plus simple, l'art de les parler couramment et de façon correcte, repose avant tout sur une aptitude naturelle. Cette aptitude se développe par un usage plus ou moins prolongé ; mais il ne serait exact, en aucun cas, de la regarder comme une science. L'on s'étonne souvent de voir un auteur de nombreux et bons travaux linguistiques être peu capable d'entretenir la conversation en quatre ou cinq langues différentes, et l'on est tout surpris qu'il ne sache se servir parfois, avec quelque facilité, que de son idiome maternel. Il y a là une forte méprise. Le linguiste n'a que faire d'être polyglotte, ou, du moins, il n'est point nécessaire qu'il le soit. Le polyglotte, de son côté, n'a, du fait même de son art, aucun droit au nom de linguiste ; et cependant chaque jour nous entendons donner ce nom de linguistes aux personnes qui, grâce à certaines circonstances, grâce notamment à cette aptitude spéciale, parlent avec plus ou moins de facilité dix, douze idiomes, parfois même davantage, sans connaître cependant un traître mot de leur structure. Ce que nous avons dit plus haut du caractère même de la linguistique et de la nature des études du linoruiste nous dispense d'insister sur cette confusion vulgaire.

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