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LES POLYGLOTTES

Nous pensons toutefois que les résultats de la linguistique peuvent faciliter, jusqu'à un certain point, l'étude de l'art dont il s'agit. Prenons, par exemple, les langues romanes, issues, comme l'on sait, du latin vulgaire ; il est incontestable que l'on peut passer de l'une à l'autre d'après des règles à peu près fixes, en ce qui concerne particulièrement la phonétique, surtout en ce qui a trait à l'équivalence des consonnes. Un très petit nombre de principes généraux donnent la clef des concordances les plus communes ; la ressemblance des mots italiens, espagnols, français n'est plus fortuite ; elle devient, au contraire, logique, rationnelle, et leur étude marche d'un pas d'autant plus rapide qu'elle est moins abandonnée au hasard.

Les langues germaniques, elles aussi, possèdent des lois d'équivalence tout aussi précises ; à telles ou telles consonnes de l'allemand, par exemple, répondent telles ou telles consonnes de l'anglais, du hollandais, du suédois. Il en est de même pour les langues slaves : le tchèque, le russe, le croate ont une phonologie parfaitement fixe qui permet de passer sans peine des formes de Fnn de ces idiomes aux formes de ses congénères. Répétons-le, il n'est pas besoin d'efforts intellectuels considérables pour atteindre à ce résultat ; il suffit de la connaissance de quelques principes élémentaires.

Nous ne nous illusionnons pas sur le peu de succès que l'on pourrait obtenir en introduisant dans l'instruction secondaire quelques notions de grammaire comparée. Il est difficile qu'un élève de dix, douze ou quinze ans s'intéresse d'une façon suivie aux lois de la permutation des consonnes et des voyelles dans les langues qu'il étudie : il cherche à apprendre le grec et le latin comme il a appris sa langue maternelle, par la pratique pure p\ simple et sans s'occuper des règles formulées plus ou moins savamment. Mais n'y aurait-il pas un

grand bénéfice à ce que ceux-là au moins qui ont la charge de l'enseignement sussent que ces règles existent et n'ignorassent point les principales ni les plus élémentaires d'entre elles ? A notre sens, ce ne serait pas trop demander.

§ 5. Les dangers de l'étymologie.

Si l'aptitude spéciale à la connaissance pratique des langues n'est point une science, Vétymologie, par contre, telle qu'elle est pratiquée le plus souvent, ne peut être regardée ni comme une science ni comme un art. L'étymologie, par elle-même, n'est qu'une jonglerie, une sorte de jeu d'esprit, si bien que le grand ennemi de l'étymologiste, son ennemi implacable, c'est le linguiste. En un mot, l'étymologie par elle-même et pour elle-même n'est que de la divination ; elle fait abstraction de toute expérience, néglige les difficultés et se contente des apparences spécieuses de ce qui n'est qu'à peine probable ou à peine vraisemblable. Peut-on, à première vue, et de prime abord, douter que les mots de l'allemand moderne bereit « prêt », œhnlich « analogue, semblable », abenteuer « aventure » ne répondent au latin paratus, au grec ivàXo-foç, au frança.r aventure ? L'anglais to call au grec /.>"/,£'■. « j'appelle, je convoque ». Et cependant il n'en est rien.

L'analyse linguistique démontre l'inanité de ces rapprochements faciles ; ils ne soutiennent pas une seconde l'examen d'une critique méthodique. C'est à l'aide de procédés aussi fantaisistes que l'on a prétendu assimiler les idiomes absolument étrangers les uns aux autres, les langues sémitiques et les langues indo-européennes, le basque et l'irlandais. Les plus illustres sémitisants, ceux qui ont rendu à la philologie des langues syro-arabes les meilleurs services, se sont maintes fois laissé prendre à ce piège, et nous voyons à tout instant

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