‹ La LinguistiqueChapitre 12 sur 94 · LES DANGERS HE L'ÉTYMOLOGIE · texte numérisé non relu

LES DANGERS HE L'ÉTYMOLOGIE

dans leurs écrits des racines sémitiques et des racines indo-européennes rapprochées sans critique les unes des autres. Gesenius lui-même n'a point échappé à ce malentendu, et il n'est pas étonnant qu'à sa suite les éxégètes orthodoxes y aient donné à cœur joie. Rien de plus périlleux que de s'emparer de deux mots tout faits et de les rapprocher l'un de l'autre, si l'on ignore les procédés et les lois de leur structure ; les équivalences qui semblent au premier coup d'oeil s'imposer le plus invinciblement sont parfois les plus trompeuses. Bien souvent, au contraire, des formes que l'on ne songeait jamais à rapprocher les unes des autres se trouvent unies par les liens de la plus étroite parenté. Depuis leur antique communauté, depuis l'époque où elles n'étaient toutes qu'une seule et même forme, elles ont subi chacune des lois diverses de variation ; mais ces lois sont découvertes aujourd'hui, et l'unité, la réelle unité de ces formes, est un fait hors de conteste. C'est ainsi, par exemple, que le grec 'ifi'j'- « doux » et le latin saavis remontent tous deux à une seule et même forme plus ancienne ; il en est de même du latin solus et du perse hariiva « tout », de l'irlandais il et du sanskrit paras « nombreux » ; du grec •'<-: « poison » et du latin virus, de l'anglais five <( cinq » et du croate pet ; du hollandais varier « père » et de l'arménien hai/r ; de l'arménien es « je » et du croate ja. C'est ainsi encore que des mots appartenant à une seule et même langue et qui semblent, au premier abord, n'avoir aticune connexité, appartiennent en réalité à une seule et même racine ; en français, par exemple : solide, solder, soldat, seul, serf ; — jeu, bon, jour, divin : — auspice, sceptique, évêque, épice, répit ; — assister, coûter, étable, obstacle. Nous sortirions des limites permises à cet écrit en exposant par le menu les principes qui relient entre elles ces formes diverses et pourtant proches alliées, que la pure et simple divination aurait

grand'peine sans doute à rattacher les unes aux autres.

Qu'est-ce donc que l'étymologie, ou plutôt que doit-elle être pour mériter créance et prétendre à une valeur scientifique ? Un résultat pur et simple. Résultat de la linguistique, résultat de la philologie.

Elle est déductive dans le premier cas, historique dans le second.

Disons quelques mots de ces deux hypothèses, en commençant par la seconde. L'histoire de la langue française nous enseigne, pour prendre quelques exemples, que dinde est un abrégé de poule d'Inde ; que les mots guise, fauteuil, meurtre, heaume sont d'origine germanique ; que les mots alouette, cervoise, arpent sont d'origine celtique. Voilà tout autant d'exemples d'étymologies philologiques, ou, si l'on veut, historiques. Sur ce terrain, en effet, c'est à la critique historique, à elle seule, qu'il appartient de décider si les suppositions que l'on se plaît à faire sont exactes ou inexactes, si elles sont vraisemblables ou invraisemblables. Mais la critique historique a trop souvent été en défaut. C'est de la critique historique que relèvent une foule d'étymologies appuyées suides parce que, et dans le nombre il s'en rencontre plus d'une qui, pour paraître très simple au premier coup d'œil, n'en doit pas moins être regardée comme absolument défectueuse. Ainsi, d'après les juristes latins, l'esclave, servus, tirait son nom de ce qu'il avait été, par la grâce du vainqueur, sauvé, préservé d'un coup fatal ; or, tout au contraire, le sens antique de ce mot est celui de protecteur, de gardien : il répond rigoureusement, en tant que nominatif singulier, à la forme haurvô, gardien (paçus-haurvô, gardien de bétail) de l'Avesta. C'est à l'aide de parce que que l'on fait venir feu (défunt) de fuit, il fut. Un pas de plus et l'on tire cadaver de ca [ro] da [ta] ver [mibus], nobilis de non vilis et dignus de di-genus, espèce de dieu.

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