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LANGUES DE L'AFRIQUE MÉRIDIONALE

même mot, alors qu'il s'agit de la forme subjective, de la forme objective, de la forme vocative et selon qu'il est question du singulier, du duel, du pluriel.

Ajoutons encore que le suffixe varie selon que l'individu est du genre masculin, du genre féminin ou du genre neutre.

Des mots dérivés par un élément indiquant la première ou la seconde personne, passons à ceux que dérive un suffixe commun, un suffixe impersonnel. En nama (nous ne nous occupons que de ce dialecte) nous trouvons les désinences suivantes :

Masculin. Féminin. Neutre.

| subjectif. .

' objectif . .

. . b . . ba

s sa

i subjectif. .

( objectif . .

. . kha . . khâ

ra ra

kha ou va.

\ subjectif. .

/ objectif . .

■ ■ gu

■ ■ gâ

ti te

n na

Singulier

Duel

Pluriel

En jetant un coup d'œil sur ce tableau, nous voyons tout d'abord que le mot taras « femme » est un féminin, singulier, subjectif. Ayant à rendre cette expression : « je vois la femme », nous nous servirons de tarasa ; dans cette autre phrase : « les deux femmes disent », nous nous servirons de tarara, et ainsi de suite. La forme Ichoib « homme » sera employée dans ces phrases : « l'homme dit, l'homme frappe » ; la forme khoigu dans celles-ci : « les hommes disent, les hommes frappent » ; la forme khoigd dans celles-ci : « ils frappent les hommes, ils voient les hommes ». Tout ce mécanisme demande sans doute un peu d'attention, un peu d'habitude, mais il se laisse saisir assez facilement.

La dérivation secondaire s'opère d'ailleurs par l'adjonction de nouveaux suffixes aux suffixes qui dérivent déjà la racine, et c'est également à l'aide de nouveaux éléments annexés à la fin du mot que l'on exprime les

notions du locatif, de l'ablatif, de l'instrumental, et ainsi de suite. C'est par ce même procédé de dérivation que l'on forme des mots adjectifs tirés des mots substantifs.

Les formes causatives, diminutives, désidératives, intensives, sont tout autant de formes dérivées par l'adjonction à la racine principale de racines secondaires, c'est-à-dire d'éléments dérivatifs. Quant aux prétendues formes verbales, elles consistent simplement dans l'agglomération d'éléments dont l'un indique la personne (moi, toi, nous, ils), un autre la racine principale, le radical, un autre enfin, le temps (à présent, jadis, dans l'avenir).

Pour en finir avec le hottentot, disons qu'à la façon des langues monosyllabiques, ii distingue ses mots homophones, en les chantant en quelque sorte sur des tons différents. Ces tons sont au nombre de trois : le mot kaib, par exemple, signifie « obscurité », ou bien « lieu », ou bien « linge », selon qu'il reçoit telle ou telle intonation. Ces homophones, d'ailleurs, ne sont pas très-nombreux.

D'autre part, ajoutons que l'accent, le véritable accent, tombe toujours en hottentot sur la syllabe radicale du mot, c'est-à-dire sur la première syllabe, puisqu'ici la forme du mot est celle-ci : racine + suffixe ou racine + suffixes. S'agit-il d'un mot composé, c'est-à-dire de deux mots réunis pour n'en faire qu'un seul, pour faire un mot complexe, l'accent appartient au mot principal.

Langues des Bochimans.

Les Bochimans, dispersés en un grand nombre de tribus peu considérables, ne donnent pas un nom général à l'ensemble de leur population. Les Hottentots les appellent sân, c'est-à-dire aborigènes, indigènes. Quant au nom de Bochimans, il est d'origine hollandaise et veut dire homme des buissons.

On ne connaît que fort peu de chose des divers idiomes parlés par les Bochimans. S'ils sont tous alliés les uns aux autres, il existe du moins de grandes différences entre tels et tels d'entre eux. On a voulu les assimiler aux dialectes hottentots, mais cette tentative n'a pas eu de succès ; tels que nous les connaissons, les idiomes des Bochimans sont indépendants de la langue des Hottentots. En tout cas, ils appartiennent comme elle au système agglutinatif. Ils connaissent plus de consonnes claquantes que les dialectes hottentots ; six ou sept, assuret-on.

Le pays des Bochimans est assez difficile à délimiter. On les rencontre à l'est du territoire héréro, au nord-est du pays des Namas, au nord du désert de Kalahari. Au sud de ce même désert et de la rivière Orange, des Bochimans habitent le nord-ouest de la colonie du Cap. En somme, d'après Fritsch, ils se seraient étendus sur toute l'Afrique du sud, depuis le Cap jusqu'au Zambèse, et même par-delà ce fleuve (1). Ils auraient été chassés par la force des pays qu'ils n'occupent plus actuellement dans cette vaste région.

§ 3. Langue des Nègres d'Afrique.

L'Afrique est occupée au nord par un idiome sémitique, l'arabe, et un idiome khamitique, le berber. A l'est, en Abyssinie, on trouve également des langues sémitiques plus particulièrement alliées à l'arabe, et plus au sud, c'est-à-dire immédiatement au nord de l'équateur, quelques langues khamitiques classées sous le nom général de langues éthiopiennes. Tout le sud-est de l'Afrique et une forte partie de la côte sud-ouest sont occupés par les idiomes des Cafres, qui forment un groupe bien distinct.

(1) Die eingeborenen sùd-A(rikas. Drcsluu, 1872.

Au sud se trouvent les langues des Bochimans et des Hottentots. Au centre même de la péninsule, de Test à l'ouest, en partant du midi de la haute Egypte, on rencontre les dialectes nubiens et le poul, qui n'ont rien de commun avec les langues que nous venons d'énumérer.

Le reste de l'Afrique, c'est-à-dire la partie moyenne de la côte occidentale et une grande partie du centre, appartient aux idiomes parlés par les Nègres, par les véritables Nègres, que l'anthropologie ne confond pas avec les Claires.

Le nombre des idiomes parlés par les Nègres d'Afrique est assez important. Quelques-uns de ces idiomes se rattachent d'assez près les uns aux autres et forment ensemble des groupes bien marqués ; mais on ne peut assurer, avec preuves scientifiques en mains, que ces différents groupes soient tous issus d'une seule et même souche. Ces différentes langues, sans doute, appartiennent les unes et les autres à la classe des langues agglutinantes, mais ceci ne préjuge en rien une communauté d'origine. Malgré bien des emprunts, le lexique de ces différents groupes d'idiomes est fort varié, et, par-dessus tout, leur grammaire est très diverse. Dans l'état actuel de nos connaissances, nous pouvons dire que l'on rencontre chez les Nègres d'Afrique un certain nombre de langues ou de groupes de langues tout à fait distincts les uns des autres, tout à fait indépendants.

Fr. Mùller en compte 24 [Allg. Ethn., 2e édit., 20). Ce chiffre est-il trop élevé, et des recherches ultérieures le feront-elles réduire ? N'est-ce là, au contraire, qu'un chiffré minimum, et découvrira-t-on quelque jour, parmi ces populations, des idiomes encore inconnus et qui ne rentreront point dans ces vingt-quatre familles ? C'est ce que nous ne pouvons prévoir. Contentons-nous d'insister sur ce fait, que cette expression de Langues des Nègres d'Afrique, qui forme le titre du présent paragraphe, est

purement géographique, et qu'elle n'éveille aucune idée de parenté entre les langues en question.

Nous procéderons à leur énurnération, en nous conformant autant que possible à leur position géographique, du nord au sud et de l'ouest à l'est. • Le wolof. On possède une certaine quantité d'écrits sur la grammaire du wolof. Les formes de cette langue sont bien connues, et son lexique Test suffisamment ; cependant, tous les travaux auxquels elle a donné lieu manquent de méthode et de critique. On a les éléments d'une grammaire wolofe scientifique, mais cette grammaire est encore à rédiger, et on ne peut guère la demander aux missionnaires qui habitent les contrées où cet idiome est parlé. Leurs nombreuses publications sont marquées au coin de la plus complète ignorance des procédés de la science moderne du langage, et ils ne paraissent point se douter de ce que c'est qu'une langue agglutinante.

Le système de voyelles du wolof est assez riche. A côté des voyelles brèves a, é (notre « é » fermé), i, o, u (notre voyelle « ou »), è, il possède des â, î, à, û, è prolongés et un é fermé également long. Il connaît de plus un e qui paraît équivaloir à notre voyelle « e » de « que, je, te, le », et un â bref et sourd qui, aux oreilles de ceux qui l'ont entendu, parait intermédiaire entre notre « a » et notre . « e » ; c'est vraisemblablement notre « e» prononcé d'une façon étranglée. Certains auteurs le rendent par « ae », mais ce procédé est manifestement défectueux. Dans un petit nombre de mots, le wolof possède un « a » nasal, Correspondant à notre voyelle « an » de « grand, sang » ; mais, en général, la voyelle suivie de « n » se prononce sans nasalisation. Le wolof possède le son ù (notre « u » de « tu, lu » ), mais ce n'est que dans des mots qu'il a empruntés au français. — Le wolof est également riche en consonnes. Outre les trois paires d'explo-

sives simples (k et g, t et d, p et b), il y a un « t » et un « d » mouillés, que nous transcrirons V et d' ; les nasales m, n, rC (« n » mouillé, notre « gn »), et une nasale dite gutturale qui peut se trouver au commencement des mots, tout comme au milieu ou à la fin ; une aspirée très douce, h, et une gutturale lie répondant au « ch » allemand de « nach, noch »; y ; r, l ; la sifflante s ri Lire et un z pour les mots empruntés au français ; la sifflante / et un w assez difficile à saisir pour nos oreilles européennes. Les groupes mp, mb, nt, nd, ng sont très fréquents, mais ce ne sont que des groupes de consonnes, non point des consonnes particulières.

Les mots correspondant à nos noms, soit substantifs, soit adjectifs, sont naturellement indéclinables, comme dans tous les idiomes appartenant à la classe de l'agglutination, et les désinences du latin, du grec et des autres langues à flexion, sont remplacées par des particules, par des prépositions. Cependant, lorsqu'il s'agit d'indiquer un régime direct et un régime indirect « donner un vêtement à Pierre », notre « à » ne s'exprime pas ; on a recours ici au procédé purement syntaxique, au procédé des langues isolantes, en un mot, à la façon de placer le mot dans la phrase ; ici on pose le régime indirect avant le régime direct. S'agit-il d'un nom qui est en état de dépendance vis-à-vis d'un autre nom (par exemple « roi, maître » dans ces propositions « le fils du roi, l'œil du maître »), ce nom est placé à la suite du nom principal, mais entre les deux est intercalé le conjonctif u que parfois, cependant, l'on sous-entend.

S'agit-il de désigner expressément le genre d'un nom, on lui adjoint un autre nom signifiant « mâle » ou « femelle », en rattachant ce qualificatif au mot qualifié par l'intermédiaire d'une particule exprimant la relation. — La forme du mot est d'ailleurs invariable et ne trahit en rien l'idée du singulier ou celle du pluriel. C'est une

particule, i, qui rend l'idée de ce dernier nombre. S'il f.st question de mettre au pluriel un nom ayant un complément, cette particule est intercalée entre les deux mots et remplace la particule u dont nous avons parlé ci-dessus et qui est réservée au singulier.

Le nom wolof est très souvent accompagné d'une particule qui lui est suffixée et qui joue le rôle d'un déterminatif. Cette particule est composée d'une consonne et d'une voyelle. La consonne varie d'après une loi euphonique, selon que le mot à déterminer commence par telle ou telle consonne : ainsi l'on dit bay-bâ « le père », fâs-vâ « le cheval », kâr-gâ « la maison ». Quant à la voyelle qui termine cette particule, elle varie, selon que le mot déterminé est présent" (i), qu'il est proche, mais non présent (u), qu'il est éloigné (â), qu'il est très éloigné (â). Ainsi le mot kâr-gâ, que nous venons de citer, laisse entendre que l'on parle d'une maison déterminée, mais que cette maison est éloignée ; s'il s'agissait de la maison contre laquelle on se trouve, l'on dirait kâr-gi. S'il faut indiquer le pluriel d'un nom déterminé, la particule suffixée est, suivant les quatre hypothèses du plus ou moins de distance, yi, yu, etc. (en certains cas rïi, n'u, etc., avec <( n » mouillée : kâr-yi « les maisons près desquelles on se trouve ». Cette particule yi, yâ, yu, indice du pluriel, contient évidemment le signe pluriel i, dont nous avons parlé ci-dessus, et nous pouvons en conclure que les particules du singulier gi, bâ ku et autres, le seul élément déterminatif est la voyelle ; mais quel rôle y joue la consonne initiale, c'est ce que nous ne savons pas encore. Grâce à ce qui vient d'être dit dans ces quelques lignes, nous pouvons déjà nous rendre compte des propositions élémentaires telles que celles-ci : fâs u bûr « cheval de roi ; fâs u bûrbâ « le cheval du roi » ; fâs u bûr-yâ « le cheval des rois » ; fâs i bûr « chevaux du roi » ; fâs i bûr-bâ « les chevaux du roi » ; fâs i bûr-yâ « les che-

vaux des rois ». Si l'on fait abstraction de l'élément déterminatif de cette particule finale, on voit que ce procédé est très élémentaire et se saisit facilement. Le premier nom, comme l'on voit, ne prend pas le signe déterminatif ; naturellement, si le second nom n'est'point déterminé, ni l'un ni l'autre ne le prennent : fâs u bûr, dah u nag « beurre de vache ».

Il y a en wolof une façon de déterminer le mot de plus près encore, c'est de placer la particule déterminante avant ce mot, non plus après : bi-bdy, bâ-bây, bvbây « ce père » ; ou encore de suffixer au mot déjà déterminé par le procédé habituel 'bdy-bi, bây-bu, etc.) la particule lé : bây-bi-lé, bdy-bu-lé, etc. « ce père ». On peut même dire bi-lé-bdy, bu-lé-bay, etc. Au pluriel on a, comme de juste, yi-bdy, bdy-yi-lé, etc. « ces pères ».

Il va de soi qu'à proprement parler, il n'y a pas plus de verbe, en wolof, qu'il n'y a de nom, en d'autres termes, que le mot ne s'y conjugue pas plus qu'il ne s'y décline. Les formes dites verbales que présentent dans leurs tableaux sans fin les grammaires wolofes, rédigées sur le modèle des grammaires latines et des grammaires grecques, ne consistent qu'en une agglomération de mots indépendants juxtaposés les uns aux autres. C'est le fait de toute langue agglutinante. La racine conserve toujours sa valeur tout à fait générale et des particules dont le but est d'exprimer l'idée du passé, celle du futur, celle du conditionnel, celle du subjonctif, etc., enfin les différentes idées des temps et des modes des langues à flexion, viennent s'adjoindre à cette racine, tantôt la précédant, tantôt la suivant. Rien ne varie dans cette agglomération, tous les mots juxtaposés restent les mêmes : il ne s'agit dans cette soi-disant conjugaison que de substituer les uns aux autres les pronoms « je, tu, 11 », etc. ; ces pronoms, d'ailleurs, se placent, selon les circonstances, en différents endroits de cette agglomération de mots.

Le nombre de ces combinaisons est considérable : les deux tiers de toute grammaire wolofe sont ordinairement consacrés à la prétendue conjugaison. En somme, il ne s'agit ici que d'apprendre à connaître la valeur d'un certain nombre de mots accessoires, de particules, et la place à laquelle on doit les poser dans l'agglomération qui constitue les mots. Ainsi la particule on, qui exprime l'idée de notre imparfait se place après le mot principal et avant le pronom personnel :mâs-nâ « j'ai », mâs-on-nd « j'avais ». Mais ceci n'est qu'un exemple isolé, un exemple des plus simples ; à première vue les formes sont ordinairement très-compliquées et elles comprennent souvent six, sept, huit éléments et plus : mas âgvrnu-won-sopâ-sopâ-lu « nous n'avions pas encore fait semblant d'aimer » n'est qu'une seule et même forme composée de différents mots agglutinés, de façon à n'en faire plus qu'un et ayant tous un rôle fixe, une position fixe dans cet assemblage. Les trois derniers éléments ont le sens de « ne pas faire semblant d'aimer » ; le premier, mas, indique l'action elle-même, âgu dit qu'une action n'est pas encore commencée, nu est l'élément personnel, won est signe de l'imparfait. Ajoutons que ce mot n'est pas des plus compliqués ; nous pourrions en citer une foule d'autres qui semblent bien autrement touffus, mais le procédé de formation est toujours le même.

De toutes les langues des Nègres d'Afrique, le wolof est une des plus importantes, au point de vue des intérêts de la civilisation européenne. Les établissements français du Sénégal sont en contact journalier avec les Wolofs, et ceux-ci ont emprunté à notre langue un certain nombre de mots. Le long du fleuve du Sénégal, le wolof confine à la langue arabe parlée sur la rive droite de ce cours d'eau, et il s'étend au sud sur une grande partie de la Sénégambie : le wolof est la langue du Dyo-

lof, du Kayor, du Walo, du Dakar, et on le parle également dans le Baol, le Sine et la Gambie.

Groupe mandé. Le mandingue occupe la moitié méridionale de la Sénégambie et le territoire de la haute Guinée ; le bambara est parlé un peu plus au nord, à l'est de la Sénégambie centrale ; le sonsou, le véi, le téné, le gbandi, le landoro, le mendé, le gbésé, le toma, le mano font partie de la même famille.

Le groupe feloup occupe également la Sénégambie méridionale et les régions situées un peu plus au sud ; il est en contact de divers côtés avec le mandingue dont nous avons parlé ci-dessus. Cette branche comprend de nombreux idiomes : le feloup, sur la Gambie, le filham sur le fleuve Casamanze, le bola, le sérère, le pépel dans les îles Bissagos, le biafada sur le fleuve Géba, le padjadé, le baga, le kaUoum,-le temné, le boullom, le cherbro, le kissi.

Le sonraï est isolé. Il occupe la région du fleuve Niger, dans la partie de son cours située le plus au nord-est (au sud-est de Tombouctou), vers le 15e degré de latitude septentrionale. Le sonraï est donc parlé dans une partie du Sahara du sud, et son territoire confine à celui des Touaregs qui s'étendent plus au nord. On peut dire d'une façon générale qu'il est parlé de Tombouctou à Agadès.

Le haousa, dont les dialectes sont nombreux, est en quelque sorte la langue du Soudan. Aucun autre idiome de l'Afrique centrale n'est aussi répandu que la haousa ; son territoire, au sud-est du souraï entre le Niger et le pays de Bornou, est fort étendu ; c'est la langue commerciale de l'Afrique du centre. Le haousa est assez bien connu, grâce notamment aux écrits du missionnaire anglais James F. Schôn.

Les voyelles du haousa sont assez nombreuses. Outre les a, i, u (le son « ou » du français) et leurs correspondantes longues, un o et un e, il possède un e et un i ex^rc

sivement brefs (qu'il est assez difficile de distinguer l'un de l'autre) ; une labiale tenant le milieu de « a » et de « o » et qui peut être prolongée ; enfin un « a » et un « e » sourds et gutturaux. Cette échelle des sons est assez nuancée et donne au langage une certaine variété. Quant au système des consonnes, il n'a rien de compliqué. A côté des trois paires d'explosives ordinaires (p, t, k, et b, d, g), à côté des nasales m, n, des vibrantes r, l, des sifflantes /, s, z, s (le « ch » français, le « sh » anglais), i (le <c j » français), des chuintantes que nous transcririons en français par « tch » et « dj », il possède une demi-voyelle w (dont le son paraît être celui de notre « u » dans nuit, suite » ), et une nasale analogue à celle de l'anglais « king ».

Le genre, en haousa, peut être distingué, non-seulement par l'annexion au mot principal d'un mot accessoire dont le sens est celui de « mâle » ou de « femelle » (enfant + mâle = garçon, enfant + femelle = fille, et ainsi de suite), mais encore par une terminaison ia ou nia dont le sens n'est pas bien éclairci : sa « taureau »,sania « vache ». L'origine de cette terminaison doit évidemment être la même que celle de l'autre procédé. Le pluriel d'un nom est indiqué de même par l'annexion d'une particule (il y en a de plusieurs espèces) et parfois on redouble la dernière syllabe du mot. Dans la pratique cette formation du pluriel présente certaines difficultés, mais au point de vue de l'anatomie de la langue, elle n'a rien que de très simple et de très compréhensible.

Point de déclinaison véritable, point de cas, ainsi d'ailleurs que dans toutes les autres langues agglutinantes. C'est par sa position dans la phrase ou à l'aide de particules qui lui sont adjointes que le mot indéclinable prend la valeur des différents cas du grec et du latin : ma-sa « à lui », ma-ta « à elle », gare-sa « de lui, venant de lui ». Quant au mot qui est sujet de la phrase (dominus) et

S? T.* I TNGUTSTIQTT

quant à celui qui est régime direct (dominum), ils se trouvent désignés par leur place même : le dernier est naturellement posé après le premier. S'agit-il, enfin, d'exprimer la dépendance d'un mot par rapport à un autre mot (« le nom de pays, la sœur du père » et ainsi de suite, en un mot la notion du génitif grec et latin) le mot principal précède immédiatement l'autre mot, ou bien on place entre les deux mots la particule na, n au masculin, ta au féminin.

Comme dans toutes ses autres langues agglutinantes, c'est par l'accumulation de mots passés à l'état de particules, que se forment les prétendus temps et modes du haousa. C'est affaire aux grammaires spéciales que d'énumérer ces particules et d'expliquer leurs différentes manières de s'apposer les unes et les autres au mot principal. A première vue tout ce système semble un peu compliqué, mais il n'offre point de difficultés dont une analyse un peu méthodique n'ait aisément raison.

Le groupe bornou, ou boumou, est situé aux alentours du lac Tchad, dans l'Afrique centrale, à l'est du haousa dont nous venons de parler. Il comprend une demidouzaine d'idiomes, parmi lesquels le kanem et le téda, langue des Tibbous, au nord et au nord-est du lac, le kanori, le mourio, le ngourou.

Le groupe krou (krou et grebo) nous ramène sur la côte de l'Atlantique, près du fleuve Saint-Paul.

Le groupe egbé, ou évé, occupe les régions situées vers la partie occidentale du golfe de Guinée, par le 7e degré de latitude et encore un peu plus au nord. On y compte quatre idiomes parents les uns des autres : Yegbé, le yorouba, l'od/i, le ga ou akra.

L'ibo, autre rameau guinéen, est parlé dans le pays des embouchures du Niger. L'ibo est plus au sud, le noupé plus au nord.

l ii peu plus à l'est, par le 7e degré de latitude, se trouve le mitchi, idiome isolé.

Plus à l'est encore, au sud du groupe bornou et du lac Tchad, est situé le groupe mosgou : mosgou, batta, logoné.

Le baghirmi, encore plus vers l'orient, au cœur même de l'Afrique, s'étend au sud-est du lac Tchad.

Le maba est parlé plus avant encore dans la même direction et ne se rattache pas davantage aux idiomes qui l'environnent.

Enfin à Test de l'Afrique centrale, placé au sud de la Nubie et à l'ouest de l'Abyssinie, se trouve un autre groupe de langues parlées également par les Nègres, le groupe des langues du Haut Nil : le chilouk, sur la rive gauche du Bahr el Abiab ; le dinka, sur la rive droite du même fleuve ; le nouer, immédiatement au-dessous du chilouk ; le bari, vers le 5e degré de latitude et encore plus au nord.

Répétons-le avant de terminer, les différents groupes de langues parlées par les Nègres d'Afrique, par les Nègres de la Sénégambie, du Soudan et de la Guinée supérieure, sont généralement indépendants ; ils ne constituent pas une seule et même famille, bien qu'étant tous agglutinants.

En ce qui concerne la géographie de ces langues, nous renvoyons particulièrement au premier volume de l'ouvrage de R. N. Cust, A Sketch of the modem Languages of Africa.

§ i. Langues du groupe bantou.

Le domaine de ces langues est considérable : on peut dire, d'une façon générale, qu'elles occupent le sud de

l'Afrique, abstraction faite des contrées où l'on rencontre les Bochimans et les Hottentots. Au sud elles atteignent les environs du Cap ; au nord, elles confinent au groupe éthiopien des langues khamitiques, aux langues des Nègres de Guinée et dépassent un peu la ligne équatoriale. Leur étendue en longueur correspond ainsi à la moitié totale de l'Afrique.

Un quart environ des Africains parlent les différents idiomes de cette famille. Les dialectes du groupe bantou sont nombreux et remontent tous à une origine commune. Nous avons vu qu'il était loin d'en être ainsi pour les langues parlées par les Nègres africains, au centre et à l'ouest de la péninsule. La langue mère qui a donné naissance aux différents idiomes de ce groupe est tout à fait inconnue, mais il n'est nullement impossible que l'on arrive un jour ou l'autre à en reconstituer les traits essentiels. Cette reconstitution portera aussi bien sur le lexique que sur le système grammatical.

Le nom général de langues des Cafres, que l'on donne parfois aux idiomes du groupe bantou, est un nom conventionnel. Ce mot de « cafre »,.. qui est d'origine sémitique et veut dire « infidèle », après avoir été appliqué à toutes les populations du sud-est de l'Afrique, s'est trouvé limité de plus en plus. On ne le donne guère aujourd'hui qu'aux tribus qui s'étendent du nord-est de la colonie du Cap à la baie de Délagoa.

Il y a donc lieu de faire quelque réserve lorsqu'on donne le nom d*idiome cafre, soit au kisouahili dans le pays de Zanzibar, soit au dialecte de Fernando-Po dans le golfe de Guinée.

Le mot de « bantou » est préférable. C'esl le pluriel du mot qui signifie « homme » ; il a le sens « d'hommes », do « population », de « peuple » et peut facilement s'appliquer par extension h la langue elle-même,

La phonétique de toute cette famille c<i <]o* plus riches

et ne manque pas d'harmonie. En principe, les mots y sont formés par la préfixation — et non la suffixation — des éléments destinés à indiquer les relations et les modes d'être de la racine principale.

On divise en trois branches les langues du groupe bantou : une branche occidentale, une branche centrale, une branche orientale, et ces trois branches se divisent à leur tour en différents rameaux. Voici leur énumération sommaire d'après la classification généralement adoptée (Hahn, Fr. Mùller) :

Branche de l'est : langues du pays de Zanzibar ; langues de la région du Zambèse ; groupe cafir-zoulou.

Branche centrale : sétchouana et tékéza.

Branche de l'ouest : congo, héréro, etc.

Les principales langues du groupe nord-est (région de Zanzibar) sont : le kipokomo, un peu au sud de l'équateur ; le kisouahili (par le 5e degré de latitude sud) ; le kinika ; le kikamba ; le kihiaou, vers le 13e degré. Le peuple le plus généralement connu d'entre ceux qui se servent de ces idiomes est celui des Souahilis.

Un peu plus au sud, nous trouvons les langues du Zambèse, tété, séna et autres.

Le makoua, un peu plus au nord-est, est parlé dans le pays de Mozambique.

Plus au sud encore, le zoulou et le cajir, fort rapprochés l'un de l'autre. (Consulter l'important ouvrage de R. N. Cust, A Sketch of the modem Languages of Afrlca, tome II, p. 1-434, avec la carte ; Fr. Mûller, Grundriss der Sprachwissenschaft, tome 1er, p. 238 ss). Le premier de ces idiomes est parlé par les Amazoulous dans le pays zoulou et la terre du Natal ; le second parles Amakhosas ou Cafres proprement dits, au sud du territoire de Natal. Au cafir et au zoulou se rattache aussi le fingou, parlé par les Amafingous, les Amazouazis et quelques autres peuplades nombreuses. Ce groupe des Cafres s'étend

ainsi de la colonie du Cap jusqu'à la baie de Délagoa.

Des deux langues du groupe central, le tékéza est la moins connue.

L'autre, le sétchouana, Test beaucoup mieux. C'est la langue des Bétchouanas, parlée plus au nord que le 20e degré de latitude, plus au sud que le 25*. Il comprend, à l'est, le sésouto, langue des Basoutos ; à l'ouest, le sérolong, le sétlapi, langues des Barolongs, des Batlapis, et d'autres idiomes encore.

Gagnons à présent la côte occidentale, la côte de l'Atlantique. Le domaine du système linguistique bantou est moins étendu ici que sur la côte de l'océan indien.

Au nord, il dépasse l'équateur de 4 ou 5 degrés, et confine aux langues des Nègres proprement dits.

La division septentrionale de ce groupe occidental comprend la langue de Fernando-Po, le mpongoué, le dikélé, Yisoubou et le doualla, le congo, qui de tous ces idiomes est le plus important, et quelques autres langues peu connues.

Plus au sud, entre autres idiomes, il faut distinguer le bounda, langue d'Angola, et le héréro parlé aux alentours du 19e degré de latitude méridionale. Ce dernier idiome confine, au sud, à un dialecte hottentot, le nama.

La classification de W Bleek est un peu différente. Il divise toutes ces langues en trois branches (1).

La première comprend le cafir, le zoulou, le sétlapi, le sésouto, le tékéza.

La seconde compte cinq subdivisions : tété, séna, makoua, kihiaou ; kikamba, kinika, kisouahili, kisambala ; bayéiyé (dans l'intérieur des terres) ; héréro, sindonga (langue des Ovambo), nano (dans le Bengouéla), angola ; congo, mpongoué.

La troisième comprend le dikélé, le benga (dans les

(1) Bleek. A Comparative Grammar o{ South-Africa Lang liages. Londres, 1869, p. 5.

îles de la baie deCorisco),le doualla, l'isoubou, la langue de Fernando-Po.

Il est assez difficile de se prononcer sur ce groupement. On ne connaît point toutes les langues du centre de l'Afrique méridionale ; de nouvelles découvertes, de nouvelles études aideront sans doute à classer d*une façon plus exacte les idiomes que l'on connaît déjà.

Il n'y a rien à dire de particulier des voyelles du groupe bantou, sinon qu'elles se prêtent volontiers à des contractions, à des suppressions euphoniques et à des variations assez nombreuses, mais toujours bien motivées. Les idiomes cafres sont plus raffinés en cela que beaucoup d'autres langues agglutinantes. On rencontre chez eux de véritables exemples d'harmonie vocalique, c'est-à-dire des exemples de la voyelle d'une syllabe s'assimilant à la voyelle d'une autre syllabe du même mot.

Le système des consonnes semble assez compliqué dans les différents idiomes du groupe bantou. Cela tient surtout à la grande quantité de consonnes doubles dont le premier élément est une nasale : nt, nd, mp, etc., etc.

D'autre part nous retrouvons ici une partie des « claquements », des consonnes « claquantes » dont nous avons parlé lorsqu'il s'est agi de la phonétique du hottentot. Les Cafres auraient emprunté aux Hottentots ces consonnes particulières ; en tout cas on ne les rencontre que dans les dialectes voisins du hottentot, par exemple dans les idiomes du rameau kafir-zoulou. Plus on s'éloigne de ce voisinage, moins ces consonnes deviennent fréquentes. Ainsi nous né les trouvons pas en mpongoué. D'ailleurs, dans les idiomes cafres, ces claquements ne peuvent pas précéder d'autres consonnes (comme c'est le cas en hottentot) ; elles ne font que tenir la place d'autres consonnes. Des quatre claquements du hottentot il n'y en a que deux qui soient communément usités ici,

notamment le claquement dental. Des deux derniers l'Un est fort rare, l'autre tout à fait inconnu.

Le nombre des autres consonnes est assez considérable. Elles sont soumises à des lois euphoniques, et les principes d'après lesquels elles correspondent les unes aux autres dans les différents idiomes sont des principes réguliers. Un grand nombre de ces concordances sont- aujourd'hui connues et déterminées (1). Le cafir paraît plus avancé que ses congénères dans les voies de l'euphonie.

Les langues du système bantou ont ceci de particulier que le mot est formé en principe non point par des suffixes — c'est-à-dire par des éléments venant se placer après la racine, ■ — mais bien par des préfixes, c'est-à-dire par des éléments placés en tête même de la racine. Si nous nous reportons à la théorie exposée ci-dessus, p. 58, nous voyons que la forme du mot cafir, tékéza,héréro,etc., est celle-ci : r R.

Parmi ces préfixes, les uns désignent le singulier, les autres le pluriel. En cafir, par exemple, les préfixes du singulier sont ili, izd, u, ulu, um ; ceux du pluriel sont aba, ama, imi, izi, izim, izin, o. Ainsi umntu veut dire <( homme » et ah an tu « hommes » ; udade « sœur » et odade « sœurs ». Cela n'est qu'un exemple particulier, et les différents idiomes du groupe bantou n'ont pas tous aujourd'hui les mêmes préfixes formatifs ; mais ces préfixes d'apparence variée remontent cependant les uns et les autres à des formes communes plus anciennes. U a existé, à une époque que nous ne pouvons détermine r, un idiome bantou commun ; cet idiome s'est divisé en diverses langues caractérisées les unes et les autres par des lois euphoniques particulières, et la forme des pré-' fixes de cet ancien idiome s'est diversifiée naturellement dans les différentes langues auxquelles il donna naissance.

(1) BLEr.ic. Op. Cit., p. 81.

Nous venons de parler des préfixes um, aba et autres du cafir. La comparaison avec tous les autres idiomes du groupe bantou montre que la voyelle initiale de ces préfixes constitue réellement un autre préfixe. Les mots umntu, abantu se décomposeraient donc ainsi : u-m-ntu, a-ba-ntu et les éléments m, ba seraient (dans l'espèce présente) les vrais éléments dérivatifs du mot. Le sésouto (dialecte sétchouana) dit motu au singulier, batu au pluriel ; le séna munnto et vanttu ; le kihiaou (dialecte de Zanzibar) mundu et vandu. Mais en héréro nous retrouvons comme en cafir un autre élément préfixé : omundu, ovandu ; de même en congo : omuntu, oantu. Les auteurs qui se servent du mot « abantou » pour désigner l'ensemble de la famille, feraient donc mieux de s'en tenir simplement à celui de « bantou », qui est un dérivé de premier degré.

Voici d'ailleurs un tableau des formes de ce mot au singulier et au pluriel dans quelques-uns des idiomes qui nous occupent :

Singulier.

Pluriel.

Kisouuliili .... mlu,

Kinika mulû-,

Kikamba. . ' . . . mundu,

Kisambala .... muntu,

Kihiaou mundu,

Séna muntto,

Makoua mùllu,

Cafir umntu,

Zoulou umunlu,

Sétlapi motliu,

Sésouto molu,

Tékéza amuno,

Héréro omundu,

Sindonga umtu,

Nano omuno,

Angola omutu,

Congo omuntu,

Benga molo,

Doualla molu,

Isoubon molu,

walu

alu.

andu.

wantu

wandu.

vanttu.

attu.

abantu.

abanlu.

bathu.

balu.

vano.

ovandu.

oantu.

omano.

oatu.

oantu.

balo.

batu.

balu.

L'élément qui a pour mission d'indiquer la notion du cas se place également avant le nom. En héréro, par exemple, le signe de l'instrumental étant na, nous avons nomundu ou namundu « avec l'homme ». Il y a ici application d'une loi euphonique : la forcne première était naomundu pour na + omundu. En cafir, où « homme » se dit umntu et « hommes » abantu, ainsi que nous l'avons vu, ngomntu veut dire « avec l'homme » et ng abantu « avec les hommes » : ici le signe de l'instrumental est nga (correspondant à na du héréro) ; nous voyons comment il se préfixe au mot formé par un premier élément dérivatif, soit singulier, soit pluriel.

Le nom adjectif se forme avec le même élément dérivatif que le nom substantif auquel il sert d'épithète ; s'il y a une différence, elle est au moins très petite. Le mot kulu signifiant « grand » en cafir, on dit umntu omkulu « homme grand », abantu abakulu « hommes grands ». Le mot into « chose » étant au pluriel izinto, on dit, dans cette même langue, into enkulu « chose grande », izinto ezinkulu « choses grandes ». En un mot, l'adjectif concorde forcément, quant à sa formation même, avec le mot substantif qu'il qualifie.

Dans une même phrase donc, le mot kulu « grand » pourra se voir juxtaposer quatre ou cinq préfixes différents, s'il est répété quatre ou cinq fois et sert d'épithète à autant de mots formés au moyen de tout autant de préfixes différents. Nous avons pris un exemple en cafir, nous eussions pu le prendre dans toute autre langue du groupe bantou. Le procédé est le même dans toutes ces langues ; de là les noms de langues allitérales, de langues concordantes, qu'on leur a donnés.

Le mécanisme de la façon d'exprimer les notions de temps et les notions de modalité, peut paraître assez compliqué, au premier abord, dans le système bantou. Au fond cependant, il n'en est rien. Ici, comme dans toutes

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