LE POUL
les langues agglutinantes, il n'y a qu'une simple agglomération de racines juxtaposées, une dérivation pure et simple.
La vraie caractéristique des langues appartenant à ce groupe, c'est la formation de ses mots au moyen de préfixes, d'éléments placés devant la racine ; c'est sur ce seul et unique point, qu'il était utile d'insister d'une façon particulière.
§ 5. Le poul.
Les Pouls ou Peuls, ou Foulas, occupent le centre de l'Afrique entre les 10e et 20° degrés de latitude ; à l'ouest, ils ne sont pas éloignés de la côte du Sénégal ; à l'est, ils s'étendent jusqu'au lac Tchad. C'est une région d'environ sept cent cinquante lieues de longueur, coupée à mi-chemin par le fleuve Niger. Sa largeur moyenne est d'environ cent vingt-cinq lieues, du 10e au 15e degré de latitude nord. Les dialectes principaux du poul sont le foutatoro, le foutadjallo, le boudou, le sokoto.
Le matériel phonétique du poul est peu compliqué ; on n'y rencontre point les gutturales de l'arabe en dehors des mots d'emprunt.
Le poul ne connaît pas la distinction du genre masculin et du genre féminin, mais il partage les êtres en deux catégories. Il distingue, d'une part, tout ce qui appartient à l'humanité : d'autre part, tout ce qui ne lui appartient pas : animaux et choses non animées. L. Faidherbe donne à ces deux genres les noms de genre hominin et genre brute (1). Cette distinction est capitale dans la grammaire poule. Les noms qui se rapportent à des
(1) Ci. Fr. Mullcr. op. cil., l. III, p. 1.
êtres du genre hominin, substantifs, adjectifs ou participes, ont tous au singulier la terminaison o, qui n'est qu'une racine pronominale agglutinée : gorko, homme. La désinence du pluriel des noms du genre hominin est bé, qui n'est encore que le pronom ils, elles. S'agit-il du genre brute, la terminaison du singulier est une voyelle, ou bien l, ou bien am ; la désinence o, y est très rare ; le pluriel paraît des plus compliqués, et certaines lois euphoniques semblent jouer un très grand rôle dans l'agglutination des terminaisons au radical. Les consonnes initiales du mot au singulier peuvent se changer en d'autres consonnes quand le mot est au pluriel.
Le verbe est beaucoup plus simple. Les différents temps se forment, comme dans toutes les langues agglutinatives, par l'agglomération de divers éléments dont l'analyse demeure toujours assez claire.
La syntaxe du poul n'est pas compliquée. L'ordre même de la succession des idées détermine en principe l'ordre des mots dans la phrase. Ainsi, le nom du possesseur est précédé de celui de la chose possédée ; le régime direct ou indirect suit le verbe. Toute la difficulté du poul réside, en somme, dans la grande variété des principes euphoniques, mais c'est là une difficulté considérable.
En embrassant le mahométisme, les Pouls ont introduit dans leur langue un certain nombre de mots arabes, des termes religieux, des termes de droit, bien d'autres encore. Ce bagage mis en dehors de la question, il restait à savoir s'il y avait vraiment une parenté entre certaines langues du Sénégal, telles que le wolof et le sérère, et la langue poule, et, en cas d'affirmative, quelle pouvait bien être cette parenté. Que le wolof, le sérère, le poul, et d'autres langues encore, aient en commun un certain nombre de mots, c'est ce que l'on ne peut nier ; mais, dans l'état actuel des connaissances, il serait au moins téméraire d'établir sur une concordance lexique,