LES LANGUES MALÉO-POLYNÉSIENNES
Plus tard, vers le douzième siècle, les Arabes, eux aussi, pénétrèrent en Malaisie ; ils y apportèrent l'islamisme, leur écriture, — si peu pratique, — mais on n'estime pas à plus de cent cinquante le nombre de mots arabes acceptés par le malai. Cet idiome est parlé par environ dix millions et demi d'individus ; sa littérature est considérable, mais n'a rien d'original. L'atchinois, parlé dans la partie septentrionale de Sumatra, par une population mahométane, est fort rapproché du malai ; quelques auteurs le regardent même comme un simple dialecte de ce dernier. Au sud de l'atchinois, toujours dans l'île de Sumatra et au nord du malai (qui, ainsi que nous l'avons dit, occupe la partie centrale de l'île), est parlé le battait par une population de soi-disant païens, cannibales, mais cependant assez civilisés et ayant leur écriture propre. (Au sud-ouest de l'île est parlé le « rédjang », au sud-est le « lampung », séparés tous deux du battak par le malai, qui détient le centre de Sumatra ; nous ne pouvons nous prononcer sur la nature de ces deux idiomes.) Le javanais est parlé par treize millions d'individus, non dans toute l'île de Java,mais seulement dans la partie centrale; idiome très important, dont la littérature a beaucoup emprunté à l'hindou et à l'arabe, et qui possède une écriture dérivée de l'indienne. Le. brahmanisme et le bouddhisme ont été jadis introduits à Java ; au quinzième siècle, l'islamisme y pénétra, et il y domine aujourd'hui. Dans l'ouest de Java, c'est-à-dire à Batavia, est parlé le sondéeri, qui ne diffère pas considérablement du dialecte précédent ; quatre millions d'individus, mahométans. Dans la partie orientale de l'île et dans l'île de Madura est parlé le madurais. Un peu plus à l'est le balinais, parlé par cinq cent mille individus, dont la religion est le brahmanisme ou le bouddisme. En remontant vers le nord, à Célèbes (à l'est immédiatement de Bornéo), on trouve au nord Valfmirnu, qui sp m hIi jj ilumi'iili
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certaines des îles Moluques ; au sud, le boughi ; à l'extrême sud-ouest, le makassar.
Nous avons dit que toute la côte de Bornéo était occupée par le malai. La population des Dayaks, qui habitent l'intérieur de l'île, est une population sauvage.
Quant aux langues de Sumbawa, de Sumba, de Floris, de Timor et des autres îles situées au sud-ouest du domaine malai, on n'a sur leur compte que des renseignements fort imparfaits, et il est encore impossible de les classer.
On trouvera dans le volume de R. N. Cust, A Sketch of the modem Languages of East Indies, des renseignements sur la distribution de ces différents dialectes.
Toutes les langues maléo-polynésiennes ont une origine commune ; elles sont indépendantes de toute autre famille linguistique. Bopp fit une tentative malheureuse pour les réunir aux langues indo-européennes ; d'autres auteurs voulurent les rattacher à une prétendue famille touranienne dont nous dirons quelques mots au paragraphe vingtième du présent chapitre. Ce fut peine perdue. Leur système phonétique est distinct et bien distinct de tous les autres, leurs racines sont parfaitement originales et ne se prêtent à aucun rapprochement avec les racines du système indo-européen ou de toute autre famille.
D'après Fréd. Mùller, l'ancienne phonétique commune du maléo-polynésien se composait des trois explosives 7:, t, p, des trois nasales correspondantes, d'un h, d'un r, des sifflantes s, f, v et des voyelles a, i, u (prononcez « ou »), e, o. C'est plus tard seulement que parurent les autres sons que présentent les langues maléo-polynésiennes, par exemple g, d, b, tch, dj, y, l, etc. Les éléments qui s'adjoignent à la racine pour former les mots sont tantôt préfixés, tantôt suffixes ; parfois, dans certains