LES LANGUES MALÉO-POLYNÉSIENNES
dialectes, on les intercale dans le corps même du mot : en d'autres termes, on les incorpore.
Des trois groupes maléo-polynésiens, le groupe malai présenterait les formes les plus pleines, les mieux développées ; la branche tagala se distinguerait particulièrement. Ensuite viendrait le groupe mélanésien, moins riche déjà ; enfin le groupe polynésien aurait considérablement à envier, sous ce rapport à la langue des Philippines, à celle de Formose, au malgache de Madagascar.
Serait-ce à dire que le groupe malai représenterait avec plus de fidélité les formes communes qui ont donné naissance au tahitien, au tagala, au javanais ? Cela, assurément, ne saurait être affirmé.
Ce qu'il convient de supposer, c'est que le polynésien a été détaché de l'ensemble de sa famille à une époque où la langue n'était pas encore fort développée, et que sa civilisation propre ne lui a pas permis de développer davantage. Ainsi que l'a très justement remarqué Fréd. Mùller, les langues à flexion se divisèrent en familles distinctes à un moment où leur structure était déjà parfaite : à partir de l'époque où ces différentes familles se trouvèrent constituées, nous n'assistons plus au développement de leurs formes ; nous ne sommes plus témoins, au contraire, que de leur altération. Mais s'il s'agit d'autres langues que des langues à flexion, nous assistons à un spectacle différent. Ici, en effet, la séparation d'une seule et même famille en branches bien distinctes s'opère à un moment où la structure du système commun n'est pas encore parachevée ; chacun des différents idiomes, après s'être détaché de ses congénères, doit encore pourvoir par ses propres moyens à l'achèvement de sa structure propre et individuelle. Dans ces sortes de langues il est donc aisé de retrouver identité de racines et identité d'éléments servant à former les mots,
mais cela est tout et l'on ne peut espérer trouver identité de mots tout construits.
La grammaire m'aléo-polynésienne est celle de toutes les langues agglutinantes. Point de déclinaison véritable ; des particules font l'office de nos prépositions. Ainsi, le mot vitien na tanoa « le bassin » donne ki na tanoa « au bassin », î na tanoa « dans le bassin », kei na tanoa « avec le bassin » ; le polynésien de la Nouvelle- Zélande dit te tanata « l'homme », a te tanata « de l'homme », ki te tanata « à l'homme » ; même procédé en malai : ânak « l'enfant », àkan ânak « à l'enfant », deri ânak « [venant] de l'enfant ».
Aucun élément particulier ne vient s'agglutiner au nom pour former le pluriel. Dans la langue du Viti, par exemple, a tamata, signifie aussi bien « les hommes » que « l'homme » ; dans celle d'Erromango, iiiteni signifie aussi bien « les fils » que « le fils ». C'est à l'aide de procédés en quelque sorte artificiels que l'on arrive à indiquer la pluralité. Tantôt c'est en opposant à un article indiquant le singulier, un article différent indiquant le pluriel : maori, te tanata « l'homme », na tanata « les hommes », ki te tanata « à l'homme », ki na tanata « aux hommes » ; tantôt c'est en employant un mot signifiant accumulation, foule : tahitien, te taata « l'homme », te mau taata « les hommes ».
Le procédé est analogue, tout aussi artificiel, tout aussi primitif, dans les différents idiomes du groupe malai : ou bien l'on adjoint au mot dont il s'agit un autre mot exprimant le grand nombre, la collectivité, ou bien l'on redouble le mot. Ce redoublement a ses règles particulières. C'est ainsi que dans la langue de Formose, on redouble la première syllabe : sjien « la dent », sisjien « les dents » ; en javanais, tout le mot peut être redoublé : ratu « le prince », raturatu « les princes ».
Le genre n'est point désigné davantage par la juxta-