LES LANGUES MALÉO-POLYNÉSIENNES. 10"J
position au mot d'un nouvel élément. On se sert d'un mot accessoire. Dans la langue de Viti, par exemple, c'est tagane « masculin » et aleva « féminin » ; a gone tagane « garçon », a gone aleva « fille ». En tahitien, metua signifie « parent », et se rapporte aussi bien au père qu'à la mère ; mais s'il s'agit de désigner tout spécialement le père ou la mère, on ajoute à ce mot ou bien celui de tane, où bien celui de vahiné. Pour les animaux, on se sert de deux autres expressions : oni et ufa ; l'on dit, par exemple, moa oni « coq » moa ufa « poule » (1).
D'autre part, point de conjugaison véritable : c'est par des particules, par des affixes, par l'emploi de mots auxquels on ne donne plus qu'une signification toute subordonnée, que l'on arrive à donner au mot principal l'idée secondaire de temps ou de mode. En général, le mot principal, le verbe de cette soi-disant conjugaison, est placé à la fin ; ainsi, dans la langue mélanésienne d'Aniiiitom, Ton dit : ek asaig « je dis », eh mun asaig « j'ai dit », ekis asaig « je disais », ekis mun asaig « j'avais dit », ekpu asaig a je dirai », eku vit asaig « si je dis », et ainsi de suite. Cela toutefois est loin d'être une règle absolue.
Le fonds de la numération est décimal.
Nous avons dit tout à l'heure que dans les langues maléo-polynésiennes les éléments qui venaient se juxtaposer au mot pour le dériver, pour lui donner un sens secondaire, pouvaient être placés en tête de ce mot (comme c'est le cas régulier dans les langues du système bantou), ou à la fin du mot (comme c'est le cas dans les langues indo-européennes et les langues australiennes), ou, enfin, être incorporés dans le mot.
Lorsque les divers idiomes polynésiens forment leurs causatifs en dérivant le mot principal par faka, haa,
(1) Gaussin, Du dialecte de Tahiti, de celui des iles Marquises cl, en général, de la langue polynésienne. Paris, 1853.
fa'a, vaka, etc. (maori : kite « voir », vakakite « fait voir » ; tahitien : mate « mourir », haamate « tuer », il y a préfixation. Il en est de même encore dans les mots malais berpâkei « vêtu, muni d'un vêtement », berbîni <( marié, pourvu d'une femme », tirés de pâkei « vêtement », bîni « femme ».
Nous trouvons, au contraire, que la dérivation est opérée au moyen d'un suffixe, c'est-à-dire d'un élément placé après le radical, dans le tagala putian « blancheur », provenant de puti « blanc », bigayan « don », provenant de bigay « donner ». Il en est de même dans le maori korerotia « dit », dérivé de korero « dire », dans kaina « nourriture », dérivé de kai « manger ». C'est ainsi que le polynésien forme son passif.
Enfin, dans le groupe malai, nous trouvons parfois l'élément dérivatif incorporé, c'est-à-dire placé à l'intérieur même du radical. Ainsi, en tagala, de tapay « pétrir » est dérivé de t-in-apay « pain », de sipit « saisir » est dérivé de s-in-ipit « ancre ». Plusieurs éléments dérivatifs peuvent se trouver dans un seul et même mot.
Les langues maléo-polynésiennes ont presque toutes une littérature plus ou moins développée. Chez les Polynésiens, on trouve un grand nombre de contes, de récits et de chants traditionnels. La littérature du malai est même assez riche. A la vérité, elle a beaucoup emprunté; ses écrits philosophiques sont inspirés par ceux des Hindous et des Musulmans ; mais ses romans et ses contes lui appartiennent souvent en propre, et ses poésies sont presque fugitives, des dialogues, des dictons, des fables, mais encore de vrais poëmes épiques et dramatiques. Le javanais possède une littérature qui doit beaucoup au sanskrit, non-seulement dans ses allures et son esprit général, mais encore dans son vocabulaire. Il a toutefois, lui aussi, ses poëmes et ses chants originaux, ses fables et ses légendes.