LE JAPONAIS
Le malai s'écrit avec les caractères arabes, que l'islamisme lui a fait connaître ; l'on ignore quel était son ancien alphabet. Les autres idiomes du groupe malai (tagala, javanais, makassar, etc.) ont emprunté leurs différents systèmes à un vieil alphabet hindou.
§ 11. Le japonais.
L'on a souvent cherché à rapprocher le japonais des langues ouralo-altaïques : du mongol, du turc, du magyar, du suomi et de tous les autres idiomes de cette famille.
(Voir Pott, Ueber die Verschiedenheit des meuschlithen Sprachbaues [Humbolt], t. Ier, p. CCCLXXIII ; Boller, Acad. des sciences de Vienne, t. XXIII.)
C'est du continent asiatique sans doute que sont venus les Japonais dans les îles qu'ils occupent aujourd'hui ; mais s'ensuit-il que leur langue ait une origine commune avec les langues du continent, même les plus voisines ? En aucune façon : il ne suffit point, pour établir ce prétendu fait, d'une simple et gratuite assertion.
Jusqu'à présent, on n'a donné aucune preuve sérieuse de cette prétendue parenté. On a bien dressé des listes de centaines de mots qui semblent offrir entre eux plus ou moins d'analogie, mais il ne s'agit pas ici de faire des étymologies. Les cinq cents homophones mong'.lojaponais, que l'on s'est plu à découvrir, ne font pas avancer la question d'un seul pas. Autant comparer entre eux l'article portugais o, a, l'article magyar a, et l'article basque a. Cela n'est pas sérieux. Veut-on arguer du grand nombre des soi-disant concordances de mots japonais et de mots mongols ou magyars, l'on ne fait
qu'aggraver un cas déjà détestable : plus on entasse de semblables fantaisies, moins l'on devient excusable.
C'est en vain également que l'on invoque telles ou telles analogies dans la syntaxe : le bulgare qui place après le substantif l'article qu'il s'est fabriqué, serait-il, pour cela, allié au roumain, au basque, chez lesquels l'article est suffixe au nom ? C'est faire preuve, derechef, d'une profonde ignorance de la méthode linguistique que de demander à la syntaxe, dont les lois sont toutes secon-. daires, la raison du plus ou moins d'affinité des langues. En dehors d'une communauté de racines, il n'y a rien à espérer d'où puisse venir quelque preuve sérieuse relativement à cette question de l'origine unique ou multiple de deux ou plusieurs idiomes. Les prétendues similitudes de syntaxe n'ont pas plus de valeur que les amas de comparaisons de mots tout faits ; encore un coup, plus on se plaît à en entasser, moins on fait preuve d'esprit critique.
Il se peut que la langue japonaise soit rattachée plus tard à quelqu'une des familles linguistiques actuellement reconnues ; mais, dans l'état actuel des connaissances, il est impossible de rien avancer de certain ; il se peut que les recherches aboutissent dans ce sens, mais elles n'ont pas encore abouti.
Le japonais occupe la partie sud et centrale de l'archipel situé entre la mer du Japon, ainsi que la mer Bleue, et le Pacifique ; il comprend un certain nombre de dialec es qui ne paraissent pas éloignés les uns des autres.
L'écriture japonaise actuelle est assez difficile. Elle dérive des caractères chinois et remonte aux premiers siècles de notre ère, vraisemblablement au troisième. Chose assez singulière, cette écriture idéographique aurait été substituée à une écriture alphabétique plus ancienne, empruntée aux Coréens. De même que dans le système chinois, les signes, en japonais, s'écrivent' de
Lh JAPONAIS. 107
haut en bas en colonnes parallèles, dont la première est celle de droite. Outre l'écriture cursive appelée hirakana, qui est universellement répandue dans le pays, il y a un système particulier, nommé katakana, dont les signes sont incontestablement plus simples, mais qui n'est guère employé que par les étrangers peu familiarisés avec l'autre système.
Notons d'ailleurs que l'écriture japonaise est une écriture syllabique. Abstraction faite des voyelles (a, i, u, e, o), elle procède par syllabes, par groupes, d'une consonne accompagnée d'une voyelle : ka, ki, ko, etc. Le syllabaire japonais actuel comprend soixante-douze signes ; il en a compté jadis un tiers de moins environ.
Une nouvelle évolution semble devoif se produire un jour ou l'autre dans la transcription de la langue japonaise ; cette réforme considérable et très justifiée serait l' adoption de l'alphabet latin.
La première assemblée du Congrès des orientalistes a mis cette question à l'étude, et nous pensons qu'il y a quelque chance de succès (1).
On a pu constater une fois de plus, lors de cette tentative, à quel point il serait avantageux d'introduire dans nos établissements typographiques quelques caractères nouveaux et peu compliqués destinés à préserver dis plus dangereuses confusions dans la transcription des langues qui ne se servent pas des caractères latins. Notre ch, par exemple, qui est le sh anglais, le sch allemand, le sz polonais, le s magyar, demande à être rendu |inr un signe unique lorsqu'il s'agit de la transcription d'un texte écrit en caractères particuliers : ce sera évidemment le signe s qu'emploient les Croates et les Tchèques. L'on rendra par le signe croate i notre j français, qui, en allemand et dans les langues slaves pour les-
(\) Congrès des orientalistes. Paris, 1873.
quelles on emploie l'écriture latine, a le son de notre « y » (1). Sans prétendre atteindre à une simplification parfaite, l'on peut au moins s'arrêter à un système uniforme. La langue japonaise s'y prêterait sans difficulté.
La phonétique du japonais est assez simple. La formation des mots se prête à démontrer clairement ce que c'est qu'une langue agglutinative. La notion des cas est rendue très distinctement par le fait que des racines secondaires qui ont perdu leur indépendance et n'indiquent plus qu'une idée de relation, viennent se suffixer, s'annexer à la racine principale.
Quelques auteurs voudraient, dans la transcription latine des textes japonais, séparer par un trait d'union, par un tiret, le thème du mot d'avec ces éléments de rapport juxtaposés : hito-no « de l'homme », hito-de- (( avec l'homme ». Mais ce système ne saurait être défendu par aucune bonne raison. Autant voudrait séparer en français le signe du pluriel s d'avec le reste du mot et écrire, par exemple, « père-s, dame-s, bon-s », ce que l'on justifierait par des motifs tout aussi valables. La juxtaposition la plus intime est le propre même des langues agglutinatives, et l'on ne pourrait, sans négliger le mode très caractéristique de la formation du mot dans ces sortes de langues, les représenter dans l'écriture tout autrement qu'elles n'existent en réalité dans la parole. Tout au plus pourrions-nous admettre que l'on réunît par un tiret au mot principal les préfixes o, me, qui déterminent le genre : neko « chat » : o-neko « matou », me-neko « chatte ». Quant aux signes du pluriel (tels que tatsi) ils doivent suivre, tout comme les éléments indiquant les cas, le principe de juxtaposition pure et simple : hitotatsino « des hommes », hitotatside « avec les hommes », au singulier hitono, hitode.
(1) E. Picot. Tableau phonétique des principales langues usuelles. Revue de linguistique, t. VI, p. 362.