LE JAPONAIS
S'agit-il de rendre les notions de temps et de mode, le japonais admet, comme toutes les autres langues agglutinantes, ces séries d'éléments juxtaposés les uns aux autres, dont nous avons déjà parlé et qui déterminent d'une façon de plus en plus précise le sens de la racine principale : élément négatif, élément causatif, élément optatif, et ainsi de suite. Il nous semble peu utile de dresser une liste d'exemples faciles à trouver dans les grammaires japonaises. Ces exemples seraient absolument analogues à ceux que nous avons déjà cités et que nous aurons à reproduire en parlant avec un peu plus de détails d'autres langues agglutinantes.
Sauf quelques publications éparses, la littérature japonaise n'a pas encore trouvé d'historien ; son intérêt pourtant est manifeste. L'histoire, le roman historique, les contes et les romans y tiennent une place considérable. Les ouvrages japonais de philosophie religieuse et de poésie sont également en grand nombre, et dans l'ordre des sciences, ceux de philologie et de hotanique ont aussi leur importance. Ce ne sera pas sans doute une tâche très aisée que de discerner dans toutes ces compositions la part réellement japonaise de la part due à l'influence chinoise qui s'est fait sentir, notamment vers le troisième siècle de notre ère ; mais on peut prévoir que ce travail plein d'intérêt ne demeurera pas longtemps à l'état de desideratum.
Les mots chinois qui se sont introduits dans la langue japonaise avec cette influence littéraire sont soumis, tout comme les autres, au principe de juxtaposition ; c'est ainsi qu'en français nous mettons au pluriel en s des mots empruntés au langues germaniques : « meurtres, heaumes », ou aux langues slaves : « cravates, verstes ».
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§ 12. Le coréen.
Cette langue a été rattachée à différents idiomes agglutinants, notamment au japonais. Sans nier absolument la possibilité du fait, nous attendons, avant de l'accepter, qu'on veuille bien l'appuyer de quelques arguments se-* rieux. Jusqu'à ce jour on ne s'est guère contenté que d'assertions à peu près gratuites.
De tous les idiomes de l'extrême Orient, le coréen d'ailleurs est le moins connu et le moins étudié. Il possède un véritable alphabet composé de voyelles et de consonnes figurées individuellement ; son écriture, en d'autres termes, est alphabétique. Cet alphabet assez simple daterait du quatrième siècle de notre ère ; mais son origine, en dépit de toutes les suppositions faites à ce sujet, est encore inconnue.
En coréen, de même que dans les autres langues agglutinantes, des postpositions viennent se joindre intimement au mot pour rendre les différentes idées de rapport, de relation, que les langues à flexion expriment par leurs cas. Le pluriel s'indique par la répétition du mot ou l'adjonction d'un autre mot dont le sens est celui de « tous » ou « beaucoup ».
Dans le lexique coréen, il s'est introduit un très grand nombre de mots chinois que l'on peut reconnaître sans trop de difficulté, bien que leur mode de prononciation soit assez varié.
LES LANGUES DU CENTRE ET l)I> SUD DE L'INDE. III
§ 13. Les langues du centre et du sud de l'Inde.
L'Inde centrale et méridionale est peuplée par des Kols et des Dravidiens, peuples de peau foncée. Les premiers sont disséminés, sous différents noms, et par groupes plus ou moins importants, depuis le territoire de Nagpour, à l'ouest, jusqu'au Gange inférieur, à l'est. L'on ignore quelle peut bien être leur origine. Tandis que les Kols de l'ouest ont reçu et parlent un idiome aryen (soit l'hindi, soit le marathi), ceux de l'est, les Kolarians, ont conservé leur propre et vieil idiome, le kourkou, le korwa, le moundari, le santlial, le bhoumidj, le ho, le djouang.
La phonétique de ces langues est riche. Elles dérivent les mots au moyens de suffixes, parfois au moyen d'infixés : en santhal, dapal « couvrir », danapal « couverture » ; en moundari, dub « s'asseoir », dunub « siège ». Le système numérique est vigésimal.
D'après Cust, ces différents idiomes seraient parlés par environ deux millions d'individus.
Les langues dravidiennes, que l'on a appelées également langues tamouliques, langues tamiliennes, langues malabarres, tirent leur nom d'un mot hindou. Ce mot servait primitivement aux brahmanes à désigner ceux d'entre eux qui s'étaient établis dans cette partie de l'Inde qu'on appela plus tard le Décan ; il ne tarda pas à devenir le nom même de cette contrée et s'appliqua plus spécialement à la région où se parlait le tamoul, la plus importante des langues dravidiennes.
Ces langues occupent toute la partie méridionale de la péninsule cisgangétique, depuis les monts Vindhya et
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la rivière Narmadâ (les Anglais écrivent Nerbuddha) jusqu'au cap Comorin. Dans cette vaste région, peuplée d'environ cinquante millions d'habitants, on trouve quelques colonies européennes ou musulmanes, mais le nombre des indigènes qui se servent exclusivement des idiomes dravidiens peut être évalué à quarante-cinq millions environ.
R. Caldwell, dans son important ouvrage sur les langues dravidiennes, les divise en deux groupes — nous ne disons pas en deux familles — selon qu'elles sont ou ne sont point cultivées. Le premier groupe comprend six langues : le tamoul, le malayâla, le télinga, le kanara, le toulou, le koudagou ; le second en comprend six ou huit dont nous donnerons tout à l'heure l'énumération.
Par la richesse de son vocabulaire, aussi bien que par la pureté et l'ancienneté de ses formes, le tamoul ou tamil joue dans la famille dravidienne le rôle que joue le sanskrit dans l'ensemble des langues qui lui sont apparentées. Le tamoul est la langue usuelle des quinze millions d'individus qui habitent toute la plaine à l'est des monts Ghattes, depuis Paliacate (un peu au nord de Madras) jusqu'au cap Comorin, et le sud de la côte occidentale jusqu'à Trivandrum. Il s'est étendu également sur le nord de l'île de Ceylan. On parle tamoul à Madras, Pondichéry, Karikal. Le malaxjâla est parlé par plus de trois millions et demi d'individus le long de la côte malabare, dans la longue bande de terre qui s'étend entre les Ghattes, à l'est, et le golfe Persique, à l'ouest, de Trivandrum à Mangalore. On regarde le malayâla comme un très ancien dialecte du tamoul, où les mots d'origine hindoue se sont introduits en assez grand nombre ; en fait, ces deux dialectes sont aujourd'hui parfaitement distincts. Le toulou ou toulouva, répandu jadis au nord du malayâla, est confiné actuellement aux environs de Mangalore, à l'est des Ghattes,
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et le nombre de ceux qui le parlent ne dépasse pas de beaucoup celui de trois cent mille. Evidemment ce dialecte est destiné à périr dans un avenir peu éloigné, et son territoire est fortement pénétré par les idiomes qui l'avoisinent. On l'a pris parfois pour un dialecte du malayâla ; il en diffère pourtant d'une façon assez tranchée et constitue en réalité une véritable branche de la famille dravidienne. Le kanara ou kannada, pour parler plus exactement, occupe le nord du pays dravidien ; il s'étend sur le plateau de Mysore, sur la partie occidentale du territoire de Nizam, et est parlé par plus de neuf millions d'individus. Cette langue est d'un haut intérêt; elle a conservé en maintes circonstances des formes très anciennes et très pures, plus anciennes parfois que les formes mêmes du tamoul. Le télougou, ou télinga, ou ténougou, est 1' « ândhra » des écrivains hindous. Au nord du télinga, sont parlés le khond et l'oraon, dont nous dirons quelques mots tout à l'heure ; au sud, le tamoul. On parle télinga à Tchicacole, Yanaon, Haïderabad ; le territoire télinga comprend environ seize millions et demi d'individus et surpasse sous ce rapport tous ses congénères, même le tamoul ; mais il leur cède d'une façon très manifeste s'il est question de la bonne conservation des formes grammaticales. Sa phonétique aussi a beaucoup varié ; elle est d'ailleurs très harmonieuse et le télougou a reçu à juste titre le nom d'italien du Décan. De tous les idiomes dravidiens que l'on peut dire idiomes cultivés, le koudagou est le moins important ; il est parlé par cent cinquante mille individus environ, à l'ouest de Mysore. Après l'avoir regardé précédemment comme un dialecte du kanara, R. Caldwell s'est décidé, dans la seconde édition de son livre, à lui donner une place indépendante.
Les idiomes secondaires, ceux qui n'ont jamais été écrits, sont comme nous l'avons dit plus haut, au nombre
de six ou huit. Le kôta est parlé par onze cents Indiens presque sauvages, qui habitent une des gorges des Nilgherries ; il se rapproche beaucoup du kanara. Le touda, ou toda, est également l'idiome d'une tribu des Nilgherries ; d'après les derniers renseignements on ne compterait pas plus de sept cent cinquante Toudas. Le gond, au contraire, est parlé par plus d'un million six cent mille individus ; c'est la langue de la partie montagneuse des territoires de Gôndvâna, de Nagpour, de Saugor et de la Nerbudda. Le khond, ou kou, est usité à Goûmsour, sur les frontières d'Orissa et dans la partie orientale du Gôndvâna ; on évalue à deux cent soixantedix mille le nombre des individus «chez lesquels il est usité. Le râdjmahdl, ou mâler, et Y or don sont parlés dans l'Inde centrale, le premier par quarante mille, le second par plus de deux cent soixante mille individus ; ces deux derniers dialectes sont assez rapprochés l'un de l'autre.
Quelques auteurs ajoutent à cette dernière liste l'idiome badaga, usité dans une partie des Nilgherries, mais R. Caldwell le regarde comme un vieux dialecte du kanara qui ne possède aucun titre à être classé à part.
Quatre des établissements français de l'Inde sont situés en paysdravidien. Les deux plus importants, Pondichéry et Karikal, sont en pays tamoul. Mahé est sur la côte où l'on parle malayâla ; Yanaon enfin est dans la région du télinga.
Nous avons tracé une esquisse rapide des limites dans lesquelles les langues dravidiennes se sont maintenues depuis les temps historiques, subissant l'influence (pourtant assez lente) des idiomes hindous, mais résistant avec énergie à l'invasion musulmane et à la civilisation anglaise. Ces langues, si vivaces aujourd'hui encore, occupaient-elles jadis une région plus étendue? Faut-il penser notamment qu'elles ont été refoulées dans leurs