LES LANGUES DU CENTRE ET DU SUD DE L'INDE
limites actuelles par les premières immigrations aryennes ? Le fait est vraisemblable, probable même ; mais l'on n'en a donné jusqu'à ce jour aucune preuve démonstrative. On a supposé seulement que les éléments étrangers dos dialectes de l'Inde septentrionale pouvaient avoir une origine dravidienne ; mais, outre qu'ils sont peu nombreux et de peu d'importance, il est fort difficile, non seulement de les analyser, mais encore de les déterminer. Dans la famille dravidienne elle-même, une grande partie du vocabulaire de certains idiomes incultes est de provenance inconnue. Il faut donc, pensons-nous, n'accepter qu'avec une grande réserve tout ce que l'on peut dire de l'ancienne extension des langues dravidiennes.
On peut avancer au moins, en toute sûreté, qu'elles ne se rattachent à aucune autre famille linguistique et qu'elles forment un groupe tout à fait indépendant. Tour à tour on en a fait des langues scythiques — ce qui, soit dit en passant, ne signifie absolument rien, ainsi que nous le verrons en parlant plus loin de la prétendue langue scythique ; — des langues affiliées au groupe ouraloaltaïque, au groupe indo-européen, au groupe sémitique, à bien d'autres groupes encore. Tous les rapprochements établis à ce sujet ont péché par un manque absolu de méthode. On a comparé des mots tamouls, des mots télougous, à des mots sanskrits, à des mots hébreux, à des mots choisis et pris dans toutes sortes de langues ; c'est le procédé habituel des personnes qui prétendent apparenter les langues au moyen de l'étymologie. Ce n'est point le tamoul ou le télougou qu'il faut comparer au sanskrit ou à l'hébreu : il s'agit de restituer avant tout la langue commune dravidienne, et c'est de la comparaison de ce type général avec le type des autres familles linguistiques que pourrait se dégager la réponse favorable à une prétendue communauté d'origine. Répétons cependant que ce qui est acquis d'ores et déjà paraît plus que
suffisant [joui appuyer la thèse d'une complète indépendance des langues dravidiennes.
Bien avant que l'on ne connût le sanskrit, on s'occupait des langues dravidiennes. Elles avaient été découvertes de bonne heure par les navigateurs hollandais, danois, français et anglais.
Ces derniers s'empressèrent de les apprendre, dans l'intérêt de leur commerce d'abord, puis dans un Tbut de propagande religieuse.
Les missionnaires composèrent les premiers nombres de grammaires et de vocabulaires dont la plupart n'ont jamais vu le jour.
J. Vinson a publié dans la Bévue de linguistique nombre d'articles sur les langues dravidiennes. L'important ouvrage de Caldwell (A comparative Grammar of the Dravidian or South Indian Family of Languages) est devenu à juste titre un livre en quelque sorte classique, bien qu'il sacrifie à la fallacieuse théorie du touranisme et à la théorie non moins fallacieuse d'une communauté originelle des langues.
On trouve une carte des langues de l'Inde dans J. Béâmes, Outlines of Indian Philology, et dans R. N. Cust, A Sketch of the modem Languages of the East Indies.
La grammaire dravidienne est d'une grande simplicité. Nous allons essayer d'exposer en quelques pages l'ensemble de ses éléments et de ses procédés, sans entrer dans des détails trop particuliers.
La phonétique ne présente point de difficultés sérieuses ; son matériel est assez restreint. On ne compte dans les langues dravidiennes' littéraires que les voyelles a, e, i, o, u (« ou » français), tantôt brèves, tantôt longues, et les deux diphthongues ai (que dans certains cas l'on prononce eï) et au. Cette dernière, au moins, n'appartenait pas au type dravidien commun. Par la suite des temps ces voyelles se sont affaiblies, leur prononciation
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s'est atténuée, et il est résulté de ce fait un certain nombre de sons nouveaux, intermédiaires entre les différentes voyelles fondamentales ; ces différents sons se laissent parfaitement distinguer, mais dans l'écriture on ne les figure point. Sous ce rapport, le tamoul vulgaire diffère très sensiblement du tamoul littéraire, du tamoul écrit.
Les consonnes, elles aussi, sont en petit nombre dans les idiomes dravidiens. On compte cinq groupes d'explosives fortes et faibles (gutturales, palatales, linguales, dentales, labiales), et chacun de ces groupes possède une nasale de son ordre, soit quatre sortes de n et une m. Ajoutons y, r, l, v, un r fort ou double, deux continues linguales et une seule sifflante, ç.
Il existe également une nouvelle classe d'explosives particulières au tamoul et au télinga ; d'après R. Caldwell, leur prononciation serait celle de « tr, dr » ; pour J. Vinson, il ne s'agirait ici que« t » et de « d » mouillés au commencement même de leur émission. Ces deux auteurs entendent d'une façon différente un seul et même son ; cela prouve au moins qu'il est bien particulier. J. Vinson rend ces consonnes par V, d\
L'aspiration est inconnue aux langues dravidiennes. Leur système de consonnes devait être autrefois bien plus simple encore qu'il ne l'est aujourd'hui. J. Vinson pense, par exemple, que les « tch » et « dj » que l'on y rencontre sont d'origine relativement récente. Ces consonnes d'ailleurs, tout comme les voyelles, ont été altérées dans la prononciation populaire. En tamoul et en malayâla les dentales ont aujourd'hui une tendance marquée vers le th anglais doux ; en télinga le « tch » et le « dj » deviennent parfois « ts » et dz »..
La prononciation de ces différents sons est d'ailleurs assez facile. Les seules consonnes qui puissent nous sembler un peu étranges sont les linguales, que l'on
appelle habituellement, mais à tort, consonnes cérébrales. L' l des finales anglaises en ble donne une idée approximative de ce que sont ces consonnes linguales. Les langues dravidiennes en connaissent cinq : un t, un d, un n, un j ou r, un l. On les transcrit dans l'alphabet latin par les lettres t, d, etc., munies d'un point en dessous. Le sanskrit possède aussi des consonnes linguales, mais chez lui elles ne sont point organiques , elles paraissent constituer au contraire un caractère particulièrement distinctif des idiomes dravidiens.
Quant aux lois phonétiques qui peuvent se dégager de la comparaison de ces différents idiomes et de leurs variétés dialectales, nous n'en signalerons qu'une seule, qui est également familière aux langues indo-européennes : le k du kanara correspond souvent à un tch en télinga, à un ç en tamoul ; ainsi le mot « oreille », qui est çévi dans cette dernière langue et tchévi en télinga, se prononce kévi en kanara, et telle devait être la forme primitive.
Deux autres faits intéressants sont propres aux langues dravidiennes. Au commencement des mots la consonne r est proscrite ; s'agit-il d'un mot emprunté à une langue étrangère et commençant par r, on fait précéder cette consonne d'une voyelle : ainsi le mot sanskrit râjâ est représenté en tamoul par irâyan ouirâçan. Le second fait est plus curieux. Aucun mot ne peut commencer par une explosive douce (b, d, etc.), et aucune explosive dure (p, t, etc.) ne peut se trouver seule, isolée, dans le corps même d'un mot ; le tamoul empruntant au sanskrit le mot gati, le rend donc par kadi en se conformant à cette double règle. Les lois phonétiques des idiomes dravidiens n'ont pas encore été suffisamment étudiées pour que l'on puisse établir d'une façon définitive les principes qui président à la formation des mots. On en sait cependant assez pour classer
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entre eux le tamoul, le télinga et leurs congénères et pour être fixé sur leur âge relatif. Les mots dravidiens paraissent se ramener à des racines dissyllabiques, et en comparant entre elles ces diverses racines, ces différents radicaux, on les ramène à leur tour à des éléments plus anciens. A vrai dire, cette étude n'est qu'ébauchée, elle est à peine commencée, mais on peut prévoir déjà que le monosyllabisme primitif des racines dravidiennes sera dûment établi par les travaux ultérieurs.
La dérivation dans les langues dravidiennes est nettement agglutinante. Elle s'opère toujours par la suffixation d'éléments nouveaux. Ainsi, à une racine comportant l'idée générale du mot, on ajoutera un élément chargé d'indiquer que l'action a lieu présentement, puis un élément comportant l'idée de négation, puis enfin un autre élément désignant la personne, et le résultat de cette agrégation, de cette agglomération sera un mot signifiant par exemple, « tu ne vois pas » et qui se décompose ainsi : « voir + présentement + non + tu ». Notonsle bien, le sens de chacun de ces éléments est toujours présent à l'esprit des Dravidiens : ils les traitent de la même façon que nous traitons, nous, nos pronoms, nos articles, nos prépositions.
A la vérité, un grand nombre de ces mots formatifs ont été tellement altérés par la suite des âges, que leur figure primitive est devenue méconnaissable ; mais beaucoup d'entre eux sont encore en usage dans le langage courant, avec leur sens naturel de demeure, contact, voisinage, conséquence, etc., etc. Ajoutons que plusieurs de ces éléments dérivatifs changent de l'une des langues congénères à l'autre, ce qui prouve bien l'indépendance originelle de ces suffixes.
Si l'on reconnaît sans peine combien les langues de cette espèce ont d'avantage sur les idiomes purement monosyllabiques, chez lesquels les racines ne se subor-
donnent que très-imparfaitement les unes aux autres (ainsi que nous l'avons vu dans notre troisième chapitre), d'autre part il est aisé de comprendre à quel point les idiomes à flexion leur sont supérieurs lorsqu'il s'agit de rendre de plus en plus précise l'expression de la pensée. Dans quelques idiomes agglutinants un certain vague est la conséquence de la multiplicité des formes. De là aussi des combinaisons propres à ces idiomes, et qui étonnent singulièrement nos esprits habitués à la simplicité relative des langues indo-européennes. Dans ces dernières langues, les éléments qui ont pour mission d'indiquer la personne, les relations personnelles (amar, il aime ; aJiaMVS, nous aimons) sont restreints au verbe, à la conjugaison ; de même, les éléments chargés d'indiquer le sujet, l'objet, la place dans l'espace, sont restreints au nom, à la déclinaison : filius, sujet ; filiuM, régime direct. Mais le procédé de l'agglutination permettait la formation de dérivés appartenant à d'autres catégories. En magyar, par exemple, le mot munka a ouvrage » et le suffixe personnel m forment le nom munkâm « mon ouvrage ». Dans" les langues dravidiennes nous retrouvons ce procédé, mais ici, et pour parler des mots de cette espèce, le suffixe personnel apporte pour ainsi dire un sens attributif, une signification d'existence. En tamoul, par exemple, têvarîr formé de têvar ce dieu », pluriel honorifique, et de îr terminaison personnelle, signifie : « vous êtes dieu » et peut, du reste, en prenant le sens de « vous qui êtes dieu » se prêter aux procédés qui répondent à ce qu'on appelle la déclinaison. Voici un autre fait bien significatif et bien curieux (encore qu'on ne le retrouve plus que dans les textes anciens). Dans les vieux poèmes tamouls on rencontre des formes telles que çârndâykku « à toi qui t'es approché » et qui se décompose ainsi : çdr « atteindre », s'approcher, arriver » ; n euphonique ; d, signe du passé ;
dy « tu, toi », suffixe de la seconde personne ; k euphonique et ku « à ». Des formations de cette sorte sont tout à fait caractéristiques.
Le toulou, une des langues dravidiennes les moins importantes, offre une particularité que nous ne devons pas négliger de mentionner. Le mot en tamoul, en télinga, en kanara, en mahayâla peut donner naissance à un dérivé causatif par le fait de l'intercalation d'une syllabe particulière entre le radical et l'élément qui indique le temps. En tamoul, par exemple, de çeyvén « je ferai » l'on tire ceyvippên « je ferai faire ». En toulou le nombre de ces formes secondaires est bien autrement considérable : vialpuve « je fais », malpêve, fréquentatif (( je fais habituellement »; malpâve, causatif « je fais faire » ; maltruve, intensif « je fais vivement ». Par l'intercalation d'une nouvelle syllabe, d'un nouvel élément, chacune de ces formes peut devenir négative : malpdvuji « je ne fais pas faire ». Ce phénomène se retrouve dans la langue turque, ainsi que nous le verrons en temps et heu. Les exemples de ce procédé y sont en nombre considérable, et l'on y dit en un seul mot : <( je fais aimer, je puis aimer, je m'aime, ils s'aiment l'un l'autre », et ainsi de suite.
Les langues dravidiennes ne connaissent pas l'article, bien que l'on trouve parfois dans de vieux documents des exemples de pronoms démonstratifs employés avec le sens déterminatif. L'adjectif, toujours invariable, n'est pour l'ordinaire qu'un nom de qualité qui précède constamment le nom auquel il sert d'épithète.
La distinction des genres devait être primitivement inconnue en dravidien. De nos jours, même, elle ne s'applique qu'aux êtres humains qui sont parvenus à l'âge de raison : les noms d'enfants sont neutres dans toutes les langues dravidiennes, et, dans la plupart d'entre elles, également, les noms de femmes le sont aussi au singulier.
Le système dravidien ne conçoit la notion de temps que sous trois hypothèses : celle du présent, celle du passé, celle d'un futur indéterminé et dont l'idée est très-vague; ce futur indique, par exemple ce qui est, était ou doit être fait d'habitude. Quant aux deux « voix » dont parlent les grammairiens, l'une positive, l'autre négative, elles se réduisent à une seule et même forme primitive. La voix négative, en effet, n'est que le composé d'une négation, des éléments chargés d'indiquer la personne et du simple radical.
Le vocabulaire dravidien indique un état de civilisation assez peu avancé. Il n'y avait dans le pays dravidien, avant l'arrivée des populations hindoues, ni « dieu », ni « âme », ni « temple », ni « prêtre ». Il est vrai qu'il n'y avait pas davantage de « livre », d' « écriture », de « grammaire ». Le mot « volonté » fait également défaut. On ne savait pas compter jusqu'à mille ; la seule langue dravidienne qui possède un mot propre pour exprimer ce nombre, le télinga, l'a tiré de la racine ve « ardeur, multiplication ». Aucun idiome dravidien ne peut rendre dans leur sens abstrait nos verbes « avoir » et « être ».
D'après cette esquisse, on peut juger suffisamment du caractère des langues dravidiennes. Ce sont des langues agglutinantes arrêtées dans le développement de leurs formes à une période pour ainsi dire prématurée. L'invasion hindoue fut, selon toute vraisemblance, la cause de cet arrêt.
Quoi qu'il en soit, il est aisé d'assigner aux langues qui représentent aujourd'hui le système dravidien leur place naturelle dans la série des idiomes agglutinants. Elles doivent être inscrites parmi les premières par ordre ascendant, c'est-à-dire parmi celles qui suivent immédiatement le monosyllabisme, mais qui précèdent le turc, le magyar, le basque et les langues américaines. L'on n'y
trouve aucune trace de flexion, et les altérations de voyelles qu'il est loisible de constater chez elles sont purement phonétiques. Elles n'ont aucune importance en ce qui concerne le sens même des mots qui sont ainsi modifiés.
Nous avons dit que le contact des langues hindoues avait été la cause probable de l'arrivée des Dravidiens à la vie historique. Tout indique en effet que les Aryens furent à la fois les conquérants des plaines et des forêts du Décan et les civilisations de leurs sauvages habitants. Des tribus errantes et misérables, indisciplinées, difficiles à aborder, peuplent encore quelques contrées à peine explorées de cette riche et féconde région. S'il est à présumer que les Dravidiens ont été civilisés par l'invasion hindoue, il est certain au moins qu'ils lui doivent leur écriture.
Les langues dravidiennes littéraires sont transcrites pour l'ordinaire au moyen de trois alphabets différents. Le toulou emploie les mêmes caractères que le kanara. Ce dernier idiome et le télinga n'ont au fond qu'un seul et même système, et la forme de leurs lettres respectives ne présente que des différences minimes. Le premier des trois alphabets dont nous parlions est cet alphabet kanaro-télinga. Le second est celui du tamoul. La forme carrée y prédomine et il ne possède que vingt-huit signes tandis que les autres reproduisent avec fidélité l'ordre et le nombre des lettres de l'alphabet propre au sanskrit. Aussi les brahmanes du pays tamoul se servent-ils, lorsqu'ils veulent écrire du sanskrit, d'un alphabet spécial appelé « grantha » ; cet alphabet est calqué sur l'écriture hindoue et présente un des deux types anciens d'où est sorti, par voie de réduction, le système graphique tamoul (qui, soit dit en passant, confond la forte et la faible de chaque paire d'explosives). Le troisième alphabet dravidien est celui du malayâla qui dérive du gran-
tha. Les anciennes inscriptions dravidiennes se ramènent à deux types d'écriture : l'une est spéciale au tamoul ; l'autre qui sert au sanskrit et aux langues indigènes et se rapproche considérablement des vieilles formes de l'alphabet du sanskrit, serait le prototype de tous les alphabets du Décan. La première aurait été empruntée directement aux Sémites, selon Burnell.
Des peuples qui ne possèdent point d'écriture peuventils avoir une littérature au sens propre du mot ? En tout cas, il y a maint exemple de populations tout à fait illettrées chez lesquelles de longues compositions, toujours poétiques, se sont transmises de bouche en bouche à travers nombre de générations, et l'on découvre partout des chants et des contes populaires qu'aucune plume, qu'aucun outil n'ont fixés. En est-il de même chez les anciens Dravidiens ? Nous ne pouvons l'affirmer. La littérature des langues dravidiennes est pourtant assez riche ; mais tous les ouvrages dont elle se compose, jusqu'aux moindres fragments, sont postérieurs, et de beaucoup, aux premiers temps de l'influence aryenne. Au point de vue du nombre et de la valeur de ces compositions, le tamoul et le kanara l'emportent sur les autres idiomes dravidiens, bien que le télinga offre aux érudits une curieuse mine à fouiller. La littérature tamoule est cependant la plus abondante, la plus féconde, la plus intéressante et en même temps la plus ancienne. Le tamoul littéraire diffère beaucoup plus du tamoul vulgaire que ne diffèrent les autres idiomes dravidiens littéraires du kanara, du télinga et du toulou employés dans la conversation usuelle. D'ailleurs la littérature tamoule n'est pas toujours un simple reflet de la littérature sanskrite, et elle possède aussi son originalité. Le tamoul a eu la bonne fortune d'être pendant longtemps la langue des sectaires çivaïstes et celle d'hérétiques djâinistes et bouddhistes qui ont beaucoup écrit. Leurs livres sont les chefs-d'œu- ,
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VTe de la poésie tamoule ancienne. Il faut ajouter que dans les langues dravidit unes les vieux monuments, ou ceux qui possèdent quelque valeur, sont toujours en vers. La poésie tamoule est plus pure comme langage, plus correcte que la prose, et proscrit avec bien plus de soin l'emploi de mots étrangers ; on constate tout le contraire dans les vers du télinga, du kanara, du malayâla, où abondent les mots tirés des dialectes hindous. Le vocabulaire tamoul, d'ailleurs, est fort riche et possède un grand nombre de synonymes.
La littérature dravidienne est particulièrement originale dans les poèmes moraux, dans les recueils de sentences et d'aphorismes, qui constituent les plus anciens monuments de la poésie tamoule. Elle a produit également de longs poèmes épiques, remarquables par l'exagération et la minutie des détails, et dont la lecture nous semble en général peu attrayante.
Il faut attribuer à une époque plus récente de nombreux chants lyriques pleins d'emphase, des hymnes religieux pleins de monotonie et des récits licencieux. C'est à une époque moins ancienne encore qu'appartiennent des écrits scientifiques presque exclusivement consacrés à l'art médical.
Certains auteurs ont rattaché aux langues dravidiennes le brahoui, parlé au nord-ouest de l'Inde, par delà l'Indus, aux environs de Kélat, dans le Béloutchistan. Cette opinion a été contestée. En fait, on ne peut encore se prononcer sur cette question. Cadwell se refuse à voir dans cet idiome une langue dravidienne. En tout cas, le brahoui est surchargé de mots hindous et arabes.
§14. Les langues ouralo-altaïques.
Disons tout d'abord qu'on s'accorde généralement à diviser en cinq groupes principaux les langues ouralo-
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ultaïques : le groupe samoyède, le groupe finnois, le groupe turc ou tatar, le groupe mongol, le groupe tongouse.
Nous leur devons une place importante dans cet écrit. Plusieurs d'entre elles ont ou ont eu une valeur littéraire réelle ; toutes sont pleines d'intérêt en ce qui concerne la linguistique proprement dite. On a souvent cité telle ou telle langue de la famille ouralo-altaïque (notamment le turc ou le magyar), lorsqu'il s'agissait d'exposer les procédés de l'agglutination. Elle se prétend, en effet, on ne peut mieux à cette démonstration.
En premier lieu, nous nous proposons de passer en revue les cinq groupes énumérés ci-dessus et les principaux idiomes qui les constituent ; nous traiterons ensuite d'un phénomène d'euphonie qui a une valeur considérable dans cette famille linguistique et auquel on a donné le nom d'harmonie vocalique.
Mais avant tout nous, devons noter ce fait important : bien que rangées sous un seul et même titre, les différentes langues ouralo-altaïques offrent entre elles des diversités considérables, non-seulement en ce qui concerne leur vocabulaire, mais encore en ce qui regarde leur structure.
Après avoir parlé du phénomène de l'harmonie vocalique, nous reviendrons sur cette question de la parenté des cinq groupes ouralo-altaïques, mais dès à présent nous n'hésitons pas à les classer, comme on le fait d'habitude, à côté les uns des autres et sous une même rubrique. Tous ces idiomes en effet connaissent plus ou moins les procédés qui consistent a suffixer aux noms un pronom possessif, à joindre un régime direct au mot comportant la notion verbale, et leurs concordances lexiques sont souvent remarquables.
Cela dit, nous entrons de suite en matière.
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