II. Le groupe finnois
Ce groupe est d'un intérêt bien plus considérable que le précédent, et aucun autre ne joue un rôle aussi important dans l'étude des langues ouralo-altaïques. On lui donne le nom d' « ougrien », de « finno-ougrien » ou d' « ougro-finnois ».
Quant aux langues dont il se compose, elles ne sont pas encore distinguées l'une de l'autre d'une façon bien définitive. Donner voit ici deux sous-groupes. La branche
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ougrienne comprendrait trois rameaux secondaires : l'ostiaque, le vogoul, le magyar. La branche finnoise comprendrait deux rameaux secondaires : le rameau permien, se subdivisant, d'une part, en votiaque ; de l'autre, en zyriène et en permien, puis le rameau volga-baltique. Ce dernier rameau se subdiviserait lui -aussi : premièrement, en variété du volga, comprenant le tchérémisse et lû mordvin ; secondement, en variété du finnois occidental, comprenant tout le reste de la sous-famille, soit le lapon, le live, le vepse, l'esthonien, le vote, et enfin le suomi ou finnois proprement dit (Die gegenseitige verwandtschaft der finnisch-ugrischen sprachen ; Helsingfors, 1879).
Le suomi occupe la plus grande partie de la Finlande, mais il ne s'étend pas sur toute la côte du golfe de Bothnie qui longe, un peu vers le nord, une bande de territoire où l'on parle suédois, — à Vasa, par exemple ; — au sud, le suomi n'atteint que sur des points peu importants le golfe de Finlande, dont la côte septentrionale — Helsingfors et ses alentours — est également occupée par des Suédois. On trouve encore un certain nombre de Finnois aux environs de Saint-Pétersbourg.
Au suomi l'on rattache le karélien, qui s'étend au nord jusqu'au territoire lapon, au sud jusqu'au golfe de Finlande et au lac Ladoga, à l'est jusqu'à la mer Blanche et aux bords du lac Onega, — et le tchoude, parlé sur un territoire très morcelé, au sud de ce dernier lac : le vepse est le tchoude du nord, le vote est le tchoude du sud.
Vesthonien, ou mieux l'eshte ou este, est beaucoup moins répandu que le suomi et les idiomes qui lui sont apparentés. Il est parlé par huit cent mille individus environ et occupe la plus grande partie de la côte méridionale du golfe de Finlande (Réval, Vésenbourg) ainsi que la moitié septentrionale de laLivonie (Dorpat). On distingue deux dialectes esthoniens, celui de Béval et celui
de Dorpat, se subdivisant à leur tour en plusieurs sousdialectes, mais ne s'étant jamais prêtés à une langue littéraire commune. On essaya, mais en vain, vers la fin du dix-septième siècle, de constituer un esthonien littéraire ; cette entreprise échoua complètement, comme elle devait échouer (1). La littérature de l'esthonien le cède de beaucoup à celle du suomi.
La langue Vive n'occupe guère plus que la pointe nordoccidentale de la Courlande, quelques lieues carrées à peine. Du côté de la terre elle est de plus en plus pressée par un idiome indo-européen du groupe lithuanien, le lette.
Disons quelques mots ici de la grammaire du suomi (2), puis de la grammaire esthonienne.
Le système des consonnes du suomi est très simple. Outre les explosives k, t, p, H possède les liquides r, l, les nasales m, n, et une troisième nasale assez semblable à celle de l'allemand « lang », puis s, h, v, y, (que l'on écrit ;'). Il ne connaît ni les explosives aspirées, ni « f ». Les explosives faibles g, d, b, s'y rencontrent, mais on les donne comme étrangères au fond même de la langue ; elles remplaceraient des fc, t, p plus anciens.
Le suomi semble aimer l'hiatus, la rencontre de pïuseurs voyelles. Toutes les voyelles peuvent finir les mots, sauf, en principe, la voyelle e. Il n'en est pas de même de toutes les consonnes. Très souvent c'est la consonne n que l'on rencontre à la fin des mots.
Nulle part, le principe de l'harmonie vocalique 'dont nous aurons à parler ci-dessous avec plus de détails) n'est plus frappant qu'en suomi. La syllabe radicale du mot contient-elle une voyelle forte, les voyelles des suf-
(1) Wiedeman. Grammatik der eshtnischen sprache. Pétersbourg, 1875. ...
(2) Keli.gren. Die grundzùge. der [inniscnen sprache mit rùcksicht auf den ural-altaischen sprachtstamme. Berlin, 1847.
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fixes doivent également être fortes ; contient-elle une voyelle faible, les voyelles des suffixes doivent être fnibles ; contient-elle une voyelle neutre, moyenne, les voyelles des suffixes doivent être faibles.
Notons qu'en suomi la formation des mots n'a jamais lieu par des préfixes, c'est-à-dire que la racine occupe toujours la première place et que les éléments qui la dérivent sont agglutinés à la suite de cette même racine, et non devant elle. D'autre part, de même qu'en magyar, c'est sur la racine, c'est-à-dire sur la première syllabe du mot, qu'est placé l'accent principal.
En somme le suomi est une langue très euphonique. Il assimile volontiers les consonnes, notamment celles qui terminent la racine et celles qui commencent les éléments dérivatifs, les suffixes. A vrai dire, cette assimilation n'est pas constante, mais lorsqu'il l'évite il recourt, pour échapper au heurt de deux consonnes d'ordre différent, ;'i un autre procédé. Ce dernier consiste à introduire dans la pi'ononciation fsinon l'écriture) une voyelle très brève entre les deux consonnes en question. Ainsi pitkà « long » se prononce pitikâ.
I es relations diverses que les langues à flexion expriment en principe par leur cas sont rendues en suomi, comme dans les autres idiomes altaïques, par l'agglutination de différents suffixes à la forme radicale du mot. Pour exprimer par exemple l'idée du génitif, on emploie l«î suffixe n : karhu « l'ours », karhun « de l'ours ». Le suffixe chargé d'exprimer le pluriel est t lorsque le mot est sujet de la phrase ; dans les autres circonstances, c'est i qui se place entre le radical et le suffixe indiquant la relation. Ainsi le thème lapse « enfant » donna naissance aux formes suivantes : lapsen « de l'enfant », lapsei (( les enfants », lapsein « des enfants ».
Le suomi annexe les pronoms personnels ou nom substantif lorsqu'il s'agit de dire à quelle personne se
^apporte pe nom. Pour la première personne te pronom ainsi suffixe est ni au singulier, mme au pluriel ; pour la seconde personne c'est si au singulier, une au pluriel ;, pour la troisième c'est nsa (ou nsd d'après les principes d'euphonie) pour le pluriel comme pour le singulier. C'est ainsi que de tapa « coutume » on forme tapani « ma coutume », lapamme « nos coutumes », tapansa <c sa coutume » ou « leurs coutumes ».
C'est également par une série de suffixes que le suomi forme ce que l'on nomme son verbe. La racine toujours invariable se place au commencement du mot, puis viennent les suffixes indiquant que ce mot est causatif, diminutif, fréquentatif, puis les suffixes indiquant le mode, puis les suffixes indiquant la personne, le sujet de l'action.
Le système fies consonnes de l'esthonien n'offre rien de particulier si ce n'est que les /, d, n, r, /, s, z, sont mouillés en certaines circonstances. C'est ce que l'on indique dans lécriture au moyen d'un signe-minute adjoint au caractère : d\ n\ et ainsi de suite. Le dialecte de Dorpat prononce les g, les d, les b plus énergiquement que ne le fait l'autre dialecte ; il les change parfois en leurs correspondantes fortes, k, t, p. Parmi les neuf voyelles esthoniennes on trouve ii (« u » français) et un son spécial assez rapproché de o et de e. Tantôt ces voyelles sont longues, tantôt elles sont brèves ; souvent elles forment diphtongues.
En parlant des dialectes samoyèdes et du suomi, nous avons dit quelques mots de l'harmonie vocalique, à laquelle nous consacrerons d'ailleurs, ci-dessous, un paragraphe spécial. Le phénomène de l'harmonie vocalique, de l'analogie qui doit se rencontrer entre la voyelle des éléments dérivatifs et la voyelle de la syllabe radicale, est loin d'être généralisé en esthonien. Il ne se présente réellement que dans la partie orientale du dialecte de
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Dorpat, mais on en trouve cependant des traces évidentes dans l.i partie occidentale du même dialecte ainsi qu'à l'ouest et au sud du dialecte de Réval.
L'accent principal en esthonien tombe sur la première syllabe ; cette syllabe est en réalité la syllabe radicale.
Le procédé de formation des mots auquel on donne abusivement le nom de déclinaison se prête ici, comme dans les autres langues agglutinantes, à une foule de soi-disant cas. Le nombre de ces derniers n'est limité (pie par le nombre même des postpositions que l'on peut joindre au mot. En esthonien on en compte tantôt une dizaine, tantôt une vingtaine. Cette hésitation des grammairiens suffit à démontrer combien ces prétendus cas diffèrent des cas réels de la déclinaison des langues indoeuropéennes ou de celle de l'arabe littéral.
De ce que l'on appelle la conjugaison nous ne dirons d'autre part qu'une seule chose, c'est qu'elle est tout à l'ait analogue à celle du suomi.
Le lapon occupe l'extrême nord-ouest de la Russie (au nord du karélien) et quelques régions du nord de la Suède et de la Norvège. On y reconnaît quatre dialectes. Nous ne dirons rien de particulier de sa grammaire qui concorde d'une façon très nette avec celle du suomi et celle de l'esthonien, dont nous venons de nous occuper.
Les idiomes finnois du Volga se divisent en deux branches : le tchérémisse et le mordvin.
Le tchérémisse est parlé par deux cent mille individus environ, sur la rive gauche du Volga. Le territoire qu'il occupe est assez rapproché de Kazan à l'ouest, de Nijni Novgorod à l'est, mais cependant il n'est point contigu à ces deux villes. On reconnaît dans le tchérémisse deux dialectes : un dialecte de la plaine, un dialecte de la montagne.
Le mordvin est parlé dans un certain nombre d'îlots peu considérables, par près de sept cenl mille individus.
On le rencontre à l'est et à l'ouest du Volga, à la hauteur de Simbirsk, de Stavropol, de Samara et même un peu plus au sud. Il se divise en deux dialectes, l'erza et le inokchà.
Entre le mordvin et le tchérémisse, se trouve placé le tchouvache, idiome ouralo-altaïque lui aussi, mais qui appartient au groupe turc ou tatar, non point au groupe finnois qui nous occupe actuellement.
Le pcrmien, parlé par environ soixante mille individus, le zyriène par quatre-vingt mille (ou peut-être davantage), le votiaque par plus de deux cent mille, se rencontrent plus ni nord. Le votiaque occupe un territoire relativement assez compacte, au nord-est du tchérémisse, au sud de Glasov. Le permien s'étend au nord du votiaque, à l'ouest de la rivière Kama, à la hauteur de Solikamsk. Le zyriène, plus au nord que ses deux congénères, occupe un territoire beaucoup plus vaste, et, confinant du côté est au vogoul dont nous parlerons tout à l'heure, il atteint au nord la limite du samoyède.
On donne le nom de rameau « ougrien » au vogoul, a l'ostiaque et au magyar.
Le vogoul est parlé par environ sept mille individus, Vostiaque par une vingtaine de mille. Le premier s'étend à l'est du zyriène, sur des régions très peu peuplées ; le second, plus à l'est encore, occupe sur une grande longueur les rive de l'Ob et confine à la limite méridionale du samoyède. Le vogoul comprend au moins deux dialectes ; quant à l'ostiaque, il varie a [rkutsk, à Surgut, à Obdorsk.
Nous devons nous arrêter sur le magyar avec plus d'attention. La position géographique, les relations politiques des cinq millions d'individus qui parlent cette langue, sa littérature, assez remarquable, lui donnent une place spéciale parmi tous les autres idiomes du groupe finnois.
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Le magyar ou hongrois s'étend sur deux régions d'inégale grandeur et séparées l'une de l'autre par un espace d'environ quarante-cinq à cinquante lieues.
Le groupe principal, celui de l'ouest, présente la forme d'un pentagone irrégulier aux angles duquel se trouvent placées les villes de Presbourg (en magyar Pozsony, où confinent l'allemand à l'ouest et au sud, le slovaque au nord, le magyar à l'est) ; Unghvar, de langue slovaque ; Nagy Banya, de langue magyare ; Novi Sad (en allemand Neusatz, sur la limite du magyar et du serbe de si unie) ; Unt. Limbach, de langue magyare (un peu au nord de Varasdin, en Croatie). La plus grande hauteur de ce pentagone est d'environ quatre-vingts lieues, sa plus grande largeur de cent et quelques lieues. Il ne forme pas d'ailleurs un territoire compact ; il renferme un certain nombre d'enclaves de langue slovaque au nord, de langue serbe au sud, de langue allemande à l'ouest et au sud.
Le groupe magyar oriental est plus homogène ; six fois moins étendu, approximativement, que le groupe de l'ouest, il se trouve (avec deux îlots de langue allemande accolés à sa frontière occidentale, Mediasch, Kronstadt) situé juste au milieu de la région de langue roumaine. Ce second territoire magyar, dont les principales localités sont peu considérables (Maros-Vasarhely, Udvarhely), forme l'extrême sud-est du royaume de Hongrie.
On a cherché à expliquer de diverses façons, mais toujours sans succès, le mot de « magyar ». Celui de « hongrois » nous paraît tout aussi obscur. Rappelle-t-il l'origine des Magyars, c'est ce que nous ne pouvons décider. La question, d'ailleurs, n'a qu'une importance secondaire (1).
^1) Sayous. Les origines de l'époque païenne de l'histoire des
On suppose, avec assez de vraisemblance, que l'invasion d'Attila ne fut qu'une première incursion des peuples proches parents des Magyars actuels. Quoi qu'il en soit, ceux-ci sont absolument isolés aujourd'hui des autres populations de langue finnoise et se trouvent enveloppés de tous côtés par l'allemand, le roumain et différents idiomes slaves ; il est hors de doute que dans un petit nombre de siècles leur propre langue aura vécu, en dépit des privilèges que les conditions politiques lui auront octroyés à profusion. Elle ne disparaîtra pas d'ailleurs sans laisser une histoire honorable. Son monument le plus ancien est de la fin du douzième siècle. Entre autres écrits du quinzième siècle, on possède une version de la Bible, et parmi ceux du seizième, une légende de sainte Marguerite. Nous n'avons pas à nous étendre ici sur l'histoire littéraire du magyar ; les productions de cette langue restent malheureusement lettre close pour la plupart des érudits et des lettrés étrangers. Cela est particulièrement regrettable à notre point de vue. Nombre de bons écrits grammaticaux sur les langues ouraloaltaïques sont rédigés en magyar et sont condamnés par là même à ne se répandre que très lentement. Les savants hongrois sont habitués, aujourd'hui encore, à manier assez bien la langue latine ; que ne l'emploient-ils pour nous faire connaître leurs propres travaux ?
On compte un certain nombre de dialectes magyars, les uns appartenant à la basse Hongrie (dialectes de Debreezin, de Szegedin, etc.) et ceux de la haute Hongrie. Toutefois, leurs différences sont relativement minimes, et l'on peut dire que la langue magyare n'a pas varié d'une façon considérable depuis l'époque de ses plus anciens documents historiques. Elle a été influencée tour
Hongrois-, Paris, 1847, Riedl. Magyarisehe grammatik. Vienne, isr.s. Introduction . CAsmÉN. Ucber di<- ursilzc des (innischen oolkes. Helsingfors, 1849.
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à tour, il est vrai, par Le turc, par les idiomes slaves] par l'allemand, par d'autres langues encore, mais son fond es1 resté essentiellement le même.
Depuis que le royaume de Hongrie a repris une importance toute nouvelle, aux dépens des provinces serbes et roumaines de la monarchie austro-hongroise, le magyar a gagné également une nouvelle importance, au moins à ce point de vue. Mais ses productions ont été trop souvent pensées en allemand, et elles se ressentent profondément de l'éducation étrangère de leurs auteurs.
Jetons sur la phonétique et la structure de cette langue un rapide coup d'œil.
Le matériel phonique du magyar est peu compliqué : sept voyelles brèves, a, e (plus ou moins ouvert), i, o, u, (« ou » français), ô (« eu » de « feu »), il (« u » français, « ù » allemand) et leurs sept correspondantes longues ; ers dernières sont marquées dans l'écriture par la superposition d'un accent incliné à droite : ri, é, ô, û, etc. Les consonnes ne sont pas fort nombreuses, mais quelquesunes d'entre elles, ty et gy, n'ont point de correspondante française. Il serait plus simple, sans doute, de les rendre par un signe unique (par exemple c' et y). A coup sûr la transcription est détestable, lorsqu'il s'agit des sz, z& et s magyar. En effet, sz a le son de notre « s » dans <( sœur, sa, son » ; zs celui du z croate et tchèque, c'està-dire « j » français ; s celui du s croate et tchèque, soit le « ch » français de « chercher ». Il serait malheureusement inutile, à l'heure actuelle, de tenter la réforme de ce système défectueux. Les Slaves ont compris, depuis longtemps, l'importance d'une modification de cette espèce et l'ont réalisée en très giande partie (1) ; mais il y
(1) Picot. Tableau phonétique des principales langues usuelles. Revue de linguistique, t. VI, p. 363. Paris, 1874. Dans ce tableau, le magyar <-l le ture représentent les langues auraloaltàïques.
a peu d'espoir que les magyars accèdent à une réforme semblable.
De même qu'en suomi, la racine, dans le mot magyar, occupe la première place ; il est rare qu'elle se trouve précédée d'un préfixe. Le mot magyar, en principe, est donc formé sur ce type dont nous avons parlé ci-dessus : R + R ou R +r + r, etc., c'est-à-dire racine + suffixe, ou racine + suffixe + suffixe, et ainsi de suite. La forme préfixe + racine ou préfixe + racine + suffixe est relativement rare. Elle serait due à l'influence des langues indo-européennes, et l'histoire elle-même de l'idiome magyar enseigne qu'elle est récente.
Le magyar est soumis à des lois d'harmonie vocalique. C'est là un sujet particulier sur lequel nous ne devons pas nous arrêter ici et que nous examinerons d'ensemble après avoir parlé de toutes les langues ouralo-altaïques. Rappelons simplement que l'harmonie vocalique consiste en ce fait, que les voyelles des éléments suffixes à la racine s'assimilent à la voyelle de cette racine.
Tout comme en finnois, l'accent se pose en magyar sur la syllabe radicale, qui est placée, ainsi que nous l'avons dit, en tête du mot. La racine est-elle précédée d'un préfixe (nous avons dit également que cette hypothèse était fort rare), c'est sur ce préfixe que tombe l'accent. En d'autres ternies, l'accent pèse sur la syllabe initiale, sur la première syllabe du mot.
La formation des mots, c'est-à-dire la dérivation de la racine, est des plus simples. Le pluriel est indiqué par un élément agglutiné : hdz-hak « les maisons », atyâ-k « les pères ». Quant aux éléments indiquant la. notion de cas, ils ne viennent se juxtaposer qu'après ce signe du pluriel. Au singulier, par exemple, l'on dit atxja « pater » et atxjat « patrem », au pluriel atydk et atyâkat, le premier rendant le nominatif latin, le second rendant l'accusatif.
Un article s'est formé dans la langue magyare. C'est az
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devant les voyelles, a devant les consonnes : az ember " L'homme ».
La dérivation verbale du magyar est assez riche : c'est une suite d'éléments agrégés les uns aux autres. Elle incorpore (ainsi que cela se passe dans toutes les langues du groupe finnois) le pronom de la troisième personne lorsqu'il est régime direct :
r<ir « il attend », forme simple au singulier ;
vârja « il l'attend », forme objective au singulier ;
vârjâk « ils l'attendent », forme objective au pluriel.
I);ins ces différents exemples, l'élément ja indique le pronom régime « lui », et k est le signe du pluriel.
El non seulement le magyar peut incorporer le pronom régime de la troisième personne, mais il peut incorporer également celui de la deuxième. Cela n'a lieu, il est vrai, que dans l'hypothèse où le sujet est à la première personne du singulier. A côté de vdrok « j'attends », il dit vdrlak « je t'attends ». Cette faculté d'incorporer le régime de la seconde personne est un fait à relever soigneusement. Nous verrons plus loin que le basque fait encore mieux sous ce rapport que les langues ouralo-altaïques et qu'il incorpore non seulement le régime direct (comme dans « je le donne »), mais encore le régime indirect (comme dans « je te le donne »).
Tous les idiomes que nous venons de passer rapidement en revue, sont incontestablement parents les uns des autres et se rattachent à une souche commune. On a commencé à appliquer à leur étude la méthode comparative, mais ce travail est des plus délicats. Il s'agit ici d'idiomes séparés les mis des autres depuis de longs siècles et qui ont subi l'influence presque continuelle des langues indo-européennes, dont 1 organisation est supérieure à la leur propre.
La comparaison des diverses langues finnoises révèle des variations phonétiques curieuses, mais elle ne mon-
Ire, on somme, rien de bien nouveau. Citons quelques exemples. Le mot « main » se dit kdte en suomi, kdzi en vepse, tchàsi en vote, kdsi en esthonien, lidiz en live, giet et kdt en lapon, ki en zyriène, en permien et en votiaque, ked en mordvin, ket en tchérémisse, kêi OU kôt en ostiaque, katen vogoul ; «poisson » est kala en suomi, guolle en lapon, kal en mordvin, 7/ m £ en vogoul, liai en nu-.gyar.
En général, il semble que le magyar a réduit et abrégé les mots primitifs, tandis que le suomi montre, au contraire, une tendance très accusée à multiplier les voyelles. La comparaison de l'ancien et du nouveau magyar révèle des faits analogues et nous montre que cette langue a subi dans son propre sein des permutations qui sont aujourd'hui normales entre elle-même et ses congénères.
F. Budenz compte dans l'ensemble des langues ougriennes neuf voyelles et trente-trois consonnes, parmi lesquelles le « j » français, les deux « ch » allemands, les semi-linguales' de l'ostiaque, le d faible et sifflant du lapon et les consonnes mouillées. Aucun des dialectes de cette famille n'a de système graphique véritablement original.
Les idiomes finnois ne connaissent réellement pas la distinction des genres, mais ils possèdent les trois nombres. Le duel et le pluriel sont indiqués par des suffixes différents.
Ainsi que nous l'avons dit, l'article n'est employé d'une façon conforme à nos habitudes qu'en magyar : az devant les voyelles, a devant les consonnes. Le mordvin, toutefois, sait déterminer les noms, comme le fait la langue basque, en leur postposant le prénom démonstratif de la troisième personne. Le zyriène et le votiaque ont quelque chose d'analogue, et F. Bûdenz retrouve égale ment des traces de ce procédé dans d'autres langues de
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la même famille. En magyar, en effet, l'affixe de fa troisième personne, a ou e « son », est un élément dérivatif très commun : Pest vârosa « la ville de Pesth », mot à mot « Pesth sa ville ».
Il est bon de le répéter, de même que dans toutes les langues agglutinantes, il n'y a point ici de véritable déclinaison. On se sert de postpositions, de particules, dont le sens est celui de nos prépositions, et que l'on place à la fin des mots ; dans l'écriture on a pris l'habitude de ne point les en séparer. Les augmentatifs, les diminutifs, les superlatifs sont formés de la même façon. Les suffixes qui correspondent aux cas de nos langues indo-européennes anciennes, se placent toujours les derniers, par la raison bien simple qu'ils n'affectent pas le sens intime du mot, mais qu'ils indiquent seulement sa manière d'être (à, dans, avec, de) vis-à-vis des autres termes de la proposition. Le nombre de ces suffixes est considérable, aussi les auteurs qui s'avisent de rédiger des grammaires de langues agglutinantes à la façon des grammaires du grec et du latin, ont-ils imaginé de leur donner une quantité de prétendus cas, pour lesquels ils ont inventé les noms en « if » les plus baroques. Il eût mieux valu parler simplement de suffixes ou de postpositions.
Nous avons traité également de la remarquable faculté d'incorporer dans le nom le pronom qui lui sert de régime direct : « je le vois, je le prie », et nous avons dit qu'en un certain cas le magyar pouvait incorporer le pronom de la seconde personne, « je te vois, je te prie ». Le vogoul fait de même, quel que soit le sujet : « je te vois, il te voit » ; le mordvin, enfin, incorpore même le régime de la première personne et dit en un seul mot (( il me voit, il me prie ». Notons d'abord que ces idiomes possèdent également les formes où ce régime n'est pas incorporé.
Ces observations sur le groupe finnois des langues ou-
ralo-altaïques sont assez succinctes, mais elles suffisent, nous semble-t-il, à le caractériser et à montrer quelle est son importance, aussi bien que son intérêt.