III. Le groupe turc
On lui donne aussi le nom « tatar », et fort improprement celui de « tartare », qui n'est qu'un mauvais jeu de mots. Les peuples qui parlent les nombreux idiomes formant le groupe turc s'étendent aujourd'hui sur les rivages de la Méditerranée orientale aux bords de la Lena en Sibérie. On enseigne communément que leur point d'origine fut le Turkestan (1) ; c'est de là que rayonnèrent, depuis les âges historiques, des hordes nombreuses et intrépides qui conquirent en Asie de vastes régions et poussèrent en Europe jusque sur le territoire français.
Au point de vue linguistique, les Turcs, dans la plus large extension du mot, se partagent en cinq familles, parlant chacun un idiome distinct divisé à si m tour en un plus ou moins grand nombre de variétés. En allant de l'est à l'ouest et du nord au sud, ces cinq rameaux sont le yahoiit, Vouigour, le nogaïque, le kirghiz, le turc proprement dit.
Le yakout est parlé par deux cent mille individus environ, au milieu des peuplades tongouses dans la Sibérie du nord-est.
On compte trois dialectes ouigours : Vouigour proprement dit, le djagataïque, le turcoman. La langue ouigoure est de toutes ses congénères celle qui a atteint le
(1) Abkl RtfMusvr. Recherches sur les langues lalares, p. 328. Paris, 1820.
LES LARGUES OURALO-ALTAIQUES. 143
plus haut degré de culture littéraire. Elle s'écrivait encore au cinquième siècle de notre ère, comme en témoignent les auteurs chinois, à l'aide d'un alphabet original, perdu depuis lors et remplacé, sous l'influence des missionnaires nestoriens, par un système dérivé de l'alphabet syriaque, comme celui des Mandchous, des Kalmouks, des Mongols (1).
Le nogaïque est parlé par environ cinquante mille personnes vers l'embouchure du Volga, à Astrakan, dans quelques districts situés entre la mer Noire et la mer Caspienne, dans un petit territoire au nord de la mer d'Azov et dans tout3 la Crimée C'est la langue des Ta tars proprement dits. Le dialecte koumuque est parlé au nord-est du Caucase.
Certains auteurs rattachent le lnrghiz au nogaïque. Les Kirghizes noirs, ou Bouroutes, habitent la partie du Turkestan qui se rattache à la Chine. Les Kirghizes kasaks s'étendent plus à l'ouest jusqu'au lac d'Aral et jusqu'au nord de la mer Caspienne.
La cinquième famille est celle des dialectes turcs proprement dits. On y rattache le tchouvache, parlé, comme nous l'avons dit plus haut, entre deux idiomes finnois, le mordvin et le tchérémisse. Il occupe un territoire compact assez important au sud-ouest de Kazan et un grand nombre de petits îlots disséminés aux environs de Simbirsk. Le tchouvache offre des particularités remarquables, et certains auteurs l'ont regardé comme un mélange de turc et' de finnois, ce qui, d'ailleurs, n'est pas exact. W. Schott a démontré clairement qu'il appartenait au groupe turc, mais pour certains auteurs il se rattacherait, dans ce groupe, non pas au turc proprement dit, mais bien au nogaïque.
(1) ABEt Rêmusat. Op. cit., p. 254.
Le turc, qui, do tous les dialectes de ce groupe, est le plus intéressant pour les Européens, ne doit pas être considéré comme le plus pur et le plus correct des idiomes de sa famille. Il varie d'ailleurs d'une façon très marquée dans les différentes localités où il est parlé ; la langue des hommes du peuple de Constantinople est beaucoup moins mélangée d'éléments empruntés à l'arabe que ne l'est celle du lettré, du fonctionnaire, de l'osmaidi. C'est de cette dernière langue que nous allons donner une rapide esquisse. On peut d ailleurs considérer l'osrnanli comme le type le plus frappant d'un idiome agglutinatif, tant sa structure est claire et précise. Les grammaires turques ne font pas défaut, mais la plupart d'entre elles sont faites sans critique ; nous nous servons spécialement de celle de Redhouse (1).
Le turc s'écrit à l'aide de l'alphabet arabe, qui lui convient pourtant aussi peu que possible. Nous avons dit plus haut, et nous le montrerons tout à l'heure, que les voyelles jouent un rôle des plus considérables dans les- "langues ouralo-altaïques ; or, l'écriture arabe se prête fort mal à la distinction des voyelles. L'alphabet turc se compose de trente et un caractères, susceptibles de recevoir chacun douze signes modificatifs, dont les uns représentent les diverses voyelles, tandis que les autres indiquent que la consonne qu'ils accompagnent doit être prononcée double, ou doit, au contraire, n'être pas prononcée du tout. Sans nous arrêter à ces considérations, si nous recherchons quels sont les éléments phonétiques de la langue turque, nous y trouvons sept voyelles simples : o; e, ô, u (prononcez « ou »), eu (en un seul son), deux û (« u » français), l'un bref, l'autre long ; notre voyelle nasale « in » (de « maintien ») ; la demi-voyelle
(11 Grammaire rai^nnnce rie la langue nllomanr. P.ins. 1846.