LES LANGUES OURALO-ALTAÏQUES
y. Nous y trouvons aussi vingt-deux consonnes, dont un
certain nombre de soufflantes gutturales et de sifflantes. Redhouse envisage le vocalisme turc un peu différemment ; on consultera avec fruit, à ce sujet, les tableaux de E. Picot dont nous avons parlé ci-dessus.
La langue turque est toute subordonnée à une règle impérieuse d'harmonie vocalique, sur laquelle nous reviendrons dans un des prochains paragraphes, et qui s'applique même, chez elle, aux mots empruntés à l'arabe et au persan.
C'est en vertu de cette règle que la finale des infinitifs ! -t en maq, si la voyelle accentuée du mot est forte ; en meh, si cette voyelle est faible ; on dit, par exemple, sevin il; « aimer » et yazmaq « écrire ».
La distinction des genres que l'on reconnaît en turc pour les mots d'origine persane ou d'origine arabe est tout étrangère, primitivement, aux langues tatares. Le turc n'a que deux nombres : le singulier et le pluriel, mais il conserve leur duel aux mots empruntés par lui à l'arabe. Comme toutes les langues ouralo-altaïques, il exprime ce que nous appelons les cas dans les langues indo-européennes, par des postpositions, c'est-à-dire par des syllabes indépendantes placées à la fin des mots et jointes à ces mots dans l'écriture.
Le signe du pluriel, qui est lar ou 1er suivant la nature de la voyelle dominante du mot, s'intercale entre le nom et les suffixes qui sont postposés : oda « la chambre », odada « dans la chambre » ; pluriel : odalar « les chambres », odalar dn « dans les chambres ». C'est le procédé général des langues ouralo-altaïques.
La véritable nature de ces suffixes terminaux est si bien celle de nos prépositions, qu'un seul d'entre eux suffit pour une série de mots subordonnés, tels, par exemple qu'un substantif joint à des adjectifs. Quelques-uns de ces suffixes ont d'ailleurs une exis-
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tence propre, une existence indépendante, et servent comme des noms communs dans le langage habituel.
L'adjectif, qui n'est qu'un nom qualificatif, se place toujours avant le nom auquel il sert d'épithète. Les degrés de comparaison sont exprimés par l'adjonction de mots au sens de « plus, davantage, moins », etc.
Quant aux prénoms, ils sont ou bien isolés, ou bien joints au nom : tefter « cahier », tefterim « mon cahier». En ajoutant l'élément du pluriel, nous avons tefterlerim « mes cahiers », en ajoutant la postposition locativc tefterimde « dans mon cahier ». On voit que ce procédé est 'les plus simples.
On a souvent cité pour la richesse et la variété de ses formes ce que l'on appelle la conjugaison du turc. Pourtant, il faut le reconnaître, malgré le vaste échafaudage de temps, de modes et de voix dérivées qu'édifient les grammairiens, le finnois ici l'emporte nettement sur le turc Le magyar, par exemple, formule en un seul mot cette proposition « il l'attend » : vdrja (comparer vâr « il atend »), en incorporant le régime direct. Le turc ne -aurait en faire autant.
Sa grande originalité, c'est ce que l'on appelle ses voix dérivées, c'est la façon. dont il combine les formes exprimant diverses nuances des manières d'être d'une seule et même action. A la racine pure et simple, il ajoute, dans ce but, un certain nombre de suffixes (dont la voyelle varie, bien entendu, selon les règles de l'harmonie). Voici quelques exemples de cette faculté de combinaison.
La forme sevmek, ainsi que nous l'avons dit tout à l'heure, signifie « aimer » : étant donnés les suffixes ma, me, indiquant la négation ; dir, la causalité ; il, le passif ; in, le sens réflectif, nous trouvons les formes sevmemek « ne pas aimer », seviirmek « faire aimer », sevilmek « être aimé », sevinmek, « s'aimer », sevinmemek, « ne pas s'aimer », sevdirmemek, « ne pas faire aimer ».
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Chaque racine pourrait fournir de cette façon une cinquantaine de formes dérivées.
C'est également par l'intercalation de certains éléments entre la racine et la terminaison personnelle, que l'on arrive à formuler les notions de temps ou de modalité. Mais à côté de ce procédé très naturel, le turc en possède un autre non moins simple, fondé sur la substitution d'une périphrase à une forme simple, et qui consiste à unir les divers participes avec l'auxiliaire « être ». On peut exprimer de la sorte une foule de nuances très variées et très fines.
Nous ne parlerons pas de la syntaxe turque ; cela nous conduirait hors des bornes de ce travail. Nous pouvons dire toutefois qu'elle est d'autant plus compliquée, que l'idiome s'est notablement altéré par l'intrusion de mots étrangers. Il en résulte que les grammaires sont pleines de règles dont les unes ne s'appliquent qu'aux mots persil us, dont les autres ne s'appliquent qu'aux mots arabes et dont quelques-unes sont communes à ces deux catégories d'éléments, sans s'appliquer davantage aux mots d'origine tatare. Ajoutons que le vocabulaire ottoman est profondément mélangé de mots sémitiques et Indo-européens empruntés successivement aux Persans et aux Arabes.
Le turc est parlé, en Asie, dans l'intérieur de l'Asie Mineure : la côte appartient à la langue grecque, aussi bien au nord et au sud que sur la mer de Marmara. En Europe, il ne s'étend que sur une faible partie de l'empire ottoman, où il n'occupe nulle part, d'ailleurs, des contrées bien considérables. Ses îlots les plus importants sont situés au sud et à l'est de l'empire : en pays de langue grecque, à Larisse en Thessalie, ça et là dans la Thrace ; en pays de langue bulgare, dans quelques îlots disséminés autour de Philippopoli, et spécialement au nordest de la péninsule, en dessous de Silistrie. Dans l'île de
Candie, le turc possède encore, au centre même de l'île, un petit territoire assez compacte ; mais, là aussi, la langue grecque gagne sur lui.