LA THÉORIE DES LANGUES TOURANIENNES
la théorie sumérienne doivent, avant tout, être parfaitement au courant de la phonétique, de la structure et du vocabulaire spécial des langues ournlo-altaïques. Tous les auteurs qui ont écrit sur le sumérien ne paraissent pas posséder à fond cette premier > condition de leur comparaison. Le cas d'un certain nombre d'entre eux semble être plus grave encore. Il s'agirait, paraît-il, d'apporter un nouvel appui à la vieille tentative de l'accommodement des origines ethniques et linguistiques au meilleur gré de la fable hébraïco-ch rétienne.
Il importe que la question ne soit pas étendue en dehors des limites qui lui conviennent, La seule question engagée est celle du caractère agglutinatif des textes dits (( accadiens » ou sumériens ; on ne saurait la compliquer sans risquer d'entraver, par un manque regrettable de bon vouloir, le cours d'une enquête qui doit être purement linguistique.
§ 20. La théorie des langues touraniennes.
Dans la période de formation des sciences nouvelles, alors que l'on songe avant tout à grouper et à classer les premiers résultats acquis, il se glisse souvent de ces théories générales qui peuvent réduire les esptits amateurs de choses simples et faciles, mais qui sont appelées à s'écrouler piteusement, un jour ou l'autre, sous les entreprises de la critique.
La linguistique n'a pas échappé aux théories de cette espèce.
On peut ranger parmi les conceptions les plus fantaisistes la théorie d'une famille touranienne, qui, malgré son invraisemblance, n'a pas laissé de jouir jusqu'en ces derniers temps d'un certain crédit.
Hâtons-nous de le dire, cette théorie ne repose sur au-
cun fait scientifique, et elle n'a été imaginée que pour soutenir des conceptions ethnographiques très peu sérieuses.
Tout à l'heure, nous nous occuperons de son origine et de son nom ; cherchons, auparavant, à établir en quoi elle consiste.
Et d'abord il faut distinguer. Il existe deux variétés de « touranisants » ; le touranisant absolu et le touranisant modéré.
Celui de la première variété est le touranisant orthoduxe. Pour lui, toutes les langues étrangères au groupe européen et aux groupes sémitique et khamitique constituent un groupe « touranien ». Les idiomes de ce groupe auraient en commun, non seulement un ensemble de procédés de structure, mais encore un grand nombre de racines : il y aurait donc eu une langue commune, une langue mère touranienne. On admet d'ailleurs dans ce groupe une division septentrionale et une division méridionale. La première comprendrait les langues ouraloaltaïques, dont nous avons parlé dans le paragraphe 14 de ce chapitre ; la seconde comprendrait, non seulement toutes les autres langues agglutinantes, mais encore les langues monosyllabiques de l'extrême Orient.
La seconde variété est celle du touranisme dissident, du touranisme hétérodoxe. Et ici encore il faut distinguer.
Une première sous-variété ^e croit déjà plus au touranisme, mais elle cherche à a sauver au moins le nom. Ces touranisants de troisième degré donnent le nom de touraniennes aux langues que nous appelons « ouraloiiltaïques », ou simplement altaïques, et qui se divisent, comme nous l'avons vu, en cinq groupes : samoyède, finnois, turc, mongol, tongouse.
Moins osée que la précédente, la seconde sous-variété des touranisants modérés compose le groupe touranien,