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LA THÉORIE DES LANGUES TOURANIENNES

non seulement des idiomes ouralo-altaïques, mais encore des langues dravidiennes, des langues maléo-polynésiennes, du tibétain, puis du siamois. Nous exposons et ne critiquons pas.

Nous ne demandons point, par exemple, pourquoi l'on fait abstraction ici du chinois, du japonais, du hottentot et des autres idiomes que les touranisants absolus appellent également touraniens.

Cette théorie, avons-nous dit, a été imaginée en grande partie pour venir à l'aide de données ethnographiques non moins imaginaires, mais par contre très hortodoxes. C est une théorie bonne à abuser les personnes crédules ou celles qui n'ont ni le temps ni la faculté de contrôler par elles-mêmes les assertions qu'on leur propose au nom même de la science. Un patriarche du nom de Tour aurait donné naissance à une race touranienne dont la langue aurait été la mère commune des différents idiomes soi-disant touraniens. Une légende persane fut habilement greffée sur cette invention, et l'orthodoxie judaïcochrétienne battit monnaie de cette nouvelle théorie, qui, pour être dépourvue de tout caractère sérieux, ne lui semblait pas moins bonne à recueillir, puisqu'elle s'accommodait sans peine à l'enseignement de ses livres saints.

S'il est un fait avéré, c'est bien celui qu'ont démontré Schleicher, W. Withney, et tant d'autres avec eux, que ces prétendues langues touraniennes n'ont de commun qu'une chose : le nom ridicule qu'on se plaît à leur donner. La structure générale du basque, du japonais, du magyar est sans doute la même ; toutes ces langues, sans doute, suffixcnt aux noms des éléments dont le rôle est parfaitement analogue ; toutes ces langues, en un mot, sont de forme agglutinante, mais les éléments qui constituent le fond même de chacune d'elles sont tout différents, leurs racines sont irréductibles.

11 ne suffit point, pour proclamer audacieusement

qu'elles remontent à une seule et même source, de n'avoir pu, ni de près ni de loin, les ramener à une forme commune.

Ce qui distingue avant tout les touranisants, c'esi leur grand aplomb. Il ne faut cependant qu'un peu de critique pour les ruiner entièrement.

Il est fâcheux, en tous cas, que certains auteurs fassenl à ce nom fantaisiste de langues touraniennes l'honneur de le regarder — tout en le condamnant — comme un fait dont il n'y a plus à se débarrasser. C'est pour cette condescendance même que l'on arriverait à lui donner encore quelques beaux jours, sinon à l'implanter tout a fait. Le meilleur moyen de combattre la théorie touranienne est peut-être de n'en plus parler.

Le nom malencontreux de langues sémitiques répond, au moins, à un ensemble de choses bien défini, et on peut l'accepter sous toutes réserves : mais celui de touranien et de langues touraniennes n'est fait que pour perpétuer les plus graves erreurs.

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