FLEXION INDO-EUROPÉENNE ET FLEXION SÉMITIQUE
racines — axiome généralement admis — le développement linguistique n'a pu se faire que par composition de racines les unes avec les autres. D'abord, les racines se sont simplement juxtaposées, puis la fusion est devenue plus intime. » Cette conception diffère, on le voit, de celle que nous venons d'exposer ; pour Fr. Muller, la différence entre l'agglutination et la flexion consiste en ce que la flexion est une agglutination moins reconnaissable au premier coup d'œil.
Victor Henry (1) explique le passage de la phase agglutinante à la phase de flexion, dans les langues indoeuropéennes, par le jeu combiné de trois facteurs : par le passage de l'accent au suffixe et la réduction de la racine devenue atone (état monosyllabique, uhér tô « ce qui est porté » ; état agglutinant, bhertô ; état de flexion, bhrtô) ; secondement, par l'infixation (mais cet élément est encore à peu près insaisissable) ; enfin, analogie généralisant certains types de flexion d'une façon irrégulière, comme par exemple, ont été créés cêpî, fêcî, sur le modèle du régulier sêdî (pour se-sd-î parfait redoublé). — Le fait est que le passage de l'agglutination à la flexion est encore fort difficile à déterminer ; mais, en somme, nous nous en tenons à cette définition précise que la flexion consiste en une modification phonique des racines, modification répondant à une variation de signification.
§ 2. Flexion indo-européenne et flexion sémitique.
Nous passerons en revue tout à l'heure, avec plus ou moins de détails, les deux systèmes de langue à flexion, le système indo-européen (sanscrit, perse, grec, latin,
(1) Esquisses morphologiques, I et II.
idiomes slaves, celtiques, etc.) et le système sémitique (hébreu, arabe, etc.). Mais, avant de procéder à cet examen, il nous faut mettre en relief un fait très important et d'ordre général.
Ce n'est point seulement par leurs racines que les langues sémitiques et les langues indo-européennes sont totalement distinctes les unes des autres ; elles diffèrent encore en ce qui concerne leur structure elle-même. Les unes et les autres sont bien des langues à flexion, elles ont dépassé la forme de l'agglutination pure et simple, mais il s'en faut de beaucoup que la flexion soit chez les unes ce qu'elle est chez les autres.
Schleicher (1) et Withney (2) ont examiné cette question de très près.
Avant que les idiomes sémitiques devinssent autant de larigues bien distinctes, le système sémitique, dit Schleicher, ne possédait point de racines auxquelles on pût donner une forme sonore quelconque. Il se distinguait profondément en cela du système indo-européen. Le sens de la racine était attaché à de simples consonnes ; c'est en leur adjoignant des voyelles qu'on indiquait les relations du sens général. C'est ainsi que les trois consonnes q t l constituent la racine de l'hébreu qâtal, de l'arabe qatala « il a tué », de qutila « il fut tué », de l'hébreu hiqtîl « il fit tuer », de l'arabe maqtûlun « tué ». Il en est tout différemment dans le système indo-européen, où le sens sst attaché à une syllabe parfaitement prononçable.
Seconde différence. La racine sémitiqu.'. peut admettre tontes les voyelles propres à modifier son s ns. La racine
(1) Die deulschc Sprache, 2* éd., p. 21. Stuttgart, 1SG0. Semù tisch und Jndogerman'iach, Beilraege zur vcrgleichcnden Sprachforschung, t. II. p. 236. Berlin,. 1861
(2) Lannua&b <m<l ""' Study o[ Language, '■'•' 6dh\, 300. Londres, 1870.