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II. Assyrien

A côté du choldéen et du syriaque se place Yassyrien. C'est la seconde langue du groupe nord-oriental des idiomes sémitiques, c'est la langue dans laquelle est rédigé le texte de la troisième colonne des inscriptions cunéiformes. Nous avons vu plus haut que l'assyrien aurait pu recevoir anciennement le nom « d'accadien » (nom qui a été donné par Hincks à l'idiome encore contesté que Jules Oppert appelle « sumérien » et regarde comme une langue touranienne).

L'assyrien n'a pas été reçu sans difficulté dans la famille des langues sémitiques. Il a fallu de longues et vives luttes pour le faire admettre à la place qu'il doit occuper légitimement et qu'on ne pourrait plus lui contester aujourd'hui. L'opposition qu'il a rencontrée a singulièrement profité aux études dont il a été l'objet, et l'on peut dire à cette heure que l'on sait de sa grammaire la plus grande partie de ce qu'il sera jamais possible d'en connaître. Les importants travaux de H. Rawlinson ont clos d'une façon définitive l'ère des écrits dont le but était de fixer la nature même de la langue assyrienne. Les objections durent tomber les unes après les autres, colle-ci la première, qui consistait à nier le caractère sémitique de l'assyrien, vu In diversité de son alphabet d'avec l'alphabet sémitique ordinaire.

Les différentes formes de l'écriture assyrienne (ninivite, babylonienne) sont composées d'espèces de coins

plus ou moins grands, disposés d'autre façon que ceux de l'écriture perse dont nous aurons à nous occuper en traitant des langues éraniennes. Ces caractères cunéiformes proviennent, d'anciens caractères hiéroglyphiques qu'il n'est point difficile de reconnaître sous quelques-uns d'entre eux.

Les cunéiformes assyriens diffèrent des cunéiformes perses, mais ils sont à peu de chose près les mêmes que ceux employés dans la seconde colonne des inscriptions achéménides. Leur origine commune est évidente et se reconnaît du premier coup d'œil.

Ces caractères, dont le nombre est considérable, figurent ou des idées ou des sons. Les signes phonétiques, ceux qui représentent des sons, figurent des syllabes entières; et non pas telle ou telle consonne, telle ou telle voyelle Dès 1849, Hineks signalait ce fait que l'écriture assyrienne était syllabique.

On la transcrit facilement en caractères latins, mais, bien entendu, il ne peut en être de même des signes idéographiques. En effet, la valeur phonique de l'idéogramme ne peut être révélée que par des renseignements accessoires. Pour tourner la difficulté on est convenu de transcrire ces derniers caractères tout comme s'ils étaient des signes phonétiques, seulement on emploie dans cette transcription des lettres latines capitales.

Les textes assyriens que possèdent les musées d'Europe sont déjà fort nombreux et il est certain que leur quantité augmentera encore dans une très grande proportion. On rencontre dans le pays même une foule de monuments gravés parmi lesquels il en est de considérables. La troisième colonne des inscriptions des Acliéménides est, comme l'on sait, rédigée en assyrien ; nous avons dit quelques mots sur la langue de la seconde colonne, p. 101, et nous parlerons a son temps de la langue perse, qui était celle de la première colonne.

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J. Oppert,. dont les travaux ont contribué en une mesure notable au déchiffrement des cunéiformes assyriens (1), peut être appelé à juste titre le fondateur de la grammaire assyrienne (2). Ses écrits ont marqué une période nouvelle dans l'assyriologie. D'autres grammaires ont paru depuis ses écrits, et l'étude de l'assyrien n'offre plus aujourd'hui de difficulté considérable (3).

Disons quelques mots ici de la grammaire assyrienne. Sa phonétique semble moins altérée que celle des deux dialectes araméens ; les sifflantes notamment sont soumises à moins de variations.

L'élément at (parfois it) est en assyrien, comme dans les autres langues sémitiques, le signe du genre féminin: sur <( roi », narrât « reine », ilu « dieu », Hat ou ilit « déesse » ; ralm « grand », ràbii « grande ».

Le pluriel des noms masculins est en i (in en aranéen, îm en hébreu). Exemple : yûm « jour », yûnii « jours ». Dans les noms féminins le pluriel, en principe, est en (Il (ôt en hébreu). Parfois il est en ût, parfois en it.

Quant au duel, il ne se présente que très rarement.

En assyrien, comme en arabe, on trouve les cas que les antres idiomes congénères ont perdus : sarru « rex », narra « regem », Sarrî «régis»; sarratu « regina », narrât a « reginam », sarrati « reginae ». Au pluriel sarrî « reges » pour les trois cas; sarrâtu « réginœ », ace. sarrdta, gén. « sarrâti ». Les formes casuelles en v, a, i sont postérieures à des formes en um, arti, im : yûm « dies », accus, yumam, génit. yûmi. Ce phénomène de

(1) Expédition scientifique en Mésopotamie, t. II, Paris, 1850.

(2) Eléments de la grammaire assyrienne, 2e édit. Paris, 1868.

(3) Menant, Expose des éléments de la grammaire assyrienne. Paris, 1868. — Le Syllabaire assyrien. Paris 1869-74. Leçons d'épigraphie assyrienne. Paris, 1873. — Swc.r, An Assyrian Grammar. Londres, 1872. — Schrader, Die assyrischbabylonischen Keilinschriften, Zeitschr. der deutschen inorgenlœndischen Gesellschaft, t. XXI, p. 1-392. Leipzig, 1872.

la « inhumation » serait l'équivalent du phénomène de la <( nounnation » que nous constaterons plus bas dans la langue arabe. Par la suite des temps le m terminal des anciennes désinences assyriennes disparut peu à peu, et la voyelle elle-même ne fut plus régulièrement respectée. Nous constaterons ci-dessous que dans l'arabe littéral les voyelles u, i, a terminent le nom, s'il est précédé de l'article, et qu'au contraire, si le nom n'est pas précédé de l'article, la désinence est nasale. Quant à l'assyrien, il n'a point d'article.

De même que les autres langues sémitiques, il rend le pronom possessif en suffixant au nom un élément pronominal : bitya « ma maison », babiya « mes portes », su mu a <( mon nom », sumîya « mes noms ». Pour la seconde personne du singulier, le suffixe indiquant la possession est ha au masculin, ki au féminin ; de là : sumka « ton nom » (le nom de toi, homme ), sumiki (( tes noms » ( les noms de toi, femme).

Nous avons dit que la langue sémitique commune possédait pour son verbe deux temps : un temps parfait indiquant l'action accomplie, un temps imparfait indiquant l'action non accomplie, et nous avons ajouté que, dans les formes du premier de ces temps, le pronom personnel était placé après le thème, tandis qu'il était placé avant ce même thème dans le temps imparfait. En assyrien, le système de formation est le même, mais il s'est opéré une évolution dans la signification même.

Quant aux pronoms régimes immédiatement accolés au verbe, nous les trouvons ici comme dans l'ensemble du système sémitique. Ainsi la phrase « je les ai soumis » se dit en un seul mot : à la forme qui signifie <( j'ai soumis » ou suffixe le pronom sunut « eux ».

Ajoutons, pour terminer, que l'assyrien fut parlé presque jusqu'à notre ère. Depuis plusieurs siècles déjà l'araméen tendait à le supplanter. Il le supplanta, en

effet, mais disparut à son tour devant les progrès de la langue arabe.

§ 3. Groupe chananéen.

Les langues chananéennes sont mieux conservées, dans leur ensemble, que les idiomes araméens, ainsi que le montrent très clairement les formes de l'ancien hébreu, de l'hébreu classique.

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