‹ La LinguistiqueChapitre 52 sur 94 · I. Hébreu · texte numérisé non relu

I. Hébreu

Il faut reconnaître dans l'hébreu, avec Ewald, trois périodes (1).

Les fragments qui datent de l'époque de Moïse nous font voir la langue hébraïque toute formée et essentiellement la même que celle des temps plus modernes. A cette époque, elle devait donc être déjà fort ancienne. Dans la seconde période, dès le temps des rois, elle tend à se différencier en deux sortes de style, l'un plus vulgaire, l'autre plus artistique. La troisième période commence au septième siècle avant notre ère ; c'est l'époque de la décadence, c'est l'époque à laquelle l'araméen s'étend de plus en plus.

Les différences, cependant, sont peu considérables entre chacune de ces périodes.

« Ce qu'il importe de maintenir, dit E. Renan, c'est l'unité grammaticale de la langue hébraïque, c'est ce fait qu'un même niveau a passé sur les monuments de provenances et d'âges si divers qui sont entrés dans les archives des Israélites. Sans doute, il serait téméraire

(1) Ausfùhrlirhes Lehrbuch der hebrœischen Sprarhc, S* édit., p. 23. Gœttingen, 1870.

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d'affirmer avec F. Movers qu'une seule main a retouché presque tous les écrits du canon hébreu pour les réduire à une langue uniforme. Il faut reconnaître, toutefois, que peu de littératures se présentent avec un caractère aussi impersonnel et ont moins gardé le cachet particulier d'un auteur et d'une époque déterminée. )> Op. cit., liv. II. chap. Ier.

C'est seulement à partir du onzième siècle avant notre ère que des écrits hébreux se présentent à nous sans avoir été remaniés postérieurement ; trois au quatre cents ans plus tard, la langue hébraïque entre dans son âge d'or, puis, vers le sixième siècle, elle commence à se perdre comme langue populaire.

Bien avant l'époque des Macchabées, l'araméen était devenu prépondérant en Palestine. On continue cependant à rédiger encore des livres en hébreu jusqu'à une centaine d'années environ avant notre ère.

E. Renan divise en deux périodes distinctes l'histoire de l'hébreu moderne, c'est-à-dire de l'hébreu post-biblique. La première s'étend jusqu'au douzième siècle et a pour monument principal la Michna, recueil de traditions rabbiniques, espèce de seconde Bible; on y rencontre un certain nombre de mots araméens hébraïsés, des mots grecs et des mots latins. Après avoir adopté, au dixième siècle, la culture arabe, les Juifs virent renaître leur littérature quand leurs compatriotes chassés de l'Espagne musulmane gagnèrent la France du Sud. La langue de cette époque est encore aujourd'hui l'idiome littéraire des Juifs.

Le système des voyelles hébraïques est des plus simples, comme celui de l'araméen. Le système des consonnes est riche en sifflantes et en aspirations, comme c'est le cas dans toutes les langues sémitiques. Les sifflantes sont au nombre de quatre ; elles répondent à notre eh (de « chercher »), à notre s ( « de sensé »), à notre z

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et à une sorte de s assez proche du « ts » français. L'hébreu a donné à ses sifflantes, en général, une bien ]ilus grande importance que ne leur en ont attribué les autres langues sémitiques. On compte également quatre aspirées ; deux d'entre elles sont assez douces; les deux autres, le « heth » et le « ghaïn », sont gutturales et permutent parfois avec k, q. Outre les trois paires d'explosives k-g, t-d, p-b, l'hébreu possède un- q plus énergique que le simple « k », et un th (ainsi transcrit par certains auteurs), plus énergique que « t ». Il existe également une explosive labiale distincte de « p » et que l'on transcrit souvent /. Il est bon de noter, d'ailleurs, que les consonnes, qui par nature sont susceptibles d'être aspirées, le sont en réalité dans la prononciation lorsqu'elles se trouvent précédées d'une voyelle. L'hébreu possède, en outre, les vibrantes r, l, les nasales n, m, la demi-voyelle y (souvent transcrit « j » à la façon allemande) et v.

En principe, le féminin des noms est en at. Mais parfois le t final se change en une simple aspiration ; parfois il n'est pas précédé de a. C'est un sujet particulier qu'il faut étudier en détail dans les grammaires bien faites.

Comme signe du pluriel, les noms masculins s'adjoignent l'élément im (que remplace parfois la forme araméenne în), et les noms féminins l'élément ôt. Ici encore nous ne donnons que la règle très générale. Le suffixe du duel est ayim : yâdhayim « les deux mains ».

Nous avons parlé ci-dessus des suppositions qui ont été faites par différents auteurs pour restituer la forme primitive des cas sémitiques. Quoi qu'il en soit, il ne reste plus en hébreu que des traces fort douteuses de l'ancien suffixe du nominatif et il en est de même pour l'accusatif et le génitif.

Dans la pratique, le nominatif, ayant ainsi perdu la

désinence qui le caractérisait jadis, est rendu par la forme la plus simple du nom, par le thème lui-même.

Les autres cas sont exprimés par l'emploi de prépositions ou au moyen du procédé que Ton appelle Y état construit.

Affectant la forme de l'état construit (opposé à l'état absolu), un mot se trouve placé, par là même, vis-à-vis d'un autre mot, dans une véritable condition de dépendance.

On voit déjà que la fonction principale de l'état construit est d'exprimer l'idée du génitif. Au singulier, les noms masculins à l'état construit restent, en principe, tels quels et précèdent immédiatement le mot qu'ils gouvernent. Les pronoms possessifs (mon, ton, son, etc.) sont exprimés constamment par ce procédé syntaxique. Pour dire « son peuple », par exemple, on accolera le mot « lui » après le mot ce peuple »; de là : « peuple-lui », c'est-à-dire le peuple de lui, son peuple, gham 6 ; ben î « mon fils ». Au pluriel, à l'état construit, les noms masculins perdent la consonne terminale m, parfois même la voyelle qui précède.

Nous avons vu plus haut que le t final des noms féminins se changeait parfois en une aspiration ; à l'état construit, le t organique de ces mots féminins apparaît dans toute sa rigueur. Au pluriel, les féminins gardent leur désinence 6t. Nous n'indiquerons ici, bien entendu, que les règles générales de l'état construit; dans les grammaires spéciales il comporte des explications assez minutieuses qui ne peuvent nous arrêter en ce moment.

En employant comme il le fait des prépositions dont la fonction est de suppléer aux terminaisons qui indiquaient les cas, l'hébreu présente une physionomie tout à fait analytique. Il est inexact en somme de parler, avec les grammaires ordinaires, d'un datif, d'un locatif, d'un ablatif hébreux ; les formes auxquelles on se plaît

à donner ce nom ne sont autre chose que des composés d'une préposition et d'un nom ou d'un pronom. Certaines de ces prépositions, les plus usitées, ne sont formées que d'une simple consonne : l « à, vers », b « dans ».

On connaît l'origine de presque toutes ces particules, qui, à l'inverse des prépositions indo-européennes issues pour la plupart de pronoms, proviennent, en principe, de racines verbales.

La flexion joue un rôle important dans la formation des noms ; nous avons dit précédemment qu'elle consistait dans la variation, dans la variabilité des voyelles du mot. C'est affaire aux grammaires spéciales que d'énumérer ces changements ; nous n'avons ici qu'à renvoyer à ce que nous avons dit ci-dessus de la flexion en général.

L'hébreu possède un article qui se joint au nom d'une façon tout à fait intime et qui a pour fonction exclusive celle d'un simple déterminatif : c'est liai-, qui répond à l'arabe 'al-. La consonne l s'assimile toujours à la consonne initiale du nom suivant et parfois la voyelle a s'allonge." Ainsi de mdqôm « lieu » on fait hamma qôm <( le lieu » ; de hôhên « prêtre » on fait hakkôhèn « le prêtre ». Après certaines prépositions, l'aspiration h vient à tomber.

Nous avons dit précédemment que le système sémitique ne possédait que deux temps : un temps désignant l'action accomplie, un temps désignant l'action non accomplie. L'hébreu demeure fidèle à cette conception si simple. Ces deux temps, comme nous l'avons vu, se distinguent par la position du suffixe personnel. Dans le temps parfait il est placé après le thème ; il est placé avant dans le temps imparfait.

Ainsi dans zâqantî « je suis vieux, je suis vieille, j'ai vieilli », dans hdlalrfi « je suis allé », ydladtî « j'ai enfanté », nous reconnaissons des formes du temps par-

fait, vu que l'élément pronominal (tî) est à la fin du mot. Au contraire, dans ndsub « nous retournerons », l'élément personnel est placé avant le thème et nous avons affaire au temps qui indique que l'action n'est pas accomplie.

Quant aux formes mêmes du verbe hébraïque, elles ne sont qu'au nombre de cinq. Nous avons dit plus haut que l'on pouvait en compter treize dans le sémitique commun. Ce sont, en hébreu, la forme simple, qdtal, la forme intensive qittêl, causative du simple, hiqtîl, réflexive de l'intensif, liithqaltêl, réflexive du simple, niqtal. L'aranéen possède une forme dérivée de plus.

Jusqu'aux derniers siècles de l'ère ancienne, l'alphabet phénicien, raide et anguleux, était également l'alphabet hébraïque. Il fut remplacé, non sans avantage pour la commodité et la rapidité de l'écriture, par l'alphabet chaldéen, plus arrondi, plus suivi dans ses formes. L'ancien alphabet se retrouve sur des monnaies de l'époque des Macchabées et sur quelques pièces qui paraissent avoir été frappées plus tard encore, lors de la guerre contre les Romains. Cependant, au temps des Macchabées, il existait déjà chez les Hébreux une sorte d'alphabet plus récent qui demeura en usage chez les Samaritains (1).

L'alphabet nouveau, l'alphabet chaldéen, ne distinguait pas plus les voyelles que ne le faisait le vieil alphabet dit (( phénicien ». C'était là une lacune considérable. On essaya bien de tirer parti de certaines consonnes pour figurer le son des voyelles, mais ce système, bien qu'appliqué avec une certaine critique, ne pouvait donner que des résultats très incomplets et peu satisfaisants. C'est aux Massorètes, dit-on, que l'on doit l'invention des points-voyelles ; elle daterait du commen-

(1) Olsiiai sen, Op. cit., p. 52.

cernent du sixième siècle de notre ère. Un certain nombre de modifications utiles furent également apportées dans les signes des consonnes. L'on distingua, par exemple, les consonnes prononcées avec force d'avec les autres en plaçant un point au milieu de la lettre. Les sons <( s » et « ch » étaient figurés par un seul et même caractère : un point diacritique placé sur ce signe, soit à droite, soit à gauche, lui donna tantôt la valeur de « ch » s, tantôt celle de « s ».

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