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II. Phénicien

Un ne sait que fort peu de chose des populations qui occupèrent la Palestine avant les tribus sémitiques venues de l'Orient, peut-être du sud-est, qui s'appelèrem elles-mêmes chananéennes. Ces dernières, au nombre desquelles il faut compter les Phéniciens, durent céder devant la horde des Beni-Israël, qui sous la conduite de Josué, treize cents ans environ avant notre ère, envahit la plus grande partie de la Palestine.

Les Chananéens furent refoulés par cette invasion vers les régions maritimes de l'Ouest, et il est permis de croire que cet événement contribua d'une façon notable à développer leurs relations avec les côtes baignées par la Méditerranée. Les Israélites auraient rendu cette fois à la civilisation un service capital, bien qu'indirect.

Nous n'avons pas à nous occuper ici de la question de savoir si les Israélites émigrant d'un pays qui avait l'araméen pour langue, parlaient primitivement un dialecte araméen et s'ils ont plus tard emprunté leur langue aux Chananéens. Le fait seul qui doit nous frapper est celui de la presque identité du phénicien et de l'hé-

(T) Sun;ernrn. Die phoénizische Spvarhc. Halle, 18G9. L'un des meilleurs écrits sur le phénicien. Nous lui avons emprunté un certain nombre de renseignements. — Renan, Op. cit., liv. II, chap. ii.

breu. On peut dire sans crainte qu'il exista une langue chananéenne commune qui donna naissance, par la suite des temps, à l'hébreu et au phénicien. Ces deux idiomes sont frères, il faut les placer sur le même rang et l'on exprime une opinion tout à fait inexacte en disant, comme on le fait souvent, que le phénicien est un dialecte hébraïque.

Cette erreur remonte à l'époque où l'on chercha à interpréter pour la première fois les documents phéniciens. La grammaire comparée n'était pas encore connue à ce moment, et les philologues entre les mains desquels étaient tombés des textes phéniciens faisaient naturellement dériver cette langue de l'hébreu, avec lequel ils lui trouvaient une si frappante ressemblance. Le doute aujourd'hui n'est plus permis, et, ainsi que nous le disions tout à l'heure, les deux idiomes sont frères et descendent d'une mère commune. Une fois séparés l'un de l'autre, ils suivirent chacun leur propre destinée « et se développant à part chez des peuples opposés de caractères et de mœurs, ils devinrent avec le temps, comme le dit E. Renan, différents l'un de l'autre, non pour la grammaire, mais pour la physionomie générale du discours. » On a pu dire avec juste raison que leurs différences n'étaient que des provincialismes.

On cite, parmi les principales différences de l'hébreu et du phénicien, la propriété qu'avait ce dernier idiome d'employer dans le langage courant et usuel un certain nombre d'expressions et de formes qui passent en hébreu pour de purs archaïsmes ou ne sont usitées que dans le style élevé. Nombre de mots phéniciens ont une acception diverse de leurs correspondants en hébreu ; tantôt c'est un sens plus large, tantôt c'est un sens plus restreint. Le phénicien possède, d'autre part, une forme de pronom relatif plus primitive que la forme hébraïqvir et se distingue encore par quelques autres particularités,

assez bien connues aujourd'hui, .mais que nous n'avons pas à énumérer ici dans leurs détails.

Le phénicien, tel que nous le connaissons par ses inscriptions, qui ne sont pas d'une très haute antiquité, présente des marques importantes d'aramaïsme, davantage, peut-être, que ne le fait l'hébreu. Le phénicien des colonies établies sur la côte nord de l'Afrique offre également ces traces d'aramaïsme, mais ce fait n'a rien de surprenant si l'on songe à la haute antiquité de l'influence araméenne et aux rapports constants qu'entretenaient les colonies avec la mère patrie.

Le punique, ou phénicien d'Afrique, notamment la langue des Carthaginois, se divise d'une façon assez tranchée en deux dialectes, l'un plus ancien, l'autre plus récent. L'ancien punique est identique au phénicien de Palestine. Le néo-punique est plus altéré et son orthographe est souvent vicieuse. Les monuments qui en sont restés proviennent particulièrement de la Tunisie et de l'Algérie orientale (1). L'alphabet néo-punique diffère notablement de l'ancien alphabet phénicien, dont il n'est d'ailleurs qu'une altération. Les caractères y sont, en général, assez simplifiés, et il en est qui se trouvent réduits à une simple ligne et se confondent presque les uns avec les autres.

On ne connaît la littérature phénicienne que par quelques fragments de l'Histoire phénicienne de Sanchoniaton et le Périple d'Hannon traduit en grecs; par des mots cités dans les auteurs anciens; par un passage de Plaute, puis par une série de monnaies et d'incriptions. Ces derniers monuments ont été découverts sur un grand nombre de points du littoral de la Méditerranée : à Marseille, en Espagne, sur la côte nord-africaine, dans les

(11 Judas, Elude démonstration de In langue phénicienne o.l de. la langue libyque. Paris. 1817. Du même auteur : Nouvelles I Unies sur une série d'inscriptions numidieo-puniques , Paris,

îles de Chypre, de Sardaigne, de Malte. Quant à la Phénicie, elle n'a fourni jusqu'à présent qu'un nombre assez restreint d'inscriptions.

Le phénicien disparut de la Palestine avant que le punique eût été. absorbé, lui aussi, par des idiomes plus heureux. On peut penser avec E. Renan que le punique fut parlé jusqu'à l'invasion musulmane, et que la facilité avec laquelle l'arabe prit possession de certaines contrées de l'Afrique septentrionale, tint précisément à la persistance de l'idiome sémitique phénicien, dont l'arabe lui-même n'était pas fort éloigné, bien qu'il appartint à une autre branche des langues sémitiques.

§ i. Groupe arabe.

C'est à défaut d'autre nom que l'on donne celui d'arabe à la branche méridionale des idiomes sémitiques. Le mot d' « arabe » ne s'applique, à proprement parler, qu'à l'un des deux rameaux de cette branche, le rameau israélite. L'himyarite, le ghez et les autres idiomes sémitiques de l'Arabie méridionale, n'ont été bien connus que longtemps après l'arabe, et c'est en se fondant sur leur parenté très proche avec cette dernière langue, qu'on leur a appliqué, d'une façon un peu abusive, le terme générique d'arabe.

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