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I. Arabe

L'étonnante fixité propre aux idiomes sémitiques n'est nulle part plus manifeste que dans la langue arabe. Rien de plus curieux, on pourrait dire rien de plus étrange, que la constance presque parfaite de l'arabe à travers les I smps qu'il a parcourus et dans les espaces immenses qu'il a occupés.

Dès l'époque de Mahomet (fin du sixième siècle et

commencement du septième) et même dans les poèmes antérieurs à l'islamisme, l'arabe apparaît tel qu'il est aujourd'hui encore clans l'usage littéraire, en possession de toutes ses formes, de son riche vocabulaire, et, l'on pourrait dire, dans sa perfection.

La forme primordiale du Coran était différente de celle des autres livres religieux. Selon l'expression de E. Renan, le Coran est comme le recueil des ordres du jour de Mahomet. Le livre ne fut pas écrit tout entier au temps même du Prophète ; certains fragments sont un peu postérieurs. Quoi qu'il en soit, ses disciples compilèrent tous les fragments de l'enseignement du Prophète et en rédigèrent une espèce d'exemplaire typique, dont les copies furent révisées à leur tour, au milieu du septième siècle, sous le kalife Othman (644-656). La prépondérance du dialecte koreichite, parlé au centre même de l'Arabie, était définitivement établie. Quant au style du Coran, on sait qu'il est de deux sortes : la première partie est une sorte de prose poétique, la seconde partie est rhythmée.

Les poèmes antérieurs à l'islamisme n'ont pas dû le précéder de beaucoup. La langue des « moallakàts », que l'on ne fait remonter qu'au commencement du sixième siècle, est du pur arabe littéraire, ce n'est pas une forme plus ancienne de l'arabe.

Avant le commencement du sixième siècle, les Sémites de l'Arabie centrale ne connaissaient pas l'écriture proprement dite. Le système d'écriture arabe provient, comme l'on sait, de l'araméen. Dès ses premiers temps, l'ulphabet arabe était fort imparfait ; un certain nombre de ses consonnes se trouvaient représentées par un seul et même signe, ce qui prêtait à la confusion. Il fut réformé d'assez bonne heure; dès le premier siècle de l'hégire, pense-t on. D'ailleurs, cette réforme n'eut pas lieu tout d'un coup. Elle fut graduelle et amena peu

à peu l'alphabet arabe à la forme que nous lui connaissons actuellement, pourvu, comme il l'est, de signes accessoires indiquant les voyelles et d'autres signes ayant pour rôle de distinguer l'un de l'autre des caractères dont Ja forme était primitivement la même.

La transcription des lettres arabes en caractères latins a donné lieu à plusieurs systèmes. Au point de vue de l'étude linguistique, cette transcription est fort utile, et le procédé de R. Lepsius n'ayant pu s'imposer universellement, il serait bon d'étudier à nouveau cette question. Un point important est de ne jamais transcrire par deux lettres latines un seul et même caractère, comme le font la plupart des grammaires. (Voir Journal asiat., 0e série, t. II, p. 60, 136.)

L'arabe possède une importance capitale dans l'étude comparée des langues sémitiques.

Nous avons déjà dit que l'arabe avait conservé les trois cas du sémitisme commun, nominatif, accusatif, génitif, dont on ne pouvait plus découvrir que de faibles traces dans les idiomes du Nord. Les copulatives de ces trois cas sont, ainsi que nous l'avons vu également, les trois voyelles u, a, i. Ces trois voyelles terminent le nom, si celui-ci est précédé de l'article (alc abdu « servus », alc abda « servum », alc abdi « servi »); elles sont au contraire, suivies d'une nasale, si l'article n'est pas joint au nom, en autres termes, si le nom est indéterminé. — L'état construit, dont nous avons parlé à propos de l'hébreu, se retrouve aussi en arabe.

Le pluriel peut être rendu de deux manières. L'une d'elles appartient au système sémitique général. C'est l'adjonction au nom d'un nouvel élément: aux noms masculins ûna pour le nominatif, îna pour les autres cas (cabdûna « serviteurs », gémit, abdîna ; avec l'article 'al-àbdûna, nal ' abdtna) ; aux noms féminins dton pour le nominatif, atin pour les autres cas. (Nous avons dit

qu'en araméen le signe du pluriel était în pour les masculins, ât pour les féminins ; en hébreu îm et 6t.) On donne à cette forme de pluriel les noms de pluriel sain, pluriel parfait, pluriel externe, pluriel régulier.

L'autre forme reçoit les noms de pluriel brisé, rompu, imparfait, interne, irrégulier. Ici le pluriel est exprimé par une modification du thème : « Frangitur forma singularis vel mutata una alterave vocalium, vel aliqua literarum transposita aut abjecta, vel nova litera incerta (1). » Parfois on a recours à un allongement dans l'intérieur du mot que l'on fait précéder en même temps d'un a : tifl « enfant », atfâl « enfants » ; parfois encore on a recours à d'autres procédés. On en trouvera l'énumération dans les grammaires spéciales.

On forme le duel par l'addition de l'élément uni pour le nominatif, aini pour le cas oblique : yadâni « les deux mains »:

L'arabe possède les deux temps du système sémitique commun : le temps parfait indiquant que l'action est accomplie, et le temps imparfait indiquant que l'action n'est pas accomplie. Notre présent est rendu tantôt par le pai - !';iit arabe, tantôt par l'imparfait. On use, par exemple, du parfait si l'action présente a déjà été accomplie auparavant et si elle est une action continue, comme dans cette formule : « dixerunt dicuntque ». Au contraire, on emploie l'autre temps si l'action présente se lie avec une action dont il va être parlé immédiatement après. Il en est de même pour l'expression de notre futur. L'arabe le rend par le temps parfait s'il considère l'action avenir comme étant d'ores et déjà un fait acquis ou s'il forme le vœu qu'elle se réalise ; dans les autres hypothèses, au contraire, il emploie 1'' second temps.

(1) Zschokke, Institutiones fundamentales linguœ arabieos. Vienne, 1869. - II. Derenboi rg, Essai sur les [ormes de pluriels en arabe (Journal asiatique, 1867"). — ■ Slan. Guyard, Nouoel essai sur la formation du pluriel brisé en arabe.

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Quant à !a formation même des deux temps, elle a lieu, comme dans les autres langues sémitiques, par ce fait que l'élément personnel, la syllabe indiquant la personne, prend place soit devant le thème, soit après.

Des treize formes thématique- du sémitisme général l'arabe, plus fidèle que l'hébreu, en a conservé neuf : qatcda, qattala, qâtala, etc.

Ce serait une erreur que de regarder l'arabe vulgaire comme autre chose que de l'arabe littéraire simplifié. La distinction capitale entre les deux formes, la forme littéraire et la forme courante, c'est que la seconde a la tomber les cas qui sont conservés dans la première.

Les cas se reconnaissent dans l'arabe vulgaire par la position respective des mots ou par l'emploi de prépositions. Il en est donc arrivé au degré d'analytisme qui distingue également le syrô-chaldaïque, l'hébreu, le phénicien. Au pluriel, la terminaison générale est In pour les masculins, dt pour les féminins.

L'article 'al assimile fréquemment sa consonne ; dans la prononciation, il perd souvent sa voyelle.

Quant aux désinences des formes verbales, elles ont également souffert : l'arabe littéral dit qatalta « tu as tué », qataltum « vous avez tué » ; l'arabe vulgaire dit qatalt, qdtaltu, teqtoï « tu tueras », teqtolu « vous tuerez ».

En tout cas, ainsi que le fait remarquer E. Renan [op. ri!., liv. IV, chap. n), nombre de faits démontrent que les procédés caractéristiques de la langue littéraire étaient usités dans l'ancienne langue arabe. C'est ainsi, par exemple, que les flexions propres à L'arabe littéral sont absolument nécessaires pour expliquer la métrique des vieilles poésies. On prétend même que certaines tribu- de l'Arabie centrale observent encore aujourd'hui, dans le langage courant, les flexions qui n'appartiennent plus qu'à la langue écrite (ibid.). Pourtant, l'on serait

stement taxé de prétention et de pédanterie on se ser-

nt à lion escient de ces désinences finales dans le langage courant.

Il ne saurait être question de dialectes dans l'arabe littéral. C'est une langue fixée et qui devra s'éteindre sans rejetons. L'on ne peut en dire autant de l'arabe vulgaire, de l'arabe parlé. Si peu qu'il diffère de la langue écrite, nous voyons qu'il en diffère précisément par un de ces changements qui constituent la vie même de bien des langues, à savoir le passage d'un état synthétique à un état analytique. L'arabe vulgaire vit lentement, mais il vit. De là ses dialectes différent?.

On en compte quatre principaux : celui de Barbarie, ceux d'Arabie, de Syrie, d'Egypte. On s'accorde à regarder les trois derniers comme fort peu distincts l'un de l'autre ; ils ont chacun une certaine quantité de locutions propres, de termes particuliers, mais là s'arrête leur diversité. Le dialecte de Barbarie offre quelques divergences grammaticales ; elles ne sont pas assez considérables, cependant, pour que ce dialecte ne soit compris aisément dans toute l'étendue du territoire qu'occupent les autres dialectes. (Cf. Journal asiat., 5e série, t. VI, p. 549 ; t. XVIII, p. 357.)

Le maltais a une origine arabe, mais n'est plus qu'un jargon plein de véritables barbarismes et que les mots d'Origine étrangère ont fortement pénétré. Il en était de même du mosarabe du sud de l'Espagne, qui ne s'est éteint, paraît-il, qu'au siècle dernier.

L'arabe a fourni à certaines langues de l'Europe et de l'Asie un grand nombre de mots. Les langues crâniennes actuelles, le persan entre autres, ont admis dans leur vocabulaire une foule de mots arabes : le turc lui en a emprunté un très grand nombre. Quelques-unes des langues de l'Inde moderne possèdent une quantité de mots de la même origine. Enfin, parmi les idionr s européens,

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les langues novo-latines notamment l'espagnol et le portugais) lui ont fait nombre d'emprunts. Parfois ces emprunts sont directs, parfois ils sont indirects. En français, nous pouvons citer les mots « coton, tasse, zéro, chiffre, jarre, algèbre, cramoisi. »

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