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III. Dialectes des Tsiganes

La langue des Tsiganes n'est qu'un dialecte néo-hindou. Il est difficile de dire quelque chose de précis sur l'époque de l'émigration des Tsiganes et du commencement de leurs incursions en Asie et en Europe ; il semble, toutefois, que leur arrivée dans cette dernière contrée n'ait pas été postérieure de beaucoup au douzième ou au treizième siècle de notre ère.

Le fond même de leur langue est absolument hindou; c'est un prâkrit très gâté, souvent très défiguré. Quant au lexique, il est plein d'éléments étrangers, de mots empruntés aux différentes populations qu'ont traversées les bandes tsiganes ou au milieu desquelles elles ont vécu plus ou moins longtemps.

F. Miklosich s'est fondé précisément sur l'état du lexique des différentes tribus tsiganes pour tâcher d'établir

l'itinéraire de leurs migrations. Les éléments persans et arméniens qui s'y rencontrent sembleraient indiquer un antique séjour dans les régions de l'Asie où se parlaient les langues éraniennes. Lorsqu'ils mirent le pied sur notre continent, les Tsiganes se trouvèrent tout d'abord dans une contrée où dominait la langue grecque ; ce fait résulte de ce que chez tous les Tsiganes d'Europe, sans exception, l'on peut constater des éléments empruntés au grec. Ils se dirigèrent de Grèce vers la Roumanie, la Hongrie, la Bohème et la Moravie, l'Allemagne, la Pologne et la Lithuanie, la Russie, les pays Scandinaves, l'Italie, le pays basque, l'Angleterre et l'Ecosse, l'Espagne (1). Nous ne parlons ici que des Tsiganes européens. On a beaucoup moins de renseignements sur les Tsiganes d'Asie et sur la quantité d'éléments étrangers qui ont pu s'introduire dans leur langue.

La langue des Kafirs Syapoches (à l'ouest des Dardous, dans le Kafiristan) est également un idiome prâkiit (Cust, op. cit., p. 32).

§ 2.- Branche éranienne.

La connaissance des deux langues les plus anciennes de ce groupe, le zend et le perse, olïre peu de difficultés aux indianistes. De toutes les langues indo-européennes, les langues éraniennes, en effet, sont les plus rapprochées du sanskrit. En général leur phonétique est moins compliquée, moins délicate que la phonétique des idiomes hindous ; mais sous bien des rapports cependant elle lui est comparable. On peut même assurer que le zend et le vieux perse, le perse de Darius et de Xerxès, l'emportent parfois sur le sanskrit et se rapprochent davan-

(1) Mièlosich, Ueb'er die Mundarlen und die Wanderungén der Zigeuner Europa's.

tage de la langue commune qui a donné naissance à tous les idiomes indo-européens.

Le nom d'éranien, de langues éraniennes est incontestablement plus correct que celui d'iranien, de langues iraniennes qu'emploient un grand nombre d'auteurs. Il rappelle une forme plus antique et nous pensons, avec F. Spiegel, qu'il est bon de lui accorder la préférence.

La classification des langues éraniennes n'est pas encore établie. Il se peut qu'un très petit nombre d'entre celles de ces langues que nous connaissions ne soient pas parentes les unes des autres en ligne directe. A coup sûr il n'en est point parmi elles qui puisse se vanter d'avoir été la mère commune de toutes les autres ; le vieux perse l'emporte parfois sur le zend, parfois le zend l'emporte sur le vieux perse. La seule classification qui semble admissible lorsqu'il s'agit des langues éraniennes est celle que l'on peut emprunter au temps même durant lequel elles ont été parlées. Ainsi l'on classera au rang des anciennes langues éraniennes le zend, le perse et l'ancien arménien ; au rang des langues éraniennes du moyen âge le huzvârèche, le parsi et l'arménien classique ; au rang, des langues modernes le persan, l'arménien plus récent, l'afghan, le béloutche, le kourde, l'ossète, et quelques autres dialectes. C'est ce même ordre que nous allons suivre.

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